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19 novembre 2018

Thomas Cogny, Arthur Le Forestier et Bruno Guglielmi : interview pour l'album de STAFF

thomas cogny,bruno guglielmi

« STAFF, c’est la contraction d’Astaffort » explique le dossier de presse. « L’esprit et l’âme de ces rencontres entre créateurs de musiques actuelles, auteurs et compositeurs de chansons, imaginées et créées par Francis Cabrel (mandorisé là) et organisées par l’association Voix du Sud depuis 1994 (dont je parle en détail ici). Le génie de cette initiative : repérer, encourager les talents, et associer les forces d’auteurs compositeurs aux parcours différents. Les allier dans un seul but : provoquer de l’étincelle, de l’inspiration, et constituer un collectif autour de la création d’œuvres musicales. »

Pour la première fois, un album vient donc concrétiser les chansons produites par la parfaite harmonie de l’équipe formée pour les 45èmes rencontres parrainées par Julien Doré (mandorisé là) en septembre 2017. Thomas Cogny a assuré la cohésion musicale en arrangeant et réalisant l’album, secondé par Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier. J’ai rencontré ces trois artistes le 31 octobre dernier dans un café de la capitale.

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L'équipe de STAFF.

Qui est STAFF  (extrait de l’argumentaire de presse officiel)?

Qui sont ces 13 artistes qui composent le groupe ? Fidélité à l’esprit d’Astaffort, ils viennent des quatre coins de la francophonie et développent tous séparément un projet en tant qu’auteur, compositeur ou/et interprète. La plupart ne se connaissaient pas, certains si peu, et les voici réunis dans la même aventure, prêts pour dix jours d’odyssée enchantée : La franco-ontarienne Céleste Lévis, la diva pop Stellia Koumba d’origine gabonaise qui s’est fait remarquer par un spectacle dédié à Édith Piaf, la chanteuse et comédienne Aelle, les deux sœurs d’origine malgache Antsa & Mendrika, le belge Quentin Maquet leader du groupe de country folk Dalton Telegram, le guitariste Cheveu, l’auteur et multi-instrumentiste Bruno Guglielmi qui a notamment écrit plusieurs chansons pour Julien Clerc, le chanteur Arthur Le Forestier, le trublion de l’électro acoustique Ben Michel, le chanteur tarbais Baptiste Braman, le musicien pop à voix haut perchée Valentin, le très bashungien Grimme qui pour la première fois chante en français, et enfin le guitariste Thomas Cogny.

Staff.jpgLe disque (extrait de l’argumentaire de presse officiel) :

L’idéal de l’entreprise est respecté : chacun donne le meilleur de soi dans l’intérêt du collectif. Au gré des créations, les artistes se croisent, les sensibilités se frôlent et s’additionnent, des duos, des trios se composent, les forces se répondent et se multiplient. De ces alliances inédites naissent des textes et des musiques originaux qui ont pour dénominateur commun la joie de créer ensemble. Cette énergie et cet idéal se retrouvent dans les chansons :

Ce qui frappe à l’écoute de ces titres, c’est leur grande diversité et leur belle exigence. En confiance, chacun donne le meilleur de soi. C’est le message des deux chansons citées, mais on pourrait parler aussi de la pureté classique de Les coups de peinture, du surréaliste et trippant : « Victoria », du fédérateur à l’esthétique country : « Dans mes yeux », ou de la fausse légèreté réjouissante de ce constat improbable : « C’est l’heure où toutes les meufs appellent pour dire bonne nuit ». L’humour n’est jamais loin, la volonté de faire des chansons qui restent dans la tête – et dans le temps - omniprésente.

Le STAFF s’est mis au service des chansons, a bénéficié des conditions créées par Francis Cabrel et de la bienveillance experte de Julien Doré.

Un album à la fois éclectique et tenu par la force, la vitalité de faire de la musique ensemble.

Francis Cabrel explique le projet STAFF.

IMG_7206.JPGInterview :

Ce sont les Rencontres d’Astaffort qui vous ont réuni. Pourquoi avez-vous participé à ces « rencontres » ?

