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23 décembre 2018

Aelle : interview pour son album AMOURS

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(Photo : Vanessa Moselle)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Après avoir participé à l’album STAFF (mandorisation là), Aelle sort son nouvel album, AMOURS. Si la France entière ne la connait pas encore, l’Alsace, (la jeune femme est mi-Bretonne, mi-Haut-Rhinoise) estime cette artiste depuis des années. Elle y joue la comédie, chante, met en scène et dirige la compagnie L’Indocile avec un certain succès.

Elle a pris 2 années pour faire naître les chansons d’AMOURS avec sa talentueuse équipe : Gino Monachello, Foes Vom Ameisedorf, Stephane Escoms, Etienne Kreisel et Sébastien Kanmacher, en première ligne. L’album a été réalisé, arrangé et mixé par David Husser (Depeche Mode, Indochine, Mylène Farmer, Rodolphe Burger...) J’ai lu quelque part : « Ses compositions personnelles et sa musiqueaelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview vous attrapent par les sentiments pour ne plus vous lâcher : un peu pop, un peu rock, sensible et sincère. »

Pas mieux. 

Rendez-vous est donné dans un bar parisien, le 12 décembre dernier. Aelle est venue accompagnée de celui qui a été mandorisé le plus de fois (une bonne dizaine), l’écrivain-auteur-chanteur-musicien Jérôme Attal (tous deux venaient de participer à une émission sur Sud Radio, Loft Music, pour évoquer l’album STAFF.) Puis il nous a laissé pour une interview en tête à tête.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewArgumentaire de presse (officiel) :

Il y a des rencontres qu’on n’oublie pas. Taillée pour le rire au bord des larmes, Aelle a ce quelque chose en plus, « possède l’étoffe des grandes. De celles au magnétisme fou qui n’ont qu’un dénominateur commun: savoir toucher le cœur ».

Petite, à la maison, elle entendait Brel, Ferré, du classique, et aussi beaucoup de rock des années 60-70. C’est de là que vient celle qui nous ouvre aujourd’hui les portes de son premier et nouvel album AMOURS. Les amours d’une vie, pluriels, riches, tortueux ou lumineux, déchirants et passionnés, ou bâtisseurs de tous les possibles. Il y a quelque chose de cinématographique dans le monde atypique d’Aelle. C’est d’ailleurs pour ces raisons que s’est imposé le rêve d’envergure d’enregistrer un orchestre symphonique sur certains titres. La plume est élégante et profonde pour cette originale chanson française pop aux paysages sonores puissants et organiques. Il y a de la sensibilité, et de l’ampleur qui en font une artiste au talent à part, contagieux et séduisant. On dit de cette fille aux yeux noirs comme des promesses, qu’elle a « le feu sacré des planches » !

Son site.

Sa page Facebook.

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(Photo Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewInterview :

C’est ton premier album ?

Oui. Même si j’en ai fait un premier en 2010. J’ai du mal à dire que c’était un disque à moi, car j’étais juste interprète. Je n’écrivais pas et ne composais pas. C’était ma première apparition sous mon nom de chanteuse. Je considère ce disque comme un essai. En 2013, j’ai sorti un EP avec 5 titres. Mais, vraiment, je revendique AMOURS comme mon premier album. J’ai écrit les paroles et je suis co-compositrice de tous les titres.

Tu es connue en Alsace pour tes deux activités, la musique et le théâtre.

Je n’ai pas envie d’en lâcher une pour l’autre. Ces deux passions font partie de ce que je suis. Cela m’apporte une richesse de vie. En France, se diversifier, ça paraît toujours louche parce que cela veut dire que l’on n’excelle pas dans tous les domaines.

Tu as d’ailleurs eu ton premier cachet en jouant et en chantant,  je crois. C’est un beau symbole.

Effectivement, j’ai commencé avec Les Troyennes de Sénèque. Dans cette pièce, il y a une partition et il fallait que je chante dans la langue des Troyens de l’époque.

