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22 décembre 2018

Vincent Brunner : interview pour Le rock est mort (vive le rock!) et pour Les super-héros : un panthéon moderne

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vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneVincent Brunner est auteur et journaliste. Je l’ai déjà dit ici, j’ai travaillé avec lui dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Je suis donc de près ses publications littéraires.

Vincent écrit sur la musique ou la BD pour Les Inrockuptibles, Libération, Telerama.fr, Topo, Tsugi ou Slate. Il est cocréateur de Tout est vrai (ou presque), programme court diffusé sur Arte qui raconte la vie des grandes personnalités en utilisant des figurines et des objets. Pour Flammarion, il a dirigé Rock Strips et Rock Strips Come Back, deux histoires du rock en BD, et publié En quarantaine avec Miossec et Sex & Sex & Rock & Roll avec Luz. Il a publié en 2014 son premier roman-jeunesse, Platine (mandorisation à lire là), toujours chez Flammarion. En 2010, chez City Editions, il a sorti Jimi Hendrix, electric life (mandorisation à lire ici).

Le 5 décembre dernier, dans un bar de la capitale, j’ai de nouveau mandorisé Vincent Brunner pour son nouveau livre Le rock est mort (vive le rock !) avec des dessins de Terreur Graphique et pour son précédent livre sorti l’année dernière, un essai intitulé Les super-héros : un panthéon moderne.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLe rock est mort (Vive le rock!)

À l’heure où les patriarches du rock remplissent des stades et font la une des journaux, il est temps de dresser un bilan… de leur état de santé! Avec la complicité de Terreur Graphique et de ses dessins mordants, Vincent Brunner dresse le portrait mi-ironique, mi-attendri de ces vieilles canailles, déglingos, mystiques, sourdingues… Entre les pages de ce livre, se côtoient parmi une centaine d’autres Patti Smith et Catherine Ringer, Roger Waters et David Gilmour, Robert Smith et Boy George!

Interview :

Tu as eu l’idée de ce livre quand, en 2016, ont disparu Prince, George Michael, Leonard Cohen, David Bowie et bien d’autres, ce qui a provoqué des innombrables RIP dans les réseaux sociaux.

J’ai eu l’impression que nous étions devenus des caisses enregistreuses à nécrologie. Ça m’agace un peu, même si je le comprends. Quand des gens si talentueux et ayant des années de carrière disparaissent, il faut prendre conscience que c’est une partie de nous-mêmes que l’on enterre. Ce sont nos souvenirs… Bref, je me suis dit à ce moment-là que ça pouvait être intéressant qu’il existe un objet, en l’occurrence un livre, pour se consoler et se préparer mentalement aux prochaines disparitions, tout en se marrant. On imagine les artistes immortels parce qu’ils continuent albums et tournées…

Tu as procédé comment pour choisir les artistes dont tu parles ?

J’ai commencé par ceux qui étaient âgés. Plus les rockers sont vieux, plus on risque de les pleurer dans peu de temps. J’ai commencé à noter des noms dans un carnet. A un  moment, je n’arrêtais plus de peur d’oublier quelqu’un. Cela m’obsédait et en même temps, je me demandais pourquoi je faisais ce livre (rires).

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il n’y a pas que des vieux dans ce livre… il y a Pete Doherty quand même !

Tout le monde sait qu’il joue avec le feu depuis des années. C’est sûr, il fait baisser la moyenne drastiquement. 

Il y a deux artistes évoqués morts après le bouclage.

Aretha Franklin, morte deux jours après le bouclage et Rachid Taha.

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 (Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il y a plusieurs catégories : « Les déglingos », « les icones des années 80 », « les mystiques », « les vieux conservateurs »…

Il fallait bien que je les classe pour rendre l’ouvrage ludique. Là aussi, c’était amusant de placer les artistes dans une catégorie.

C’est un livre très drôle et absolument pas morbide. L’humour noir est présent à chaque page.

