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02 novembre 2016

Marjolaine Piémont : interview pour son EP "Presqu'un animal"

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Le premier EP de Marjolaine Piémont,  Presqu'un animal est maintenant disponible. Un EP sensuel, espiègle, voire sexy. Le premier extrait « A quoi ça sert » est désinvolte, hyper addictif et entêtant.

La première fois que j’ai remarqué cette chanteuse, c’était à un concert de Vincent Baguian à la Java le 1er décembre 2010. Dans une mandorisation de ce dernier, j’avais écrit concernant ce spectacle, « il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont ». Sept ans plus tard, elle est restée la même.

Le 30 septembre dernier, nous nous sommes rencontrés à l’agence. Enfin.

Bmarjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandoriographie officielle (sensiblement écourtée) :

Un matin de janvier 1994. Strasbourg, rue Gounod. Une affiche de Barbara en concert. Et c’est un hurlement qui retentit dans une voiture. Oui, c’est Marjolaine qui a crié de joie, son père qui a pilé et de peu, l’accident est évité. Mais dans les yeux de Marjolaine, des étoiles ont brillé.

Enfin, elle va pouvoir découvrir cette femme qui l’émeut profondément par ses chansons et sa voix de cristal. Barbara lui donne envie de faire des infidélités à Purcell et Schubert. Car Marjolaine Piémont prend des cours de chant au Conservatoire. Elle chante très aigu, se passionne pour ces héroïnes créées de toutes pièces par des hommes Carmen, la Reine de la Nuit, Norma,… Mais c’est décidé, Marjolaine Piémont ne chantera plus que des chansons. Des chansons de femme. En langue française. Cette chanson qui a bien plus d’un tour dans son disque, qui nourrit, submerge, apaise et laisse dans son sillon les empreintes du rapport entre les hommes et les femmes.

Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint Germain des Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose de chanter lors de la tournée Hit Songs des chansons françaises.

D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou Mozart l’Opéra Rock.

De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine accompagnée par le groupe Zago, va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals « Muzik’Elles », « Le Mans cité Chansons », Les fils de Georges », « Changez d’air » ou encore « le Tremplin de Poupet ». En octobre 2016 sort son premier EP  Presqu’un animal.

Argumentaire officiel de l’EP Presqu’un animal : marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Marjolaine Piémont porte le prénom d’une herbe aromatique et démontre avec humour qu’elle n’a rien d’une plante verte. Elle se définit dans ce premier EP comme étant Presqu’un animal. Elle ne griffe pas, juste égratigne en douceur. Un premier EP à découvrir sur toutes les plateformes! 

Marjolaine livre avec élégance ses textes mordants. D’une voix duveteuse, elle pique avec désinvolture et n’hésite pas à appeler un chat un chat. Venez découvrir sa patte sur le premier single de cet EP « A quoi ça sert ». Même si des instruments soufflent des vents contraires, Marjolaine Piémont s’érige et porte haut la parole d’une femme qui petite, disait « Quand je serai grande, je serai…. Un homme » !

Ses chansons sont mises sur un piédestal grâce à Edith Fambuena et William Rousseau qui confèrent à cet opus des reflets cuivrés, des boucles et des refrains entêtants.

Presqu’un animal, c’est de la chanson française féminine piquante comme les poils d’un homme. Et elle s'apprête à le présenter en tournée dans toute la France.

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marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorInterview :

Je crois savoir que vos deux parents jouent du piano.

Ma mère est aussi violoniste, mais mes parents n’en ont pas fait leur métier. Donc j’écoutais Schubert, Rachmaninoff, Liszt. Je n’écoutais quasiment que de la musique classique, baroque, romantique…  enfin, toute la musique française de la fin du 19e, début 20e,  m’a nourri. J’ai été aussi bercée aux sons des orgues d’églises. Je suis une grande fan de Gabriel Fauré. Je le place au panthéon des compositeurs.

Et Barbara, dans tout ça ?

C’est ma maman qui l’écoutait beaucoup. A l’adolescence, ses textes m’ont beaucoup parlé. Une chanson comme « Le mal de vivre » m’a touché. A cet âge-là, on se cherche beaucoup et j’avais l’impression qu’elle exprimait précisément ce que je ressentais. Je m’étais fait la promesse de la voir un jour sur scène.

Et vous l’avez vu ?marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

Oui. En 1994, trois ans avant son décès. J’ai un peu désobéi à mes parents pour y aller. 

Son répertoire était très grave, il me semble.