Clip de "Elle ose", extrait de l'album AMOURS.

Quand on est chanteuse, le fait d’être comédienne sert-il à quelque chose ? (Photo : Daniels Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Après les concerts, on m’a beaucoup dit « ça se voit que vous êtes comédienne ! » C’est gentil, mais je ne suis pas d’accord. Je n’ai pas l’impression de jouer la comédie quand je chante mes chansons. En concert, je suis plus proche de moi-même que quand je joue un rôle au théâtre. Je discerne bien ses deux activités. Quand je chante, avec ma voix,  je ressens comme une vraie mise à nue.

J’ai l’impression que cette impression de nudité se niche plus dans ta voix que dans tes textes… alors que ces derniers sont très personnels.

J’ai l’impression que, grâce à la voix, la chanson impacte la transmission d’une vérité, d’une fragilité, d’une mise à nue plus importante. Parfois, je me demande pourquoi je fais ce métier (rires).

Je te le demande alors. Pourquoi fais-tu ce métier ?

La vraie raison ou la raison qui fait bien dans les interviews ?

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(Photos : Paola Guigou)

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewLa vraie, je préfère.

Je dis toujours la vérité (sourire). Ce métier est avant tout un métier de partage et de transmission d’émotions, c’est ce qui fait beau sur le papier, mais c’est vrai. Après, je pense profondément que tous les artistes qui montent sur scène ont besoin d’être aimé. Il faut être honnête là-dessus. Nous sommes en recherche d’un amour inconditionnel de la part d’un public. Etre chanteur, c’est quand même une drôle de posture. Il y a quelque chose de l’ordre du sacré. C’est peut-être une réminiscence des cérémonies grecques de l’époque. L’artiste est le nouveau Dieu. Une foule est réunie dont la focale est orientée vers une seule personne qui généralement est un peu plus en hauteur et qui serait censée avoir un truc différent des autres.

Je suis d’accord avec toi, mais tu es la seule à m’avoir dit ça si clairement. Es-tu à la recherche d’une forte notoriété ?

Je te l’ai écrit dans un message pour me présenter. Je n’ai pas de réseau, je ne connais personne dans le milieu, je suis une petite artisane qui travaille toute seule. Je ne crois pas être à la recherche de paillettes et de gloire, par contre j’aspire à ce que ma musique soit plus largement diffusée et à ce que je puisse chanter dans des conditions beaucoup plus faciles qu’aujourd’hui. Donc, ça suppose une mise en avant, une mise en lumière, une visibilité plus importante. On ne fait pas des chansons pour les chanter chez soi dans sa cuisine. On aspire tous à montrer ses chansons, les partager et rentrer dans la vie des gens.

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(Photo : Daniel Stanus)

Tu étais dans la promotion n°45 des Rencontres d’Astaffort, celle qui a pu faire un disque validé par aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interviewFrancis Cabrel. La classe, non ?

C'est une chance incroyable. Je suis bien tombée. De toute manière, même sans ce disque, on m’avait prévenu que j'allais prendre une grosse claque à Astaffort. Voix du Sud devrait prévoir une cellule psychologique pour quand on doit quitter le stage (rires). Nous sommes 11 jours déconnectés de tout dans cette école.

Ça t’a fait évoluer professionnellement ?

Ça m’a secoué dans mes réflexes d’écriture. Je me suis complètement remise en question. J’avais envie de refaire entièrement mon disque en sortant, ce que je n’ai pas fait, car il était terminé. Les Rencontres d’Astaffort, c’était très riche et bénéfique. La sève des Rencontres, c’est de mêler les solitudes pour voir ce qu’il se passe de créatif. Le fait d’avoir vécu cette aventure dans la promotion des stagiaires ayant pu faire un disque, c’est gravé à jamais en moi. Je suis allée à Astaffort pour vivre chaque seconde intensément… de toute façon, je ne peux rien vivre à moitié.