Avec une thématique comme celle-ci, on ne pouvait pas faire dans le premier degré. Il fallait que cela fasse sourire. J’ai écrit des fausses unes et des fausses nécrologies, hormis cela, tout est vrai. J’ai été très influencé par mon expérience d’auteur pour les pastilles diffusées sur ARTE, « Tout est vrai (ou presque) ». On part d’une biographie et on en fait quelque chose d’humoristique.

Il y a du mordant dans les textes, mais également dans les dessins de Terreur Graphique.

Pour ce livre, je l’ai contacté parce que je savais qu’il était capable de partir en vrille. C’est un héritier de Gérard Lauzier et de Claire Brétecher. Je le rapproche aussi de Luz. Il parle de la société par le prisme de l’humour.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Il faut bien regarder les dessins, car ils sont truffés de détails, souvent hilarants.

Oui, tu as raison. Les dessins sont aussi importants que le texte. Terreur Graphique se basait sur ce que j’avais écrit, il regardait des photos récentes de l’artiste en question et son imagination à fait le reste. Je veux préciser que nous ne sommes jamais méchants. Nous sommes toujours tendres dans nos traits d’humour un peu sarcastiques.

Tu as établi un « état de santé » pour chaque artiste évoqué.

J’ai mené l’enquête… Parfois, je n’ai pas pu le faire. Quand je parle de Gérard Manset, on sait tellement peu de choses sur lui qu’il est difficile de dire quelque chose sur sa santé.

Tu as enquêté comment ?

Pour beaucoup, il existe des biographies ou des autobiographies, ça m’a bien aidé, même si je sais qu’il faut se méfier de ce genre de bouquins où les angles sont parfois arrondis. J’ai fait aussi des recherches sur Internet pour savoir si les artistes dont je parle ont eu des problèmes de santé, s’ils ont été hospitalisés, s'ils ont annulé des concerts. J’ai vérifié leurs dernières apparitions publiques. Je n’ai jamais autant consulté les sites « people » que ces deux dernières années, parce qu’à un moment, j’ai été obligé d’en passer par là.

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(Crédits : Vincent Brunner et Terreur Graphique)

Vous touchez parfois à des intouchables, Terreur Graphique et toi. Vous n’avez pas eu de plaintes de différents fan-clubs ?

Pas encore. Je suis surpris de ne pas avoir d’insultes sur Twitter ou Facebook. Il semblerait que les lecteurs de cet ouvrage un peu provocateur aient compris le concept et le second degré. Nous rendons humains ces icones. Les désacraliser, ce n’est pas leur manquer de respect, au contraire. Leur œuvre est immortel, nous n’y touchons pas.

On apprend que pas mal d’artistes qui ont beaucoup fait d’excès ont désormais une hygiène de vie irréprochable.

Oui, c’est le cas de Madonna, Nina Hagen, Elton John ou Iggy Pop. Ce dernier a arrêté de prendre des acides chaque jour, il fait de la gym et mange du Tofu. Les rock stars qui sont encore là alors qu’ils se sont bien cramés la gueule pendant des années, c’est parce qu’à un moment, ils se sont repris en main. C’était une question de vie ou de mort.

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Vincent Brunner et Terreur Graphique en dédicace à la librairie Le Merle Moqueur.

Est-ce que le rock est mort ?

Tu es fou ! Le rock sera toujours vivant tant qu’il y aura encore trois gamins qui jouent cette musique dans un garage. Ce sont les figures mythologiques du rock qui sont en train de disparaitre, pas cette musique.

Aujourd’hui, les jeunes s’identifient plus à la musique dite « urbaine ». Rap, RN’B…

Les jeunes qui jouent du rock, et je ne vais pas les citer, sont très bons, mais au niveau du charisme, ce n’est pas hyper intense par rapport aux anciens. Ils ne délivrent plus de messages et n’ont plus d’influence sociale. Ce sont effectivement certains rappeurs ou chanteurs de RN’B qui ont pris le relais. Avant, les rockeurs faisaient bouger les lignes, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Quelques regrets concernant ce livre ?

