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07 juin 2016

Alors Chante! 30e édition (quatrième et dernière partie) : Yves Jamait et Tony Melvil

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(Photo : MaxPPP)

alors chante! 30e édition, interview, bilan, yves jamait, tony melvil, mandorDernière partie de ma vision de cette édition 2016 d’Alors Chante ! à Castelsarrasin. Sur ce blog, vous le savez, je raconte les festivals à travers ce que je vis et les rencontres que j’y fais.

Pour lire de vrais comptes rendus, je vous propose de nouveau de lire ces liens :

Les points de vue de Patrice Demailly pour RFI Musique (ici), Yannick Delneste pour Sud Ouest (,  et ), Benjamin Valentie pour FrancoFans (ici).

L’après-midi commence (comme de coutume) avec les artistes « découvertes », en l’occurrence, ce jour-là, le groupe La Goutte (mandorisé là) qui offre de belles chansons sociétales de facture traditionnelles, Denis K, chanteur rock’n’romantique qui propose des chansons d’amour (un peu trop bluettes pour moi) et Tony Melvil (mandorisé ici), artiste iconoclaste aussi touchant que cynique. Il a interprété une bonne partie de son troisième et nouvel EP, Plein jour, sorti chez AT(h)ome. Sept titres enthousiasmants qui regorgent d’énergie et d’humour décalé, plus visible sur scène que sur disque.

A l’issue de ces prestations, les membres du jury d’Alors Chante ! se sont réunis pour décerner les différents « Bravos ». Voici quelques photos des délibérations.

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Parfois, les débats continuent après les délibérations. Ici, Corinne Labat, la présidente du Pic d’Or en pleine conversation avec Philippe Albaret, le directeur du Studio des Variétés.

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Une heure plus tard, tout le monde est réuni sous le chapiteau pour la proclamation des résultats. 

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Et le résultat est :

Bravos du Public : Gatshens
Prix des CCAS : 
NORD
Bravos des professionnels : 
Tony Melvil

Les remerciements de Tony Melvil ravi d’avoir remporté le prix du jury (fort mérité).

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J’ai interviewé cet artiste quelques jours après Alors Chante !, le 13 mai dernier, quelques heures avant son passage au Limonaire.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

J’ai suivi ta prestation à Alors Chante ! avec pas mal de journalistes et tu nous as bluffés. Tu as un énorme potentiel. Par contre, tout le monde s’accorde à dire que ton EP ne transmet pas l’énergie que tu as sur scène et ton côté pince sans rire.

Ce n’est pas agréable à entendre parce que lorsqu’on fait un disque on fait en sorte qu’il soit le mieux possible. Mais je comprends ce que tu me dis. J’ai conscience, par exemple, d’avoir du mal à reproduire mon côté humour noir, ironique.

De manière générale, je crois qu’on ne peut pas retranscrire sur disque ce que l’on fait sur scène. C’est presque une lapalissade ce que je dis là.

Il y a pourtant des gens pour lesquels c’est l’inverse. Il est difficile d’être bon dans les deux cas. Comme je ne suisalors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor pas un grand chanteur à voix, c’est compliqué d’atteindre le même niveau sur disque que sur scène. La scène, je maîtrise depuis longtemps et j’ai tendance à être porté par pas mal de paramètres, parmi lesquels le public et l’ambiance. En concert, je suis tranchant, cohérent et je ne fais aucun compromis. En tout cas, en faisant abstraction de mon cas personnel, je trouve ça dingue que les mêmes chansons sur disque ou sur scène ne procurent pas les mêmes sensations. Ce sont des phénomènes psycho-acoustiques que je ne m’explique pas.

Tu bosses sur un premier album actuellement ?

Oui, du coup, avec ce que tu me dis, je ne sais pas trop comment faire pour éviter cette embûche-là. Il va falloir que je fasse tout pour me libérer. C’est une histoire de confiance en moi et le prix que j’ai reçu à Alors Chante ! est hyper important pour cela. Je me dis que je ne suis pas là par hasard et qu’il y a une possibilité que cela dure.