Bruno Guglielmi : C’est Anne-Claire Gaslene qui nous a proposé de vivre cette aventure.

Arthur Le Forestier : On me l’avait proposé une première fois quand j’avais 20 ans, mais je ne me sentais pas du tout faire ce genre de chose. Année après année, j’entendais beaucoup de bien de ces Rencontres. A chaque fois que je croisais Anne-Claire ou Francis Cabrel, ils me demandaient quand j’allais venir. La dernière fois que cette proposition m’a été faite, avec Bruno, nous avons accepté.

Bruno Guglielmi : Il y a aussi Benoit Dorémus (mandorisé là) qui m’en avait parlé. Il a achevé de me convaincre. Parce que je suis un animal un peu farouche, ça ne me tentait absolument pas. Il a su trouver le mot pour m’inciter à accepter. Je n’avais pas envie de sortir de chez moi pour frotter mon expérience à celles des autres. Aujourd’hui, je ne regrette pas.

Thomas Cogny : C’est la première fois que je faisais les Rencontres mais cela faisait trois fois que j’allais à Voix du Sud pour les « Répertoires ». En discutant avec Pascal Bagnara et Béatrice Pontens, ils m’ont très fortement conseillé de participer aux 45e Rencontres. Du coup, j’y suis allé avec mon pote Baptiste Braman.

Bruno Guglielmi : Je me souviens qu’avec Arthur, sur la route, on hésitait encore jusqu’au dernier moment. Nous étions fébriles. Arthur s’arrêtait sur chaque station d’autoroute pour faire demi-tour. On se demandait pourquoi on allait s’infliger une peine pareille… et évidemment, dès que nous sommes arrivés, notre angoisse s’est envolée.

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Francis Cabrel et le groupe lors de la présentation de l'album STAFF aux Nuits de Champagne, le 25 octobre 2018.

arthur-le-forestier © Magda Lates.jpgEt comment ça s’est passé ? (Photo à droite : Arthur le Forestier par Magda Lates)

Arthur Le Forestier : Ce qui est rigolo, c’est que nous travaillons beaucoup ensemble dans la vie avec Bruno. A Astaffort, la première semaine, nous n’avons eu aucune collaboration commune. Le premier jour, ça s’est bien passé au niveau de l’écriture. De belles choses sont sorties. Mais le lendemain a été terrifiant.

Bruno Guglielmi : Jérôme Attal (mandorisé là) nous a mis un petite claque. Il nous a dit que ça n’allait pas du tout. Et effectivement, c’était beaucoup moins bien que la veille, alors ça nous a fait du bien d’être « brusqué » un peu.

Arthur Le Forestier : Quand on écrit à plusieurs, il faut mettre son ego au placard.

Bruno Guglielmi : J’ai une technique d’écriture, une méthode bien à moi. Quand un formateur comme Jérôme Attal, pour lequel j’ai un profond respect mais qui n’a pas du tout la même façon d’écrire que moi, te dit « franchement, ça, ce n’est pas bien ! », il faut savoir l’entendre et ravaler sa fierté. Au fond, ça fait même du bien de sortir de ses habitudes, surtout que ces réflexions sont dites avec bienveillances et nous savons que c’est pour le bien du groupe. Ce n’est jamais gratuit.

Le troisième jour, ça s’est mieux déroulé ?

Arthur Le Forestier : Oui, on avait récupéré et à partir de ce moment-là, tout a roulé.

Courts extraits des chansons de STAFF en live.

Au final, Francis Cabrel a trouvé toutes les chansons qui ont été choisies pour le spectacle de fin de thomas-cogny.jpgstage extraordinaires. Et il ne dit pas cela à chaque fois. Vous aviez conscience vous-même que vous teniez là un sacré répertoire ? (Photo à droite : Thomas Cogny)

Thomas Cogny : Il a fallu qu’on nous le dise parce qu’on avait trop le nez dedans.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il y avait vraiment quelques chansons intéressantes, comme celle d’Arthur, « Les coups de peinture » ou « Les éoliennes » chanté par Antsa et Mendrika.

