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25 juillet 2016

Quentin Mouron : interview pour L'âge de l'héroïne

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(Photos : Daniella Carbunova)

quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorAmateurs de polars "classiques", de romans noirs ou de thrillers, il est possible que vous soyez un peu déroutés par le style de Quentin Mouron. Dans L’âge de l’héroïne, il y a tout de même un trafic de drogue ayant mal tourné et des rancœurs supposant une vengeance. L'ambiance générale correspond aux critères du bon petit polar dans un décor américain.

Mais, le véritable moteur de l'histoire, c'est le héros, Franck. Un homme hors du temps, ne dédaignant ni une partie de jambes en l’air improvisée (et pas très romantique), ni l'alcool, ni une ligne de coke de temps à autre.

Franck est autant une tête à claque qu’attachant.
Pas de romantisme dans ce pastiche noir. Pas de tendresse gratuite dans ces bas-fonds. Il n’en reste pas moins un roman sulfureux et décapants.

Ceci est ma troisième mandorisation de Quentin Mouron (la première ici et la seconde là), vous vous imaginez donc tout le bien que je pense de cet écrivain suisse, peut-être le plus insolent/turbulent/innovant de sa génération.

Je l’ai reçu à l'agence le jour de mes 49 ans, le 20 juin dernier. Alors que je déprimais d’être sur la pente descendante de ma vie, pourquoi me suis-je infligé le fait de recevoir ce jeune homme fringant, au talent fou, qui a encore toute la vie devant lui ? Je ne sais pas (l’homme ne serait-il pas paradoxal ?) Au fond, peut-être que c’est parce que je l’aime bien. Tout simplement. Et que chacune de nos rencontres me font du bien, voire m’élève.

4e de couverture :quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandor

Franck, dandy sur le retour, détective à ses heures, bibliophile, collectionneur de livres anciens, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Son enquête le mène jusqu’à Toponah, petite ville américaine située dans l’État du Nevada. Sur sa route se dresse Léah, adolescente mystérieuse tenant autant de la gueule cassée que de l’héroïne cornélienne. Parmi les existences ployées et amoindries, la jeune femme scintille, détonne ; elle incarne quelque chose que Franck ose enfin nommer la vie.

L’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier naît en 1989 à Lausanne. Il possède la double nationalité suisse et canadienne. Il est très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2013). L’Âge de l’héroïne est son deuxième roman publié en France après Trois gouttes de sang et un nuage de coke (2015) qui vient de sortir en poche chez 10/18.

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quentin mouron, l'âge de l'héroïne, interview, mandorInterview:

Ça y est, tu as un héros récurrent. Franck revient dans un second livre.

Je ne sais pas s’il va tenir très longtemps à ce rythme-là (rires). Je précise que Trois gouttes de sang et un nuage de coke et L’âge de l’héroïne se lisent indépendamment et que l’on peut commencer par celui que l’on veut. Je conseillerais presque de commencer par le second, L’âge de l’héroïne. Il est plus direct et va plus à l’essentiel. Il ouvre une belle porte pour découvrir mes livres.

Es-tu plus fier de ce livre, stylistiquement parlant, parce que tu t’améliores de livre en livre?

Oui. J’ai toujours l’impression que le dernier livre est le meilleur. Je crois que dans celui-ci, il y a moins de fioritures.

Pas de phrases, pas de mots inutiles. C’est épuré au maximum.

Ca vient de ma fréquentation avec certains auteurs américains. Souvent, je me dis: “est-ce qu’on a vraiment besoin d’avoir cette scène?” Je trouve qu’il y a dans leurs polars des descriptions dont on pourrait se passer.

En lisant des gens que tu aimes bien, tu te dis qu’il y a quand même des longueurs ?

Il m’arrive de passer des pages et de trouver que le livre redevient brillant. Les descriptions physiques des gens sont toujours trop détaillées. Moi, j’en fais le minimum. Plus généralement, pour ce livre, j’ai suivi le chemin des ellipses.

Léa, ton héroïne, est elle aussi particulière. Elle est serveuse dans un bar au bord d’une route. Il lui quentin mouron,l'âge de l'héroïne,interview,mandorarrive de donner son corps pour de l’argent. Mais elle ne veut sucer que les cas sociaux, pas les hommes normaux.

Il y a chez elle, un esprit du renoncement que l’on peut trouver encore au 17e siècle, chez certaines héroïnes cornéliennes. Léa, elle nie le monde, elle nie la vie. Pour Franck qui l’observe sous son regard à lui, c’est le contraire. Il l’a perçoit comme une affirmation.

