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27 février 2020

Valentin Vander : interview pour l'album Mon étrangère

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(Photo : Franck Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandor« Valentin Vander est un artiste hors-temps, qui se joue des codes de la chanson française traditionnelle en l’habillant de mille tissus pop et d’ornements électroniques » nous explique l’argumentaire de presse. On ne saurait mieux dire. Réalisé par Nicolas Gueguen, Mon Étrangère s’est fabriqué au studio 129H dans le quartier de Ménilmontant. Il en résulte 10 chansons qui inscrivent Valentin Vander dans la cour des grands auteurs-compositeurs-interprètes français.

C’est la troisième fois que je le mandorise, mais jamais seul (voir/lire les précédentes ici et ). Premier tête à tête avec cet artiste qui ne restera pas méconnu très longtemps. C’était le 6 février dernier dans un bar de la capitale.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter l'album.

Biographie officielle (par Arnaud de Vaubicourt) mais raccourcie :

Le terrain de jeu de Valentin Vander est un véritable champ d’expérimentations entre introspection mélancolique et panache pop. « So frenchy ! », pourraient instantanément s’exclamer les anglo-saxons, à l’écoute de ce deuxième album chatoyant. Mais le cahier des charges musical de Mon Étrangère s’avère plus complexe que cela…

L’auteur compositeur interprète, élevé dans une famille de musiciens, use d’armes de séduction massive tout valentin vander,mon étrangère,interview,mandorau long de ce nouveau chapitre. Entre espièglerie, profondeur et constat éclairé sur les relations sentimentales qui lient les êtres, il insuffle une couleur mélodique qui capte dès la première écoute. On trouve alors, au gré des chansons qui jalonnent l’album, ce petit quelque chose d’unique dans sa personnalité joliment désabusée qui n’oublie jamais d’opter pour la dérision. Ici, les émotions priment et semblent inédites, comme si la mélancolie avait embrassé une forme de légèreté. Quand Valentin Vander ne s’amuse pas dans ses spectacles humoristiques Les Goguettes en trio (mais à quatre), il creuse le sillon d’une chanson pop racée à l’élégance discrète. Cet opus l’atteste sur chacune des dix plages qui racontent les atermoiements de l’amour, subtilement éclairés du halo des enjeux de notre temps. La fidélité, l’exclusivité, le caractère aléatoire des désirs : il caresse à chaque mesure l’espoir de trouver une réponse. Bien sûr, elle ne pointe jamais le bout de son nez. Alors Valentin Vander émet ses hypothèses avec douceur souvent, avec ironie parfois.

Encore plus que sur son premier album, L’Audace ou la Timidité, paru en 2015, la palette du chanteur se teinte ici d’humour et d’une lucidité malicieuse.

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(Photo et Artwork de la pochette : Frank Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorInterview :

Tu viens d’une famille de musiciens ?

Mon père est un excellent pianiste jazz. Je précise que n’est pas Christian Vander. Je l’ai toujours vu jouer du piano, mais aussi composer et écrire des chansons. Il est passionné par la chanson et notamment par Brassens, Brel, Ferré, Bobby Lapointe et les vieux standards de musette. Ça, ça vient de mon grand-père qui était accordéoniste de bal. Malgré moi, dans ma jeunesse, j’en ai ingurgité du standard de musette, de baloche et de yéyé…

Tu as écrit des chansons très tôt, je crois.

J’ai eu mon premier projet à l’âge de 7 ans avec deux voisins qui avaient mon âge. On a enregistré trois chansons avec mon père. J’écrivais des textes naïfs qui prônaient la tolérance et qui étaient contre le racisme.

Clip officiel de "L'écho du bonheur" réalisé et monté par Watcheuz.

Tu as toujours écrit ? valentin vander,mon étrangère,interview,mandor

Oui, des poèmes et des histoires. J’étais fou de littérature fantastique. J’ai commencé à lire avec ce genre. A 10 ans, j’écrivais donc des pastiches du Seigneur des Anneaux ou d’Harry Potter. J’avais un besoin irrépressible d’écrire. J’y passais des heures et des heures. Ca arrangeait bien mes parents, parce que du coup, je leur foutais la paix.

Tu écoutais quoi ado ?

Lors de ma préadolescence, j’ai découvert des groupes comme Tryo, La Rue Kétanou, Les Ogres de Barbacks, les Wriggles… c’était mes premières influences. Encore aujourd’hui, ils restent de vrais modèles et de vrais exemples d’indépendance et de réussite artistico-humaine. Je suis aussi très sensible à leur côté festif. (Je le sens réfléchir…) Ah ! J’oubliais ! J’écoutais aussi Kyo, mais c’est un peu plus inavouable. Je suis encore capable de chanter par cœur « Dernière danse », alors que je l’ai apprise en 5e.

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Au lycée, tu as eu un groupe ?

Oui, d’ailleurs très inspiré de La Rue Kétanou et des Wriggles. Il s’appelait Les Voisins. On a fait deux disques. On a eu notre petit succès local en Basse-Normandie, dans l’Orne. Je dirais, un succès Est-Ornais (rires).

Après, tu as quitté ta Normandie.

Le groupe a splitté, mais j’ai toujours ressenti le besoin de faire des chansons. J’ai fait un premier disque seul, mais que je n’ai ni joué, ni commercialisé. Juste, il fallait que je le fasse.