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Aelle avec notamment Francis Cabrel et Julien Doré lors des 45e Rencontres d'Astaffort.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Parlons de ton disque. Comme son nom l’indique, tu y abordes toutes sortes d’amours.

Les amours que nous traversons, qu’ils soient positifs ou qu’ils se finissent mal, font partie de notre chemin. Ils nous construisent. Je suis une passionnée, je vis les choses passionnément, je suis sur scène passionnément, je vis ma vie passionnément et donc, il y a des écueils et des chutes… mais pas que.

Dans ta chanson « J’ai décidé », tu chantes « le corps que j’habite n’a pas froid aux yeux ». Te considères-tu comme une femme libre et libérée ?

Il y a quatre ans,  je n’aurais pas dit la même chose, aujourd’hui, je commence à me connaître. J’ai grandi, j’ai évolué. La vision que j’avais de moi petite fille n’est pas celle qui finalement existe aujourd’hui. C’est le cadeau merveilleux de la vie. On est aussi là pour se cogner.

Pourquoi « amours» au pluriel ?

Je n’ai pas la prétention de ne donner qu’une seule vision de l’amour. Il y a plusieurs approches, plusieurs angles pour parler d’amour : la fidélité, l’infidélité, les amours… c’est ce qui construit une vie, un chemin. Je pourrais écrire 14 albums sur l’amour. On n’a jamais fini d’écrire sur ce thème. 55 chansons sur 56 qui passent à la radio parlent d’amour. 

Images des résidences de travail d'Aelle à l'Espace Culturel de Vendenheim et à l'Espace Tival pour le live de l'album "AMOURS". Images et montage Marc Muller.

Dans « Je n’oublie pas », il y a de la hargne dans ta façon de chanter. (Photo : Daniel Stanus)aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview

Oui, comme si j’étais une guerrière. C’est marrant, c’est sur cette chanson que la rencontre s’est faite avec Philippe Prohom (mandorisé là). Il est venu en janvier 2017 m’aider à travailler sur la mise en scène du spectacle. Il m’a fait pleurer sur cette chanson, je me suis écroulée devant les musiciens qui m’avaient toujours vu très forte. Il me disait sans cesse « mais qu’est-ce que tu veux dire dans cette chanson ? » C’est une chanson de guerrière, mais c’est aussi un cri d’amour désespéré.

"Kong" est une chanson très rock. Il fallait ça pour évoquer King Kong, « qui a porté aux nues, une blonde ingénue » ?

Cette chanson est à part dans le disque. Elle existe depuis longtemps. En concert, elle impacte beaucoup parce qu’elle a une couleur différente des autres titres. C’est un angle d’attaque pour l’amour qui était intéressant. Le plus grand amoureux de tous les temps, c’est King Kong. Il se heurte à la vie, aux codes, à la bien-pensance, à la société. C’est un bel amoureux.

Puisque tu parles d’amoureux, il y a une chanson qui s’appelle « L’amoureux ». Un amoureux déçu peut être très méchant…

Je raconte la difficulté de garder une bonne relation avec l’autre quand l’histoire d’amour est terminée. Il arrive que la vie ne permette pas que certains amours puissent se vivre. Il faut faire avec ça.

Séance d'enregistrement au Studio St-Germain à Paris + "L'amoureux", extrait de l'album AMOURS.

aelle,amours,rencontres d'astaffort,staff,interview(Photo : Daniel Stanus) Il y a un orchestre symphonique sur cette chanson.

Sur « Où nous sommes » également. Entendre sa musique jouer par un symphonique, c’est un rêve réalisé. 

Ce disque est superbement produit.

Je l’ai voulu massif, dense avec de la matière. Il y a donc du monde derrière.

Dans la vie, tu es pudique ?

