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13 octobre 2016

Scotch&Sofa : interview pour Ailleurs

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(Photo : Lisa Roze)

Formé il y a un peu plus de dix ans, le duo montpelliérain Scotch&Sofa publie un deuxième disque, Ailleurs. Romain Preuss (Scotch) et Chloé Monin (Sofa) ont clairement pris un chemin électro-pop. Pour les textes, le duo fait appel à des paroliers peu connus du grand public, comme Fabien Boeuf, Brazùk ou leur indispensable Céline Righi. Il est beaucoup question d'amour et de ses conséquences, mais rassurez-vous, ils sont très forts,  ils ne tombent jamais dans la guimauve. Il y a même beaucoup de profondeur. Sachez lire entre les lignes et découvrir les différentes strates textuelles et musicales.

Le 15 octobre, Scotch&Sofa seront au Divan du Monde pour la soirée de lancement de leur album.

Le 14 septembre dernier, j’ai reçu pour la seconde fois à l'agence (voir la première mandorisation là) ces deux artistes aussi talentueux que sympathiques.

scotch et sofa, ailleurs, romain preuss, chloé monin, interview, mandorBiographie officielle :

Après Par petits bouts, premier album raffiné qui posait les bases de leur univers, le duo Scotch&Sofa revient avec un disque aux allures d’invitation.

Invitation à découvrir ce genre de lieux qu’on aime garder précieusement secrets, autant qu’on souhaite les partager fièrement avec le plus grand nombre.

Réalisé par le duo et mixé par Yann Arnaud (Air, Syd Matters, Micky Green), Ailleurs se fraye de nouveau un chemin vers une pop élégante, luxuriante et immédiate.

Affranchi des formats traditionnels, le deuxième album de Scotch&Sofa ose les espaces instrumentaux épiques, et propose des textes explorateurs, aux niveaux de lecture multiples, ludiques ou poétiques, mais toujours touchants.

Producteur de ses albums, gourmand de rencontres avec le public (au travers notamment de passages répétés sur de grandes scènes : Muzik’elles de Meaux, Francofolies de la Rochelle, etc.), le duo montpelliérain est toujours resté attentif au sens de sa démarche musicale.scotch et sofa, ailleurs, romain preuss, chloé monin, interview, mandor

Il s’est également construit une famille artistique ; On y retrouve Ours, Ben Mazué, Pauline Croze, Fabien Boeuf ou encore Nathanaël Coste, réalisateur engagé du docu-phénomène En quête de sens (plus de 100.000 entrées du seul fait d’un bouche-à-oreille enthousiaste) dont la musique de Scotch&Sofa illumine la bande-son.

L’Ailleurs, titre de ce nouvel album, c’est la poésie, l’amour, ces choses fugitives et éphémères comme des petits paradis encore préservés, à une époque où tout s’achète et se vend.

Cet Ailleurs, c’est une suggestion et peut-être un repaire.

Et c’est surtout un album sincère et accessible, qui devrait permettre au duo Scotch&Sofa de toucher un très large public.

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scotch et sofa,ailleurs,romain preuss,chloé monin,interview,mandorInterview :

Nous nous sommes vus pour la première fois pour le premier album, il y a quatre ans.

Scotch : J’ai l’impression que nous n’avons pas chômé en quatre ans.

Sofa : Nous sommes souvent en tournée. Par moment, ça s’arrête, puis nous reprenons. Dans les moments creux, nous créons nos chansons, nous les pré-produisons, on les passe en studio, on les mixe, on les masterise, il faut qu’on trouve les gens qui fassent la pochette, le clip… bref, il faut bien toutes ces années entre deux albums.

Selon l’argumentaire de presse, vous avez 10 ans de carrière. Vous ne le fêtez pas ?

Scotch : Je pense que cela fait plus de 10 ans. Ca fait quelques années que l’on dit 10 ans. Une sorte de coquetterie.

Sofa : En vrai, cela fait13 ans. On a commencé, j’avais 20 ans. J’en ai 33 aujourd’hui.

Le temps est vite passé ?

Scotch : Je me souviens de tout et de rien à la fois. Mais, j’ai l’impression qu’on est toujours dans la même humeur. On aime ce que l’on fait, on aime le faire et on a toujours cette niaque de groupe en développement… que nous sommes encore.

C’est difficile de sortir de cet état de « groupe en développement » ?scotch et sofa,ailleurs,romain preuss,chloé monin,interview,mandor

Sofa : On fait notre métier, même si nous n’avons pas le succès d’un Stromae  ou de Christine & The Queens. Depuis plus de dix ans, on ne fait que ça.

Scotch : On a beaucoup de chance. On joue de la musique toute la journée et c’est le projet que nous avons choisi. Je n’ai pas grand-chose de plus à vouloir.

Sofa : Je sais aussi qu’il y a plein de gens qui ne pourraient pas faire ce que l’on fait parce qu’on n’a pas la sécurité de l’emploi. Il y a un côté excitant à ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Vous avez vécu plein d’expériences passionnantes et vous allez en vivre encore beaucoup.

