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11 octobre 2019

Pierre Lapointe : interview pour Pour déjouer l'ennui

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(Photo : John Londono)

pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadienLe travail de Pierre Lapointe oscille entre la culture d’avant-garde et la culture populaire. Il est un des auteurs-compositeurs francophones et un des générateurs des projets les plus éclatés de la scène culturelle de sa génération. Je le mandorise régulièrement depuis 2006. Il a même été l’un de mes tout premiers invités pour ce blog. Sinon, pour l’album PUNKT, c’est ici et cet été pour sa venue aux Francofolies de la Rochelle, c’est là.

Il sort son prochain album, Pour déjouer l’ennui, le 18 octobre. Pierre Lapointe y exprime encore une fois son amour pour la chanson française. En plus des titres réalisés avec Albin de La Simone (mandorisé plusieurs fois), l'album a été créé en collaboration avec quelques-uns de ses amis à la composition et à l'écriture ; Daniel Bélanger (mon chanteur québécois préféré mandorisé ici), Philippe B, Hubert Lenoir et son frère Julien Chiasson, Amélie Mandeville, Félix Dyotte et Clara Luciani (mandorisée ici).

Il m’a reçu au Centre Culturel Canadien de Paris juste avant sa soirée de lancement, le 25 septembre dernier pour évoquer ce nouveau disque et pour parler d’amour et de mort. Une interview avec Pierre Lapointe est toujours un grand moment.

(Après l’interview, quelques photos de la soirée de lancement avec notamment Albin de la Simone et Clara Luciani, mais également Sylvie Vartan et les photographes/peintres Pierre et Gilles).

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(Hèctor Abela)

pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadienInterview :

J’ai lu dans la bio que « le but de ce disque était de créer un album de chansons s’inspirant des grands classiques ». C’est une sacrée gageure !

Depuis le début de ma carrière, mon obsession est d’essayer de créer des objets qui vont bien vieillir, c’est ce que je veux dire par « grands classiques ». Je veux m’assurer de faire des chansons juste assez actuelles et pas assez à la mode pour qu’elles restent intemporelles.

Tu as écrit tes trois derniers disques en même temps, celui avec les Beaux Sans-Cœur, le très rock décalé, Ton corps est déjà froid, La Science du cœur et celui-ci Pour déjouer l’ennui.

Je les ai conçus en deux mois et j’ai enregistré les trois en six mois. Dans ces albums, j’ai essayé de trouver la racine de ce qui fait qu’on a l’impression d’avoir entendu une chanson toujours, alors qu’elle est totalement nouvelle. Ça passe par beaucoup de collaborations.

C’est quoi pour toi la notion de « classique » dans la musique ?

C’est ce qui a passé l’étape du temps.

Tu as choisi Albin de la Simone pour réaliser Pour déjouer l’ennui. Vous vous rejoignez musicalement sur quoi ?

Nos goûts se rejoignent sur des albums jazz et sur une certaine chanson française qui nous attire beaucoup.

Le clip de "Tatouage".

Je sais qu’Albin de la Simone est quelqu’un de minutieux et d’exigeant. Un peu comme toi ?

Non, lui, il l’est nettement plus. Il a une formation de musicien. Moi, je me suis toujours donné le chapeau de l’imposteur et ça a toujours fait mon affaire. Comme ça, ce sont les autres qui décident. Ça permet de teinter mon travail et de ne pas trop me répéter. Albin est plus radical que moi et il a une forme de snobisme vis-à-vis de la chanson qui m’intéresse fortement. C’est très bien parce qu’ensemble, un équilibre très intéressant s’est créé.

Il en résulte un disque tout doux.

Tout doux et gentil. J’avais envie de faire un album de berceuse pour petits enfants devenus grands. J’emploi le mot berceuse parce qu’on n’a pas besoin de réfléchir en écoutant ces chansons. On peut juste se laisser bercer par elles. C’est aussi une façon d’exprimer ma volonté de simplicité absolue. Ce sont des chansons tellement douces qu’elles me réparent et qu’elles me font du bien.