Thomas Cogny : J’insiste sur le fait que Francis Cabrel trouvait qu’il y avait surtout une belle cohésion dans le groupe, entre les chansons et les artistes que nous sommes.

Bruno Guglielmi : Il y avait une belle unité, mais en plus Francis Cabrel a vite repéré que Thomas avait des capacités de réalisateur. Il avait déjà fait des petites productions avec son ordi. Bref Francis a dû se dire qu’il y avait des chansons vraiment valables, que le groupe se tenait et qu’il y avait un mec qui pouvait tenir tout ça.

Thomas Cogny : En plus, dans le groupe, il y avait un bassiste, des guitaristes, des pianistes, un batteur… on avait besoin d’aucun élément extérieur. Juste Julien Lebart (intervenant « musiques » des Rencontres d’Astaffort) a participé au clavier et j’ai beaucoup aimé sa façon très moderne d’appréhender les morceaux.

La réalisation de l'album par Thomas Cogny, Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier.

bruno-guglielmi © Magda Lates .jpgComment vous a-t-on annoncé qu’il y aurait un album ? (Photo à gauche : Bruno Guglielmi par Magda Lates)

Thomas Cogny : Toi qui passe parfois à Astaffort, tu sais comment ça se passe en fin de soirée après le spectacle. On est dans l’euphorie… Avec Bruno, on a décidé d’aller voir Francis Cabrel.

Bruno Guglielmi : Excuse-moi, je te coupe, mais il nous avait dit avant : « ça serait bien de faire un CD ». Nous, nous exultions, mais il n’est pas revenu sur la question.

Thomas Cogny : Du coup, on se chauffait tous depuis deux jours pour cette histoire d’éventuel CD. Avec Bruno, nous sommes donc allés lui demander comment ça allait se passer pour ce disque.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il fallait saisir cette chance avant qu’il quitte la soirée. On lui a dit qu’on pouvait le faire. L’idée était qu’il fallait qu’il ait confiance en nous et en notre capacité à mener à bien ce projet. Tout de suite, il nous a dit que c’était faisable, que l’on pouvait loger à Voix du Sud, qu’on allait s’arranger pour les repas… bref, on a eu l’impression que dans sa tête, la machine était en route.

Thomas Cogny : On a discuté un quart d’heure sur ce sujet et deux semaines après, on nous a appelés pour nous dire que le projet était accepté officiellement. Ils m’ont nommé réalisateur. Avec Arthur et Bruno on a très vite commencé à travailler sur l’album.

Clip de "Comme en exil".

Cabrel  vous a filé les clefs de son studio ? 14666269_10207794448720937_6764912578973596172_n (2).jpg(Photo à droite : Bibi avec Baptiste Braman et Thomas Cogny.)

Thomas Cogny : D’abord, on a mis tout en place avec Bruno et Arthur. Mise à part le fait d’arranger, nous nous sommes aussi occupés de tout l’aspect logistique. Faire le planning n’a pas été une mince affaire à cause de la disponibilité des uns et des autres. Nous nous sommes fixés d’enregistrer du 7 au 14 janvier 2018.

Bruno Guglielmi : Il fallait définir qui allait jouer quoi. Ensuite, nous avons préparé des maquettes bien ficelées pour que Francis Cabrel soit en confiance. On ne voulait pas le faire flipper en arrivant avec des guitares-voix. Thomas a bien gérer le truc et Arthur et moi étions les aides de camp.

Thomas Cogny : Quand tu dis que Cabrel nous a filé les clefs de son studio, c’est vrai, mais il y avait son ingénieur du son, Sébastien Bramardi, pour nous chapeauter. Il était à 100% avec nous quand il a vu que nous sommes arrivés avec des chansons bien avancées. Au début on devait être au studio à 9h30 et le quitter à 19h. Ce n’est jamais arrivé. On quittait le studio parfois à 4 heures du matin. Une semaine pour faire un album, c’était hyper chaud.

