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21 février 2013

ReDeYe : interview pour End of the season

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(Photo : Renaud De Foville)

530632_10151202679442045_833854753_n.jpgReDeYe propose depuis 2008 une musique folk classieuse et apaisée. Ce projet mené par Guillaume Fresneau, du groupe Dahlia, évoque immanquablement les grands espaces américains. J’en parlais déjà ici à la naissance du projet. Les morceaux de ReDeYe puisent leur inspiration chez les meilleurs songwriters d’outre-Atlantique.

On note des collaborations prestigieuses. Évoquons par exemple la trompette de Jérôme Lorichon (Hermane Düne), les violons de Lucille Vallez (Ex – Pony Express), où encore Raphaël Seguinier (Cocoon, Saul Williams, Nouvelle Vague) et Cyril Bilbeaud (Sloy) qui interviennent tous deux à la batterie.

Sans frontières, ReDeYe propose un folk US sans complexes qui pourrait bien devenir la marque de fabrique d'un groupe affirmé et fort prometteur. À suivre avec attention.

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538132_10151434850633493_1230496429_n.jpgInterview:

C’est un disque intimiste, mais avec du monde autour de toi.

Avec Jean-Charles Versari à la production, on a commencé à faire des voix-guitares les plus convaincantes possibles, ensuite on a étoffé l’affaire en allant chercher des gens qui correspondaient au mieux à nos envies musicales. Mon idée était de faire une musique dans laquelle on se sent bien, dans un univers intime, un peu écarté du monde. Je pense qu’il faut que ça se ressente dès le studio.  Je ne me vois pas appeler un musicien juste pour le cachet. Il fallait que l’on travaille en famille avec des gens qui vivent la musique comme nous.

Les critiques de l’album sont dithyrambiques.

J’ai l’impression que les gens ont compris ce que nous voulions transmettre avec cet album. On a voulu recréer une sorte de petit monde parallèle fait d’espace, de voyages et de contrées lointaines. J’ai envie que les gens voyagent avec ce disque.

Un voyage pour où ?

J’ai grandi au Texas, c’est donc plus le sud des États-Unis. Je suis arrivé aux États-Unis à l’âge de 5 ans et j’y suis resté jusqu’à 12 ans. Il y a dans ma musique la notion d’étendue et d’espace.  Mon père, bien avant de partir là-bas, était complètement imprégné de cette musique-là. Il a toujours été fan de blues, de rock et de folk.

Du coup, il n’a pas été déçu que tu commences ta carrière musicale avec un groupe qui chante en français, Dahlia, plutôt qu’avec les ReDeYe.

Il se moquait gentiment de moi. Il disait, ton disque, dans  les bacs, il est classé dans la chanson française. Musicalement, il me comprenait quand même. Par contre, avec ReDeYe, il est aux anges…

Clip de "Cover me".

On sait que tous les enfants veulent tuer le père. Faire la musique qu’aime son père, ça ne met pas un peu de pression ?

Il y a une sorte d’héritage, en effet. Mais, pour moi, quand on fait de la musique, on fait un lien entre ce qui a existé et ce qui va exister. Je ne crois pas aux musiciens qui sont complètement originaux. Chaque musicien choisit parmi ce qui l’intéresse, le transforme un peu pour le faire avancer. Je crois beaucoup en l’idée qu’on est tous un peu connectés. Chacun a sa propre vision des choses et c’est ça qui fait avancer les choses. Je ne crois pas au miracle musical qui apparait comme ça du jour au lendemain.

Tu es le seul à faire cette folk-là en France en tout cas. C’est un album américain.

Beaucoup de gens me disent ça. Il y a d’autres projets de ce style ou apparentés qui viennent d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède. Donc moi je suis content d’être le seul français. Le seul breton même.

On entend moins ton côté breton dans ton disque que dans celui de Nolwenn Leroy !

(Rires). J’aime beaucoup cette réflexion. On la garde !

Dans ce nouvel album, il y a le même climat que l’EP, sauf qu’il y en d’autres… car il y a des instruments nouveaux.

J’ai l’impression de suivre un chemin. L’EP, c’était un essai. Une des idées directrices était d’enlever la batterie et de restreindre au maximum les instruments. Cette fois-ci, je suis parti de la même base, mais j’ai décidé de me projeter  et d’ouvrir mon champ des possibilités musicales. Il y a donc de la batterie sur 3, 4 morceaux, j’ai ajouté aussi des cuivres, des trompettes et un saxophone baryton.

"Out of the Blue" (version live).

Il y a même des titres un peu rythmés.

Oui, « Disappear », par exemple. C’est une de celles que les gens remarquent le plus. Ce titre ouvre peut-être sur la suite, sur la tournure que prendra ce projet. Comme j’étais dans un format album, c’était intéressant pour moi d’amener d’autres choses.

As-tu fait très attention à l’ordre des titres ?

Oui, c‘est pour moi ultra important. Je suis un grand fan d’album et  les albums doivent raconter une histoire. Rien ne doit être laissé au hasard. On a passé deux ans de notre vie et toute notre énergie à cet album, donc on a eu le temps de la penser.

