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27 mai 2015

Daniel Bélanger : quand une star québécoise vient chanter en France...

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Daniel Bélanger est un song writer  québécois que j’admire depuis son premier disque (sorti en 1992). Je ne l’ai jamais lâché tout en regrettant que la France passe à côté de cet artiste hors pair et singulier. Alors qu’il est une énorme star dans son pays, cet auteur-compositeur-interprète au charisme fabuleux, magnétique est venu nous montrer son talent les 16 et 17 avril dernier aux Trois Baudets pendant deux soirées pour le moins étincelantes. On a apprécié un artiste qui sait habiter la scène en solo, en musique comme en monologues humoristiques. Une voix extraordinaire (aux multiples possibilités), une guitare blues, des textes aussi profonds que déchirants. La claque. Non, mais la vraie claque.

A l’issue de son concert du 16 avril 2015, Daniel Bélanger s’est assis à ma table.

Deux hommes, quatre bières… une mandorisation.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorBiographie officielle (assez longue et pourtant sacrément raccourcie):

En 1992, Daniel Bélanger lance une petite bombe dans le paysage musical québécois, Les insomniaques s'amusent. Avec sa poésie débridée, ses mélodies ciselées, le premier album de Daniel Bélanger séduit rapidement un large public et extasie la critique. L'année d'après, avec une tournée depuis sacrée historique, avec des ventes qui filent allègrement vers les 175 000 exemplaires et le Félix de l'album pop-rock de l'année en poche, l'auteur-compositeur interprète occupe déjà une place toute spéciale dans le cœur des Québécois.

Pendant qu'il continue de récolter les trophées, Daniel Bélanger cogite Quatre saisons dans le désordre, qui paraît en 1996. La palette sonore s'élargit, les textes sont chaque fois bourrés d'invention. Les récompenses pleuvent et les ventes s'affolent (album certifié platine).

1998: Daniel Bélanger choisit pour un temps de voyager «Seul dans l'espace». La tournée ainsi nommée connaît un immense succès et conduit à l'enregistrement d'un album atypique, Tricycle (1999), composé d'extraits de spectacles captés à différents moments de sa carrière.

2000: Erreur d'impression (Coronet Liv), un recueil de 150 historiettes amusées, flirtant avec l'absurde, fait le bonheur de ses fans.

Avec l'album Rêver mieux, lancé en octobre 2001, le créateur s'approprie de façon ludique et inspirée les sonorités électro. Une fois de plus, le public est au rendez-vous (album certifié platine) et la moisson de prix époustouflante.

Daniel Bélanger fait aussi quelques incursions réussies dans le registre de la musique de film et en daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorsurprend plus d'un, en 2003, avec un objet d'art non identifié appelé Déflaboxe, plongée poético-musicale dans l'esprit d'un pugiliste (payé pour perdre).

L'album L'échec du matériel, paru en avril 2007, marque une nouvelle étape dans le parcours d'un artiste qui ne réapparaît jamais tout à fait là où on l'attendait. Un album ancré comme jamais dans les préoccupations et les quêtes de ses contemporains, qui va donner lieu à une tournée d'une centaine de dates avec musiciens, auxquelles s'ajoutent une quarantaine de spectacles en solo.

Paraît alors Joli chaos, en novembre 2008, une compilation étayée de quelques inédits.

De nouveau tenté par l'aventure littéraire, l'homme aux vingt-deux Félix fait un pas de côté avec Auto-stop (Les Allusifs), un «roman-chanson» racontant l'histoire d'un jeune homme de 19 ans qui traîne son mal-être sur les routes d'Europe.

Le dernier album en date de Daniel Bélanger s’intitule Chic de ville, irrésistible virée sur les routes d'une Amérique intérieure. L'album, en partie enregistré au Blackbird Studio de Nashville, Tennessee.

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daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorInterview :

En France, les amateurs de chansons francophones vous connaissent bien, votre carrière au Québec est spectaculaire, mais le grand public d’ici ne vous connait pas. Vous en êtes chagriné ?

Je ne sais pas trop comment je suis considéré en France, mais j’imagine que beaucoup ne me connaissent pas et cela m’importe peu. J’ai fait beaucoup d’effort pour accroitre ma notoriété au début de ma carrière, puis très vite, je n’ai pas insisté. Mon premier et mon deuxième album ont été distribués ici, mais n’ont pas bien marché. Ma maison de disque n’a rien fait pour me pousser à venir chez vous et moi, j’ai laissé faire les choses. Tout cela n’est pas bien grave.

