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18 mars 2020

Tristen : interview pour Les identités remarquables

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(Photo : Jérémy Chaussignand)

Représentant encore trop méconnu d’une chanson française indie pop très actuelle, à la limite d’une variété française aux atours électro et rock, Tristen confirme avec ce 4e album, Les identités remarquables, tout son talent et son potentiel.

Cet album  a été réalisé, enregistré et mixé par lui-même au Studio Harmonium Sauvage. Pour les arrangements, il s’est attribué l’aide de Romain Delorme.

Cette rencontre avec Tristen (déjà mandorisé-là) permet d’en savoir un peu plus sur cet artiste et sur ce brillant album. Pour être tout à fait honnête, j’ai complété certaines réponses sur ses chansons avec des propos qu’il a tenus sur sa page Facebook officielle. Evidemment, avec son accord.

Son site officiel.

Pour écouter l’album.

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Romain Delorme et Tristen (Photo : Jérémy Chaussignand)

Biographie officielle :

Après une décade à œuvrer sur la scène indie rock parisienne comme batteur ou bassiste, Sébastien Pasquet a peu à peu développé son propre universde chansons comme auteur compositeur interprète sous le pseudonyme de Tristen.

Il s’est fait connaitre avec 3 albums parus chez Volvox Music ou La Souterraine, grâce notamment à des mises en avant sur France Inter, FIP, France 2 et Libération, et surtout en accédant aux finales du Prix Moustaki 2014 et du Prix Desinvolt 2015.

C’est à Montpellier où il vit désormais que Tristen a réalisé son 4ème album intitulé Les Identités Remarquables (sortie le 24 janvier 2020 chez Bambino Musique / Inouie Distribution), dans lequel il célèbre le mariage aventureux de la pop indie et de la chanson française chère à son cœur.

tristen,les identités remarquables,interviews,mandorLe disque :

Dans cet album aux tonalités claires obscures, Tristen affirme avec force son goût pour la contemplation et se délecte du simple plaisir du mot en bouche. L’album est tout de même parsemé d’éclats pop : le duo avec La Féline, « Heureux les simples d’esprit », le duo avec sa femme Bénédicte, « Orion va-t-en-guerre », ou encore « A la face du monde ».

Comme pour ses précédents albums, les influences de Tristen sont multiples, puisées dans ses amitiés montpelliéraines (la liberté de Iaross, la flamboyance de Volin, la délicatesse de Fälk), aussi bien que dans la folie douce et l'emphase d’artistes québécois francophones tels Avec Pas d'Casque et Louis-Jean Cormier. Bien sûr, dans les hérauts de la nouvelle scène française aussi (Bastien Lallemant, Bertrand Belin, Albin de la Simone, Arman Melies, Olivier Marguerit). Avec toujours, dans un coin de la tête, le lyrisme sincère et touchant de Véronique Sanson.

Ce qu’ils en pensent :

«TRISTEN promène ses élégances à la Dominique A, Frédéric Lo ou Bertrand Belin. Remarquable » MAGIC RPM

«Une alliance parfaite entre indie pop et chanson française » LONGUEUR D'ONDES
«Tout en sensualité, nous rappelant Gainsbourg. Un album de toute beauté » FRANCOFANS
«Une voix attachante, des mélodies, des textes originaux » NOS ENCHANTEURS
« Très élégant » POP NEWS
« TRISTEN s'approche ici de l'excellence. Un disque fascinant » INDIE POP ROCK
«Remarquable du début à la fin » FROGGY DELIGHT
«La beauté de cet album vient de cette façon de s’approprier la musique, de l’accorder avec des mots » HEBDOBLOG

Interview :

Tu as presque tout fait dans cet album. Tu es guitariste, bassiste, batteur, pianiste…

Oui, mais Romain Delorme m’a beaucoup aidé. C’est un musicien important dans la scène de Montpellier, car il joue dans tous les groupes d’indie pop majeurs, dont dans un de mes groupes préférés, Volin. Il joue avec moi sur scène et sur le disque. Il m’a aidé sur des arrangements et a enregistré de la basse, de la contrebasse et du synthé. Il m’a un peu éloigné de ma zone de confort, car j’avais tendance à tout faire en milieu fermé, de la composition, à l’écriture jusqu’à l’enregistrement. Romain m’a ouvert un peu plus l’esprit et donné de l’oxygène. Pour ce disque, je ne veux pas oublier les participations précieuses sur certains titres de Gilles Yvanez à la guitare, Nicolas Larossi au violoncelle et Guillaume Gardey de Soos au bugle (instrument de musique de la famille des cuivres, plus exactement des saxhorns mis au point par Adolphe Sax au XIXe siècle). 

Ton album est plutôt sombre… à l’image de ce qu’il y a dans ta tête ?

Très certainement. Dans la vie, je suis quelqu’un de souriant et de jovial, mais dans la musique, je dois remuer le noir qui est en moi. Cela dit, si cet album n’est pas jovial, il n’est pas noir foncé. Les thèmes évoqués sont de l’ordre du contemplatif. Ce que je raconte n’est ni noir, ni blanc. Je suis posé et je regarde ce qu’il y a en moi, autour de moi… et je l’écris.