Je suis pudique dans la souffrance. Je suis très secrète concernant mes problèmes. Mon éducation fait que j’ai peur d’embêter les gens avec mes soucis. Par contre je témoigne très facilement mon amour. Je dis aux gens que j’aime que je les aime. Il  y a tellement de façons d’aimer que c’est beau de le dire et c’est beau de le vivre.

Artiste, c’est le plus beau métier du monde ?

Je pense que oui (rires). Je me sens à la place où je devais être. Je n’ai pas de doute sur cela. Je doute à peu près une seconde sur deux, mais je sais profondément que je prends le bon chemin.

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A la fin de l'interview, le 12 décembre 2018.

19 novembre 2018

Thomas Cogny, Arthur Le Forestier et Bruno Guglielmi : interview pour l'album de STAFF

thomas cogny,bruno guglielmi

« STAFF, c’est la contraction d’Astaffort » explique le dossier de presse. « L’esprit et l’âme de ces rencontres entre créateurs de musiques actuelles, auteurs et compositeurs de chansons, imaginées et créées par Francis Cabrel (mandorisé là) et organisées par l’association Voix du Sud depuis 1994 (dont je parle en détail ici). Le génie de cette initiative : repérer, encourager les talents, et associer les forces d’auteurs compositeurs aux parcours différents. Les allier dans un seul but : provoquer de l’étincelle, de l’inspiration, et constituer un collectif autour de la création d’œuvres musicales. »

Pour la première fois, un album vient donc concrétiser les chansons produites par la parfaite harmonie de l’équipe formée pour les 45èmes rencontres parrainées par Julien Doré (mandorisé là) en septembre 2017. Thomas Cogny a assuré la cohésion musicale en arrangeant et réalisant l’album, secondé par Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier. J’ai rencontré ces trois artistes le 31 octobre dernier dans un café de la capitale.

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L'équipe de STAFF.

Qui est STAFF  (extrait de l’argumentaire de presse officiel)?

Qui sont ces 13 artistes qui composent le groupe ? Fidélité à l’esprit d’Astaffort, ils viennent des quatre coins de la francophonie et développent tous séparément un projet en tant qu’auteur, compositeur ou/et interprète. La plupart ne se connaissaient pas, certains si peu, et les voici réunis dans la même aventure, prêts pour dix jours d’odyssée enchantée : La franco-ontarienne Céleste Lévis, la diva pop Stellia Koumba d’origine gabonaise qui s’est fait remarquer par un spectacle dédié à Édith Piaf, la chanteuse et comédienne Aelle, les deux sœurs d’origine malgache Antsa & Mendrika, le belge Quentin Maquet leader du groupe de country folk Dalton Telegram, le guitariste Cheveu, l’auteur et multi-instrumentiste Bruno Guglielmi qui a notamment écrit plusieurs chansons pour Julien Clerc, le chanteur Arthur Le Forestier, le trublion de l’électro acoustique Ben Michel, le chanteur tarbais Baptiste Braman, le musicien pop à voix haut perchée Valentin, le très bashungien Grimme qui pour la première fois chante en français, et enfin le guitariste Thomas Cogny.

Staff.jpgLe disque (extrait de l’argumentaire de presse officiel) :

L’idéal de l’entreprise est respecté : chacun donne le meilleur de soi dans l’intérêt du collectif. Au gré des créations, les artistes se croisent, les sensibilités se frôlent et s’additionnent, des duos, des trios se composent, les forces se répondent et se multiplient. De ces alliances inédites naissent des textes et des musiques originaux qui ont pour dénominateur commun la joie de créer ensemble. Cette énergie et cet idéal se retrouvent dans les chansons :

Ce qui frappe à l’écoute de ces titres, c’est leur grande diversité et leur belle exigence. En confiance, chacun donne le meilleur de soi. C’est le message des deux chansons citées, mais on pourrait parler aussi de la pureté classique de Les coups de peinture, du surréaliste et trippant : « Victoria », du fédérateur à l’esthétique country : « Dans mes yeux », ou de la fausse légèreté réjouissante de ce constat improbable : « C’est l’heure où toutes les meufs appellent pour dire bonne nuit ». L’humour n’est jamais loin, la volonté de faire des chansons qui restent dans la tête – et dans le temps - omniprésente.

