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30 septembre 2014

Vincent Brunner : interview pour Platine

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J’ai travaillé avec Vincent Brunner dans un journal culturel. J’aimais bien le croiser et j’avais beaucoup de respect pour ce qu’il écrivait. Un vrai journaliste rock qui savait de quoi il parlait (ce qui n’est pas systématique). Je suis donc de près ses publications littéraires. Je l’ai déjà mandorisé pour un livre sur Jimi Hendrix. Cette fois-ci, il sort son premier roman. Platine est un livre « jeunesse ». Bien, le jeune que je suis a donc beaucoup apprécie lire ce livre sur la transmission, le travail de deuil, la musique rock, l’amour, l’amitié… notamment.

Le 10 septembre dernier, Vincent est venu me voir à l’agence…

vincent brunner,platine,interview,mandorRésumé :

Eva est en seconde. Elle ne vit que pour la musique, le rock. Un jour, ses grands-parents lui confient un sac de vieux disques vinyles ayant appartenu à son père biologique, décédé juste avant sa naissance. Bouleversée par ces disques, elle est exclue trois jours de son lycée après avoir agressé l'une de ses camarades. Trois jours qui lui permettent de réfléchir et de comprendre que ce père, dont elle partage la passion de la musique, fait bien partie d'elle et qu'elle doit accepter d'en faire le deuil.

L’auteur :vincent brunner,platine,interview,mandor

Vincent Brunner est journaliste, spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique des Rolling Stone pendant trois ans et a écrit plusieurs ouvrages sur des chanteurs, notamment En quarantaine, avec/sur Christophe Miossec (Flammarion) et Bob Dylan au-delà du mythe (City).

Il est co-créateur de Tout est vrai (ou presque), diffusé sur Arte tous les soirs à 20h45.

Actuellement, il écrit sur la musique pour divers magazines (VSD, Spray, KR Homestudio, Beachbrother, Snatch).

vincent brunner,platine,interview,mandorInterview :

Ce livre est ton premier roman. Pourquoi un roman jeunesse ?

Concernant Platine, je n’avais pas anticipé le fait qu’il soit dans une collection jeunesse. En fait, j’avais écrit un roman mettant en scène un détective, un peu pastiche. Je l’avais fait lire à Gaëlle Lassée, éditrice chez Flammarion, avec qui on a fait Rock Strips et Sex & Sex & Rock & Roll. Elle l’a passé à une de ces amies, Céline Vial, qui travaille dans la même maison d’édition, mais à la jeunesse. Elle n’a pas pris le roman parce qu’elle considérait qu’il n’était pas pour cette tranche d’âge, mais elle m’a indiqué qu’elle en cherchait, notamment autour de la musique. Alors que je discutais avec elle au téléphone, j’ai trouvé le pitch immédiatement… ensuite, ça m’a demandé deux ans de travail.

Incorrigible que tu es, du coup, dans ce roman, tu leur communiques une certaine culture rock.

Même si je me suis efforcé de mettre aussi des groupes de « mauvais goût ». Eva est une grande fan de My Cheminal Romance, qui n’est pas un groupe jugé noble par la critique, loin de là. J’ai essayé de me mettre à la place d’une jeune fille de 16 ans, même si c’est difficile. Qu’est- ce qu’une gamine peut écouter comme rock’n’roll ?

L’étiquette « roman jeunesse » est parfois lourde à porter. Disons qu’on n’a pas le même public.

Je connais plein d’illustrateurs qui font des albums pour la jeunesse. J’ai lu des livres qui sont sortis dans la collection Tribal, j’ai pu constater que livres pour la jeunesse ne signifient pas puérils, au contraire. Je suis dans une collection qui frise le « jeune adulte ». Joann Sfar a bien démontré que ce n’est pas parce qu’on parle à des enfants qu’il faut les prendre pour des débiles. Comme j’ai choisi la première personne pour raconter, ma peur principale était d’être à 10 000 années-lumière du langage des jeunes d’aujourd’hui.

Est-ce compliqué de se mettre dans la peau d’une jeune ado?

Je me suis lancé dans un jeu de rôle. Ce dialogue intérieur d’Eva n’a pas été la principale difficulté. Dans le travail d’écriture, il y a eu quelques réaménagements par rapports à certains comportements des parents. J’ai eu presque plus de mal à les faire agir et parler de manière crédible. Je m’inquiète sur mon cas, parce que j’ai eu plus de facilité à trouver la voix d’Eva… et, ça ne t’as pas échappé, je n’ai rien d’une jeune fille de 16 ans.