Pas seulement. Elle elle reprenait aussi toutes les chansons d’Yvette Guilbert…  des frasques un peu érotiques et ça m’amusait beaucoup. En fait, c’est grâce à ce genre de chansons que Barbara a été découverte dans les cabarets, notamment à L’Ecluse. Vous savez, il y a beaucoup de légèretés dans certaines de ses chansons personnelles comme « Joyeux Noël ». Elle avait une très grande liberté de ton.

Ce sont vos parents qui vous ont poussé à aller à Paris tenter votre chance.

Mes parents sont médecins, ce qui ne les empêche pas d’avoir une grande ouverture d’esprit. Ils m’ont encouragé à continuer sur la voie de mon choix.

marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandorA l’origine, ce n’est pas pour la musique que vous êtes partie à Paris.

J’avais réalisé un court-métrage qui a reçu un prix, j’ai donc décidé de faire une école de cinéma. Un jour, j’ai croisé le chemin d’Alain Robbe-Grillet, un drôle de personnage... et j’ai travaillé comme assistante  à la réalisation, puis à la production. Je voulais écrire des histoires et on me demandait de booker des comédiens.

Et comme ça ne vous plaisait pas, vous avez décidé de tout arrêter.

J’ai réalisé que mes premiers amours artistiques étaient le chant, la danse et le théâtre. Comme je ne voulais pas demander de l’argent à mes parents, j’ai dû trouver du boulot dans ces milieux-là. Un jour, à pôle emploi, j’ai trouvé une annonce qui disait « recherche chanteuse pour le nouvel an chez Maxim’s, audition pour Pierre Cardin ». J’ai postulé. Pierre Cardin m’a regardé chanter des chansons de Barbara. Il m’a demandé si je n’avais pas des chansons plus gaies. Du coup, j’ai chanté des chansons plus légères de femmes. Ça ne me plaisait pas trop, mais il fallait bien que je gagne ma vie. Pierre Cardin m’a choisi. C’était mon premier contrat de chanteuse.

A partir de ce moment-là, vous chantez partout dans Paris.

Oui, j’ai même joué dans des « bars à putes ». J’étais obligée de préciser que je n’étais pas une prostituée, mais juste la chanteuse. C’était drôle. Je suis une passionnée de l’œuvre d’Emile Zola. Il ne jugeait pas et donnait la parole au peuple. Il dépeignait ce qu’il se passait, même dans les endroits interlopes. J’ai toujours fait comme lui. Je regarde, j’essaie de comprendre et je ne porte pas de jugement. Bien sûr, j’ai mes avis féministes, mais ce n’est pas l’endroit pour les exprimer.

Ce sont des années formatrices. Le public ne vient pas pour vous écouter, il faut tenter de les captiver.marjolaine piémon,ep,presqu'un animal,vincent baguian,interview,mandor

En plus, on ne choisit pas forcément son répertoire. On me demandait de chanter beaucoup de chansons, dans beaucoup de langues. En tout cas, j’ai une très bonne culture de chanson française tellement j’ai l’impression d’avoir tout chanté.

J’espère que vous aimez la chanson française, alors ?

Mais j’aime la chanson française plus que tout. Pour moi, c’est un témoin historique. J’ai toujours été passionnée d’histoire et de littérature. La chanson raconte notre histoire de France.

Vous avez participé à Mozart, l’opéra rock.

Oui, même si la comédie musicale, ce n’est pas mon truc. Mais celle-ci a sauvé ma vie. Cette opportunité est arrivée peu après un drame familial qui m’a empêché d’écrire pendant pas mal de temps. C’était une aventure incroyable. On a fait 1 million 400 spectateurs.

Mais vous aviez déjà goûté aux salles pleines un an plus tôt, en 2008.

Oui, j’ai fait une tournée de 22 dates au Japon dans des salles de 3000 à 5000 places. Je chantais notamment du Piaf avec « L'hymne à l'amour », mais aussi du Lucienne Boyer avec « Parlez-moi d’amour ».

"Parlez-moi d'amour" et "L''hymne à l'amour" au Shinjuku Bunka Center lors de la tournée Japan Hit Songs en juillet 2008.

Quand on interprète les autres depuis des années, j’imagine que l’on a envie d’être repéré aussi pour ses propres chansons.

Quand on est interprète, on est un peu comédien. On montre une facette de soi, mais pas tout. Dans l’écriture, on se cache toujours un peu, mais je crois qu’on est obligé inconsciemment de se dévoiler beaucoup plus.

Dans cet EP, c’est le cas ?

