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18 septembre 2018

Faby Perier : interview pour la sortie de La renverse

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(photo Izabela Sawicka)

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorJe l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de Faby Perier en 2013, elle et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de l’interviewer. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Depuis, nous ne nous voyons pas souvent, mais nous nous apprécions mutuellement. Après une rechute de la maladie en 2014 elle a écrit le texte d’"Octobre Rose" qui a été chanté/clippé par un collectif d’artistes, dont Slimane, toujours afin de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’y ai participé aussi.

Vous pouvez voir le clip chez Mandor, ici.

Faby sort un EP, La renverse réalisé par l’excellent Vincent-Marie Bouvot accompagné du non moins talentueux Thomas Cogny.

Teaser de l'EP "La renverse".

« J’ai vécu l’enregistrement de cet EP comme un testament. Je voulais laisser quelque chose de beau, de ciselé pour ce que j’appelais « le dernier ». Graver de la plus belle des manières mes mots pour l’après » explique-t-elle.

Les prises de voix se sont faites au rythme des traitements. Et ils y sont arrivés.

« Depuis qu’il est fait, tout a changé. Je ne l’appelle plus « le dernier ». J’ai envie de continuer, de monter sur scène, de faire découvrir mon univers, d’écrire de nouvelles chansons, de rencontrer les gens, de vivre même si c’est vivre avec. »

Le 6 septembre dernier, je suis allé chez elle pour un nouvel entretien… qui ne sera pas non plus le dernier.

Argumentaire officiel par Faby Perier :faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandor

La Renverse, c’est le début d’une histoire. Celle qui commence aujourd’hui, mon vivre avec.

Avec le cancer. La vie, l’espoir, la liberté, l’amour, le bonheur sont les combats que je mène tous les jours. Pour moi. Pour elles. Pour eux. Pour vous, peut-être.

Ma vie est jalonnée de ce que la plupart des gens appelle des « malheurs ». J’ai appris dès mon plus jeune âge à renverser ces situations compliquées, parfois dures, souvent douloureuses pour trouver l’envie de continuer et la force d’avancer. Je me suis nourrie de mots pour apprendre à aimer la vie et comprendre son sens. Je les utilise aujourd’hui pour témoigner de mes combats face aux épreuves physiques, morales et sociétales que j’ai traversées.

Je sais désormais que je suis une femme forte, ouverte au monde, à l’indestructible espoir. Tout peut arriver, on peut toujours se reconstruire. C’est cela la Renverse

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorInterview :

C’est ton cinquième disque et pour la première fois, c’est un EP

Pour moi, ce disque est un peu le premier… comme si je reprenais tout à zéro. Les arrangements des autres albums ne me conviennent plus. Ils faisaient très années 80, très variété et j’avais envie d’un autre son. Plus moderne et plus proche de ce que j’écoute moi-même. Quand on enregistrait les albums précédents, j’entendais bien qu’il y avait quelque chose qui n’était pas en adéquation avec ce que je souhaitais. En live, je n’avais d’ailleurs pas du tout le même son que sur mes disques. C’était plus pop, plus electro, plus rock.

Bravo,  parce que tu as là un son très moderne !

Un disque réussi, c’est une alchimie. Quand j’ai rencontré Vincent-Marie Bouvot, ça a tilté tout de suite. On s’est compris immédiatement. Il m’a juste demandé quel était mon univers  musical, quel artiste et quel son j’aimais et ce vers quoi je voulais aller. J’ai proposé des choses et avec Thomas Cogny, ils ont fait le tri et arrangé tout ça. Je suis très fière du résultat. Grace à eux, j’ai l’impression d’avoir enfin une légitimité dans ce métier.

Vincent-Marie Bouvot, quand même, c’est la classe.

Je ne te le fais pas dire. Au début, il ne devait « que » réaliser, mais il m’a composé aussi une chanson. Quand il travaille, il porte toujours une blouse blanche, on a l’impression que c’est un chimiste. Non, d’ailleurs, c’est un chimiste. Un magicien même.

Un alchimiste ?

Oui, en tout cas, un sacré perfectionniste. Il passe beaucoup de temps à trouver le bon son. Il tripatouille ses machines jusqu’à ce qu’il le trouve.  Et il le trouve.

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Faby Perier avec Thomas Cogny et Vincent-Marie Bouvot.

