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20 juillet 2017

Hommage à Barbara Weldens

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(Photo : Cédrick Nöt)

On ne meurt pas à 35 ans.

Si, en fait.

Parfois bêtement.

Barbara Weldens.

Morte sur scène hier soir, à priori électrocutée, alors qu’elle donnait un concert dans l’église des cordonniers à Gourdon, dans le Lot, dans le cadre du Festival Léo Ferré.

Pourquoi j’ai eu une peine immense en apprenant la mort de Barbara Weldens ce matin.

Je ne la connaissais pas personnellement. Elle n’était pas une amie.

Juste son talent m’impressionnait. Juste, elle représentait la vie. Juste, elle me semblait puissante et invincible. Une chanteuse hors du temps au talent incommensurable. La seule femme qui racontait des histoires de femmes et qui me filait des frissons.

Uppercut dans le cœur et dans l'âme.

Toutes mes pensées vont vers ses proches, sa famille et Dany Lapointe, sa manageuse et grande amie. Je ne peux pas mesurer la souffrance qu'ils endurent aujourd'hui...

barbara weldens,mort,inteerview,hommage,pic d'or,pause guitareBarbara Weldens avait sorti son premier album en février, Le grand H de l’homme, dont voici l’argumentaire signé Patrice Demailly. Ce dernier a su trouver les mots les plus justes pour la décrire :

« Une tornade, une énergie gargantuesque, une nature. C’est une guerrière du live, physique et généreuse, dont l’instinct l’a immédiatement fait trouver la synthèse parfaite entre attitude punk, chaleur fédératrice et instantanéité émotionnelle.

Il y a à la fois du lâcher prise et du contrôle, de la sauvagerie et de la sensualité.

Le grand H de l’homme – titre à l’ironie mordante – sonne comme une déclaration d’indépendance.

Barbara Weldens installe une fièvre qui n’appartient qu’à elle, jongle avec les extrêmes, glisse des humeurs bipolaires, joue les voltigeuses vocales.

Il est donc question de folie engendrée par la frustration de l’absence, d’amour jusqu’au-boutiste, de complexe plastique, de bilan sans concession, d’idéal possible, d’une découverte foudroyante, de pétage de plomb en roue libre…encore une facette vibrante d’une artiste qui n’a pas fini de jouir librement d’elle-même. »

Aujourd'hui, je ressors mes archives la concernant. J'ai envie de la revoir vivante, exaltée, belle, dans l'exercice de son métier où elle était éblouissante. 

J’ai découvert cette chanteuse à Albi au Tremplin « Découverte Chanson » de Pause Guitare en 2015.

Elle l’a remporté. Brillamment.

Voici quelques souvenirs de sa présence à ce tremplin.

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(Photo : Lilian Ginet)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Michel Gallas pour Hexagone)

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(Photo : Lilian Ginet)

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Barbara Weldens avec Denis K et la chanteuse K!

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Dominique Janin, organisatrice de ce tremplin "découverte chanson" et Alain Navarro (le grand manitou de Pause Guitare) avec Barbara Weldens, Denis K. et K! lors de la proclamation des résultats.

Interview de Barbara Weldens (le samedi 11 juillet 2015, après l'annonce des lauréats):

Vous avez gagné le tremplin des découvertes Pause Guitare, alors que vous détestez ce genre de concours. Pourquoi êtes-vous venue alors ?

Parce que j’ai fait confiance à ma manageuse, Dany Lapointe. C’est une femme « entourante ». Cela fait plusieurs fois qu’elle me met sur la bonne voie. Ce tremplin me semble fait pour donner à chacun sa chance et pas pour casser les artistes. Chacun à ses talents et chacun repart avec sa dose de reconnaissance.

Vous avez rencontré K et je crois savoir que cela s’est bien passé.

Je trouve que ce qu’elle fait est énorme. Je suis contente qu’elle puisse revenir l’année prochaine ici en concert véritable, comme moi. Je ne sais pas encore ce qui nous relie, mais nous sommes reliées, c’est sûr.

Moi, je ne vous connaissais pas du tout, j’avoue que vous m’avez bluffé.

Je viens d’arriver sur le marché, donc c’est tout à fait normal (rires).

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Pendant l'interview...

La question idiote : vous êtes heureuse d’avoir gagné ce tremplin ?     

Ce n’est pas d’être la préférée qui fait plaisir, c’est la reconnaissance. Aujourd’hui, je me dis que mon travail a été reconnu. Ça ne m’est jamais arrivé officiellement.

Que pensez-vous de l’accueil de Pause Guitare ?

Nous sommes reçus comme des stars. Je n’ai pas l’habitude de ça et j’avoue que ça me touche au plus haut point. Tout est prévu pour que l’on se sente bien. Tout est très bien organisé. Les régisseurs sont juste des petits génies.

Vous n’avez pas encore de disque, je crois.

J’ai juste un EP. Pour le moment, on peaufine ce que l’on veut donner sur scène. L’enregistrement est prévu pour l’année prochaine.

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Après l'interview, en compagnie de la chanteuse K! Une forte amitié est née entre elles ce jour-là.

Je l’ai revu l’année suivante puisqu’elle a participé au Pic d’Or. Elle en fut la lauréate. A l’unanimité, le jury de ce tremplin a décidé de faire de ce joyau de la chanson le Pic d’Or 2016. Mais, ce même soir du 21 mai, elle a tout raflé. C’est elle qui a remporté le prix du public, le prix du Magazine FrancoFans et le prix de la créativité de l'Académie Charles Cros.

Voici quelques photos…

Sur scène:

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

Lors des différentes remises de prix: 

Le prix de la créativité de l'Académie Charles Cros remis par Jean-Marc Vaudagne.

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

Le prix du public, décerné par le maire de Tarbes, Gérard Trémège et la présidente du Pic d'Or, Corinne Labat.

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

Le prix du Magazine FrancoFans, remis par Stéphanie Berrebi.

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

Enfin, le président du jury du Pic d'Or, Arnold Turboust annonce, le Pic d'Or 2016.

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

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Après la remise des prix, le photographe officiel du Pic d'Or, Cedrick Nöt, a "shooté" Barbara devant le Théâtre des Nouveautés.

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(Photos : Cedrick Nöt)

(Cette photo deviendra d'ailleurs la pochette de son unique album.)

Un souvenir avec Olivier Bas, au pot de fin du Pic d'Or 2016.

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(Photo : Manuel Tondon)

Cette même année, Thierry Cadet, l'un des membres du Pic d'Or et éminent journaliste musical, l'a interviewé à la fin de ce week-end musical pour son site Horscène.

Elle est revenue à Tarbes le 20 mai 2017 pour chanter au Pic d’Or, lors des délibérations du jury (comme il est de coutume de la part du lauréat de l'année précédente). Toujours aussi magnifique, talentueuse, disponible et sympathique.

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(Photo : Cedrick Nöt)

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(Photo : Cedrick Nöt)

Voici quelques derniers clichés.

Le 24 Novembre 2016, j’ai assisté à la proclamation des Grands Prix 2016 de l’Académie Charles Cros à la Maison de la Radio. Elle avait reçu le prix « Révélation Scène »…

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(Photo : Jean-Marc Vaudagne)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Caroline Paux)

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(Photo : Pierre Majek)

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(Photo : Pierre Majek)

Barbara Hammadi (pianiste), Barbara Weldens et Marc Pfeiffer (président de la Fédération des Festivals de chanson francophone) 

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(Photo : Caroline Paux)

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Après la cérémonie avec à droite, Dany Lapointe, sa manageuse, et Corinne Labat, présidente du Pic d'Or, venue la féliciter. 