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Tu es le premier primé de la nouvelle version d’Alors Chante !

C’est amusant parce que Thibault Defever (Presque Oui, mandorisé là) avec lequel je travaille depuis le début et qui m’a pris sous son aile, a gagné le même prix en 2008 je crois. J’aime ce genre de symbole.

As-tu eu des répercussions immédiates après le prix ?

Oui, quelques programmateurs m’ont appelé. Il y a des dates qui sont en train de se caler pour la saison prochaine. Ca remotive toute mon équipe. C’est compliqué les projets au long cours. Mes musiciens, mon manager, ma maison de disque ont besoin de récompenses de cette nature. Ça rassure tout le monde.

C’est quoi, pour toi, une bonne chanson?

Je ne connais malheureusement pas la recette précise (rire). Pour moi, c’est quand je parviens à dire des choses sans être trop pesant sur des thèmes qui peuvent être lourds.

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorTu fais des spectacles jeunes publics (« Quand je serai petit » avec Usmar). Ça t’apporte beaucoup ?

Je me sens bien dans cette mission-là. Le jeune public est franc et tu ne peux pas les gruger avec des artifices. Si tes chansons ne leur plait pas, en trente secondes ils ne t’écoutent plus. On est dans une situation de vérité.

Comment aimerais-tu qu’évolue ta carrière ?

Artistiquement, il faut que je sois vraiment bon. Je veux aller vers des projets de qualité et essayer d’être accepté par tous les publics, même les plus exigeants. Honnêtement, je n’en ai rien à branler de la notoriété, mais je ne fais pas ce métier pour rester dans ma chambre. Je demande juste qu’on me donne les moyens de continuer à jouer sur scène dans des conditions honorables.

Sur scène, tu t’es créé un personnage. Peux-tu nous le décrire ?

J’ai grossi le trait de mon caractère, de mon tempérament. Il y a des trucs punk en moi que je ne montre pas et que je n’ai pas besoin de livrer dans la vie courante puisque je la livre sur scène… c’est aussi une libération pour moi.

A chacune de tes entrées sur scène, je me dis qu’il faut oser faire ce que tu fais.

Il faut le comprendre comme un questionnement : « qu’est-ce que mon rapport au monde ? » Je me sens désarmé, parfois agressif par rapport à la société et au monde que l’on nous propose, alors je dis : « n’attendez-pas de recevoir de ma part ce que vous attendez de moi ! ». Je laisse beaucoup de silence, c’est très désarçonnant parce que normalement, je devrais plutôt occuper l’espace. Le rien que je propose a une signification forte. Ça me fait du bien de sortir tout ce que j’ai en moi sur scène.

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Après la proclamation des résultats, la présidente de Chants Libres, Dominique Janin, a réuni quelques journalistes pour une mini conférence de presse bilan.

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« Dans les conditions où nous l'avons conçue et mise en place, c'est une magnifique édition. Une page est tournée, nous sommes aujourd'hui à Castelsarrasin, accueillie par une ville qui a mis tout en œuvre pour faire renaître le festival. Nous avons bien sûr des ajustements à faire, des enseignements à tirer mais la dynamique est là. Faire vivre Alors chante! dans les salles et chapiteaux mais aussi dans la ville: c'est le défi désormais à relever, après cette édition d'installation" dixit Dominique Janin.

Quelques chiffres :

En tout, 5200 spectateurs, avec des concerts jeune public à succès (1000 personnes dont 500 scolaires) chaque matin.

Dans la salle Jean-Moulin, 800 personnes à Pierre Perret, même affluence pour Vianney  (mandorisé là) et Thomas Dutronc. A la soirée Thiéfaine, on a relevé 600 personnes. Le soir sous le chapiteau, la soirée La Belle Bleue, Chloé Lacan (mandorisé ici) et Yves Jamait n’a pas dépassé 300 personnes. Les quatre après-midis "Découvertes" ont rassemblé à chaque fois une centaine de spectateurs, professionnels et grand public réunis.

