Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02 juin 2015

Théophile Ardy :interview pour Mon petit coin de paradis

20930_1437660189877431_1516237779399436129_n.jpg

11178377_1439760043000779_517607473724056196_n.jpgAlain Pilot, l’animateur de l’excellente émission d’RFI, La bande passante, dit de Théophile Ardy : C'est une belle découverte, comme il en arrive parfois au détour d'un chemin... Théophile Ardy, ce nom vous est peut-être étranger, pourtant c'est un auteur à fleur de peau, qui sait nous faire transpirer ses émotions dans des élans de rock purs et durs, transporté par des textes percutants et écorchés, un artiste-artisan planant qui ne demande qu'à être découvert ! 

Il a raison Alain Pilot. Cet artiste qui a quinze ans de carrière professionnelle, quatre albums et des projets à revendre est d’un sacré haut niveau.

L’homme à un ton engagé, une voix un peu éraillée et pleine d’inflexions, des textes pas toujours très joyeux. Ses chansons sont des analyses de la société sur des mélodies légères, dynamiques et efficaces. Au programme, beaucoup de désillusions et quelques lueurs. C’est beau.

J’ai rencontré Théophile Ardy lors de ma seconde mandorisation de Romain Lateltin. Ils sont arrivés ensemble à l’agence. J’avais entendu parler de lui, mais je n’avais jamais écouté son œuvre. Je l’ai découvert quelques jours plus tard. Et j’ai beaucoup aimé.

Comme il vient de sortir son nouvel album, Mon petit coin de paradis, il y a quelques jours, je lui ai demandé de repasser à l’agence, mais cette fois-ci seul. C’est ce qu’il a fait le 22 avril dernier.

Biographie officielle :3760151854200_600.jpg

« Nourris aux rimes tendres et universelles d'Alain Souchon (mandorisé là), marqué au fer rouge de l'époque, il joue avec les clichés du bonheur et en extrait l'essence, dans l'instant, au cœur des autres. »

Auteur-compositeur-interprète né à Lyon, Théophile Ardy commence à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie, le pays de son enfance. De retour en France, il écrit ses premières chansons à l’âge de 15 ans et choisi un pseudonyme empruntant aux racines supposés de son nom de famille des références qui lui sont chères : variété française, poésie, spiritualité. Il entame ainsi un long cheminement musical et humain dont ce 4e album est le fruit.

Au travers d’une expérience de vie le menant d’un sentiment d’ultra moderne solitude à celui d’indépendance, Théophile Ardy témoigne de la fin d’un monde. Le sourie en coin, le goût des autres en ciment, il chante une vibrante métaphore de l’humanité.

DSC00266.JPGInterview :

Tu as commencé à chanter dans la chorale d’une mission française en Tunisie. Que faisais-tu là-bas ?

Mon père était homme d’affaire, ingénieur. On est parti avec toute la famille dans ce pays, un peu à l’aventure, pour que mon père puisse monter une boite. J’avais six ans et j’étais dans une mission française dans laquelle il y avait une chorale. J’ai commencé la musique en chantant du Brassens dans un chœur d’enfants.

A 15 ans, tu t’es mis à écrire des poèmes.

Il se trouve que j’avais des facilités littéraires. Je voyais de la reconnaissance dans les yeux de mes parents quand j’écrivais. L’attrait pour les textes est d’ailleurs venu des yeux brillants de mes parents quand ils lisaient ce que j’écrivais. Mon père se demandait d’où venaient ce « talent » et cette passion pour les mots.

Tu racontais quoi ?

Il y avait déjà un vernis d’observation de la société. Nous parlions beaucoup en famille, cela m’inspirait des textes.

"Aux quatre vents", enregistré dans le Backstage en 2015.

a.jpg

Pendant l'interview (1).

Avant de sortir ton premier disque, tu as fait quoi ?

J’ai fait quelques erreurs (rires). Un an après avoir démarré sur les scènes lyonnaises, je me suis retrouvé au Transbordeur de Lyon, en tête d’affiche. Je suis allé un peu trop vite. J’ai fait un concert intéressant, les gens présents ont beaucoup apprécié, mais il n’y avait pas grand monde dans la salle. Donc, dans ma région, je me suis un peu brûlé les ailes. Tout le monde m’avait prévenu de ne pas faire ça… et tout le monde avait raison. Je me suis forgé une réputation de petit artiste prétentieux. Cela dit j’avais fait trente cafés concerts avant le Transbordeur. J’étais confiant parce que six mois avant j’avais rempli Le Chaos, une salle de 600 places. J’ai donc constaté que de 600 à 2000, il y avait un monde. Tu ne remplis pas une salle comme cela !