J’aimerais que tu m’en dises plus sur la chanson « Mademoiselle », au son très gainsbourien. Je crois savoir que tu évoques ta grand-mère.

Ce son est assumé. On est entrés dans le studio avec cette envie-là. Quand Vincent m’a fait écouter son synthé au son incroyable, j’en ai eu des frissons. C’était exactement ce que je voulais. Quant au texte, on peut ne pas comprendre de quoi ça parle à  la première écoute. Il faut un peu décortiquer.

Raconte, alors.

J’ai été adopté. Ma mère aussi. Elle a été recueillie par une femme qui était directrice de pouponnière. Pendant la deuxième guerre mondiale, elle y a caché des enfants juifs. Cette femme s’appelait mademoiselle Blin. Je me souviens que j’allais la voir le mercredi et que je la trouvais incroyable. C’était une femme qui travaillait, à cette époque, ça,  déjà, c’était rare. Elle était un mélange d’élégance et de poigne… et aussi de courage. Je tenais vraiment à lui rendre hommage. Aujourd’hui, elle à la fois un exemple et  mon ange gardien.

Clip de "Mademoiselle".

Dans tes chansons, tu laisses toujours planer une part de mystère.

J’aime bien ça parce que cela permet à ceux qui écoutent de se les approprier. Ne pas dévoiler tout permet aussi de chercher, de se renseigner, de lire… On a tous une histoire différente, mais on peut se retrouver dans des mots et des actes si on laisse un peu d’espace à l’imagination. 

Es-tu maitre de ce que tu écris ?

Pas du tout. Je pars d’une idée et souvent, je me retrouve ailleurs. Je trouve cela magique.

Dans « L’européen »,  tu évoques un homme qui rêve de quitter son pays pour rejoindre un pays européen.

C’est une manière de dire qu’il n’y a pas de frontières. Je viens de la DDASS et j’ai toujours eu peur de me retrouver à la rue.  Dans « L’européen », j’avais donc envie de rappeler qu’on est tous parfois au bord du gouffre et que si on ouvre les frontières ou qu’on ouvre une porte pour parler au voisin, il y a peut-être une possibilité d’entrevoir un peu d’espoir… ou d’en donner.

Il parait qu’une ville t’a demandé de ne pas chanter cette chanson, car elle trouvait qu’elle faisait trop référence aux immigrants.

Politiquement, ça ne les convenait pas. J’ai trouvé cela démentiel. Je t’avoue que je l’ai chanté quand même et elle est finalement bien passée. Ce  n’est pas une chanson politique.

« Les mots qui frappent » parlent de la violence conjugale.

C’est une histoire vécue par moi. On croit que la violence conjugale n’existe que dans les couples hétéros. Il existe aussi dans les couples homos puisque j’en ai été victime. La violence existe au féminin, je voulais donc lever le tabou sur ça.

Dans  « Est-ce que tout est écrit ? », on ne sait pas à qui tu parles.

C’est une chanson sur la magie de la rencontre sur internet. Est-ce une rencontre amoureuse ou artistique, je laisse planer le doute.

Et « Chien perdu sans collier », c’est aussi une histoire de rencontre.

J’ai récupéré le chien d’une amie qui était en fin de vie. C’est un chien qui a été martyrisé, qui a souffert et je me suis demandé comment un animal se reconstruisait. J’ai voulu faire un parallèle avec un marginal que la difficulté de la vie a amené dans la rue. Est-ce qu’il ne suffit pas de croiser la bonne personne qui va te tendre la main pour avoir de nouveau envie de vivre et de se battre… et qu’un destin puisse resurgir. Et Chien perdu sans collier fait aussi référence au livre de Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier que j’ai lu étant jeune et que j’ai beaucoup  aimé.

Nouvelle version de "Ce matin-là" (audio).

« Ce matin-là » est ton plus grand succès. Pourquoi l’as-tu ressorti dans une nouvelle version ?

J’ai juste fait sauter un couplet. Cette chanson est le fil conducteur de ma carrière.

Si ton cancer n’avait pas fait une rechute l’année dernière, l’aurais-tu rechanté ?