Sofa : Grace au premier album, on avait pu rencontrer de nombreuses personnalités géniales du monde de la musique, quelques-unes que l’on écoutait à la radio ou à la télé. Rien que de faire la première partie de Pauline Croze, c’était déjà énorme. Rencontrer des gens comme Renan Luce, Oxmo Puccino, Ours et qui deviennent des amis après, c’est extraordinaire. Et que notre chanson « Je glisse » soit intégré au film documentaire « En quête de sens »  nous a permis de jouer au Cabaret Sauvage avec Mathieu Chédid, d’être en première partie de Zaz sur certains Zénith et à l’Olympia… A chaque fois qu’il se passe quelque chose d’important musicalement, nous sommes toujours surpris.

Quand vous jouez en première partie de stars françaises, vous ressentez quoi ?

Scotch : Depuis le temps, nous sommes habitués à ce grand huit. On peut jouer devant 6000 personnes un mardi et le mercredi devant 92. Moi, j’ai toujours plus peur de jouer devant mes potes ou en appartement que devant une foule énorme.

Sofa : Chaque version est enrichissante pour nous.

Vous apprenez des autres ?

Sofa : On apprend tout le temps et de chaque artiste. Ca ne s’arrête jamais. Je ne me lasserai jamais d’être invité pour faire des premières parties. C’est toujours enrichissant et nourrissant que ce soit musicalement ou humainement.

Scotch : On adore ce format. On joue 30 minutes. On est dans une situation d’outsider et il faut convaincre.

Sofa : On a  le challenge de se mettre le public dans la poche alors qu’il ne vient pas pour nous. Le public des autres et souvent bienveillant avec nous.  

Clip officiel de "Ca ne m'amuse pas", extrait de l'album Ailleurs.

Il y a une sacrée belle évolution musicale dans ce deuxième album. Vous allez désormais vers une pop électro très élégante.

Scotch : C’est un chemin prit naturellement en composant tous les deux et moi en arrangeant. Avant j’écoutais beaucoup de jazz soul hip-hop avec un peu de chanson. Aujourd’hui, c’est toujours un peu de chanson avec beaucoup de pop.

Sofa : Il y a nos nouvelles influences, mais il y avait aussi l’envie d’ouvrir  notre univers. On nous disait qu’il était très intimiste et on ne le sentait pas comme ça. Aujourd’hui, on a grandi, évolué, on a envie de plus se lâcher sur scène. Certaines de nos nouvelles chansons permettent de le faire. On s’est aperçu que le public peut désormais aussi danser lorsqu’il vient nous voir.

Scotch : Je crois véritablement que l’on ne choisit pas ce que l’on fait.

Extrait de "Je, tu, il" filmé par Lisa Roze, tiré de l'album Ailleurs.

Sofa, tu t’es essayée aux textes pour la première fois.

Sofa : J’ai co-écrit avec Céline Righi certaines chansons. Je pense que je m’y mettrai encore plus pour les suivants.

Fabien Bœuf fait un duo avec vous, « Tu es le roi » et a écrit des textes.

Sofa : Cela fait huit ans qu’on le connait. Dans les auteurs français, je n’avais pas beaucoup de coups de cœur, il en a fait partie, même s’il n’est pas très connu du grand public. Et puis, humainement, nous sommes sur la même longueur d’onde.

Scotch : J’aime la manière dont il mène sa carrière. Il habite à la campagne, il est simple et sympathique. C’est marrant, je pensais à lui et je me disais que c’était un garçon qui ne se regarde pas écrire. Il ne va jamais chercher un effet. Ce n’est pas prétentieux. Il n’y a pas de narcisse dans son écriture. Il va droit au but.

Clip officiel de "Qui fait ça?", extrait de l'album Ailleurs.

Dans ce deuxième album, on sent déjà qu’il y a une patte Scotch&Sofa.

Sofa : Ce nouveau disque est différent et, en même temps, il reste nous, même si je le trouve plus abouti.

Scotch : J’ai l’impression que ce qui nous a aidé à faire ce disque, c’est de se détacher du bizness de la musique au moment où on le faisait. Ça m’a fait du bien de mettre le milieu de la musique un peu de côté.

Vous savez quand une chanson est terminée ?

Scotch : On n’y arrive jamais, mais j’ai l’impression qu’on y arrive de plus en plus.

Sofa : C’est un peu moins douloureux pour moi que pour Romain de dire « là, c’est bon, stop, c’est fini, on n’en fait pas une énième version ».

Scotch : Je me suis calmé par rapport à avant.

Sofa : Oui, c’est vrai. Il lâche du lest. Sur le premier, j’étais obligé de prendre la décision d’arrêter sinon, on pouvait y rester 15 ans et demi.

Scotch : Pour le premier disque, on y a passé 7 ans (rires). Sur celui-là, tout est allé dans le même et bon sens. On avait de la pression, mais on la mise de côté. On a enregistré à la campagne dans un très joli endroit avec des amis. Un truc un peu famille, calme, lumière du jour, cool.

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Pendant l''interview...

Le lieu influe vraiment l’ambiance dans laquelle on travaille ?

Sofa : Je le ressens. On l’a vécu.

Scotch : Je l’ai senti physiquement. On a eu beaucoup de préparation, il a fallu « timé » plein de choses, pousser les pré-productions à fond pour essayer de perdre le moins de temps possible en studio donc j’étais très tendu des mois avant. Je suis arrivé en studio, mon dos s’est débloqué en une heure.