Léa amène quand même une certaine lumière, je trouve.

Quand elle fait irruption dans l’histoire, ça modifie les choses. Franck, personnage toujours désabusé, arrive enfin à voir quelque chose de positif dans le monde dans lequel il évolue.

Ce livre est un western moderne.

Je n’y ai pas du tout pensé en l’écrivant. Mes premiers lecteurs m’ont fait remarquer qu’il y avait un côté western déglingué, un peu bizarre. J’ai pourtant tenté de ne pas trop incarner le lieu et le temps.

Pourquoi te sers-tu du polar pour aborder des sujets profonds ?

Ce n’est pas une stratégie commerciale pour donner envie d’acheter. Le prétexte du polar rassure le lecteur et rassure aussi l’auteur. Il y a un cadre, des actions qui sont assez traditionnelles. Il y a un trafic de drogues, ça va vite. Ça permet un point de repère et une mobilité. Dans le polar, les personnages et les situations circulent. On peut aborder des thèmes qui ne sont pas ceux habituellement abordés dans le polar, sans que les lecteurs ne soient perturbés. 

L’intrigue est minimale, pourtant, on ne peut pas lâcher ce livre une fois commencé.

Merci. Ne pas m’étendre sur l’intrigue me permet surtout de mettre mes angoisses d’écrivains ailleurs. Dans le style par exemple, dans les propos, dans la qualité des dialogues…

Il y a deux parties dans ton livre. Une « ouverture baroque » et la « suite classique ».

Mon héroïne appartient presque au théâtre classique. Il y a une unité, pas tout à fait de lieu, pas tout à fait de temps, mais presque. Dans la deuxième partie, l’écriture est moins explosive que dans la première où tout est baroque, mélangé et ou s’imbrique toutes sortes d’informations et d’éléments.

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(Photo : Blaise Kormann pour #L'illustré).

Pour les besoins de la photo, Quentin Mouron a adoré se faire décapiter. Un clin d’œil à son roman.

Est-ce que ton héros récurrent, Franck, a du cœur ?

C’est difficile à dire. Il a beaucoup de choses qui remplacent et qui masquent  le cœur.

Quand il voit la libraire décapitée peu de temps après l’avoir troussé, il n’a pas l’air plus ému que cela.

Oui, tu as raison, il s’en fout un peu. C’est sa rencontre avec Léa qui va le rendre plus humain, qui va lui faire sortir des sentiments. Dans toute la première partie, Franck est un personnage très froid.

Tu en es à ton cinquième livre et les journalistes continuent à te comparer à d’autres auteurs. Pour ce livre, on te situe entre Flaubert et Céline.

Je suis bien calé là.

J’ai lu aussi : « le cynisme d’Oscar Wilde, la beauté de Marlène Dietrich et la violence de Tarantino ».

Il y a pire comme référence. Je suis plus d’accord avec ce triplé qu’avec le premier binôme.

Tu comprends pourquoi on te compare à Céline ?

J’espère que c’est pour le style. Dans mon premier livre, il y avait pas mal d’argots. On retrouve des volumes de textes explosifs dans certains de mes dialogues. Mon côté apocalyptique de certaines visions doit également y être pour quelque chose.

Céline, idéologiquement, ça te convient aussi ?

Ah oui, tout à fait ! (Rires). Evidemment, je m’en éloigne sur certains points.

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Franck, tu vas le garder ou l’abandonner ?

Je me pose la question. Je suis en train de réfléchir dans quelle mesure il peut revenir. Comme j’ai décidé de mettre l’intrigue au second plan, il faut que Franck trouve sa place quelque part.

Un héros récurrent, ça sécurise et donc fidélise le lecteur.

Si je peux explorer une nouvelle dimension à son personnage, s’il apporte quelque chose à l’histoire, si certains thèmes peuvent se greffer par rapport à ce personnage, je pense que je peux le faire revenir. Je l’aime bien.

Tu n’écris jamais le même livre. Je vais plus loin. Tu aimes aller là où on ne t’attend pas.

En Suisse, en ce moment, il y a beaucoup de très bons polars qui fleurissent. Du coup, ça m’incite à aller vers autre chose. Avec L’âge de l’héroïne, j’ai essayé d’écrire autre chose que Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Si on retrouve Franck, ce n’est pas du tout le même ivre, j’insiste sur ce point.

