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19 mai 2018

Thomas Chaline : interview pour Alain Souchon, la vie en vrai et Indochine, la véritable histoire

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Thomas Chaline fait partie d’une nouvelle génération de biographe. Il est jeune et écrit aussi bien sur des nouveaux artistes comme Tal et Zaz (je l’avais d’ailleurs mandorisé pour cette biographie) que sur des « monstres » de la chanson française comme Souchon et Indochine (les deux chez City Editions). C’est d’ailleurs ces deux derniers qui nous intéressent aujourd’hui. Pour en parler, j’ai reçu l’auteur le 12 avril dernier chez moi.

Les livres :

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, la vie en vrai :

Éternel adolescent, rebelle tranquille et nostalgique… Alain Souchon promène sa silhouette dégingandée sur les scènes françaises depuis plus de quarante ans, enchantant des générations de fans avec des tubes inoubliables, de J’ai dix ans à La ballade de Jim ou Allo maman bobo. Qui aurait deviné que cet homme fragile, doutant toujours de son talent, ferait une carrière aussi exceptionnelle ? Obscur chanteur de la Rive gauche parisienne, Alain Souchon lui-même ne croyait pas en sa bonne étoile. Il aura fallu dix ans de galère et la rencontre décisive avec son alter ego Laurent Voulzy pour que tout change. L’auteur de cette biographie est parti sur les traces d’un artiste unique. Un homme secret qui, dans ses chansons, raconte nos vies pour mieux dissimuler la sienne. Un homme authentique, simple et sensible. Vrai.

Alain Souchon intime : la biographie d’un artiste authentique.

Indochine, la véritable histoire : thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Bientôt quarante ans... Indochine est le seul groupe de rock français à avoir su traverser les époques et les modes en touchant de nouvelles générations de fans. Des débuts confidentiels au Rose Bonbon jusqu’aux gigantesques concerts du Stade de France, Indochine a tout vécu. Adulé dans les années 80, détesté dans les années 90, avant de renaître triomphalement dans les années 2000, Indochine a un parcours incroyable, unique. Grâce à un homme: Nicola Sirkis, dont l’envie et l’énergie n’ont jamais faibli, malgré les difficultés, les doutes, les trahisons et les tragédies. C’est cette exceptionnelle saga musicale que l’auteur nous fait vivre, notamment à travers des entretiens inédits. L’histoire d’un groupe entré dans la légende et qui n’a pas fini de faire parler de lui…

De L’Aventurier à 13: dans l’intimité du groupe culte.

Interview :

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Première partie : Alain Souchon.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorAlain Souchon, tu l’aimais bien à la base ?

J’adorais quand j’étais ado, entre 15 et 18 ans. Après il s’est absenté pas mal d’années, de 1999 avec l’album Au ras des pâquerettes à 2005 et La vie Théodore, donc je suis passé à d’autres artistes entre temps.

Avant d’enquêter sur lui, j’imagine que tu te disais qu’il était un personnage intéressant…

Pour sortir des textes comme les siens, forcément, il faut avoir du fond derrière et une histoire. Il y a une grande sensibilité chez Souchon. Quand on regarde son parcours, on se dit qu’il revient de loin. Son enfance n’a pas été facile.

Tu racontes l’accident de voiture dont il a été victime. Il a perdu son père et sa mère et son frère ont été grièvement blessés… c’est atroce.

On est en 1959. L’ambulance part avec sa famille et lui il rentre en stop. C’est vraiment du Zola. Aujourd’hui, au moindre accident, il y a une cellule psychologique et c’est tant mieux. Lui, à l’époque, à 13 ans, on le laisse seul. Il a été évidemment marqué par cet évènement.

Tu expliques dans le livre qu’il lui a fallu bien du temps pour être sûr de son talent. Il était dans le doute permanent.

C’est un anxieux de nature. Michel Cœuriot, son réalisateur et arrangeur, m’a confié qu’en studio, Souchon n’est jamais confiant, mais qu’il assure en une prise de voix ce qu’il a à faire. Il connait de jeunes artistes imbus d’eux-mêmes et trop sûrs d’eux avec lesquels c’est la croix et la bannière pour travailler.

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En 1985 à Nostalgie Montpellier.

Alain Souchon a toujours cru que le succès n’allait pas durer.

Comme il avait mal démarré dans la vie, il se disait qu’il n’aurait jamais de chance. Pendant très longtemps, il a considéré qu’il était à la mode à un  moment donné, mais que ça allait s’arrêter.

Et aujourd’hui, il pense quoi de sa carrière ?

