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09 août 2016

Radio Elvis : interview pour leur premier album

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Un des plaisirs de ce métier est de suivre un artiste que l’on a connu aux prémices de sa carrière et de le voir s’envoler. Il y a deux ans, Pierre Guénard, le leader de Radio Elvis, était venu me voir à l’agence pour une première mandorisation (il y en a eu une seconde l’année dernière). Il avait à l’époque une notoriété toute relative. Très peu de temps après, avec ses deux acolytes Colin Russeil et Manu Ralambo, il a explosé. Deux EP et un album plus tard, Radio Elvis (Pic d'Or 2014) est le groupe pop rock dont tout le monde parle. Le 27 juin dernier, je suis allé à leur rencontre dans un bar parisien. Juste comme ça, pour prendre de leurs nouvelles.

radio elvis,album,interview,pierre guénard,colin russeil,manu ralambo,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Pierre Guénard, auteur chanteur, slameur par le passé, Colin Russeil, batteur et clavier, rencontré au lycée, et Manu Ralambo, guitariste embarqué plus tard, se sont soudés il y a trois ans autour de leur projet Radio Elvis. Après deux EP, ils sortent leur premier album Les Conquêtes, réalisé par Antoine Gaillet (Arman Méliès, Julien Doré). Une bonne centaine de concerts à leur actif, repérés par le FAIR et le printemps de Bourges en 2015. Ils ont composé ensemble, arrangé sur scène, et peaufiné leurs chansons en studio, et ils voient avec émotion ce premier opus arriver dans les bacs. Des sons de guitare puissants et variés qui sont venus à Manu naturellement au gré des mots écrits par Pierre. Une logique pour affirmer une envie frénétique de partir ailleurs. Des guitares pleines de force, de mélodies et d’aspérités. Les tempos ne sont jamais les mêmes. Colin, à la batterie et aux claviers, propose une multitude de contraste comme les lumières changeantes de leurs pays imaginaires. Cet album tient en éveil. Nul repos possible au cours du voyage, mais l’envie perpétuelle de l’écouter sans arrêt. Toutes les chansons sont essentielles. Les conquêtes sont des aventures qui entrainent sur les chemins de l’errance, les sens en alerte, au gré du vent, du sable, du soleil… Métaphores amoureuses, aventureuses, exploration de soi ou quête spirituelle, chacun y trouvera sa propre conquête.

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Interview :

C’est notre premier rendez-vous fixé par une attachée de presse. C’est anecdotique, mais c’est aussi la preuve que le groupe évolue et que vous ne pouvez plus gérer tout seul quoi que ce soit.

Pierre : Nous ne sommes plus maîtres de nos emplois du temps et c’est plutôt agréable. Si nous nous occupions du planning promo, ce serait un sacré bazar, je t’assure.

Colin : Cela dit, nous restons maîtres de ce qui nous intéresse et c’est le principal. A part nous, personne ne touche aux textes et à la musique. Les histoires de planning ne nous passionnent pas forcément, alors il y a désormais des personnes qui s’occupent de ça.

Vous revenez d’une tournée récente aux Etats-Unis et au Canada. Racontez-moi comment cela s’est passé.

Pierre : On a fait une date à New York et après, nous sommes allés au Canada dans la cadre du Festival Franco Ontarien. Nous nous sommes produits à Québec, à Montréal, à Toronto et à Ottawa devant des publics anglophones et francophones selon les régions. C’était une superbe expérience parce que, la plupart du temps, c’était sur de grosses scènes. Nous étions contents car notre musique a bien été accueillie bien que nous chantions en français. Ça nous rassure de constater que nous ne sommes pas qu’un groupe de chansons à textes.

Clip de "Au loin les pyramides".

Je me suis laissé dire qu’il y avait au Québec, un public différent de celui d’ici.

Manu : J’ai l’impression qu’il y a une autre manière de consommer la musique. Le public est plus en mode Entertainment, plus dans le divertissement. Il danse plus facilement par exemple. On a fait la première partie de Louise Attaque. Pendant notre session, il y avait des barmans qui passaient dans le public pour servir des bières. Le public est très vivant, il n’est pas seulement dans l’écoute.

Pierre : A New York, c’était aussi un peu ça. L’ambiance est moins cérémonieuse qu’en France.

Je vous ai vu sur scène plusieurs fois et à chaque concert, j’ai vu dans gens danser.