Tu as fait des études dans le milieu du spectacle.

J’ai été régisseur son et lumière. Un temps, j’ai été donc un peu technicien, un peu comédien, un peu musicien… après j’ai arrêté de faire de la régie, je n’étais plus que comédien et musicien, j’ai monté ma compagnie, j’ai fait des spectacles Jeune Public. L’idée était d’acquérir une certaine indépendance plus financière et professionnelle qu’artistique.

Lyrics de "Elle passe".

Aujourd’hui, tu n’es donc dupe de rien, tu connais tous les rouages du métier.

Oui, mais du coup, j’ai tendance à vouloir m’occuper de trop de choses à la fois, puisque je sais. Je mets mon grain de sel sur les lumières et sur le son dans mes projets personnels, mais aussi avec les Goguettes. Je veux toujours m’assurer qu’il n’y ait aucun souci.

Tu es chiant en fait ?

Oui, je suis chiant. En création collective, je peux même être hyper chiant. Je ne le revendique pas, mais j’en suis conscient. J’essaie de travailler dessus.

En 2011, tu sors un premier EP.

Tout seul encore une fois, mais cette fois-ci je l’ai déclaré et déposé aux différents organismes. C’est mon premier vrai CD officiel distribué. Il n’est plus disponible aujourd’hui et c’est tant mieux car je ne l’assume pas beaucoup.

Clip de "La femme de ma vie", réalisé en stop-motion par Sylvain Cornut. Dessins de Valentin Dahmani. Avec l'apparition de Margaux Astravare.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorLes choses commencent à devenir sérieuses à la sortie de ton premier album solo, L’audace et la timidité, produit par un label.

Celui-ci, je l’assume et l’assumerai encore longtemps.

Deux ans avant ce premier album, tu avais déjà commencé avec les Goguettes (lire la mandorisation là).

Oui, mais on jouait dans de petits lieux. Quand est sorti mon premier album solo, ma carrière perso était plus importante que les Goguettes. C’était juste un délire entre copains dont personne ne parle encore. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’est devenu le groupe aujourd’hui. Quand les Goguettes se sont professionnalisées et que l’on commençait à parler de nous à la radio, j’ai décidé de mettre de côté ma carrière solo.

Aujourd’hui, la sortie de ce deuxième album « officiel », Mon étrangère, arrive à point ?

Oui, parce que j’ai parfois l’impression d’être schizophrène. J’ai un moi humoriste qui est assumé par les Goguettes et j’ai un moi qui aime beaucoup les chansons tristes et touchantes. J’aime bien la poésie, les chansons d’amour, les chansons un peu torturées aussi. Il y a des émotions que je ne peux pas approcher avec les Goguettes puisque le but unique de ce groupe est de faire rire. Tout ce qui ne fait pas rire, je le garde pour mes chansons personnelles.

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(Photo : Franck Loriou)

S’il y a une forme de mélancolie, je ne trouve pas ton album triste. Il y a de la dérision et de l’autodérision dans ces chansons qui parlent d’amour qui ne finissent pas toujours bien…

C’est un vrai disque de rupture. Il s’est construit dans la douleur d’une relation amoureuse et il s’est terminé dans la rupture. Mais tant mieux s'il ne donne pas une sensation de tristesse. 

Un artiste fait du beau avec son malheur.

Il est obligé. Ça lui sert à ça d’être artiste ! C’est pour se sauver soi-même. Quand je parviens à écrire une chanson dans laquelle j’arrive à exprimer les émotions qui me traversent, comme un désespoir amoureux, ça me sauve. C’est là-dedans que va mon énergie, mon émotion négative qui pourrait m’emmener à rester enfermé pendant des mois. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas cette possibilité. Sur le disque, il y a 10 titres, mais j’en ai fait 45 pour raconter comment j’allais mal (rires).

"Mon étrangère" en version live acoustique. 

A part « Mon étrangère », le titre éponyme, les chansons d’amour ne sont pas si tristes.

Les autres sont plus imagées, moins directes. De toute manière, j’ai un relativisme et un optimisme intégrés qui font que je ne peux pas trop vivre de drame à cause de l’amour.

Tu ne chantes pas que des chansons d’amour…

Je ne sais pas si j’écris des chansons d’amour. Je pense écrire des chansons sur plein de sujets et je me sers de l’amour comme étant un prisme qui permet de zoomer sur le sujet et lui donner un contexte.

Tu évoques d’autres sujets. Dans « Poussez-vous j’arrive », tu évoques les migrants, dans « Il se peut », tu racontes la misère du monde…

Dans cette dernière, c’est une autocritique de moi. Je raconte l’histoire d’un jeune, plutôt bourgeois, qui s’intéresse à des questions d’écologie et de société en général, mais qui globalement, arrive à vivre sa vie confortablement sans être pris par l’urgence des propres causes qu’il défend.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorIl y a duo avec Léopoldine HH, « L’hirondelle ».

C’est moi qui l’ai contacté pour le disque. On ne se connaissait pas personnellement, mais nous nous sommes vite très bien entendus. Elle est particulièrement gentille, drôle et lumineuse, comme elle est sur scène.

