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11 avril 2019

Leïla Ssina : interview pour l'EP Psychopute

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leïla ssina,psychopute,intervview,mandorAvec sa musique pop-groove acide mais nécessaire, Leïla Ssina fait partie des rares artistes qui font groover la langue française. Elle joue franc jeu, avec une énergie brute et magnétique. J’aime tant sa musique, son propos, sa voix et son originalité que je l’ai mandorisé un an avant la sortie son premier EP éponyme paru en 2014, puis une seconde fois pour son album Sympa paru en 2016.

Elle revient avec un EP digital, Psychopute. C’est dans un bar de la capitale, le 5 mars dernier que nous avons devisé sur ses nouvelles chansons.

Biographie officielle :

Auteure, mélodiste et interprète, Leïla Ssina a suivi un cursus de deux ans aux ACP-Manufacture Chanson où lui seront dispensés des cours de technique vocale, d’interprétation, d’écriture et de théâtre.

Au-delà de la formation professionnelle, les rencontres restent l’élément essentiel car des artistes venus d’horizons musicaux divers, l’aideront à enrichir son univers.

LA rencontre déterminante est celle avec Edouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent, avec qui elle collabore depuis, sur scène comme en studio. Ses textes, faits d’ironie et d’optimisme mêlés, montrent la seule posture possible face à la violence de ce siècle : rester soi-même. Elle est aussi intéressante à lire qu’à écouter. D’une voix douce et sensible ou musclée si besoin, sur des mélodies et des arrangements exigeants, Leïla Ssina taille au couteau notre société, sans compromis ni langue de bois.

Entourée de ses trois musiciens complices (Edouard Coquard à la batterie, Jalil Kherbachy à la basse et Nicolas Mary aux claviers), ils posent ensemble le cadre mouvant de ce monde accidenté.

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Lauréate de plusieurs concours : le jury du Pic d’Or lui a décerné en 2013 le prix d’interprétation et le prixleïla ssina,psychopute,intervview,mandor ACP-Manufacture Chanson. Quant à celui du Grand Zebrock, il lui a décerné le Prix spécial du jury ainsi que le prix France Bleu 107.1 ce qui l’a propulsé sur la scène « Zebrock » pour l’édition 2014 de la fête de l’Humanité.

La même année, les titres « A payer » et « L’hiver en été » extraits de son premier EP ont été respectivement classés « coup de cœur Francophone » de la radio nationale Suisse Canal 3.

Elle fait également partie des lauréats du tremplin Jeunes talents Ile de France, ce qui lui a permis de se produire sur l’édition 2015 du festival Solidays. En 2016 Les titres « Sympa », « Touché-coulé », « Espaces », « Ton regard me salit » et « Six feet under » extraits de son album Sympa paru la même année entrent respectivement en playlist sur FIP radio.

Avec le même engagement, ses textes chiadés et les arrangements classes et funky d’ Edouard Coquard, le 06 février 2019 elle sort son troisième opus, un EP 5 titres : Psychopute, en format numérique.

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leïla ssina,psychopute,intervview,mandorInterview :

Ton EP s’appelle Psychopute. Directement, tu veux nous secouer un peu?

Je veux être aux antipodes de la fille sympa. J’ai la volonté de faire quelque chose de different et de ne pas rester dans la norme. Je ne suis pas quelqu’un de lisse, alors je ne veux pas montrer l’image de quelqu’un d’autre. Je ne sais pas me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre que moi-même. Comme je le dis dans une chanson, “je ne m’en sors déjà pas quand je suis moi-même, je ne vais pas m’amuser à être quelqu’un d’autre”.

Il y a plein de Leïla Sinna dans ta tête?

Oui, mais c’est moi le chef.

“Psychopute”, c’est aussi le titre d’une chanson.leïla ssina,psychopute,intervview,mandor

Un psychopate c’est quelqu’un qui est dénué d’émotion et de sensibilité. Un jour, on se demandait quel était l’équivalent pour nommer quelqu’un d’hyper sensible et chargé d’émotion. Ce mot m’est venue.

C’est toi?

Clairement. Ca parle de mon côté névrosé, rebelle, tiraillé, un peu perdu, mais pas trop. Je suis hyper sensible et ce qui est impressionnant, c’est que je le suis de plus en plus.

Ton disque est d’ailleurs axé sur les névroses.

Je suis assez névrosée. Mais, je m’en moque, ça me permet de faire de mes névroses des chansons. Mon premier EP était plus societal, le deuxième évoquait les relations humaines et les rapport interpersonnels… et là, tu as raison, il parle de mes névroses.

La chanson “Qui t’es?” parle de toi?

Je parle de mes contemporains et de moi même. Nous sommes dans une époque où on a beaucoup de mal à savoir qui on est. Dans une époque à la fois de l’hyper conformisme et de l’exhibition, du coup, on perd l’essence de nous mêmes. On ne sait plus qui nous sommes vraiment. Ma plus grosse quête, c’est de savoir et comprendre qui je suis. Dans mes chansons, j’essaie de me montrer de la manière la plus authentique possible.

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Ecrire, c’est une nécessité?

A partir du moment où j’ai besoin d’écrire, c’est que je dois vomir des choses qui sont en moi.

Dans “Amour”, les histoires d’amour ne finissent pas toujours bien.

Je parle des amours complexes. C’est loin d’être une promenade de santé, mais l’amour est un sentiment qui nous apprend beaucoup sur nous et sur notre capacité à aimer.

Dans “Tous”, tu dis que l’on va tous mourir.

Oui, alors ça sert à quoi de se pourrir la vie et de se prendre au sérieux? A l’issue, quelqu’un appuira sur le bouton off.

As-tu peur de la mort?

Absolument pas. C’est pour ça, peut-être que j’en parle beaucoup. Tu sais, je suis entourée de beaucoup de fantomes. Aujourd’hui, j’ai fait la paix avec la mort.

La chanson “Narcisse” en dit beaucoup sur la perversion de l’homme.

Je parle de ce que peut faire un individu à un autre individu. Moi, qui aime valoriser les gens, j’ai été victime d’un pervers narcissique. J’ai remarqué que les femmes qui n’ont pas eu un complexe d’Oedipe en bonne et due forme se retrouve souvent dans ce type de relation. C’est lié à ce que tu penses mériter dans la vie. Parfois, tu penses que tu ne mérites pas mieux que ça parce que ton papa n’a pas fait le travail.

Musicalement, ce que tu fais est toujours aussi groovy et funky.

Oui, et en France, le genre musical que je joue ne rentre pas trop dans la ligne editoriale des journalistes musicaux… sauf si ça vient d’outre-atlantique. C’est une des raisons pour laquelle le paysage musical français est si peu diversifié.

Tu regrettes ton manque de notoriété?

Je ne cherche pas à être très connue. Je connais des gens qui le sont et aucun ne m’a donné envie de le devenir. J’ai un problème avec le fait que l’on m’empêche de faire mon travail, par manque de curiosité…

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Après l'interview, le 5 mars 2019, au Pachyderme.