Pierre : Je persiste à dire qu’en France, le public est plus souvent assis. Les gens sont beaucoup plus dans le silence parce que dans l’écoute. Au Canada, le public est plus dans l’instant, dans le rock. Ils ne sont pas forcément attentifs aux textes. Ils viennent voir un groupe et pas un chanteur qui chantent des textes.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de La Rochelle (photo : Loll Willems).

Au Canada, les journalistes qui vous interviewent vous parlent de quoi ?

Pierre : Dans le métier, j’ai remarqué qu’il ne faut jamais foirer la première interview du pays dans lequel tu vas, car elle est reprise par tout le monde (rires). Les journalistes ont répété tout ce que j’ai raconté lors de mon premier phoner au Québec. J’ai dit qu’on était un groupe de rock symboliste, ils nous l’ont tous ressorti. En revanche, j’ai trouvé qu’ils s’adressaient plus à Colin et Manu pour parler aussi musique, ce qui est moins fréquent chez les journalistes français. Les journalistes québécois sont plus dans la globalité. Ils ne séparent pas le chanteur des musiciens.

Colin et Manu, vous vivez comment le fait d’être mis un peu de côté en France ?

Colin : Je le vis très bien.

Manu : D’abord, je ne trouve pas qu’il y ait un écart si important entre nous, mais c’est le projet de Pierre, je trouve normal qu’il en parle plus que nous. De plus, on n’a pas tous le même répondant en interview. Pierre est le plus doué.

Clip de "Les moissons".

Tu aimes bien les interviews Pierre ?

Pierre : Oui, ça me permet de réfléchir à ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on joue. Cela force la réflexion.

Et si on te demande d’expliquer tel ou tel texte ?

Pierre : Je ne le fais pas. Je peux en parler sans les démystifier. Je parle des textes comme Colin et Manu pourraient parler de la musique. Ce qui me pose problème, c’est que l’on met toujours l’écriture en avant, comme si la musique était un art un peu plus évident. On a l’impression que c’est plus noble d’écrire des textes.  Tu sais, je n’écris que pour Radio Elvis. Sans Radio Elvis, je n’écrirais pas ce que j’écris là. Sans le groupe, mes textes n’auraient rien à voir. La musique que jouent Colin et Manu m’inspirent des mots. C’est une question de rythme, de structure, d’ambiance… C’est vraiment un travail collectif et complémentaire.

Manu : Je crois que pour les journalistes, c’est plus simple de se référer au mot qu’au ressenti de la musique. Une musique c’est hyper personnelle. On ne peut pas dire « vous avez écrit celle mélodie-là en mineur qui monte vers le sol pour exprimer le voyage… » Personne ne va te raconter ça. C’est compliqué d’expliquer ou d’analyser la technique musicale.

Pierre : Je dis toujours que mon texte, c’est mon instrument. Ce n’est pas supérieur à la batterie ou à la guitare. C’est juste ma partie.

Ta voix est aussi un instrument.

Pierre : Quand dans la voix il y a les mots.

Radio Elvis, c’est une fusion de trois personnes ?

Pierre : L’histoire de notre groupe s’écrit en avançant. Plus le temps passe, plus on sent que l’on devient une hydre à trois têtes.

Radio Elvis prend « La Route » en exclusivité pour Figaro TV.

Cet album a été accueilli de manière dithyrambique.

Colin : En tout cas, ceux qui n’aiment pas ne se sont pas exprimés.

Pierre : On ne s’est pas fait tirer dessus, c’est vrai. Nous sommes un groupe dont on parle, mais discrètement, ce qui nous permet d’avancer tranquillement, sûrement et très sereinement. On aimerait parfois que cela aille un peu plus vite, mais en même temps, tout se fait sur des bases saines.

Moi, j’ai l’impression  que les choses vont vite, que vous êtes plutôt bien médiatisés.

Pierre : Nous n’en sommes qu’au début. Il fallait confirmer quelque chose. Non, il fallait affirmer quelque chose plutôt. Après nos EP, tout le monde attendait d’écouter la suite. Entre le premier et le deuxième, il y a une direction inattendue en termes de productions et de compositions. On a bien senti que les gens étaient curieux de voir la tournure qu’allait prendre notre premier album.

Vous vous êtes complètement trouvés ?

Pierre : Non, on se cherche encore beaucoup… et heureusement.

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Le 17 juillet 2016, aux Francofolies de la Rochelle (photo : Loll Willems)

Vous avez un caractère similaire tous les trois ? Faut-il se ressembler pour s’assembler ?