D’autant que dans votre pays, ça marchait très bien.

Je n’avais donc pas le feeling d’insister ailleurs. Pendant longtemps, mon succès québécois m’a suffi parce que ça m’a beaucoup occupé. Je voulais avoir une vie « confortable ». Ne pas vivre uniquement pour la musique. J’ai eu des enfants et je souhaitais profiter au maximum de ma famille. La musique et le spectacle, c’est très intense, mais la famille aussi. Maintenant que mes deux filles sont grandes, j’ai plus de temps et du coup, plus d’idées et d’énergie pour les réaliser.

Daniel Bélanger - Sèche tes Pleurs from Audiogram on Vimeo. (J'ai découvert Daniel Bélanger avec cette chanson... j'ai adoré immédiatement).

Au Québec, vous êtes une véritable star multi-récompensée, raison pour laquelle je m’étonne que nous connaissions d’autres québécois moins « titrés » que vous. Je ne comprends pas pourquoi on connait plus Richard Desjardins que Daniel Bélanger.

Je ne suis pas très people, je ne donne pas beaucoup d’entrevues, mais il y a toujours du monde dans les salles et les gens me donnent de l’affection. J’en suis très fier. Ces derniers temps, j’ai ressenti un besoin intense d’aller voir les français, je ne sais pas trop pourquoi.

Ce soir, j’ai adoré votre show guitare-voix. C’était gigantesque, je ne sais pas comment vous faites pour transcender votre public ainsi…

On reconnait une bonne chanson, si elle est bonne en guitare-voix. Après, on peut la jouer n’importe comment, elle restera bonne. Il m’arrive de jouer aussi avec des musiciens, souvent même, mais j’adore cette formule simple et efficace. En France, je voulais que le public entende mes textes sans fioriture autour.

"La folie en quatre" en duo avec Pierre Lapointe sur Radio Canada en juillet 2014.

La jeune génération des artistes québécois vous adulent. Pierre Lapointe (mandorisé là) comme Ariane Moffat par exemple.

(Rire) Je sais, mais ça me donne un coup de vieux. Ariane, qui a été ma choriste et musicienne de nombreuses années, m’appelle son mentor. Quant à  Pierre, il m’a dit un jour qu’il prenait exemple sur moi dans la manière de faire les choses de ce métier, notamment dans la diversification. Tout comme moi, il est pluridisciplinaire et extrêmement créatif. Je suis très fier que ces artistes si talentueux se réclament un peu de moi. C’est valorisant, il ne faut pas le cacher.

Certaines de vos chansons montrent de vous un côté fortement barré quand même.

Ma culture, c’est la poésie et la technique du parolier.

La technique du parolier ?

La technique du parolier, c’est de développer un contact avec celui qui entend, alors que le poète se contente de lancer son cri. Moi j’aime les deux. Je m’amuse à sortir des sentiers battus parce que je trouve que la vie ordinaire n’est pas réjouissante et qu’elle est même contraignante. Alors, j’invente d’autres vies. Pas vraiment ordinaires et lisses.

Meddley de quelques succès de Daniel Bélanger : "Dans un Spoutnik", "Opium", "Fous n'importe où", "Rêver mieux" (une de mes chansons préférées du monsieur) et "Reste", version "Star Académie" Québécoise en 2012.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorVous cultivez le goût du mystère. Par exemple, je sais que vous n’aimez pas les interviews. Vous n’aimez pas que l’on creuse pour voir ce qu’il y a derrière vos chansons.

Il y a des façons de creuser. Creuser en trois minutes sur un plateau de télévision entre deux annonces de lessive ou creuser comme nous le faisons là, tranquillement. Je préfère la deuxième proposition. C’est très rare que l’on puisse parler de notre métier sur la longueur quand on est en entrevue. Je n’aime pas dire des généralités, je veux prendre mon temps pour développer, c’est tout. Et surtout, je donne des entrevues quand j’ai du travail à présenter et uniquement à des gens que l’on m’a recommandé.

Ce soir, j’ai vu un musicien de blues.

Parce que je le suis. Je suis content de vous l’entendre dire, parce que j’ai toujours considéré que je faisais du blues, avec une influence « chanson » très forte. Le public québécois est assez blues. C’est un peuple qui a souffert, qui est en Amérique et qui a donc des affinités avec cette musique. Il y a une nation de blues, une nation de tristesse. Nous avons des chansons traditionnelles qui sont très tristes et qui s’apparentent aux blues.