Johnny est parti trop tôt. Terreur Graphique et moi, nous aurions adoré nous occuper de son cas.

Le 23 décembre 2018, Vincent Brunner interviewé sur le plateau du "64 minutes le monde en français" sur TV5 Monde. 

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Pendant l'interview...

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros : un panthéon moderne.

Argumentaire de presse :

Spider-Man et Captain America auraient-ils remplacé Zeus ou Hercule dans l’inconscient collectif ? Umberto Eco voyait déjà en Superman un personnage mythologique. Longtemps méprisés avant d’être réhabilités, désormais omniprésents au cinéma et dans la pop culture, les super-héros ont élargi leur public au-delà des seuls geeks. Hors du domaine du divertissement, ils servent de modèles fantasmés à une humanité en quête de repères. Mais que signifie cet attrait croissant pour ces archétypes ? Et si ces justiciers costumés incarnaient un nouveau panthéon laïc ? En convoquant des penseurs tels que Nietzsche, avec son concept de surhomme, ou Lévi-Strauss, avec les mythes primitifs, Vincent Brunner analyse l’évolution de la figure du super-héros et démontre que Wonder Woman ou les X-Men constituent dorénavant une véritable mythologie contemporaine.

Mini interview :vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderne

Tu es fan des super-héros ?

J’en lisais quand j’étais ado. Après j’ai décroché, puis j’ai repris il n’y a pas très longtemps. Je me suis rendu compte que je découvrais une vraie dimension intéressante que je n’avais pas capté jeune. Les histoires des super-héros sont le reflet de la société. Il y a beaucoup d’antagonismes raciaux et d’extrémismes. Les histoires parviennent à te divertir, tout en te faisant réfléchir. De bons auteurs utilisent ce format qui parait ultra balisé pour en faire quelque chose de très riche et profond. Les personnages de ces comics ont remplacé les Dieux de l’Olympe. Ce sont des totems auxquels tu ne peux pas toucher.

Tu es fasciné par eux ?

Quand j’ouvre une histoire de super-héros, il y a quelque chose du domaine du rêve qui me ramène à l’enfance. Il y a quelque chose d’immédiat qui me met dans un état d’esprit onirique.

vincent brunner,terreur graphique,interview,le rock est mort,les super héros un panthéon moderneLes super-héros ont véhiculé de la propagande, non ?

Lors de la seconde Guerre Mondiale, c’était effectivement des outils de propagande. Les premiers super-héros sont nés un peu avant, mais beaucoup sont apparus lors de cette guerre. Il fallait montrer des images de surhommes qui puissent rassurer le peuple.

Ton essai est sérieux et très bien documenté… et il est lisible par tous.

Je sais que des professeurs de 3e l’utilisent pour leur classe. J’ai fait en sorte que ce livre puisse répondre aux questions des spécialistes, mais qu’il soit accessible à tout le monde. J’ai eu la chance de m’appuyer sur des penseurs comme Friedrich Nietzsche, Edgar Morin ou Umberto Eco. Cet essai raconte l’histoire des super-héros, l’évolution de notre regard sur eux et les fondations du panthéon. J’ai souhaité aussi donner des pistes de lecture.

En décembre 2015, Vincent Brunner interviewé sur TV5 Monde pour évoquer Les super-héros, un panthéon moderne.

30 septembre 2014

Vincent Brunner : interview pour Platine

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J’ai travaillé avec Vincent Brunner dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Un vrai journaliste rock qui savait de quoi il parlait (ce qui n’est pas systématique). Je suis donc de près ses publications littéraires. Je l’ai déjà mandorisé pour un livre sur Jimi Hendrix. Cette fois-ci, il sort son premier roman. Platine est un livre « jeunesse ». Bien, le jeune que je suis a donc beaucoup apprécie lire ce livre sur la transmission, le travail de deuil, la musique rock, l’amour, l’amitié… notamment.

