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07 février 2020

Doriand : interview pour l'album Portraits

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(Photo : Xavier Bellanger)

Avec Portraits, il s’agit de peindre le portrait de Doriand, (auteur de l’année 2019 par la CSDEM), mais dont la carrière solo n’a peut-être pas été autant mise en avant qu’elle le méritait. Le quadragénaire girondin affiche déjà une collection de quatre albums solo remarqués par la critique, recélant quelques tubes modestes, comme « Au diable le paradis », « L’âge des saisons » ou « Aucune personnalité ».

Clip de "Au diable le paradis" (1996).

Mais des tubes énormess, il en a écrit pour une pléiade d’autres artistes, de « Toutes les femmes de ta vie » pour L5 à « Non, non, non (écouter Barbara) » pour Camélia Jordana, en passant par Bashung (deux chansons sur le récent, posthume, et “victoirisé” En Amont), Lio, Polnareff (plusieurs chansons d’Enfin !), et puis Mika, Keren Ann, Sylvie Vartan, Julien Doré, Helena Noguerra, Pauline Croze, Emmanuelle Seigner, Robbie Williams, Iggy Pop, David Byrne, Roman Polanski

Le 27 janvier dernier, nous sommes retrouvés à l’Hôtel Idol (Paris) pour évoquer ce disque « bilan ».

La page Facebook officielle de Doriand.

Pour écouter l'album Portraits.

Cover.jpegL’album (argumentaire de presse officiel):

Quand est née cette idée d’un disque re-créatif et récréatif, pour peindre ce portrait de Doriand avant que son scalp ne devienne gray, l’amitié a évidemment pris le pas sur toute autre considération. Les amis se sont donc pressés pour participer à un album d’une facture nouvelle, des relectures par Doriand de chansons qu’il avait écrites pour que d’autres les chantent. Intercalées avec ces reprises de lui-même mais pas tout à fait, on trouve donc la cohorte de complices qui pour leur part font un sort à des chansons que Doriand avait enregistrées sur ses propres albums (tout le monde suit ?). Ainsi, Mika revitalise « Au diable le paradis », Keren Ann et Edith Fambuena, en duo inédit, passent la bague au doigt de « La mariée », Brigitte déguise de grâce « Et va la vie », Peter Von Poehl regarde par dessus son épaule vers l’« Adolescence », Lio obtient « Le pardon du chevreuil », Helena Noguerra transfigure « L’Âge des saisons » et Philippe Katerine donne rendez-vous « Ici ».

De cette relecture avisée et collégiale, il subsiste un doux parfum rafraîchissant, mais certainement pas de synthèse. Portraits est plutôt un courant d’air bienvenu et salvateur, qui dispense des effluves parfumés autant que chaleureux. Quelque chose comme une quintessence de pop française, un peu surannée, mais en même temps effrontée dans son désir capricieux de tourner le dos aux sonorités tendances pour convoquer la grâce et l’harmonie des flûtes, des cordes, des bois, et des voix nues, simples et franches. Ainsi, mélodies fluides et textes ciselés trouvent ici, dans cet aréopage de vocalistes complices, une évidence qui fait du bien. Qui rassure sur la possibilité d’une chanson française sophistiquée, un peu fragile dans sa féminité assumée, et pour tout dire raisonnablement sensuelle. Des chansons comme des caresses, drapées de langueurs, poivrées d’accents mutins. Les chansons de Doriand, quelque chose de joli, quelque chose simple, quelque chose d’utile…

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Quelques artistes participant à Portraits.

83911372_10158423998114665_1855774417058004992_o (2).jpgInterview :

Qui a eu l’idée de ce disque ?

C’est Sylvain Taillet, le directeur artistique depuis 20 ans chez Barclay, label dans lequel je ne suis pas. Il m’a dit un jour qu’il trouvait dommage que je ne sois pas plus connu alors que j’ai écrit tellement de chansons pour les autres que les gens connaissent et d’autres pour moi qui ne disent rien à personne. Il a considéré que mon répertoire méritait d’avoir un nouvel éclairage.

C’est un disque bilan de ta vie musicale ?

C’est un peu ça, mais pas uniquement. J’ai aussi voulu défendre une famille musicale, celle de la pop que j’aime. Ce disque est mon regard sur la pop française depuis 20 ans. Mon travail a toujours été de fuir les chapelles et d’essayer de créer des ponts entre la pop indé et la pop populaire. En travaillant avec des artistes qui sont hyper populaires, j’ai remarqué qu’ils avaient le souhait d’aller vers l’indé et au contraire, les artistes indés avaient envie d’aller vers le plus populaire.

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Les quatre précédents disques de Doriand.

C’est quoi la musique pop ?

C’est un état d’esprit, une attitude et une image. Il faut un équilibre parfait entre une mélodie et un texte qui fait que l’on va croire qu’ils ont été créés ensemble, alors que ce n’est pas toujours le cas. Personnellement, j’ai toujours eu besoin de faire sonner les mots en français sur des mélodies qui pouvaient être anglo-saxonnes. Je ne suis pas tellement dans la chanson française… je ne l’ai même jamais été.

Je crois savoir que tu n’aimes pas trop les « tribute ».

En effet, parce que souvent l’artiste en question invite des gens pour chanter ses chansons, mais ce ne sont pas des gens qui ont une histoire avec lui.

Alors qu’au contraire, ton disque s’est fait avec uniquement la collaboration de tes amis artistes.