La majeure partie de vos chansons sont tristes ou graves.

Oui, c’est vrai, mais il y a toujours un angle pour essayer d’entrevoir la lumière. Au Québec, nous avons une approche de la vie qui fait que même si on a plein de soucis, la lumière finit toujours par arriver.

Entre les chansons, vous déridez l’atmosphère avec des monologues amusants.

J’aime jouer avec le public en le déridant après une chanson un peu triste. Ca désamorce et ça amorce. J’aime bien les chutes de températures.

Daniel Bélanger "Tu peux partir" from Audiogram on Vimeo.

Comment êtes-vous considéré au Québec ?daniel bélanger,trois baudets,interview,mandor

Pendant longtemps, j’ai été un chanteur que l’on classait dans « la relève ». Ça a duré très longtemps, je bossais comme un fou, j’ai rencontré beaucoup de succès, j’ai été reconnu de mes pairs… aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis un vieux de la vieille. Nous ne sommes plus trop nombreux actifs de ma génération.

Il reste qui de votre génération ?

Il y a Jean Leloup et je ne vois trop qui d’autre. Il n’y en a vraiment pas beaucoup.

Qui vous inspire ?

Jeff Buckley par exemple. Et comme je suis le plus jeune d’une famille de cinq enfants, j’ai été influencé par la musique de mes frères. Ils écoutaient beaucoup de musique british comme Joe Cocker ou Led Zeppelin. Très rock donc. Et par ma mère et mes sœurs, de la chanson française comme Serge Reggiani ou Georges Moustaki.

C’est amusant parce que cela se ressent dans votre musique.

Je suis blues rock avec une sensibilité chanson, en effet.

Vous êtes en train de préparer un nouvel album.

J’ai déjà neuf chansons de prêtes. Je vais me mettre à travailler là-dessus sérieusement en mai-juin. Le disque devrait sortir cet automne au Québec. 

Daniel Bélanger - Étreintes from Audiogram on Vimeo.

Je sens chez vous une force et une fragilité à la fois.

C’est marrant, on ne m’a jamais dit ça. On n’a jamais osé. On me parle de ma force parce que je suis un grand gaillard, mais pas de ma fragilité. Alors, que vous avez raison, je suis comme ça, en vrai.

J’adore votre voix. Quand elle s’envole vers les aigus, je frissonne.

J’étais un fan des Rita Mitsouko. La voix de Catherine Ringer se démarquait des autres voix françaises féminines. J’aime ce genre de voix-là, celles qui poussent. Moi, j’ai appris à chanter avec un micro. Toutes les nuances de ma voix, c’est un peu un jeu avec mon micro. Bon, je vous avoue qu’aujourd’hui, il faut que je fasse avec les réalités de l’âge. Je perds des hautes, alors j’essaie d’être créatif pour compenser.

Être sur scène, est-ce un combat ?

Il faut juste s’en tenir à quelque chose de vrai. Et s’en tenir à quelque chose de vrai, c’est déjà un petit peu suspect. Avec des effets de voix, je sais que je vais chercher le public, mais j’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène, ce qui est certain, c’est que j’ai du plaisir, mais que je ne me repose pas.

Il y a eu deux « standing ovation »ce soir, j’imagine que vous n’y êtes pas insensible.

Pour moi, c’est une récompense, c’est précieux.

Daniel Bélanger "Reste" from Audiogram on Vimeo.

daniel bélanger,trois baudets,interview,mandorPourquoi chantez-vous ?

Pour gagner ma vie (rires). Bon, pas seulement. C’est un métier très valorisant. Mon père était un autodidacte. Il a appris seul le piano et la guitare. Quand on faisait des fêtes, en fin de soirée, on demandait à mon père de jouer. Il interprétait alors de vieux classiques paillards. Des chansons un peu « sexe », un peu « scato ». Tout le monde était émerveillé et content. Il était d’une telle générosité.

C’est en voyant votre père chanter que vous avez décidé de faire ce métier ?

C’est une influence, certainement. Je n’y ai jamais pensé… au fond, oui. C’est drôle, vous pointez là quelque chose que j’ai enfoui en moi. Parfois, les interviews, ça vaut bien une séance de psy (rires).

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Le 16 avril 2015, pendant l'interview...