Tu énerves un peu le milieu littéraire, il me semble.

Oui, je crois. Il y a toujours quelques petits agacements.

Il y a chez toi un côté, « je suis sûr de moi ».

Mon meilleur ami m’a fait remarquer que j’étais beaucoup plus sûr de moi devant un micro que dans la vie. C’est une forme d’aliénation.

Ne rentres-tu pas dans le personnage de « l’auteur » ?

Peut-être. Le micro s’est rassurant je trouve. Vous dites ce que vous voulez sans que l’on vous interrompe beaucoup. Un studio, c’est feutré, c’est plus rassurant qu’une table de bistrot où je pourrais boire un café avec une fille.

Quentin Mouron parle de L'âge de l'héroïne pour la librairie Mollat.

A la télé, tu faisais des chroniques dans lesquelles tu cassais le pouvoir en place.

Oui, c’est un bon exercice la chronique. Ça me permet de sortir de mon territoire.

En France, tu n’es pas encore très connu, mais je suis sûr que ça ne va pas pas tarder.

Le précédent livre, Trois gouttes de sang et un nuage de coke avait reçu un bon accueil et avait provoqué pas mal de choses. Il vient de sortir en poche chez 10/18 et il va être traduit dans certains pays. Mon éditeur, La Grande Ourse, fait bien son boulot. Il me pousse le plus loin et le mieux possible. Si j’espère un jour avoir la même notoriété en France qu’en Suisse, pour l’instant, je n’ai pas à me plaindre, ni des ventes, ni de la presse française.

Aimes-tu la notoriété ?

Oui, assez. Ce n’est pas désagréable en tout cas. Cela permet de survivre mieux, car cela permet de créer des opportunités de boulots. Tout est lié.

Tu es un « bon client » dans les médias.

Il parait. Mais tout dépend quel journaliste est en face de moi. Les journalistes ne sont pas les plus cons de la chaîne du livre (merci Quentin !) Je passe souvent de bons moments sur les plateaux.

Est-ce que discuter avec un journaliste te permet de mieux appréhender ton œuvre ?

On produit un discours que l’on ne s’attend pas à produire. Parfois, je sens que j’ai tenu un discours pertinent sur mon propre livre, parfois, au contraire, je me rends compte que j’ai dit d’énormes conneries.

Tu n’es pas un écrivain maudit en tout cas.

Non. Bon, il est vrai qu’en Suisse, au niveau prix, bourses, subventions, je ne suis jamais le grand gagnant.

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Pendant l'interview...

Tu écris tout le temps ?

J’écris souvent, à part quand je suis en promotion.

Ecrire cela n’a d’intérêt que si c’est pour dire des choses importantes ?

On peut écrire aussi des choses belles, des choses amusantes. Cela dit les choses belles et les choses amusantes peuvent être des choses importantes. Il y a un peu d’ironie dans mes livres, mais pas trop de second degré, ni d’humour douteux. On a suffisamment l’occasion d’être futile dans une conversion que nous ne sommes pas obligés de l’être aussi dans les bouquins. Quand j’ouvre un livre, j’aime bien avoir quelque chose de consistant, de profond. Le lecteur, qui a acheté ton livre a le droit à ce qu’on ne se foute pas de sa gueule.

Dans tes livres, quels sont les sujets de prédilections ?

Il y a un thème qui est revenu souvent et qui est  juste en clin d’œil  dans L’âge de l’héroïne, c’est la question du masque, de la manière dont on se ment soi-même et dont on ment aux autres. Dans mon dernier roman, je traite de la notion d’héroïsme, de la notion du langage aussi. A partir de quel moment sa propre langue, sa propre voix, ne porte plus parce qu’il y a trop de parasitages ou personne pour l’entendre. Je n’avais jamais problématisé la question de la parole. Que signifie une parole et à quelle condition elle peut signifier quelque chose ? Ce n’est pas une thèse que je défends, mais par me personnages, j’essaie d’amener une discussion. Le livre sert à provoquer les discussions.

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Après l'interview, le 20 juin 2016.

16 juillet 2015

Quentin Mouron : interview pour Trois gouttes de sang et un nuage de coke

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quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorQuentin Mouron est, au minimum, l’auteur suisse qui monte en flèche. Je vais jusqu’à prétendre qu’il est l’un des révélations de la littérature francophone de ces deux dernières années. Il débarque en France avec un brillant thriller qui n’en est pas tout à fait un (« un antipolar déjanté » écrit le Huffington Post). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son quatrième roman (édité par la maison d’édition française La Grande Ourse).