Le STAFF s’est mis au service des chansons, a bénéficié des conditions créées par Francis Cabrel et de la bienveillance experte de Julien Doré.

Un album à la fois éclectique et tenu par la force, la vitalité de faire de la musique ensemble.

Francis Cabrel explique le projet STAFF.

IMG_7206.JPGInterview :

Ce sont les Rencontres d’Astaffort qui vous ont réuni. Pourquoi avez-vous participé à ces « rencontres » ?

Bruno Guglielmi : C’est Anne-Claire Gaslene qui nous a proposé de vivre cette aventure.

Arthur Le Forestier : On me l’avait proposé une première fois quand j’avais 20 ans, mais je ne me sentais pas du tout faire ce genre de chose. Année après année, j’entendais beaucoup de bien de ces Rencontres. A chaque fois que je croisais Anne-Claire ou Francis Cabrel, ils me demandaient quand j’allais venir. La dernière fois que cette proposition m’a été faite, avec Bruno, nous avons accepté.

Bruno Guglielmi : Il y a aussi Benoit Dorémus (mandorisé là) qui m’en avait parlé. Il a achevé de me convaincre. Parce que je suis un animal un peu farouche, ça ne me tentait absolument pas. Il a su trouver le mot pour m’inciter à accepter. Je n’avais pas envie de sortir de chez moi pour frotter mon expérience à celles des autres. Aujourd’hui, je ne regrette pas.

Thomas Cogny : C’est la première fois que je faisais les Rencontres mais cela faisait trois fois que j’allais à Voix du Sud pour les « Répertoires ». En discutant avec Pascal Bagnara et Béatrice Pontens, ils m’ont très fortement conseillé de participer aux 45e Rencontres. Du coup, j’y suis allé avec mon pote Baptiste Braman.

Bruno Guglielmi : Je me souviens qu’avec Arthur, sur la route, on hésitait encore jusqu’au dernier moment. Nous étions fébriles. Arthur s’arrêtait sur chaque station d’autoroute pour faire demi-tour. On se demandait pourquoi on allait s’infliger une peine pareille… et évidemment, dès que nous sommes arrivés, notre angoisse s’est envolée.

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Francis Cabrel et le groupe lors de la présentation de l'album STAFF aux Nuits de Champagne, le 25 octobre 2018.

arthur-le-forestier © Magda Lates.jpgEt comment ça s’est passé ? (Photo à droite : Arthur le Forestier par Magda Lates)

Arthur Le Forestier : Ce qui est rigolo, c’est que nous travaillons beaucoup ensemble dans la vie avec Bruno. A Astaffort, la première semaine, nous n’avons eu aucune collaboration commune. Le premier jour, ça s’est bien passé au niveau de l’écriture. De belles choses sont sorties. Mais le lendemain a été terrifiant.

Bruno Guglielmi : Jérôme Attal (mandorisé là) nous a mis un petite claque. Il nous a dit que ça n’allait pas du tout. Et effectivement, c’était beaucoup moins bien que la veille, alors ça nous a fait du bien d’être « brusqué » un peu.

Arthur Le Forestier : Quand on écrit à plusieurs, il faut mettre son ego au placard.

Bruno Guglielmi : J’ai une technique d’écriture, une méthode bien à moi. Quand un formateur comme Jérôme Attal, pour lequel j’ai un profond respect mais qui n’a pas du tout la même façon d’écrire que moi, te dit « franchement, ça, ce n’est pas bien ! », il faut savoir l’entendre et ravaler sa fierté. Au fond, ça fait même du bien de sortir de ses habitudes, surtout que ces réflexions sont dites avec bienveillances et nous savons que c’est pour le bien du groupe. Ce n’est jamais gratuit.

