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13 septembre 2017

Louis Ville : interview pour Le bal des fous

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S’il y a bien un trésor caché dans la chanson française, c’est bien Louis Ville. Un artiste impressionnant, dont les mots et la voix sont d’une puissance rare. L’homme continue à creuser le sillon de cette chanson terriblement réaliste. 

Ses  textes denses et bouleversants racontent l’amour comme le désespoir, la rage et la douceur de vivre aussi. Louis Ville et ses prédicateurs alternent des titres furieux ou délicats, toujours marqués par une écriture emplie d’images. Sa musique, aussi affûtée que ses mots, navigue entre blues, musiques du monde, réminiscences rock et vapeurs jazz.

En 2012, j’avais reçu à l’agence Louis Ville pour la sortie de la nouvelle édition de "Cinémas", "Deluxe Édition" avec en bonus des duos avec Mell, Marcel Kanche et François Pierron (Balandras Editions) (lire ici). Cette fois-ci, pour parler de son nouveau disque, Le bal des fous, rendez-vous dans un bar de Pigalle, le 3 juillet dernier. Et c’était bon !

louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorMini bio officielle :

C’est en 2000 que Louis Ville entame une carrière solo, après des aventures au sein de plusieurs groupes. Homme de scène, il a jalonné les routes hexagonales et européennes de plusieurs centaines de concerts. Au fil des années, son charisme exceptionnel a fait chavirer d’émotion un public toujours plus dense qu’il transporte avec humour aux confins de son univers sensible. Son écriture est d’une noirceur incandescente, d’une poésie charnelle. Et sa voix, rauque’n roll et sensuelle, porte à ses texte une intensité poignante. Sa musique a toutes les couleurs du monde : des confins de l’Orient aux Balkans, de la chanson populaire française au blues cajun, il peint des paysages d’une beauté mélancolique dans lesquels il promène un monde fantasmagorique, peuplé de tout, de rien… et surtout d’amour. Chanteur dans la lignée des écorchés vifs comme Mano Solo, Arthur H, Arno, Louis Ville a déjà publié cinq albums très reconnus par les médias (Inter, Télérama, RFI, FIP). Le dernier en date, Le bal des fous, a été enregistré en trio avec ses deux prédicateurs, Pierre Le Bourgeois (violoncelle) et François Pierron (contrebasse).

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louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandorInterview :

Entre deux albums, tu as besoin de te ressourcer ?

J’ai besoin que  ça se bouscule dans mon cerveau, que des idées jaillissent comme ça, naturellement, même si je ne les prends pas toutes. Le bal des fous s’est fait rapidement. Mes « prédicateurs » Pierre Le Bourgeois et François Pierron m’ont apporté beaucoup d’idées. J’ai agi de la manière la plus opportuniste qui soit, c’est-à-dire que je suis arrivé avec des textes, des mélodies et des bouts d’accords et nous avons créé tous ensemble. On s’est réunis une semaine et à la fin de la semaine, l’album était quasi fini. Je n’avais jamais travaillé de cette manière et si vite.

En tout cas, tu ne fais jamais le même album.

J’aime bien explorer des contrées que je n’ai jamais empruntées, mais je ne fais pas tout pour coller à l’air du temps. Je ne cherche pas le son du moment, ça ne m’intéresse pas. Dans le prochain album, il y aura des chansons très ethniques, parfois très Motown … je m’amuse. J’ai un besoin intense de me renouveler. Le jour où j’aurai l’impression de répéter ce que j’ai déjà dit, j’arrêterai.

As-tu déjà fait des tentatives de chansons rythmées avec ta voix ?

Au tout début de ma carrière, il y a eu pas mal de chansons rock. Après, je me suis calmé. J’ai ressenti le besoin d’être plus introspectif et un peu plus lent dans la narration.

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Pendant l'enregistrement, Louis Ville, Pierre Le Bourgeois et François Pierron.

Quand tu fais un disque, tu es dans quel état d’esprit ?

Je ne prête pas du tout attention à ça. Pour moi, c’est toujours compliqué tant au niveau de l’écriture que de l’arrangement, du mixage et de la post prod. Quand on crée, on a toujours un environnement, que ce soit familial ou autre, et il n’est jamais le même. Le bien être que l’on vit dans l’intimité se répercute sur ce que l’on écrit et compose. Cela dit, je ne vais pas me départir du côté sombre de mon écriture. Je suis d’un naturel joyeux dans la vie, mais je ne peux m’empêcher de coucher mes tourments sur papier. C’est une façon d’exprimer mes fantasmes, mes angoisses et mes révoltes.