Barbara Weldens, tu es morte sur scène. J'entends/je lis : "quelle est la meilleure  mort pour une artiste?"

Aucune. Il n'y a pas de belle mort. C'est nul. C'est trop tôt. Tu avais la vie devant toi pour tout défoncer.

Tous ceux qui t'ont croisé (de près, de loin) sont tous effondrés. 

Alors, ta mort, elle nous incitera à vouloir vivre encore plus vite, encore plus fort. En ton hommage.

On ne t’oubliera pas. 

"Je ne veux pas de ton amour", extrait de l'album "le grand H de l'homme".
Avec Barbara Weldens, Barbara Hammadi et Marion Diaques
Captation réalisé au Théâtre de Pierre (34).

"A mes flancs" extrait de l'album "le grand H de l'homme".
Avec Barbara Weldens, Barbara Hammadi et Marion Diaques
Captation réalisée au Théâtre de Pierre (34).

Filmé pendant les balances du Printival Boby Lapointe à Pézenas (34), le 15/04/15 (Foyer des Campagnes). Extrait de l'album "Le Grand H de l'homme".

11 novembre 2016

Arnold Turboust : interview pour son cinquième album Arnold Turboust

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(Photo Lionel Montagnier)
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Arnold Turboust est un ami. Je ne vais pas le cacher. Je l’ai rencontré pour la première fois en 2012, lors de ma première participation au Pic d’Or (voir photo à gauche). Il était (et est toujours) le président du jury de ce tremplin musical dont je suis membre. Evidemment, je le connaissais de réputation (tous les plus gros tubes de Daho dans les années 80 et le fameux « Adélaïde »). Il a contribué à la création d’une pop à la française, élégante et efficace. J’avais donc déjà beaucoup de respect professionnel pour lui. Dès notre première rencontre, j’ai su que j’allais aimer l’animal pour toujours. J’ai aussi pour lui beaucoup de respect pour l’homme qu’il est.

Cerise sur le gâteau, son nouveau disque est un joyau pop. Un immense Turboust. Le 19 octobre dernier, il est venu à l’agence pour sa première mandorisation… histoire d’évoquer avec lui l’ensemble de sa carrière et ce cinquième disque.

Le nouveau disque par Arnold Turboust lui-même :arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Fin 2012 début des travaux nous décidons Rico Conning et moi-même d'écrire ensemble un nouveau chapitre 25 ans après Let's go à Goa mon premier album et Pop Satori de qui vous savez !

Pour ce faire Rico habitant à Los Angeles et moi quelque part dans la campagne d'Ile de France nous avons utilisé un site Ftp. Ainsi grâce à ce système nous avons établi une correspondance régulière où nous n'avons eu de cesse dans les mois, les années, qui suivirent de corriger d'améliorer de gommer de refaire de s'interroger et encore de refaire.

Cet album au titre éponyme est en quelque sorte un quatre mains et c'est le cinquième de ma collection, la couleur est plutôt électronique saveur Pop, sung in French j'ai écrit les textes et nous avons élaboré les musiques ensemble.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orArnold Turboust :

"Tombé pour la France", "Epaule Tatoo", "Mon manège à moi"... Ces tubes d'Etienne Daho qui ont enchanté les années 80, on les doit à Arnold Turboust. De même, qui ne se souvient pas d' « Adelaïde » duo avec Zabou Breitmann qui a marqué à jamais son époque.

Auteur, compositeur, arrangeur, chanteur et musicien, celui dont Françoise Sagan a salué « l'humour sans cynisme et la diversité musicale » a travaillé également avec Sylvie Vartan, Brigitte Fontaine, Barbara Carlotti ou Jacno..... Et publié quatre albums en solo, dont les deux derniers, Toute sortie est définitive en 2007 et Démodé, trois ans plus tard, ont été applaudis par la critique. Le nouvel album au titre éponyme est dans les bacs et sur toutes les plateformes.

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(Photo : Ronan Guennou).

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orInterview :

Je ne sais rien de ce que tu as fait  avant ta participation au groupe Marquis de Sade qui est ton début officiel dans le monde de la musique. Peux-tu m’en dire plus ?

J’habitais dans un petit bled à la campagne, Torigni-sur-Vire (50). Je m’arrangeais pour jouer avec des copains partout où c’était possible, à l’église, dans les kermesses, vraiment n’importe où. En terminale, j’avais un pote, Éric Morinière, qui était un excellent batteur, donc tous les midis, on jouait ensemble. Un jour, je suis parti au Havre, lui à Rennes. Il a rejoint Marquis de Sade. Peu de temps après, il m’a appelé pour rejoindre le groupe.

Tu as eu une éducation musicale par tes parents ?

Ma mère a fait 12 ans de violon, mais je ne l’ai jamais entendu en jouer. Quant à mon père, même s’il ne savait pas en faire, sa passion était la musique. On avait toujours des instruments à la maison, des petits orgues… Même mon grand-père avait l’oreille musicale. Il accordait à l’oreille les pianos. Tout ça fait que je baignais dans la musique. D’ailleurs, à l’âge de 7 ans, ma mère m’a dit que j’allais en faire. Elle m’a fait prendre des cours de piano. Je ne te cache pas que ça me pesait. Quand je prenais mes cours, je voyais par la fenêtre, les autres enfants jouer au foot. Mais au bout d’un moment, j’y ai pris goût.

Tu as aussi participé à une fanfare.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui. Là, j’ai retrouvé tous mes copains. Je jouais du trombone. Mais pour cela, il a fallu que je me retape deux ans de solfège, que je connaissais déjà. Mon père m’a fait rencontrer à 13 ans, un organiste belge qui jouait merveilleusement bien. Ce qui m’intéressait le plus dans la musique, c’était l’harmonie. Et lui m’a beaucoup appris sur la question. Il m’a expliqué pourquoi après tel accord, on pouvait utiliser celui-ci… il m’expliquait comment une chanson, était faite.  C’est à ce moment que la passion est arrivée en moi. Avant je n’étais que sur partition, il m’a aidé à en sortir. Je n’ai jamais essayé d’être un super virtuose, je suis plutôt quelqu’un qui s’intéresse au mode harmonique, aux couleurs.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orRevenons à Marquis de Sade. Cela t’es tombé dessus sans que tu réfléchisses.

Tout à fait. Je n’étais pas parti pour faire de la musique, mais une école de commerce. J’en avais intégré une au Havre. Avec Marquis de Sade, soudain, j’ai découvert tout un monde musical.

Après tu participes à d’autres groupes comme Private Jokes, Octobre…

Oui, mais mes parents ne voulaient absolument pas que j’arrête l’école, ils m’ont donc inscrit dans une école privée à Nantes parce que j’y avais de la famille. Là-bas, j’ai rencontré d’autres musiciens avec lesquels on a formé le groupe Private Jokes. Nous avions la côte dans la région. On a donc joué dans pas mal d’endroits, dont les Trans. Nous avons fait plein de premières parties à Paris soutenu par le magazine Actuel.

Private Jokes, "Bangkok" (1981).

Un jour, vous rencontrez Jean-Jacques Burnel, le leader des Stranglers.