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Quelques membres du groupe.

IMG_20181025_205320.jpgIl a fallu que vous ménagiez la susceptibilité des 10 autres artistes, je présume. Répartir les chansons de manière à ce que personne ne se sente lésée.

Bruno Guglielmi : C’est Francis qui a fait le choix des chansons… c’était toutes celles du spectacle. On a juste enlevé deux titres. Tout le monde a sa chanson et nous nous sommes partagés les instruments. Ça a été plutôt simple.

Et un jour, il faut faire écouter à Francis Cabrel le résultat final. 

Thomas Cogny : Il venait tous les jours au studio, donc il a entendu l’évolution petit à petit.

Bruno Guglielmi : Il donnait son avis, mais discrètement. Il nous a vraiment laissé faire. Il a joué une guitare et des chœurs. Il est hyper cool. A son image. Je me souviens que quand Thomas avait besoin d’un effet, il était là : « Je vais te le chercher cet effet. Il partait chez lui et il revenait avec des effets qui ressortaient super bien. » Il nous a donné accès à toutes ses guitares. Accéder à toutes les guitares de Francis Cabrel, c’est le délire.

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STAFF sur scène.

Ces chansons ont été faites dans l’urgence lors des Rencontres. Avez-vous modifié certains textes pour le disque ?

Thomas Cogny : Ca nous est arrivé de revoir tous les aspects d’un morceau, ses structures, comme dans « New York »… mais très peu les textes. Sur « Sauve-moi », on est reparti de zéro parce que ça ne collait pas. On voulait vraiment que l’album soit parfait, juste et bon, manière aussi de faire honneur à ces Rencontres.

Avant de clore cette interview, pouvez-vous me dire quels sont vos projets respectifs ?

Arthur Le Forestier : Là, je travaille beaucoup sur l’album de mon père (Maxime Le Forestier, mandorisé ici) en tant que guitariste. Je suis un peu mono tâche, donc pour le moment, je ne me concentre qu’à cela.

Bruno Guglielmi : J’ai des chansons que j’ai envie de rassembler pour en faire un album. J’écris aussi pas mal pour d’autres artistes, mais je n’en parle pas tant que ce n’est pas validé. Je suis comme Arthur, je travaille sur un projet, ensuite, je passe au prochain. Là, je suis au stade de réflexion.

Thomas Cogny : Après cette expérience de réalisation et d’arrangement, ça m’a beaucoup plus. Je crois que je vais continuer dans ce domaine. Je fais des arrangements et je compose pour d’autres et aussi pour moi. Là, j’ai fait un arrangement avec pas mal de moyens pour un groupe qui vient de signer chez Universal, « « La dérive ».

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Avec (en haut) : Bruno Guglielmi et bibi. (En bas) Arthur Le Forestier et Thomas Cogny.

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18 septembre 2018

Faby Perier : interview pour la sortie de La renverse

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(photo Izabela Sawicka)

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorJe l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de Faby Perier en 2013, elle et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de l’interviewer. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Depuis, nous ne nous voyons pas souvent, mais nous nous apprécions mutuellement. Après une rechute de la maladie en 2014 elle a écrit le texte d’"Octobre Rose" qui a été chanté/clippé par un collectif d’artistes, dont Slimane, toujours afin de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’y ai participé aussi.

Vous pouvez voir le clip chez Mandor, ici.

Faby sort un EP, La renverse réalisé par l’excellent Vincent-Marie Bouvot accompagné du non moins talentueux Thomas Cogny.

Teaser de l'EP "La renverse".

« J’ai vécu l’enregistrement de cet EP comme un testament. Je voulais laisser quelque chose de beau, de ciselé pour ce que j’appelais « le dernier ». Graver de la plus belle des manières mes mots pour l’après » explique-t-elle.

Les prises de voix se sont faites au rythme des traitements. Et ils y sont arrivés.