Ce n’est pas lié. Pour moi, cette chanson est un hymne à la vie pleine d’espoir. Je pense que beaucoup de gens se retrouvent dans cette chanson qui raconte le jour où on apprend qu’on a un cancer. Ce n’est pas un sujet tabou. J’ai un cancer chronique. Toute ma vie, je vais me battre contre lui, c’est comme ça. Je ne veux pas faire de mon cancer mon étendard, mais je veux l’assumer. Il n’y a pas de honte.

Ça fait 10 ans que tu en parles et que tu le chantes.

C’est parce que c’est aussi un booster. Il y a dix ans, j’étais chanteuse dans les pianos-bars. C’est bien le cancer qui fait que je suis sorti du tiroir. J’ai profité de mon malheur pour vivre et profiter un peu. C’est paradoxal, je sais bien.

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Faby Perier et Thomas Cogny.

Il y a un duo avec Thomas Cogny, « Les sans voix ».

C’était rigolo parce que Thomas n’est pas du tout chanteur. Il a fallu que je le motive un peu pour qu’il accepte parce qu’au départ,  il ne l’était pas du tout. Au final, je trouve que ça le fait bien. Cette  chanson a été écrite au moment des histoires de François Fillon. On sentait qu’on se foutait de la gueule du peuple. Je ne parle même pas des « sans dent » de François Hollande. J’ai donc choisi de parler des sans-voix. On vote, mais on ne sait pas vraiment pour qui. Aujourd’hui, on vote contre plus que pour. Je dis dans cette chanson que, nous, les sans-voix, mine de rien, on fait beaucoup de choses dans la vie.

J’évite toujours de demander le pourquoi du comment du titre d’un album. Mais toi, étant donné ton histoire, je suis sûr qu’il y a une sacrée raison.

La renverse, c’est ce moment de latence entre les deux marées, la haute et la basse. C’est un moment d’accalmie. Un moment où l’on se pose et on l’on se dit que tout est encore possible. La renverse a un double sens qui ne t’aura pas échappé. C’est un bouleversement à chaque fois de se battre contre la maladie, mais on peut renverser la situation. Enfin, de manière plus anecdotique,  Vincent-Marie Bouvot  est un navigateur. On a beaucoup parlé navigation, de voile etc… J’ai donc aussi fait référence à ça.

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(photo Izabela Sawicka)

La photo de ton disque est superbe, mais bien choc.

Il y a 4 ans lors de ma deuxième rechute, cette photo a été faite pour une association, SKIN,  qui a choisi d’accompagner les gens malades par le biais d’une œuvre artistique. Je trouvais que c’était important de faire quelque chose pour que le regard sur les femmes malades change. Honnêtement, j’ai beaucoup hésité à mettre cette photo parce qu’on me reproche souvent d’utiliser mon cancer et c’est Vincent qui m’a dit qu’elle était sublime et qu’il fallait y aller à fond puisque je suis dedans. La  mer et  le ciel sont violents sur cette photo,  mais je trouve qu’elle est aussi pleine d’espoir.

Je crois savoir que cette photo est dans le cabinet du professeur qui te suit à l’hôpital franco-britannique.

Ce grand professeur m’expliquait que lors de l’annonce d’un cancer à un patient, il détourne les yeux de cette photo. Lorsqu’ils ont commencé les traitements, ils la regardent de nouveau. Ils sentent qu’il y a de l’espoir. C’est important qu’une image puisse aider et délier la parole.

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Pendant l'interview...

As-tu des concerts prévus ?

Je vais faire la première partie de Liane Foly le 9 novembre à Dreux et tout  l’été 2019, il y a plusieurs premières parties d’elle qui sont prévus. Je maintiens le cap sur ces dates. J’espère être en forme à ce moment-là.

Ça te fait du bien au moral ce disque ?

Ce qui me fait du bien au moral, ce sont les réactions des gens qui l’ont écouté. J’ai déjà eu des articles et des retours très positifs.

Michel Kemper  de « Nos enchanteurs » a dit de ce disque : « Certes, vous pouvez acheter ce disque par compassion, certes. Reste que c’est par adhésion artistique que vous le repasserez souvent sur votre platine, play et replay. Parce que c’est un beau disque, au son impeccable (enregistré au Studio Unreal World de Deuil-la-Barre, réalisé par Vincent-Marie Bouvot, mixé par David Cook) : sept titres seulement mais qui vont à l’essentiel dans un art abouti, un vrai plaisir d’écoute. » Mazette.

Tu ne peux pas t’imaginer combien cela m’a touché.