Sofa : Avec Romain, je sais qu’il faut se ménager de vraies pauses. Donc, on cuisinait pour se faire plaisir. On mangeait de bonnes choses. On pouvait aussi faire des petites marches dehors…

Scotch : On a fait un album de babas-cool en fait (rires).

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(Photo : Lisa Roze)

Quel a été le rôle de Yann Arnaud sur cet album ?

Scotch : Il a mixé le disque. On l’a sollicité pour avoir une lecture supplémentaire quand le disque était fini. Il a « lu » ce disque de façon merveilleuse. Je l’ai encore appelé récemment pour le remercier tant nous sommes ravis de son travail. Il sait faire de la pop un peu chic. Lui et son matériel sont impressionnants.

Sofa : Moi, au début, j’étais fermée. J’avais la peur du changement. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je m’ouvre et je ne le regrette pas. Yann avait raison très souvent. C’est sain d’avoir un regard extérieur.

Ce deuxième disque est-il pop comme « populaire » ?

Sofa : On ne sait pas, mais si les gens considèrent qu’il l’est tant mieux. Peut-être que nous allons élargir notre auditoire.

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Le 14 septembre 2016, après l'interview.

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29 décembre 2012

Céline Righi: interview pour la sortie de l'EP d'Odonata

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céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorParfois, on écoute un disque pour sa musique ou pour la voix de l’interprète. En ce qui me concerne, c’est surtout pour les textes. J’ai découvert Céline Righi en écoutant l’album de Scotch et Sofa (mandorisés ici). Outre la voix de Chloé et la musique de Romain, j'ai été touché et impressionné par les textes que j’entendais. Ils ne se contentaient pas d’avoir une sacrée musicalité ou sonner comme des instruments, il y avait du sens. Et du sens qui me parlait profondément. C’est ainsi que j’ai découvert le travail de Céline Righi, puisque c’est elle l’auteure de toutes ces chansons.

Quand j’ai su qu’elle se lançait elle-même dans la bataille (parce qu’aujourd’hui, monter un groupe et tenter d’exister, c’est une bataille), j’ai voulu en savoir plus, écouter son travail en tant que chanteuse. Elle m’a fait parvenir le premier EP d’Odonata. Là, aussi, gros coup de cœur pour l’ensemble du projet. Et toujours les textes de Céline qui me collent à la peau.

Le  19 décembre dernier, la jeune femme (venue de Strasbourg, quand même) s’est assise sur le nouveau canapé de l’agence pour une interview en bonne et due forme mandorienne.

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Le groupe Odonata :

Un trio sans guitare ni clavier. Chaque chanson se construit à partir de la basse, de la batterie et du chant, en français. La musique d’Odonata est impressionniste, elle parle de multiples langages. Odonata se plaît à faire feu de tous bois et à piocher dans des influences variées et assumées, influences qui sont avant tout l’expression des goûts différents – mais pas incompatibles – des trois « odonates ».

Pour écouter Odonata, c'est là !

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui est Céline Righi ?

Chanteuse et parolière du trio, elle prête aussi sa plume à d’autres artistes (Célia Reggiani, Armelle Ita, Nilem), et en particulier au duo Scotch et Sofa dont elle signe tous les titres de l’album Par petits bouts, à l’exception du titre « Visite des recoins », qu'elle co-signe avec Oxmo Puccino (mandorisé là).
L’aspect rythmique et musical de sa plume s’explique par l’amour qu’elle porte à la musique, au moins tout aussi grand que celui qu’elle réserve aux mots. Plus attirée par le côté rythmique que par les harmonies, réceptive aux fréquences ténébreuses, Céline prend des cours de basse pendant cinq ans, avec, entre autres, le bassiste-contrebassiste Arnaud Grosfilley ( Rumbayazz, album « 73 touches » de Hocus Pocus ).
Son engouement pour les notes et pour la langue française réveille en elle aujourd’hui une belle envie, jusqu’alors assoupie mais néanmoins vivace : celle de chanter.

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Interview :

En lisant tes textes de chansons pour les uns et pour les autres, j’ai bien compris que tu étais une amoureuse des mots.

Toute petite, déjà, je lisais beaucoup. Il y avait beaucoup de livres à la maison grâce à mes parents. Ils ont toujours été portés vers la culture en général et la littérature et le cinéma en particulier. Du coup, j’ai appris à lire très tôt. Je crois que je savais lire avant de rentrer en CP. Mes parents se sont aperçus que je lisais grâce à l’émission « Des chiffres et des lettres ». Ensuite, plus tard, en fac de Lettres, je lisais ce que l’on me demandait de lire. J’ai un DEA de Lettres, le seuil du doctorat. Je devais embrayer avec une thèse sur Henri Michaux, mais la vie m’a emmené ailleurs et c’est très bien comme ça. Très vite, j’ai voulu lire dans les marges. Je ne voulais pas rester dans des lectures académiques.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorQui sont les écrivains « dans les marges » ?