Il voulait que l’on vienne avec lui en Angleterre enregistrer un disque. C’était devenu compliqué parce que le bassiste nous avait quittés. On s’est retrouvé à quatre. Parallèlement à ça, Franck Darcel, qui faisait partie de Marquis de Sade me dit qu’il arrête le groupe pour en monter un autre, Octobre. Il me demande de venir avec lui. J’ai accepté. Ce fut une courte expérience.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orPuis, il y a la rencontre avec Etienne Daho, un autre rennais d’adoption.

Quand j’ai intégré Marquis de Sade, immédiatement j’ai rencontré tous les musiciens de la région, y compris Etienne. A cette époque-là, il n’avait encore rien fait. Il me disait qu’il voulait être chanteur. Il faisait des petites maquettes. Je le trouvais très sympa, il parlait toujours de Françoise Hardy, c’était son grand truc. Je lui ai proposé de lui écrire des chansons. Il a accepté.

Ta première collaboration avec lui, c’est en 1982. Dans l’album La Notte, La Notte produit par Frank Darcel. Tu composes « Signé Kiko », « Poppy Gene Tierney » et « St-Lunaire, dimanche matin ». Tu es aussi aux claviers et à la programmation.

A la même époque, j’ai aussi composé pour lui « Swinging London ». C’était ma première chanson pour lui. On retrouve cette chanson en face B du Maxi 45t de « Le grand sommeil ».

Daholympia en 1992. "Saint-Lunaire dimanche matin" (avec Arnold Turboust).

Il y avait une fierté d’entendre tes chansons chantées par lui ?

Avec Private Jokes, il y avait plein de labels qui voulaient nous signer, mais ils voulaient que l’on change trop de choses dans notre musique. Nous, nous ne voulions pas faire de concessions. Avec Etienne, les petites  mélodies que j’ai composées devenaient populaires. Pour moi, c’était incroyable.  

Certaines chansons que tu as composées pour Daho comme « Tombé pour la France » ou « Epaule Tatoo » sont devenues cultes, tu t’en rends compte ?

Depuis quelques temps, je me rends compte qu’elles sont devenues incontournables. A l’époque, pour moi, c’étaient des petites chansons faites comme ça.

Clip de "Tombé pour la France".

Clip de "Epaule Tatoo".

En 1986, tu chantes pour la première fois. C’est un duo avec Zabou, « Adelaïde ». Immense carton !

Dans la démo, je voulais mêler un côté un peu « classique » avec du violon et une rythmique de l’époque. Pendant l’enregistrement, c’est passé à autre chose, je n’ai pas pu contrôler grand chose. Mais au final, ça a bien marché.

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(Photo : Youri Lenquette).

Le fait de chanter toi aussi, c’est parce que tu voulais ta part de gâteau en  matière de notoriété ?

Non. A l’époque d’ « Adélaïde », j’étais en plein dans la conception de l’album d’Etienne, Pop Satori. J’ai donc enregistré cette chanson entre Noël et le jour de l’An, quand j’avais le temps. Je l’avais proposé à d’autres interprètes, mais je n’ai pas eu trop de retour. Je me disais que c’était idiot qu’elle n’existe pas, donc, je l’ai chantée moi-même. Mon éditeur est passé chez moi pour écouter de nouveaux titres pour Etienne dont j’étais assez fier et il me dit « tu n’as que ça ? ». Je lui dis que j’ai aussi fait une chanson pour moi. Il l’écoute et  me lance : « Mais c’est celle-là que tu aurais dû me faire écouter dès le début ». Un label a bien voulu de cette chanson et voilà.

Mais devenir chanteur, ce n’était pas, à priori, dans tes projets.

C’était une progression assez logique. J’ai commencé comme musicien, ensuite compositeur, arrangeur… il me manquait le chant. « Adélaïde », c’était la première fois que je chantais. J’ai pris des cours qui m’ont fait sentir l’extrême petitesse de ma voix (rires).

 "Adelaïde" en live avec Zabou sur France 3 en 1986.

Quand tu t’écoutais, tu pensais quoi ?

Je détestais. En plus, dans cette chanson, il y avait un problème de tonalité de voix entre la voix masculine et la voix féminine. J’étais obligé de chanter assez haut et ce n’était pas ma spécialité. En entendant le résultat, je me suis demandé dans quoi je m’étais lancé. Et je me disais que ce n’était pas grave parce qu’il y avait une forte probabilité qu’on ne l’entende pas beaucoup à la radio. J’ai eu tort.

Pourquoi as-tu choisi une comédienne ?

Je connaissais Zabou. On se rencontrait souvent et je l’aimais bien. Elle était super drôle et elle avait du peps. Je savais qu’elle avait déjà chanté dans un film de Gérard Mordillat et qu’elle allait pouvoir chanter dans ma chanson. J’étais content que ce soit elle, car j’aimais beaucoup cette personne.

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Zabou et Arnold Turboust.

Tu te retrouves donc à la tête d’un 45 tours qui cartonne. As-tu imaginé que ta carrière solo était sur de bons rails ?

Un jour, mon label m’appelle et me demande d’aller faire un gros plateau organisé par FR3 dans le sud. J’y vais tout seul, sans Zabou. Il y avait tout de même 3000 personnes. J’étais persuadé que j’allais me faire jeter. Et là, le truc de dingue. Tous les gens chantent la chanson à fond. Pour répondre plus précisément à ta question, je ne me suis pas dit que j’allais faire une grande carrière en solo. Je pensais plus que c’était un cheminement assez logique par rapport à tout ce que j’allais faire plus tard.

En 1988, tu enregistres ton premier album Let’s Go à Goa, mais avant, en 1987, tu sors un 45 tours que j’adorais « Les envahisseurs ». Il ne figure sur aucun album.

J’avais cette musique, mais je n’arrivais pas à y coller un texte. C’est donc le parolier belge Jacques Duvall qui a écrit cette chanson. C’est quelqu’un que j’admire énormément.

"Les envahisseurs".

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Arnold Turboust et Rico Conning pendant l'enregistrement de Let's Go à Goa.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orLes Envahisseurs » puis ton album Let’s Go à Goa marchent raisonnablement, mais ne font pas le même carton qu’« Adélaïde ».

Je m’aperçois à ce moment-là que pour continuer une carrière d’interprète, il manque une flèche à mon arc. Il faut que j’écrive les textes. Je commence donc à m’y mettre à ce moment-là, mais à fond.

Très vite, tu fais des arrangements ou des compositions pour pas mal d’artistes.

Je n’ai travaillé qu’avec des gens avec lesquels j’avais des affinités. J’ai refusé pas mal de choses qui ne me correspondaient absolument pas.

"Francine song" extrait de "Let's Go à Goa".

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Arnold Turboust et Etienne Daho, époque Pop Satori (photo : Arlette Kotchounian)

Tu n’abandonnes pas Daho pour autant.

Non, je continue à écrire des chansons. Il y a un trou avec Etienne qui correspond entre mon premier et mon deuxième album, ce qui correspond à cinq ans.

Tu fais « Mon manège à moi » en 1993.

C’est encore un carton monumental.

Clip de "Mon manège à moi".

Mais, tu ne dis pas qu’il faut que tu travailles avec lui tout le temps parce qu’à chaque fois, vous faites des tubes incontournables ?

Notre association est bonne, je l’ai toujours dit.

Clip de "Mes amis et moi".

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn tout cas, tu ne renonces pas à une carrière d’interprète puisque tu sors dans le même temps l’album Mes amis et moi, chez Barclay.

