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22 mars 2019

Marjolaine Piémont : interview pour Sans le superflu

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marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandorMarjolaine Piémont dévoile avec élégance le propos d’une femme singulière, espiègle et audacieuse éprise de liberté. « Après un premier EP Presqu’un animal sorti en octobre 2016, cette « femme qui chante » ne griffe pas, mais égratigne en douceur avec ses mots mordants » explique encore l’argumentaire de presse.

Mais tout cela, je l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de la chanteuse datant d’il y a deux ans, à l’occasion de la sortie de ce fameux EP. J’attendais la suite avec impatience tant j’aime la voix, les chansons moderno-ironico-pince-sans-rire et la personnalité de Marjolaine Piémont. Sans le superflu est un disque d’une femme d’aujourd’hui aux textes malins et fins... et hyper bien produit. Un must dans cette production française parfois un peu trop classique. 

Vous pouvez écouter l'album ici.

Le 21 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale.

Biographie officielle :marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandor

C’est en février 1994 que Marjolaine découvre la féminité, l’audace et la fragilité de Barbara sur scène. C’est un bouleversement pour Marjolaine, elle qui chante Purcell et Schubert lors de ses cours de chant au Conservatoire. Désormais, elle se consacrera à la chanson française. Et plus encore à ces femmes, qui osent chanter et affirmer leur indépendance.   Assoiffée de liberté, Marjolaine Piémont prend des trains à travers la plaine d’Alsace et arrive à Paris. L’histoire commence royalement avec Pierre Cardin qui lui offre son premier contrat chez Maxim’s. Elle arpente les scènes des caves de Saint-Germain-des-Prés aux toits de Montmartre, de bars bondés en salles clairsemées, de Kaliningrad à Abidjan, et chante même en japonais ; le Japon, son pays d’adoption qui lui propose une tournée « Hit Songs » de chansons françaises à travers tout le pays.   D’aventure en aventure, elle participe à des équipées fantastiques telles que Sol en Cirque ou encore Mozart l’Opéra Rock.   Cigale, Marjolaine chante mais travaille à aiguiser sa plume. De sa rencontre avec des compositeurs tels que Vincent Baguian, Phil Baron ou Aldebert, Marjolaine va séduire peu à peu par ses chansons, des tremplins et des festivals : Muzik’Elles, Le Mans cité Chansons, Les fils de Georges, Changez d’air, Prix Moustaki ou le Pic d’Or.   En octobre 2016, sort son premier EP Presqu’un animal. Il s’en suit Presqu’une tournée avec notamment les premières parties de Zazie sur sa dernière tournée.

Le 11 janvier 2019, paraît l’album Sans le superflu réalisé par William Rousseau et Edith Fambuena.

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marjolaine piémont,sans le superflu,interview,mandorInterview :

Ce que j’aime dans tes chansons, c’est qu’elles ont toutes l’air légères, or, pas tant que ça. Dans « Je suis bonne » par exemple, tu parles des femmes soumises…

Souvent quand on veut aborder des sujets graves, je trouve que le message est mieux véhiculé quand on y met un peu d’humour et de dérisoire. J'ai l'impression que ça rend le message sous-jacent plus fort. Cette chanson plait même aux hommes, alors que j’en dénonce certains qui traitent les femmes comme des plantes vertes.

As-tu rencontré des femmes qui se sentent concernées par cette chanson. Ce n’est pas évident d’admettre que l’on est une femme objet.

Il y en a qui l’admettent, mais à un moment donné, elles ont dit stop. Il y en a aussi qui sont dans ce cas de figure, mais qui s’en défendent. En tout cas, ça déclenche beaucoup de discussions.

Clip de "Je suis bonne".

Dans ton clip, il y a tous les clichés possibles et imaginables, c’est ce qui le rend drôle.

Dans les années 80 et 90, j’ai grandi avec une télévision très sexiste. La place de la femme dans Cocoricocoboy par exemple était incroyable. Les femmes avaient les seins à l’air et dansaient. On ne pourrait plus faire ça aujourd’hui. Il y en a d’autres qui retournaient les lettres dans un jeu télévisé, d’autres encore qui présentaient des prix comme si elles se vendaient. J’en passe et des meilleures.

Ça te choquait à l’époque ?

