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30 janvier 2018

Laurent Fialaix : interview pour Toutes griffes dedans

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(Photo : Anne Kurenai)

Le journaliste et auteur Laurent Fialaix sort un livre particulièrement prenant tiré d’une histoire vraie (mais un peu transformée, sinon, quelle serait l’utilité d’être écrivain ?) Toutes griffes dedans se lit d’une traite. Comme le dit une lectrice sur Amazon : « Une sorte de schizophrénie, de folie harceleur-harcelé, amour-violence, admiration-haine... » C’est en tout cas un thriller psychologique percutant !

J’ai rencontré Laurent Fialaix lors d’un de ses récents passages à Paris  au début du  mois de janvier 2018.

laurent fialaix, toutes griffes dedans, interview, mandorPrésentation de l'éditeur :

Il s'appelle Laurent. Il est journaliste indépendant dans une petite ville perdue. Laurent se sent seul. Il travaille peu. Alors, pour combler sa solitude, il se plonge dans les livres. C'est qu'il aime les auteurs, Laurent. Passionnément. Il leur écrit souvent. Pour leur dire son admiration, tenter un dialogue. Rarement ils répondent. Il s'est fait une raison... 
Jusqu'au jour où il découvre le livre de Ronan Fardeze. Un récit fait d'amour et de mort qui le bouleverse, et dans lequel il trouve un peu de sa vie, ses combats, beaucoup de ses douleurs passées. Dans les mots du romancier, Laurent se voit en transparence. Cette fois, il en est sûr : l'écrivain et lui pourront s'aider, se comprendre, devenir proches. Ils ont rendez-vous, comment en douter ? Reste à le faire savoir à celui qu'il attend... Téléphone, SMS, réseaux sociaux... Laurent est prêt à tout pour attirer Fardeze jusqu'à lui. Y compris à s'arranger avec ses vérités...

"Toutes Griffes Dedans" est le roman noir d'une folie qui rampe et qui explose. Celle d'un obsessionnel chez qui la schizophrénie trouve son écrin. Ce roman (librement adapté d'une histoire vraie) retrace le parcours d'un homme désespéré, brisé par ses différences et par une enfance faite de rejets et de drames. Un homme dont on ne saura jamais si on doit le plaindre ou bien le détester...laurent fialaix, toutes griffes dedans, interview, mandor

L’auteur :

Laurent Fialaix est auteur et journaliste. Le très autobiographique Nos Bonheurs Fragiles, est paru aux éditions Léo Scheer en 2009. Entre récit autobiographique et fiction, ce livre traite notamment des thèmes du deuil et de la reconstruction, d’amour, de solitude, d’abandon et de différences, le tout dans une quête perpétuelle du bonheur. Malgré tout.  Il reçut à l’époque un très bel accueil public et critique. Toutes Griffes Dedans est son deuxième roman. Dans l'ombre il écrit aussi pour d'autres, et co-signe parfois quelques autobiographies ou documents.
Après quelques 25 années passées à Paris et quatre en Provence (mais n'en parlons plus!), il est de retour dans sa ville d’origine, Auxerre. Jamais loin de Paris...

laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorInterview :

Toutes griffes dedans à une résonance avec Nos bonheurs fragiles.

Quelques mois après la parution de mon premier livre, j’ai été contacté par mail par quelqu’un qui me tutoie d’emblée. Il me dit le plus grand bien de mon livre et me donne son numéro comme si nous étions amis de longue date. Il s’exprimait vraiment de manière à me faire croire que nous étions intimes. Moi, je me demandais quelle était cette personne. Elle avait un prénom mixte, je ne savais donc même pas si c’était un homme ou une femme. J’ai fait une petite enquête sans succès. J’ai donc appelé de mon bureau avec un numéro masqué pour savoir si je reconnaissais sa voix. Je pensais que j’allais tomber sur son répondeur, or, je suis tombé sur lui, alors j’ai raccroché.

Que s’est-il passé après ?

Tout de suite après, il a rappelé, ça voulait dire qu’il avait mon numéro au bureau. Je ne connaissais pas cette personne, c’était maintenant clair. Il s’en est suivi trois semaines de harcèlement étouffant intense. Ça m’a fait très peur, je devenais parano. Je sortais dans la rue, j’avais peur de le rencontrer, je faisais une séance de dédicace, j’avais peur qu’il débarque… Je te passe les détails, mais j’en ai fait ce livre. C’est expiatoire.

Ce qui est intéressant, c’est que dans ton livre, le narrateur est celui qui harcèle l’écrivain.

J’ai voulu jouer en me mettant à sa place. J’ai fait exprès d’appeler le harceleur par mon prénom et j’en ai fait un journaliste pour que l’on pense que c’est moi. J’aime créer la confusion.

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(Photo : Anne Kurenai)

Tu démontres bien qu’un « fan » peut très vite se transformer en un ennemi farouche s’il est déçu par laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorcelui qu’il admire.

C’est un grand classique. Mais ce genre de personne est généralement quelqu’un qui est seul, différent, schizophrène ou bipolaire. C’est toujours quelqu’un dont la différence est trop lourde à porter. Il comble ce vide abyssal par le harcèlement qui confine à la folie. Quelque part, il n’est pas fautif de ses actes. Je comprends que l’on puisse prendre le Laurent de mon livre en sympathie. A ce  propos, le retour des lecteurs est étonnant. Beaucoup l’apprécient, les autres le détestent, il ne laisse personne indifférent. Ça me plait bien qu’il soit perçu différemment.

En vrai, tu sais qui t’a harcelé ?

Oui, parce qu’un jour, il m’a envoyé une carte de visite à son nom. Et  puis il m’envoyait des messages avec sa vraie boite mail. Avec Google, c’est très simple de retrouver quelqu’un.

La scène où  il t’appelle alors qu’il fait l’amour à un homme, c’est arrivé ?

Oui. Je  sortais d’une séance de cinéma. Je rallume le portable et j’entends un message très explicite. C’était comme si j’assistais à un film porno, mais sur mon répondeur.

Tu as gardé tous ses messages ?

Oui, au cas où ça dégénère. Pour le livre, j’ai inventé des histoires autour de ces messages

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(Photo : Anne Kurenai)

laurent fialaix,toutes griffes dedans,interview,mandorLes réseaux sociaux ont une part importante dans ton livre.

Ca a changé la société et le rapport aux autres. Ca a cassé la distance entre l’artiste et le fan. Je trouvais que ce moyen très simple pour approcher n’importe qui était intéressant à aborder. Il n’y a plus d’armure.

Il  y a de toi dans les deux personnages, le harceleur et le harcelé ?

Oui, j’avoue, le harceleur aussi parfois me ressemble. J’ai relu une partie du livre dans le train et c’est ce que je me suis dit. Pas dans le harcèlement, mais dans certains traits de caractère et dans sa sensibilité. Dans tous les romans qu’un écrivain écrit, il met de lui.

Ça t’a replongé dans cette histoire d’écrire ce livre ?

Oui, mais avec une certaine distance. La peur a complètement disparu. Du temps est passé.

Tu es journaliste et tu es devenu écrivain.  C‘est quoi le cheminement ?

J’ai toujours voulu être auteur. Depuis tout petit j’écris. J’étais mauvais, mais j’avais besoin de m’exprimer par ce biais-là. C’était une nécessité. J’ai traversé quelques épreuves que j’ai racontées dans Nos bonheurs fragiles et ça m’a fait du bien de les raconter dans un livre. C’est une forme de thérapie.

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Après l'interview, un soir de janvier 2018...