Il est toujours aussi humble. Il prend tout ça avec beaucoup d’humilité. Il a en tête ses maîtres comme Brassens ou Ferré. Pour lui, il n’a jamais atteint ce niveau-là. Je ne sais pas s’il a conscience de l’importance qu’il a dans la chanson aujourd’hui.

En écrivant cette biographie, tu as appris des choses que tu ne savais pas ?

Je soupçonnais ce côté très anxieux qu’il a sous son éternel allure d’enfant perdu sous sa bulle, mais pas à ce point. J’ai aussi compris que pour exorciser ou oublier un peu les drames qu’il a vécus, il s’est réfugié dans la poésie, la littérature et la création. Ça l’a sauvé. 

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Parle-moi de l’amitié Souchon-Voulzy.

Ils sont copains, mais sans plus. Ils ont toujours eu besoin l’un de l’autre professionnellement, mais c’est tout. Voulzy a quand même déclaré après leur tournée commune il y a deux ans que ça ne les avait pas rapprochés. Ils se sont rendu compte de leurs différences. Ils n’avaient pas la même vision artistique. Voulzy voulait faire les Zénith, Souchon les théâtres. Souchon voulait une formation réduite, Voulzy voulait sortir la grosse artillerie. Finalement, contrairement à ce que prétend la légende, ils ne se voyaient pas beaucoup sauf pendant les périodes de travail. Ils partaient en Bretagne ou sur la côte d’azur trois semaines et ils bossaient. Ils savent ce qu’ils se doivent l’un et l’autre, ils ont ce lien très fort, au-delà de ça, ce ne sont pas les prétendus meilleurs amis du monde. 

Quand tu écris un livre sur Souchon, tu écoutes du Souchon ?

Tout à fait. J’ai besoin d’être dans son univers. Quand on connait sa vie, ça lève le voile sur beaucoup de textes. Il sait traduire la faiblesse et la sensibilité des hommes comme personne.

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Charles (Ours), Alain et Pierre Souchon.

J’ai l’impression qu’actuellement, il met en avant ses enfants, comme s’il voulait passer le relais.

Il a 74 ans cette année, ses enfants ont la quarantaine. Il a toujours dit qu’il ne voulait pas que le public le vire, mais qu’il préférait partir de lui-même. Alors, c’est vrai qu’en ce moment, avec notamment le troisième volet du Soldat Rose signé Alain, Charles (Ours) et Pierre Souchon, il les porte plus qu’à l’accoutumée. Ces enfants ont beaucoup de talents, c’est indéniable, et je trouve que c’est bien qu’il agisse ainsi. Je crois qu’il passe le relais tranquillement. 

C’est un mec bien Alain Souchon ?

J’en suis convaincu. Il a comme nous tous ses défauts, il ne faut pas non plus l’idéaliser. Même si il a un petit ego, il vit très tranquillement et normalement.

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En juillet 2005, à l'hôtel Régina (Paris)

Comment expliques-tu son succès ?

Les blessures amoureuses, les amours platoniques, les regrets, le mal être… ce sont des choses que tout le monde vit. Il a le courage de mettre tous ces thèmes en chansons. De plus, ses mots sont bien portés par la musique de Voulzy et la réalisation de Michel Cœuriot. Sa popularité vient aussi du fait qu’il parait très léger. Il arrive sur un plateau comme s’il arrivait dans sa cuisine. On dirait que rien ne l’effraie alors que c’est tout l’inverse.

Il est peut-être plus zen aujourd’hui ?

Oui, je l’espère.

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En mars 2010, chez EMI.

Il aime son côté Pierrot lunaire ?

Non. Il ne s’aime pas tellement et regrette sa nature. Il est souvent dans la lune avec les choses du quotidien. Beaucoup de choses lui échappent. Il est dans une bulle.

Ton livre se vend bien, tu es surpris ?

Souchon est populaire. Personne ne le déteste. Au maximum, on s’en fout. Les gens ont voulu aller au-delà du chanteur pour essayer de comprendre qui il est, connaitre sa vie et les dessous de ses albums.

Il n’a pas interdit la sortie de ce livre ?

Il est au courant, mais je crois qu’il s’en fout un peu. A son âge, il a d’autres préoccupations.

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2eme partie : Indochine

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorPourquoi un livre sur ce groupe ?

Je suis un grand fan. Tout à l’heure je te disais que j’étais très amateur de Souchon entre 15 et 18 ans, c’est Indochine qui a pris le relais. J’ai découvert ce groupe avec « J’ai demandé à la lune ». Après l’écoute de ce titre, je me suis intéressé à ce qu’ils avaient fait avant et j’ai adhéré à l’œuvre dans son ensemble. Je suis moins amateur de la fin des années 80, mais j’adore la période suivante. Il y a deux albums dont j’étais fou, c’est en 1993, Un jour dans notre vie et en 1996, Wax.