Cet album a eu un bon succès d’estime. Certaines radios l’ont joué, donc j’étais assez content. C’est parce qu’Etienne a beaucoup aimé cet album qu’on a recommencé à travailler ensemble.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Oui, et cela a donné l’un des plus beaux albums de Daho, Eden, en 1996.

On a vraiment fait cet album à deux. Nous sommes partis en Angleterre, on a géré les studios, les ingénieurs du son, les musiciens et le style. On s’est imprégnés de ce qu’il se passait à cette époque-là à Londres. Je suis très fier de ce disque.

Tu as bossé aussi avec Jacno.

Il voulait absolument que je lui fasse son album. Je n’avais pas le temps parce que justement je bossais avec Etienne. Je lui ai fait deux chansons dont une qui s’intitulait « Je vous salue Marie ». C’était bien Jacno, ça…

Jacno "Je vous salue Marie".

Il y a eu aussi Brigitte Fontaine, Sylvie Vartan… tu n’avais pas peur du grand écart ! 

La musique m’a toujours mené par le bout du nez. Je faisais ce qu’elle voulait. Je n’ai jamais voulu dessiner une carrière en me projetant. Je laisse venir à moi les choses.

Revenons à Brigitte Fontaine.

On a produit cinq titres pour elle avec Etienne, dont le fameux, « Conne ».

Et Sylvie Vartan ?

C’était à l’époque où elle jouait dans un film de Jean-Claude Brisseau qui s’appelait L’ange noir. On avait fait une chanson avec Etienne, « Le premier de nous deux » en pensant qu’elle serait la chanson de ce film. Ça ne s’est pas fait. C’était pourtant une très bonne chanson.

Clip de "Hillary" extrait de Toute sortie est définitive.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orEn 2007, tu sors ton album Toute sortie est définitive.

J’aurais dû le sortir en 2001, mais il se trouve que la personne avec qui je travaillais toujours, Jacques Bali, est décédée.  Je me suis retrouvé du jour au lendemain tout seul. J’avais perdu une part de moi-même. Nous étions amis, associés et inséparables. J’étais bouleversé et je ne savais plus quoi faire. A cette époque, j’ai décidé d’arrêter mon côté interprète et j’ai travaillé sur des habillages télé, radio.

C’est toi qui a fait le générique de la météo de TF1 que l’on entend depuis des années, par exemple.

Oui, j’aime beaucoup faire ce genre de travail.

Générique de la météo de TF1.

En tout cas, Toute sortie est définitive a reçu un bel accueil.

La presse a bien relayé cette sortie et les critiques étaient positives.

Clip de "Démodé", tiré de Démodé.

L’album Démodé sort en 2010.arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'or

Il est sorti dans le label que venait de monter Marc Toesca. Par l’intermédiaire d’un ami qui a toujours été là dans les moments clefs de ma vie, Stéphane Loisy. J’avais 6 mois pour faire ce disque, je l’ai fait en un an. Démodé est un peu passé à l’as et ça m’a donné un sentiment d’inachevé… Ça m’a même démoralisé. A bien y réfléchir, le titre du disque correspondait à ce que je pensais que j’étais devenu. A cette période, je dois reconnaitre que j’étais un peu négatif.

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orParlons de ton nouvel album. Je considère que c’est un bijou pop d’une élégance rare. La flamme est revenue et elle brille de 1000 feux.

Merci. Ça me touche. Après Démodé, Rico Conning de passage à Paris m’appelle et me demande si on peut se voir. On se rencontre, on discute et il me dit qu’il a adoré la chanson « Démodé ». Cela l’incite à me proposer de faire un album avec lui. Comme il habite à l’autre bout du monde, j’ai trouvé ça un peu compliqué, mais j’ai accepté. Je me suis remis à travailler avec une discipline quotidienne. Les mélodies et les textes sont venus petit à petit. Je me suis remis à faire des arrangements. On a tellement travaillé ensemble que je savais qu’il allait faire de mon travail quelque chose de magnifique.

Cet album est du Turboust d’hier, le faiseur de tubes, mais avec le son et la modernité d’aujourd’hui.

Ces nouvelles chansons sont ce que je suis aujourd’hui. Je me suis occupé des arrangements, il sonne donc comme je ressens la musique aujourd’hui.

Tu as fait de très belles mélodies.

Les mélodies, c’est ce qui me touche le plus.

Es-tu objectif sur ton propre travail ?

Jamais. Enfin si, quelquefois. Je trouve par exemple que cet album est assez réussi. Nous avons pris notre temps et c’est très important. J’ai commencé ce disque fin 2012 et nous l’avons terminé fin 2015.

J’imagine que Rico et toi êtes deux pointilleux… ça devait être dur de s’avoir s’arrêter, non ?

Selon les titres, c’était lui ou moi qui avions du mal. Mais j’avoue que je suis assez emmerdant et que je ne laisse pas passer beaucoup de choses. J’ai toujours été comme ça. Je suis constamment dans le doute, mais le doute te fait toujours avancer. Sur cet album, j’ai laissé beaucoup de doutes.

Pourquoi as-tu choisi « Souffler n’est pas jouer » comme premier single, alors que « La danseuse » me parait plus « populaire » ?

Je l’ai appris au cours de ma vie musicale. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Plutôt que de me voir attribuer des titres que je ne voudrais pas défendre, je choisis toujours le premier single. Si je me trompe, ce n’est pas grave. Et je ne crois pas m’être trompé pour ce disque. « Souffler n’est pas jouer » représente bien l’album. J’ai écouté toutes mes chansons de nombreuses fois et c’est celle dont je me suis le moins lassé.

Clip de "Souffler n'est pas jouer".

Ton disque est classieux, comme disait Gainsbourg… et je ne parle même pas de ton clip. Sobre, élégant. La grande classe comme le dandy que tu es.

C’est mon ami Jean Bocheux qui l’a réalisé. Il était déjà à l’origine du clip de « Mes amis et moi ». Il a beaucoup de talent. Il sait faire une belle lumière. C’est lui qui a eu l’idée de faire ça en noir et blanc. Il y a un côté londonien qui me va bien. J’aime la musique anglo-saxonne.

Ça n’a échappé à personne. Es-tu né dans le bon pays et à la bonne époque ?

Oui. J’aime beaucoup la langue française, sa poésie… J’ai eu quelques opportunités pour aller en Angleterre. Quand on a bossé avec Etienne sur Pop Satori, je suis devenu copain avec William Orbit. Il m’a proposé de venir avec lui en Angleterre pour travailler. Il voulait que j’écrive des chansons. D’autres personnes me l’ont proposé aussi, mais j’avais des enfants, c’était un peu compliqué. J’ai parfois un peu loupé le coche.  Si de nouvelles occasions se présentaient aujourd’hui, je pense que je serais capable de partir là-bas.

"Que la fête commence" tiré du nouvel album d'Arnold Turboust.

Je reviens à Daho. Tout ce que vous avez fait ensemble a été un immense succès. Je ne comprends pas pourquoi vous ne bossez plus ensemble.

Nous devions faire son dernier album ensemble. Un jour il me laisse un message pour me demander si j’accepte de faire un nouvel album avec lui. Evidemment, j’accepte. J’ai toujours aimé travailler avec lui. Avec Etienne, je sais que la chose qui va être mis en avant, c’est l’artistique… c’est exactement ce qui me convient. L’association avec Etienne, c’est deux personnes qui se confortent dans leurs choix. On s’est toujours appuyés l’un sur l’autre. Mais il me rappelle un jour en me disant qu’il est trop engagé avec d’autres personnes… je comprends très bien cela, donc je n’insiste pas.