On peut trouver ton disque où ?

Sur mon site internet et toutes les plateformes de téléchargement.

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A la fin de l'interview, le 6 septembre 2018.

06 mars 2013

Barbara Béghin : interview pour la sortie de son premier album

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(Photos et design: Wanda Kujacz)

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor« Son aspiration, Barbara Béghin la puise dans l’air du temps, assise à la terrasse des cafés elle observe, saisit au vol un mot, une idée, capture une image qu’elle note dans ses carnets qui ne la quittent jamais. De ces instants fugaces, Barbara y puise son inspiration pour nous conter toujours avec optimisme et humour la vie des autres. Le résultat est un album composé de 11 chansons, autant de fragments du quotidien, de tableaux représentants l’Homme et ses amours, avec comme élément fondateur et narrateur central : la Femme. »

Ainsi est présenté officiellement le premier album de Barbara Béghin, personnalité à la fois fantasque et mutine.

J’ai fait la connaissance de cette jeune femme il y a déjà quelques mois chez son réalisateur/arrangeur/compositeur, Vincent-Marie Bouvot dans son studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre. Je n’étais pas venue pour elle, mais Barbara était présente. Je suis repartie avec son disque. Je l’ai souvent écouté, car je le trouve iconoclaste et très varié (rock, chanson, electro…). Et j’aime beaucoup le grain de sa voix. Je suis très sensible aux voix, je le répète souvent ici.

Pour écouter sur Deezer, c'est ici.

Le 12 février dernier, Barbara Béghin est venue à ma rencontre à l’agence pour évoquer ce premier disque et sa relation avec la musique.

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barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorInterview :

Tu as commencé la musique à l’âge de 4 ans.

Je suis un peu née avec déjà à l’esprit le spectacle.  Le spectacle plus que la chanson, d’ailleurs. Mes parents aimaient ça et ils nous ont installé un grenier ou nous pouvions faire ce que nous voulions avec ma frangine. On a tout de suite été dans la volonté de créer et d’imaginer des choses. On imitait aussi ce que l’on voyait à la télé.

Ta relation à la musique est plutôt ouverte, j’ai l’impression.

Oui. Et aujourd’hui, je sais que j’ai encore beaucoup d’artistes et de genres musicaux à découvrir. J’ai plus une affection pour des chansons que pour des styles. On a d’ailleurs du mal à définir ce que je fais moi comme genre. Je réponds que c’est de la chanson française.

Je reviens à tes parents. Tu as de la chance, ils t’ont encouragé en te faisant faire des cours de danse, de chant, de piano, de théâtre…

Dans le nord, avec ma sœur, on a commencé par la danse. Mon plaisir de la gestuelle et de la scène me vient de là. Après, quand nous sommes allés en Normandie, j’ai fait partie d’une première association de musique, puis d’une seconde, mais de théâtre. À 13 ans, j’ai pris des cours de chant quand ma prof de musique à mis en place un groupe pour faire des prestations, des reprises essentiellement. Je suis devenue la chanteuse du groupe. L’envie du spectacle, c’est aussi le fait de ne pas rester cachée derrière un piano et pouvoir se défouler autrement qu’en jouant de la musique. Ce n’est pas de l’exhibition, c’est le plaisir de ne pas être enterrée, de se dévoiler un petit peu. Ça m’apporte quelque chose que la vie ne m’apporte pas tous les jours.

Clip de "Toujours, Toujours".

Quand tu étais adolescente, tu as même sorti un EP.barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandor

Toujours avec cette association de musique en Normandie. J’ai dit à ma prof que j’écrivais des petites chansons… de collégiennes (rires). Elle m’a proposé de faire de la musique dessus ensemble. On a fait un premier 4 titres avec un groupe qui s’appelait Stationnement Interdit. C’était une toute première expérience d’enregistrement et un travail différent de la scène. On prend notre voix en pleine tronche et c’est là que l’on découvre nos premiers petits défauts. Quelques années plus tard, toujours avec le même groupe on a fait un 11 titres.

Depuis ce 11 titres dont tu nous parles et ce premier album solo, tu as l’impression d’avoir fait des progrès ?