Tu te demandes si tu n’es pas plus un ado qu’un adulte ?vincent brunner,platine,interview,mandor

Je n’ai pas d’enfant. Je dois être plus proche, de par mes goûts et mon mode de vie, d’un ado qu’un adulte.

Ton héroïne, Eva est un peu énervante comme ado, non ?

On me le dit souvent. En même temps, sa mère n’est pas exempte de reproches. Elle est un peu folle. Il n’y a que son beau-père, Richard, qui est normal et gentil. Mais bon, Eva progresse dans le livre.

Toi, tu as aimé tes années lycées ?

Je n’ai pas détesté. J’étais sociable. J’avais une vie et des copains, mais j’avais déjà la musique qui prenait beaucoup de place. Je n’avais pas les goûts de la majorité alors, je m’adonnais à cette passion en solo. J’écoutais bien sûr beaucoup de rock, mais aussi pas mal de rap.

Il est question de vinyles dans le livre.

Je trouvais intéressant ce passage de relais entre deux générations de mélomanes. Aujourd’hui, les gamins ont leur MP3. Ils s’échangent les disques par fichiers ou par clé USB. A l’époque, il y avait une magie avec les vinyles, mais Eva, elle n’en a rien à cirer. Nous, on écoutait les chansons en regardant les paroles et la pochette, aujourd’hui, les gens écoutent une chanson plus qu’un album en intégralité et se foutent de l’emballage.

My Chemical Romance: "Na Na Na".

J’ai vu circuler sur internet une playlist basée sur les références musicales de ton livre.

Ce n’est pas moi qui en suis à l’origine. Ce sont les gens de Shut Up and Play The Books qui ont fait ce travail. Ils ont fait ça de manière exhaustive et c’est génial. Toutes les chansons sont dans mon livre.

Écris-tu en musique ?

Oui, souvent. J’ai écrit Platine souvent le soir et écouter du rock permet de garder une dynamique et de rester dans l’énergie.

Quel plaisir a le journaliste que tu es à écrire un roman ?

Le plaisir de développer des personnages et qu’ils finissent par exister chez les gens. C’est jubilatoire d’avoir son théâtre de marionnettes. En fait, dans ma vie professionnelle actuelle, je suis de moins en moins journaliste et de plus en plus auteur. Je vais essayer d’impulser plus de projets dans la fiction.

Dans ta jeunesse, tu aimais le rock et la BD. C’est formidable, parce que tu en as fait ton métier…

Ce que j’aimerais devenir aussi, c’est scénariste de bande-dessinée. J’essaie de concrétiser.

Tout est vrai (ou presque) : Johnny Cash.

Parle-nous de la pastille d’ARTE dont tu es l’un des trois créateurs avec le réalisateur Udner et Chryde, Tout est vrai (ou presque), qui est diffusée tous les soirs à 20H45.

C’est une biographie en trois minutes de personnalités très connues vu par des petits objets. Je dirige le pool des auteurs. Je coécris avec une petite dizaine d’auteurs les 40 épisodes  et Udner intervient après. C’est une superbe expérience… le rythme est soutenu mais on s’amuse beaucoup.

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Avec Vincent Brunner, après l'interview, le 10 septembre 2014.

14 novembre 2010

Mes livres de l'automne 2010 (5) : Vincent Brunner pour "Hendrix, electric life"

Cinquième numéro de « Mes livres de l’automne 2010 ». Après Florence Dell'Aiera pour Catharsis, Pierre-Emmanuel Scherrer pour Desert Pearl Hotel, Jérôme Alberola pour Anthologie du rock progressif, Habiba Mahany et Mabrouck Rachedi pour La petite Malika, mon invité est un journaliste musical, Vincent Brunner, pour une nouvelle biographie de Jimi Hendrix, intitulé Hendrix, electric life (City Editions).

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4e de couverture :

Il y a quarante ans, Jimi Hendrix quittait brutalement la scène. Pourtant, il n’a jamais disparu. Chaque génération redécouvre ses albums, sans cesse réédités, et il reste LE modèle indétrônable du guitariste rock.