Henri Michaux, par exemple, ou Tristan Egolf. J’ai toujours été attirée par la différence. Par exemple, mon mémoire de DEA, je l’ai fait sur Michaux, mais sur Michaux qui a greffé sa parole poétique sur des paroles d’aliénés. J’ai toujours été fasciné par l’art psychopathologique. Je me suis toujours mise du côté de ceux qui sont en dehors, des parias, des gens qui sont par terre dans la rue… les marginaux. Un thème qui revient souvent dans mes textes, c’est justement, l’incertitude, le fait que tout soit toujours en mouvement, que l’on peut toujours tout remettre en cause et que rien n’est défini.

Quand on est féru de littérature, on se dit que l’on va écrire soi-même. J’ai tendance à penser que la logique voudrait que l’on se dirige vers les romans, et pas forcément vers la chanson.

Sauf que moi, j’ai un baobab dans la main. Je suis incapable d’écrire un roman. Peut-être que je m’adonnerai à cette activité quand je serai plus âgée. Mais pour l’instant, j’écris seulement des fragments, des bouts. Peut-être que ça vient du fait que j’ai adoré faire des puzzles quand j’étais petite. Ça me permet de reconstituer les choses, je ne sais pas. Je n’arrive pas à écrire quelque chose sur le long terme, quelque chose de longue haleine. Je m’épuise à l’avance. Ça me fait penser à ce que disait l’écrivain voyageur, Nicolas Bouvier. Il n’a pas écrit beaucoup de livres dans sa vie, mais il disait que quand il en écrivait un, il avait l’impression de perdre des litres de sang. Ça me fait un peu ça. Quand j’écris, j’ai l’impression de m’arracher des anticorps. Quand j’ai écrit pendant quelques heures d’affilée, c’est bizarre, mais j’ai souvent besoin d’aller m’aérer ou même de prendre un bain.

De te purifier ?

Oui, tu as raison. Il y a presque de ça. C’est paradoxal, parce qu’en fait, ça me fait du bien d’écrire.

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Tu écris des textes très introspectifs. Par exemple, dans le premier titre de ton EP, « De cimes en abîmes ». On va au tréfonds de toi-même.

Ce texte est un clin d’œil à l’enfance. J’explique que je descends en enfance comme on va au charbon. « Creuser son existence comme un mineur de fond… ». La mine, pour moi, c’est une image forte parce que mes deux grands-pères étaient mineurs dans les mines de fer. C’est une image qui m’a marquée, avec toute sa symbolique. Le fait d’aller au fond du trou, dans le noir, dans les recoins sombres, c’est un peu explorer les fibres obscures de l’inconscience.

Dans mon travail d’intervieweur, j’essaie de repérer les failles chez mes interlocuteurs. Repérer et tenter de m’y engouffrer. Si on ne fait pas ça, on ne fait pas grand-chose. Or, toi, tu emploies le mot faille et c’est un de tes thèmes principaux. Ça me plait beaucoup…

Moi, c’est là-dedans que je puise pour créer. Je ne veux pas employer de grands mots, mais il y a presque quelque chose d’alchimique dans la création artistique. C’est transformer le pas beau en beau. Transformer le plomb en or. Baudelaire disait  qu’avec la boue, il faisait de l’or. Je  suis céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorquelqu’un d’hyper sensible, donc, plutôt que de pleurer sur le monde qui m’entoure, c’est ma façon à moi de mettre un peu de poésie… dans ce monde de brutes.

Tu cites, Baudelaire, je saute sur l’occasion pour parler de « Ô douleur ». 

Pour ce texte, les puristes vont certainement crier au sacrilège. J’ai repris certains vers de « L’ennemi » de Baudelaire, un poème qui m’a toujours touché, mais j’ai écrit mes propres couplets. Il y a une fusion entre le texte de Baudelaire et le mien. Je prends ça au premier degré, presque comme un exercice de style, voire un hommage à ce poète que j’adore vraiment. L’ennemi intérieur est un thème qui me parle. J’en parle aussi dans d’autres chansons, mais autrement.

Évoquons « À l’ouest »... un texte qui me touche aussi beaucoup.

J’ai un sens déplorable de l’orientation, mais c’est dû au fait que je suis très tournée vers l’intérieur. Au point que je peux arriver chez mes parents et dire : « Oh ! Il est chouette le nouveau tableau que vous avez  accroché au mur. » Et  ma mère de me répondre que ça fait 15 ans qu’il est là. C’est à ce point-là. Je ne suis pas observatrice du dehors, mais plutôt du dedans.

Tu n’arrives pas à te trouver où tu aimes te perdre ?

J’ai envie de répondre par une phrase de chanson que j’ai écrite pour Scotch et Sofa, « Visite des recoins ». « Je vais dans tous les sens, mais je ne m’égare pas. » Je cherche, ça c’est sûr, mais je ne m’égare pas. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai l’impression de me rapprocher de moi-même, que tout ce précise et que tout fait sens.

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C’est en écrivant des textes de chansons que tu te trouves ?

Je me sens de plus en plus en paix et en adéquation avec moi-même. Au départ, je n’avais pas conscientisé cela, je ne savais pas que j’écrivais pour cette raison-là. Quand on me demandait pourquoi tu écris, je répondais souvent : « j’écris parce que je ne peux pas ne pas écrire ». Ça fait partie de moi. C’est vraiment imprimé dans chacune de mes cellules. L’écriture a pour moi des vertus apaisantes et ça me permet de découvrir et de soulever d’autres voiles. Je m’aperçois que cette instabilité qui apparaît dans mes textes, elle est mienne aussi. On peut toujours tout remettre en question. Michaux disait : même si c’est vrai, c’est faux.