Ce que j’aime dans ton album, c’est qu’il est varié. On passe d’une chanson comme « Elle passe » (voir lyrics plus haut), très pop, à une chanson comme « Verlaine », de facture plus classique, piano-voix.

En faisant ce disque, j’ai réalisé que j’en avais marre de la chanson, du jazz, qui était un peu le style de mon premier album, j’ai donc voulu faire de la pop mâtinée d’electro… J’ai trouvé un beat maker en la personne de Nicolas Gueguen qui a réalisé et arrangé tout l’album. Je lui ai dit que j’adorais le groupe L’Impératrice, qui fait de la pop un peu electro disco d’aujourd’hui, avec un bon sens de la mélodie. Je lui ai filé « Elle passe » en version guitare voix et je lui ai demandé d’en faire ce qu’il voulait. J’étais hyper content du résultat. Nous sommes donc parti avec cette ligne directrice-là, mais avec mes autres chansons, nous avons considéré qu’il fallait une palette qui se rapprochait plus de la chanson plus « classique ». La pop electro voulue au départ n’est qu’esquissée pour le moment, mais je pense que mes prochains travaux iront vers là.

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Valentin Vander et Gauvain Sers.

Tu seras en première partie de Gauvain Sers, les 12, 13 et 14mars à Chenôve, Grenoble et Toulouse.

Il est venu me voir en concert, ce qui est cool de sa part, et il m’a proposé quasiment dans la foulée trois premières parties. C’est une nouvelle super réjouissante, enrichissante et gratifiante. Il n’est pas obligé d'aider ses camarades qui n’ont pas autant de succès que lui et il le fait. Je vais chanter seul devant 1500 personnes. Ça ne m’est jamais arrivé et c’est lui qui me le permet. Je lui en suis très reconnaissant.

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Après l'interview, le 6 février 2020.

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17 décembre 2019

Les Goguettes, en trio mais à quatre : interview pour Globalement d'accord

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Depuis 2013 Les Goguettes (en trio mais à quatre) ce sont : des centaines de parodies, près de 25.000 spectateurs, plus de 200 spectacles dans toute la France (+1 au Luxembourg), plus de 3 millions de vues sur leur chaîne YouTube, 1 triomphe au Festival d’Avignon… et l’aventure est loin d’être finie. Ils seront notamment le 7 avril 2020 à La Cigale (pour réserver, c'est là).

Avant de faire plus ample connaissance avec ce quatuor exceptionnel, rappelons ce qu’est une goguette : une parodie de chanson connue pour parler de l’actualité, en prenant le parti d’en rire.

Invité par l’un des membres du groupe, Valentin Vander, que je connais un peu (et mandorisé là en 2016… toujours pas seul), je suis allé voir Les Goguettes (en trio mais à quatre) à l’Alhambra (salle comble et comblée), il y a quelques semaines. J’ai rarement autant ri lors d’un spectacle musical. Du coup, j’ai demandé à Valentin de m’organiser une rencontre avec ses trois acolytes, Aurélien Merle, Stan et la pianiste de formation classique Clémence Monnier. Les agendas des uns et des autres étant un peu chargés, la mission n’a pas été simple.

Le 28 novembre dernier, nous sommes parvenus à nous retrouver dans un bar de la capitale.

Leur site officiel.

Leur page Facebook.

Leur page YouTube (richement fournie en vidéos).

Pour écouter le disque, Globalement d'accord.

Pour commander le disque, Globalement d'accord.

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(@Marylène Eytier)

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordArgumentaire de presse :

En 6 ans de carrière, on peut dire que Les Goguettes (en trio mais à quatre) ont renouvelé avec un certain succès l’art ancestral des chansonniers, grâce à leur humour décapant, incisif, parfois cruel, mais jamais méchant ni vulgaire. Ces quatre auteurs-chanteurs-musiciens piochent dans le répertoire considérable de la chanson populaire d’ici et d’ailleurs pour traiter et maltraiter l’actualité. Ils tentent alors de soigner par le rire tous les agacements et sentiments de ras-le-bol provoqués par notre usage collectif et souvent trop intensif de la télévision, de la presse ou des réseaux sociaux. Face à la saturation d’informations tous azimuts, le rire reste un médicament des plus efficaces.

Biberonnés dans les années 80 et 90 à l’humour des Guignols, du Canard Enchaîné, de Charlie, de Renaud, des Inconnus…, ces goguetiers proposent un spectacle qui s’apparente à un grand jeu de chamboule-tout où tout y passe : la droite, la gauche, le centre, les têtes de gondole (pour rester polis) de l’arène politique, les grands sujets brûlants, les petites polémiques tartes-à-la-crème, la campagne électorale qui vient, la dernière mode à la mode… ils sont capables de se moquer de tout, y compris d’eux-mêmes.

Le teaser du spectacle 2019.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Depuis les années 2000, les scènes ouvertes de « goguettes » redeviennent populaires et se multiplient en France. À Paris, l’une d’entre elles se tient alors tous les lundis dans un restaurant-cabaret célèbre : Le Limonaire. C’est là que nos acolytes vont se rencontrer en 2009 : Stan y chante depuis déjà quelques années, Clémence Monnier vient d’intégrer la bande de musiciens qui accompagnent les chansonniers du lundi soir, et enfin Aurélien Merle et Valentin Vander, tous deux auteurs-compositeurs-interprètes, par l’humour alléchés, se mêlent à cette communauté de joyeux drilles. Quelques années plus tard, ces quatre-là décident d’unir leurs forces et leurs meilleures goguettes pour monter un spectacle, qui ne cessera alors de nécessiter des salles de plus en plus grandes pour accueillir un public toujours plus nombreux.