Aujourd’hui, tu es devenu ton propre producteur avec Romain Lateltin. Elle est bien cette association de deux artistes.

Oui, nous nous entendons très bien. On va chercher les gens où ils sont. Nous faisons des concerts à domicile ou dans les médiathèques par exemple. On joue devant des petits comités, on vend nos disques, on fait des rencontres « vivantes » qu’on entretient ensuite par mail… on tente de convaincre les gens, les uns après les autres. On a remplacé la quantité par la qualité.

Théophile Ardy en live (extraits). Une grande voix et un sens inné de la mélodie.

Ce que j’aime dans ton disque, c’est que dès la première écoute, on retient la mélodie. J’ai l’impression qu’il est truffé de tubes potentiels.

Je viens de la scène, alors, je pense à la scène. Sur ce disque coréalisé avec Christian Morfin, j’ai fait un vrai travail de studio et c’est un vrai effort pour moi. Je sais que si j’ai un bon refrain, les gens vont être immédiatement avec moi et peut-être même chanter. Une chanson, j’aime bien qu’elle permette d’être en communion avec le public.

« Le goût des autres » est une chanson sur la tolérance que l’on devrait avoir les uns envers les autres.

Le minimum, pour moi, c’est la tolérance. Au mieux, c’est la curiosité et le top, c’est le goût. Se tolérer, c’est vivre à côté des uns et des autres. Moi, je suis comme tout le monde, j’aime bien rester dans mon coin, mais les concerts à domicile m’ont obligé à aller vers les autres, et finalement, j’ai pris conscience à quel point cela fait partie des moments où je suis le plus heureux.

"Majorité silencieuse", enregistré dans le Backstage en avril 2015.

DSC00261.JPG

Pendant l'interview (2).

Il y a deux chansons qui se suivent « La majorité silencieuse » et « Aux quatre vents ». Dans la seconde, tu dis le contraire de la première. Ce sont deux personnages différents, l’un est désabusé, l’autre fait une déclaration d’amour à la vie.

Ces deux personnages me ressemblent beaucoup. J’ai deux visions de la vie. Une positive et une négative. D’un côté, je trouve absurde la vie et de l’autre, j’ai plein d’espoir pour l’avenir. Dans « La majorité silencieuse » je demande aux gens de sortir de l’isolement. Il ne faut pas rester trop dans sa bulle. « Aux quatre vents », c’est la bulle de vie.

Aimes-tu que des personnes s’approprient tes chansons ?

Bien sûr. Quand je ressens une émotion et que j’arrive à la transmettre et à la partager avec quelqu’un, je me dis que j’ai réussi ce que je voulais. Ce sont des moments magiques. Si quelqu’un a ressenti une émotion qui n’est pas celle que j’ai voulu transmettre, c’est encore plus magique. Je perds le contrôle et j’aime ça.

Pourquoi fais-tu ce métier ?

Je suis de nature cartésienne, ce métier me permet d’explorer mes zones d’ombre. Je fais de la chanson parce que j’explore l’émotion. Quand l’émotion est partagée avec le public, alors là, c’est encore plus puissant.

Quel est ton prochain projet musical ?

Un nouveau projet en duo avec Romain Lateltin. En tout, 10 titres. Des chansons avec des beats electro.

DSC00268.JPG

Après l'interview, le 22 avril dernier.

10 mai 2014

Romain Lateltin (et un peu Théophile Ardy) : interview pour Pas de chichi entre nous

1452321_10202723299667955_368471162_n.jpg

Dans ma première mandorisation de Romain Lateltin (en juillet 2012 pour Le râleur made in France), j’expliquais pourquoi j’aimais cet artiste. Il avait un côté irrévérencieux, ironique, drôle et classe assez impressionnant. L’artiste vient de sortir un nouvel album, Pas de chichi entre nous, dans lequel il se présente sous un autre jour. Tendre, émouvant, nostalgique et profond. Un album très fort, autant mélodiquement que textuellement, qui rend honneur à la belle chanson française.

Le 14 février dernier, Romain Lateltin est venu à l’agence avec sa team presque au complet, dont l’auteur-compositeur-interprète Théophile Ardy (à qui j’ai aussi posé des questions).

Romain Lateltin.jpgArgumentaire officiel de Pas de chichi entre nous:

À contre-courant d'une époque qui associe exigence avec performance, Romain Lateltin préfère application et sincérité. Il nous propose une parenthèse douce et sucrée, un moment de délectation sans chichi, une pause bien méritée pour qui veut retrouver son âme d'enfant.
Le râleur de l'album précédent laisse désormais place au rêveur apaisé qui retrouve, dans le souvenir d'une jeunesse candide, la joie des bonheurs partagés, de la tendresse et des plaisirs simples.
Pas de chichi entre nous vous rappelle qui vous étiez, vous fait aimer qui vous êtes et vous donne le sourire d'être là, à savourer l'existence comme on dévore des bonbons. Un régal, tout bonnement.

e9c07a8ea6415cbefce8189ff2029a8d.jpg

Interview :

Tu as financé ton troisième album par le biais d’un site participatif. Au début, il me semble que tu étais un peu réfractaire à ce système.