Euh… oui, en étant objective, je peux le dire. C’est dû à un travail d’écoute et de réflexion. Et de nouvelles relations aussi. C’est Vincent-Marie Bouvot qui a mis le doigt sur des choses qui n’étaient pas possibles. Quand on fait des reprises, on essaie d’imiter ou d’interpréter de la même façon que les artistes originaux. Après, c’est très dur de retrouver son identité vocale personnelle.

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Pour faire ton disque, tu t’es inscrite sur le site participatif Akamusic en 2009. Ça a marché puisque tu as réuni assez d’argent  pour enregistrer.

C’était le moment où je tournais un peu en rond. Il fallait que j’avance, je ne pouvais pas stagner. J’avais une irrépressible envie de chanter mes propres chansons. Ça finissait par m’obséder. J’avais entendu parler des plates-formes participatives et j’ai tenté le truc. Ça m’a permis de former une équipe que je n’avais plus. J’ai mis des maquettes plutôt bien enregistrées. Avec de l’effort et de l’énergie et la volonté de s’intéresser aux principes communautaires et de tous les réseaux sociaux, la jauge a augmenté et ça m’a permis de sortir un premier single. À partir de là, le directeur artistique d’Akamusic m’a proposé de rencontrer Vincent-Marie Bouvot.

"Comme une allumette".

barbara béghin,interview,vincent-marie bouvot,mandorTu le connaissais ?

Non. Le monde des arrangeurs m’était parfaitement inconnu. On m’a vite expliqué qu’il avait travaillé pour Julie Piétri, Elsa et Zazie. J’ai écouté les albums qu’il a réalisés pour elles et j’ai reconnu une patte et un son que j’aimais beaucoup. J’ai eu le sentiment qu’il pouvait m’apporter ce que je voulais dans la recherche des sons et des mélodies. Des mélodies très efficaces…

L'as-tu rencontré pour savoir si vous pouviez travailler ensemble?

Oui. À notre premier rendez-vous, je lui ai fait écouter mes maquettes. Il a eu un regard critique dessus et m’a expliqué comment faire évoluer les chansons. Ça m’a plu tout de suite, car j’ai besoin que l’on m’explique ce qui ne va pas et que l’on me montre comment on peut changer ce qui ne va pas. Il a compris que ce que j’aimais, c’était d’essayer d’écrire des textes qui racontaient des histoires et des musiques qui font bouger avec des mélodies que l’on pouvait chanter facilement et que les gens pouvaient reprendre. On s’est quitté sans se préciser si nous allions nous revoir. Mais moi, j’avais l’impression que tout était bon pour moi. J’ai appris un peu plus tard qu’il était partant aussi.

"Pas seulement pour lui" en studio.

Tu as eu combien d’argent pour faire cet album ?

Au final, 80 000 euros grâce à 800 producteurs.

Une fois que l’album est enregistré, les producteurs suivent ce que tu fais ?

Je leur donne le maximum d’infos possible. Il ne faut pas que les gens pensent que, parce qu’on a fait une production sur un site communautaire, participatif qu’on va sortir plus vite que tous les autres artistes qui rament. Certains pensent que l’on va tout de suite cartonner et que l’on va tous faire comme Joyce Jonathan et Grégoire. Il faut donc les rassurer en leur disant que l’on fait tout notre possible pour que ça marche. Moi, je ne lâche rien. Je mets en place ma scène en ce moment.  

Dans ce disque, ce qui est fou, c’est que ta voix varie de chanson en chanson.

Ça vient des genres différents qu’il y a et qui permettent une interprétation différente.  C’est aussi la volonté avec Vincent-Marie d’aller chercher le maximum de ce que je pouvais faire parfois. J’ai osé des choses que je m’interdisais presque.

Extrait de "Emmeline".

Tu racontes les histoires d’une jeune femme de ton âge, parfois de manière un peu désillusionnée.

Pas tant que ça. J’essaie de positionner mes personnages et j’évite d’exprimer mes positions personnelles  dans mes chansons. Au  niveau de l’interprétation, j’essaie aussi d’avoir la position d’artiste chanteuse qui prend les choses graves avec une pointe de légèreté quand même.  Je  prends les choses comme elles viennent et j’essaye d’habiller mes chansons à ma sauce, en envisageant que la vie peut être sympathique quand on choisit ce qu’on veut faire.

Tu chantes aux Déchargeurs durant plusieurs jours...