Tu es remonté sur scène avec lui à la cité de la Musique le 14 février 2014. Arnold Turboust

Quel succès ! C’était le délire total. J’ai juste fait la fermeture du concert Pop Satori. Les gens étaient tellement contents de nous voir ensemble que ça m’a touché énormément. Ce soir-là, il n’a joué que cet album et le public était en transe. Je pense pouvoir affirmer qu’Etienne pourrait faire une tournée avec uniquement les chansons de Pop Satori, ce serait un délire. Quand je vois des journalistes qui me disent : « vous vous rendez compte de ce que vous avez fait en France musicalement ? », ça me fait réfléchir.

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Daho et Turboust à la Cité de la Musique. 

arnold turboust,etienne daho,interview,pic d'orJ’ai l’impression que tu ne te rends pas compte de ce que tu représentes.

Moi, j’avance, je ne regarde jamais derrière. Ce que je représente est loin d’être mon moteur.

Quand on te parle de Daho et d’ « Adélaïde » en interview, ça te gonfle ?

Non, c’est ce qui fait qu’on s’intéresse à mon travail aujourd’hui. Et peut-être que dans dix ans, on dira que mon album d’aujourd’hui est fantastique.

Tu es dans quel état d’esprit ?

Je suis en attente. J’ai envie que ce disque soit partagé par le plus grand nombre et surtout qu’il soit apprécié.

Arnold Turboust - Bubble Gum Remix (2017) deuxième single de l'album "Arnold Turboust".
Clip réalisé par WHAT (Guillaume Allantaz/Jérôme Masi/Wilfried Forestier)

Et la scène ?

Comme tu me connais, je révise mon pas de danse.

Oui, c’est ça ! Tu es plus un homme de studio que de scène.

Je souhaiterais faire un récital à l’anglaise. Je vais commencer à mettre les choses en place. Je veux voir avec Rico comment on peut redonner l’ambiance du disque en concert.

Tu n’as jamais fait de scène en tant qu’Arnold Turboust interprète.

Tu as raison. J’étais juste musicien dans différents groupes et j’ai fait deux tournées avec Etienne. Dans la tournée « pop Satori », je chantais même « Adelaïde ». C’était quelque chose.

Que puis-je te souhaiter ?

Que mon disque plaise au plus grand nombre.

Bonus : Un reportage de France 3 Normandie, "Retour aux sources pour Arnold Turboust" (octobre 2016).

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Le 19 octobre 2016, après l'interview.

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27 juillet 2016

Makja : interview pour son premier EP

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(Photo : Philippe Prevost)

12311031_544931389009220_5688007632063953473_n.jpgMakja a eu sa première révélation musicale à l'âge de dix ans en écoutant une cassette de chants grégoriens. Mais un peu plus tard, c'est vers les mots qu'il se tourne. En plein boom du hip-hop, il se lance à quinze ans dans l'écriture de ses premiers textes. Après l'EP Un Camp aux textes forts et aux magnifiques arrangements (sorti en mars), Makja prévoit la sortie de deux autres EP, en parallèle de sa tournée.

J’ai découvert Makja au Pic d’Or de cette année. Avec Thierry Lecamp, je lui ai remis le prix du texte. Il aurait pu tout aussi bien recevoir le prix de l’interprétation. Cet artiste nous tient en équilibre sur un fil. L’intention est forte et les émotions fragiles. Sa musique prend aux tripes et ses textes touchent l’âme. 

La devise de Makja est : « Si tu ne viens pas au maquis, Makja viendra à toi… »  C’est ce qu’il a fait le 29 juillet dernier, à l’agence.

Présentation officielle de Makja :MAKJA_300.jpg

En ces terres arrière, royaume des ronces tenaces où les arômes errent, la plume et la voix de MAKJA se jouent des lois de la gravité.

Pas d’artifice, juste une présence, une parole singulière portée dans la tradition des plus grands interprètes.

Dès la première écoute, tout s’impose comme une invitation incontournable,
comme un appel à l’émotion. MAKJA a tout du buisson ardent : La densité et la révélation.

Dans un kaléidoscope de tableaux sauvages de paysages musicaux aux influences variées, MAKJA nous laisse entrevoir sa soif de multiplicité. Il est de ces rencontres qui nous marquent ; Ses mots touchent et laissent place à l’effet papillon ; d’oreilles à bouches, de rues à places, de caves à pavillons.

Récompenses :

- Prix SACEM du texte au Pic d'or 2016
- Prix Centre des écritures de la chanson 2016
- Médaille de Bronze de la chanson 2016 de Saignelégier (Suisse)

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makja par pierre wetzel.jpgInterview :

Avant cet EP, Makja en tant qu’artiste n’existait pas.

Pour beaucoup, les premiers concerts autour de la sortie de l’EP, c’était la première fois où les gens rencontraient Makja. Avant, mon nom d’artiste était Kalam. Je me suis dit un jour que j’allais travailler avec des musiciens et que l’interprétation de Kalam avec des musiciens deviendrait Kalam Makja.

D’où vient l’artiste que tu es ?

Je viens de l’écriture. J’ai fait 15 ans d’ « action culturelle ». J’accompagnais les prises de paroles artistiques d’enfants, de parents de grands-parents. Je travaillais dans les prisons, avec des traumatisés crâniens, avec des sourds, bref, avec tous types de personnes. J’aime travailler avec des humains qui sont composés de sensibles. Dans l’action culturelle, je stimulais leur sensible pour qu’ils puissent donner vie à une chanson, pour qu’ils puissent être vus dans l’espace public par leur création et non par leur statut d’handicapé ou de prisonnier. J’ai fait ça pendant 15 ans, de 1999 jusqu’à aujourd’hui. J’étais un acteur de la mise en mouvement du potentiel artistique de chacun.

Cette mise en mouvement prenait forme sous un acte artistique ?

L’idée, c’était de permettre à chacun d’être vu sous l’angle de la création et derrière, d’ouvrir une matrice de dialogue. Avec la personne elle-même déjà. Il fallait qu’elle écrive sur une feuille ce qu’elle pense, son point de vue, son doute, ses certitudes et ensuite confronter ce point de vue-là à un tiers. Ça peut être sa famille, son voisin, son éducateur. Le but était aussi de créer des passerelles entre les gens par la création. Reprendre confiance dans sa plume, dans ses mots c’est aussi reprendre confiance dans son corps, dans son image, dans le regard de l’autre.

Ce que tu viens de me raconter me donne une nouvelle approche de ce que tu racontes dans tes textes et m’explique pourquoi je ressentais une telle sensibilité en toi.

J’aime les gens. J’ai eu la chance d’avoir eu des parents qui m’ont fait découvrir la signification du  mot amour. J’ai été élevé dans l’amour, j’ai été bien éduqué, je me suis fait mes propres armes avec le temps pour pouvoir essayer d’exister dans ce monde-là. Gamin, j’ai vu très tôt que les mots avaient un pouvoir. Les mots étaient une clé et plus on avait de clefs  plus on pouvait ouvrir des portes pour se faire comprendre et pour comprendre les autres. Parce que méditerranéen à la base, j’avais un peu de fierté, je voulais écrire mes propres textes pour ne pas que l’on parle à ma place. J’ai écrit mes premières chansons et quand j’ai vu que je pouvais dire ce que je pensais sur feuille, c’était important que chacun puisse dire aussi. Se permettre de faire tomber la carapace le temps d’un rapport avec la feuille, je trouvais cela essentiel. J’ai développé des ateliers d’expression où j’ai appris aussi à accepter l’autre, à découvrir ses angles de vue, comment l’autre va regarder une certaine réalité et va la regarder différemment de mon point de vue.