Ce sont des chansons de femmes qui égratignent les hommes. Je les aime beaucoup et, vous le savez, « qui aime bien, châtie bien ! » J’ai voulu que ma plume serve la cause des femmes d’aujourd’hui.

Des femmes comme vous, libres et libérées… comme vous les représentez dans vos chansons.

Des femmes émancipées aussi. Je chante des chansons de femmes qui s’affranchissent de la tutelle des hommes.

Clip de "A quoi ça sert", tiré de l'EP Presqu'un animal.

William Rousseau, que j’adore (et mandorisé ici), participe à votre album.

Il signe trois arrangements et deux mélodies sur l’EP. Pour moi c’est un technicien de la voix et il a une précision rythmique hors du commun. Il est extraordinaire.

Il y a la participation d’Edith Fambuena, de Vincent Baguian et d'Aldebert.

Avec Edith, on a travaillé sur « La Sol Do Mi » et sur d’autres chansons qui seront sur l’album à venir. J’aime bien ses choix bruts et comment elle rend les univers des artistes avec lesquels elle travaille. Vincent Baguian a créé la mélodie  de "C'est beau un homme à poils" et Aldebert, "Femme mais pas d'un homme". 

Cet EP est une carte de visite.

Oui, car ces chansons me ressemblent beaucoup… en tout cas, elles ne sont pas éloignées de ce que je suis.

Selon vous, on naît artiste où on le devient ?

Moi, j’ai l’impression que tout le monde est artiste au fond de son cœur. Il y en a qui ne le voient pas et qui font d’autres métiers. Pour ma part, quand j’étais petite, je voulais faire du « pestacle ». Ca a toujours été en moi. Aujourd’hui, plus qu’artiste, j’ai l’impression d’être artisan. J’aime ce métier profondément car il me permet aussi de rencontrer les gens et de m’enrichir auprès d’eux.

Vous faites pas mal de premières parties de Zazie.

C’est une artiste que j’aime beaucoup. Je suis très fière de la confiance qu’elle me donne. C’est une des plus grandes artistes féminines françaises d’aujourd’hui.

Etre artiste aujourd’hui, c’est compliqué ?

Quand je parle avec des gens qui ont d’autres métiers, je me demande si ce n’est pas plus difficile. Notamment parce qu’il faut supporter son travail, ses supérieurs… Je crois que tous les métiers sont compliqués.

Je parlais plutôt de la difficulté d’obtenir de la reconnaissance du public ?

Pour moi, le plus important, c’est l’aboutissement. Fixer mes chansons sur un enregistrement, qu’elles vivent et qu’elles prennent leur chemin.

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Le 30 septembre 2016, après l'interview.

15 décembre 2010

Vincent Baguian : Interview vérité, clips et photos... et une sacrée Java !

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Vincent Baguian n'est pas un interprète encore très connu. Mais, peut-être l'avez-vous vu en première partie de Zazie? Il est aussi l'un des initiateurs, avec la même Zazie et Jean-Marie Leau, du conte musical Sol en Cirque. Récemment, il s'est brillamment illustré en coécrivant avec Dove Attia la plupart des chansons de Mozart, l'Opéra Rock. "L'Assasymphonie", entre autre, c’est lui. Fort de quatre albums, ce soir et mercredi prochain, vous allez pouvoir retrouver ce chanteur à l'humour décapant et à l'écriture précise dans des concerts "en toute intimité" dans la salle parisienne La Java. Le 25 novembre, interview vérité où l'on constate que le chanteur n'a pas du tout la langue dans sa poche. D’abord, j’apporte à l'artiste une information personnelle.

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Extrait de la conversation :

- Tu sais que je suis mariée avec un arménienne ?

- Ah oui ? Elle s’appelle comment ?

Je dévoile donc son patronyme finissant par an (anciennement ian).

J’ajoute :

-Du coup, depuis que j’ai une fille moitié arménienne, je me suis intéressé à ce peuple et à cette culture.

Vincent Baguian me pose quelques questions. Le sujet l’intéresse. Je dévoile des pans énormes de ma vie privée à cet homme que je ne connaissais pas personnellement 30 minutes avant.

-Emmène ta femme et ta fille en Arménie, je t’assure ! Moi, j’y suis allé il y a deux ans. Ca m’a mis une grosse gifle.

-Tu as toujours vécu en France, toi ?