Le 10 septembre dernier, Vincent est venu me voir à l’agence…

vincent brunner,platine,interview,mandorRésumé :

Eva est en seconde. Elle ne vit que pour la musique, le rock. Un jour, ses grands-parents lui confient un sac de vieux disques vinyles ayant appartenu à son père biologique, décédé juste avant sa naissance. Bouleversée par ces disques, elle est exclue trois jours de son lycée après avoir agressé l'une de ses camarades. Trois jours qui lui permettent de réfléchir et de comprendre que ce père, dont elle partage la passion de la musique, fait bien partie d'elle et qu'elle doit accepter d'en faire le deuil.

L’auteur :vincent brunner,platine,interview,mandor

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique des Rolling Stone pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine, avec/sur Christophe Miossec (Flammarion) et Bob Dylan au-delà du mythe (City).

Il est co-créateur de Tout est vrai (ou presque), diffusé sur Arte tous les soirs à 20h45.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines (VSD, Spray, KR Homestudio, Beachbrother, Snatch).

vincent brunner,platine,interview,mandorInterview :

Ce livre est ton premier roman. Pourquoi un roman jeunesse ?

Concernant Platine, je n’avais pas anticipé le fait qu’il soit dans une collection jeunesse. En fait, j’avais écrit un roman mettant en scène un détective, un peu pastiche. Je l’avais fait lire à Gaëlle Lassée, éditrice chez Flammarion, avec qui on a fait Rock Strips et Sex & Sex & Rock & Roll. Elle l’a passé à une de ces amies, Céline Vial, qui travaille dans la même maison d’édition, mais à la jeunesse. Elle n’a pas pris le roman parce qu’elle considérait qu’il n’était pas pour cette tranche d’âge, mais elle m’a indiqué qu’elle en cherchait, notamment autour de la musique. Alors que je discutais avec elle au téléphone, j’ai trouvé le pitch immédiatement… ensuite, ça m’a demandé deux ans de travail.

Incorrigible que tu es, du coup, dans ce roman, tu leur communiques une certaine culture rock.

Même si je me suis efforcé de mettre aussi des groupes de « mauvais goût ». Eva est une grande fan de My Cheminal Romance, qui n’est pas un groupe jugé noble par la critique, loin de là. J’ai essayé de me mettre à la place d’une jeune fille de 16 ans, même si c’est difficile. Qu’est- ce qu’une gamine peut écouter comme rock’n’roll ?

L’étiquette « roman jeunesse » est parfois lourde à porter. Disons qu’on n’a pas le même public.

Je connais plein d’illustrateurs qui font des albums pour la jeunesse. J’ai lu des livres qui sont sortis dans la collection Tribal, j’ai pu constater que livres pour la jeunesse ne signifient pas puérils, au contraire. Je suis dans une collection qui frise le « jeune adulte ». Joann Sfar a bien démontré que ce n’est pas parce qu’on parle à des enfants qu’il faut les prendre pour des débiles. Comme j’ai choisi la première personne pour raconter, ma peur principale était d’être à 10 000 années-lumière du langage des jeunes d’aujourd’hui.

Est-ce compliqué de se mettre dans la peau d’une jeune ado?

Je me suis lancé dans un jeu de rôle. Ce dialogue intérieur d’Eva n’a pas été la principale difficulté. Dans le travail d’écriture, il y a eu quelques réaménagements par rapports à certains comportements des parents. J’ai eu presque plus de mal à les faire agir et parler de manière crédible. Je m’inquiète sur mon cas, parce que j’ai eu plus de facilité à trouver la voix d’Eva… et, ça ne t’as pas échappé, je n’ai rien d’une jeune fille de 16 ans.

Tu te demandes si tu n’es pas plus un ado qu’un adulte ?vincent brunner,platine,interview,mandor

Je n’ai pas d’enfant. Je dois être plus proche, de par mes goûts et mon mode de vie, d’un ado qu’un adulte.

Ton héroïne, Eva est un peu énervante comme ado, non ?

On me le dit souvent. En même temps, sa mère n’est pas exempte de reproches. Elle est un peu folle. Il n’y a que son beau-père, Richard, qui est normal et gentil. Mais bon, Eva progresse dans le livre.