En coréalisation pour 15 représentations du 19 mars au 6 avril. C’est bien parce que cela va me permettre de roder la scène et d’inviter un maximum de professionnels. Je veux leur montrer ce dont je suis capable de faire. On a choisi de faire une proposition guitare-voix et une version guitare-batterie-voix. Il y a aussi la possibilité de m’aider à financer mes scènes. (Là). Le 17 mai, je serai aussi au Sentier des Halles.

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Je sais...

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09 juillet 2012

Pauline Brooks : interview pour son (premier) Taratata!

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Je republie ma chronique/interview sur Pauline Brooks, un de mes récents coups de cœur musical. La jeune femme veut rentrer sérieusement en studio. Avec Vincent-Marie Bouvot (voir plus bas), réalisateur, compositeur, elle souhaite enregistrer un 6 titres sous forme de CD promo, dans son « Unreal World studio ».

Pour l’aider financièrement (en échange de contreparties intéressantes), ça se passe sur Ulule. A l'heure où j'écris cette note, il reste 9 jours et il manque la moitié de la somme requise pour que Pauline puisse accéder au studio.

Précision : Si le projet n'aboutit pas, vos mises vous seront remboursées. Parlez en autour de vous, chaque mise est importante.

Tout est expliqué là !

Pauline Brooks fait partie des artistes que je suis avec beaucoup d’intérêt depuis plusieurs mois. Je trouve son univers original, noir et onirique. Je m’y sens bien.

pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotRécemment, Pauline Brooks était dans Taratata sur France 2.

La semaine dernière, elle était dans un studio d’enregistrement de Deuil-la-Barre (à 5 minutes de chez moi) avec Vincent-Marie Bouvot (réalisateur / compositeur / arrangeur / musicien, connu notamment pour avoir été l’instigateur principal du succès de Zazie au début de sa carrière). Je suis allé à sa rencontre. Je tombe sur une jeune femme un peu réservée, mais qui s’anime dès qu’on lui parle de son métier de chanteuse, musicienne.

Avant de continuer, voici sa bio signée Frédéric Vignale, très légèrement tronquée parce qu’elle était un peu longue  :

"De ses 10 ans de flûte traversière et solfège, Pauline Brooks a appris et gardé le goût de la discipline et la musicalité, ce qui n'est pas du pipeau quand on est une chanteuse digne de son nom qui est un pseudo.

A Seize ans, elle se lance dans la chanson et se rattrape assez vite, c'est le temps des expériences et elle n'hésite pas à faire le grand écart entre Jeff Buckley et Zazie sans jamais se casser une jambe. Un travail d'équilibriste !

Puis elle monte à Paris, se voit déjà en haut de l'affiche et pour financer son Art elle fait le Porte-manteau de luxe dans la mode tout en faisant des maquettes en parallèle de sa vie de mannequin qui s'ennuie de la superficialité des métiers du beau.

Dès 2006, elle se fait vite repérer dans les réseaux sociaux et autres scènes virtuelles, ce quipauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvot l'amène à être sélectionnée pour participer à l'émission « In Live With » avec Elodie Frégé, et rencontre le célèbre mixeur-réalisateur Steve Forward, qui lui propose de mixer le titre "Brille" que Pauline Brooks a écrit et composé. Elle rencontre ensuite le talentueux chef d'orchestre et chanteur Stanislas (un mec bien dans la Place, comme chacun le sait) qui lui propose des titres. Elle choisit alors la chanson "Non merci", sans doute par esprit de contradiction.

Active et dynamique sur le Net, elle continue à se faire remarquer (chose qu'elle fait très bien depuis toute petite) et finira même aux portes de la Star Academy sans y entrer, ce qui n'est pas plus mal pour sa carrière finalement.

En 2008, elle présente, dans l'auditorium de la Sacem, une reprise de la chanson "Nathalie", d'un chanteur mort, accompagnée de ses musiciens, dans le cadre du prix Pierre Delanoë. La même année, elle rencontre le compositeur Rémi Lacroix, avec lequel elle travailla vite sur de nouvelles chansons.

Ainsi se prépare un premier Album Pauline brookesque que le monde de la musique, qui va si mal, attendait. 2011 sera son année, à n'en pas douter. La vague rousse ne fait que commencer."