Oui, beaucoup. Je ne comprenais pas pourquoi on ne voyait jamais d’hommes faire ça.

Dans « Il était une fois », tu parles de l’arrivée d’une sœur et de la jalousie qui s’en est suivie.

Même si cette chanson n’est pas complètement autobiographique, je suis l’ainée d’une fratrie. Quand ma sœur est née, j’ai éprouvé de la jalousie et elle m’est restée pendant des années. C’est très difficile pour un enfant de trouver sa place dans une famille. Tu deviens ce que tu es par rapport à l’amour que tu as reçu ou non pendant l’enfance. Vraiment, il faut soigner l’enfance. Aujourd’hui, avec ma sœur, nous nous entendons très bien.

Depuis que j’ai entendu « Serrer la main », je préfère te faire la bise.

(Rires). Un jour, j’avais rendez-vous avec un directeur artistique. A un moment, il est parti aux toilettes uriner et il est revenu très vite. Tellement vite que je me suis dit qu’il n’avait pas pris le temps de se laver les mains. Au moment de partir, il m’a serré la main et ça m’a donné l’idée de cette chanson.

Comme quoi, une chanson tient à peu de choses.

J’adore trouver des thèmes tirés de situations ordinaires, voire anodines de la vie.

Tu rends hommage à ton homme dans « C’est beau un mec à poils » ?

Oui. C’est une des premières chansons que j’ai écrite. Mon homme est de type méditerranéen, assez poilu, donc. Plus généralement, c’est un hymne à ces hommes qui bordent la méditerranée.

Il y a aussi des moments plus mélancoliques, « Le parcours de santé » en est un. Tu te balades dans un cimetière pour aller te recueillir sur la tombe de ton père.

Parfois on se sent encore plus vivant d’être dans un cimetière, mais parfois on se sent triste d’aller dans cet endroit où repose quelqu’un qu’on aime.

Marjolaine Piémont et WEPOP : "Ma beauté intérieure".

Dans « Sans le Superflu », tu évoques les masques et le maquillage que tu portes pour ne  pas te montrer exactement comme tu es.

C’est valable dans mon métier et dans ma condition de femme. On essaie toujours de se montrer sous son meilleur jour. Est-ce que, sans ce travestissement, je serais aimée de la même façon ? Je me pose souvent la question. Parfois je me dis qu’heureusement que j’ai tout ce décorum autour de moi, il me permet de ne pas trop montrer la noirceur qu’il y a en moi.

Est-ce que tes chansons te ressemblent ?

Comme j’ai beaucoup travaillé mes chansons, je peux dire que c’est moi, mais en mieux. Je ne pense pas être très drôle dans la vie, mais il m’arrive parfois de sortir une phrase cinglante. Ça peut surprendre.

Il me semble que « L’amour nous a roulés dans de beaux draps » est une chanson sur la solitude.

Tu as raison, parfois, on peut se sentir seul à deux. La relation avec sa compagne ou son compagnon est sinusoïdal.

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Pendant l'interview...

La solution est de ne pas vivre ensemble ?

Je ne dis pas ça. J’aime beaucoup la vie en couple. J’aime le partage et j’aime le fait de connaître de mieux en mieux l’autre. C’est très intéressant de connaître à ce point quelqu’un. Ca renforce l’amour et le couple. On se rend compte qu’on aime la personne, même avec ce qu’elle a de plus noir ou d’énervant.

La dernière chanson de l’album est « La sol do mi ». Au début je pensais que c’était l’histoire d’un directeur artistique qui voulait « mettre le grappin », sexuellement, sur une chanteuse.

Ce n’est pas une chanson à prendre au premier degré. En fait, j'ai eu la sensation de me faire voler un texte de chanson. J’ai donc eu l’impression qu’on me l’avait faite à l’envers. Je ne veux pas en dire plus, mais elle a très bien marché. Ça a été la chanson phare d’un album d’un immense interprète. 

Ton album est bien accueilli. J’ai lu de beaux papiers sur lui.

Je suis ravie car j’ai de jolies chroniques dans des journaux comme FrancoFans et Hexagone. Ils m’importent beaucoup parce qu’ils sont faits par des personnes qui sont passionnés, pointilleux et qui connaissent parfaitement la chanson. C’est important pour moi la reconnaissance de mes pairs.

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Après l'interview, le 21 février 2019 au Pachyderme.