24 juin 2013

Sophie Maurin : interview pour la sortie de son album eponyme

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« Une cascade de notes qui s’épanche en un ruissellement d’arpèges, un piano ragtime, l’humeur bluesy d’un violoncelle, une voix féminine libre comme l’air qui fait le mur, vocalise, croise l’anglais et le français… » Ainsi est présenté le premier album de Sophie Maurin. L’impression de facilité, de légèreté, qui se dégage de ses chansons est pourtant trompeuse. Elle a minutieusement échafaudé ses arrangements, structuré son projet en soignant le moindre détail : toypiano, kalimba, clarinette, percussions en tous genres, ainsi qu’une splendide section de cuivres, swinguent ensemble ou séparément. La force de la chanteuse-pianiste est d’avoir réussi à rassembler un grand nombre de titres forts avec les auteurs et compositeurs qui l’accompagnent. Sophie Maurin redonne ses lettres de noblesse au terme de "pop". Pas de doute,  elle est promise à un grand avenir.

Ce soir la jeune femme se produira aux Trois Baudets dans le cadre des soirées KLAXON. L’occasion idéale de la découvrir.

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Sophie Maurin est venue à l’agence le 28 mai dernier. Un moment sympathique avec l’une des plus belles découvertes de la chanson française de cette année…

Interview :

Outre auteur-compositeur interprète, tu es aussi architecte.

J’ai réussi à jongler entre la musique et l’archi jusqu’à ma signature en maison de disque. Quand ça a commencé à se professionnaliser, je n’ai plus eu le temps de faire autre chose.

Mais, à la base, tu es spécialisée dans l’architecture de l’urgence.

Oui, je suis spécialisée dans tout ce qui lié aux risques parasismiques, inondations. C’est dans l’humanitaire. J’ai travaillé sur des camps de réfugiés en fait. C’est marrant que tu parles d’architecture…

Parce que cette activité se ressent énormément dans la structure de tes chansons.

On a réalisé cet album à trois avec Florent Livet et Jérémy Verlet et ils étaient très étonnés par ça. Je suis très distraite, mais j’ai un esprit très carré qui est certainement dû à mes études d’architecture. J’avais toujours besoin de noter tout ce que je voulais, quand je le voulais.

Clip officiel de "Far Away".

Dans chacune de tes chansons, rien n’est linéaire. Comme quand on voit un immeuble un peu bizarre, mais qui tient bien sur ses fondations.

Ça me plait bien comme comparaison.

Quand ta vie s’est-elle tournée à 100% vers la musique ?

J’ai eu la chance de commencer les cours de piano à l’âge de 6 ans. Avant cela, j’avais fait de l’éveil musical à la maternelle. Tu vois que ce n’est pas nouveau. J’ai appris les mots en même temps que les notes. Le piano, j’aimais beaucoup ça, en revanche les partitions beaucoup moins. Je n’étais pas très douée pour être honnête. Je n’aimais pas cela. Ce qui me permettait chaque année de passer dans la classe supérieure, c’était la lecture chantée. C’est quelque chose qui me plaisait et mes profs l’avaient remarqué. Ils m’ont proposé d’être l’accompagnatrice au piano de la chorale de mon école de musique, qui par la suite est devenue un conservatoire. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire du piano, chanter en même temps et prendre goût à ce jeu simultané entre le piano et la voix. C’est à ce moment-là aussi que j’ai commencé à composer et que mon goût pour la chanson s’est affirmé.

Quand tu as appris la musique, les codes t’ennuyaient.

Oui, mais il y a des morceaux sur lesquels très vite, tu pouvais te faire plaisir. Je voyais l’aspect ludique et je n’étais pas du tout travailleuse. Parfois, j’avais la partition sous les yeux, mais je faisais semblant de lire les notes, alors que c’est  à l’oreille que je recherchais les mélodies. J’ai eu la chance d’avoir un super prof qui m’a permis de faire du classique, mais aussi du boogie, du blues, des ragtimes parce que j’aimais beaucoup ça. 

Ton père, lui, était fan des Beatles. Il t’a transmis cette « passion ».

Il m’avait acheté toutes les partitions de John Lennon pour le piano, je travaillais donc aussi ça en même temps que le reste. La musique classique, elle n’a jamais été toute seule. Pour moi, il y avait un lien entre toutes les musiques.

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J’ai l’impression que tu t’es toujours sentie comme un poisson dans l’eau dès que tu jouais de la musique.

