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03 juillet 2015

Stanislas Petrosky : interview pour Ravensbrück mon amour

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L’Atelier Mosésu est une maison d’édition qui lance des collections. La première, la série L’embaumeur, dont je vous avais déjà parlé ici. Aujourd’hui, elle lance la collection 39-45 « Le roman noir au service de l’Histoire ». Ravensbrück mon amour est l’un des trois livres de cette formidable série. Je n’ai pas lu les autres, mais celui-ci m’a pris aux tripes. L’auteur, Stanislas Petrosky, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Les descriptions insoutenables (basées sur des faits réels) de la vie dans un camp de concentration choquent/heurtent le lecteur que je suis. Difficile de ressortir indemne de ce roman qui participe au devoir de mémoire.

Le 7 mai dernier, l’auteur est venu à l’agence… je voulais voir qui se cachait derrière Stanislas Petrosky (même si je le savais déjà un peu).

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor4e de couverture :

Gunther, jeune artiste allemand enrôlé de force au moment de la construction du camp de Ravensbrück, en devient l’illustrateur officiel, obligé de mettre son talent de dessinateur au service des autorités nazies.

Rien n’échappe au crayon affûté du jeune homme : l’horreur des camps, les expériences médicales, les kommandos, les mœurs des officiers, la vie, la mort.

Dans ce roman noir, Stanislas Petrosky pénètre au cœur de Ravensbrück et en décrit implacablement chaque recoin, afin de ne jamais oublier.

L’auteur :

Né en 1975 sur les bords du lac Sevan, en Arménie. Stanislas Petrosky quitte son pays à l’âge de dix-sept ans pour rejoindre la France. Il glissera dans une délinquance de plus en plus dure et connaîtra de nombreux démêlés avec la justice.

C’est lors de ses séjours à l’abri du soleil qu’il se découvrira une passion pour l’écriture, sombre de préférence, en commençant par les nouvelles. Ravensbrück mon amour est son premier roman.

stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandorL’interview :

Qui est tu ?

Je suis auteur. Ravensbrück mon amour est mon premier roman. Jusqu’alors, je n’avais écrit que des nouvelles. J’ai travaillé pour Camion Blanc, une maison d’édition consacré à la musique (rock de préférence, voire metal). Tous les ans, j’écris une nouvelle pour eux. Et pour d’autres éditeurs d’ailleurs. Je travaille plus sur le court, parce que je préfère ça. Je me sens plus à l’aise.

Tu as commencé à écrire très jeune, je crois.

Oui. A l’âge de 14 ans. Jusqu’à l’âge de 30 ans, j’estimais que ma production littéraire n’était pas bonne. J’étais très mauvais en orthographe, en grammaire et en conjugaison. Au fur et à mesure, à force de lire, j’ai écrit un peu mieux. J’ai aussi croisé des gens qui m’ont donné des bases et de nombreux conseils. Au contact d’auteurs, j’ai appris qu’on n’écrit pas un livre en une seule fois. On peut écrire un roman au moins dix fois pour qu’il soit au minimum convenable.

Ravensbrück mon amour est ton premier roman. Tu n’as pas choisi un sujet léger.

Quand j’étais gamin, comme beaucoup de gens de notre époque, j’ai été bercé par Au nom de tous les miens de Martin Gray, j’ai vu la série Holocauste à la télévision, mon grand-père (qui n’est pas juif), a fait un court séjour au camp. Il m’a beaucoup raconté ce qu’il a vécu. Et puis, j’ai lu les douze livre sur la déportation qu’a signée le journaliste Christian Bernadac. Quand je vois ce qu’il se passe dans le monde actuellement, je pense qu’il est bon de faire une piqure de rappel. Le 30 avril dernier, cela a fait 70 ans que ces atrocités ont été commises. C’était hier.

Le teaser du livre.