« Depuis qu’il est fait, tout a changé. Je ne l’appelle plus « le dernier ». J’ai envie de continuer, de monter sur scène, de faire découvrir mon univers, d’écrire de nouvelles chansons, de rencontrer les gens, de vivre même si c’est vivre avec. »

Le 6 septembre dernier, je suis allé chez elle pour un nouvel entretien… qui ne sera pas non plus le dernier.

Argumentaire officiel par Faby Perier :faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandor

La Renverse, c’est le début d’une histoire. Celle qui commence aujourd’hui, mon vivre avec.

Avec le cancer. La vie, l’espoir, la liberté, l’amour, le bonheur sont les combats que je mène tous les jours. Pour moi. Pour elles. Pour eux. Pour vous, peut-être.

Ma vie est jalonnée de ce que la plupart des gens appelle des « malheurs ». J’ai appris dès mon plus jeune âge à renverser ces situations compliquées, parfois dures, souvent douloureuses pour trouver l’envie de continuer et la force d’avancer. Je me suis nourrie de mots pour apprendre à aimer la vie et comprendre son sens. Je les utilise aujourd’hui pour témoigner de mes combats face aux épreuves physiques, morales et sociétales que j’ai traversées.

Je sais désormais que je suis une femme forte, ouverte au monde, à l’indestructible espoir. Tout peut arriver, on peut toujours se reconstruire. C’est cela la Renverse

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorInterview :

C’est ton cinquième disque et pour la première fois, c’est un EP

Pour moi, ce disque est un peu le premier… comme si je reprenais tout à zéro. Les arrangements des autres albums ne me conviennent plus. Ils faisaient très années 80, très variété et j’avais envie d’un autre son. Plus moderne et plus proche de ce que j’écoute moi-même. Quand on enregistrait les albums précédents, j’entendais bien qu’il y avait quelque chose qui n’était pas en adéquation avec ce que je souhaitais. En live, je n’avais d’ailleurs pas du tout le même son que sur mes disques. C’était plus pop, plus electro, plus rock.

Bravo,  parce que tu as là un son très moderne !

Un disque réussi, c’est une alchimie. Quand j’ai rencontré Vincent-Marie Bouvot, ça a tilté tout de suite. On s’est compris immédiatement. Il m’a juste demandé quel était mon univers  musical, quel artiste et quel son j’aimais et ce vers quoi je voulais aller. J’ai proposé des choses et avec Thomas Cogny, ils ont fait le tri et arrangé tout ça. Je suis très fière du résultat. Grace à eux, j’ai l’impression d’avoir enfin une légitimité dans ce métier.

Vincent-Marie Bouvot, quand même, c’est la classe.

Je ne te le fais pas dire. Au début, il ne devait « que » réaliser, mais il m’a composé aussi une chanson. Quand il travaille, il porte toujours une blouse blanche, on a l’impression que c’est un chimiste. Non, d’ailleurs, c’est un chimiste. Un magicien même.

Un alchimiste ?

Oui, en tout cas, un sacré perfectionniste. Il passe beaucoup de temps à trouver le bon son. Il tripatouille ses machines jusqu’à ce qu’il le trouve.  Et il le trouve.

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Faby Perier avec Thomas Cogny et Vincent-Marie Bouvot.

J’aimerais que tu m’en dises plus sur la chanson « Mademoiselle », au son très gainsbourien. Je crois savoir que tu évoques ta grand-mère.

Ce son est assumé. On est entrés dans le studio avec cette envie-là. Quand Vincent m’a fait écouter son synthé au son incroyable, j’en ai eu des frissons. C’était exactement ce que je voulais. Quant au texte, on peut ne pas comprendre de quoi ça parle à  la première écoute. Il faut un peu décortiquer.

Raconte, alors.

J’ai été adopté. Ma mère aussi. Elle a été recueillie par une femme qui était directrice de pouponnière. Pendant la deuxième guerre mondiale, elle y a caché des enfants juifs. Cette femme s’appelait mademoiselle Blin. Je me souviens que j’allais la voir le mercredi et que je la trouvais incroyable. C’était une femme qui travaillait, à cette époque, ça,  déjà, c’était rare. Elle était un mélange d’élégance et de poigne… et aussi de courage. Je tenais vraiment à lui rendre hommage. Aujourd’hui, elle à la fois un exemple et  mon ange gardien.