En fin d’après-midi, je suis allé à la rencontre d’Yves Jamait (mandorisé là)

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Yves Jamait et un de ses musiciens (échange de couvre-chef). 

alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorInterview :

Alors, ravi de retrouver ce festival ?

J’aime bien l’idée que l’on reprenne ce cépage. Pour moi Alors Chante ! est un cépage. Maintenant, il s’agit de le planter où il faut pour avoir un même bon vin. Ce sera différent, mais il va falloir accepter cette différence. Ce cépage, cela aurait été dommage qu’il crève et qu’on l’oublie. Je n’ai pas du tout envie de comparer avec l’ancien festival, c’est juste une continuité.

Symboliquement, c’était important que vous soyez là pour le retour de ce festival ?

Je suis déjà venu l’année dernière quand ils ont fait la soirée de présentation. Je défends la chanson qu’ils défendent, alors, je me sens bien ici. Être là, c’est une forme de militantisme, mais c’est surtout beaucoup de joie et de plaisir.

A part de la chanson française, vous écoutez quoi comme musique ?alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandor

Je ne peux donc pas vous dire que j’écoute pas mal Babx et son Cristal automatique, alors (rire). Sinon, hors hexagone, j’écoute beaucoup Paolo Conte. Je ne suis pas trop anglo-saxon. C’est une histoire de sonorité de langue. J’en ai tellement qui  m’arrive spontanément que je n’ai pas envie de chercher de ce côté-là.  Mais, bon, il m’arrive d’écouter JJ Cale, Léonard Cohen ou Tom Waits. Je ne suis pas très Beatles par exemple. C’est joli, mignon, mais ça ne me touche pas. Je me suis aperçu que ce qui me procurait le plus d’émotion, c’était des chansons françaises.

Vous êtes dans la case « chanson française traditionnelle ». Trouvez-vous que cela est réducteur ?

J’ai une casquette irlandaise, mais j’ai le droit au nom de Gavroche à tire-larigot. Je souffre quand même d’un manque de culture de certains journalistes. Je suis en costume tout le temps, Gavroche alors chante! 30e édition,interview,bilan,yves jamait,tony melvil,mandorn’a jamais été en costume. J’ai 50 balais, Gavroche a donc pris un coup dans la gueule. On me dit que j’ai de la gouaille. Rien n’est plus faux. Il y a des observateurs de cette chanson qui la haïssent et qui, du coup, la travestissent. Si j’étais une autre personne et que je tombais sur un papier sur moi, je n’irais pas me voir. Je me dirais « ça y est, il va nous sortir sa sérénade sous Renaud ». Je suis victime de gros clichetons de bistrot. Il m’arrive de parler de bistrots dans mes chansons, mais j’ai la sensation d’avoir cherché ailleurs. Je trouve qu’on m’enferme dans une caricature dans laquelle je ne parviens pas à sortir. J’en ai marre que l’on dise de moi que je fais de la chanson néo réaliste tendance rock musette. Un peu d’imagination que diable !

En France, il est vrai que les étiquettes sont dures à décoller.

Ça reste. Mon disque a été passé à Didier Varrod à France Inter. Sans l’écouter, il a dit que ce n’était pas pour lui. Si je passais à l’electro, si je me mettais une plume dans le cul, beaucoup continueraient à ne pas le remarquer. Heureusement, mes salles sont pleines, j’ai fait 50 dates depuis le mois de novembre. Je ne fais pas de la chanson pour des gens de la culture tout comme les charcutiers ne font pas de la charcuterie pour les charcutiers. J’ai la chance d’avoir un public qui se retrouve dans une certaine universalité d’émotion que j’essaie de transmettre.

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Voilà, c'est fini.

Merci à Dominique Janin et tous les bénévoles de l'association Chants Libres pour l'organisation sans faille et pour l'accueil chaleureux. Merci à Danièle Molko et toute la sympathique équipe d'Abacaba et enfin merci à Patricia Teglia et Julie Papaye (Aoura, relations presse), les attachées de presse du festival, d'une redoutable efficacité.

A l'année prochaine?