Dans « Bla bla bla » tu ironises beaucoup sur les hommes politiques.

Je voulais faire un trait d’humour sur les prédicateurs, que ce soit les hommes de religion ou les politiciens. Ce sont des vendeurs de rêve. J’aime ne pas être frontal dans mes discours, dans mes révoltes, j’ai l’impression que ça fait collégien, alors j’adopte un ton très détaché. Je ne m’inscris pas dans le discours d’une génération.

Composition visuelle, montage : Yannick Delhaye. Images additionnelles : Yannick Delhaye, Fred Diehl.

« Dehors » n’est pas ta chanson la plus joyeuse.louis ville,le bal des fous,pierre le bourgeois,françois pierron,interview,mandor

La misère du monde est intemporelle. J’ai un gros souci avec le monde qui m’entoure, je vois trop l’Histoire se répéter. Je ne peux pas demander aux gens d’ouvrir des bouquins d’Histoire pour qu’ils remarquent que nous sommes en train de rentrer dans les mêmes tourments que les années 30. Il est dangereux de ne pas avoir d’idées neuves.

Tu n’as pas une vision de l’avenir de notre monde extrêmement positive…

J’aimerais beaucoup, je t’assure. On voudrait que les nouvelles générations inventent leur futur. Mais je trouve qu’il y a une sorte d’inertie, de lenteur, d’inaction, de manque de courage, de vision et d’utopie. Tous ces hommes politiques sociales-démocrates, socialistes, communistes, qui avaient de belles idées, on a bien vu ce que cela à donné. Rien. Personne n’a réussi à créer le modèle de société qu’il a décrit dans ses discours.

Est-ce qu’au fond de toi, il y a un gros con qui sommeille? Je fais référence évidemment à une phrase de ta chanson « Le gros con ».

Il y a eu, mais pas longtemps. Il y a eu cette prétention à juger sans empathie, sans la compréhension de l’autre et de ses actes. Je n’ai jamais été raciste, c’est une chose étrangère au mode de pensée de ma famille. On a toujours prôné la tolérance, par contre, je peux juger très facilement et devenir con. Le gros con dont je parle dans ma chanson, lui, est raciste, homophobe, antisémite, très extrême. Je sais qu’en interprétant une chanson comme ça, chacun peut se reconnaître quelque part. Dans nos cerveaux reptiliens, tout le monde peut avoir un jugement très à l’emporte-pièce.

L'instant, extrait de l 'album "le bal des fous". Clip réalisé par Yannick Delhaye, sur une idée d'Yvanna Zoia. Toile de fond, Lepolsk Matuszewski.

Tu travailles beaucoup l’imagerie dans les chansons. Pourquoi ?

Je travaille l’imagerie simple d’accès pour servir mon propos. J’aime quand c’est gouleyant, quand il n’y a pas d’obstacle dans la narration, quand on peut se faire un film.

Estimes-tu que tu progresses d’année en année et d’album en album ?

Je ne parlerai plus de progression, mais de changement de direction. J’essaie de sortir de mes thématiques récurrentes, mais quand on décrit l’humain, on décrit l’humain. Sur le plan musical, j’aime bien me mettre en danger. Dans cet album, le violoncelle, la contrebasse et le guitare-chant, je trouvais ça périlleux parce que ce n’était pas dans l’air du temps, mais je trouve le rendu très intéressant. J’aime l’idée de se mettre en équilibre, de se mettre en danger.

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Pendant l'interview...

Parfois es-tu surpris par tes textes ?

Oui, quand il y a des fulgurances. La fameuse écriture automatique peut me traverser. Il m‘est arrivé de pondre un texte en 4 minutes. C’est le cas dans Le bal des fous avec la chanson « La nuit j’ose ». Il manquait un titre pour l’album, les musiciens arrivaient le lendemain et puis voilà, ce texte m’est tombé dessus.

Comment on fait quand on n’est pas reconnu à sa juste valeur ?

C’est un peu usant parfois, mais ce n’est pas décourageant. Je n’ai pas à rougir de mon travail. J’ai toujours été mû par quelque chose, peut-être de l’aveuglement, mais je n’ai jamais voulu faire de concession pour autant.

Sans être la compagnie créole, cet album est plus positif que d’habitude, non ?

(Rires). Il y a un peu plus de légèreté. La conscience ne s’apaise pas mais les révoltes si. On ne baisse pas la garde, mais on se rend compte qu’on est impuissant, alors on décide d’être un peu plus léger.

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Après l'interview, le 3 juillet 2017.