En fait, les premières années, j’avais une prof qui était assez méchante, du coup, ça me plaisait de jouer, mais je n’allais pas aux cours avec plaisir. À un moment, elle a quitté la direction de l’école de musique, dont elle était la directrice, et en CE2 ou CM1, je me suis retrouvée avec un nouveau prof et à partir de ce moment, il y a eu un déclic en moi. Il m’a fait confiance. Il m’a tout de suite fait faire des concerts, m’a fait passer des examens de fin d’année. Il m’a vraiment mis en avant et c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience et confiance du bonheur que j’éprouvais en faisant du piano. Vraiment, je le remercie encore une fois.

Après les études officielles, il se passe quoi pour toi ?

Je suis originaire du Var, en Provence. Après le bac, je suis venue à Paris, à la fois pour la musique et pour mes études. Pour gagner de l’argent et un peu pour m’amuser, je faisais des pianos-bars. Je jouais des reprises et des classiques, mais j’intégrais au milieu quelques compos personnelles. Mes premiers concerts avec uniquement mes chansons datent de 2008. Au départ, j’étais en formule piano voix, puis ensuite, j’ai été rejointe par une violoncelliste avec laquelle je faisais mes études et un percussionniste. En 2010, j’ai passé mon diplôme d’archi et dans la foulée, j’ai autoproduit un EP. Un 7 titres. Et c’est à partir de cet EP que les choses ont commencé à devenir sérieuses. J’ai eu des premiers rendez-vous avec des directeurs artistiques, j’ai eu des propositions de contrats d’édition.

À partir du moment où tu commences à constater que les professionnels commencent à s’intéresser à toi, j’imagine que tu commences à hésiter entre l’architecture et la musique.

C’est exactement ça. Cet EP, c’était un peu ma carotte pendant que je passais mon diplôme. Je me disais que si j’arrivais à l’avoir en 6 mois, je me donnerais l’opportunité de réaliser cet EP. Je me disais que si je rentrais dans la vie active en tant qu’architecte, il fallait qu’il me reste une trace de mon travail musical. Pour qu'à 60 ans, je puisse pouvoir réécouter ce que j’ai fait à 20 ans. Je me disais aussi qu'il pouvait tomber dans de bonnes mains, que ça me ferait un support à vendre après les concerts et une belle carte de visite. Au final, il a été un élément déclencheur de belles opportunités et le départ de plein de choses.

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Remise du diplôme Charles Cros " Coup de coeur 2013", le 9 mai 2013 par Alain Fantapié, le Président de l'Académie Charles Cros! (©Francis Vernhet)

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu t’aperçois que "la sauce" commence à prendre?

Il y a une petite euphorie. Ça m’a donné confiance en moi. J’ai eu une bourse de la SACEM pour l’auto production, donc je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je faisais. Il doit y avoir quelque chose de pas trop mal dans mon travail. Mais, je remarque déjà à quel point tout est éphémère. Parfois, l’équipe avec laquelle je travaille et moi sommes enthousiastes, parfois déçus. Ça oscille d’un jour à l’autre selon les nouvelles que l’on reçoit. J’ai eu la chance de faire un album enregistré dans de bonnes conditions, mais tout reste à faire et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir vivre de la musique. Je n’attends pas grand-chose parce que j’ai trop peur d’être déçue.

Parlons de ta voix. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle est exceptionnelle…

Je le raconte rarement, mais ma façon de chanter est due à un problème de cordes vocales que j’ai eu plus jeune. Un défaut qui, à moyen terme, allait me faire perdre ma voix. J’avais des cordes vocales qui, quand j’émettais un son, n’étaient pas complètement collées. Il y avait de l’air qui passait entre et qui les usait. J’ai dû faire toute une rééducation qui a duré un an pour apprendre à mieux placer ma voix parlée et chantée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chanter différemment de peur de perdre ma voix. J’ai même amplifié, je pense, tout ce que j’ai appris. Je l’exagère un peu, j’en suis certaine. Maintenant, je fais le travail inverse pour avoir du recul par rapport à ça. Si je hache et saccade les mots, je l’avoue aujourd’hui, c’est à cause de ça.  

L’atmosphère de ton disque est plutôt joyeuse, alors que tes textes ne le sont pas.

La majorité de mes chansons sont tristes. Quand je me mets au piano pour écrire ou composer, je suis toujours dans une mauvaise phase. Il y a quelque chose qui me dérange. Je suis triste, je suis dans un mood plutôt désagréable et le but, c’est de se servir de cette émotion pour créer quelque chose qui fait du bien. Au fond, je dois être un peu optimiste.

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Tu as écrit à peu près la moitié des textes.