Tu racontes l’histoire de Gunther, un jeune garçon enrôlé de force.stanislas petrosky,sébastien mousse,ravensbrück mon amour,interview,christelle mercier,mandor

Il faut rappeler que tous les gens dans les camps n’étaient pas nazis. Certains étaient même opposés au régime, comme Gunther. Une des plus belles critiques que j’ai reçus est celle de Patrice Dard. De Gunther, il dit : « c’est un simple salaud ordinaire, comme nous tous ». Il lui manque le courage. Il ne peut pas se rebeller, comme d’autres kapos. Il essaie de faire preuve d’humanité envers ces femmes, mais ce n’était pas évident.  Si on découvrait qu’un kapo (personne qui était chargée d'encadrer les prisonniers dans les camps de concentration nazis) aidait quelqu’un, il était puni sévèrement. Tous n’étaient pas des salauds. Mais certains étaient choisis parmi les prisonniers de droit commun les plus violents, ainsi, ils étaient sûrs qu’ils allaient pouvoir faire respecter l’ordre.

Il y a une scène atroce ou un kapo reçoit de la schlague (châtiment disciplinaire autrefois en usage dans les armées allemandes et autrichiennes, et qui consistait en coups de baguette) parce qu’il a fait montre de compassion.

Les kapos n’avaient pas le droit au moindre écart de compassion et ils ne devaient avoir aucune humanité. Quand on discute avec d’anciens déportés, hommes ou femmes, quel que soit le camp, ils disent bien que dès la montée dans un train, la déshumanisation commençait. Pas de toilette, pas de bouffe, pas d’intimité, de plus, ils étaient dans des wagons à bestiaux.

J’ai l’impression que tout a été dit sur les camps dans les livres. Mais personne n’a jamais pris l’angle que tu as choisi.

J’en ai lu beaucoup parce que j’ai une passion pour la Seconde Guerre Mondiale. Je voulais faire quelque chose de différent. Une immersion. Je rentre dans la peau d’une personne et je raconte l’histoire à la première personne. Je trouve ce procédé très efficace pour emmener le lecteur.

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Illustration extraite du livre.

Gunther est illustrateur. C’est ce qui le sauve pendant ses cinq ans de captivité, de la construction du camp à la libération.

Découvrir un camp de concentration par les yeux d’un artiste, c’est quelque chose d’inédit. C’est une manière de témoigner.

Le médecin du camp dissèque des prisonniers, parfois même vivants.

Malheureusement, la médecine a avancé avec ce précédé. Il y a eu de nombreuses vies sauvées grâce à ses horreurs. Par exemple, la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande) perdait beaucoup de soldats lors des batailles aériennes au-dessus de l’océan. Ils mourraient de froid. On a donc fait des tas de tests dans les camps de concentration avec des prisonniers juifs. On les plongeait dans l’eau glacée et on a essayé de les réchauffer par tous les moyens. Avec de l’eau bouillante, et même en les entourant de femmes nues, pour te dire jusqu’où allait la folie. Un jour, ils ont réussi à comprendre que si on maintenait juste la tête hors de l’eau, l’hypothermie était beaucoup moins rapide. Le gilet de sauvetage qui est utilisé partout dans le monde aujourd’hui est malheureusement une invention des camps de concentration. Les nazis se sont dit qu’ils avaient la meilleure expérimentation possible : la chair humaine et des êtres humains vivants. Ils ont stérilisés des gamines de huit ans, ils ont fait des essais de greffes osseuses… et je t’en passe !

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Illustration extraite du livre. 

Oui, dans le livre, tu ne nous épargnes rien. Tu ne t’es jamais dit que tu allais trop loin ?

Non. J’ai fait attention à ne jamais tomber dans le gore. Simplement, je me suis basé sur des témoignages racontés dans des livres ou dans les revues comme Historia ou Historama. Il y a dedans les rapports des procès racontés minute par minute. On a la description de tout ce qui a été fait. C’est l’horreur absolu. Ces pourritures, de vrais sadiques, considéraient les prisonniers comme des sous-races. Ils les considéraient plus comme des animaux que comme des humains.

Gunther tombe amoureux d’une prisonnière. Tu as placé de l’amour dans un camp de la mort finalement.