Manu : On est très différents dans nos vies, dans nos références et dans nos façons de composer, mais à mon avis, c’est pour cela que ça marche.

Pierre : On se complète tous beaucoup. On a tous un rôle que l’on tient, que l’on a plus ou moins compris.

Ce triangle équilatéral permet-il de vivre les événements de manière sereine et de rester raisonnable ?

Les trois, de concert : Faut-il rester raisonnable ?

Manu : Ce serait d‘un ennui terrible.

"Les Moissons", le 17 juillet 2016 aux Francofolies de La Rochelle.

Cet été, lors d'un festival de chanson française, je vous ai vu jouer devant 80 personnes, tandis qu'aux Francofolies de La Rochelle, vous avez joué devant 16 000 personnes C’est curieux de passer de l’un à l’autre ?

Colin: C’est essentiel de ne jamais s’installer dans un confort ou dans la routine. Je détesterais ne faire que des Zéniths dans ma vie.

La notion de danger est-elle essentielle dans une carrière ?

Pierre : Un concert sans danger, c’est souvent un concert chiant. L’année dernière, on a fait 98 dates et on avait toujours l’impression de faire la même setlist, alors que ce n’était pas le cas. On savait que nous devions passer un cap parce que nous étions arrivés au bout d’un truc. On avait l’impression d’être un peu des fonctionnaires.

Comment chasse-t-on la routine ?

Pierre : Nous réfléchissons à changer notre attitude scénique, à modifier notre façon d’aborder la scène… bref, justement, nous prenons des risques. On essaie des choses. On a envie de donner des concerts subversifs, des concerts un peu durs, un peu brutes.

Je comprends le subversif dans le texte, mais pas dans la musique.

Manu : Faire de la musique plus « sale ».

Pierre : Je trouve que la guitare de Manu est transgressive, inédite, osée et inattendue. On essaie de faire en sorte que Radio Elvis soit également tout cela.

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Après l'interview, le 27 juin 2016.

10 août 2015

Radio Elvis : interview pour Platine "notre rapport à la variété"

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1554548_1610620372543084_5360841798847029610_n.jpgAprès Dominique A (dont les propos ne sont pas passés inaperçus), Juliette, Didier Wampas, Christophe Mali (de Tryo) et Ben l’Oncle Soul , c’est au tour du jeune groupe Radio Elvis (mélange de rock et de chansons poético-universelles) de répondre à mes questions au sujet de la variété (pour le magazine Platine, meilleur ambassadeur pour ce genre musical). Je suis ce trio depuis le début de sa formation (le chanteur Pierre Guénard à même été mandorisé en avril 2014) et regarde leur progression aussi magistrale que rapide avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Pour tout dire, je suis très amateur de ce que font ces trois garçons et je ne peux qu’espérer qu'ils aillent très loin. Il ne faut pas être devin pour constater que c'est déjà bien parti pour Radio Elvis. Le label [PIAS] (un des meilleurs de France), des concerts en pagaille, un album à venir (après deux EP)... la route sera longue et belle.

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Voici le nouveau clip de Radio Elvis, "Au Loin Les Pyramides", premier extrait du nouvel EP « Les Moissons » paru ce 10 juillet.

Voici quelques photos de l'après interview, le 24 juin 2015, sur la terrasse d'un café de Chatelet. Pierre Guénard et Colin Russel se prêtent (volontiers?) au jeu des clichés mandoriens.

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24 avril 2014

Radio Elvis : interview pour son premier EP

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Pierre Guénard est le leader de Radio Elvis. Il remet à plat les codes du rock et de la chanson française pour nous en livrer une vision moderne et onirique. Le résultat est là : un rock littéraire et atmosphérique (que j’apprécie beaucoup).

A l'occasion de la sortie de son premier EP, il est passé me voir à l’agence (sur les bons conseils de son pote Simon Autain, que je remercie donc ici) le 6 février dernier… pour une interview où il ne s’interdit aucun propos. Pas lisse le jeune homme, et c’est bien.

pierre guénard,radio elvvis,interview,epBio des inRocks Labs : Ce n’est pas un hasard si Pierre Guénard a débuté sa carrière comme slameur, ouvrant les concerts d’un certain Grand Corps Malade dans son Poitou natal. Délaissant ensuite le flow et la Vienne, Pierre monte à Paris et se baptise Radio Elvis, un pseudo trompant l’ennemi puisque ses compositions francophones sont à mille lieues de Memphis. Parmi ses thèmes récurrents, les marins et les conquêtes espagnoles ont une place de choix, accompagnés de reverbs rehaussant les couleurs de ses voyages introspectifs.