Est-ce que ReDeYe ne devient pas ton projet numéro 1 ?

Maintenant, effectivement, il le devient. Les choses, la vie, les rencontres, les temps de studio font que je n’ai travaillé que sur ce projet. Il faut dire qu’il me colle à la peau complètement.  Je ne me vois même pas faire autre chose en ce moment.

"Disappear" à Lake Travis, Texas.

Si ce disque a une tonalité mélancolique, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas triste.546955_10151120043627045_2005806029_n.jpg

Ça me fait extrêmement plaisir d’entendre ça. C’est important pour moi que ce disque ne soit pas considéré comme plombant, car on l’a joué dans une bonne humeur totale. Cette mélancolie dont tu parles est une mélancolie que je retrouve quand je vais aux États-Unis. C’est une mélancolie presque cathartique. C’est comme le blues. Le blues, pour moi n’est pas triste, c’est une sorte d’expression de sentiments qui peut aller de la tristesse à la joie, mais sous une forme mélancolique. Pas triste en tout cas. De toute manière, faire de la musique, ce n’est jamais triste.

Si tu es triste, tu ne fais pas de musique ?

Non. Faire de la musique, c’est déjà avoir une énergie et avoir envie de communiquer. Si je joue dans un état de tristesse, j’ai peur que ce soit pleurnichard. Je m’évite le pathétique dans la musique. Je ne me sens pas d’imposer aux gens ce genre de sentiments.

Et l’inverse ? Quand tu es trop heureux ?

C’est pareil. Je ne fais pas de musique non plus parce que je suis dans une sorte de bonheur qui va finir par trop s’entendre… un peu dégoulinant. Il faut être dans un état particulier quand tu fais de la musique. Ni heureux, ni malheureux, c’est une sorte de transe.

Je serais un peu étonné si un jour tu ne t’attaquais pas à la musique de film.

J’ai fait de la musique de courts-métrages, mais le milieu du long métrage est assez fermé. Dans mes morceaux, on voit des images. J’adorerai travailler sur une musique de film, je ne peux pas te dire le contraire. 

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08 juillet 2011

Redeye : interview de Guillaume Fresneau

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A la fin du mois de mai dernier, je reçois un EP de 5 titres d'un artiste dont je n'ai jamais entendu parler. Il est en tout cas très clair que l'hommme à un sens spontané et rare du songwriting. J'écoute et je me demande pourquoi je reçois désormais aussi des disques américains de vieux routiers folk... Redeye.

Et puis, je tombe sur cet article...

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Ah d'accord! J'ai toujours adoré le groupe Dahlia, c'est donc avec surprise et contentement que j'apprends que c'est l'un des deux membres. J'ai été, je crois, l'un des premiers à écrire un article sur leur premier album. En 2003, je les avais interviewés à cette occasion.

Le 5 juillet dernier (ce mardi, donc), j'ai retrouvé Guillaume Fresneau dans le bar d' un hôtel parisien… pour parler de ce projet. Je publie le fruit de notre conversation aujourd’hui, car, ce soir, Redeye est en concert au Divan du Monde. C’est une belle occasion de le découvrir ici, puis d'aller l’applaudir sur scène (histoire de juger sur pièce si j’ai eu raison de le mettre en avant aujourd’hui. Je connais la réponse…)

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorInterview:

Red Eye, c’est un projet folk. Tu as grandi au Texas, tu as donc été fortement influencé.

Oui,  j’étais jeune ado, mais j’y suis retourné souvent. Mon père n’écoutait que de la musique américaine : du folk, du blues et de la country. A l’époque, la country, ça me paraissait folklorique, dans le sens, un peu bizarre. Je n’aimais pas du tout. En réécoutant certains titres récemment, il y a pas mal de titres que je trouve finalement très intéressant.

Tu as pris le parti de faire quelque chose de très calme, de très intimiste.

Oui, c’est tout à fait volontaire. Même dans le procédé de l’enregistrement, on a fait quelque chose d’assis, de sobre et d’assez propre. On a essayé de ne pas mettre de batterie, mais un peu de cordes et de faire des arrangements par touche.

Tu dis « on ». Pour moi, Redeye, c’est juste le projet de Guillaume Fresneau.

J’ai beaucoup bossé avec Jean-Charles Versari (Jason Edwards, Josh T.Pearson…). Il est le producteur et il est surtout celui qui a initié le projet. Il m’a proposé du temps de studio et nous avons travaillé sans stress, tout à fait sereinement. Il a produit au sens anglais du terme, c'est-à-dire qu’il a amené des idées, cadré les choses.

Dans Dahlia, il y avait pas mal d’influences américaines…

Oui, c’est vrai. Comme on avait un fonctionnement de groupe, chacun amenait ses propres influences. Armel était très « musique anglo-saxonne » avec des influences « chansons » que moi je n’avais pas. Pour le projet Redeye, mine de rien, j’ai quand même pris des influences de Dahlia très précises.