-Oui. Mais mon père me parlait beaucoup du pays. En tant que 100% arménien, il parlait la langue et me racontait beaucoup l’Arménie. Il avait bâti une Arménie totalement imaginaire, sans jamais la voir, alors que c’était ses racines. Quand j’y suis allé,  j’ai découvert que la nourriture que je prenais comme quelque chose de folklorique quand j’allais voir mes grands-mères arméniennes, c’était le quotidien des gens. Je me suis rendu compte que j’avais la même tête qu’eux. Quand je mangeais quelque part, quand un type me regardait, je me disais que s’il me précisait que nous étions cousins, c’était fort probable. Aujourd’hui, quand je me balade dans la rue à Paris, je ne me sens plus complètement français. Autre anecdote, je suis en voiture,  j’arrive dans un village et je vois marqué Pambag. C’est mon vrai patronyme, Pambaguian. Je me suis senti chez moi tout de suite.

-Tu te sens plus quoi, alors, aujourd’hui ?

-Je me sens Français, très proche des arméniens. Mais, c’est un peu comme si on me demandait lequel de mes deux enfants je préfère. Ce que j’ai compris, c’est que ça m’émeut plus d’être en Arménie qu’en France.

-Tu es revenu changé de ce voyage ?

-Oui. Je suis revenu plus fort. C’est comme si j’avais une situation de repli.

Voici sa chanson en duo avec une chanteuse arménienne, Diane Minassian : Je suis une tombe.


Making Of de "Je suis une tombe" en duo avec Diane Minassian
envoyé par VincentBaguian

Ensuite, je commence ma vraie interview…

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Mandor : Parlons de tes concerts à la Java. Ca m’intéresse pour deux raisons. La première, c’est que j’apprécie tes disques depuis le début de ta carrière, la seconde, c’est que ton pianiste, Hugo Renard, m’avait scotché avec son roman « J’aime les filles ».

Vincent Baguian : Ah oui, tu l’as lu ?

Oui, à sa première sortie aux éditions du Rocher.

Tu sais que je le réédite ?

Ah bon ? Belle idée, en tout cas.

En fait, comme je  viens de bien gagner ma vie avec Mozart et que je trouve que le livre de Hugo est phénoménal, qu’il vaut le coup d’exister longtemps,  je me suis arrangé pour le rééditer par mes propres moyens, c'est à dire dans ma propre maison d'édition, "Cul et Chemise". Advienne que pourra. Il ne s’agit pas de faire en sorte que je gagne ma vie en publiant ce livre, juste, je souhaite qu’il ne meurt pas.

Il est vendu à la fin de vos spectacles ?

Exactement, tu es très fort !

En tout cas, l’ambiance est tendue avec lui dans ton spectacle à La Java.

Oui, très. Ce que je peux te dire, c’est que jusqu'à présent, l’humour, je l'employais dans les chansons, pas entre les chansons. Ce que j'aime faire dans les spectacles ce sont des trucs que tu ne peux pas faire à la télévision ou à la radio. Je veux faire voyager les gens. Hier, ça a marché parce que les gens se sont dits : "C’est chaud entre eux, ils s'engueulent". Le principe du spectacle c’est : on joue ensemble, mais on ne s'aime pas.

Dans tes textes, en règle générale, tu ne dis jamais les choses au premier degré. Je me trompe ?

Je pense que je suis un peu comme ça dans la vie. Mais moins. Ils m'ennuient ceux qui se prennent toujours au sérieux. Par exemple, les hommes politiques utilisent toujours les mêmes mots. On ne croit plus à ce qu'ils racontent, ils défendent toujours les mêmes idées, ils ont un langage formaté, donc on ne les écoute plus. Moi, comme j'ai envie que l'on m'écoute, je prends un autre registre. Un jour,  je voulais enregistrer une chanson sur les gens qui tendent la main dans la rue et sur notre attitude par rapport à eux. Dans ma première version je me suis trouvé hyper donneur de leçon, c’était insupportable. J'ai inversé les rôles, je me suis mis dans la peau d'un mec qui ne donne pas. Je suis dans ma Daimler, il y a un enfant qui frappe à mon carreau, et on se dit : "Putain, c'est l'hiver, il faut ouvrir la fenêtre, je crains le froid et le chaud…". Tout d’un coup, on est à la place de tout le monde. Ca fonctionne plus comme ça que quand tu fais le prêtre.


