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02 février 2013

Valérie Tong Cuong : interview pour L'atelier des miracles

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L’atelier des miracles est le roman français dont tout le monde parle en ce moment. Il bénéficie d’un formidable bouche à oreille de la part des lecteurs, mais aussi de la part des libraires. « Enfin ! » suis-je tenté d’écrire. Je suis la carrière littéraire de Valérie Tong Cuong avec fidélité depuis son premier roman, Big, en 1997. 8 livres plus tard, elle est en train de toucher un plus large public. C’était l’occasion pour moi de la mandoriser de nouveau (la première fois, pour L'ardoise magique, lire là). Valérie Tong Cuong est venue à l’agence le 15 janvier dernier pour une conversation amicale et sincère.

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor4e de couverture :
C'était un atelier d'horlogerie, a-t-il souri. Remettre les pendules à l'heure, réparer la mécanique humaine : c'est un peu notre spécialité, non ?

Professeur d'histoire-géo, Mariette est au bout du rouleau. Rongée par son passé, la jeune Millie est prête à tout pour l'effacer. Quant au flamboyant Monsieur Mike, ex-militaire installé sous un porche, le voilà mis à terre par la violence de la rue.

Au moment où Mariette, Mike et Millie heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main - Jean, qui accueille dans son atelier les âmes cassées.
Jean dont on dit qu'il fait des miracles.

Auteur du très remarqué Providence (Stock, 2008), Valérie Tong Cuong nous plonge avec L'Atelier des miracles au cœur de nos vies intimes. C'est aussi un hymne aux rencontres qui donnent la force de se relever.

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valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandorInterview:

Dis donc, j’entends parler de ton livre sans cesse… et en des termes élogieux.

C’est très émouvant pour moi de recevoir ces réactions qui arrivent plusieurs fois par jour. C’est la première fois que j’en reçois si massivement et aussi rapidement. Elles proviennent de lecteurs bien sûr, mais aussi de libraires. Je suis comme un enfant à Noël qui ouvre un cadeau. Je me sens pleine de gratitude et en même temps, je prends tout comme ça vient parce que je sais que demain, tout peut s’arrêter. Mon expérience et mon recul me montrent quelque chose qui est anormal… dans le sens où d’habitude, ça ne se passe pas comme ça. J’ai juste senti que j’avais touché quelque chose chez les gens.

Tu as déjà un lectorat de base déjà assez fidèle.

Oui et il m’aide beaucoup pour le bouche à oreille. Comme il y a quelques personnes qui me suivent depuis longtemps, quand celui-ci est arrivé, il y a eu une réaction immédiate. Elles sont allées immédiatement en librairie. Apparemment, elles aiment et elles en parlent. Par contre, je ne sais pas du tout si c’est un phénomène qui va prendre de l’ampleur… je n’ai pas l’expérience du gros succès donc, je ne peux pas en dire beaucoup plus. 

Tu as changé de maison pour ce livre. Tu passes de Stock à JC Lattès.

Chez Stock, ils n'ont pas été entièrement convaincus et n’ont donc pas souhaité signer le texte. Chez Lattès,  ils ont eu immédiatement un gros coup de cœur.

« L’atelier des miracles » de Jean, le sauveur d’âmes, est un ancien atelier d’horlogerie. Ce qui n’est pas le fruit du hasard, je présume.

C’était une évidence. Le travail de l’horloger est une mécanique de précision. C’est un travail minutieux et ça touche à une valeur universelle, celle du temps. C’était très symbolique par rapport au travail que Jean effectue sur l’accompagnement des vies et ses procédés… parce qu’il a des méthodes particulières, très minutieuses.

Mariette, Millie et Mike se demandent ce qui se cache derrière la bonté de Jean.valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Ils sont plus désabusés que méfiants. Jean se présente comme quelqu’un plein de bonnes intentions, comme quelqu’un qui souhaite leur venir en aide. Mariette, par exemple, se sent dans une telle impasse qu’elle ne voit pas comment il pourrait l’aider et finalement, elle va le suivre, car elle n’a nulle part ailleurs où aller. Pour elle, c’est la seule façon d’avancer un peu. Mike y croit à moitié parce qu’il se dit que c’est trop beau. Il ne comprend pas pourquoi, soudain, il aurait de la chance… mais il y va aussi, parce que c’est mieux que rien. Ils n’attendent pas de miracle, mais ils se disent « pourquoi pas ? ». Ils décident d’étudier cette possibilité, mais avec méfiance.

Jean va les mettre en confiance.

Oui, il sait parler aux autres, rassurer, réconforter. Il sait ce qui est bancal chez eux. Il leur parle de ce qui les touche vraiment. Il est très habile.

Toi-même, tu aimes étudier l’âme humaine.