J’ai de très bons auteurs aussi, je serais stupide de me priver de leur talent. Et, en règle générale, j’ai toujours des tonnes de musique en stock. Je suis moins prolifique au niveau des textes. Ce n’est pas du tout de la prétention, mais je suis plus douée en tant que musicienne qu’en tant qu’auteure. C’est la musique qui m’a amené à chanter. En revanche, le plaisir des mots et du texte, c’est venu beaucoup plus tard.

Je n’ai pas envie de parler de tes chansons. J’aimerais que les gens les découvrent vierges de tout commentaire.

Je trouve ça très bien. Moi parfois, je suis déçue d’en apprendre trop sur les prémices d’une chanson que j’aime. Le but, c’est qu’on puisse avoir plusieurs interprétations de mes textes et qu’on les ressente par rapport à l’état d’esprit qu’on a au moment où on les écoute.

Plus on écoute ton disque, plus on découvre des choses… il faut explorer toutes les différentes strates.

J’aime bien qu’on écoute mes chansons sans y  réfléchir, sans intellectualiser mes propos. Mais, j’aime bien aussi qu’on y revienne pour gratter et découvrir des choses inattendues musicalement, dans les textes et dans les arrangements. J’espère que l’on peut apprécier ce disque sans se prendre la tête, mais aussi en le découvrant intensément.

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Après l'interview...

Bonus: Comme Sophie Maurin vient d'obtenir les 4 clefs de Télérama (et que ça devient rare), je propose l'article de Valérie Lehoux.

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13 octobre 2011

Lili Cros et Thierry Chazelle: interview pour Voyager Léger

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Lili Cros et Thierre Chazelle sont ce soir aux Trois Baudets, salle mythique parisienne.

Cela faisait un moment que je suivais de loin Lili Cros et Thierry Chazelle. Au début, leur carrière en solo, ensuite, leur duo. Leur premier album commun, Voyager Léger, est sorti cet été (chez L’Autre Distribution). Ce sont deux mélodistes et interprètes entiers et généreux. Voilà leur portrait (rapide) lu dans leur dossier de presse. Je ne change pas une ligne.

Lili Cros : Un sourire qui chante les voyages intérieurs et les méandres de l’âme ; une présence lumineuse, une voix exceptionnelle qui fait vivrer les cœurs et parfois trembler les murs.

Thierry Chazelle : la voix chaleureuse d’un trublion pince-sans-rire qui dégaine sa plume pour des portraits à la fois tendres et impertinents.

Je les ai rencontrés avant-hier au Corso. (Merci à Christelle Florence pour l’organisation de la chose, et mandorisée pour un autre projet musical!)

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Interview :

C’est votre premier album en commun alors que vous avez chacun une carrière personnelle. Vous êtes mariés dans la vie, pourquoi avoir attendu pour travailler ensemble si concrètement ?

Lili : Moi, j’avais envie depuis longtemps. On avait une première expérience de partage de scène, dans un petit café, on jouait guitare voix chacun. J’avais adoré cette sensation de liberté, de ranger nos câbles, nos instruments ensemble, boire un verre après et puis de rentrer à la maison…  il y avait un côté tellement léger, tellement simple, tellement évident. De son côté, Thierry avait peur de travailler systématiquement avec celle qui partage sa vie.

Thierry : J’avais surtout peur de souffrir la comparaison d’avec Lili. Elle chante très bien et avait un répertoire très rock, tonique et moi, je suis dans une chanson française plus calme. J’avais tellement la trouille qu’au début de notre duo, je chantais toutes mes chansons d’abord, on faisait un duo au milieu et après, c’est elle qui chantait. On s’est rendu compte aujourd’hui, que nos chansons allaient presque par paire. Il y avait des réponses d’une chanson à l’autre, presque comme une partie de ping-pong.

lili cros,thierry chazelle,voyager léger,interview,trois baudetsVous ne travaillez pas encore les textes en commun quand même ?

Lili : Et bien, si, justement. On vient d’avoir une expérience de travail en commun. C’était super, alors qu’on redoutait vraiment. La profondeur des histoires qu’on avait envie d’écrire et qui nous trottent dans la tête, même l’esprit, le style, la façon de le dire, on est vraiment différent. C’est d’ailleurs là qu’on le ressent le plus, je trouve. Bref, avant, on n’était pas prêt à écrire ensemble, aujourd’hui oui.

Thierry : On s’est rendu compte très vite qu’en composant à deux, on obtenait des résultats qui nous paraissaient d’une autre qualité. Il y a eu un bond en avant naturellement.

