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13 octobre 2011

Lili Cros et Thierry Chazelle: interview pour Voyager Léger

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Lili Cros et Thierre Chazelle sont ce soir aux Trois Baudets, salle mythique parisienne.

Cela faisait un moment que je suivais de loin Lili Cros et Thierry Chazelle. Au début, leur carrière en solo, ensuite, leur duo. Leur premier album commun, Voyager Léger, est sorti cet été (chez L’Autre Distribution). Ce sont deux mélodistes et interprètes entiers et généreux. Voilà leur portrait (rapide) lu dans leur dossier de presse. Je ne change pas une ligne.

Lili Cros : Un sourire qui chante les voyages intérieurs et les méandres de l’âme ; une présence lumineuse, une voix exceptionnelle qui fait vivrer les cœurs et parfois trembler les murs.

Thierry Chazelle : la voix chaleureuse d’un trublion pince-sans-rire qui dégaine sa plume pour des portraits à la fois tendres et impertinents.

Je les ai rencontrés avant-hier au Corso. (Merci à Christelle Florence pour l’organisation de la chose, et mandorisée pour un autre projet musical!)

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Interview :

C’est votre premier album en commun alors que vous avez chacun une carrière personnelle. Vous êtes mariés dans la vie, pourquoi avoir attendu pour travailler ensemble si concrètement ?

Lili : Moi, j’avais envie depuis longtemps. On avait une première expérience de partage de scène, dans un petit café, on jouait guitare voix chacun. J’avais adoré cette sensation de liberté, de ranger nos câbles, nos instruments ensemble, boire un verre après et puis de rentrer à la maison…  il y avait un côté tellement léger, tellement simple, tellement évident. De son côté, Thierry avait peur de travailler systématiquement avec celle qui partage sa vie.

Thierry : J’avais surtout peur de souffrir la comparaison d’avec Lili. Elle chante très bien et avait un répertoire très rock, tonique et moi, je suis dans une chanson française plus calme. J’avais tellement la trouille qu’au début de notre duo, je chantais toutes mes chansons d’abord, on faisait un duo au milieu et après, c’est elle qui chantait. On s’est rendu compte aujourd’hui, que nos chansons allaient presque par paire. Il y avait des réponses d’une chanson à l’autre, presque comme une partie de ping-pong.

lili cros,thierry chazelle,voyager léger,interview,trois baudetsVous ne travaillez pas encore les textes en commun quand même ?

Lili : Et bien, si, justement. On vient d’avoir une expérience de travail en commun. C’était super, alors qu’on redoutait vraiment. La profondeur des histoires qu’on avait envie d’écrire et qui nous trottent dans la tête, même l’esprit, le style, la façon de le dire, on est vraiment différent. C’est d’ailleurs là qu’on le ressent le plus, je trouve. Bref, avant, on n’était pas prêt à écrire ensemble, aujourd’hui oui.

Thierry : On s’est rendu compte très vite qu’en composant à deux, on obtenait des résultats qui nous paraissaient d’une autre qualité. Il y a eu un bond en avant naturellement.

Quand on travaille comme vous le faites, désormais à deux, on abandonne ce qu’on a été avant, pour faire une entité ?

Lili : C’est le contraire. Dans le rock, il y a un côté spontané, très juvénile aussi, une énergie brute, mais il y a aussi une posture, une attitude. Moi, j’ai l’impression que le duo m’a permis d’aller vers quelque chose qui me ressemble plus, en réalité. Ca vient peut-être aussi de l’âge… c’est un peu paradoxal, c’est comme si j’avais suivi un chemin vers autre chose complètement, alors que non. C’est tout à fait un chemin vers moi.

C’est une forme d’apaisement ?

Lili : Oui, et de recentrage sur qui on est, qui on veut être. Se poser.

Thierry : Moi, c’est l’inverse. J’ai pu m’acheter une guitare électrique et m’autoriser à faire beaucoup de bruit. Ça m’a fait beaucoup de bien. C’est complètement inattendu ce revirement de situation. Mais je crois qu’au-delà de ça, la séparation entre la chanson et le rock est quelque chose qui est en train de devenir un peu flou.