20 avril 2014

Tony Melvil : interview pour l'EP La cavale

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« Tony Melvil est un mec paumé dans ce monde où tout va à toute vitesse, où chacun a ses certitudes, glisse ce dernier en décrivant son personnage. Il n'a pas forcément d'avis sur ce qui se passe autour de lui. Il se débat juste contre quelque chose qui l'agace sans trop savoir quoi, ni sans trouver de solution. » C’est ainsi qu’Étienne Villeminot présente Tony Melvil, le personnage qu’il s’est inventé et avec lequel il commence à petit bout de chemin fort honorable dans le petit monde de la chanson française.

Ce « pessimiste qui se soigne » épanche sur disque et sur scène son désarroi, à la recherche d'une identité qui sans cesse lui échappe. J’ai découvert cet artiste original et touchant grâce à son premier EP Tentative d'évasion. On y découvre un être torturé, mais surtout « à l'ouest » et décalé. Le voici qui revient avec un deuxième EP, encore plus abouti, La cavale (chez At(h)ome)

Je l’adore. Il fallait à tout prix que nous nous croisions. Notre rendez-vous n’a pas été simple à organiser, l’homme habite à Lille, mais Tony Melvil a fini par venir me voir à l’agence. C’était le 18 décembre 2013. J’attendais la sortie de ce deuxième disque pour publier enfin le fruit de notre entretien. Voilà qui est fait.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorBiographie officielle (mais écourtée) :

Né en 1982 à Dijon, Étienne Villeminot, démarre une carrière de musicien en 2002 dans différentes formations lilloises, notamment auprès du chanteur Lulu (mandorisé là) et du groupe de rue Tchobello. Violoniste classique de formation, il se met rapidement à la guitare et au chant et enchaîne de nombreuses expériences de spectacle dans lesquelles il est tour à tour violoniste, guitariste, comédien, choriste, compositeur, figurant, roadie, mais aussi chargé d’administration ou comptable.

En 2009, poussé par Thibaud Defever (Presque Oui) et Romain Delebarre (Delbi), il se lance en solo sous l’anagramme Tony Melvil et teste ses propres chansons sur scène. Repéré par Tour de Chauffe en 2010, puis par Domaine Musiques en 2011, il enregistre à l’automne 2011 Tentative d’évasion, premier EP 7 titres, arrangé et réalisé par Delbi.

Sorti en février 2012, « Tentative d’évasion » fait sortir Tony Melvil de l’anonymat, grâce à des chroniques élogieuses, notamment dans Télérama et Francofans, mais aussi grâce à des concerts de plus en plus nombreux.

En 2013, Tony Melvil se fait remarquer lors de plusieurs rendez-vous du réseau chanson tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandornational. Ainsi, il obtient des premiers prix lors des concours de la Manufacture Chanson à Paris, de l’AMJA à Angers, et enfin lors du Concours Jeunes Talents du Festival Jacques Brel de Vesoul. Dans le Nord-Pas-de-Calais, Tony Melvil est soutenu par le dispositif de la région « Résidence Musiques Actuelles » aux Arcades de Fâches-Thumesnil et par la Marmite.

Parallèlement, Tony Melvil développe son goût pour les mélanges et a monté en 2012 sa Compagnie Illimitée, dont le but est de créer des spectacles pluridisciplinaires à base de chansons. Son premier spectacle Quand je serai petit, destiné au jeune public, sera mis en scène par Marie Levavasseur (Cie Tourneboulé). Il s’agit d’un duo avec le musicien / producteur lillois Usmar, prévu pour l’automne 2014.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorArgumentaire de l’EP :

Deux ans après sa remarquée « Tentative d’évasion », Tony Melvil revient avec un nouvel EP intitulé La Cavale. La métaphore est filée, la quête de liberté affirmée. Le chanteur lillois ajoute ici au blues introspectif et rugueux du musicien/arrangeur Delbi la chaleur de son violon, baignant de lumière des textes souvent ombrageux. Mixé par Dominique Ledudal (Fersen, Higelin, JP Nataf, Les Innocents) au studio Garage à Paris, La Cavale assoit Tony Melvil et sa personnalité singulière dans le paysage musical français, un personnage aux multiples facettes ayant pour terrain de jeu le second degré et le non-dit.