  

Hendrix est devenu un mythe dont les morceaux, torturés et élégants, étaient à l’image de sa vie. Ce hippie flamboyant a fait Woodstock, enchaîné les succès avant de disparaître à seulement 27 ans, entrant dans la légende.

  

Les musiciens d’aujourd’hui, de Ben Harper aux Red Hot Chili Peppers, des jazzmen aux rappeurs, perpétuent l’héritage Hendrix. Celui d’un génie qui s’est trop vite consumé en bouleversant la musique. Une vie où la joie et la liberté ont toujours eu pour contrepartie le drame et la souffrance.
La biographie du plus électrique des guitaristes :
génie, sexe, drogue et rock’n’roll.

  

 Présentation de l’auteur :

  

Vincent Brunner est journaliste et auteur. Il a notamment coécrit l’autobiographie de Miossec (Flammarion) et la bande dessinée Rock Strips.

 

Vincent Brunner, je ne vous le cache pas, est un ancien collègue de journal. On ne se voyait qu’en conférence de rédaction, mais j’appréciais le personnage et ce qu’il écrivait. J’ai donc lu cette biographie et comme elle m’a beaucoup intéressé je lui ai proposé une mandorisation. Rendez-vous est pris dans un bar à côté de mon boulot (comme d’habitude). Ça me fait toujours un peu bizarre d’interviewer un type qui fait le même métier que moi…   

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Mandor : Comment puis-je te présenter professionnellement?

 

Vincent Brunner : Tu peux dire que je suis pigiste régulier pour plusieurs magazines musicaux ou plus généralement culturels et que je travaille aussi dans l’édition en écrivant des biographies d’artistes…

 

- Tu as commencé ta carrière de journaliste musical aux Inrockuptibles

 

- Oui, c’était en 1997 et j’étais critique spécialisé dans la musique électro. À ce moment-là, c’était la musique qui me donnait envie d’écrire. Mais comme j’ai toujours eu une culture rock ou rap, petit à petit, j’ai diversifié mes écrits.

 

EnQuarantaine.jpg- La biographie pour laquelle nous déjeunons ensemble aujourd’hui n’est pas ta première. Tu as aussi écrit un livre avec et sur Miossec…

 

- Miossec, c’est quelqu’un de timide et en même temps très ambitieux. La manière avec laquelle il s’exprimait, avec ses silences, son vocabulaire choisi, ses vannes qui cachent aussi beaucoup de choses m’ont incité à me dire que ce serait super intéressant de parler de la vie de ce mec qui a commencé sa carrière de musicien à 30 ans. Un soir, en buvant un coup avec lui, je lui ai proposé... il n’a pas été contre. Juste, comme il n'avait que 40 ans, il se demandait si c’était raisonnable de déjà écrire un livre sur lui. Je précise que ce n’était pas un livre de commande, mais plutôt un livre fait à l’instinct. En règle générale, les livres que j’écris sont le fruit de coup de cœur et d’occasions.

 

- Tu as été directeur d’ouvrage de Rock Strips. Présente-nous cet ouvrage ?rock brunner.jpg

 

- J’ai proposé à Flammarion ce projet. C’est un livre sur le rock avec des textes de présentation de moi et des planches de dessinateurs de BD sur le même artiste. Il y avait 30 histoires sur 30 groupes de rock. C’était un truc lyrique, drôle et très bordélique. C’est ce qu’il fallait ! Actuellement, je travaille sur le tome 2.

 

- Tu as été aussi chef de rubrique musique de Rolling Stone pendant 3 ans.

 

- C’était une belle expérience jubilatoire. C’est un journal culte pour les amateurs de rock et on était en contact avec le magazine américain… bon, il faut raison garder, nous étions une petite équipe dans la version française, mais nous étions très motivés.

 

9782352884507.jpg- Et donc, ce livre sur Hendrix ?

 

- C’est un projet que j’ai proposé. Bien sûr, ce n’est pas un hasard s’il coïncide avec le 40e anniversaire de sa mort.

 

- Il y a déjà de nombreuses bios sur Hendrix… qu’est-ce qu’on peut apporter de plus aujourd’hui ?