Quand on travaille comme vous le faites, désormais à deux, on abandonne ce qu’on a été avant, pour faire une entité ?

Lili : C’est le contraire. Dans le rock, il y a un côté spontané, très juvénile aussi, une énergie brute, mais il y a aussi une posture, une attitude. Moi, j’ai l’impression que le duo m’a permis d’aller vers quelque chose qui me ressemble plus, en réalité. Ca vient peut-être aussi de l’âge… c’est un peu paradoxal, c’est comme si j’avais suivi un chemin vers autre chose complètement, alors que non. C’est tout à fait un chemin vers moi.

C’est une forme d’apaisement ?

Lili : Oui, et de recentrage sur qui on est, qui on veut être. Se poser.

Thierry : Moi, c’est l’inverse. J’ai pu m’acheter une guitare électrique et m’autoriser à faire beaucoup de bruit. Ça m’a fait beaucoup de bien. C’est complètement inattendu ce revirement de situation. Mais je crois qu’au-delà de ça, la séparation entre la chanson et le rock est quelque chose qui est en train de devenir un peu flou.

Quand on est un couple dans la vie et à la scène, est-ce qu’on a envie d’épater l’autre ?

Lili : Carrément. C’est d’ailleurs une des raisons qui fait que c’est compliqué aussi. Au début, j’avais peur de montrer mes limites, ma médiocrité, s’il y en avait une. Je ne veux pas qu’il me voie en souffrance, d’avoir des difficultés à écrire par exemple ou à jouer de la guitare. On a chacun notre spécialité, je crois être plus chanteuse qu’il ne l’est et lui est bien meilleur guitariste que je ne le suis. Du coup, on se porte réellement vers le haut. Il y a une émulation certaine… et puis aussi, on est un peu jaloux des bonnes chansons de l’autre.

Thierry : Oui, il y a une espèce de compétition très saine.

Lili : Toujours légère et rigolote.

Lili Cros et Thierry Chazelle, finalement, ça devient une entreprise familiale ?

Lili : On est très attaché à notre indépendance. Je m’occupe de trouver des concerts, Thierry s’occupe de tout ce qui est image et nous avons des collaborations ponctuelles avec des personnes qui nous correspondent et notre projet se développe petit à petit. Ça nous convient comme ça. On est ouvert à plein de choses qui pourraient se déclencher, mais on n’a ni un réseau, ni des moyens de major. Franchement, j’aime bien la tournure que ça prend, parce que ça se développe réellement. Tout vient à point… c’est ce que je ressens en tout cas.

Thierry : Dans le métier, il y a un certain nombre de croyances, dont celle qu’il faut taper un grand coup pour se faire remarquer, qu’il faut faire du battage. Des professionnels ont tenté de nous décourager en nous disant qu’on n’y arriverait jamais comme ça. On ne mène pas une carrière par petites touches, prétendent-ils. Nous, on est en train de comprendre que, si, ça peut fonctionner autrement.

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Une autre façon de fonctionner qui commence par la scène.

Lili : Oui, mais pas seulement. On a pu faire notre duo, parce qu’on s’est extrait de Paris, qu’on habite désormais en Bretagne, qu’on a trouvé une écoute.

Thierry : En effet, on a trouvé là-bas un collectif d’artistes qui s’est organisé pour tout l’aspect administratif et juridique. La réglementation administrative dans notre métier est très lourde, vous savez. Ça faisait longtemps que je voulais que les artistes se regroupent, il n’y a qu’en Bretagne que nous avons trouvé ça, pour l’instant. C’est un groupement d’employeurs naturels.

Pour en revenir à votre répertoire, j’aime beaucoup vos histoires personnelles parce qu’elles deviennent universelles. C’est poétique, ironique et même parfois, drôles.

Thierry : Avec la chanson Erotika, par exemple, j’ai vraiment eu un tournant dans ma vie musicale. J’avais toujours refusé l’humour dans la chanson. Pour moi, c’était quelque chose de sérieux, de profond, dans laquelle il fallait délivrer des messages. Et puis, dès que l’humour est arrivé dans mes chansons, ça a été comme une libération. Même aujourd’hui, je ne veux pas que ce soit des chansons de « grosses déconnes ». Je ne veux pas être estampillé « chanteur drôle ».

Lili : Tu es comme ça dans la vie. Tes chansons te ressemblent beaucoup. Dans la vie, tu es cassant, alors que moi, je plane à 10 000.

Thierry : Toi tu es très enthousiaste et très solaire et moi, je suis un peu plus, pas terre-à-terre, mais un peu plus négatif.