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(@Marylène Eytier)

Avant mon interview, leur FAQ :

- Ils sont d’où ? Clémence et Aurélien ont grandi près d’Angers, Valentin en Normandie, et Stan à Versailles. Ils se sont connus à Paris.
- Qui écrit les textes ? Chacun écrit dans son coin, propose au groupe. Puis tout est mis en commun, retravaillé, mis en scène par Yéshé Henneguelle.
- Pourquoi ils sont habillés comme ça ? C’est parce qu’à leurs débuts, les affiches de leurs spectacles étaient des parodies d’affiches d’autres groupes. L'une d'elles parodiait le groupe allemand Kraftwerk. Le costume leur allait tellement bien qu’ils l’ont repris tel quel.
- Quand est-ce qu’ils jouent près de chez moi ? Le site www.lesgoguettes.fr met à jour régulièrement le calendrier des spectacles. C’est l’adresse à surveiller pour se tenir au courant.
- Peut-on rire de tout ? Oui.

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(@Marylène Eytier)

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordInterview :

Le groupe à 7 ans, mais vous avez explosé il y a 3 ans.

Valentin : Oui, quand on commencé à jouer dans les théâtres parisiens. A la base, on jouait dans les restos et les cafés. A partir du moment où l’on s’est mis à jouer au Théâtre Essaïon à Paris chaque semaine, le bouche à oreille a fonctionné. On a fini par jouer dans de plus grandes salles, comme le Théâtre Trévise. C’était plus facile pour les gens de venir nous voir quand ils entendaient parler de nous.

Sur l'air de "Elle est d'ailleurs" de Pierre Bachelet. Enregistré en public au Théâtre André Malraux à Rueil-Malmaison le 18 octobre 2018. Avec Valentin Vander au chant et Clémence Monnier au piano.

Le Limonaire a été un endroit important dans votre carrière.

Valentin : Oui, on se retrouvait souvent dans ce cadre pour des scènes ouvertes le lundi soir.

Stan : Désormais, cela se passe à la péniche El Alamein. Nous continuons d’ailleurs à nous y rendre régulièrement.

Valentin : Nous y allons parce que c’est un extraordinaire terrain de création. On peut tester de nouvelles chansons devant un public bienveillant et dans une bonne ambiance. Ça nous maintient dans une espèce d’émulation.

Sur l'air de "Les mots bleus" de Christophe. Enregistré en public au Café de la Danse à Paris le 4 avril 2019.
Avec Aurélien Merle au chant, Clémence Monnier au piano, Valentin Vander dans le rôle du jeune et Stan dans le rôle de la vieille.

Il faut préciser que tout le monde peut venir et participer. Pas besoin d’être professionnel.

Clémence : Il y en a qui ne savent pas chanter et ce n’est pas un problème. Il y a même très peu de professionnels. Ce sont des gens qui viennent pousser un coup de gueule sur un sujet d’actualité avec ce mode d’expression.

Valentin : « La goguette des énervés » a commencé en 2004 au Limonaire et ça se poursuit aujourd’hui. Ca draine beaucoup de jeunes.

Stan : Ca existait déjà dans les années 90, mais pas sous ce nom. C’est le musicien Christian Paccoud et le linguiste Claude Duneton qui étaient à l’origine du premier retour des goguettes (qui existaient déjà au 19e siècle). Au départ, c’était un public et des participants assez âgés, plutôt politisés. On peut dire que c’était des militants de gauche. Maintenant, c’est plus jeune et moins politisé.

Sur l'air de "Quand on arrive en ville" par Daniel Balavoine. Enregistré en public à l'Alhambra à Paris le 9 octobre 2019. Avec Clémence Monnier au chant et au piano.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux goguettes ?

Aurélien : Je faisais de la chanson, mais pas drôle. Je suis quelqu’un d’assez politisé par ailleurs. A la base, je n’aime pas les chansons engagées, mais l’humour permet de faire passer des messages sans donner de leçons. Au début, quand j’allais voir « La goguette des énervés », je ne chantais pas, je me contentais d'observer. J’ai mis 6 mois avant d’oser écrire ma première goguette. C’est vraiment un exercice de style.

Stan : Comme Aurélien, les chansons engagées m’ont toujours saoulé, mais j’écrivais des textes humoristiques depuis longtemps. J’ai mis beaucoup de temps à faire des goguettes, parce que je n’étais pas chanteur, mais je m’y suis mis parce que je trouvais bien de plaquer des textes drôles sur des musiques existantes. Ma première, c’était en 1993 à la Folie en Tête, sur l’air de « Tel qu’il est, il me plait » de Fréhel. Je me suis planté cinq fois, bref, ce n’était pas une parfaite réussite.