"Un camp" (live).

Tu t’es nourri de cette richesse et de cette diversité-là ?

Oui. Dans les champs lexicaux, dans les sensibilités, dans les façons d’exprimer les choses, dans la temporalité pour passer aux mots, pour passer du ressenti aux mots. Me nourrissant de cela depuis des années, j’avais besoin artistiquement de réinvestir ces acquis.

C’est-à-dire d’expulser ce que tu emmagasinais depuis des années ?

Je ne dirais pas les choses comme ceci. L’action culturelle en elle-même est nécessaire dans une société et elle est nécessaire pour moi, mais le fait de recevoir toutes ses paroles, artistiquement, j’ai eu un besoin individuel de dire, d’amener ce kaléidoscope de visions, de pensées, dans la société. Au travers de la langue française, c’est mon devoir de donner à voir des tableaux différents.

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Makja continue aujourd'hui les ateliers d'écriture.

C’est presque une mission ?

Oui, je le pense ainsi. C’est peut-être un peu dingue, mais en tout cas, j’ai pris ce chemin-là  pendant ces années. C’est un besoin et un devoir, on peut donc parler de mission.

Abandonner ton statut de directeur de ta structure d’Action Culturelle pour te lancer à fond dans l’aventure Makja, ce  n’est pas un peu risqué ?

Je ne peux pas faire les choses à moitié. Je n’avais pas envie de m’inscrire dans une direction de ressources humaines pour les prochaines années et ma fonction de directeur commençaient à m’y obliger. J’ai envie de secouer les pesanteurs, j’ai envie d’être la caresse et l’épingle, j’ai envie, au sein de la société, de capter l’attention, de livrer des œuvres et de stimuler le sensible chez celui qui le reçoit en disant « vous avez un pouvoir d’agir ». Ouvrir des prismes, des champs de vision qui sont autres.

Clip de "Seule".

Tes premiers textes datent de 1996 et nous sommes en 2016. Tu n’apparais au public que 20 ans après…

Quand j’étais tout gamin, je savais que j’avais un monde intérieur dense et j’avais du mal à connecter ce monde intérieur avec l’extérieur.

Une forme d’autisme ?

Je n’emploierais pas ce mot parce que je l’ai bien vécu. J’étais bien dans cet intérieur, une sorte de bulle dans laquelle je pouvais rester des heures.

Comment arrivent en toi tes premiers textes ?

Adolescent, je déménage. Je pars de la banlieue toulonnaise pour Bordeaux. J’arrive là-bas en pleine culture hip hop, dans les années 95, 96, 97 et là, j’écris mes premiers textes. Je trouvais ça hyper stimulant de se réapproprier la langue française et de dire les choses. Il y avait une certaine minorité qui prenait le micro et donc, il y a avait un rôle entre le mot et la société. J’ai rappé de 1996 jusqu’à 1999.

C’est à ce moment que tu animes tes premiers ateliers d’écritures en tant  qu’animateur de centre social.

J’ai travaillé avec des jeunes de 1999 à 2003. En 2002, j’ai monté une association et en 2003, j’ai monté la structure d’Action Culturelle.

Tu as toujours pratiqué, toujours écrit, dans une culture hip hop jusqu’en 2010.

Ensuite, j’ai commencé à travailler avec des cordes, un violoncelle, ça m’a touché et très ému. J’ai donc décidé de travailler avec des instruments « vivants » et, en 2012, est né Makja.

Tu as pas mal rappé dans des groupes, le solo, ce n’était pas ton truc.

J’ai appris de mes erreurs. Des erreurs de gestion de groupes. J’ai pris la décision de monter mon propre projet. J’ai décidé de m’entourer de celui qui voudra m’accompagner à la musique. J’écris des propos sur feuille et j’ai besoin de les habiller avec des couturiers qui vont essayer de dessiner la tenue. A chaque fois, ce sera une tenue singulière en fonction du morceau. Je n’arrivais pas avec une logique d’esthétique, je venais avec la réflexion de ce qu’il se dit dans une chanson, de quel allait être le propos et comment on allait pouvoir habiller tout ça.

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Makja reçoit le Grand Prix des Voix du Sud 2016 par Francis Cabrel et Elodie Suego.

La confrontation avec le public quand on est seul, c’est dur ?

On aime rencontrer un public accueillant et bienveillant, mais quand on crée, la bienveillance du public, il faut la mériter, elle n’est pas acquise. Je dis les choses parce que  je considère que c’est important que je les dise, mais un morceau peut ne pas passer. Quand on livre une œuvre, on n’est pas dans l’adhésion de fait. On est dans quelque chose qui est exposé. Ça peut questionner, ça peut mettre mal à l’aise. On n’est pas toujours là pour être la caresse.

Tu ne cherche pas à te demander si le public a aimé ou pas.

Quand on joue un jour en collège et le lendemain en prison et après en concert en appartement, on ne va pas avoir le même public et les résonnances ne vont pas être les mêmes. Peut-être que dans un lieu, la rencontre sera belle et que dans un autre, ça ne va pas le faire. On est dans une société qui est morcelé. Doit-on penser ses œuvres en fonction des lieux ? Non. On doit créer.

Il y a des latitudes différentes dans tes chansons.

Oui, c’est pour ça que j’emploie le terme « secouer les pesanteurs ». Il y a parfois des gravités, parfois de la légèreté. Il faut créer des contres points de vue dans cette société. Je n’aime pas la lisibilité immédiate dans une œuvre. J’ai fait le choix de venir sur scène défendre un texte et je viens avec tout ce que je suis. On a besoin des arts pour nous permettre de voir différemment.

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Pendant l'interview...

Depuis que tu te consacres entièrement à ton projet artistique, en apprends-tu plus sur Makja l’artiste ?

Pour moi, je suis un jeune qui vient juste d’arriver. Je braque le présent pour le faire mien, je veux qu’il soit en ma possession. J’en découvre tous les jours un peu plus. Je travaille la voix, le corps, pour ne pas tous les jours ressortir la même chose.

Tu pourrais être un gourou, dis donc !

C’est pour cela que je veux travailler le contre point de vue. Il n’y a pas de parole d’évangile. J’arrive et je dis que moi-même je suis dans les questionnements, dans les errances.

Pour quelle raison participes-tu à des tremplins, comme tu l’as fait au Pic d’Or?

C’est pour braquer. Se montrer. Dire « Makja est là ». Je me considère un peu comme un compagnon du devoir, parce que je fais de l’artisanat. Avec mes musiciens, nous sommes des artisans du sensible et on travaille la matière. Alors, partout où je peux montrer notre travail, j’essaie. J’ai bien prévenu mes musiciens que nous pouvions venir que pour un morceau. Je leur ai dit : « est-ce qu’on y va ou pas ? Moi, j’ai envie d’y aller ! » On est venu et on vous a rencontré pendant un morceau.

Puis pour d’autres morceaux.

J’ai vu beaucoup d’artistes sensationnels, des artistes à voix, à texte, le niveau était très haut. Tu sais que mon slogan est « Si tu ne vas pas au maquis, Makja viendra à toi », le Pic d’Or a été une très bonne opportunité de rencontres.