Toi, tu as aimé tes années lycées ?

Je n’ai pas détesté. J’étais sociable. J’avais une vie et des copains, mais j’avais déjà la musique qui prenait beaucoup de place. Je n’avais pas les goûts de la majorité alors, je m’adonnais à cette passion en solo. J’écoutais bien sûr beaucoup de rock, mais aussi pas mal de rap.

Il est question de vinyles dans le livre.

Je trouvais intéressant ce passage de relais entre deux générations de mélomanes. Aujourd’hui, les gamins ont leur MP3. Ils s’échangent les disques par fichiers ou par clé USB. A l’époque, il y avait une magie avec les vinyles, mais Eva, elle n’en a rien à cirer. Nous, on écoutait les chansons en regardant les paroles et la pochette, aujourd’hui, les gens écoutent une chanson plus qu’un album en intégralité et se foutent de l’emballage.

My Chemical Romance: "Na Na Na".

J’ai vu circuler sur internet une playlist basée sur les références musicales de ton livre.

Ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Ce sont les gens de Shut Up and Play The Books qui ont fait ce travail. Ils ont fait ça de manière exhaustive et c’est génial. Toutes les chansons sont dans mon livre.

Écris-tu en musique ?

Oui, souvent. J’ai écrit Platine souvent le soir et écouter du rock permet de garder une dynamique et de rester dans l’énergie.

Quel plaisir a le journaliste que tu es à écrire un roman ?

Le plaisir de développer des personnages et qu’ils finissent par exister chez les gens. C’est jubilatoire d’avoir son théâtre de marionnettes. En fait, dans ma vie professionnelle actuelle, je suis de moins en moins journaliste et de plus en plus auteur. Je vais essayer d’impulser plus de projets dans la fiction.

Dans ta jeunesse, tu aimais le rock et la BD. C’est formidable, parce que tu en as fait ton métier…

Ce que j’aimerais devenir aussi, c’est scénariste de bande-dessinée. J’essaie de concrétiser.

Tout est vrai (ou presque) : Johnny Cash.

Parle-nous de la pastille d’ARTE dont tu es l’un des trois créateurs avec le réalisateur Udner et Chryde, Tout est vrai (ou presque), qui est diffusée tous les soirs à 20H45.

C’est une biographie en trois minutes de personnalités très connues vu par des petits objets. Je dirige le pool des auteurs. Je coécris avec une petite dizaine d’auteurs les 40 épisodes  et Udner intervient après. C’est une superbe expérience… le rythme est soutenu mais on s’amuse beaucoup.

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Avec Vincent Brunner, après l'interview, le 10 septembre 2014.

14 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (5) : Vincent Brunner pour "Hendrix, electric life"

Cinquième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, mon invité est un journaliste musical, Vincent Brunner, pour une nouvelle biographie de Jimi Hendrix, intitulé Hendrix, electric life (City Editions).

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4e de couverture :

Il y a quarante ans, Jimi Hendrix quittait brutalement la scène. Pourtant, il n’a jamais disparu. Chaque génération redécouvre ses albums, sans cesse réédités, et il reste LE modèle indétrônable du guitariste rock.

  

Hendrix est devenu un mythe dont les morceaux, torturés et élégants, étaient à l’image de sa vie. Ce hippie flamboyant a fait Woodstock, enchaîné les succès avant de disparaître à seulement 27 ans, entrant dans la légende.

  

Les musiciens d’aujourd’hui, de Ben Harper aux Red Hot Chili Peppers, des jazzmen aux rappeurs, perpétuent l’héritage Hendrix. Celui d’un génie qui s’est trop vite consumé en bouleversant la musique. Une vie où la joie et la liberté ont toujours eu pour contrepartie le drame et la souffrance.
La biographie du plus électrique des guitaristes :
génie, sexe, drogue et rock’n’roll.