Après avoir écumé les salles de concert seul avec son sampler, Radio Elvis s’entoure de deux autres voyageurs, Colin et Manu, donnant un virage plus pop et désinhibé à ses pérégrinations verbales. S’inspirant des codes de la chanson française (Dominique A et Murat) et des outlaws déglingués de l’ouest sauvage (16 Horsepower, The Gun Club), Radio Elvis se taille un costume de premier choix sur la scène actuelle.

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Interview :

Pourquoi as-tu commencé ta carrière par du slam?

J’ai toujours voulu faire de la musique. Le slam, c’était le moyen de patienter afin de m’adonner à cette activité sérieusement. C’était vraiment une parenthèse.  Je faisais déjà des chansons, mais je ne savais pas avec qui les jouer et comment m’y prendre pour avancer sur ce chemin. Après le lycée, le slam s’est imposé à moi. J’aimais écrire et cet art me permettait de faire de la scène assez facilement. J’ai testé mes textes et je me suis confronté à un premier public réel. C’était un bon apprentissage. Trois minutes sans rien d’autre que sa voix et ses textes, c’est plus dur qu’une heure et demie de concerts avec des musiciens.

Toi qui étais musicien, ça a dû être un peu frustrant, non ?

J’adorais faire du spoken word. J’adorais improviser sur de la musique et faire chanter les mots dessus. À Poitiers, j’ai même monté une scène de spoken word.

Clip officiel de "La traversée" (inspiré du clip d'"I'm Not A Young Man Anymore" de Lou Reed par Andy Warhol (https://www.youtube.com/watch?v=crjeF8G13x8)).

pierre guénard,radio elvvis,interview,epC’est hyper paradoxal par rapport à ce que l’on peut écouter dans ton EP. Tu as une écriture poétique exceptionnelle. Je ne te vois pas improviser tes textes tant ceux de tes chansons ont l’air travaillés.

Quand je faisais du spoken word, je n’improvisais pas. J’improvisais juste dans la forme du texte. Je ne les connaissais pas par cœur, mais j’en avais plein en tête, dont je me foutais du sens.  Ce qui comptait, c’était le son.

Tu as fait ça jusqu’en 2009, ensuite, tu as pris un autre chemin.

Je suis monté à Paris pour faire de la musique. Paris, pour moi, c’est un vieux rêve de gamin. Comme le cliché de la chanson, je suis monté pour être en haut de l’affiche un jour. Je me suis fait une place dans un squat, les anciennes presses du Parisien. Du coup, j’étais en résidence là-bas et je pouvais y aller quand je voulais. Je faisais beaucoup de recherches musicales et parfois, des chansons de dix minutes, avec trois textes différents.

Dans ton EP, il y a des chansons longues. Notamment « Goliath » et « Le continent », et chacune d’elles a pas mal d’influences musicales.

Je suis incapable de ne jouer qu’un style particulier.

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Quand tu es arrivé à Paris, je crois savoir que tu t’es senti un peu seul au début…

C’était même très douloureux pour moi. Je ne connaissais personne, pas même un musicien. Quand je voyais des gens de mon âge réussir, ça me faisait assez mal, parce que j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose. Aujourd’hui, à 26 ans, je suis serein par rapport à ça parce que je joue avec des gens que j’ai choisis. Mais, je me considère encore comme un loup solitaire pas encore intégré dans ce milieu.

Tu souffres déjà de certaines comparaisons, notamment avec Dominique A.

C’est agréable comme souffrance. J’ai découvert très tardivement cet artiste et au départ, je n’aimais pas du tout. Je trouvais ridicule sa manière de chanter. Un peu trop précieux. J’ai mis du temps à aimer, mais quand j’ai découvert l’album Horizon, j’ai fini par beaucoup apprécier. Plus je m’assumais, plus j’aimais Dominique A, plus je devenais moi aussi un peu précieux. Du coup, j’ai écouté très intensément son œuvre pendant un an.

Sur ta chanson « La traversée », on sent une certaine influence de lui.

Oui, on a la même tonalité de voix. Cela dit, quand j’étais ado, on comparait ma voix à celle de Bertrand Cantat. Tant que je ne serai pas passé chez Drucker, on me comparera toujours à quelqu’un d’autre. C’est la loi des débutants que personne ne connait.

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Fais-tu beaucoup de scènes, justement pour te faire connaître ?