Il y a eu des gens qui ont vécu de vraies histoires d’amour. La plupart du temps, elles finissaient mal. Quand on s’en apercevait, on les tuait. Et les histoires d’amour n’étaient pas forcément comme on les conçoit nous aujourd’hui. Il n’y avait pas forcément de sexe, car il y avait une baisse énorme de la libido. Les lieux ne s’apprêtaient pas à cela. C’était surtout des sentiments très forts entre deux personnes.

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Plus de 60 000 femmes sont mortes dans ces camps. Celles qui sont revenues sont restées longtemps totalement traumatisées.

Elles ne pesaient que trente kilos et ont été martyrisées. Elles ont subi des châtiments corporels ignobles et ont subi des expérimentations sur leur corps. Il est impossible de s’en remettre sans séquelle et rapidement.

T’es-tu demandé ce que tu aurais fait à la place de Gunther ?

Je pense que j’aurais fait comme lui, mais bon, on ne peut jamais savoir.

Je n’ai lu que des bonnes critiques sur le livre.

J’avais peur. C’est mon premier livre, donc, je n’étais pas sûr de remplir ma mission : écrire un bon livre. Les réactions lues m’ont un peu rassuré.

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Pendant l'interview...

A la base, tu es un passionné du roman noir.

Parce que c’est le roman sociétal par excellence. Il doit dénoncer et dire des choses importantes sur la société. Les livres que j’apprécie le plus, ce sont ceux qui me font réfléchir et qui me mettent une claque. Donc, avec Ravensbrück mon amour, je voulais essayer d’en mettre une à mes lecteurs. Nous, quadragénaire, nous avons un devoir de mémoire à exécuter.

Que peut-on écrire après un tel livre ?

Le prochain livre sera sur le deuil. A la première personne, je me mets dans la peau d’une femme qui perd son compagnon, mais qui ne retrouve pas son corps. Elle va donc sombrer dans la folie. Ensuite, j’écrirai un autre livre sur les camps. Je vais travailler sur un personnage qui me fascine énormément : la chienne de Buchenwald, Ilse Koch. Elle a été l’épouse d’un employé de banque délinquant de droit commun qui deviendra général SS et commandant de Buchenwald. Elle a commis les pires atrocités. Cette rousse aux yeux verts envoyait à la mort quiconque avait le malheur de croiser son regard. C’était vraiment une sadique complète. C’est le livre de Michel Onfray, La passion de la méchanceté sur un prétendu divin marquis, qui m’a donné envie de faire des recherches sur elle. Ensuite, j’écrirai aussi sur la gestapo.

Tu vas sortir aussi un livre écrit à quatre mains avec l’auteure Christelle Mercier.

Oui, c’est une histoire d’amour entre un SS et une résistante. La Deuxième Guerre Mondiale est une période très prolifique entre héroïsme et sadisme…

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Après l'interview, le 7 mai 2015.  

14 septembre 2013

Mandor interviewé par le magazine Revivre

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J’avoue avoir été étonné par la proposition de l’éditeur/directeur littéraire Sébastien Mousse. Être interviewé pour Le Magazine Revivre, le magazine du don d’organes et de la greffe (édité par FRANCE ADOT, la Fédération des Associations pour le Don d’Organes et des Tissus humains), ne me semblait pas une évidence totale. Pour la rubrique « Tendance », en plus. Alors soit. J’ai quand même compris que mon implication dans l’association Les P’tits Courageux et les soucis de santé de ma fille pouvaient intéresser les lecteurs de ce magazine.

Merci donc à Sébastien Mousse (papa de la série policière L’embaumeur) de l’intérêt qu’il porte à mon travail…

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03 mars 2013

Sébastien Mousse et Michel Vigneron: interview pour la série Luc Mandoline

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorAujourd’hui, je vais évoquer un nouveau personnage de la littérature policière. Un personnage récurrent comme on les aime. Luc Mandoline.

Luc Mandoline est un thanatopracteur. Un quoi ? Un embaumeur, si vous préférez. Son job consiste à préparer les défunts. C’est Sébastien Mousse, lui-même thanatopracteur, qui a inventé ce personnage. Chaque opus est écrit par un auteur différent qui va s’approprier pendant deux cent cinquante pages l’univers de Luc Mandoline. Le mélange des auteurs permet les styles les plus variés, du polar classique au roman noir, en passant par la S-F, la fantasy, l’humour décalé… Il y en aura pour tous les goûts.