Je n’osais pas. C’est toujours gênant de demander de l’argent aux amis, à la famille, aux collègues, aux connaissances… Mais, il faut bien l’avouer, c’est très pratique et surtout, j’ai eu de belles surprises. Des gens que je ne connaissais pas ou des gens que je connaissais très peu ont participé aussi. Parfois de manière conséquence.

C’est réconfortant, rassurant et motivant, non ?

Cela permet d’être serein financièrement et ce n’est pas un détail. Mais, ça te force aussi à proposer autre chose. J’ai sorti par exemple des clés USB, un coffret collector en format vinyle avec des cartes grand-formats…

Tu as gardé la même équipe que d’habitude.

Je travaille quasiment avec les mêmes personnes depuis le début. Notamment Christian Morfin qui réalise tous mes albums. Il évolue, j’évolue, ma voix évolue. Fred Gayot, avec qui j’écris les textes, a lui aussi beaucoup évolué. Je veux dire par là que nous avons tous avancé et progressé depuis le précédent album Râleur made in France.

Clip de "Pas de chichi entre nous".

97da97c82c0ca0ccd52eb2f99d41b1e4.jpgCe nouvel album est plus poétique, moins premier degré.

Je suis content que tu me dises cela. Il est plus poétique, mais aussi plus nostalgique et plus gourmand, il me semble.

Pourquoi fais-tu à chaque fois des albums conceptuels ?

J’aime bien quand il se passe quelque chose du début à la fin.

Pourquoi y a-t-il des instrus ?

Pour créer l’imagination chez ceux qui écoutent. Ce sont des pauses pour qu’ils réfléchissent sur ce qui a été dit entre deux titres. Pour moi, un album, c’est comme un livre, une série, un film, une nouvelle. Je ne conçois pas un disque sans un fil conducteur, sans un début et une fin qui se tiennent.

Ce virage vers l’enfance, ça vient de quoi ?

Je suis devenu papa. Cet album-là en est la conséquence. À force de regarder son enfant, on se rappelle de sa propre enfance. Je me suis projeté de nouveau dans ma jeunesse, dans les relations que j’ai eues avec mes parents. Beaucoup de souvenirs sont remontés à la surface.

As-tu décidé d’aborder le thème de l’enfance très vite ?

Le premier titre que j’ai trouvé pour cet album est « Principes et bienséance ». J’y raconte que je viens d’une famille plutôt traditionnelle dans laquelle on ne disait pas trop « je t’aime ». Tout est parti de cette chanson. Malgré le fait que tous mes albums soient conceptuels, au départ, rien n’est réfléchi. Je me laisse porter par l’inspiration et finalement, les chansons se relient entre elles. 

DSC08815.JPG

Tu n’es pas un solitaire dans la création.

Musicalement, si. Pour les textes, je ne le suis plus depuis Le râleur made in France. Par contre, pour les arrangements, j’aime bien laisser la place aux autres musiciens, tout en sachant ce que je veux quand même.

Je sais que tu as beaucoup d’attachement envers ton album précédent, Le râleur made in France. Cela dit, je trouve Pas de chichi entre nous beaucoup mieux produit, beaucoup plus professionnel.

Tout le monde me le dit, à commencer par mon entourage musical qui est plutôt franc avec moi. Pour le moment, je n’ai eu aucun retour négatif. Peut-être que ceux qui n’aiment pas ne me le disent pas, mais je suis épargné des mauvaises critiques. Je suis mal placé pour dire que cet album est bon, mais je suis fier de lui. On a passé un an à le faire parce que nous sommes des perfectionnistes et des éternels insatisfaits.

Beaucoup d’artistes, entre deux albums, sortent des EP. Pas toi.

Nous, on voulait sortir un vrai album directement. À l’ancienne. En prenant le temps de faire les choses. La chanson « L’art du travail bien fait » semble marquer les gens qui ont écouté cet album… c’est vraiment la philosophie de ce que nous sommes maintenant et de ce que nous faisons avec le label que nous avons monté. Nous essayons d’être le plus en accord avec nous même.  

20140214_163911.jpg

Cet album est une autre facette de toi. Le râleur laisse la place à l’homme tendre.