Quand on est un couple dans la vie et à la scène, est-ce qu’on a envie d’épater l’autre ?

Lili : Carrément. C’est d’ailleurs une des raisons qui fait que c’est compliqué aussi. Au début, j’avais peur de montrer mes limites, ma médiocrité, s’il y en avait une. Je ne veux pas qu’il me voie en souffrance, d’avoir des difficultés à écrire par exemple ou à jouer de la guitare. On a chacun notre spécialité, je crois être plus chanteuse qu’il ne l’est et lui est bien meilleur guitariste que je ne le suis. Du coup, on se porte réellement vers le haut. Il y a une émulation certaine… et puis aussi, on est un peu jaloux des bonnes chansons de l’autre.

Thierry : Oui, il y a une espèce de compétition très saine.

Lili : Toujours légère et rigolote.

Lili Cros et Thierry Chazelle, finalement, ça devient une entreprise familiale ?

Lili : On est très attaché à notre indépendance. Je m’occupe de trouver des concerts, Thierry s’occupe de tout ce qui est image et nous avons des collaborations ponctuelles avec des personnes qui nous correspondent et notre projet se développe petit à petit. Ça nous convient comme ça. On est ouvert à plein de choses qui pourraient se déclencher, mais on n’a ni un réseau, ni des moyens de major. Franchement, j’aime bien la tournure que ça prend, parce que ça se développe réellement. Tout vient à point… c’est ce que je ressens en tout cas.

Thierry : Dans le métier, il y a un certain nombre de croyances, dont celle qu’il faut taper un grand coup pour se faire remarquer, qu’il faut faire du battage. Des professionnels ont tenté de nous décourager en nous disant qu’on n’y arriverait jamais comme ça. On ne mène pas une carrière par petites touches, prétendent-ils. Nous, on est en train de comprendre que, si, ça peut fonctionner autrement.

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Une autre façon de fonctionner qui commence par la scène.

Lili : Oui, mais pas seulement. On a pu faire notre duo, parce qu’on s’est extrait de Paris, qu’on habite désormais en Bretagne, qu’on a trouvé une écoute.

Thierry : En effet, on a trouvé là-bas un collectif d’artistes qui s’est organisé pour tout l’aspect administratif et juridique. La réglementation administrative dans notre métier est très lourde, vous savez. Ça faisait longtemps que je voulais que les artistes se regroupent, il n’y a qu’en Bretagne que nous avons trouvé ça, pour l’instant. C’est un groupement d’employeurs naturels.

Pour en revenir à votre répertoire, j’aime beaucoup vos histoires personnelles parce qu’elles deviennent universelles. C’est poétique, ironique et même parfois, drôles.

Thierry : Avec la chanson Erotika, par exemple, j’ai vraiment eu un tournant dans ma vie musicale. J’avais toujours refusé l’humour dans la chanson. Pour moi, c’était quelque chose de sérieux, de profond, dans laquelle il fallait délivrer des messages. Et puis, dès que l’humour est arrivé dans mes chansons, ça a été comme une libération. Même aujourd’hui, je ne veux pas que ce soit des chansons de « grosses déconnes ». Je ne veux pas être estampillé « chanteur drôle ».

Lili : Tu es comme ça dans la vie. Tes chansons te ressemblent beaucoup. Dans la vie, tu es cassant, alors que moi, je plane à 10 000.

Thierry : Toi tu es très enthousiaste et très solaire et moi, je suis un peu plus, pas terre-à-terre, mais un peu plus négatif.

Vous avez des chansons très sarcastiques parfois, mais sans atteindre la méchanceté.

Thierry : Je veux rester dans une certaine observation, avec rien de gratuit pour amuser la galerie.

Vous n’écrivez pas ensemble, mais vous jetez un regard sur ce qu’écrit l’autre, j’imagine. Si Thierry va trop loin, Lili, vous lui dites ?