La bible de Luc Mandoline:
Longtemps, il a voulu être médecin légiste. Durant sa scolarité, il dévore les manuels, romans et biographies sur le sujet, mais son caractère bien trempé et son refus viscéral de l’autorité lui valent l’exclusion de plusieurs établissements scolaires. Il s’engage alors dans la Légion étrangère pendant huit années. Huit années aussi sans voir Élisa, sa confidente, son amour platonique, huit années sans se voir, mais pas une semaine sans s’écrire. C’est en se liant d’amitié avec un autre camarade légionnaire, Sullivan, qu’il découvre la thanatopraxie. Sullivan a prévu de se reconvertir dans le milieu du funéraire à sa sortie de la légion. Luc s’engage dans la même voie que son ami. Seulement, quand la mort lui paraît trop suspecte, la famille trop bizarre, c’est plus fort que lui, il faut qu’il fouine, qu’il enquête à sa façon. Au risque de faire remonter la vérité la plus sordide.

J’ai rencontré Sébastien Mousse à l’agence le 31 janvier dernier. Je lui ai posé quelques questions sur cette aventure éditoriale. Puis ensuite, j’ai interviewé Michel Vigneron, l’auteur du premier volet de la série, Harpicide (préfacé par Franck Thilliez).

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorInterview :

Tu es un passionné de polar avant tout.

J’ai beaucoup fréquenté le polar quand j’étais ado, puis j’ai arrêté. Et puis, j’ai fait mon service militaire dans les transmissions. Dans les transmissions, tu es derrière une machine dans un bureau à coder des messages et quand il n’y a rien à faire, tu lis. C’est là que j’ai redécouvert San Antonio et Le poulpe.

Tu dis d’ailleurs que le personnage de Luc Mandoline est un mélange des deux séries. Moi, je le trouve plus violent que les deux autres.

Dans le premier roman, c’est Michel Vigneron qui l’a rendu comme ça. Ses romans sont durs et violents, il n’a pas fait exception à la règle pour la série. Et encore, c’est la première fois que dans un roman de Michel, il y a une happy end. D’habitude, ses héros meurent. Là, comme il débutait la série, je lui ai demandé de ne pas me le tuer (rires).

C’est toi qui as créé la « bible » du héros.

Je me suis amusé à créer un personnage, Luc Mandoline. Autour de lui, il faut aussi faire luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorgraviter d’autres personnages. J’ai fait en sorte que les auteurs pressentis puissent s’amuser.

Il y a de nombreux clins d’œil à Frédéric Dard, dans les noms des personnages, dis donc.

Oui, Élisa Deuilh, Sullivan Mermet, Franck Sauvage, Alexandre Benoit… tous ces noms viennent de la littérature de Frédéric Dard. J’ai emprunté et mélangé un peu… le seul nom qui ne vient pas de cet auteur, c’est le nom du flic Maxime Claeneboo. Claeneboo, c’est le nom d’un personnage d’un pote auteur a qui je dois beaucoup, Maxime Gillio. C’est un des personnages de Le cimetière des morts qui chantent.

Ce sont des livres qui ne dépassent pas les 250 000 signes.

C’est court, mais c’est fait exprès. Je ne voulais aucune fioriture et que ce soit rythmé. En 10 pages, il faut que nous soyons dans l’action. 

Le teaser de la série.

Luc Mandoline n’est pas que thanatopracteur, il a passé 8 ans dans la Légion étrangère. Il a des couilles, on peut dire ça.

Oui, il sait se défendre et ça ne le gêne pas de tuer. On ne sait pas trop pourquoi, mais dans la genèse de Luc Mandoline, il a pratiqué plus ou moins la médecine légale.

Tu as d’autres points communs « raisonnables » avec Luc Mandoline à part le fait que tu sois toi-même thanatopracteur ?