Clémence : Je suis musicienne classique, j’ai fait le Conservatoire, une thèse de musicologie, ce qui ne m’a pas empêché d’aimer la chanson depuis toute petite. Un soir, je suis arrivée au Limonaire avec des copines qui m’avaient incité à venir. J’ai immédiatement trouvé ça génial. J’ai commencé les goguettes en accompagnant au piano. J’aimais le côté immédiat et vivant de l’exercice par rapport à ce que je faisais par ailleurs. Au départ, je ne chantais pas, c’est venu petit à petit. C’est d’ailleurs pour cela que l’on a appelé notre groupe Les Goguettes (en trio mais à quatre). Au début, seuls les trois garçons chantaient. Moi, je m’y suis mise bien après.

Valentin : J’aime les goguettes parce que ça relie l’humour et la chanson. C’est une combinaison idéale. Au Limonaire et désormais à la Péniche El Alamein, j’ai trouvé des amis, une sorte de famille même. Je venais d’arriver à Paris, je me suis senti bien avec ces gens et cet art... ça a défini ma vie d’une manière assez entière. Même si, aujourd'hui, c’est moins fondamental parce que j’ai d’autres activités musicales et d’autres connaissances…

Aurélien : Puisque nous étions d’une autre génération, nous sommes arrivés avec d’autres références en termes d’humour, peut-être un peu plus absurdes. On ne traitait pas les sujets de la même façon. Nous avions un autre regard sur la politique, moins binaire il me semble.

Valentin : On a rajeuni aussi la musique. On chantait sur des chansons des années 70 et 80… nous avions mis de côté Fréhel et Damia.

Aurélien : On utilise les tubes qui parlent à tout le monde. Dans notre spectacle actuel, nous sommes très années 80, même s’il n’y a pas que cette période, elle est bien représentée.

Sur l'air de "Les Histoire d'A." des Rita Mitsouko. Enregistré en public au Café de la Danse à Paris le 4 avril 2019. Avec Valentin Vander à la guitare et au chant, Aurélien Merle au chant, Clémence Monnier aux claviers et au chant, Stan à la batterie et aux chœurs.

les goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accordJe vous ai vu à l’Alhambra, j’étais mort de rire du début à la fin. Une goguette doit-elle être toujours drôle ?

Aurélien : Non. Nous, on a choisi cet axe, drôle et caustique, parce que c’est ce que l’on préfère.

Stan : Encore une fois, si on n’est pas drôle, je trouve qu’on est dans le message.

Clémence : Non, regarde ce que fait Patrice Mercier (qui excelle dans l’art des goguettes et mandorisé là). Il n’est pas toujours drôle, mais il ne fait pas la leçon. Ses goguettes sont sociétalement impliqués. Il est toujours très fin dans ce qu’il chante.

Aurélien : Nous sommes tellement dans l’ironie que parfois on nous dit qu’on ne sait pas ce que l’on pense du sujet évoqué. Avec Patrice, on est moins dans l’équivoque.

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Pendant l'interview...

Votre spectacle drôle, moderne et rafraichissant est mis en scène par Yéshé Henneguelle. Vous avezles goguettes,en trio mais à quatre,valentin vander,aurélien merle,stan,clémence monnier,interview,mandor,globalement d'accord ressenti le besoin d’avoir un metteur en scène ?

Aurélien : C’était une évolution logique. C’est arrivé petit à petit.

Clémence : La première fois que Yéshé nous a vus sur scène, il a trouvé ça très intéressant, mais il savait que notre jeu de scène était perfectible, c’est le moins que l’on puisse dire. Ça marchait déjà très bien avec le public sans aucune mise en scène, mais il estimait qu’il y avait encore plein de choses à faire pour parfaire un spectacle.

Valentin : Pendant longtemps, les goguettes, c’était un truc à côté de nos vies. Le but n’était pas que ça marche nécessairement plus. Et puis, quand on a commencé à se professionnaliser, on s’est mis de la pression et on a joué le jeu à fond.

Que faut-il pour faire une bonne goguette ?

Valentin : Un angle et un support parodique percutants.

Aurélien : Il faut ce qu’on appelle « l’effet goguette », c'est à dire un détournement absurde, un double sens avec un à peu près par rapport à une phrase de la chanson d’origine.

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De gauche à droite: Stan, Valentin Vander, Clémence Monnier et Aurélien Merle devant La Cigale, le 28 novembre 2019, après l'interview.

Vous allez vous produire à La Cigale le 7 avril 2020.

Aurélien : Oui, on est hyper contents. Il y aura d’ici là, évidemment, plein de nouvelles chansons.

Clémence : C’est ça qui est intéressant. On ne fait pas un spectacle figé. On suit pas mal l’actualité et il y a beaucoup à dire…

Dernière question pour Aurélien et Valentin. Vous avez tous les deux vos carrières respectives de chanteurs en solo. Est-ce que les goguettes influences vos propres répertoires ?  

Valentin : Les goguettes me permettent de faire l’économie du drôle dans mon répertoire. Ma case drôle est déjà bien remplie, mais il n’y a que là où je suis humoriste. Avec les goguettes, j’ai un terrain de jeu dans lequel je peux me lâcher complètement. Pour mes propres chansons, je n’ai plus envie de faire rire. Disons que ça ne me vient plus.