Clip de "Mademoiselle".

Dans tes chansons, tu laisses toujours planer une part de mystère.

J’aime bien ça parce que cela permet à ceux qui écoutent de se les approprier. Ne pas dévoiler tout permet aussi de chercher, de se renseigner, de lire… On a tous une histoire différente, mais on peut se retrouver dans des mots et des actes si on laisse un peu d’espace à l’imagination. 

Es-tu maitre de ce que tu écris ?

Pas du tout. Je pars d’une idée et souvent, je me retrouve ailleurs. Je trouve cela magique.

Dans « L’européen »,  tu évoques un homme qui rêve de quitter son pays pour rejoindre un pays européen.

C’est une manière de dire qu’il n’y a pas de frontières. Je viens de la DDASS et j’ai toujours eu peur de me retrouver à la rue.  Dans « L’européen », j’avais donc envie de rappeler qu’on est tous parfois au bord du gouffre et que si on ouvre les frontières ou qu’on ouvre une porte pour parler au voisin, il y a peut-être une possibilité d’entrevoir un peu d’espoir… ou d’en donner.

Il parait qu’une ville t’a demandé de ne pas chanter cette chanson, car elle trouvait qu’elle faisait trop référence aux immigrants.

Politiquement, ça ne les convenait pas. J’ai trouvé cela démentiel. Je t’avoue que je l’ai chanté quand même et elle est finalement bien passée. Ce  n’est pas une chanson politique.

« Les mots qui frappent » parlent de la violence conjugale.

C’est une histoire vécue par moi. On croit que la violence conjugale n’existe que dans les couples hétéros. Il existe aussi dans les couples homos puisque j’en ai été victime. La violence existe au féminin, je voulais donc lever le tabou sur ça.

Dans  « Est-ce que tout est écrit ? », on ne sait pas à qui tu parles.

C’est une chanson sur la magie de la rencontre sur internet. Est-ce une rencontre amoureuse ou artistique, je laisse planer le doute.

Et « Chien perdu sans collier », c’est aussi une histoire de rencontre.

J’ai récupéré le chien d’une amie qui était en fin de vie. C’est un chien qui a été martyrisé, qui a souffert et je me suis demandé comment un animal se reconstruisait. J’ai voulu faire un parallèle avec un marginal que la difficulté de la vie a amené dans la rue. Est-ce qu’il ne suffit pas de croiser la bonne personne qui va te tendre la main pour avoir de nouveau envie de vivre et de se battre… et qu’un destin puisse resurgir. Et Chien perdu sans collier fait aussi référence au livre de Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier que j’ai lu étant jeune et que j’ai beaucoup  aimé.

Nouvelle version de "Ce matin-là" (audio).

« Ce matin-là » est ton plus grand succès. Pourquoi l’as-tu ressorti dans une nouvelle version ?

J’ai juste fait sauter un couplet. Cette chanson est le fil conducteur de ma carrière.

Si ton cancer n’avait pas fait une rechute l’année dernière, l’aurais-tu rechanté ?

Ce n’est pas lié. Pour moi, cette chanson est un hymne à la vie pleine d’espoir. Je pense que beaucoup de gens se retrouvent dans cette chanson qui raconte le jour où on apprend qu’on a un cancer. Ce n’est pas un sujet tabou. J’ai un cancer chronique. Toute ma vie, je vais me battre contre lui, c’est comme ça. Je ne veux pas faire de mon cancer mon étendard, mais je veux l’assumer. Il n’y a pas de honte.

Ça fait 10 ans que tu en parles et que tu le chantes.

C’est parce que c’est aussi un booster. Il y a dix ans, j’étais chanteuse dans les pianos-bars. C’est bien le cancer qui fait que je suis sorti du tiroir. J’ai profité de mon malheur pour vivre et profiter un peu. C’est paradoxal, je sais bien.