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pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotInterview:

Je suis l’évolution de ta carrière depuis quelques mois. Ca bouge beaucoup pour toi en ce moment…

Oui, je suis sur une vague plutôt positive. Je pense que c’est le bon moment pour que mon projet prenne complètement son envol. Tout arrive d’un coup et de belle manière. J’ai d’ailleurs un peu de mal à réaliser.

Je sais que tu as eu de grands moments de doutes récemment.

J’ai toujours le sentiment que les gens ne me voient pas avec la musique que je peux donner en ce moment, alors que c’est celle qui me ressemble le plus. Ce que je faisais auparavant était un peu plus « variété »… allons, disons plus pop ! Je me demandais si le chemin que je prenais était dans la bonne direction. C’est donc en plein doute que les choses se sont enclenchées.

Tu travailles toute seule chez toi, tu bidouilles tes ordinateurs, tu crées en solo. C’est difficile de ne pas avoir d’aide ?

Non, au contraire, je suis une solitaire. J’ai besoin d’être dans ma bulle et je m’enferme dedans. Au début, j’ai même eu du mal à mettre mes chansons en avant. J’avais un peu peur d’être jugée. Enfin, en tout cas, pour moi, c’était une étape de faire découvrir mes nouveaux morceaux.

Ton style d’aujourd’hui, s’il fallait le déterminer, je dirais que c’est du trip-hop. Mais, au fond, ce n’est pas que ça…

C’est ça, mais effectivement, il y a des chansons plus jazzy par exemple… de toute façon, je ne veux pas me cantonner à un style en particulier, c’est vraiment suivant l’inspiration.

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Dans tes chansons, tu évoques des héroïnes aux destins brisés. Jean Seberg, Dalida, Sharon Tate

Ce sont des femmes qui me touchent par leur personnalité, leur vécu. Le fait qu’elles soient adulées, adorées et très seules. Ces femmes-là doutaient beaucoup, n’avaient pas confiance en elles. Sur certains points, je me sens proche d’elles et il y a des choses qui sont en résonances avec ma propre vie. Cette envie d’écrire autour de ce thème-là est partie de la découverte des poèmes de Sylvia Plath. Il faut la lire pour comprendre pourquoi j’ai pris cette décision, ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas évoquer ce que j’ai vécue moi.  

Parler des autres pour parler de soi-même…

Oui. Dans certaines chansons, j’utilise le « je », d’autres le « tu ». Du coup, on ne sait pas trop qui parle et ça me convient bien ainsi.

Mini-clip de la chanson "Sorry Jean" qui évoque le destin de Jean Seberg
Stéphane Defer (www.rouge-poivron.com) et Pauline Brooks.

Tu écris des chansons quand même très noires…

Oui, je sais. Le paradoxe, c’est que je n’ai pourtant pas envie de montrer uniquement ces côtés-là de ma personnalité et de la personnalité de l’artiste dont je vais parler.

Tu as beaucoup de chansons ?

En chantier, j’en ai pas mal. 8 sont finies et d’autres sont moins abouties.

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Tu es ici à Deuil-la-Barre pour retravailler certains de tes morceaux avec un grand réalisateur et créateur de chansons, Vincent-Marie Bouvot. Comment vous êtes vous rencontrés musicalement ?

Il a écouté mes morceaux sur MySpace il y a un an et au même moment, moi, je lui envoyais un mail. C’était une incroyable coïncidence. Lui, visiblement, avait bien aimé ce qu’il avait écouté, qui était pourtant encore à l’état embryonnaire. Moi, j’avais deviné son amour du son vintage qui correspond à celui que j’apprécie aussi. J’ai un peu avancé sur mes maquettes et il a trouvé ça intéressant. Il a estimé qu’un univers s’en dégageait. Il m’a proposé de travailler sur cette maquette pour me permettre d’avancer sur mon projet d’album. Je voulais un deuxième regard sur mon travail, car il est difficile d’avoir du recul sur ses propres chansons. Il a revu toutes les structures des chansons quand il le fallait. Je travaille de manière très instinctive donc tout n’étaient pas bien structurés. Moi, c’est ce que j’attendais… un retour franc et constructif. Me remettre en question ne me dérange pas. Avec Vincent-Marie, j’avance à vitesse grand V.

Tu es quelqu’un de fier ?

Pas vraiment. Du moment que l’on me parle sans agressivité, je crois que je suis capable de prendre les choses avec philosophie.