L’homme tendre était déjà là sur mon tout premier album, A l’intérieur de soi-même. Sur Pas de chichi entre nous, le côté plus tendre, poétique, profond et nostalgique est particulièrement présent, je te l’accorde. En fait, ce nouveau disque, c’est juste l’enfance du râleur. J’ai un côté râleur en vrai, mais j’ai été aussi l’enfant de ce nouvel album.

Une chanson comme « Les dollars » est faussement naïve. En fait, tu dis beaucoup de choses importantes et sociétales dans tes chansons, mine de rien.

Pour faire passer un message, de temps en temps, il faut parvenir à faire croire qu’on est un peu futile ou naïf. Tu as le choix avec mes textes. Soit tu prends tout au premier degré, soit tu grattes un peu et tu vas plus loin. Tous les sujets ont été évoqués dans les chansons. L’enfance, l’amour, la paternité… je n’ai rien inventé. Il faut juste trouver l’angle original pour en parler.

Parle-moi de Théophile Ardy qui est venu avec toi aujourd’hui.

C’est un artiste avec lequel j’ai monté un label, Amstar Prod. On se connait depuis longtemps, on s’est dit qu’on allait se mutualiser, se structurer professionnellement. Du coup, en ce moment, on fait des co-plateaux sur Paris et on envisage de produire d’autres artistes plus tard si le label se porte bien. Pour le moment, nous semons, nous arrosons, mais nous ne savons pas quand ça va pousser. C’est la nature qui fait le reste.

flyer.jpg

Théophile, raconte-moi comment tu as décidé de t’allier avec Romain.DSC08813.JPG

On se connait depuis 10 ans. Nous nous sommes croisés dans des concours, des tremplins, des concerts. Bref, nous nous sommes toujours suivis. Nous prenions souvent l’autre en première partie de nos concerts. Un échange de bon procédé, ou plutôt, une forme d’entraide qui nous plaisait beaucoup. Romain et moi, c’est presque un Pacs artistique. Dernièrement, on a voulu aller un peu plus loin en montant ce label, parce que nous avons la sensation de multiplier le fruit de nos efforts par dix. Tout va beaucoup plus vite. On se complète et on complète nos forces. À la base, j’ai plus de sensibilité scénique et Romain m’a beaucoup apporté de sensibilité à la musique enregistrée. Nous nous sommes échangés nos spécificités.

Théophile, comme Romain est mon invité principal aujourd’hui, peux-tu me dire ce que tu penses de lui professionnellement.

Quand il a enregistré ce dernier album, parfois je passais en studio. Je suis tombé amoureux de ce que j’ai entendu. C’était magique. Il y a un titre qui me tire la larme à chaque écoute, à chaque refrain, c’est la chanson dont il a parlé tout à l’heure, « L’art du travail bien fait ». C’est tout ce que je recherche dans une chanson. L’émotion captée, emprisonnée, qui se libère à chaque fois que tu appuies sur "play". En écoutant cet album, je me suis dit que Romain avait franchi un cran au-dessus. C’est un travail d’orfèvre vraiment très rare.

Théophile, avec votre structure, finalement, vous êtes producteurs  l’un de l’autre.

Oui, du coup, il y a beaucoup d’émulations entre nous. Et tout cela est basé sur l’humain. Romain est un garçon tout à fait charmant et, du coup, c’est facile de travailler avec lui.

Quelles sont vos différences, Théophile ?

On est complémentaire. Moi, je suis un peu rentre-dedans et lui, il est hyper diplomate. On n’a pas la même approche du métier, mais nous convergeons.

ulule.jpgEs-tu d’accord Romain ?

Oui, complètement. J’ai du mal à m’engueuler avec les gens. Les caractères des uns et des autres sont différents, il faut parvenir à s’adapter. Moi, j’aime les gens un peu barjots. Ceux qui m’entourent aujourd’hui le sont tous pour diverses raisons et différemment. Si moi, je suis un peu fade, je n’aime pas traîner avec des gens qui sont ainsi. J’aime bien être bousculé.

Je suis impressionné par ta pochette de disque.

C’est en partie grâce à toi, tu le sais. La dernière fois que je suis venu te voir, tu m’as dit que ce qui t’avait rebuté dans mon précédent disque, c’était la pochette… et tu m’avais incité à faire des efforts de ce côté-là. Ton conseil était constructif et je savais que c’était pour mon bien. Je me rends compte que lorsque les gens achètent le disque, ils sont heureux d’avoir ce bel objet. Je ne me rendais pas compte de cela avant. Tout est important. Le fond et la forme.

20140214_164606.jpg

Chrystèle Lacombe (voir ci-dessous), Théophile Ardy et Romain Lateltin. pendant l'interview.

Booking pour Romain et Théophile:
DES ROULETTES
Contacter Chrystèle Lascombes
clascombes@wanadoo.fr
T : 01 48 99 17 76 / 06 85 83 87 02