Sais-tu facilement quand tu as terminé un texte ?

Oui. Je sens quand un texte est fini parce qu’à un moment donné, ça me transperce. Mais je suis d’une exigence avec les mots qui peut être pénible parfois pour les gens qui m’entourent. Quand j’écris des chansons, je fais comme Flaubert. Je dis les textes à voix haute et je sens quand ça raccroche.Ca me fait comme si j’entendais une fausse note. Ça dérange mon oreille, donc je recommence. J’ai un côté très perfectionniste et pointilleux. Je déteste l’approximatif. Ça peut me prendre du temps. Et à un moment donné,  j’ai cette espèce de sentiment d’évidence.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorPour Scotch et Sofa par exemple, ce que chante Chloé Monin, ce sont des histoires qui te racontent ?

Un peu oui. En tout cas, elles sont le reflet de ma réalité, parce que ces textes existaient avant que je rencontre le duo. Les textes ont parlé à Chloé et Romain et la musique de Scotch et Sofa a été tissée sur les textes. Ce qui est amusant, c’est que Chloé est encore plus en accord avec les textes aujourd’hui qu’au début, il y a 8 ans.

Tu écris tout le temps ?

Oui, je suis graphomane.

Tu me disais en off que les livres sont tes voyages…

Je ne suis pas quelqu’un qui voyage beaucoup. Je n’ai pas besoin de me déplacer physiquement pour me nourrir. J’ai un tout petit terrain de jeu. Je suis bien dans mon antre. Ce qui me nourrit ce sont les œuvres d’art de manière générale. Les livres, les tableaux, les sculptures, ça peut me faire voyager pendant des heures.

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Parlons de ton groupe Odonata. Tu t’es dit un jour : « Tiens, si je chantais moi-même mes propres chansons ? »

Le chemin de « j’écris, je mets des mots sur une feuille blanche » à « je chante mes mots » a été long. Mais de manière générale, je suis quelqu’un qui a un développement assez lent. Il faut que les choses infusent avant que j’en prenne conscience. Ce sont des rencontres importantes dans ma vie qui m’ont ouvert les yeux sur certaines choses. Au départ, je voulais être musicienne. Je me suis mise à la basse tard. Mais dans les mots, j’ai détecté la musicalité.  

Tu n’as jamais imaginé que tu pourrais toi-même chanter ?

Non, parce que je ne connaissais pas ma voix et parce que j’étais tournée vers l’écriture de manière très forte... La première rencontre qui m’a donné confiance musicalement, c’est le bassiste Marcello Guiliani (le bassiste d’Érik Truffaz). Il m’a offert une basse et m’a incité à en jouer. Ça a été un élément déclencheur. J’ai commencé à prendre des cours de basse, ensuite, j’ai joué dans des groupes avec cet instrument à Rouen. Déjà, je me suis dit que j’avais envie d’être sur scène. Ensuite, j’ai rencontré une personne qui est très importante pour moi et qui est bassiste aussi, c’est Christophe Piquet, le bassiste d’Odonata. Il m’entendait chanter mes textes et du coup, il m’a demandé pourquoi je ne le faisais pas officiellement. Timidement, j’ai commencé à me mettre devant un micro. Au départ, je susurrais plus que je ne chantais. De fil en aiguille, j’ai rencontré d’autres personnes, dont mon professeur de chant actuel, Hervé Andrione, qui a réussi à faire sauter plein de verrous. Je veux encore travailler et me perfectionner dans cette voie-là. Aujourd’hui, j’ai juste envie d’être sur scène et de chanter.

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Avec Odonata, tu n’as pas encore fait de scène ?

Non, pas encore. Ça me manque d’ailleurs beaucoup. (En souriant). Bon, je suis sur scène un petit peu tous les jours, devant mes élèves. Je suis professeur de français.

Je comprends. Il faut maîtriser le public.

Voilà, c’est ça. Le fait d’être face à un groupe c’est quelque chose que je connais bien depuis 12 ans.

Dans Odonata, vous êtes trois. Christophe Piquet à la basse et à la basse piccolo, Jérémy Steibel, à la batterie et aux percussions et toi aux textes et à la voix.

Christophe et Jérémy sont amis depuis longtemps, puisqu’ils faisaient partie du même groupe, Question d’humeur, il y a quelques années. Ils ont arrêté le groupe qui pourtant commençait à cartonner. Bref, ils sont de nouveau ensemble pour ce projet.

céline righi,odonata,interview,scotch et sofa,mandorLa question que je ne pose jamais habituellement, mais là, je suis un peu obligé de le faire parce que ça explique votre musique. Pourquoi Odonata ?

Les odonates, c’est le terme générique qui regroupe toute la famille des libellules et des demoiselles. J’aimais bien ce nom parce qu’il est beau et prononçable dans plein de langues différentes. Il y a une petite consonance latine que j’aime bien. Je trouve que la libellule est un insecte fascinant. Avant de se transformer en belle danseuse aérienne, c’est une larve hideuse et carnivore. Il faut beaucoup de mues de sa part pour pouvoir se transformer et ça me ressemble parfaitement. Ce qui m'intéresse aussi, ce sont les facettes qu’il y a sur les yeux de la libellule, elles sont kaléidoscopiques. Ca ressemble à notre musique parce que Jérémy, Christophe et moi, on ne vient pas du tout des mêmes univers musicaux, mais nous trois mis ensemble, ça donne ce résultat un peu composite.