  

 Présentation de l’auteur :

  

Vincent Brunner est journaliste et auteur. Il a notamment coécrit l’autobiographie de Miossec (Flammarion) et la bande dessinée Rock Strips.

 

Vincent Brunner, je ne vous le cache pas, est un ancien collègue de journal. On ne se voyait qu’en conférence de rédaction, mais j’appréciais le personnage et ce qu’il écrivait. J’ai donc lu cette biographie et comme elle m’a beaucoup intéressé je lui ai proposé une mandorisation. Rendez-vous est pris dans un bar à côté de mon boulot (comme d’habitude). Ça me fait toujours un peu bizarre d’interviewer un type qui fait le même métier que moi…   

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Mandor : Comment puis-je te présenter professionnellement?

 

Vincent Brunner : Tu peux dire que je suis pigiste régulier pour plusieurs magazines musicaux ou plus généralement culturels et que je travaille aussi dans l’édition en écrivant des biographies d’artistes…

 

- Tu as commencé ta carrière de journaliste musical aux Inrockuptibles

 

- Oui, c’était en 1997 et j’étais critique spécialisé dans la musique électro. À ce moment-là, c’était la musique qui me donnait envie d’écrire. Mais comme j’ai toujours eu une culture rock ou rap, petit à petit, j’ai diversifié mes écrits.

 

EnQuarantaine.jpg- La biographie pour laquelle nous déjeunons ensemble aujourd’hui n’est pas ta première. Tu as aussi écrit un livre avec et sur Miossec…

 

- Miossec, c’est quelqu’un de timide et en même temps très ambitieux. La manière avec laquelle il s’exprimait, avec ses silences, son vocabulaire choisi, ses vannes qui cachent aussi beaucoup de choses m’ont incité à me dire que ce serait super intéressant de parler de la vie de ce mec qui a commencé sa carrière de musicien à 30 ans. Un soir, en buvant un coup avec lui, je lui ai proposé... il n’a pas été contre. Juste, comme il n'avait que 40 ans, il se demandait si c’était raisonnable de déjà écrire un livre sur lui. Je précise que ce n’était pas un livre de commande, mais plutôt un livre fait à l’instinct. En règle générale, les livres que j’écris sont le fruit de coup de cœur et d’occasions.

 

- Tu as été directeur d’ouvrage de Rock Strips. Présente-nous cet ouvrage ?rock brunner.jpg

 

- J’ai proposé à Flammarion ce projet. C’est un livre sur le rock avec des textes de présentation de moi et des planches de dessinateurs de BD sur le même artiste. Il y avait 30 histoires sur 30 groupes de rock. C’était un truc lyrique, drôle et très bordélique. C’est ce qu’il fallait ! Actuellement, je travaille sur le tome 2.

 

- Tu as été aussi chef de rubrique musique de Rolling Stone pendant 3 ans.

 

- C’était une belle expérience jubilatoire. C’est un journal culte pour les amateurs de rock et on était en contact avec le magazine américain… bon, il faut raison garder, nous étions une petite équipe dans la version française, mais nous étions très motivés.

 

9782352884507.jpg- Et donc, ce livre sur Hendrix ?

 

- C’est un projet que j’ai proposé. Bien sûr, ce n’est pas un hasard s’il coïncide avec le 40e anniversaire de sa mort.

 

- Il y a déjà de nombreuses bios sur Hendrix… qu’est-ce qu’on peut apporter de plus aujourd’hui ?

 

- Les premiers ouvrages sur Hendrix par des journalistes qui avaient connu l’artiste datent d’il y a longtemps. Ils sont nourris des nombreuses interviews qu’il a données à eux ou à d’autres. Et dans ce que racontait Hendrix aux journalistes, il y avait vraiment à boire et à manger. Parfois, même, il racontait n’importe quoi. Il a commencé sa carrière un peu clandestine en 1961 et ça devient sérieux pour lui en 66. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il a souvent réécrit son histoire. Il a prétendu avoir joué avec des gens, alors qu’on est sûr qu’il ne l’a pas fait. La vérité autour de lui a toujours été « brumeuse ». Mon livre est certes une bio de plus sur Hendrix, mais j’ai essayé de faire la synthèse pour arriver au plus proche de la réalité des faits.