Lili : En général, c’est le contraire, je le pousse à aller encore plus loin.

Votre album est réalisé par un artiste que j’aime beaucoup, c’est Ignatus.

Thierry : Jérôme Rousseau, alias Ignatus,’est un garçon extraordinaire doublé d’un pédagogue exceptionnel. Il anime d’ailleurs des ateliers d’écriture qui sont courus dans toute la France. Quand Lili et moi on a commencé à travailler ensemble, évidemment, on a perdu le recul, donc on a eu besoin d’une tierce personne. Lui, il était capable de nous dire des choses franchement sur à la fois les textes, la musique, les arrangements, la façon d’enregistrer et sur l’équilibre général de l’album. Il a été d’une aide extraordinaire.

Vous aussi vous animez des ateliers d’écriture…

Thierry : On a une formule d’atelier qui permet à  une classe d’écrire une chanson en trois heures.

Lili : C’est un commando d’écriture ! Le résultat est toujours bien et même parfois extraordinaire. On ressent vraiment le besoin de transmettre notre savoir-faire. Moi, personnellement, ça me sert à me sentir utile. Ouvrir une petite fenêtre vers autre chose à certains élèves, ça peut ne pas être anodin.

Thierry : C’est vrai que pour les classes où il y a des élèves en difficulté par rapport au scolaire, on leur ouvre tout à coup la possibilité de réussir quelque chose au même titre que les élèves très adaptés.

Sur scène, y a-t-il des chansons qui captent l’attention plus que d’autres ?

Thierry : Oui, on a deux, trois chansons qui sont des rendez-vous avec le public. J’avoue, ce sont celles qui possèdent le plus d’humour. L’humour est la manière la plus commode de rentrer en communication avec le public, mais pas seulement, la poésie de Lili avec le grand lyrisme qu’elle a dans sa voix et l’engagement qu’elle a quand elle chante, c’est quelque chose qui sur scène est très impressionnante et à laquelle le public est aussi très réceptif. Je suis d’ailleurs toujours très fier, d’être celui qui est derrière à la guitare et qui accompagne cette chanteuse qui séduit la foule.

En concert, testez-vous les chansons ?

Thierry : Notre principe à nous, désormais, c’est de ne jamais enregistrer une chanson sans l’avoir testé en public. On s’est rendu compte que la chanson se transformait au contact du public. C’est là qu’elle trouve son corps, sa vitesse, son intensité, donc sa force.

Chantez-vous dans vos concerts d’anciennes chansons de vos répertoires respectifs ?

Lili : Oui, mais on les a réorchestré pour le duo. On chante l’intégralité de notre album commun et un « mix » de nos albums personnels.

Tendresse, humour, nostalgie et beaucoup de sensualité… ça résume bien votre œuvre ?

Lili : On est un couple, vous savez. C’est la vie. C’est marrant d’être un couple et de chanter des chansons un peu personnelles sur notre couple… mais, je suis sûre qu’on peut aller encore plus loin.

Thierry : Il n’y a aucune censure sur ce que l’on écrit sur notre couple.

Justement, quand on est mari et femme, est-ce toujours facile de travailler tout le temps ensemble ?  Principalement, quand vous êtes en froid dans votre couple, comme ça arrive à tout le monde…

Lili : D’abord, on s’engueule rarement. Par contre, il peut y avoir des tensions, où des moments où nous sommes plus distants l’un envers l’autre. Justement, la scène, c’est le moment où on oublie tout et où on se retrouve.

Thierry : La scène est même devenue un élément important de notre couple. On a aussi besoin de faire des concerts ensemble, c’est un lien supplémentaire.

Lili : On tombe souvent dans les bras après un concert. On est tellement heureux dans ces moments-là. On vit un rêve éveillé par rapport à nos vies d’avant. Partager la scène avec la personne qu’on aime, c’est formidable, mais aussi, on rêvait d’avoir quelque chose qui fonctionne vraiment… et ce spectacle tourne vraiment bien. On a un spectacle, on a un album, on a une vie artistique en commun… c’est magique !

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