Du coup, qualifier votre musique est impossible.

Je n’y parviens pas en tout cas. Peut-être rock electro. Il y a aussi un peu de jazz et les lignes de basse sont très inspirées par le funk. Il y a des influences pop et des envolées très lyriques…

Avec cet EP, qu’attendez-vous ?

Que la libellule aille s’envoler partout. Cet EP n’est pas destiné à la vente. C’est plus pour promouvoir le groupe, faire découvrir notre univers. Comme c’est la période des vœux, notre souhait est d’avoir des dates de concerts.

Tu es confiante en l’avenir ?

J’ai des moments de doutes où je tombe dans des gouffres d’incertitude pas possible, mais la trame de fond, elle, elle est constante. Je le sens depuis le début. Pour moi tout a un sens et les choses n’arrivent pas vraiment par hasard. Je sais qu’un jour je vais monter sur une scène et je que serai très heureuse. J’ai juste envie d’aller chanter et de partager avec Christophe et Jérémy et le public…

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Sachez enfin que, désormais, vous pourrez retrouver Céline Righi sur le blog littéraire L'anagnoste (avec Eric Bonnargent, Marc Villemain et Romain Verger).

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23 juin 2012

Scotch et Sofa : interview pour "Par petits bouts"

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(Photo: Lisa Roze, Odile Subra: maquillage, Fred Barat coiffure, Olivia Bidou: stylisme.)

scotch et sofa,par petits bouts,interview,pic d'or 2012; mandor,chloé monin,romain preussÉvidemment, j’avais remarqué et bien gardé dans mon esprit ce duo magnifique qu’est Scotch et Sofa. Je n’irai pas dans la facilité en disant que j’ai été « scotché » en écoutant leur disque, Par petits bouts, pour la première fois, mais c’était pourtant la pure réalité. Difficile de ne pas tomber sous le charme de leur musique et de la voix envoutante de la chanteuse. La possibilité d’une future mandorisation était bien ancrée en moi. Puis, ma participation en tant que juré du Pic d’Or a finalement accéléré les choses. Ils se sont présentés à ce tremplin et l’ont gagné haut la main (voir leur prestation filmée, ici). Du coup, j’ai fait brièvement leur connaissance là-bas. Eux et moi étions bien occupés, donc, nous nous sommes promis de nous revoir à Paris. C’est donc avec plaisir que j’ai accueilli Scotch et Sofa sur mon sofa à « moi » (qui n’est en fait qu’un simple canapé), le 18 juin dernier.

scotch et sofa,par petits bouts,interview,pic d'or 2012; mandor,chloé monin,romain preussBiographie de Scotch et Sofa (tirée du site RFI Musique) :

Chloé Monin, alias Sofa, chanteuse, et Romain Preuss, alias Scotch, guitariste et beatboxer. Deux mordus de jazz, rencontrés au sein de Jam, l’une des écoles réputées du genre à Montpellier.

Chloé est partagée entre sa future carrière dans le corps professoral et sa volonté de se "lancer" en groupe. Romain, guitariste autodidacte, revient d’Angleterre où il s’est enivré de soul, rythm'n'blues et jazz, et a développé sa technique de "finger-picking" sur une guitare à huit cordes rarissime, si caractéristique du style bien affiché de Scotch & Sofa.

Le duo se distingue par une couleur jazz, une vraie liberté formelle et un chant pastel parfaitement maîtrisé. Publics et professionnels ne s’y trompent pas : les Musik’elles de Meaux en 2006, les Francofolies de la Rochelle en 2007 et nombre de grandes scènes et de premières parties jalonnent le parcours du groupe.

Sur disque, l’univers dépouillé de Scotch & Sofa s’étoffe un peu, mais l’essentiel est là : le très beau timbre cotonneux de Chloé, l’étonnant sens des espaces de Romain, et des textes faussement simplistes et ciselés à merveille.

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Interview :

Quand on commence à se faire connaître, la difficulté première est-elle de continuer à tenter d’acquérir un public plus nombreux ?

Romain : Nous, on a l’impression que ça va à une allure modérée et humaine. Ce qu’il se passe autour de nous est super bon signe et ça reste agréable à vivre. Là, on vient de faire le premier disque, donc inévitablement, on pense à la suite. Pour être clair, on pense déjà au deuxième album.

Cela étant, ça fait 7 ans que vous existez et ce que vous récoltez en ce moment ne vous tombe pas dessus du jour au lendemain. Il y a beaucoup de travail. Votre album est sorti il y a deux mois et tout le monde parle de vous… comment prenez-vous la chose ?

Chloé : Je prends tout comme des cadeaux. C’est super agréable, parce que, justement, rien n’est arrivé du jour au lendemain. Comme dit Romain, ça arrive lentement, mais sûrement. Que l’album plaise, que nous passions de plus en plus à la radio, que nous remportions des tremplins, on le prend comme un bonus, mais je t’assure que l’on garde les pieds bien sur terre.