Vincent Baguian - Ce Soir C'Est Moi Qui Fais La Fille
envoyé par VincentBaguian

C’est le même principe que quand tu as écrit pour Florent Pagny, "Si tu n’aimes pas Florent Pagny". C’est très second degré…

C'est plus premier degré que tu ne le crois. L'histoire avec Florent Pagny, c'est qu'un jour, il y a Calogero qui m'appelle et qui me demande si je veux bien écrire une chanson pour Florent Pagny. Je lui réponds : « Non, je ne connais pas Florent Pagny et ses chansons m'indiffèrent. Je n’ai rien à dire sur lui. ». Et je raccroche. Puis la fonction économique est rentrée en jeu et j’ai fini par accepter en me demandant ce que j’allais bien pouvoir raconter sans me renier. J’ai écrit ce que je pensais de lui. Point. J’ai commencé à écrire : « Oui, je suis dans mon état normal, non, je n’ai pas honte de mon look, c'est du gel, je n’ai pas les cheveux sales »… bref, ce que je pense. Quand je le vois je me demande toujours combien de temps il doit mettre pour se préparer. Son look, ses lunettes jaunes… toujours paraître, ça doit être fatiguant, changer de look pour ne pas avoir la même tête d’une émission à l’autre… Il chante trop fort, aussi, je trouve. Ca me saoule, alors, je l'ai écrit. Je me suis dit que si Florent Pagny était capable de chanter une telle chanson, j'allais l'aimer d'avantage. À la première écoute, il a été un peu étonné. À la deuxième, il a bien aimé.  C'est son précédent label qui lui a conseillé de ne pas la chanter. Pendant quatre ans, cette chanson est restée dans un tiroir. Aujourd'hui, elle sort dans son nouvel album, Tout et son contraire. Mais, bon, il m'a fait changer quelques mots.

Lesquels ?

J’avais écrit : "Je voudrais me vanter d'être  honnête, me voir en héros dans la glace". Il m'a appelé en me disant : "Je ne peux pas chanter ça, parce que je me sens honnête". Il a changé les mots lui-même, ça a donné : "Je voudrais me vanter d’être pas trop bête". Franchement, c'est très peu comme changement.


Florent Pagny - Si tu n'aimes pas Florent Pagny
envoyé par Florent-Pagny

Comment considères-tu ta position dans le métier ? Trois disques, l’album Sol en Cirque avec Zazie, des tas de chansons pour les uns et les autres, Mozart, l’Opéra Rock… Mais tu n’es pas du tout médiatisé.

Je ne choisis pas cette situation. Ce qui ne m'empêche pas de bien le vivre quand mes concerts sont pleins. Mais tu sais, faire de la télé ne m’intéresse pas. Je pense même y être mauvais. À chaque fois que j'en ai fait, ça m'a perturbé. Ce n'est pas possible d'être mauvais à ce point. Faire des sourires à des gens virtuels, je n'y arrive pas et ça ne m'intéresse pas. Je suis super motivé à chaque fois que j'y vais, mais après je me demande : "À quoi bon ?". Mes chansons ne correspondent pas non plus au format radio, donc on m’a rarement diffusé… Mais en concert, je suis bon. Comme je ne passe nulle part médiatiquement, je fais confiance au bouche à oreille,  je produis moi-même mon spectacle et advienne que pourra.

Tu as co-écrit avec Dove Attia, les trois-quarts des chansons de Mozart, l’Opéra Rock. Ça te permet de gérer financièrement ta carrière personnelle.

Tu peux le dire, oui. Ca me permettra aussi de t’offrir le café que nous prenons ensemble.

Tu n’écris pas de la même façon pour des chansons dites "populaires" que pour ton propre répertoire. Tu fais des concessions au style ?

Non, mais ce n'est pas évident d'écrire pour un opéra rock. C'est bien plus compliqué que pour mes chansons. On te donne des musiques qui existent avec des textes en yaourt. On t'explique qu'à tel moment du spectacle, c’est telle personne qui chante et on te dit qu'il faut que ça raconte ça. Ça devient des mathématiques. Quand tu combines le tout, c’est un boulot de dingue. Les gens pensent que c'est léger à faire, alors que c’est tout le contraire. Le nombre de nuits que j'ai passé sur les textes... Je suis parti 15 jours avec Dove Attia dans une maison isolée et nous bossions tous les jours 12 heures sur les textes. On a faillit devenir fou.

Comment es-tu arrivé sur le projet ?

Avant moi, Dove Attia avait vu une quinzaine d’auteurs. Il m'a proposé d’écrire juste un texte sur une musique. On y a passé 15 jours… Et puis après s’être "dompté", il m'a proposé d’écrire le reste avec lui.