Aurélien : Moi, ça fait quatre ans que je n’ai pas fait de chansons pour mon répertoire personnel. Je vais bien voir ce qu’il va sortir, mais effectivement, j’ai l’impression qu’il y aura un avant et un après. On peut faire des chansons très autarciques en se faisant plaisir, mais avec les goguettes, j’ai pris conscience qu'il fallait penser aussi à la réception du public.

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Après l'interview, le 28 novembre 2019.

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Bonus :

Quelques prestations pour RTL:

Extrait de l'émission "À la bonne heure" de Stéphane Bern, du vendredi 10 février 2017. Sur l'air de "Femme libérée" de Cookie Dingler.

Extrait de l'émission "À la bonne heure" de Stéphane Bern, du jeudi 9 novembre 2017. Sur l'air de "Allo maman bobo" d'Alain Souchon.

Extrait de l'émission "Les grosses têtes" de Laurent Ruquier, du 26 février 2018. Sur l'air de "Ella, elle l'a" de France Gall.

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Les Goguettes avec Jeanfi Janssens, Laurent Ruquier et Dany Boon. 

04 novembre 2016

Le mook Hexagone : interview de David Desreumaux, Garance et Valentin Vander

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Je le fais rarement, voire jamais. Parler d’un magazine qui sort. Mais là, je ne pouvais passer sous silence cette arrivée fracassante dans le monde des magazines consacrés à la chanson (si peu nombreux). Depuis la mort de Chorus, on attendait une revue trimestrielle similaire, sorte de bible de la chanson d’aujourd’hui. Heureusement, il y a aussi FrancoFans, le bimestriel indé de la scène francophone, (dont je suis absolument fan et qui défend à merveille ce même petit monde). Mais c’est tout. FrancoFans était seul, voici un grand frère différent, mais complémentaire.

David Desreumaux, le boss d’Hexagone (puisqu’il s’agit de ce magazine), Garance (déjà mandorisée ici en 2012) et Valentin Vander, deux des artistes qu’il a mis en avant dans le numéro 1, sont venus me voir le 3 octobre dernier à l'agence pour parler de ce « mook » et de... chansons françaises.

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone (expliqué par Hexagone) :

Au départ, Hexagone est un site internet dédié à la chanson. Il voit le jour sur la toile le 14 avril 2014.

Hexagone s'intéresse à la chanson. A toute la chanson et plus précisément à celle qui est peu présente dans les grands médias nationaux. Ce site rencontre rapidement le succès auprès de son lectorat comme auprès des artistes. Fort de sa première année pleine et réussie, Hexagone, toujours dans sa logique de main tendue à la scène chanson, crée en avril 2015 une salle de concert privée. Un concert par mois, pour une petite jauge de 40 personnes assises. A nouveau, succès immédiat.

Pour son second anniversaire, en 2016, Hexagone décide de lancer une revue sur papier ! Dans un secteur économique en berne, l'idée a de quoi surprendre. Et elle surprend. Mais elle séduit également la frange de passionnés amoureux des mots couchés sur papier. Elle séduit les amoureux du livre et du Beau dans la mesure où Hexagone donne de l'ambition à son projet. 

En effet, quitte à créer une revue sur papier, autant faire en sorte que cette revue soit belle ! Deux cents pages imprimées sur un beau et gros papier autour d'une maquette sobre et élégante. Deux cents pages d'articles de fond où la photo originale et inédite est omniprésente. 

Autant préciser qu’Hexagone ressemble davantage à un livre qu’à un magazine classique. On appelle ça un « mook » dans le jargon. Quelque chose entre le livre et le magazine. Il parle de la scène chanson dans toute sa diversité, questionne le métier et l’analyse, aborde ses tendances, ses dérives, son avenir. Avec un ton. Faussement désinvolte. Vraiment concerné mais avec le sourire.

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Les forces en présence :

David Desreumaux : Fondateur et rédacteur en chef du mook Hexagone et du webzine hexagone.me consacrés à la chanson.

Garance : Chanteuse fort talentueuse, très récompensée par divers tremplins, et qui pose avec Anne Sylvestre sur la couverture du n°1 d’Hexagone.

Valentin Vander : Chanteur ironique et tendre, qui part souvent en goguette, et qui s’est vu attribué un long portrait de 6 pages dans le n°1 d’Hexagone.

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hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorInterview :         

David, ce magazine est tout simplement la continuité de ton travail autour de la chanson française commencé il y a longtemps. 

David : Je suis parti de mon site consacré à la chanson lancé en 2014. Hexagone m’a permis de conjuguer mes différentes passions : le journalisme, l’écriture, la chanson et la photo.

C’est d’ailleurs un retour à tes premiers amours puisque tu avais créé en 2000 un des sites pionniers autour de la chanson, du rock et de la culture alternative, L’art-scène.

Oui, mais cette activité s’est interrompue au bout d’un moment par la force des choses. Pour faire des enfants et fabriquer une maison, par exemple. A un moment, tu te fais toujours rattraper par ton virus/ta passion. Je souhaitais reprendre une parole dans le secteur de la chanson, car cela me manquait terriblement.

C’était un manque personnel, mais aussi un manque tout court d’organe de presse spécialisé dans la chanson française, non ?