C’est particulièrement le cas dans « A la face du monde ».

Autant le dire, les paroles ont été écrites par un jeu d'associations libres que Lacan n’aurait pas renié. De ce point de départ formel se dégage en fait une description toute personnelle du monde qui m’entoure et qui m’interroge...comme nous tous à quelque degré que ce soit!

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Romain Delorme et Tristen (Photo : Jérémy Chaussignand)

Ton écriture a évolué je trouve. Elle est devenue à la fois poétique et surréaliste.

Sur ce 4e album, j’ai tout écrit alors qu’auparavant on m’aidait beaucoup. On me donnait des bribes de textes, je construisais là-dessus ou au contraire, je donnais quelques mots et on construisait un texte pour moi. Peut-être que je ne savais pas ce que je voulais… Dans Les identités remarquables, en tout cas, j’assume tout, ce qui donne une certaine cohérence.

Le fait d’écrire toi-même désormais, est-ce pour gagner un peu plus en légitimité ?

Non, c’est par envie, besoin et nécessité.

Ce disque est-il l'aboutissement de ce que tu voulais faire dans la musique ?

Il me semble avoir eu la bonne cohésion entre la musique et le texte. C’est conforme à ce que j’avais en tête.

Il y a trois duos avec ta femme Bénédicte. Symboliquement, ça représentait quelque chose de chanter avec ta femme ?

Il lui est arrivée de m’accompagner sur scène, mais depuis que nous sommes revenus à Montpellier, nous avons eu un deuxième enfant et ça devenait compliqué d’être tous les deux en concert, du coup, on a matérialisé notre envie de chanter ensemble dans des duos sur le disque.

Clip de "Heureux les simples d'esprit" feat. La Féline.

Il y a aussi un duo avec la chanteuse philosophe Agnès Gayraud, alias La Féline.

Lors de l'écriture d' « Heureux les simples d’esprit », j’ai tout de suite pensé à elle quand la mélodie est arrivée. Je lui ai demandé si elle voulait bien chanter avec moi et elle a accepté. C’est aussi simple que cela.

Elle te connaissait ?

Oui, c’est pour cela que j’ai osé lui demander. Je savais qu’elle appréciait ce que je faisais auparavant. Pendant mes 13 ans à Paris, nous nous étions déjà rencontrés. Je suis un grand fan de ce qu’elle fait depuis le début. Je trouve qu’il n’y a aucune faute dans sa discographie.

« Heureux les simples d’esprit » renvoie au message christique de l’évangile selon Mathieu : « heureux les pauvres en esprit ».

Je n’ai jamais lu cet évangile et étant totalement athée, il m’est impossible de te dire ni même de comprendre pourquoi il y a tant de références religieuses dans ce que j’écris. Comme souvent dans les chansons de cet album, le texte est parti de la description d’une sensation interne “je me tenais loin devant, là où l’orage s’est levé”. Puis je me suis laissé embarquer dans une histoire qui évoque un être simple d’esprit, à qui l’on a dit de ne pas se tenir sous les arbres un soir d’orage, pour éviter la foudre, mais qui le fait quand même...la foudre tombe et lui fait changer ses perceptions internes. C’est presque une expérience surréaliste en fait.

Live à la maison de "L'Alpha et l'Omega". TRISTEN : chant et guitare. Romain DELORME : tom et choeurs. Colin VINCENT : piano et chœurs. Bénédicte PASQUET : chœurs. Captation réalisée le 13/04/19 à Montpellier par Jérémy Chaussignand.

« L’Alpha et l’Omega », là encore référence religieuse. Cela symbolise l'éternité du Christ comme commencement et fin de tout. 

C’est bel et bien avec cet état d’esprit holistique que j’ai écrit la chanson. Je me souviens avoir commencé soft dans l’écriture “Donnez-moi le visage de la félicité. Je veux être un mirage qui guidera vos pas”, puis avoir peu à peu glissé dans la peau d’un prédicateur fou, avoir lâché les chevaux et avoir aimé ça! Un conseil, ne votez jamais pour moi... La fin de la chanson est amère ou apocalyptique, c’est selon.

Dans « Orion va-t-en guerre », avec ta femme, tu évoques la communication au sein d’un couple…

Impossible de dire pourquoi j’ai choisi ce titre, il m’est venu directement en composant le thème au piano. J’ai enchaîné ensuite sur des paroles en utilisant le gimmick “on s’était dit” et j’ai développé cette histoire de couple qui cherche à se comprendre et se parle sur fond de mélancolie astrale, pour finir par fusionner avec le soleil. Il s’agit d’un voyage interstellaire vers un monde perdu. Les impossibilités voire les absurdités matérielles évoquées dans la chanson collent parfaitement à ma nature mélancolique, qui se décline dans tout l'album.

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Clip de "Orion va-t-en guerre" feat. Bénédicte Pasquet.

Il y a une reprise de la chanson de Desireless, « Voyage voyage » ».