Là, pour le coup, il y a eu beaucoup de livres sur Indochine. Qu’apportes-tu de nouveau ?

Chaque auteur à sa patte et sa façon d’aborder le sujet.

Mais l’histoire reste la même. Un fan qui va acheter trois biographies d’Indochine, je pense qu’il a fait le tour de la question, non ?

Je mets en avant une période et des chansons qui m’ont plus touché, parfois même des chansons cachées. Le public ne les connait pas forcément. Je préfère les mettre plus en avant que « L’aventurier », « Canary Bay » ou « Trois nuits par semaine ».

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Avec Dimitri Bodianski (saxophone, synthétiseur, 1981-1989) et Nicola Sirkis en 1985 à Montpellier.

Les fans de Nicola Sirkis n’aiment pas qu’on touche à lui et à son œuvre. thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandor

Indochine, c’est aujourd’hui une machine très protégée, très ficelée. Et bien, curieusement, les avis sur mon livre sur les réseaux sociaux et sur Amazon sont très positifs. J’ai même eu deux avis d’ultra fans qui étaient très sceptiques sur ma démarche, qui ont reconnu que mon travail était d’une bonne qualité. Je ne me suis pas fait allumer.

Tu as réussi à obtenir beaucoup de témoignages ?

Quelques-uns dont un très important pour moi, Alexandre Azaria, le co-compositeur et co-réalisateur de Wax dont Nicola Sirkis dit que c’est l’album qui marque la première pierre du nouvel Indochine. On y entend les prémices de ce que va devenir Indochine. Il y avait des rumeurs pas très reluisantes à son sujet qu’il a pu démentir. On le disait fâché avec son binôme Jean-Pierre Pilot alors que pas du tout. Au contraire, à 25 ans, il ne sentait pas de réaliser seul un disque d’un groupe qui avait autant d’années d’existence. Il se disait aussi que ça s’était mal passé avec Nicola Sirkis, qu’il s’était quitté fâché, alors que pas du tout. C’est bien de rétablir quelques vérités.

thomas chaline,alain souchon,la vie en vrai,indochine,la véritable histoire,interview,mandorComment expliques-tu la longévité de la carrière d’Indochine ?

Nicola Sirkis a le don de bien savoir s’entourer. Il a un côté intuitif qui lui réussit bien. Indochine, c’est le rôle de sa vie, sa flamme. Artistiquement, depuis 15 ans, il y a OLi dE SaT qui est guitariste compositeur et réalisateur des albums. C’est lui qui a donné le nouveau son d’Indochine. Le succès qui perdure vient aussi des paroles qui sont hyper simples, faciles à retenir, avec pas mal de métaphores dedans, mais d’une redoutable efficacité. Nicola Sirkis a créé sa patte et son univers et il n’a jamais dévié de trajectoire... tout en évoluant.

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Pendant l'interview...

Nicola Sirkis me parait proche de ses fans.

Il l’est. Il s’est toujours senti redevable du public. Indochine et son public, c’est une histoire commune. Un jour, il a reçu une Victoire de la Musique et il l’a remis à un fan qui était assis devant lui. Il sait que c’est le public qui décide. Il se souvient que dans les années 90 les albums ne se vendaient pas, mais que les concerts étaient pleins à craquer. Les fans ont toujours fait en sorte que Nicola Sirkis ne lâche jamais.

Contrairement à Alain Souchon, Nicola Sirkis fait attention à son image. Il n’aurait pas le syndrome de Peter Pan ?

C’est ce que l’on dit toujours. Après, il y a les gènes qui font qu’il ne s’en sort pas trop mal (rires). Passé la vingtaine, il a eu une sérieuse hygiène de vie. Je ne suis pas certain qu’il ait beaucoup touché aux drogues et à l’alcool. Il y a deux ans, pour le retour de Renaud, il avait déclaré dans une émission de Drucker : « prendre soin de soi, c’est respecter son public ». Ce n’était pas forcément une pique contre Renaud, mais il voulait expliquer que le public attend l’artiste qu’il aime, qu’il soutient, il ne peut pas le décevoir.

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Le 12 avril 2018 après l'interview.