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Makja reçoit le Prix du texte lors du Pic d'Or 2016.

Tu as reçu le Prix du texte, mais tu aurais mérité aussi celui de l’interprétation. Tu préfères quel prix ?

C’est une histoire de regard. Je vis avec ces deux facettes, l’interprète et l’auteur. Le regard s’est posé sur le prix du texte.

Il y a avait plusieurs regards.

Oui, c’est en tout cas un curseur qui s’est arrêté sur moi et qui aurait pu s’arrêter sur quelqu’un d’autre. Je sais que je suis interprète, mais c’est Flow qui a reçu le prix. Elle me touche beaucoup et c’était plus que mérité. Moi, je veux être reconnu par mon interprétation, mais ce qu’il se passe derrière un tremplin, ça ne me m’appartient plus. Je ne m’arrête plus sur des choses qui ne sont pas dans mes cordes.

recto.jpgSi je te dis que lorsque l’on écoute ton EP, on ressent moins la force de ton interprétation et de tes textes que lorsque l’on te voit sur scène, ça t’embête ?

Non, parce que tu as raison. Makja ça se vit. On est touché ou non, mais sur scène, ça ne laisse personne insensible. Moi, en studio, je suis une petite graine. En  concert, je suis stimulé par ce qu’il s’opère autour. On a réalisé cet EP il y a déjà un an et demi, j’ai déjà beaucoup évolué depuis. J’ai de plus en plus de mélodies, la voix prend de plus en plus de place par rapport aux arrangements. Cet EP, c’est une photographie d’un instant, d’une période de création. Je pense que le deuxième sera très fortement différent. Mon boulot sera de faire vivre ses interprétations aussi en studio. Je pense que ce qui arrive est assez prometteur.

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Après l'interview, le 29 juillet 2016.

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05 septembre 2013

Leïla Ssina : interview d'une chanteuse en devenir

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Je n’avais jamais entendu parler de Leïla Ssina avant que je ne la voie, à Tarbes, sur la scène du Pic d’Or 2013, alors que la jeune femme chante depuis quelques années déjà. Pour moi, c’était réellement une découverte. Les membres du jury de ce tremplin ont beaucoup apprécié ce qu’a dégagé cette chanteuse hors norme. À tel point qu’ils lui ont attribué le Prix d’interprétation (elle a reçu aussi le Prix ACP Manufacture Chanson). Et c’était mérité ! Leïla Ssina est donc venue à l’agence le 1er juillet dernier. Un peu timide, mais ayant la tête bien sur les épaules et pas la langue dans sa poche. J’aime beaucoup.

leïla ssina,interview,pic d'or,mandorBiographie officielle :

Leïla Ssina évolue dans un monde fou où Barbie tapine alors que les vaches se font interner et où le jeu de l’amour s’apparente plus à une partie de touché-coulé qu’à une promenade de santé. Et ne croyez pas que Leïla s’en satisfasse…

Comme elle respire, elle chante… Pour lutter, dénoncer et panser ses plaies aussi. De coups de griffes en coups du sort, de coups de gueule en coups de soleil, elle nous croque le tableau de sa vie et de son univers avec ses beautés et ses travers. Ses textes mêlés d’ironie et d’optimisme soulignent la seule posture possible face à ce monde marketé pour rester soi-même. Le rêve apporte du sens et Leïla interpelle notre vigilance pour rêver tout éveillé avec sa musique pop groove acide, mais nécessaire. Entourée de ces trois musiciens complices qui posent le cadre sans cesse en mouvement de cet univers de travers, Leila Ssina joue franc jeu avec une énergie brute et magnétique, à découvrir.

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leïla ssina,interview,pic d'or,mandorInterview :

Comment ton histoire d’amour avec la musique a-t-elle démarré ?

J’ai toujours adoré chanter depuis que je suis toute petite. Entre 15 et 20 ans, j’ai fait des chœurs et des refrains pour des groupes de rap. Ce n’était pas forcément ma « came » musicalement, mais ça me permettait de chanter. À un moment, j’ai eu de plus en plus envie de faire quelque chose de sérieux. Je me suis rendu compte que je ne parlais pas très bien le langage musical, donc j’ai intégré  ACP la Manufacture Chanson, il y a 10 ans maintenant.

On y apprend quoi ?

On apprend absolument tout de ce qu’il y a à savoir dans le métier de chanteur. L’écriture d’un texte, la composition, l’interprétation scénique. Le cursus à l’époque se passait en deux ans. La première année c’était le travail de création en groupe. Ils prennent 30 élèves en première année et on ne fait que des spectacles en groupe.

Un artiste est généralement un solitaire, ça ne doit pas être évident.

Ça ne l’est pas. Mais, en même temps, c’est indispensable. Même si un artiste est solo, il doit bosser avec une équipe. Déjà, il faut savoir avec qui on est capable de collaborer et avec qui ça ne sera pas du tout possible.

Ensuite, il y a la deuxième année.

Ils en gardent douze avec lesquels ils vont travailler sur le projet individuel de l’artiste. Il s’agit aussi d’affiner l’identité artistique du stagiaire. C’est super enrichissant.

As-tu su rapidement quelle direction tu souhaitais prendre dans la musique ?

C’était un peu compliqué parce que j’étais dans une école de chanson française plutôt traditionnelle. Je savais que je voulais chanter en français, mais ce n’était pas mon esthétique musicale personnelle. En français, j’ai plus écouté Nougaro et Jonasz, des gens qui groovent. Comme j’aime beaucoup ce qui groove, j’ai donc aussi beaucoup écouté de variétés internationales. Moi, je voulais faire un truc type variété internationale, mais chanter en français. J’espère y parvenir.

LGDM en live au Pic d'Or 2013.

Au Pic d’or, je t’ai vu chanter 3 chansons aux textes forts et qui délivraient des messages.

Je ne suis pas dans la revendication pure, je suis plutôt dans l’ironie. J’aime bien me moquer des incohérences de la société. Quitte à avoir la parole, autant raconter des choses intéressantes.

Prendre l’angle de l’ironie, voire du sarcasme, ça évite la démagogie finalement ?

Je fais super gaffe à ne pas devenir démago. J’ai toujours besoin de savoir si je suis crédible quand je chante une chanson parce que j’ai besoin d’assumer à 200% ce que je chante. Je fais donc écouter à des oreilles que je juge de confiance... mon comité d’écoute.

Il faut du talent pour écrire des chansons sociétales ironiques. Tu en as beaucoup.

Parfois, j’aimerais bien écrire des chansons plus légères, mais je n’y parviens pas trop. Je ne veux pas me faire enfermer dans le costume de la femme qui chante des chansons sarcastiques. Je n’écris pas toute seule… Pour diversifier ce que je raconte, j’ai besoin de me faire aider. Je commence toujours par quelque chose de très poétique pour tomber rapidement dans la gravité.

Pourquoi ?

Je trouve qu’on est dans une société malade et qu’il vaut mieux en parler à son échelle que s’en foutre.

"A payer" en live au Pic d'Or

Parfois, j’ai souri en t’écoutant chanter.

Ça me rassure parce que je préfère faire sourire que faire pleurer. Ce que je dis n’est pas marrant dans l’absolu, mais je n’ai pas envie que lorsqu’on écoute mon disque on ait envie de se pendre. Il y a dans mes propos aussi de l’optimisme.

Optimisme ? Ça ne me serait pas venu à l’idée de dire ça de ton œuvre.