 

- Tu as tout lu sur lui ?

 

- Oui, obligatoirement. J’ai essayé de voir toutes les contradictions d’une source à l’autre… et il y en a ! Dans le livre, Jimi Hendrix de Benoit Feller qui date de 1976, j’ai la nette impression qu’il s’est fait enfumer par Hendrix et les témoins de sa vie. Je me suis rendu compte qu’autour de lui, il y avait beaucoup d’exagérations et de zones d’ombre. J’ai voulu écrire un livre crédible qui ait un peu de gueule en 2010 sur Le modèle indétrônable du guitariste rock.

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Vincent Brunner 26.10.10 2.JPG- Ton livre est donc la version définitive et exacte de la vie d’Hendrix ?

 

 - Non. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Les biographies sur Hendrix sont souvent excellentes, je dis et répète qu’elles manquent parfois de recul.

 

 

- Tu n’as pas peur de casser le mythe ?

 

- Mais, non. Il est tellement grand ce mythe ! Ce qui est incroyable avec lui, c’est que dans les années 68-69, il donne des concerts marathons, le soir, il va en club, et après avoir joué toute la nuit, il va en studio jammer toute la journée… bref, c’est quand même un surhomme. Il jouait tout le temps, il est un cas unique au monde.

 

- Il n’a enregistré que 3 albums de son vivant. Sa carrière est très courte.

 

- Il n’y a en effet que trois albums studio plus un live. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne serait peut-être pas mort s’il n’y avait pas eu sa dernière tournée européenne. En même temps, c’est la conséquence de son exigence par rapport au studio d’enregistrement qu’il a voulu le plus moderne possible, donc très cher. Pour payer des travaux absolument pas prévus, le manager a dû le faire tourner un maximum pour rentabiliser.

 

- Tu es fan de Jimi Hendrix ?

 

- C’est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Je l’ai gardé dans un coin et je me suis ouvert à d’autres… mais ce livre-là est aussi l’occasion de le redécouvrir.

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- Selon toi, personne ne lui arrive à la cheville ?

 

 

- C’était un génie. Il arrivait à imaginer des solos de guitare à l’envers. Ce qu’il a fait en quelques années reste indépassable parce qu’il avait une imagination folle, rare et délirante. Quand il jouait, on avait l’impression que son cerveau était relié à sa guitare et je ne connais pas d’autres musiciens passés ou actuels capables de donner cette sensation. Ses disciples sont laborieux, ils tentent d’avoir sa technique, mais n’arrivent pas à atteindre la fluidité.

 

 

- On ne parle jamais de ses textes…

 

 

- C’est vraiment dommage. Il ne faut pas oublier que c’est quelqu’un qui a été influencé par Dylan. Déjà au niveau du chant, mais aussi au niveau des paroles. Il y a vraiment beaucoup de points communs entre les deux artistes. Les paroles d’Hendrix sont sensationnelles. Il était très attiré par les planètes, la terre et il avait une vision écolo avant l’heure…

 

- Pour toi, au fond, Hendrix était-il un mec bien ?

 

 - Il me semble qu’il était gentil. On sait qu’il ne savait pas dire non. Il a passé sa vie à donner des guitares à des ados qu’ils rencontraient. Il était très généreux. Il était un jouisseur de la vie.

 

- Quand on a écrit sur Hendrix, on peut écrire sur qui après sans que ça ne paraisse pas fade?

 

- Sur beaucoup, rassure-toi ! Quelqu’un comme Tom Waits m’intéresse, par exemple. Jim Morisson également. Dylan aussi, mais il faudrait que je trouve un angle abordé par personne, ce qui est difficile… Comme je l’avais fait avec Miossec, je me plais enfin à rêver d’un livre d’entretiens avec Jean Rochefort.

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 Pour finir en musique : Purple Haze...