Romain : Moi, la seule réflexion que je me fais, c’est que c’est bien que notre musique parvienne à des gens. C’est ce qu’il y a de plus important.

Chloé : Romain a raison. Nous on fait de la musique et des gens peuvent la découvrir. Si notre progression est douce et  lente, on sent que le bouche à oreille fonctionne. Le clip de "Ça se", avec la participation du chanteur Ours y est pour beaucoup...

Vous faites des shows cases dans pas mal d’endroits, de vrais concerts aussi… vous êtes en permanence en activité.

Chloé : Oui, il y a même des scènes qu’on n’avait pas particulièrement envie de faire qui nous ont finalement fait passer presque un meilleur moment que dans une grosse scène dont on attendait beaucoup et ou il ne s’est finalement pas passé grand-chose.

Romain : Pour ma part, j’ai plus peur sur une petite scène que sur une grosse.

Chloé : Quand on arrive sur un Zénith, on peut penser que c’est plus impressionnant, mais quand on est sur scène, nous on voit une masse, pas des individus bien déterminés. Donc, c’est moins impressionnant que de jouer devant une soixantaine de personnes dont on voit tous les regards portés vers soi. C’est plus intimidant.

Romain : Il faut dire que quand nous sommes amenés à jouer devant autant de gens, on est souvent dans une situation d’outsiders puisque , pour le moment, c’est dans le cadre de premières parties. On n’a pas la même pression que les têtes d’affiche. Les gens n’achètent pas les billets pour voir Scotch et Sofa, ils ont juste l’occasion de nous découvrir…

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En même temps, il ne faut pas décevoir les spectateurs présents.

Chloé : C’est un challenge et on se donne toujours à fond sur ces scènes-là. On prend ces moments très au sérieux. On a toujours l’intention de se mettre le public dans la poche.

Romain : Comme nous ne sommes que deux, on ne peut pas se permettre de jouer à l’économie. Faut y aller !

Vous êtes fatigués à la fin d’un concert ?

Romain : Moi, je suis très très fatigué.

Chloé : Oui, moi aussi, mais ce sont deux fatigues différentes. Romain, c’est très physique ce qu’il fait sur scène. Quand il fait du beat box, il dépense beaucoup d’énergie, au point de souffrir parfois. Moi, ça me prend peut-être moins d’énergie, mais j’ai l’impression que ça me lessive complètement. Je me sens tellement investie par ce qui est raconté que je puise dedans. A la fin d’un concert, j’ai envie d’aller me coucher.  C’est d’ailleurs ce que je fais tout le temps.

En concert, êtes-vous très réceptif aux réactions et attitudes du public ?

Romain : Chloé est beaucoup plus une éponge que moi.

Chloé : Comme je leur raconte une histoire, je suis sensible à comment ils vont la recueillir. Par contre, je ne vais être sensible qu’en positif. Je refuse de me laisser envahir par le négatif quand je suis sur scène.

Extrait du concert du duo Scotch & Sofa dans un appart privé du quartier Gambetta à Montpellier à l'occasion de la sortie de leur album "Par petits bouts". Organisé et filmé par l'association Gumguts.

J’ai une image de vous deux comme des personnes assez secrètes et peu démonstratives quand le concert est terminé.

Chloé : Après le concert, je vais plus vers les gens que Romain.

Romain : Sans aucun dédain, c’est vrai que j’ai tendance à ne pas aller vers les gens. C’est plus de la timidité.

Chloé : Quand je suis sur scène, je suis dans une bulle, alors, c’est vrai que quand c’est fini, crever la bulle, c’est parfois un peu violent. Je prends les concerts un peu comme une mission. J’ai la mission que cette musique se diffuse, du coup, quand on finit le concert, je me dis, « ça ne s’arrête pas là ! ». J’aime beaucoup aller voir les gens, avoir leur retour. Je constate à quel point les gens sont contents d’échanger avec nous, pas uniquement musicalement, mais aussi humainement.

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Tout à l’heure, Chloé, tu me parlais de l’investissement que tu mettais en interprétant les textes… ils sont tous signés Céline Righi. C’est facile de rentrer dans l’univers des mots de quelqu’un d’autre ?

Chloé : Au début, la question ne se posait pas parce que ni Romain, ni moi n’écrivions. On est parti à la recherche d’un auteur. On a rencontré aucune autre personne avec qui ça a fonctionné aussi bien qu’avec Céline. Elle est très talentueuse et a su parfaitement comprendre où nous voulions aller. Après, pour notre indépendance, il serait bien que nous jouions sur nos propres textes. C’est quelque chose qui est en train de se mettre en place doucement.

Romain : Je précise que c’est loin d’être du dépit que de travailler avec Céline.

Chloé : Cette rencontre est même presque magique, parce qu’effectivement les gens me disent souvent qu’ils sont persuadés que c’est moi qui ai écrit les paroles.

Il y a des textes qui datent de quelques années. Certains de 6 ans. Il faut pouvoir continuer à les assumer, non ?

Chloé : Le comble, c’est que je pense que je ne les ai jamais autant assumés qu’aujourd’hui.

Avez-vous une forme de lassitude de chanter ces mêmes chansons sur scène ?