Moi, j’aurais voulu être médecin légiste, mais j’étais un gros fainéant à l’école. Pendant un temps, les thanatopracteurs étaient assistants des médecins légistes…

Tu as créé ta maison d’édition dans le but de faire cette série. Tu es courageux !luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor

C’est une association culturelle en fait. Moi, j’ai un métier pour vivre et ce que je fais dans l’édition est de la pure passion. L’argent qui rentre au fur et à mesure que l’on vend des livres, c’est de l’autofinancement pour payer les auteurs, ce qui est la moindre des choses puisqu’ils ont un contrat d’édition. Les rentrées financières servent aussi à financer les prochains livres.

Es-tu tenté d’écrire un livre ?

J’écris aussi, mais sous pseudo et sous mon propre nom. J’ai écrit au profit de l’association des amis de San Antonio.  J’ai aussi participé au recueil L’exquise Nouvelle sous le pseudo de L’Aligator. Je veux faire mes preuves sans que l’on sache que c’est Sébastien Mousse l’éditeur qui écrit. J’ai un manuscrit à 4 mains qui devraient sortir sous mon propre nom. Je vais commencer à assumer cette partie-là de mes activités.

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Je sais que tu vas lancer de nouvelles collections.

La première collection que je vais produire et éditer, c’est avec Fabien Hérisson, du collectif des auteurs du noir. Nous allons sortir un recueil intitulé Santé, sur les maladies orphelines. (Pour en savoir plus, c’est ici. Mandor a assisté à la signature de cette collaboration). Ensuite, avec une Bérangère Soustre de Condat-Rabourdin, criminologue et anthropologue judiciaire, je sors la collection Post Mortem. 3 numéros par an plus un hors série au moment des fêtes de fin d’année sur un tueur en série en particulier. C’est de la vulgarisation scientifique et pas du tout de la fiction. On va s’amuser à démonter ce que l’on voit dans Les experts ou NCIS, des séries de ce genre qui montrent beaucoup de choses fausses. Enfin, je vais sortir Les nouvelles d’en bas. Ce seront des livres petits formats écrits par des auteurs différents avec des styles différents. Polar, noir, humour, érotique, gore. Ils ont juste un prologue à respecter. Marcel est gardien de cimetière et il a la particularité de pouvoir parler aux défunts.

Entre ton métier de thanatopracteur et ce qui tu fais dans l’édition, c’est un travail de fou. Tu as d’autres activités ?

Je m’occupe de l’association des amis de San Antonio, je gère le blog de l’association. Je suis collectionneur de plantes, j’ai plus de 80 espèces de bambous, des bananiers, des palmiers. Il faut donc que j’entretienne tout ça. Je fais aussi du moulage et de la peinture.

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luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorLe premier épisode des aventures de Luc Mandoline s’intitule Harpicide. Il m’a particulièrement intéressé, car l’action se situe dans un département français d’outre-mer que je connais très bien. La Guyane. J’y ai vécu 6 ans. Il est question du 3e REI…  mon père en a été dans les années 80, le médecin-chef. J’y ai donc trainé mes guêtres très souvent. Bref, la lecture de ce roman particulièrement noir m’a transporté dans une précédente vie personnelle (et intense). J’ai donc posé quelques questions à Michel Vigneron à propos de ce livre et de la Guyane.

L’histoire :

Un légionnaire s’est fait tuer lors d’une mission Harpie. Le chef de corps du 3e REI fait appel à Luc, ancien de ce régiment, afin de s’occuper du défunt, et surtout de faire la lumière sur cette affaire. Et pour cela Luc à carte blanche, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Nous voici plongés dans l’univers de l’orpaillage clandestin, de sa violence, des garimpeiros et de la prostitution. Un roman sans concession, violent et réaliste. Michel Vigneron à mis toute la verve qui le caractérise dans l’écriture de cet opus de l’Embaumeur.