Comme celles du groupe Abba, c’est le genre de chansons que j’écoutais enfant et qui ont laissé une empreinte mélancolique incroyable en moi.

Dans « Contemplations II », tu évoques les feux follets. Pourquoi as-tu choisi de parler de ces petites manifestations naturelles que l’on peut apercevoir au-dessus des étangs ?

Bien qu’ils soient juste le fruit d’une rencontre éphémère de phosphore et de méthane et donc complètement dépourvus de vie, on pourrait presque croire qu’ils sont animés d’intentions, celle de danser notamment. Parler de l’éphémère, de l'inutile, c’est ce que j’ai aimé faire tout au long de cet album.

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Tristen en live.

Dans « Les bougeons de fer », tu parles des villes d’aujourd’hui ?

C’est en revoyant avec mes enfants certains épisodes des Barbapapas que j’ai commencé à écrire ce texte en alexandrins, en résonance avec l’écologisme naïf et manichéen mais si charmant de ce dessin animé des années 70. Il s’agit d’une description poétique de friches urbaines que je trouve à la fois d’une grande laideur et extrêmement fascinantes. Les utopistes des villes nouvelles des années 70 pourraient presque reprendre à leur compte quelques vers de la chanson, si elle n’évoquait pas tant une envie de nature et d’animalité…

C’est une curieuse chanson dans laquelle il y a trois parties musicales.

Le début est un hommage assumé à l’album Third de Portishead. On s’est amusé avec Romain Delorme sur la partie centrale de la chanson, à expérimenter sur nos claviers. Il a improvisé sur un Farfisa une partie floydesque bien acide à la Rick Wright pendant que je tripotais un autre synthé balancé dans du délai. Une seule prise a été faite, et c’est celle qui a été conservée dans la chanson ! Moment magique et garanti sans drogue, car nous sommes des gens comme il faut, mais l’esprit du LSD était bel et bien là je crois. La dernière partie est un moment tripatif, que nous adorons jouer sur scène d’ailleurs. On a commencé par les Barbapapas, on termine par évoquer le LSD, c’est bon on est raccord !

Live à la maison de "Contemplations 1". TRISTEN : chant et guitare. Romain DELORME : contrebasse et chœurs. Gilles YVANEZ : guitare. Guillaume GARDEY DE SOOS : bugle. Captation réalisée le 24/05/19 à Montpellier par Colin VINCENT

Dans « Je suis une  île », tu  évoques un homme et ses envies de sexe. 

Le sexe est un thème qui m’est cher. La chanson évoque donc l’histoire d’un garçon (moi) seul sur une île...enfin pas si seul que ça : des créatures viennent à lui. La suite orgiaque va se révéler être finalement une hallucination...

L’eau est pas mal présente dans ton disque. C’est le cas aussi dans « Le pavillon noir ».

Le court récit “Requin” de Bertrand Belin a été à l’origine de cette chanson. Il y parle de quelqu’un qui se noie et tout le livre est l’histoire de ce moment où l’on voit passer sa vie devant soi. Dans ma chanson, j’ai voulu décrire toutes les perceptions ressenties, sans évoquer aucune des sensations sordides que l’on doit avoir en de tels instants. En fait cette chanson ne parle pas tant de mort que de laisser aller, de mélancolie, d’enfance perdue, celle où l’on jouait aux pirates et aux corsaires (d'où le pavillon noir).

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Pendant l'interview...

Ton disque s’intitule Les identités remarquables. En tant qu’ancien prof de math, c’est une coïncidence ?

En math, les identités remarquables servent en général à accélérer les calculs, à simplifier certaines écritures, à factoriser ou à développer des expressions. Ce sont des petits outils que l’on apprend en 4e ou 5e. J’aime bien la notion d’apprendre des choses à l’école qui, ponctuellement, semblent importantes, alors que dans la vie, on n’en a pas vraiment l’utilité. Les gens en tirent la conclusion erronée qu’apprendre ce genre de choses ne sert à rien. Mais en fait, ces petites connaissances laissent des traces dans le cerveau et le façonnent. L’éducation ne laisse pas toujours des choses concrètes, mais la trace des choses. Pour moi, les mathématiques, c’est la liberté de se tromper, la liberté de créer. Léopold Sédar Senghor disait que « les mathématiques sont la poésie des sciences ». Il y a un aspect poétique et créatif dans les mathématiques dont je me sers tous les jours pour écrire des chansons.

Mais pourquoi ce titre ?

Parce que je suis aussi très fan d’un album de Marie Modiano, en 2013, Espérance Mathématique. C’est une sorte d’hommage.

As-tu déjà songé à arrêter de faire des disques ?

Nous sommes nombreux dans ce positionnement-là. Nous faisons beaucoup d’efforts financiers et temporels et ils ne sont pas toujours récompensés. La vie de famille aussi est parfois un peu sacrifiée. Alors, oui, personnellement, parfois je me dis que je vais arrêter à me donner tout ce mal. Par contre, arrêter de faire de la musique, c’est hors de question ! J’ai besoin de ça pour m’exprimer. Je sais que je continuerais toujours à faire des chansons dans mon home studio.

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Après l'interview.