J’ai mis un an à faire des concerts en dehors du squat où j’étais. J’ai trois formules : en trio, et deux duos différents selon si je suis avec le batteur ou avec le guitariste. Il faut que je parvienne à faire de plus en plus de scènes, il n’y a qu’ainsi que je pourrai me faire repérer par la profession.

As-tu toujours eu envie d’être chanteur ?

Oui, depuis tout petit. En cachette. Je voulais devenir chanteur ou écrivain. Avec mon métier, j’allie un peu les deux. Même si je ne serai jamais écrivain comme je l’entends. Comme Jack London par exemple.

Parlons de tes références littéraires. Jack London, comme on vient de le dire, mais aussi John Fante. Ce sont vraiment des auteurs que tu as lus ou c’est pour faire bien dans ta bio?

Je ne mens pas dans la bio. J’ai lu très tard. À partir de 2008, donc j’ai pas mal de retard à rattraper. De Fante, je n’ai lu que Demande à la poussière, et de London, là, j’en ai lu pas mal. Beaucoup de nouvelles et Martin Eden. J’ai une passion pour la littérature de voyage. Là, je viens de me faire quasiment l’intégrale de Saint-Exupéry. Je n’arrive pas à m’en remettre.

Les music'ovores : "Demande à la poussière". 

Tes lectures influencent-elles tes écrits ?

Oui, car j’écris en lisant. Je lis et j’ai toujours mon carnet à côté. Parfois, les mots m’inspirent une formule. Lire est le moyen le plus simple et le plus jouissif que j’ai trouvé d’écrire. L’inspiration, c’est tout ce qu’on assimile et qui ressort à un moment, rien de plus. Tout ce que l’on vit ressort. L’inspiration, ce ne sont que des souvenirs un peu modifiés. Il y a aussi des textes que j’ai faits en état de semi-conscience. Je me réveille, j’ai une phrase, je la note immédiatement.

Aimes-tu qu’on ne comprenne pas le sens des textes à la première écoute ?

Je ne le fais pas forcément volontairement, mais je trouve cela très intéressant. Quand j’ai commencé à écrire en 2009, ça me plaisait réellement, aujourd’hui, je considère que si les gens dansent à mes concerts, c’est bien, mais s’ils comprennent le sens de mes textes, c’est encore mieux.

Au début, devenir populaire t’effrayait un peu, c’est ça ?

De manière très prétentieuse, je voyais l’art au sens noble du terme, je me prenais vraiment trop au sérieux. À un moment, j’ai réalisé que ce n’était que de la musique et je me suis mis à démystifier un peu tout ça. J’ai aussi réalisé que je n’étais pas l’élu, que ce n’était pas moi qui allais tout révolutionner et qu’il fallait être humble.

"Goliath" (Froggy's Session)

Tu te considérais un peu comme un poète maudit, que personne ne comprend ?

Oui, et j’en avais marre que les spectateurs quittent la salle avant la fin du spectacle. J’ai toujours eu peur de perdre mon côté rimbaldien, l’énergie que je voulais dégager. Je n’avais peur de rien, j’y allais sans faire aucune concession. J’étais très barré. Je jouais des morceaux de vingt minutes, sans narration, sans savoir-faire. Je ne voulais ni de choses gaies dans mes chansons, ni mélodies. J’étais aussi beaucoup dans le cliché. Aujourd’hui, j’ai gardé cette énergie, mais je la maîtrise mieux. J’apprends à faire les choses de façon plus abordable. Par la lumière on peut montrer plus d’obscurité. Pour parler de la mort ou de choses graves inhérentes à l’homme, on n’est pas obligé d’être dans la tragédie. J’ai compris que c’est en étant soi même qu’on peut être le plus original.

Ton EP a ceci de particulier que plus on l’écoute, plus on l’aime parce qu’on en découvre toutes les richesses. Et elles sont nombreuses…

C’est génial ce que tu me dis là parce que, quand j’aime un artiste, moi, je dois l’écouter plusieurs fois pour tout déceler. Bashung m’a beaucoup marqué avec ses albums, L’imprudence ou Fantaisie militaire par exemple. Il nous donnait la possibilité de ne pas comprendre. Je trouvais cette désinvolture géniale. Je ne comprenais pas où il voulait en venir et plus j’écoutais, plus je commençais à assimiler les choses.

Pourquoi veux-tu être un artiste ?

Désir et orgueil. À la base c’est un rêve. Ce rêve est devenu un sacerdoce par orgueil.

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