L’auteur : Né en 1970 à Calais, Michel Vigneron habite désormais en Guyane où il dirige uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor équipe de 80 policiers. Entré dans la Police nationale en 1995 comme gardien de la paix, il exerce dans le Xe arrondissement de Paris de 1996 à 2000. De cette date à fin 2001, il travaille à la Police aux frontières de Calais, dans la Brigade mobile de Recherche départementale où il faisait la chasse aux réseaux de passeurs et de trafic des êtres humains.
Après avoir réussi le concours de lieutenant et un an et demi de formation, il est affecté au commissariat de Boulogne-sur-Mer comme chef de secteur pendant deux ans. Il décide alors de travailler de nuit et gère toute l’activité judiciaire, ainsi qu’une quarantaine de gardiens.

En 2008 est sorti mon premier roman Marilyne de Boulogne, suivi en 2009 de Boulogne K puis est arrivé Le puits de la perversion en 2010, le tout aux éditions Ravet Anceau, collection Polars en Nord. Les mots qui reviennent le plus souvent en ce qui concerne mes polars sont « réalistes, violents, crus, sombres, durs »…

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Interview :

Commencer le premier volet d’une série, est-ce que cela met un peu de pression ?

La pression ? Non ! J’ai préféré laisser ça à l’éditeur, Sébastien Mousse. Il ne faut pas perdre d’esprit que pour moi, l’écriture reste un plaisir, mon violon d’Ingres : ça me distrait. Ce n’est pas  mon métier, je ne gagne pas ma vie avec mes livres. Je ne me prends pas au sérieux, mais cela ne m’empêche pas d’écrire sérieusement. L’aventure Mandoline était excitante, enthousiasmante. C’était un défi qui m’amusait plus qu’il ne m’angoissait.

Dans Harpicide, Luc Mandoline est implacable, parfois même sans foi ni loi. « Une véritable machine de guerre, un instrument de mort sans pitié qui exécute froidement ceux qui osent se mettre en travers de sa route, ceux qui mettent sa tribu en danger. » Vous ne vous êtes pas demandé si vous n’alliez pas trop loin avec ce personnage qui sera récurrent ?

Quand Sébastien m’a brossé le portrait de son personnage, je l’ai tout de suite imaginé dans la forêt guyanaise ! L’Embaumeur m’a donné l’envie d’écrire une aventure tendue, pleine des excès que l’on pouvait trouver dans certaines séries B des années 80/90. Je ne pensais vraiment pas que le récit serait pris à ce point au sérieux ! Donc non, je n’avais pas l’impression d’aller trop loin. Luc est un personnage de fiction, un jouet entre les mains des auteurs approchés par Sébastien. Même s’il passe par le fer pas mal de types dans « Harpicide », il se calme dans « Ainsi fut-il ». Ce deuxième opus montre bien que « mon » Luc n’a aucune influence sur celui des autres auteurs qui ne se sentent pas obligés de trucider à tour de bras parce que ce cinglé de Vigneron a sorti l’artillerie lourde dès le premier numéro !

luc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandorSébastien Mousse dit de ce livre : « C'est du Vigneron pur jus, sombre, hyperréaliste, violent. » Vous avez l’impression que c’est votre marque de fabrique ?

Ces mots reviennent souvent quand il s’agit de mes livres. J’ai un rapport à la violence très différent des gens « normaux » de par mon métier. Bien sûr, je ne la pratique pas, mais elle fait partie de mon monde (ou plutôt de mes mondes) depuis près de vingt ans, c’est pourquoi je la décris et la mets en scène si facilement. Pour moi, cela n’a rien d’extraordinaire. Sombre et hyperréaliste… c’est comme ça que j’aime les polars : désespérés et sans fard. J’adore déprimer en regardant « MR73 » !

Vous évoquez l’orpaillage illégal, la Mission Harpie, la Légion… de manière réaliste, sombre, dure et violente, sans aucune concession. Votre métier de policier en Guyane vous a-t-il permis d’être confronté à certaines situations évoquées dans le livre ?

Non, je n’ai jamais participé à une mission Harpie. Si tel avait été le cas, je n’aurais pas écrit sur le thème. Je me défends d’utiliser directement mon vécu professionnel pour écrire un roman. J’utilise des ambiances, des anecdotes, mais rien de plus. La mission Harpie est quelque chose de très délicat, de très sensible en Guyane, ce qui oblige à une grande vigilance. Pour écrire Harpicide, je n’ai utilisé que des dossiers de presse libres de consultation, des articles locaux, des comptes-rendus d’affaires judiciaires déjà jugées.