« A 25 ans, cet auteur pressé a déjà tout d'un écrivain: un monde clairement défini, une aisance à jongler avec les personnages, une maîtrise de son imaginaire... ainsi qu'un style. Et quel style! Qu'il s'agisse d'introspection, de digression ou de suspense, les mots claquent, les verbes galopent, et les chapitres défilent. Quentin Mouron a l'art de la formule » écrit encore le Huffington Post (lire intégralité de l’article ici).

Je le suis depuis son premier livre et je l’ai même déjà mandorisé pour son second. Pour être tout à fait franc (je ne cache rien ici), je le vois même quand il passe à Paris en coup de vent, juste pour parler/déjeuner/picoler (sans micro à proximité, pour le plaisir, quoi !) Je pense que, tout doucement, nous devenons amis.

Le 11 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous chez un ami pour une seconde mandorisation (au Chardonnet).

4e de couverture :

Watertown. Banlieue de Boston, novembre 2013. Un retraité sans histoire est retrouvé dans son quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorpick-up sauvagement assassiné. L’enquête est confiée au shérif McCarthy, pugnace, humaniste, déterminé. Au même moment, Franck, jeune détective dandy, décadent et cocaïnomane, double sombre du shérif, mène l’enquête en parallèle, parcourant la ville en quête de sensations nouvelles.

Un mafieux de renom, un jeune musicien ambitieux, un romancier vulgaire, des flics besogneux ainsi que tous les autres, les « largués », les « paumés » sont mis en scène et embrasent cette fresque sans concession d’une Amérique hantée par la crise des subprimes.

À mi-chemin entre le roman social et le thriller, Trois gouttes de sang et un nuage de coke, roman au ton vif et au style léché, laisse le lecteur sans voix. 

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorL’auteur :

Quentin Mouron, poète, novéliste et romancier suisse et canadien, naît en 1989 à Lausanne. 

Très remarqué dès 2011 avec Au point d’effusion des égouts (prix Alpes-Jura), puis avec Notre-Dame-de-la-Merci (2012) et La Combustion humaine (2014). Trois gouttes de sang et un nuage de coke est son premier roman publié en France. Mouron est aussi chroniqueur pour plusieurs journaux suisses et à TV BeCurious.

Quentin Mouron, 25 ans, est déjà largement reconnu en Suisse où ses trois précédents romans ont obtenu une presse importante et élogieuse. 

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(Photo : Patrick Gilliéron)

quentin mouron,trois gouttes de sang et un nuage de coke,interview,mandorInterview :

C’est ton premier « thriller », avec de gros guillemets, peut-on dire que ce quatrième roman est à part des trois précédents ?

Pas tant que ça. J’y trouve pas mal de résonnances avec les autres. Il y a vraiment une unité. Pas dans le genre, mais dans les thèmes abordés. La question du masque que nous portons tous, travaille vraiment le personnage principal, Franck, et ça le hante toute la durée du récit.

L’alcool et la drogue sont aussi très présents dans tous tes livres.

Oui, finalement, il y a de nombreux rapports. Mais je vois ce que tu voulais dire dans ta première question. Ce livre est un polar et il est peut-être plus accessible que mes trois premiers romans. C’est celui qui se lit le plus facilement et qui est le plus « mainstream ». Oh ! Quel vilain mot !

En écrivant ce livre, tu as choisi d’être plus abordable ou ça s’est fait naturellement ?

C’était naturel. Je n’avais même pas l’intention précise d’écrire un polar. J’avais des idées de personnages, de scènes, de situations, de dialogues aussi. L’armature du polar est venue bien après. Le côté « page turner » s’est imposé au fur et à mesure. Quand on décide qu’il y a une intrigue, on décide de mettre du suspens. On ne va pas quand même pas emmerder le lecteur.

C’est un livre que tu as beaucoup travaillé et retravaillé ?

Oui, ça m’a pris un an et demi. C’est un travail de longue haleine, contrairement à mes habitudes.

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Quentin Mouron le 11 juin 2015.

Je sais que parfois, tu te laisses déborder par tes personnages.

C’est presque de la chimie. C’est assez empirique et expérimental. On met des personnages, on leur crée une psychologie, une psychologie qui peut être contradictoire ou boiteuse. C’est le cas de Franck et c’est tout à fait volontaire. Ensuite, on regarde comment le personnage réagit. Contrairement à beaucoup de mes confrères, je n’arrive pas à faire suffisamment de projections pour avoir un plan militairement établi. Je suis donc dans l’organique.

