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30 mars 2019

Ysé Sauvage : interview pour l'EP Scenario

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(@Amelie Grimber)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorJ’ai connu l’existence d’Ysé Sauvage le jour où je suis passé voir mon ami Olivier Bas au Studio des Variétés, le 15 février dernier. Il animait son émission Ricochets pour Radio Néo et avait comme invités Nolwenn Leroy, Marvin Juno et donc, cette jeune artiste en devenir. Habituellement, je ne suis pas prompt à défendre des projets de français qui chante en anglais, mais parfois, je fais exception. Quand c’est exceptionnel ! Et là, c’était clairement le cas. Une voix mélancolique et habitée, une musique folk envoutante, des arrangements subtils et une aisance scénique impressionnante. Durant l’interview d’Olivier (que vous pouvez écouter ici), j’entends un discours mature et volontaire. Sûre d’elle sans une once de prétention. Elle semble savoir parfaitement où elle veut aller, comme si tout était de l’ordre de l’évidence.

Il fallait que je creuse un peu la personnalité d’Ysé Sauvage. Ainsi nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale, le 1er mars dernier.

Argumentaire de presse officiel :ysa sauvage,scenario,interview,mandor

Il souffle dans la musique d’Ysé un vent de chaleur et d’intimité. Agée de seulement 20 ans et multi-instrumentiste, elle s’accapare, plus jeune encore, la technique classique au violoncelle, puis au piano, accompagnée par sa mère, elle-même pianiste. Guitare, percussions : elle gagne son indépendance musicale et s’initie à la création.

Sur scène, accompagnée de ses deux musiciens, elle vous embarque pour un voyage pop-folk orchestral et vocal. Avec une voix innocente et pure, elle déroule ses histoires avec une maturité étonnante.

Baignée dans la culture anglophone dès l’enfance, c’est naturellement qu’elle compose ses titres en anglais. Elle s’aventure ainsi sur les pas d’artistes tels Feist, Bob Dylan ou encore Bon Iver, artistes originaires d’Amérique du Nord où elle a également vécu.

Yael Naim, Alela Diane, Jeanne Added, Tété, Sarah Blasko : depuis la sortie de son tout premier opus, Ysé Sauvage a multiplié les premières parties d’exception. Son concert au théâtre des Etoiles à Paris en novembre 2018 affiche complet et elle est ensuite repérée sur le prix Ricard Live Music 2019. Une avancée sereine qui lui permet de magnifier son petit univers, égaré entre ses angoisses intériorisées, et un phrasé libérant les âmes juvéniles de ses désirs.

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(@Amelie Grimber)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorInterview (photo de gauche, Léone Lallemant) :

Ta mère était pianiste et chanteuse lyrique. Elle faisait ses vocalises à la maison ?

Je me souviens qu’elle répétait le soir après nous avoir couchés. Enfant, j’étais très curieuse de son métier. Elle chantait aussi bien dans des opéras que des opérettes. Il y avait donc du texte, alors il m’arrivait de la faire répéter. A 8 ans, je travaillais la diction de ma mère. J’adorais ça.

Ton père écoutait du classique aussi ?

Lui, c’était du rock. Les Rolling Stones par exemple.

Ta mère a souhaité que tu ailles au Conservatoire de Lagny-sur-Marne.

J’ai d’abord pris un an de cours particulier de violoncelle à l’âge de 3 ans. A 4 ans, j’ai continué cet instrument au Conservatoire. Puis, à 12, j’ai dit à mes parents que je continuerais le violoncelle si on me laissait aussi jouer de la guitare. Le piano est venu plus tard, en autodidacte.

Clip de "Same Old".

Tu as rencontré l’univers folk quand tu es partie au Canada en 2012, c’est ça ? ysa sauvage,scenario,interview,mandor

Il y avait une guitare dans la famille où je vivais et je me suis mise à en jouer sérieusement, tout en étant imprégnée de la musique que j’entendais là-bas. La musique folk m’a parlé immédiatement.

C’est quand tu rentres en France en 2013 que tu as commencé à écrire ?

Oui, immédiatement. En un an, je me suis fait repérer et je me suis fait accompagner par le File 7, la salle de concert de Magny le Hongre. En 2015, à l’âge de 15 ans, j’ai fais un premier EP et quelques pros m’ont remarqué aussi.

Mais on chante quoi à 15 ans ? Pas des chansons d’amour ?