Chloé : Non parce qu’elles évoluent perpétuellement. Elles prennent des formes différentes. Pas uniquement au niveau des arrangements, mais aussi de l’instrumentation. « La trouille » et « Ca ce », c’était vraiment deux chansons différentes il y a quelques années. À chaque fois, j’ai l’impression que c’est une nouvelle histoire que l’on raconte.

Romain : Ça me plait encore beaucoup de jouer ces chansons. Je ne sens jamais un poids à interpréter tel ou tel titre. On est même très enthousiaste.

Votre style, c’est de la chanson française, jazz, lounge… etc. Indéterminé finalement ?

Romain : Je n’ai aucun problème à dire que c’est de la chanson française. Mais, elle n’est pas traditionnelle.

Oui, ça tient de votre parcours... Vous vous êtes rencontrés à Montpellier dans une école de jazz. Et le jazz, on en entend un peu par exemple.

Chloé : Ma formation musicale de base est le classique. J’ai commencé à l’âge de 6 ans, j’ai bifurqué vers le jazz bien plus tard. C’était juste un prétexte, pour lâcher le classique, pour lâcher la partition et être un peu plus libre. Après, je n’aurai pas la prétention de dire que j’ai une formation jazz.

Romain : Même en écoutant objectivement nos chansons, je ne trouve pas trop d’ancrage du jazz.

Chloé : Moi, parfois, les gens me disent par exemple qu’on entend un peu ça dans mon grain de voix.

Romain : Personnellement, musicalement et en terme d’écriture de chanson, j’aurais plus tendance à aller du côté de la pop.

Chloé : Je suis d’accord avec Romain. J’ai envie qu’on avance et qu’on ne fasse pas la même chose qu’il y a 6 ans. Je lui fais entièrement confiance pour savoir quel chemin prendre pour nous permettre de nous renouveler et évoluer. 

Chloé, ta voix dans un répertoire plus rapide, plus pop… tu t’en sens capable ?

Chloé : Je me pose la question. Mais justement, j’aime ce genre de gageure. Je pense que ça ne sera pas évident pour moi, mais que ça peut le faire.

Sur le titre Visite des Recoins, Oxmo Puccino signe un excellent featuring, sensuel et lent. Mazette Puccino !

Romain : Nous l’avons sollicité il y a longtemps pour avoir son accord de principe, et ça s’est fait assez naturellement. 3 ans plus tard, on lui demande si ça tient toujours et il confirme très gentiment. Le résultat est excellent.

Vous êtes un peu des enfants du chantier des Francos, non ?

Chloé : Oui, ils nous encouragent depuis nos débuts et nous suivent, nous encouragent, nous accompagnent comme des parrains… comme notre album vient de sortir, ils nous ont proposé de faire la première partie de Laurent Voulzy, le dernier jour des Francofolies de La Rochelle 2012.

J’ai l’impression que depuis que ce disque existe, beaucoup de monde souhaite vous prendre sous leurs ailes.

Romain : C’est une question de moment. On est déjà un vieux jeune groupe. On n’est pas en « feu vert » depuis le début. Il y a eu des creux et des bosses. Je suppose qu’il y a des moments ou le propos, l’âge qu’on a et ce que l’on raconte sont un peu alignés. Du coup, ça crée cette dynamique un peu homogène autour.

Chloé : Peut-être aussi que ce que l’on joue correspond à ce que les gens ont envie d’entendre en ce moment. J’ai cette croyance-là.

Je sais qu’en ce moment, vous ne seriez pas contre le fait de trouver un label.

Chloé : Oui, nous allons faire en sorte d’avoir de nouvelles chansons qui pourraient éventuellement être diffusées en radio. Comme nous sommes indépendants, si un label souhaite investir sur nous dans quelques mois, effectivement, ce serait vraiment bien.

C’est quoi pour vous un artiste ? Quelqu’un qui fait rêver ? Quelqu’un qui doit faire réfléchir ?

Romain : Pour moi, déjà, c’est quelqu’un qui est habité. Quelqu’un qui est complètement habité par son propos, quel que soit le mode d’expression.

Chloé : Pour moi, c’est quelqu’un qui a quelque chose à dire, quelque chose à partager et qui le fera par conviction.

Mais est-ce que vous sentez l’utilité qu’a un artiste pour le public?

Chloé : J’ai toujours peur d’entamer un discours pompeux, mais je trouve que l’on donne un bout de rêve aux gens. Ceux qui ont passé toute leur semaine à trimer au travail et qui vont au concert le samedi soir pour un instant d’évasion, je trouve ça magique. Quand ils viennent nous voir en disant qu’ils ont tout oublié de ce qu’il se passe de négatif dans leur vie, qu’ils étaient juste avec nous, à ce que nous racontions, qu’ils étaient pris par l’émotion et qu’ils nous remercient… je me dis que, vraiment, je ne fais pas ce métier pour rien.

Je me pose toujours cette question… c’est dur parfois d’appartenir à un duo ?

Chloé : (En riant) Ah ! Ce n’est pas simple tous les jours. Mais Romain est une des personnes qui m’a fait le plus fait avancer.

Romain : Je trouve ça bien qu’on ne regarde pas toujours dans la même direction, qu’on ne soit pas toujours d’accord, qu’on n’entende pas toujours la même chose. On essaie de se respecter et de s’entendre. 

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