Qu’est ce qui a été le plus difficile pour toi en écrivant ce polar ?

Je n’avais pas l’habitude de faire durer un livre sur plusieurs jours, je n’avais pas l’habitude de créer une intrigue avec un suivi rigoureux. J’ai eu une exigence de crédibilité qui n’a pas été simple pour moi. Il y a des réflexions sur la nécessité, sur le hasard, sur la probabilité. Mon intrigue n’est pas gratuite, elle a du sens.

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Tu aimes bien les barges !

Tous mes personnages le sont un peu, mais, nous tous, nous le sommes aussi. Chacun à ses fêlures. Franck est un personnage fou, dans le sens littéraire du terme. Il est contradictoire, il part dans tous les sens, il est cocaïnomane, donc un peu schizophrène, mais c’est aussi ce qui ajoute à son charme et son épaisseur.

Tu fais le contraire des autres auteurs. Tu as commencé par des romans, disons un peu complexes, moins « grand public », aujourd’hui tu tentes d’être abordable par tous les lecteurs.

Oui, mais j’étais content de pouvoir reprendre certaines réflexions qui avaient déjà été posées sous d’autres formes, dans d’autres romans. Je pense que j’ai donné une épaisseur à « l’abordable », comme tu dis. Je voulais un mélange de matière dense et de suspens.

Un écrivain écrit pour être lu, tu t’en rends peut-être un peu plus compte aujourd’hui ?

Oui, tu as entièrement raison. On peut lire ce roman de plusieurs manières. Un amateur de polar ne devrait pas être déçu, il peut lire juste pour l’intrigue. Mais quelqu’un d’un peu exigeant pourra aussi être intéressé par ce qu’il se cache derrière. Il suffit de gratter. Il y a plusieurs niveaux de lecture.

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En France, quand on parle de « page turner », on parle de Marc Lévy ou Guillaume Musso.

Oui, mais moi, personnellement, je n’ai pas envie de tourner leurs pages (rire). L’autre jour, quelqu’un me dit « il faut absolument que tu lises Millemium, c’est génial ! ». J’ai lu le premier tome et je l’ai trouvé pas mal. Par contre, j’ai trouvé le deuxième emmerdant. Chiant à mourir même ! Au bout de 400 pages, je me disais : « Même Balzac va plus vite ! »

Tu as raison de parler de ça, parce que dans tes livres, il n’y a aucune fioriture. Tout à des raisons d’être écrit.  

J’ai envie que ça commence tout de suite, qu’il y ait de l’action, des personnages actifs immédiatement, d’avoir des paroles qui raisonnent un peu en nous, d’avoir quelque chose qui soit un peu épais.

Le lecteur ne peut pas se reconnaitre dans tes personnages dits « extrêmes » !

La grande perversion du livre et du personnage de Franck, c’est qu’ils sont aussi détestables qu’attachants. J’ai voulu que le lecteur soit proche de Franck, qu’il fasse sienne certaines de ses réflexions et que, paradoxalement, il reste un type assez dégueulasse.

A te lire, chacun est pourri quelque part et personne n’échappe à la règle.

Je le crois sincèrement dans la vraie vie. Bon, dans mon nouveau livre, il y a juste le shérif qui est un type bien, quant aux autres…

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Moins d'une semaine après sa sortie, "Trois gouttes de sang et un nuage de coke" est cinquième des ventes en Suisse, toutes catégories confondues.

En Suisse, ton livre est très bien accueilli.

Les ventes sont très bonnes. J’espère que ça se propagera en France, au Québec et en Belgique. Mais j’ai eu aussi quelques critiques négatives.

Tu récoltes ce que tu sèmes. Tu es un provocateur, jeune de surcroit. Tu énerves.

Oui, il y a un peu de ça. Mais généralement, mon nouveau livre est bien accueilli, autant par les libraires que par les journalistes. Je suis hyper bien distribué. Et puis, victoire, j’ai vu mon livre dans la librairie d’une gare. Je fais donc désormais de la littérature de gare.

Comment prends-tu les critiques ?

Quelles soient positives ou négatives, je les accueille avec une certaine distance. Mais, je ne te dit pas que ça ne me fait pas plaisir quand elles sont bonnes et enthousiastes. Ca flatte l’ego et ça encourage.