Le troisième jour, ça s’est mieux déroulé ?

Arthur Le Forestier : Oui, on avait récupéré et à partir de ce moment-là, tout a roulé.

Courts extraits des chansons de STAFF en live.

Au final, Francis Cabrel a trouvé toutes les chansons qui ont été choisies pour le spectacle de fin de thomas-cogny.jpgstage extraordinaires. Et il ne dit pas cela à chaque fois. Vous aviez conscience vous-même que vous teniez là un sacré répertoire ? (Photo à droite : Thomas Cogny)

Thomas Cogny : Il a fallu qu’on nous le dise parce qu’on avait trop le nez dedans.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il y avait vraiment quelques chansons intéressantes, comme celle d’Arthur, « Les coups de peinture » ou « Les éoliennes » chanté par Antsa et Mendrika.

Thomas Cogny : J’insiste sur le fait que Francis Cabrel trouvait qu’il y avait surtout une belle cohésion dans le groupe, entre les chansons et les artistes que nous sommes.

Bruno Guglielmi : Il y avait une belle unité, mais en plus Francis Cabrel a vite repéré que Thomas avait des capacités de réalisateur. Il avait déjà fait des petites productions avec son ordi. Bref Francis a dû se dire qu’il y avait des chansons vraiment valables, que le groupe se tenait et qu’il y avait un mec qui pouvait tenir tout ça.

Thomas Cogny : En plus, dans le groupe, il y avait un bassiste, des guitaristes, des pianistes, un batteur… on avait besoin d’aucun élément extérieur. Juste Julien Lebart (intervenant « musiques » des Rencontres d’Astaffort) a participé au clavier et j’ai beaucoup aimé sa façon très moderne d’appréhender les morceaux.

La réalisation de l'album par Thomas Cogny, Bruno Guglielmi et Arthur Le Forestier.

bruno-guglielmi © Magda Lates .jpgComment vous a-t-on annoncé qu’il y aurait un album ? (Photo à gauche : Bruno Guglielmi par Magda Lates)

Thomas Cogny : Toi qui passe parfois à Astaffort, tu sais comment ça se passe en fin de soirée après le spectacle. On est dans l’euphorie… Avec Bruno, on a décidé d’aller voir Francis Cabrel.

Bruno Guglielmi : Excuse-moi, je te coupe, mais il nous avait dit avant : « ça serait bien de faire un CD ». Nous, nous exultions, mais il n’est pas revenu sur la question.

Thomas Cogny : Du coup, on se chauffait tous depuis deux jours pour cette histoire d’éventuel CD. Avec Bruno, nous sommes donc allés lui demander comment ça allait se passer pour ce disque.

Bruno Guglielmi : On savait qu’il fallait saisir cette chance avant qu’il quitte la soirée. On lui a dit qu’on pouvait le faire. L’idée était qu’il fallait qu’il ait confiance en nous et en notre capacité à mener à bien ce projet. Tout de suite, il nous a dit que c’était faisable, que l’on pouvait loger à Voix du Sud, qu’on allait s’arranger pour les repas… bref, on a eu l’impression que dans sa tête, la machine était en route.

Thomas Cogny : On a discuté un quart d’heure sur ce sujet et deux semaines après, on nous a appelés pour nous dire que le projet était accepté officiellement. Ils m’ont nommé réalisateur. Avec Arthur et Bruno on a très vite commencé à travailler sur l’album.

Clip de "Comme en exil".

Cabrel  vous a filé les clefs de son studio ? 14666269_10207794448720937_6764912578973596172_n (2).jpg(Photo à droite : Bibi avec Baptiste Braman et Thomas Cogny.)