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tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorInterview :

Quand as-tu décidé de faire de la chanson ton métier ?

Quand il a fallu se projeter professionnellement et qu’il a fallu que je me pose la question de ce que j’allais faire dans ma vie. Vers 22 ans. J’en ai aujourd’hui 31.

Au départ, tu as une formation de violon classique.

J’ai commencé à 4 ans et demi. Je suis issu d’une famille de musiciens amateurs. Mon père est organiste. La musique a toujours eu une place très centrale, mais jusqu’à Bach. Pas plus loin. On n’entendait jamais de la chanson, ni de la musique dite « moderne ».

Tu aimais la musique classique à cette époque ?

Je ne me posais pas la question. C’est à partir du moment où je suis devenu ado que j’ai découvert d’autres musiques. A 13 ans, j’ai écouté Brassens en boucle. Ça devenait tellement obsessionnel que j’ai inquiété mes parents. Ensuite, il y a eu Brel. Puis, j’ai beaucoup écouté des groupes comme Les Têtes Raides ou Noir Désir. Mon goût pour la chanson n’est pas arrivé par hasard...

Et les fondamentaux de la culture rock ?

Seulement à l’âge de 20 ans. Led Zep ou les Beatles, je savais qu’ils existaient, mais je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient. Je n’avais entendu que des brides de morceaux, mais j’ai découvert tout ça sérieusement sur le tard.

Les miroirs à l'envers - Clip officiel.

tony melvil,Étienne villeminot,la cavale,interview,mandorTu es un autodidacte. Un jour, tu as décidé d’acheter une guitare et d’apprendre seul.

J’ai utilisé la guitare comme un son d’accompagnement et c’est à ce moment que tout a démarré dans ma tête. A 18 ans, je me suis aperçu que j’avais goût à ça. Cinq ans plus tard, ça s’est mis en place.

Tu fais de la chanson française, mais pas si traditionnelle que ça. Tes textes sont très « pince-sans-rire ».

Ce qui m’amuse beaucoup, c’est le décalage. Tu peux tout traiter sans te prendre au sérieux et en restant très léger. A partir du moment où tu es dans le second, voire le troisième degré, tu peux finalement te permettre d’aller beaucoup plus dans le fond des choses.

Tu as beaucoup parlé d’enfermement dans ton premier EP. Dans le second, le thème central est plutôt la liberté, la tentative d’évasion, mais surtout les catastrophes.

Il y a deux chansons qui partent d’un paysage presque post apocalyptique et je m’interroge sur ce qu’il se passe après. On essaie de nettoyer, de faire table rase, mais il reste plein de résidus sous le tapis, derrière les cloisons et même sous la peau. C’est une métaphore sur la société. Ce sont des textes un peu noirs, mais qui se prêtent à une musique un peu plus mordante, un peu plus rock.

Pourtant, tes chansons me font sourire à chaque fois… surtout quand je te vois les interpréter sur scène. Ton attitude va à l’encontre de ce que tu racontes.

J’ai appris la technique du clown un peu moderne. Aujourd’hui, les clowns tristes et les clowns sérieux travaillent beaucoup plus sur le sourire que sur le rire. Moi je travaille sur une atmosphère toujours second degré, une atmosphère où ça peut déraper à chaque instant, chaque phrase.

Du coup, tout ce que tu dis peut-être pris à double sens.

J’aime bien que l’on m’attende quelque part et, soudain, surprendre en renversant la situation.

"Sans langue, sans visage" en live.

Il y a énormément de sorties françaises. Ce n’est pas un peu décourageant ?

Ce qui m’étonne, c’est le nombre de projets de qualité qui sortent. Je trouve épatant la qualité de visions professionnelles des artistes. Parfois, tant de talents, ça décourage, parfois, tu te dis que tu es costaud et que tu vas te battre pour réussir. C’est presque un combat contre soi-même tant c’est une question de motivation. Il faut que je trouve le courage de tenir le temps qu’il faut pour que mon projet continue à se développer. Trouver aussi les moyens de continuer à faire des disques, des concerts… c’est un combat permanent, mais un combat noble.