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Novembre 2014, passage éclair de Quentin Mouron à Paris. Il est venu voir sa nouvelle éditrice française... et nous avons déjeuné ensemble avant son retour en Suisse.

Trois gouttes de sang et un nuage de coke est sorti dans une maison française pour la première fois.

C’est une maison exigeante et qualitative. C’est l’éditeur suisse de mes trois premiers livres, Olivier Morattel, qui m’a aidé. Il a estimé que c’était difficile de faire de la promo pour moi en France et il trouvait dommage que mon quatrième livre, que je lui avais fait lire, ne se contente que de la Suisse. Il a été d’une élégance rare, car c’est lui qui m’a proposé de trouver une maison en France.

Paulina Nourissier-Muhlstein, la directrice éditoriale de La Grande Ourse, a été la première à vous répondre.

Oui, et elle était très enthousiaste. J’ai vite senti qu’elle avait bien compris le livre. Elle a compris le projet, le discours et le propos. Je suis venu la voir à Paris en novembre dernier et on a fait affaire. On a ensuite retouché le texte ensemble. Tout s’est fait avec elle, Olivier et moi, en bonne intelligence. C’est le début d’une nouvelle et belle aventure.

Depuis que je te connais, quelle progression dans ta carrière !

Le truc le plus important, c’est que je commence à pouvoir discrètement vivre de ma plume. Entre les livres et les chroniques, je commence à m’en sortir.

A la télé et dans la presse, tu tapes sur tout ce qui bouge et surtout quand c’est politique.

Je fais trois chroniques à la télé par semaine sur TV BeCurious. Je ne fais pas que beugler sur les politiques, je sais aussi être doux, parler littérature ou d’autres choses. J’ai vraiment carte blanche et c’est confortable. On ne me censure jamais. A la rentrée, je vais aussi animer une émission littéraire sur cette chaîne. Ça va décaper.

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Pendant l'interview...

Tu n’as pas peur que l’on te voit trop ?

En tout cas, je sais que ça énerve. Ça se voit et ça se sent que j’agace dans le milieu littéraire lausannois et genevois. Ça m’amuse beaucoup cette réputation de trublion prétentieux. Je m’en fous d’énerver les gens, ils m’énervent aussi parfois et ne s’excusent pas de m’énerver.

Ça te met à part.

Tant mieux, je ne veux pas faire partie d’une bande. J’ai de bons contacts avec pas mal d’écrivains et de journalistes suisses, mais je ne cultive pas mes relations et ne participent pas aux règlements de compte entre les uns et les autres.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Sur un texte qui va me prendre plusieurs années je pense. C’est un roman picaresque. Un truc complètement fou. Le narrateur qui est plus ou moins moi, est dans une Audi A4 et traverse le pays… il se passe des choses très marrantes. Ça tient de Don Quichotte et je me moque de la gueule d’un peu de tout. Ça se veut acide et drôle. Sinon, j’ai commencé un livre qui reste dans le thème de Trois gouttes de sang et un nuage de coke. Je reprends certains personnages de manière détournée. J’ai aussi envie de reprendre certains thèmes et en amener d’autres. Il faut que chaque livre que je propose soit meilleur que le précédent.

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Après l'interview, le 11 juin 2015.

23 avril 2013

Quentin Mouron : interview pour Notre-Dame-de-la-Merci

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Plusieurs ami(e)s vivant en Suisse m’avaient alerté sur le talent hors norme d’un jeune auteur de 23 ans. Puis son éditeur, Olivier Morattel, m’a également contacté.

Peu de temps après, j’ai reçu les deux livres de Quentin Mouron. Et je les ai dévorés d’un trait. De deux traits en fait.

Le nouveau, Notre-Dame-de-la-Merci, raconte sur une période de 24 heures les destins croisés de trois personnages singuliers. Pour observer et décrypter ces personnages médiocres, Quentin Mouron est à la fois metteur en scène et spectateur de ce huis clos. Impressionnant.

Son premier roman, Au point d’effusion des égouts, publié l’année dernière en Suisse, a rencontré un succès en librairie et reçu un accueil plus que favorable de la critique. L’auteur y racontait son voyage à Los Angeles et à Vegas, dans un style franc, à la fois drôle et mélancolique.

Le 22 mars dernier, de passage rapide à Paris, Quentin Mouron est venu à l’agence. Et le courant est passé immédiatement.