David : Il faut bien reconnaître qu’il y a peu de médias qui relatent l’activité chanson. A Hexagone, ce qui nous intéresse, ce n’est pas la chanson qui est sous les feux de la rampe, mais l’autre, « la chanson d’art et d’essai », comme l’a dit Jean-Claude Barens. Aujourd’hui, nous sommes peu de combattants à parler des artistes qui font partie de cette branche-là. Sur le net  il y a Nos Enchanteurs, Chanter, c’est lancer des balles et toi avec Mandor… nous ne sommes pas nombreux. Sur papier, il y a FrancoFans, Vinyl et point barre. Donc, je me suis dis : "merde, il faut s’y coller !" J’ai décidé de faire cette revue, avec ma couleur assez singulière et ma patte qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je traite cette actualité spécifique avec une fausse désinvolture et de l’humour. Je veux vraiment déringardiser la chanson. La chanson est mal vue, passe pour être ringarde, mais c’est tellement l’inverse que j’ai pour ambition de le prouver.

Valentin : C’est vrai que la présentation du mook donne un aspect très moderne au contenu traité. C’est valorisant pour nous, jeunes artistes qui nous adonnons à la chanson.

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Garance (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorJe m’adresse à vous deux, Garance et Valentin. Vous trouvez qu’il n’y a pas assez de médias qui parlent de vous ?

Garance : Clairement. Même France Inter a arrêté de défendre la chanson comme cette radio publique le faisait avant. Ils ont enlevé toutes les émissions consacrées à elle. Nous n’avons plus aucune passerelle pour venir présenter notre travail. Et au niveau papier, il n’y effectivement plus que FrancoFans et aujourd’hui Hexagone qui propose autre chose. Je trouve que les articles de ce magazine sont longs, denses et fournis comme rarement. J’ai l’impression d’apprendre des choses sur les artistes. Moi, je lis ce « mook » comme un livre. Je ne parle même pas des photos qui sont magnifiques. Ca fait une semaine qu’il est posé chez moi sur une table basse, tous les potes qui passent sont impressionnés par la beauté de ce magazine.

En plus, toi tu es sur la couverture du n°1 avec Anne Sylvestre (mandorisée là). Mais la classe, quoi !

Garance : Tu m’étonnes. Je n’avais pas vu le résultat de la séance photos avec Anne Sylvestre avant de découvrir la couverture à la cérémonie de lancement au Forum Léo Ferré. Quand je l’ai vu, j’ai été immensément émue. Déjà, je me demandais quelle était ma légitimité à être en couverture du numéro 1, mais en plus avec Anne Sylvestre… le rêve absolu. Je suis tellement admirative de cette grande dame de la chanson !

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Autoportrait de David Desreumaux.

(Ironique.) Je suis censé être un spécialiste de la chanson française et, pourtant, quand je lis hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorHexagone, j’ai l’impression de ne connaître pas grand monde. Toi Valentin, par exemple, je ne te connaissais pas et tu as le droit à 6 pages. Mazette !

Valentin : Comme tu dis. Ca me parait complètement impossible que l’on parle de moi dans un journal comme celui-ci, sur 6 pages en plus. Je suis plus habitué à avoir des entrefilets dans des bulletins associatifs ou des journaux locaux. Quand David et Flavie (note de Mandor : la femme de David, sans qui pas grand-chose ne serait possible) m’ont invité pour faire cette interview, j’étais surpris et très ému de constater que l’on pouvait s’intéresser à mon travail et le comprendre si justement. Je n’avais jamais connu ça.

David, c’est ça qui est intéressant. Tu mets en avant des artistes comme Melissmell, Emilie Marsh, Agnès Bihl, Klo Pelgag aussi bien que des artistes moins réputés tel que Chouf, Jack Simard, Govrache et Valentin…

David : C’est un choix éditorial. Il y a plusieurs critères. Un des premiers est d’essayer de couvrir le plus largement possible les différents aspects de la chanson. Nous essayons de ne laisser personne sur le carreau dans le genre qu’il représente. Il faut aussi que nous jouions sur les aspects de notoriété. Pour susciter un intérêt, on a besoin de parler d’artistes qui ont un peu ou beaucoup de notoriété, comme Anne Sylvestre. Cela permet de déclencher l’envie du lecteur. Je rappelle que l’objet de l’association qui est déposée en préfecture, c’est de favoriser la découverte des artistes émergents. C’est ce que nous faisons. Les artistes présents dans Hexagone ont tous une légitimité à y figurer… par leur talent et leur œuvre.

Nous sommes dans une société qui réclame de la chanson française et j’ai l’impression que personne ne l’écoute…

David : Je pense qu’il y a des responsabilités à trouver chez chacun : les médias, les artistes, les programmateurs, le public…

Tu reproches quoi aux artistes ?

David : Rien. Chacun doit rester comme il veut, comme il le sent. Mais si je dois te donner une réponse je dirais que, globalement, il y a une image pas très « sexy » qui est véhiculée autour de la chanson. Peut-être à tort, mais c’est l’image qu’elle a.

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Valentin Vander (photo : David Desreumaux/Hexagone).

hexagone,mook,david desreumaux,garance,valentin vander,interview,mandorNe faut-il pas aussi susciter de la curiosité chez le spectateur en dépoussiérant son répertoire ?