Tu as écrit ces nouvelles chansons seulement pour te faire du bien ou aussi pour le public ?

Quand je me parle, je parle à tout le monde. Si une chanson ne marche pas sur moi, elle ne marchera pas sur le public. Mon premier public test, c’est moi. Si je suis ému et emballé par quelque chose, je risque d’exciter les gens sur ces points-là.

Clip de "Qu'est-ce qu'on y peut?" (en duo avec Clara Luciani).

Ta façon d’interpréter est également toute douce.

C’est rare que je chante avec si peu d’attention (rires).

La musique des chansons de Pour déjouer l’ennui est simple, alors qu’on t’a connu aussi très expérimental, comme avec l’album PUNKT. Ça te choque si je te dis ça ?

Pas du tout parce que Pour déjouer l’ennui a été pensé plus simple. Quand on a fait l’enregistrement, Albin, les musiciens et moi, on a créé les arrangements en live. On n’a pas trop réfléchi et l’album s’est fait assez rapidement.

C’est difficile de faire simple, il parait.

La simplicité est facile quand elle s’impose d’elle-même. On a tiré aucune des chansons vers un côté où elle ne voulait pas aller. Les chansons ont une personnalité à elle. C’est comme les bébés dans le ventre de leur maman, ils ont déjà leur sens de l’humour ou leur côté colérique… tout est là déjà. Ça va juste s’exacerber avec les années. Quand j’écris une chanson, j’ai l’impression qu’elle existe déjà. Je ne peux pas voir où je vais la chercher. C’est la chanson qui décide s’il y a un refrain ou deux refrains, s’il y a un couplet… le thème, la mélodie… la chanson décide tout, je suis juste le mouvement. Quand je te disais que je suis le premier public test, c’est-à-dire que je me laisse porter par mes premières impressions.

Tu parles de plus en plus uniquement d’amour. C’est le cas dans Les sciences du cœur et dans Pour pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadiendéjouer l’ennui.

J’ai toujours parlé d’amour, dès le premier disque. C’était une volonté d’exister dans les yeux de l’autre. Pour moi, il y a deux sentiments humains qui génèrent tous les autres : le besoin d’amour et l’angoisse face à la mort. Ce sont deux sujets qui m’obsèdent et dont je parle tout le temps. Je sais que je ne me renouvellerai pas.

Ton public ne te reproche pas de ne parler que de ça ?

Si. Mais de quoi parler d’autre ? Tout est ramené à ces deux sentiments-là.

Tu as peur de la mort ?

Je n’ai pas peur de la mort du tout. Je la nomme et je l’ai apprivoisé très jeune. J’ai fait la paix avec elle. Le sujet pop par excellence, avant l’amour, c’est la mort. On ne fait que penser à ça tout le temps parce qu’elle est toujours là autour de nous.

Tu as fait la paix avec la mort ? Explique-moi, car je ne comprends pas.

Si je crée autant, si mes projets faits avec des humains doux et créatifs sont aussi sereins, c’est parce que j’ai fait la paix avec la mort. Je lui ai dit qu’elle pouvait venir me chercher quand elle le souhaiterait. Je suis en paix avec ce que je suis et avec ce que je fais. La première fois que j’ai réalisé un disque, je l’ai mis sur la table et j’ai dit à mes parents : « à partir de maintenant, je peux mourir, j’ai laissé une trace ».

pierre lapointe,pour déjouer l'ennui,interview,mandor,centre culturel canadienAvant cela, tu avais peur de la mort ?

Je ne sais pas, mais je me disais qu’il ne fallait pas que je parte parce que j’avais trop de choses à dire. Si la mort vient me chercher demain matin, je n’aurais pas de regrets sur ma vie et mes choix.

Ce que tu me racontes m’explique pourquoi tu fais tant de choses. Cette suractivité provient de ta volonté de laisser le plus de traces possibles.