30 septembre 2017

Thomas Chaline : interview pour son livre Zaz, le long de la route

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thomas chaline,zaz,interview,mandorOn pourrait s'interroger sur l’intérêt d’écrire une biographie sur Zaz (dit celui qui a écrit un livre sur Louane, la bonne blague, et qui (voyez comme je suis transparent) a participé au livre dont il est question aujourd’hui en témoignant longuement). Thomas Chaline répond dans l’introduction de son livre Zaz, au long de la route.

« Pourquoi un tel ouvrage sur une artiste connue du grand public depuis seulement 7 ans ?

Justement parce que son arrivée dans le paysage cathodique et radiophonique a bousculé les modes et les habitudes des années précédentes. Elle a redonné un souffle à la chanson française et y a accroché ses propres lettres de noblesse… aujourd’hui, elle est la meilleure vendeuse de disques de chansons françaises en France et à l’étranger où elle est devenue malgré elle une véritable icone. Un  exploit imprévisible et un phénomène que personne n’avait retrouvé depuis la môme Edith Piaf. »

Le 31 août 2017, j’ai convié Thomas Chaline chez moi afin d’évoquer la chanteuse et le métier de «biographe ». Un débat s’en est suivi entre nous.

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4e  de couverture :

Audacieuse, gouailleuse, authentique. Depuis presque dix ans qu’elle promène sa silhouette bohème sur les scènes, Zaz s’est imposée comme la digne héritière des grands noms de la chanson française. L’auteur est parti à la rencontre de cette artiste discrète grâce à des entretiens inédits. On découvre une adolescente écorchée vive et solitaire après le divorce de ses parents. Une artiste qui a mûri sa voix pendant des années difficiles à chanter dans la rue, le métro et les cabarets parisiens. Ce sont ces blessures intérieures qui donnent aux chansons de Zaz leur authenticité. Amoureuse de la nature, adepte de la méditation, les critiques bien-pensants la disent « bobo ». Alors que tout simplement, Zaz trace sa route. Sincère et passionnée.

La première biographie d’une artiste authentique.

L’auteur :

Thomas Chaline est auteur-compositeur et musicien. Parallèlement à sa carrière musicale, il a publié des articles dans des revues culturelles, et édité des recueils de poésies et de chansons.

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thomas chaline,zaz,interview,mandorInterview :

Pourquoi un livre sur Zaz ?

A l’heure de The Voice, elle est le parfait exemple qui prouve que la voie traditionnelle pour réussir dans la chanson fonctionne encore. Elle a fait des cabarets, des bals, la rue, de nombreux tremplins, elle a beaucoup tourné dans des endroits en tout genre, il n’y a pas plus formateur que ça. Elle explose à 30 ans. Je trouve que c’est un bel exemple pour les chanteuses en herbe qui ne croient pas que le chemin d’avant est encore possible. Si tu as du talent, à un  moment donné, il se remarque. Il faut juste se donner à fond pour réussir.

Qui est Zaz en une phrase ?

Une femme qui n'a pas froid aux yeux, sait ce qu’elle veut et le fait, qui gère bien ses affaires, qui se donne pour tout ce qui lui tient à cœur, mais qui est une écorchée vive.

Tu l’as rencontré ?

Non, je l’ai eu une fois au téléphone au début du travail. Il y a eu des hauts et des bas entre nous. Au début, elle m’a laissé libre d’écrire ce que je souhaitais, elle m’a signifié qu’elle comprenait que j’étais quelqu’un de clean mais qu'elle n'en ferait pas publicité, plus tard, le discours a un peu changé. 8 mois après, par mail, elle a fini par me dire qu’elle ne m’autorisait pas à écrire le livre. Son « bras droit » m’a expliqué qu’elle se méfiait et qu’elle considérait que je voulais me faire de l’argent sur son dos. Ce double discours m’a un peu chagriné.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

J’ai écrit un livre sur Louane qui a fait couler beaucoup d'encre. Comme tu le sais, elle n’a pas donné son feu vert, je comprends donc ce que tu as vécu. Je n’ai jamais compris que cette artiste ne souhaite pas me rencontrer pour écouter mes intentions.

Ils sont entourés de gens « d’affaire ». Dès lors qu’un projet les concernant est indépendant de leur volonté, ils ne peuvent pas y adhérer parce que les gens autour savent que ça ne leur rapportera rien. Or, je crois qu'une biographie contribue à maintenir la notoriété de l'artiste d'une façon, à condition qu'elle ne soit pas à charge évidemment. Ils veulent tout gérer et avoir  la main mise sur tout, ça peut se comprendre. Ils ne parviennent pas à intégrer le côté public de leur image. Des artistes comme Johnny Hallyday ou Nicola Sirkis s’en foutent. Ils ont intégré qu’ils étaient célèbres. A chaque nouveau disque, il y a dix livres qui sortent sur eux, ils savent que ça fait partie du truc. D'autant que ma démarche n'est pas d'aller fouiller dans les poubelles mais d'une façon rendre hommage au talent et analyser les clés du succès.