Vous avez des chansons très sarcastiques parfois, mais sans atteindre la méchanceté.

Thierry : Je veux rester dans une certaine observation, avec rien de gratuit pour amuser la galerie.

Vous n’écrivez pas ensemble, mais vous jetez un regard sur ce qu’écrit l’autre, j’imagine. Si Thierry va trop loin, Lili, vous lui dites ?

Lili : En général, c’est le contraire, je le pousse à aller encore plus loin.

Votre album est réalisé par un artiste que j’aime beaucoup, c’est Ignatus.

Thierry : Jérôme Rousseau, alias Ignatus,’est un garçon extraordinaire doublé d’un pédagogue exceptionnel. Il anime d’ailleurs des ateliers d’écriture qui sont courus dans toute la France. Quand Lili et moi on a commencé à travailler ensemble, évidemment, on a perdu le recul, donc on a eu besoin d’une tierce personne. Lui, il était capable de nous dire des choses franchement sur à la fois les textes, la musique, les arrangements, la façon d’enregistrer et sur l’équilibre général de l’album. Il a été d’une aide extraordinaire.

Vous aussi vous animez des ateliers d’écriture…

Thierry : On a une formule d’atelier qui permet à  une classe d’écrire une chanson en trois heures.

Lili : C’est un commando d’écriture ! Le résultat est toujours bien et même parfois extraordinaire. On ressent vraiment le besoin de transmettre notre savoir-faire. Moi, personnellement, ça me sert à me sentir utile. Ouvrir une petite fenêtre vers autre chose à certains élèves, ça peut ne pas être anodin.

Thierry : C’est vrai que pour les classes où il y a des élèves en difficulté par rapport au scolaire, on leur ouvre tout à coup la possibilité de réussir quelque chose au même titre que les élèves très adaptés.

Sur scène, y a-t-il des chansons qui captent l’attention plus que d’autres ?

Thierry : Oui, on a deux, trois chansons qui sont des rendez-vous avec le public. J’avoue, ce sont celles qui possèdent le plus d’humour. L’humour est la manière la plus commode de rentrer en communication avec le public, mais pas seulement, la poésie de Lili avec le grand lyrisme qu’elle a dans sa voix et l’engagement qu’elle a quand elle chante, c’est quelque chose qui sur scène est très impressionnante et à laquelle le public est aussi très réceptif. Je suis d’ailleurs toujours très fier, d’être celui qui est derrière à la guitare et qui accompagne cette chanteuse qui séduit la foule.

En concert, testez-vous les chansons ?

Thierry : Notre principe à nous, désormais, c’est de ne jamais enregistrer une chanson sans l’avoir testé en public. On s’est rendu compte que la chanson se transformait au contact du public. C’est là qu’elle trouve son corps, sa vitesse, son intensité, donc sa force.

Chantez-vous dans vos concerts d’anciennes chansons de vos répertoires respectifs ?

Lili : Oui, mais on les a réorchestré pour le duo. On chante l’intégralité de notre album commun et un « mix » de nos albums personnels.

Tendresse, humour, nostalgie et beaucoup de sensualité… ça résume bien votre œuvre ?

Lili : On est un couple, vous savez. C’est la vie. C’est marrant d’être un couple et de chanter des chansons un peu personnelles sur notre couple… mais, je suis sûre qu’on peut aller encore plus loin.

Thierry : Il n’y a aucune censure sur ce que l’on écrit sur notre couple.

Justement, quand on est mari et femme, est-ce toujours facile de travailler tout le temps ensemble ?  Principalement, quand vous êtes en froid dans votre couple, comme ça arrive à tout le monde…

Lili : D’abord, on s’engueule rarement. Par contre, il peut y avoir des tensions, où des moments où nous sommes plus distants l’un envers l’autre. Justement, la scène, c’est le moment où on oublie tout et où on se retrouve.

Thierry : La scène est même devenue un élément important de notre couple. On a aussi besoin de faire des concerts ensemble, c’est un lien supplémentaire.

Lili : On tombe souvent dans les bras après un concert. On est tellement heureux dans ces moments-là. On vit un rêve éveillé par rapport à nos vies d’avant. Partager la scène avec la personne qu’on aime, c’est formidable, mais aussi, on rêvait d’avoir quelque chose qui fonctionne vraiment… et ce spectacle tourne vraiment bien. On a un spectacle, on a un album, on a une vie artistique en commun… c’est magique !

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