Thomas Cogny : D’abord, on a mis tout en place avec Bruno et Arthur. Mise à part le fait d’arranger, nous nous sommes aussi occupés de tout l’aspect logistique. Faire le planning n’a pas été une mince affaire à cause de la disponibilité des uns et des autres. Nous nous sommes fixés d’enregistrer du 7 au 14 janvier 2018.

Bruno Guglielmi : Il fallait définir qui allait jouer quoi. Ensuite, nous avons préparé des maquettes bien ficelées pour que Francis Cabrel soit en confiance. On ne voulait pas le faire flipper en arrivant avec des guitares-voix. Thomas a bien gérer le truc et Arthur et moi étions les aides de camp.

Thomas Cogny : Quand tu dis que Cabrel nous a filé les clefs de son studio, c’est vrai, mais il y avait son ingénieur du son, Sébastien Bramardi, pour nous chapeauter. Il était à 100% avec nous quand il a vu que nous sommes arrivés avec des chansons bien avancées. Au début on devait être au studio à 9h30 et le quitter à 19h. Ce n’est jamais arrivé. On quittait le studio parfois à 4 heures du matin. Une semaine pour faire un album, c’était hyper chaud.

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Quelques membres du groupe.

IMG_20181025_205320.jpgIl a fallu que vous ménagiez la susceptibilité des 10 autres artistes, je présume. Répartir les chansons de manière à ce que personne ne se sente lésée.

Bruno Guglielmi : C’est Francis qui a fait le choix des chansons… c’était toutes celles du spectacle. On a juste enlevé deux titres. Tout le monde a sa chanson et nous nous sommes partagés les instruments. Ça a été plutôt simple.

Et un jour, il faut faire écouter à Francis Cabrel le résultat final. 

Thomas Cogny : Il venait tous les jours au studio, donc il a entendu l’évolution petit à petit.

Bruno Guglielmi : Il donnait son avis, mais discrètement. Il nous a vraiment laissé faire. Il a joué une guitare et des chœurs. Il est hyper cool. A son image. Je me souviens que quand Thomas avait besoin d’un effet, il était là : « Je vais te le chercher cet effet. Il partait chez lui et il revenait avec des effets qui ressortaient super bien. » Il nous a donné accès à toutes ses guitares. Accéder à toutes les guitares de Francis Cabrel, c’est le délire.

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STAFF sur scène.

Ces chansons ont été faites dans l’urgence lors des Rencontres. Avez-vous modifié certains textes pour le disque ?

Thomas Cogny : Ca nous est arrivé de revoir tous les aspects d’un morceau, ses structures, comme dans « New York »… mais très peu les textes. Sur « Sauve-moi », on est reparti de zéro parce que ça ne collait pas. On voulait vraiment que l’album soit parfait, juste et bon, manière aussi de faire honneur à ces Rencontres.

Avant de clore cette interview, pouvez-vous me dire quels sont vos projets respectifs ?

Arthur Le Forestier : Là, je travaille beaucoup sur l’album de mon père (Maxime Le Forestier, mandorisé ici) en tant que guitariste. Je suis un peu mono tâche, donc pour le moment, je ne me concentre qu’à cela.

Bruno Guglielmi : J’ai des chansons que j’ai envie de rassembler pour en faire un album. J’écris aussi pas mal pour d’autres artistes, mais je n’en parle pas tant que ce n’est pas validé. Je suis comme Arthur, je travaille sur un projet, ensuite, je passe au prochain. Là, je suis au stade de réflexion.

Thomas Cogny : Après cette expérience de réalisation et d’arrangement, ça m’a beaucoup plus. Je crois que je vais continuer dans ce domaine. Je fais des arrangements et je compose pour d’autres et aussi pour moi. Là, j’ai fait un arrangement avec pas mal de moyens pour un groupe qui vient de signer chez Universal, « « La dérive ».

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Avec (en haut) : Bruno Guglielmi et bibi. (En bas) Arthur Le Forestier et Thomas Cogny.

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