 

- Les premiers ouvrages sur Hendrix par des journalistes qui avaient connu l’artiste datent d’il y a longtemps. Ils sont nourris des nombreuses interviews qu’il a données à eux ou à d’autres. Et dans ce que racontait Hendrix aux journalistes, il y avait vraiment à boire et à manger. Parfois, même, il racontait n’importe quoi. Il a commencé sa carrière un peu clandestine en 1961 et ça devient sérieux pour lui en 66. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il a souvent réécrit son histoire. Il a prétendu avoir joué avec des gens, alors qu’on est sûr qu’il ne l’a pas fait. La vérité autour de lui a toujours été « brumeuse ». Mon livre est certes une bio de plus sur Hendrix, mais j’ai essayé de faire la synthèse pour arriver au plus proche de la réalité des faits.

 

- Tu as tout lu sur lui ?

 

- Oui, obligatoirement. J’ai essayé de voir toutes les contradictions d’une source à l’autre… et il y en a ! Dans le livre, Jimi Hendrix de Benoit Feller qui date de 1976, j’ai la nette impression qu’il s’est fait enfumer par Hendrix et les témoins de sa vie. Je me suis rendu compte qu’autour de lui, il y avait beaucoup d’exagérations et de zones d’ombre. J’ai voulu écrire un livre crédible qui ait un peu de gueule en 2010 sur Le modèle indétrônable du guitariste rock.

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Vincent Brunner 26.10.10 2.JPG- Ton livre est donc la version définitive et exacte de la vie d’Hendrix ?

 

 - Non. Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Les biographies sur Hendrix sont souvent excellentes, je dis et répète qu’elles manquent parfois de recul.

 

 

- Tu n’as pas peur de casser le mythe ?

 

- Mais, non. Il est tellement grand ce mythe ! Ce qui est incroyable avec lui, c’est que dans les années 68-69, il donne des concerts marathons, le soir, il va en club, et après avoir joué toute la nuit, il va en studio jammer toute la journée… bref, c’est quand même un surhomme. Il jouait tout le temps, il est un cas unique au monde.

 

- Il n’a enregistré que 3 albums de son vivant. Sa carrière est très courte.

 

- Il n’y a en effet que trois albums studio plus un live. Tout le monde s’accorde à dire qu’il ne serait peut-être pas mort s’il n’y avait pas eu sa dernière tournée européenne. En même temps, c’est la conséquence de son exigence par rapport au studio d’enregistrement qu’il a voulu le plus moderne possible, donc très cher. Pour payer des travaux absolument pas prévus, le manager a dû le faire tourner un maximum pour rentabiliser.

 

- Tu es fan de Jimi Hendrix ?

 

- C’est quelqu’un que j’ai beaucoup écouté dans mon adolescence. Je l’ai gardé dans un coin et je me suis ouvert à d’autres… mais ce livre-là est aussi l’occasion de le redécouvrir.

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- Selon toi, personne ne lui arrive à la cheville ?

 

 

- C’était un génie. Il arrivait à imaginer des solos de guitare à l’envers. Ce qu’il a fait en quelques années reste indépassable parce qu’il avait une imagination folle, rare et délirante. Quand il jouait, on avait l’impression que son cerveau était relié à sa guitare et je ne connais pas d’autres musiciens passés ou actuels capables de donner cette sensation. Ses disciples sont laborieux, ils tentent d’avoir sa technique, mais n’arrivent pas à atteindre la fluidité.

 

 

- On ne parle jamais de ses textes…

 

 

- C’est vraiment dommage. Il ne faut pas oublier que c’est quelqu’un qui a été influencé par Dylan. Déjà au niveau du chant, mais aussi au niveau des paroles. Il y a vraiment beaucoup de points communs entre les deux artistes. Les paroles d’Hendrix sont sensationnelles. Il était très attiré par les planètes, la terre et il avait une vision écolo avant l’heure…

 

- Pour toi, au fond, Hendrix était-il un mec bien ?

 

 - Il me semble qu’il était gentil. On sait qu’il ne savait pas dire non. Il a passé sa vie à donner des guitares à des ados qu’ils rencontraient. Il était très généreux. Il était un jouisseur de la vie.

 

- Quand on a écrit sur Hendrix, on peut écrire sur qui après sans que ça ne paraisse pas fade?

 

- Sur beaucoup, rassure-toi ! Quelqu’un comme Tom Waits m’intéresse, par exemple. Jim Morisson également. Dylan aussi, mais il faudrait que je trouve un angle abordé par personne, ce qui est difficile… Comme je l’avais fait avec Miossec, je me plais enfin à rêver d’un livre d’entretiens avec Jean Rochefort.

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 Pour finir en musique : Purple Haze...