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Faby Perier et Thomas Cogny.

Il y a un duo avec Thomas Cogny, « Les sans voix ».

C’était rigolo parce que Thomas n’est pas du tout chanteur. Il a fallu que je le motive un peu pour qu’il accepte parce qu’au départ,  il ne l’était pas du tout. Au final, je trouve que ça le fait bien. Cette  chanson a été écrite au moment des histoires de François Fillon. On sentait qu’on se foutait de la gueule du peuple. Je ne parle même pas des « sans dent » de François Hollande. J’ai donc choisi de parler des sans-voix. On vote, mais on ne sait pas vraiment pour qui. Aujourd’hui, on vote contre plus que pour. Je dis dans cette chanson que, nous, les sans-voix, mine de rien, on fait beaucoup de choses dans la vie.

J’évite toujours de demander le pourquoi du comment du titre d’un album. Mais toi, étant donné ton histoire, je suis sûr qu’il y a une sacrée raison.

La renverse, c’est ce moment de latence entre les deux marées, la haute et la basse. C’est un moment d’accalmie. Un moment où l’on se pose et on l’on se dit que tout est encore possible. La renverse a un double sens qui ne t’aura pas échappé. C’est un bouleversement à chaque fois de se battre contre la maladie, mais on peut renverser la situation. Enfin, de manière plus anecdotique,  Vincent-Marie Bouvot  est un navigateur. On a beaucoup parlé navigation, de voile etc… J’ai donc aussi fait référence à ça.

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(photo Izabela Sawicka)

La photo de ton disque est superbe, mais bien choc.

Il y a 4 ans lors de ma deuxième rechute, cette photo a été faite pour une association, SKIN,  qui a choisi d’accompagner les gens malades par le biais d’une œuvre artistique. Je trouvais que c’était important de faire quelque chose pour que le regard sur les femmes malades change. Honnêtement, j’ai beaucoup hésité à mettre cette photo parce qu’on me reproche souvent d’utiliser mon cancer et c’est Vincent qui m’a dit qu’elle était sublime et qu’il fallait y aller à fond puisque je suis dedans. La  mer et  le ciel sont violents sur cette photo,  mais je trouve qu’elle est aussi pleine d’espoir.

Je crois savoir que cette photo est dans le cabinet du professeur qui te suit à l’hôpital franco-britannique.

Ce grand professeur m’expliquait que lors de l’annonce d’un cancer à un patient, il détourne les yeux de cette photo. Lorsqu’ils ont commencé les traitements, ils la regardent de nouveau. Ils sentent qu’il y a de l’espoir. C’est important qu’une image puisse aider et délier la parole.

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Pendant l'interview...

As-tu des concerts prévus ?

Je vais faire la première partie de Liane Foly le 9 novembre à Dreux et tout  l’été 2019, il y a plusieurs premières parties d’elle qui sont prévus. Je maintiens le cap sur ces dates. J’espère être en forme à ce moment-là.

Ça te fait du bien au moral ce disque ?

Ce qui me fait du bien au moral, ce sont les réactions des gens qui l’ont écouté. J’ai déjà eu des articles et des retours très positifs.

Michel Kemper  de « Nos enchanteurs » a dit de ce disque : « Certes, vous pouvez acheter ce disque par compassion, certes. Reste que c’est par adhésion artistique que vous le repasserez souvent sur votre platine, play et replay. Parce que c’est un beau disque, au son impeccable (enregistré au Studio Unreal World de Deuil-la-Barre, réalisé par Vincent-Marie Bouvot, mixé par David Cook) : sept titres seulement mais qui vont à l’essentiel dans un art abouti, un vrai plaisir d’écoute. » Mazette.

Tu ne peux pas t’imaginer combien cela m’a touché.

On peut trouver ton disque où ?

Sur mon site internet et toutes les plateformes de téléchargement.

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A la fin de l'interview, le 6 septembre 2018.