As-tu une date butoir pour être satisfait de ton sort ?

Je me dis toujours qu’à 35 ans, il faudra que je fasse le point. Ça me laisse encore près de quatre ans.

Tony Melvil est un personnage qui n’est pas tout à fait toi. Est-ce quelqu’un qui te permet de dire et faire des choses que tu ne ferais pas sous ta propre identité ?

Oui, je reviens au parallèle que je faisais avec les clowns d’aujourd’hui tout à l’heure. Tony Melvil, c’est un clown dans le sens de la définition qu’ils en font dans le cirque : sa propre facette, mais dans la maladresse. Je suis en caricature permanente et certains traits de ma personnalité sont gommés parce qu’ils n’ont pas d’intérêt à être mis en spectacle. Tout vient de soi dans le clown.

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Tony Melvil est-il un peu cynique ?

Prendre les choses avec une grosse louche et ne pas être que dans la subtilité, c’est intéressant. Quand on exagère le trait, ça peut très bien passer pour du cynisme. Le prisme de la scène incite à faire les choses en beaucoup plus grand.

Ta voix se libère dans ce deuxième EP, La Cavale.

En effet, je suis moins dans le raconté, moins dans le posé, plus dans le chanté.

Quels sont tes projets immédiats?

En parallèle du projet Tony Melvil, je m’intéresse beaucoup à la danse contemporaine, au théâtre, bref aux autres disciplines du spectacle vivant et à leur manière de travailler. Parfois, on doit aller très vite et on survole certains aspects. La lumière, la mise en scène, le décor… parce qu’on doit être sur des formes très simples et souples. J’ai donc monté une compagnie : La Compagnie Illimitée. Elle a pour vocation de partir de la base de la matière chanson et d’en faire des spectacles qui mélangent d’autres disciplines. Là, on s’est lancé dans un spectacle pour jeune public à partir de six ans, mais qui est avant tout un spectacle pour tous dans lequel il y a plusieurs degrés de lectures. Ça s’appelle « Quand je serai petit ». C’est le regard et l’interrogation d’hommes de trente ans sur leurs souvenirs d’enfance. Qu’aurait pensé l’enfant qu’on était à dix ans de ce qu’on est devenu,  jeune adulte ? Quel rapport a-t-on avec ça ? Est-ce qu’on réalise réellement nos rêves d’artistes ? On bosse beaucoup là-dessus. Les premières sont prévues en octobre 2014.

Les artistes, ne sont-ils pas de grands enfants ?

On grandit, mais on essaie de ne pas vieillir. C’est important d’arriver avec un regard neuf, sans certitude, sans règle, sans marche à suivre. Il faut garder son âme et son regard d’enfant et surtout… savoir se renouveler constamment.

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Tony Melvil et la chanteuse Dyne, mandorisée le même jour. Après les interviews, nous avons discuté chansons et musique.

10 juin 2013

Pic d'or 2013 : Bilan (1)... la finale en vidéo

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Le jury 2013, la directrice et la nounou des artistes...

389809_464222313646783_237346011_n.jpgL'édition 2013 du Pic d’Or  s’est tenue les 24 et 25 mai dernier au Théâtre de Nouveautés de Tarbes (Hautes-Pyrénées).

C’est la deuxième année que l’organisation du Pic d’Or me fait l’honneur de me demander de faire partie du jury de ce tremplin. J’avais accepté l’an dernier « pour voir », malgré les réticences énormes que j’avais à juger les artistes et, pour certains d'entre eux, les éliminer.

Être membre d’un jury, ce n’est évidemment pas que ça. Il s’agit surtout de mettre en avant et de récompenser ceux que nous estimons les plus méritants. Cette partie-là s’impose d’ailleurs moins à moi, je dois l’avouer.

Dans cette première chronique « bilan » et avant de publier celle des coulisses de ces trois jours formidables passées là-bas, je vous propose de voir les prestations des finalistes.