Plus généralement, je sais la Guyane de plus en plus violente d’année en année. C’est uneluc mandoline,harpicide,interview,sébastien mousse,michel vigneron,mandor source d’inspiration pour votre travail d’écrivain, du coup ?

La Guyane est très stimulante pour un scribouillard comme moi, et j’ai un ou deux scenarii en tête qui pourraient voir le jour. Il faut juste trouver le temps… Mais je tiens tout de même à mettre un bémol à la violence croissante de la région ; je me sens plus en sécurité ici que dans de nombreuses villes de métropole. Ici, je peux encore traverser la place des Palmistes, en uniforme, sans me faire cracher dessus, ni me faire insulter ! Pour le reste, il suffit juste de prendre quelques précautions de base, comme éviter de se promener en ville avec une bijouterie autour du cou ! Il est clair que tout peut très vite déraper ici, que les esprits s’enflamment en une fraction de seconde, parfois pour des peccadilles. Mais il ne faut pas oublier que la Guyane est en Amérique du Sud, nous avons ici des populations issues de pays réputés pour leur violence : le Brésil, le Guyana…

Vous citez le 3e REI, le 9e RIMA, ça ne les dérange pas de se retrouver dans cette histoire ?

Pour ce que j’en sais, ça les fait plutôt marrer ! Ils savent que ce n’est qu’un roman, rien de plus. « Harpicide » n’est pas une enquête de terrain sur le plan Harpie, mais bel et bien une fiction qui utilise cette mission comme prétexte.

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Vous dites que « le cœur de l’orpaillage, ce n’est pas ces pauvres diables qui s’empoisonnent avec le mercure et autres saloperies qu’ils utilisent pour récupérer l’or, mais les pourritures  qui vivent au Surinam ou au Brésil, à l’abri de la justice française ».  Vous avez un sentiment de révolte en vous, par rapport à ce que vous voyez des ces « affaires  guyanaises » ?

Bien plus que le vol de l’or, c’est l’esclavage des garimpeiros, le massacre de la forêt, l’empoisonnement des populations qui me répugnent.

Y a-t-il vraiment, comme il est plus que suggéré dans votre livre, des sites d’orpaillages « conséquents » exploités jusqu’au bout, sans aucune intervention des services de l’état parce que, bénéficiant de protections ?

Il existe de gros sites clandestins qui, dès qu’ils sont repérés, font l’objet d’une intervention des services de l’État. La mission Harpie, c’est tout de même presque 4000 missions en 2012 ! On dira que le bilan est mitigé, mais il ne faut pas oublier que l’ennemi fait partie de la forêt et qu’il est, de ce fait, difficile à chasser. Et le domaine forestier couvre quand même 96% d’un territoire immense, hostile. Ce n’est pas le bois de Vincennes. La paranoïa que je décris n’est là que pour nourrir le climat du roman, ce n’est pas une vérité. Je le répète, j’ai écrit un roman, pas un documentaire.

Vous dirigez une équipe de 80 policiers. Quel regard ont-ils sur votre deuxième vie ? Vous lisent-ils ? Et que pensent-ils d’Harpicide en particulier ?

Cela les amuse. Ils retrouvent dans le livre mes éléments de langage (et oui, je parle comme un charretier !). « Harpicide » ne les choque pas outre mesure.

Vous sentez-vous bien en Guyane et quel est votre point de vue sur ce département français ?

La Guyane, on accroche ou on déteste ! Ma famille et moi appartenons à la première catégorie. Dès l’instant où vous comprenez qu’on n’y vit pas comme en Métro, tout se passe très bien. Tout s’accélère en ce moment : la démographie explose, le brassage culturel devient de plus en plus visible –  avec ses avantages et ses inconvénients –  et la population est de plus en plus jeune. Il va y avoir un sacré boulot d’accompagnement pour cette région riche au sens large du terme. Les Guyanais méritent toute notre l’attention.