Totalement. Le pire, c’est que je trouve ma vie longue.

Avec tous tes projets, tu parviens à t’ennuyer ?

J’ai la maladie de l’ennui.

Excuse-moi d’insister, mais comment peux-tu trouver le temps de t’ennuyer entre les musiques de films, le Cirque du soleil et tes autres projets ?

Ça parait beaucoup aux yeux de tous, mais dans tous mes projets, il y a des collaborations. Je ne suis pas seul… Et moi, je produis très vite. Cet été, pour le Cirque du Soleil, j’ai créé l’histoire, j’ai fait la direction artistique et la mise en scène, mais ça ne m’a pas pris tant de temps que cela. Quand j’accepte un projet, c’est que je suis au beau moment dans ma vie pour l’accepter et que je n’aurai pas besoin de travailler beaucoup parce je suis rapide.

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La première mise en scène de Pierre Lapointe pour le Cirque du Soleil à Monaco, cet été. 

Tu n’es donc jamais épuisé ?

J’ai commencé à être bien le jour où j’ai mené trois ou quatre projets en même temps. Là, j’ai trouvé mon rythme. Je me sens bien depuis PUNKT parce que c’est à partir de cette période que j’ai produit plus que jamais. Cela dit je trouve souvent affolant que ça ne bouge pas autour de moi aussi vite que moi.

Tu es sur-actif au premier degré donc.

Oui et la conséquence de mon expansion à surproduire, c’est que mon corps flanche d’un coup. Je tombe malade et je ne peux rien faire. Cet empressement, cette hyperconscience nait d’une sensibilité un peu anormale. Cette sensibilité-là me donne des pouvoirs créatifs et le pouvoir de provoquer des émotions chez les gens que ce soit sur scène ou sur disque.

Tu as toujours eu cette sensibilité-là ?

Quand j’étais enfant et que ma mère voulait que je fasse quelque chose, je lui disais « je le ferai pas ». Si elle insistait, en l’espace de 15 minutes, je tombais malade. Je faisais de la fièvre au point de rentrer à l’hôpital. Avec les années, j’ai appris à jouer avec ça. J’ai aussi appris à comprendre que quand mon corps part en vrille, il fallait que je m’assoie et que je ne fasse plus rien. Dans ces cas-là, j’annule tout.

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Tu as trouvé ton rythme ?

Je crois. J‘ai surtout appris à accepter qu’il y ait des rythmes qui arrivent et s’imposent. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas fait le 10e de ce que je veux faire.

J’ai l’impression que tu peux tout faire artistiquement.

C’est faux. Par exemple, je ne peux ni lire, ni écrire la musique. En fait, les projets ne sont que des prétextes pour créer des rencontres et travailler avec des gens que j’aime. C’est la rencontre humaine qui motive tout, sinon, ça ne m’intéresse pas.

Voici maintenant quelques clichés de la soirée de lancement au Canada Café du Centre Culturel Canadien de Paris.

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La soirée débute avec un showcase de cinq chansons interprétées sans micro (géniale idée) par Pierre Lapointe accompagné par le réalisateur de l'album Albin de la Simone et un guitariste.

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Mais qui regardent le trio avec intérêt? Clara Luciani (qui participe à l'album Pour déjouer l'ennui) et Sylvie Vartan (la guest d'honneur de la soirée)...

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Albin de la Simone a poussé la chansonnette avec Pierre Lapointe. Et c'était beau.

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Et une magistrale imitation de Gilbert Bécaud par Pierre Lapointe (c'est faux!) #seulslesvraissavent

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Après le showcase, séance photo. Sylvie, Clara et Pierre.

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Clara et les chics types.

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Toujours à s'incruster le Mandor… (mais quand même, Sylvie Vartan et Albin de la Simone, quoi!)

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Les photographes/peintres cultes Pierre et Gilles avec Sylvie Vartan et Pierre Lapointe.

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Allez! A la bonne votre!

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Et n'oubliez pas...

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