J’étais persuadée que c’était possible. Ça me fait rire de réécouter ce que j’écrivais à ce moment-là. C’était naïf, mais à l’époque j’avais l’impression d’avoir des choses à dire sur le sujet. Je me référais évidemment à ce que les autres vivaient et je reliais ça à ma vie. En tout cas, j’étais très étonnée qu’il y ait un accueil, des médias qui me suivent et des premières parties qui me soient proposées… C’est allé doucement, mais avec efficacité. L’ambition de faire ce métier est venu après.

Avec ce nouvel EP, 5 ans plus tard ?

Oui, aujourd’hui, je me sens plus à ma place et je sais un peu plus où je veux aller. J’avais des envies que je n’avais pas sur le premier EP. J’ai eu le temps de me nourrir de plein d’autres styles. Pour moi, créer est naturel, j’espère juste créer de mieux en mieux…  Par exemple, je sais où je veux aller dans l’écriture.

"Blue" pour Le bruit des gravier. Réalisation : Sébastien Brodart.

ysa sauvage,scenario,interview,mandorC’est important pour toi l’écriture ?

C’est primordial. Ecrire, c’est aller au fond de soi, creuser et extraire des choses cachées. Ecrire, c’est pour aller mieux. Il peut m’arriver n’importe quoi, j’en fais une chanson et ça devient du concret.

Tu fais des études de Licence économie et gestion. C’est pour un jour, éventuellement, monter ta maison de production ?

J’ai plus envie de parler de ma musique que de mes études. Je ne veux pas que l’on pense que j’ai un plan de carrière tout tracé. Mais, effectivement, j'ai envie de posséder les outils nécessaires pour produire d’autres gens plus tard. Je me connais suffisamment bien pour savoir qu’écrire, être sur scène, c’est ce que j’aurai envie de faire pendant un certain nombre d’années. Peut-être qu’un jour, quand j’arrêterai de chanter ou en parallèle de ma propre carrière, j’aurais envie de faire vivre les chansons des autres.

Je sens que tu es du style à mener de front plusieurs activités.

Quand j’ai deux minutes de libre, il faut que je les remplisse. Intellectuellement, et pour écrire principalement, je ressens le souhait de me mettre dans des situations où j’ai besoin de réfléchir. Je suis curieuse de tout et j’ai besoin de savoir, d’apprendre continuellement… c’est pour ça aussi que je fais des études en même temps que des chansons.

"I Went too Far". Session live filmée dans le cadre de la finale du Prix Société Ricard Live Music 2019.

Ton nouvel EP est bien accueilli. Tu as eu le prix du public Ricard Live.ysa sauvage,scenario,interview,mandor

C’était une belle surprise. Je sens que ça bouge un peu autour de mon travail. J’ai désormais une équipe et  j’ai pas mal de dates de concerts de prévues. J’ai l’impression que tout se joue maintenant.

Pourquoi chantes-tu en anglais ?

Je n’ai pas trop le choix. C’est naturellement ce qui sort de moi. Les gens n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas une volonté réelle de chanter en anglais. C’est une question d’émotion, de ressenti. Ça m’arrangerait de bien savoir écrire en français. Comme je ne me sens pas de le faire moi, peut-être demanderai-je à des auteurs de le faire pour moi ?

Il faut dire que l’anglais est la langue que tu parles depuis que tu es enfant.

A la maison, depuis toujours, ma mère nous parle dans cette langue. Je précise que j’ai fait des études en Angleterre. Je parle aussi bien l’anglais que le français.

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(@Malik Chaib)

ysa sauvage,scenario,interview,mandorChanter en anglais ou en français, ce n’est pas la même chose vocalement non plus.

Ce ne sont effectivement pas les mêmes tessitures et les mêmes caisses de résonnance. Le jour où je chanterai en français, je vais devoir interpréter autrement.

Dans tes chansons, tu parles d’amour et du temps qui passe. A 20 ans, on pense au temps qui passe ?

J’ai l’impression d’avoir des angoisses de personnes âgées. Par exemple, la mort me terrifie vraiment. A l’âge que j’ai, je sais que je devrais me moquer de tout ça. Le temps qui passe, je veux absolument bien l’exploiter. J’angoisse de mal l'utiliser. C’est pour ça que je remplis énormément mes semaines.

Je reviens à ta maman. Te donne-t-elle des conseils ?

Il y a énormément de pudeur entre nous. Il lui arrive de me donner des vrais conseils professionnels, mais elle sait que ce n’est pas son rôle. Elle me laisse donc faire mon chemin respectueusement. Mes parents suivent ma carrière, viennent me voir sur scène, mais n’interviennent pas quant aux choix que je fais. J’ai vraiment de la chance de les avoir.

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Après l'interview, le 1er mars 2019, au Pachyderme.

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