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorCe projet est important pour toi. Il fallait qu’il aboutisse impérativement ?

En ce moment, c’est la musique que j’ai envie de faire et que j’ai envie d’entendre. Ce sont les gens avec lesquels j’ai envie de travailler. Il y a Suzanne Thoma au chant, Sonia Cordier au violoncelle, François Sabin à l’accordéon et Antoine Pozzo di Borgo à la contrebasse. Aujourd’hui, même si on continue Dahlia, je ne me vois pas faire autre chose. Mon cheminement personnel va vers Redeye.

L’ambiance de ce 5 titres est très douce. Les autres titres sont en cours d’enregistrement. Y aura-t-il un peu plus d’électricité ?

Depuis l’enregistrement de l’EP, on a fait des concerts avec batterie et j’ai même utilisé des guitares électrifiées, il y a donc une petite probabilité que les autres titres de l’album soient moins doux que les premiers. Je n’en sais encore rien parce que l’on fonctionne par touche. Tout n’est pas encore défini.

Tu ne chantes pas de la même façon quand tu es dans Dahlia ou quand tu deviens Redeye… on interprète différemment quand on chante en anglais plutôt qu’en français ?

C’est une question de sonorité des mots. En français, il y a toujours la difficulté de se faire comprendre. Il y a beaucoup de réflexions derrière des textes en français, alors que les textes en anglais peuvent être plus instinctifs et intuitifs. En plus, en anglais, il y a plus d’onomatopées, les mots se tordent plus facilement.

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Tes textes, en règle générale, évoquent les voyages…

Moi, quand je compose, je vois des images défiler. Mes chansons, c’est le voyage physique, mais aussi intérieur. Mon « œuvre » est très intime… il y a des réflexions, des sensations, des sentiments, tout ce qui peut faire voyager dans la tête aussi.

La musique folk  est de nouveau très appréciée en France. Ton projet tombe bien, finalement…

Il y a actuellement tout un pan de la musique qui va vers un maximum de paraître et de superficialité. Les Black Eyed Peas, les Lady Gaga et autres David Guetta. C’est bien ficelé, mais ce n’est plus vraiment de la musique. Tout cela a l’air tellement réfléchi, programmé et formaté que les gens ont aussi besoin de l’autre versant… quelque chose de plus authentique, sincère, d’assez simple. Moi, j’aimerais que l’on découvre des gens comme Bonnie Prince Billy ou les derniers albums de Johnny Cash, par exemple. J’avais ces albums en tête quand j’ai composé pour Redeye.

Une des sessions acoustiques filmée par Le Cargo, webzine musical. Ici, les 6 titres... à voir en complèment de cette chronique.

redeye,guillaume fresneau,dahlia,interview,mandorC’est jubilatoire d’aller à contre courant ?

Ce qui est chouette, c’est de pouvoir faire sa propre musique et de ne pas avoir à se dire, « il va falloir plaire », « il va falloir rentrer dans telle case »… on voulait de la liberté de création sans aucun paramètre extérieur. On a fédéré des musiciens autour de cette idée. On a choisi ses musiciens pour leurs bagages et leurs influences.

Comment l’auditeur ou le public doit-il appréhender ta musique ?

Ce qui me fait plaisir, c’est quand les gens deviennent attentif . J’espère qu’il voyage avec moi. J’aime quand quelqu’un me dit qu’il a mis Redeye dans sa voiture et qu’il est rentré dans un autre univers, qu’il a oublié ses soucis. Il y a une entrée, une sortie, il y a des hauts, des bas, mais on voyage, on se retrouve ailleurs l’espace d’un petit moment…

Quand on fait partie d’un groupe, on a besoin de s’évader vers d’autres projets ?

Cela permet d’expérimenter autre chose, de se sentir un peu plus libre et de revenir avec un peu plus de fraîcheur. Je pense que mon incursion avec Redeye va complètement influencer le prochain Dahlia. Après, comme Armel et moi, on est parti chacun dans des directions différentes, il va falloir que l’on fasse un peu le tri. Tout ce que l’on a accumulé ne va pas aller ensemble… Lui revient avec quelques choses d’assez complexe en français et moi assez simple en anglais.

Il y a un stress à se présenter sous un nouveau jour ?

Paradoxalement non, parce que cet album a été fait sans pression. Comme tout a été fait de façon très simple et très naturel, je sais qu’il suffit que je reste sur ces bases-là pour me sentir à l’aise.

Tu as joué aux Etats-Unis ? Là-bas, les Français sont considérées comme de pâles copies de que font les américains, non ?

Ils s’attendent à une chose, mais ils sont tout de même curieux. Si on n’est pas trop original, ils ne vont pas se priver de le dire.  Moi, j’ai eu toutes sortes de retour. Des gens trouvaient mes morceaux un peu trop classiques, d’autres trouvaient qu’ils étaient très originaux. Ils ont considéré, en tout cas, qu’il y avait de l’envie, de l’enthousiasme et de la sincérité. Pour eux, c’est primordial. Pour moi aussi.