David : Si, bien sûr. Mais, sur l’échelle des responsabilités, je mettrais les médias en premier. Ce sont eux qui ont le pouvoir d’exposer les artistes. Les médias « grand public » ne font pas grand chose pour la chanson.

Garance : Clémence Mèche dans l’article avec Anne Sylvestre dit à un moment : « Si Anne n’est pas connue du grand public, c’est peut-être parce que le grand public n’est pas au bon endroit. » Quand je vais dans des petits villages, dans de petits lieux, je me rends compte que les gens sont contents d’entendre des chansons comme les nôtres.  Ils nous le disent. Ils aiment cette chanson que nous défendons, mais ne savent pas qu’elle existe car elle est peu ou pas médiatisée. Quand je dis à des personnes que je rencontre le métier que je fais, souvent, ils me demandent si j’en vis. Comme ce que je fais n’est pas exposé, pour eux, ça n’existe pas.

Valentin : Avant, il y avait des structures de salles, de lieux et de réseaux qui accueillaient des artistes comme nous, ce qui permettait d’agrandir leur public beaucoup plus facilement qu’aujourd’hui.

David : Ça passait aussi par le biais de producteurs, de directeurs artistiques qui faisaient un vrai travail de découverte. Il y avait différents intervenants à différents stades de la création. Les grands d’hier étaient suivis par des gens comme Jacques Canetti. Aujourd’hui, les artistes se retrouvent seuls et ne savent pas toujours comment procéder pour se faire connaître.

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De gauche à droite : Valentin Vander, Garance et David Desreumaux.

David, tu vas aimer cette question. Qu’aimes-tu chez Garance et chez Valentin ?

David : Leur regard sur la chanson et leur façon de l’aborder. Ils ont su déclencher l’étincelle pour que je m’intéresse à eux.  Ce qui m’intéresse dans la chanson, c’est la façon dont on la regarde et on la considère. Selon le cantologue, Stéphane Hirschi, « la chanson, c’est l’art de fixer le temps. » La chanson doit signifier quelque chose et s’inscrire dans notre histoire commune. Les chansons de Garance et de Valentin me procurent de réelles émotions.

Garance et Valentin, faire votre métier, c’est un combat ?

Valentin : C’est dur, mais je ne le perçois pas du tout ainsi. Je suis hyper content de ce que je fais et de ce que j’arrive à faire. Je m’en sors parce que j’ai plein de projets différents, du coup, tout ça accumulé, je peux en vivre.

Tu mets le doigt sur quelque chose d’important. Pour s’en sortir, il faut avoir plusieurs projets.

Valentin : C’est comme ça que je m’en sors et que je suis libre.

Garance : Moi aussi, je fais des spectacles pour enfants à côté. Ce métier, je ne le vois pas non plus comme un combat, j’ai peur de faire un peu trop militant. Evidemment que c’est dur. Le statut d’intermittent, tu ne l’as pas la première année. Tu as de bonnes années de galères avant. Le combat, c’est plus de se motiver tous les jours. Je me dis souvent : « Je suis toute seule. Si je m’arrête, personne ne va venir me chercher. » C’est toujours à moi de nourrir le feu. Les artistes comme nous avancent au jour le jour en déposant des pierres.

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(Pendant l'interview...)

David, parlons de la viabilité de ton mook. On se souvient de l’expérience de la revue de Didier Varrod, Serge, qui n’a pas duré longtemps…

David : La question est au centre du problème. Le financement est le nerf de la guerre. Aujourd’hui, nous n’avons quasiment pas de visibilité. On est sur du court terme. On sait juste que la sortie papier du numéro 2 est assurée. Au-delà, on ne sait pas.

Tu m’impressionnes réellement, car tu portes plusieurs casquettes. Lesquelles précisément ?

David : Celle de journaliste, celle du type qui vient faire sa promo (rires), celle de photographe, celle de chercheur d’abonnés et d’annonceurs. S’il n’y pas de pépettes qui rentrent, il n’y pas de revue qui sort.

Tu remercieras Flavie, ta femme, pour la maquette de cette revue !

David : Tous les deux, on essaie de faire le plus de choses possible nous-mêmes. Notre économie fragile ne nous permet pas d’embaucher quiconque. On est tous bénévoles. Il y a juste l’impression et les envois qui sont à payer pour le moment.

David, dis-moi franchement, tires-tu une certaine fierté à sortir ce mook, à avoir ta petite réputation dans le milieu ?

David : Oui, j’en tire une fierté, sans que cela soit de l’orgueil. Ce serait de la fausse modestie que de dire que je m’en fous. Je suis content que notre travail soit salué. Ça veut dire que nous ne nous sommes pas trop trompés. Encore une fois, nous sommes lucides. Nous savons que ce projet audacieux peut ne pas durer, ça nous rend humble. Ce qui est certain, c’est que la chanson que nous défendons mérite que l’on tente cette aventure. Je suis fier d’en être l’instigateur, mais derrière, je suis dans un collectif. Je pense aux journalistes qui collaborent au mook, aux artistes dont nous parlons, puis, plus globalement, le monde de la chanson. Je souhaite encore longtemps fédérer un maximum de personnes, de toutes sensibilités de la chanson.

Quand sort le prochain Hexagone ?

Le 20 décembre. Nous travaillons dessus déjà depuis quelques semaines.

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Le 3 octobre 2016, après l'interview.