Force est de constater que le Pic d’Or est, depuis trois ans, un tremplin qui réunit une partie de la fine fleur de la scène française d’aujourd’hui. Je le disais déjà l’année dernière (c’est d’ailleurs ça qui est fou, un tel bis repetita), j’ai rarement vu sur une même scène, un plateau composé d’aussi talentueux artistes en devenir. Je ne dis pas ça en l’air. C’est la réalité des faits. A ce propos, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi le France 3 du coin ne couvre absolument pas l’évènement. Mystère et boule de gomme ! (Y a-t-il tant que cela des manifestations musicales de cette tenue dans la région. Très certainement (je ne vois que ça…).

Je remercie ici Corinne Labat (à l’énergie communicative), la présidente du Pic d’Or, ainsi que Florence Cortes, la nounou des artistes (et un peu celle du jury aussi) et tous les bénévoles (sympas et efficaces) de nous avoir tous accueillis admirablement et chaleureusement.

(Une pensée à Christian Garcia qui est à l'origine de mon entrée dans cette aventure. Je n’oublie pas.)

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(Photo : Nöt Pixbynot)

En tant que membre du jury, tout comme l'année dernière, je ne donne pas mon avis personnel sur les uns et sur les autres, mais j’ai évidemment mes préférences et mes évidences. Cela étant, vous lirez dans quelques futures chroniques des mandorisations de ceux qui ont eu ma faveur. (Je suis donc très hypocrite sur ce coup-là. Une fois n'est pas coutume.)

Des artistes, des organisateurs, des autres membres du jury (dont vous verrez les interviews à la fin de cette chronique), de l’ambiance générale, je parlerai dans ma prochaine chronique (avec photos et commentaires).

Pour toutes ces belles vidéos, un grand merci  et surtout un grand bravo à Pascale Sonneville Paugam et son mari (pour Via communication, une agence de communication multimédia créée depuis 8 ans sur Tarbes dont le cœur de métier est, justement, la production vidéo) !

Askehoug (mandorisé ici): Pic d'Or.

La remise du Pic d'Or à Askehoug.

Jesers (mandorisé là) : Pic d'argent.

La remise du Pic d'argent et du Prix du public à Jesers.

Leïla Ssina : Prix d'interprétation et prix de l'ACP Manufacture de la Chanson.

Remise du prix d'interprétation à Leïla Ssina.

Manon Tanguy (mandorisée ici) : Prix de la musique et prix de l'ACP Manufacture de la Chanson.

Remise du prix de la musique à Manon Tanguy.

Guillo : Prix du texte.

Remise du prix du texte (que je remets chaque année. Merci Corinne Labat et Stéphane Rigot) à Guillo.

Les autres finalistes non primés (mais qui aurait très largement pu l'être).

Simon Autain.

Tony Melvil.

Dyne.

Virgule (mandorisée ici).

Maeva.

Après les 10 finalistes, voici les interviews des 4 membres du jury "parisiens" par Pascale Sonneville Paugam.

Commençons avec le chef, le président Arnold Turboust (auteur, compositeur, interprète. On connait de lui le single "Adelaïde" en duo avec la comédienne Zabou et il est l'auteur des musiques de grands succès d'Etienne Daho tels que "La notte, la notte", "Tombé pour la France", "Pop satori", "Epaule tatoo", "Le grand sommeil" et "Pour nos vies martiennes"...)

Dans cette vidéo, beaucoup d'images des délibérations du jury...

Thierry Cadet, journaliste du site musical HorsCène, chanteur, animateur sur Télé Melody et co-créateur du Prix Georges Moustaki.

Jean-Charles Pasqualini, fondateur et rédacteur en chef de Platine et animateur sur Télé Mélody. Par ailleurs, il est régulièrement sollicité par les grandes chaînes de télévision pour des interviews (50 mn Inside, 100% Mag, Accès Privé, L’édition spéciale, Planète Music Mag…). Il a signé plusieurs livres sur la chanson et conçu plus d’une centaine de compilations et coffrets de Piaf à Sanson.

Et bibi, pour finir.