Tu fais aussi partie de la sélection des Inrocks.

J’ai postulé un peu par erreur. Je croyais que Les inrocks proposaient une plate forme telle que Noomiz ou MySpace. Je pensais que c’était juste pour se présenter, je n’avais pas calculé qu’il y avait un concours autour de ça et que je pouvais être sélectionnée. Ca m’a donné un coup de boost parce que j’étais un peu dans le creux de la vague. J’ai retravaillé complètement une chanson et j’ai tourné un petit clip avec une harpiste pour présenter un peu le projet (voir au-dessus de la question). C’était super d’avoir cette visibilité sur le site des Inrocks.

pauline brooks,paulines gilles,interview,taratata,vincent-marie bouvotEt après, il y a eu Taratata.

Pour leur nouvelle rubrique « Jeunes Talents », ils ont fouiné et m’ont déniché sur le site de Télérama. Ils ont trouvé ce que je faisais suffisamment intéressant pour qu’ils le proposent à Nagui. C’est vraiment le truc qui arrive de manière inattendue. Après quelques jours de suspens, j’apprends que c’est confirmé. Je quitte donc Avignon, pour la capitale enregistrer l’émission. Là, je suis accueillie par Flavien qui me rassure, me donne des conseils, m’explique comment ça va se passer et aussi que Chris Martin, le leader des Coldplay, va m’écouter. Nous avons été super bien reçus, finalement comme les groupes importants. De mon côté, j’ai essayé de bien gérer mon trac… non, parce que je l’avais, crois-moi.


Pauline Brooks- Taratata par notsoblonde

Avec ce Taratata, tu touches du doigt un bout de ton rêve.

Oui, et il faut que je rebondisse là-dessus. Il n’y a pas de raison pour que ça ne continue pas.

Pour voir la prestation de Pauline Brooks à Taratata, il suffit de cliquer ici.

 

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Pauline Brooks travaille avec Vincent-Marie Bouvot, soit. Il était donc pour moi impératif que j'interroge le principal intéressé sur cette collaboration, que j’espère de tout cœur fructueuse. (En fait, je n’en doute pas.)

Comment avez vous pris la décision de travailler avec elle?

Pour l'instant il s'agit plus de créer ensemble, de partager, de se renvoyer la balle à propos des titres en construction, de mettre en place les moyens intellectuels, les réflexes créatifs. Lancer la douce confrontation des imaginaires (assez proches je le crois chez Pauline et moi) et des expériences passées. Tout cela au profit du projet artistique de Pauline. Pour moi la phase du "travail" à proprement parler serait donc plutôt ce moment où, ayant conquis des producteurs, des éditeurs, l'on passe à la production "industrieuse" d'un disque. Il n'y a donc pas ici de "décision". C'est la soif de faire de belles choses qui me pousse. Comme si croiser Pauline sur la route de ma caravane était y trouver un point d'eau. Le but alors et j'y reviens: Faire ensuite que ce petit miracle, ce point d'eau là grandisse en oasis.

Qu'est-ce que vous aimez professionnellement chez elle?

Pauline est habitée. Elle est une excellente musicienne. Une Artiste - Il n'y en a pas autant qu'il y paraît de vrais artistes- elle est capable d'écrire les plus jolies musiques, les plus chouettes chansons qui soient. Et de les chanter et les "porter" artistiquement, tout comme professionnellement, aussi haut et loin que possible. Pour Pauline, cela ne fait aucun doute, la musique est une affaire sérieuse, je ne dis pas "triste" bien au contraire. Car pour elle, je l'ai vu, la bonne musique est une joie. Et cela quel qu'en soit le style affiché, le genre. Je partage totalement ce sentiment. Voilà ce que j'aime chez Pauline.

Comment voyez-vous ou espérez-vous son avenir musical?

Je n'ai pas de visions en général sur l'avenir d'une carrière. Je souhaite seulement que la musique de Pauline passe à la radio. Beaucoup. Souvent. Aussi personnelle et
originale soit elle. Je souhaite que le plus large publique possible entende la meilleure musique possible. Voilà ce qui rend tout le monde heureux: L'artiste et son équipe et tous les auditeurs, les spectateurs, nous: Les gens.

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Après l'interview...

(Grand merci à LaBlonde Musique pour les belles photos dans les loges de Taratata et pour la photo d'ouverture!)