Les deux livres :

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsAu point d’effusion des égouts :

Roman d'aventures au sens le plus général du terme - aventure amoureuse, sociale, existentielle. Tendre et profond, drôle et sombre, ce livre présente les pérégrinations d'un jeune homme d'à peine vingt ans «tombé du ciel» dans la mégapole de Los Angeles.
Avec ce premier effort, Quentin Mouron offre une vision neuve et décomplexée de l'Amérique d'aujourd'hui, après que les fards du rêve américain ont achevé de se dissoudre.

Au point d'effusion des égouts est porté par le style unique et résolument novateur de l'auteur, par sa rythmique implacable, et sa puissance d'évocation renvoyant parfois à de la poésie en prose.

Quentin Mouron, écrivain canado-suisse, est né le 29 juillet 1989 à Lausanne.

Notre-Dame-de-la-Merci :quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Notre-Dame-de-la-Merci est un village de la forêt québécoise. Au cœur de l'hiver, trois personnages se dévoilent dans leurs solitudes avec l'éclairage périodique du narrateur spectateur. Deux hommes, une femme, triangle amoureux éternel. Odette, femme singulière qui a logé quelque temps en prison, veuve d'un mari Hells Angels qui a prouvé que le ridicule pouvait tuer, continue de vendre quelques enveloppes remplies de cocaïne. Daniel étouffé par sa mère a vu ses femmes disparaître en lui laissant enfants, déneige la semaine et amoureux d'Odette a accepté de distribuer discrètement son courrier. Reste Jean, la figure du mal, qui fantasme ses sales coups, peine à ravaler sa violence et rêve d'un départ vers des cieux plus ensoleillés. Les trois destins sont liés, l'issue connue, et rien de les fera dévier, ils le savent, le lecteur le sait comme le narrateur et l'auteur, et pourtant, malgré cette impuissance partagée, l'espoir subsiste. Drame de la vie, drame de la solitude, drame contemporain, triste drame, une noirceur maîtrisée par une vraie écriture et une construction originale. À découvrir absolument.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsInterview :

Avec Joël Dicker (mandorisé là), tu es considéré comme le deuxième phénomène littéraire suisse. Du coup, on vous associe pas mal, bien que vous n’ayez pas du tout le même genre d’écriture.

Ça me fait plaisir parce que nous avons un bon contact tous les deux. On s’est connu au Salon du livre de Genève il y a un an. Le seul point commun que l’on nous a trouvé, c’est d’être assez jeune. Les « anciens » que je croise me font comprendre qu’il y a longtemps qu’il n’y avait pas eu cette sorte d’engouement pour de nouveaux auteurs.

Comme si une nouvelle école se formait ?

Un peu, oui. Je pense que les gens attendaient qu’il se passe quelque chose de neuf. Ce qui ne veut pas dire que de bons livres ne sont pas sortis depuis longtemps. C’est notre esprit, notre façon de faire qui est peut-être différent. Je suis binational, Joël aussi sauf erreur. On amène peut-être une sorte d’exotisme, je ne sais pas. C’est difficile d’expliquer le focus, cette sorte de buzz, qu’il y a actuellement sur nous.

Parlons d’abord d' Au point d’effusion des égouts.  Un livre très original dans l’écriture, des phrases hyper courtes de trois ou quatre mots maximum.

Ça s’est fait naturellement. En le relisant, je l’ai découvert moi aussi. En plus j’aime Proust, alors, ce n’est pas par amour des phrases courtes que j’ai choisi cette forme. Ça s’est fait naturellement. Je pense que l’unité dans mon texte, c’est l’auteur qui la donne et après le lecteur la reconstitue de manière finalement un peu plus artificielle et analytique. J’ai écrit quatre ou cinq versions antérieures de ce roman. L’écriture n’était pas la même. C’était moins rythmé. Le contenu et le style étaient différents.

Dans ce premier roman, le narrateur, toi, tu ne le caches pas, part seul en Californie. Il quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsva vivre des péripéties complètement dingues. On a l’impression qu’ils sont tous mabouls dans cette région-là des États-Unis. Notamment ta cousine.

Elle existe en partie. Elle n’a pas les mêmes névroses. Quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai débarqué chez cette cousine que je connaissais très peu. J’ai utilisé le milieu dans lequel elle était baignée. Il y a quelque chose de caricatural dans la manière de vivre des gens que j’ai rencontrés. Je me suis contenté  d’appuyer, d’exagérer leurs travers. Pour mes livres, comme beaucoup d’auteurs,  je prends toujours des éléments de la réalité, je capte des traits distinctifs des uns et des autres et je les mêle à l’imaginaire.