Tu as pourtant proposé à Zaz un droit de regard sur ce que tu as écrit.

Oui. Et je tiens à préciser que très peu de biographes le font avec le sujet de leur livre. Moi, je me suis mis à sa disposition, je lui ai  proposé de retoquer d’éventuelles informations injustes. Elle était d'accord sur le principe. Je ne comprends pas pourquoi, elle s’est braquée soudainement. Avec Zaz, un coup, c’était oui, un coup c’était non. Je l’ai mal vécu.

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

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Juin 2010, tournage interview pour MusiqueMag.com

Moi, j’ai eu des portes fermées de proches à cause de Louane (ou de son entourage). Et toi ?

Bien sûr. Beaucoup m’ont dit qu’ils ne parleraient pas sans son autorisation. Certains ont annulé le jour J sans explication. Il y en a qui m’ont parlé mais en me demandant de ne pas citer leur nom. Par exemple, tous les groupes du début par lesquels elle est passée étaient frileux. A l'inverse, d'autres n'ont eu aucun mal à me parler car ils savaient où se situaient leurs limites.

Tu as eu Hugues Aufray, Francis Lalanne, Didier Barvelivien, Pétula Clark, Charles Dumont, Marie-Paule Belle, Charles Aznavour… du beau monde.

J’ai eu Charles Dumont (qui a écrit « Non, je ne regrette rien » et « Mon Dieu » d’Edith Piaf) parce qu’à l’étranger, elle est considérée comme la nouvelle Piaf, Marie-Paule Belle parce que Zaz à repris « La parisienne » sur son album Paris, Petula Clark parce qu’elle avait fait des déclarations sur elle dithyrambiques. Aznavour a fait un duo avec Zaz sur l’album Paris. Bref, il y a toujours un rapport, un lien, entre les gens interviewés et l’artiste.

Faut-il aimer son personnage pour écrire un livre sur lui ?

Un minimum, parce qu’on vit beaucoup de temps avec lui. Écrire une biographie, c'est vivre plusieurs mois avec l'artiste, écouter ses disques, ses interviews, donc il est préférable de l'apprécier un minimum sinon c'est compliqué je pense. C’est une forme d’engagement quand on écrit sur quelqu’un. Il faut apporter quelque chose de nouveau dans l'analyse et l'information quand le sujet fait déjà l’objet de plusieurs bouquins, sinon, ça devient une arnaque maquillée.

A une semaine d’écart, nous avons commencé dans la même maison d’édition les livres sur les artistes. Depuis que j’ai pénétré dans  ce milieu, j’ai constaté qu’il y avait une « mafia » des biographes. Je ne suis pas certain que l’on nous considère d’un bon œil.

J’ai remarqué que devant, ça pouvait faire des courbettes, mais que derrière, ça cassait un peu. Moi, je me suis lancé là-dedans sans penser que c’était un métier. Je pensais que c’était une activité annexe au journalisme ou autres, un vrai truc dilettante. J’ai constaté que certains en vivaient, souvent difficilement. Beaucoup n’acceptent pas que des nouveaux rentrent dans la ronde. Mais faut bien se l'avouer, écrivain ou biographe comme artiste, ce sont des métiers très individualistes. Il faut l'intégrer. On peut nouer des sympathies les uns les autres mais le combat ou la lutte pour courir derrière les contrats d'éditions est le même. Une fois qu'on a compris, c'est sans rancune.

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Pendant l'interview...

Tu écris sur qui en ce moment ?

Sur Alain Souchon.

Il y a déjà des livres sur lui. Qu’apportes-tu de plus que les autres ?

J’apporte la vue d’un jeune homme né dans les années 80 qui est fan de Souchon. J’ai beaucoup enquêté et j’ai eu de nombreux témoignages de personnes ayant travaillé longtemps avec lui. Il y a eu un livre paru sur lui, il y a deux ans, tout n’a pas été dit. C’est peu de le dire, tout juste les « grandes lignes » de sa carrière. 

Que faut-il pour être un bon biographe ?

Il faut être un peu audacieux. Il faut s’atteler à fouiller chaque période de la vie de l‘artiste sur lequel tu travailles. Il faut éclairer chaque moment fort, pousser l’information à son paroxysme.

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Avec  Thomas Chaline, chez moi, le 31 août 2017, chez moi.