J’aime explorer l’âme, les parcours, les trajectoires, la manière dont les gens évoluent, avancent, ou pas, dans leur vie. Je suis passionnée par ça, c’est même mon sujet de préoccupation principale. Du coup, je suis très à l’écoute des autres et très attentive aux gens qui m’entourent.

Mais concernant l’écriture, tu t'adonnes de plus en plus au roman choral.

Ce roman choral me permet d’explorer trois trajectoires, trois univers, trois environnements différents. Ça démultiplie le champ d’observation. C’est mon troisième roman choral, je me rends compte à l’usage que c’est un type de construction qui me convient très bien et dans lequel je m’épanouis. Il n’est pas impossible que mon prochain livre soit encore un roman choral.

Qu’est-ce qui t’intéresse exactement dans ce style littéraire?

La différence de point de vue, de vision de la vie, de posture, d’attitude, de réaction m’intéresse profondément. Sur le plan de l’écriture, c’est très jubilatoire. On est dans la peau d’un personnage, du coup, on a un mode d’expression particulier. Pour le coup, j’ai trois personnes qui s’expriment de manière très différente parce qu’elles ont des backgrounds et des personnalités différents. Il a fallu que j’écrive d’une certaine manière pour chacune d’elle. 

valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandorQuel rapport as-tu à l’écriture ?

Pour moi, l’écriture est instinctive. J’ai le sentiment que c’est quelque chose qui m’est donné et que je suis là pour la transmettre aux lecteurs. Ce qui est sûr, c’est que je fais tellement corps avec mes personnages que, quand ils sont dans une période d’euphorie, je suis complètement euphorique, quand ils sont dans des périodes d’abattements, je suis complètement abattue aussi. Je peux vite être sur les nerfs si mes personnages le sont. J’ai du mal à m’écarter de leur état. J’ai du mal à en sortir, ça veut dire que dans la vie quotidienne, quand je suis vraiment dans une période d’écriture, j’entre dans une bulle tout à fait involontairement. Mes enfants sont obligés de me tirer par la manche pour que je réagisse.

Je te lis depuis le début de ta carrière littéraire. J’ai l’impression que tu t’es un peu adoucie.

Ce que tu ressens, c’est ma vision de la vie qui a beaucoup évolué. Je pense qu’au départ, j’étais dans des pulsions libératoires très fortes. Il y avait des choses que je voulais dire, mais ces choses-là étaient souvent très sombres. C'est-à-dire qu’à l’époque, je me sentais moi-même au pied d’un mur que je voyais infranchissable et permanent. Je considérais la vie comme un combat, mais un combat âpre dans lequel l’être humain était toujours perdant. J’avais en moi des sentiments très violents. Et puis, j’ai grandi, j’ai travaillé et j’ai découvert une autre vision de la vie dans laquelle je me sens aujourd’hui complètement à ma place. Aujourd’hui, je tends vers la conclusion que non seulement, rien n’est jamais fichu, mais en plus, la vie est une merveille. On peut soi-même la transformer avec du travail et des rencontres. Il faut rencontrer les bonnes personnes qui t’aident à enlever les filtres, à te décadrer et à voir les choses différemment. Quand on commence à voir la vie sous un bon œil, on génère autour de soi autre chose. Mes premiers romans étaient pessimistes, ils ne fermaient pas complètement la porte, mais quand même… aujourd’hui, ils sont plus optimistes.

Dans L’atelier des miracles, rien n’est noir ou blanc.

Il faut accepter la complexité de la vie et des sentiments pour avancer. Même pour soi. Il faut accepter ses imperfections, ses faiblesses. Il faut accepter qui on est, sans jugement. Dans la vie, on n’y arrive pas très facilement.

Est-ce que ce livre est la synthèse de ce que tu penses de la vie ?valérie tong cuong,l'atelier des miracles,interview,mandor

Oui, c’est très représentatif. Je pense que c’est le fruit de toute cette réflexion dont je viens de te parler.

C’est amusant, personnellement, je ne me reconnais pas dans un personnage, mais dans plusieurs…

C’est parce que ce sont avant tout des êtres humains. Mes personnages sont habités par des questions transversales. Ce sont des questions qui nous habitent tous.

L’atelier des miracles est aussi un livre sur la solidarité. Tu t’interroges sur ce sujet.

Le livre pose des questions : jusqu’où peut-on aller pour faire le bonheur des autres ? A-t-on le droit de décider du bonheur des autres ? Quand on fait le bien, est-ce pour soi ou pour l’autre ? Ce sont quand même des questions d’actualité parce qu’elles nous concernent tous dans nos vies privées et singulières. Si on veut aller plus loin, c’est même une question de géopolitique. Il y a une notion d’ingérence. Moi, je veux juste aider les gens à réfléchir et peut-être à revoir certaines de leurs positions. En tout cas, je ne veux pas apporter de réponses fermes et définitives.

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Quel est le message du livre ?