Tu traites durement tes personnages… tu as l’air pourtant si poli, gentil, souriant.

On m’en fait la remarque assez souvent. Je pense avoir un naturel assez sympathique,  après, ça dépend qui est en face de moi et comment la personne se comporte. Si j’écris ce que j’écris, c’est peut-être une façon de se défouler, de se décharger, je ne sais pas. Je suis plus dur dans mes pamphlets que dans mes romans, je trouve. Dans mes romans, il y a toujours un peu d’espoirs et tout le monde n’est pas irrécupérable.

C’est quand même bien noir.

Ça ne me dérange pas de peindre des choses assez noires, mais je n’ai pas envie de tomber dans une surenchère gratuite où il faut mettre un maximum de sang et de scènes macabres pour essayer de capter le lecteur.

Il m’est arrivé de sourire franchement dans les deux livres que j’ai lu de toi.

Je montre la faiblesse de l’homme en général, de certains individus en particulier, avec parfois de l’humour, parce que finalement, ces personnages peuvent être drôles. L’un n’exclut pas l’autre.

On frise d’ailleurs le burlesque parfois.

Je me base toujours sur ce que j’ai devant les yeux. Encore une fois, peut-être que je surligne un peu.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Tu as écrit ton premier livre, Au point d'effusion des égouts, parce qu’il fallait que tu prouves quelque chose à quelqu’un. À une fille en particulier.

Oui. Mais, je l’ai encore vu la semaine dernière et elle ne sait même pas que c’est pour elle que je l’ai écrit. C’est pourtant elle qui a fait que j’ai voulu écrire tôt et publier tôt aussi. Une fille fait vraiment faire n’importe quoi (rires).

Dans Notre-Dame-de-la-Merci, j’ai  presque l’impression que ce n’est pas le même auteur.

Ce n’était pas une volonté de faire différent. Au début, je voulais écrire une sorte de tome 2 d’«Au point d’effusion des égouts » et j’avais l’impression de récidiver, de me livrer à une parodie de moi-même. J’ai donc décidé de reprendre certains thèmes qui m’ont obsédé dans mon premier livre, qui m’obsèdent pour celui-là et qui continueront à m’obséder pour les prochains.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsQuels sont ces thèmes ?

L’insuffisance de l’homme à être ce qu’il aimerait être. L’incapacité d’être compris d’une part, et d’être aimé. L’incapacité de s’accomplir.

Parlons des personnages. Il y a Odette, qui vend de la coke, Daniel, le déneigeur amoureux transi qui aime Odette, et  Odette qui aime Jean, qui lui est une ordure et qui s’en fout.

Ils sont pris par des émotions sur lesquelles ils n’arrivent pas à mettre de mot. Évidemment, il y a un peu de théâtralité. On convoque des personnages pour une durée déterminée sur un décor. Ces gens qui n’ont rien à faire ensemble, si ce n’est qu’ils se trouvent géographiquement au même endroit et qu’ils se rencontrent, entraînent des implications qu’on ne mesure pas toujours, qu’eux-mêmes ne mesurent pas non plus et qui sont extrêmement fortes. Et qui finissent par se dégonfler à la fin.

Ils sont tellement lâches qu’ils n’arrivent même pas se faire du mal jusqu’au bout.

Ce sont des ratés jusqu’au bout.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Tu écris un nouveau livre dans lequel tu mets en scène un éditeur genevois. Ça pourrait être le tien, Olivier Morattel.

Il pourrait se reconnaître. Non, je plaisante. J’ai créé un type aigri et cynique, tout le contraire d’Olivier finalement.

Je sais que tu vis avec tes textes longtemps en toi. Tu ne lâches rien tant qu’il n’est pas fini.

Je ressens le personnage, je vois là où il veut se diriger, ce qui peut lui arriver ou ne pas lui arriver. Il m’arrive de penser tout le contraire à une issue de roman pendant plusieurs mois et de changer au dernier moment.

Il y a des écrivains qui expliquent qu’ils créent leurs personnages et après, qu’ils ne dominent plus du tout là où il voulait aller. Comme s’ils faisaient leur vie indépendamment de l’auteur.

Moi, je sais rarement où je vais. Je suis plus dans des romans d’idées et d’obsessions que dans des romans à suspens ou à trames. Chez moi, à un moment ça devient organique et donc, un peu flou. Je vis en même temps que le personnage, je découvre ce qui lui arrive, je souffre ou je me marre pour lui. C’est parfois même intense.

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