Il n’y a que des amis qui peuvent venir me tendre la main sur un projet comme celui-là. C’est un disque ultra sincère, car ce sont des artistes avec lesquels j’ai une histoire ultra forte et qui me suivent depuis 20 ans. Nos chansons deviennent des bagues aux doigts qui nous lient. C’est vraiment le cas pour des personnes comme Keren Ann, Katerine, Marc Collin, Edith Fambuena, Mika, Peter von Poehl … Je les appelle presque tous les jours. Vraiment, avec ce disque, j’ai ouvert la porte de ma maison. Je présente la vie d’un auteur-chanteur entourée d’une famille musicale forte. Ça va au-delà des chansons que l’on écrit ensemble, c’est un accompagnement au quotidien.

Audio de "Elle me dit", initialement interprété par Mika.

Ces morceaux que tu chantes sont réarrangés par Marc Collin.

Marc est celui qui avait réalisé mon premier album Contact. Avec ce nouveau disque, on peut dire que la boucle est bouclée. Pour cet album, avec lui, j’ai refait par exemple “Toutes les femmes de ta vie”. C’est une version un peu décalée, assez produit, avec un son que j’aime depuis toujours, classique dans le sens pop du terme.

L’idée était que les artistes qui viennent chanter tes chansons le fassent sur les productions de l’époque.

J’ai laissé les artistes choisir les chansons qu’ils voulaient. J’ai d’ailleurs souvent été surpris de leur choix. Ce sont souvent mes chansons les plus intimes, les plus mélancoliques, pas nécessairement mes chansons les plus connues et les plus rythmées. On a ressorti les sessions, les bandes, et je les ai fait chanter sur les productions telles qu’elles étaient sur mes albums. On a eu la chance que les tonalités tombent pile à chaque fois. La cohérence du disque se fait plus par le choix des chansons et le regard que chacun a sur elles. C’est à chaque fois un portrait de moi, mais aussi de la personne qui la chante… c’est un échange. C’est une manière de me découvrir aussi, on redécouvre le texte quand d’autres gens que moi le chantent. 

Il y a un inédit.

C’est une chanson écrite aux Abbesses il y a plus de 20 ans avec Katerine, et égarée, puis retrouvée un peu par hasard. Après un déjeuner arrosé, on s’est décidés à l’enregistrer vingt ans après. Je la chante en trio avec Mika et Katerine, ça s’appelle “Danser entre hommes”.

Clip de "Danser entre hommes" feat. Mika et Katerine.

48414022_10156433415008692_2190465163847532544_n (2).jpgC’est quoi une bonne chanson ?

Je ne sais pas, mais ce que je peux dire c’est que c’est plus difficile d’écrire de bonnes chansons que de belles chansons. Il y a des belles chansons qui sont bonnes et d’autres moins. Une bonne chanson est une chanson qui met tout le monde d’accord, qui force un peu la porte et qui rentre chez vous.

Tu travailles avec des chanteurs ou avec des interprètes. Tu fais bien la différence entre les deux.

Un interprète à une vision. Il se voit avec une grande sincérité comme un personnage. C’est le cas par exemple de Camélia Jordana ou Mika. Quand j’écris pour des interprètes, je dois les accompagner dans leurs visions. Là est mon engagement dans mon travail de compositeur, d’auteur ou de co-auteur.

Audio de "Non, non, non (Ecouter Barbara)", initialement interprété par Camélia Jordana. 

Quand tu entends tes textes interprétés par des légendes de la chanson, comme Bashung et Polnareff justement, ça fait bizarre ?

J’ai énormément de chance d’avoir pu collaborer avec ces deux grands artistes. Pour Bashung dans l’album posthume, En amont, je peux te dire que ça m’a ému aux larmes de l’entendre chanter mes mots, d’autant qu’Edith Fambuena a tenu à garder ma voix dans les chœurs…

Tu as écrit des textes pour l’album de Polnareff, Enfin ! Il a été très critiqué négativement. Ça t’a blessé ?

C’est toujours décevant quand un album n’est pas compris. La plupart des albums de Polnareff n’ont jamais été compris à leur sortie. Le temps a toujours fait son œuvre…

En fait, il n’arrivait pas à terminer quatre chansons, c’est ça ?

C’est ça. Il avait essayé avec d’autres auteurs, mais ça ne fonctionnait pas. Je suis parti à Los Angeles et je me suis dit que ce n’était pas pour rien. Même si c’était juste pour lui procurer un déclic pour qu’il finisse ses textes, j’aurais fait mon métier. Je suis resté huit jours chez lui, puis je suis rentré. Une fois à Paris, il m’a envoyé un texto me disant : « vous me manquez ». Je suis donc revenu chez lui et on a continué à faire d’autres chansons.

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On arrive à se détacher de la légende ?

J’ai plus connu Michel que Polnareff. Aux Etats-Unis, il mène une vie normale. Dans la rue, personne ne le connait. Il n’est absolu pas le mégalo que l’on prétend qu’il est. Il a une vie très belle, simple et familiale.

De l’album Encore !, tu as choisi de réinterpréter « Dans ta playlist (c’est ta chanson) » avec Albin de la Simone au piano.

C’est un autre regard sur cette chanson. J’en ai fait une berceuse. Je n’allais pas me mesurer vocalement à Michel Polnareff, j’ai donc choisi quelque chose de plus fredonné. Mes enfants chantent à la fin de la chanson… cela m’a permis de terminer ce disque tout en douceur.

Cet album a été conçu dans une période assez difficile pour toi, je crois.

J’étais dans une période de ma vie un peu compliquée. J’étais dans une phase de séparation, donc de transition. A un moment où je me sentais seul, avoir tous mes amis autour de moi était rassurant et très important. Ce n’est pas un hasard si ce disque est arrivé en plein milieu d’un tsunami dans ma vie personnelle. Ce « bilan » professionnel et amical a été salvateur pour moi.

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Après l'interview, le 27 janvier 2020.