Ensemble, on avance. Seul, c’est beaucoup plus difficile. C’est un sujet qui me tenait particulièrement à cœur, car je crois que la solidarité aujourd’hui est ce qui peut sauver le monde. J’ai le sentiment que la solidarité se développe. Pas toujours de manière visible parce que beaucoup de gens le font avec humilité, mais c’est ça qui est bien. Bien sûr, il y en a qui sont au service des autres plus pour être au service de leur image. Mais à côté de ces gens-là, il y a une foule d’anonymes qui, sans rien dire à personne, tendent la main, construisent, avancent, trouvent des solutions, donnent de leur temps et de leur personne. J’ai le sentiment que ces comportements sont en train de se propager. Il y a une prise de conscience qui progresse. A un moment, la société s’est trouvée écrasée sous un système qui nous poussait vers l’individualisme forcené en agitant des craintes, des peurs, des angoisses. Comme ce système est en train de montrer de manière cruelle ses limites, les gens prennent le temps de réfléchir et se disent qu’il y a d’autres façons de se penser et de penser la société, la vie et le quotidien.

Je suis sûr que ce livre sera ton miracle à toi.

Ce serait formidable. J’écris pour les lecteurs, mais aussi pour être lu. Certains auteurs prétendent qu’ils écrivent parce qu’ils ont besoin d’écrire, moi, je ne suis pas dans ce discours. J’ai le besoin de m’adresser aux lecteurs, d’échanger et de transmettre des réflexions. Si ce livre trouve écho largement, il me permettra de poursuivre mon chemin littéraire certainement de manière plus stable.

Tu me sembles d’un naturel très tranquille aujourd’hui.

Mais avec une capacité d’émerveillement. Je prends les choses comme un cadeau. Il arrivera à ce livre ce qui doit arriver. En tout cas, je trouve gratifiant d’avoir du succès par le bouche à oreille. C’est mon plus beau cadeau.

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10 mai 2010

"Mille Feuilles"... la quatrième : Valérie Tong Cuong

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(Photo : Patrick Swirc)

"Mille feuilles", qu'est-ce que c'est?

Un concept simple : un auteur, un journaliste et 10 minutes pour vous donner envie de lire le roman de l’invité. La nouveauté, c’est le ton. Naturel, curieux et souriant. Mon ambition est de rendre toutes les formes et genres littéraires à la portée de tous.

La quatrième invité de "Mille Feuilles" est Valérie Tong Cuong.

ardoise-magique.jpgValérie Tong Cuong est née en banlieue parisienne. Après une adolescence chaotique, elle étudie la littérature et les sciences politiques (elle est titulaire d’un DESS de Science Politique). Elle travaille huit ans dans la communication puis lâche tout pour se consacrer à l’écriture (romans, nouvelles, scénarios) et à la musique.

Valérie Tong Cuong est traduite en 12 langues.
Ses nouvelles sont parues dans les revues « Bordel », « Double » et « NRV ».
En tant que scénariste, elle a travaillé sur différents sujets télévision (sitcom, téléfilm) ou cinéma (elle est notamment co-auteur avec Isabelle Boni-Claverie du scénario de « Heart of Blackness »).

En parallèle, elle chante et écrit pour Quark, un groupe pop-rock indépendant dont le premier album a été sélectionné par El Païs comme l’un des meilleurs albums de l’année.
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Ses romans précédents sont :

- Big (1997, Nil Editions, J’ai Lu 1999), récompensé au festival du Premier roman de Chambéry

- Gabriel (1999, Nil Editions, J’ai Lu 2001)

- Où je suis (Grasset, 2001, J’ai Lu 2006)

- Ferdinand et les Iconoclastes (Grasset, 2003, J’ai Lu 2006)

- Noir dehors (Grasset, 2006, Le livre de Poche, 2007)

- Providence (Stock, 2008), prix « Roman de l’année 2008 » Version Femina - Virgin Megastore

Providence (sous le titre "Le Ciel est à tout le monde", réalisation Lionel Mougins, Mon Voisin Production) et Où je suis (sous le titre "Heart of Blackness", réalisation Isabelle Boni-Claverie, Be-Tween Films) sont en cours d’adaptation pour le cinéma.

Dans ce quatrième numéro de « Mille Feuilles », Valérie Tong Cuong et moi, nous attardons principalement sur son nouveau roman L’Ardoise magique (Stock), paru en mars dernier. « Une plongée fluide et lumineuse dans les pulsions morbides, et donc le désir de vivre, de l’adolescence. » (La Vie)

Bande annonce :

 Voici le quatrième "Mille Feuilles" à déguster!

Merci à Valérie Tong Cuong pour sa disponibilité quasi immédiate et au sympathique bistrot "La Grappe d'Orgueil", situé 5 rue des Petits Carreaux, à Paris, pour l"accueil et la chaleur.

Pardon aussi pour le son involontairement très "Godard période "Sauve qui peut la vie" ! (comme a dit très justement quelqu'un en visionnant cette interview ).