Quand tu-as constaté que le spectacle cartonnait, as-tu eu un sentiment de fierté de voir tous ses interprètes chanter tes mots ?

Oui, il y a beaucoup de fierté parce que j’ai réussi à faire passer des choses dans ce spectacle. Par exemple dans "L'Assasymphonie", j'ai un inventé un mot, je ne parle pas d'amour, c’est même plutôt un sentiment un peu noir… Et en faire un tube sans que personne ne s'en rende compte au final, ça me rend heureux parce que c'est ce que je voulais faire. Faire d'une chanson qui n'a rien de "tubesque", un vrai tube. Il y a aussi une chanson qui s’appelle "Victime de ma victoire",  je fais dire à l’interprète : "Je me croyais l’élu, en volant mon histoire, mais je me suis perdu pour gagner, à vaincre sans vertu, on triomphe sans gloire, l'honneur vaut mieux que le trophée". C’est une des chansons qui marchent bien dans le spectacle. Je l'ai écrite en pensant à Nicolas Sarkozy. Ça me fait rire de la voir dans le spectacle. Autre exemple : dans "J’accuse mon père", en l'écrivant,  j'ai pensé à mes filles… 


Mozart l'Opéra Rock - L'Assasymphonie - Clip Officiel
envoyé par MozartOperarock

Il y a des doubles lectures que toi seul et Dove Attia peuvent percevoir…

Oui, mais en même temps, je pense que ça marche parce que les gens se retrouvent et leur inconscient comprend qu'il y a une double lecture.

Tu as hâte de faire un tube en tant qu’interprète ?

Je m’interroge sur la capacité des gens à être ému. J’ai conscience que les chansons de Mozart sont biens, mais je n’oublie pas que leur succès est aussi dû a un outil de marketing phénoménal qui fausse un peu la donne. Les gens qui sont venus voir Mozart en ont eu pour leur argent. Les décors, les costumes clinquants… ils font confiance à ça, il faut que l’argent se voie. Jacques Brel, sans tous ces artifices, délivrait certainement à lui tout seul bien plus d'émotion, mais comme les gens ne font plus confiance à leurs sensations, ils ont besoin qu’on leur montre que l’on ne s’est pas foutu de leur gueule… 

Se produire à la Java, c’est quand même deux extrêmes par rapport à Mozart, l’Opéra Rock

Dove est venu me voir et je t’assure qu'il n'a pas sa langue dans sa poche avec moi. On se fait mutuellement zéro cadeau. Il m'a dit : "Ce que vous faites avec ton pianiste, il faut que vous le poussiez davantage parce que ça va tout casser parce que ça va détourner le stand up. Vous vous moquez de vous, mais les chansons tiennent la route à côté".

Les artistes doutent tous. Un succès comme Mozart doit te conforter sinon te réconforter.

Mozart me permet de vivre uniquement de mon métier, ce qui n'était pas le cas avant. J’ai reçu d’autres propositions d’écriture pour d'autres, mais je n'y vais pas. On s'épuise si on écrit trop. Maintenant, dans mes journées, je ne fais que ce que veux. Aujourd’hui, quand on me demande si je suis libre tel jour, je peux systématiquement dire "oui".

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Ce qu’il me dira juste sur ses projets dans un futur proche, c’est qu’il va travailler de nouveau avec Dove Attia pour sa prochaine comédie musicale, Les amants de la Bastille. Et qu’il écrit des scénarios de films (dont certains verront le jour en Belgique très vite), parfois seul, parfois avec Maureen Dor.

Ce qui me permet d’enchaîner judicieusement avec la soirée à La Java à laquelle j’ai assisté le mercredi 1er décembre dernier. Maureen Dor était la guest de la soirée… (les photos suivantes ont été prises par bibi, alors, soyez indulgent, merci !)

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Elle n’était pas la seule, il y avait aussi la talentueuse, sensuelle et corrosive Marjolaine Piémont.

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Et aussi Diane Minassian, pour interpréter "Je suis une tombe" (voir clip, plus haut).

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Si vous aimez le tendre, le beau, l’ironique, le drôle, le très drôle, le mordant et l’émotion, ce spectacle est fait pour vous…

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En enfin, le final avec Hugo Renard.

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Ce soir, dès 21h, retrouvez Vincent à la Java pour l’avant dernière date de l’année. En première partie : Marjolaine Piémont. Billets sur place ou en préventes dans les points habituels : Moxity / Digitick / Fnac

La Java : 105 rue du Faubourg-du-Temple, Paris 10.
Métros : Goncourt / Belleville.