Bon, fondamentalement non. Mais on met des musiques derrière un peu enthousiastes pour faire passer la pilule.

Un artiste doit-il forcément dénoncer ?

Pas obligatoirement. Je pense que chacun à sa cuisine, son fonds de commerce, son cheval de bataille. Il y a des artistes qui n’interprètent que des textes légers et que j’aime beaucoup. J’adore aussi les vieux Renaud. Je trouve qu’il a un sens de la formule incroyable.

Admires-tu des artistes français plus récents ?

Oui, sans hésitation, Clarika (mandorisée ici). Il n’y a rien à jeter dans ce qu’elle fait. Les textes, les mélodies, les orchestrations sont magnifiques. Et en plus, c’est une bête de scène.

leïla ssina,interview,pic d'or,mandorClarika a un Pygmalion, Jean-Jacques Nyssen. Toi aussi, tu en as un: Édouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent avec lequel tu as réalisé ton EP.

C’est hyper important d’avoir quelqu’un qui travaille avec toi. C’est un métier qui est hyper compliqué. Il faut énormément de temps, d’argent, de travail pour arriver à en faire quelque chose. Il est donc important d’avoir la base solide, en fait. Nous, au final, ce qui nous éclate le plus c’est de faire des chansons et les chanter. Et c’est important que cette combinaison fonctionne. Quoiqu’il se passe, que ça marche ou que ça ne marche pas, nous, on fera toujours des chansons.

Pour l’instant, il n’y a pas d’EP officiel. Mais vous y travaillez en ce moment.

Oui, on a même terminé. On va tenter une sortie numérique de l’EP avant la fin 2013 et une sortie physique au début 2014.

Ça permettra au public et aux professionnels de te découvrir réellement.

Oui, mais c’est dommage de devoir attendre un EP pour découvrir un artiste. Il n’y a plus de chercheurs de talents nouveaux. Des gens qui vont dans les petites salles à la découverte des jeunes qui promettent…

Je suis d’accord avec toi. C’est un métier qui n’existe plus.

Il n’y a plus de découvreur de talent. Personne n’écoute des artistes inconnus au bataillon, comme vous, vous avez pu le faire au Pic d’Or. Moi, je ne connaissais personne là-bas, juste Thierry Cadet, dont je savais qu’il n’était pas spécialement fan de ce que je faisais. En tant qu’artiste émergent, quand on va dans des conférences sur « comment développer son projet ? », c’est hyper décourageant parce que les professionnels nous disent : « n’envoyez pas vos CD, on n’écoute pas ! On en reçoit beaucoup trop ».

Ce n’est pas toujours vrai. Pour ma part, j’écoute tout, mais il ne faut pas être pressé. Et je fonctionne beaucoup au hasard des rencontres… comme ça a été le cas pour nous à Tarbes.  D’ailleurs, quand je t’ai vu, tu n’avais pas l’air d’avoir le trac là-bas.

C’est bien si tu as cru cela. J’essaie d’être complètement dans ce que je chante. Je rentre dans le texte. Il m’est arrivé d’être même complètement habitée. Ça m’évite d’être paralysée par le stress et le trac.

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Quand tu chantes, tu es habitée, c’est exactement ça. Du coup, là, je te vois dans l’exercice de l’interview et je te trouve sage, voire timide.

Mais, en vrai, je suis timide tendance extravertie. Là, on ne se connait pas vraiment, mais en général, je suis plutôt drôle en société.

Tes années rap, quand même, on les retrouve dans ton phrasé, ta façon de chanter, ton flow.

Je pense que ça m’a influencée, j’en écoute encore aujourd’hui. Il y a des projets hip-hop que j’aime beaucoup. Que je trouve sérieux et bien écrit. Je n’ai aucun problème avec le monde du rap.

Tu te donnes combien de temps pour réussir ta vie de chanteuse ?

5 ans. Je me donne 2 ans pour carburer et 5 ans pour voir où ça va me mener. Alors, je ferai un bilan.

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26 juillet 2013

Guillo : interview pour Super 8

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Guillo est un artiste dont j’avais beaucoup entendu parler, mais dont l’œuvre m’avait échappé. Je voyais son nom de-ci, de-là… j’entendais dire que l’homme écrivait bien et que son sens de la mélodie était remarquable.

Parfois, les évidences m’échappent, mais il m’arrive de les rattraper. 

Et c’est à Tarbes que l’évidence m’a sauté aux yeux.

Guillo était l’un des artistes présélectionnés pour le Pic d’Or 2013, tremplin dont je suis juré. J’ai eu un coup de foudre immédiat.

La voix, les textes et la musique, tout me parle chez Guillaume Galiana.

Quelques semaines après le Pic d’Or, je lui ai demandé de venir à l’agence, histoire que l’on fasse connaissance plus tranquillement. C’était le 20 juin dernier…

guillo,guillaume galiana,interview,pic d'or,super 8,mandorBiographie officielle, mais considérablement réduite…

Sur scène Guillo capte rapidement l'attention, on voit l'homme et on ne tarde pas à aimer l'artiste, auteur-compositeur-interprète à la plume sensible, doué pour la phrase et la mélodie. L'instant présent, les souvenirs que l'on partage et le quotidien qui nous frôle nourrissent ses chansons…En filigrane, les émotions défilent sur l'écran d'un univers teinté de nostalgie et de douceur.

Guillaume Galiana voit le jour en 1974. À 18 ans, il quitte Gonesse et s’installe dans les Landes avec la ferme intention de poursuivre ses études…Première guitare, premier groupe et premier prix d’interprétation lors d’un tremplin organisé à Pau par l’association AMPLI…

Il participe dès lors à l’aventure de plusieurs troupes en tant qu’interprète et officiera comme chanteur d’un groupe de bal pendant 7 ans...
En parallèle, il mène le projet Guillo qui connaitra plusieurs configurations scéniques et dont il reste à ce jour l’auteur-compositeur interprète.

Après quelques 250 concerts, il est sélectionné pour participer comme auteur aux 26èmes Rencontres d’Astaffort…Le Repérant à cette occasion, le Staff de Voix du Sud lui propose un accompagnement de 2 ans...

Devenu depuis intervenant pour Voix du Sud, Guillo anime aussi des ateliers de créations de chansons hors les murs ou dans les locaux de l'association à Astaffort.

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Interview :

Tu as commencé la musique à Gonesse, ville dans laquelle tu as passé ton enfance ?

Non, j’ai commencé à écrire des textes à 16 ans, mais je ne faisais pas de musique du tout à l’époque. J’avais essayé, mais sans succès. D’ailleurs, mes textes étaient plutôt des poèmes, je ne pensais pas du tout à faire des chansons. Je faisais ça parce que je baignais un peu dans un univers littéraire. Mon frère écrivait lui aussi, mon père était prof de français. Il y avait des livres partout à la maison. J’ai cette culture. J’ai même suivi un cursus littéraire jusqu’à aller en fac d’anglais à Pau. C’est là que tout à commencé.

C’est amusant parce qu’à Tarbes, Stéphane Rigot, le directeur du Théâtre des Nouveautés, et moi-même t’avons remis le Prix du texte au Pic d’Or 2013. Il y a une espèce de logique…

C’est pour ça que tu m’as vu hyper touché sur scène. Ce prix avait vraiment du sens pour moi. En Suisse, j’avais eu le prix du public, ça m’avait hyper touché aussi.

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(Photo: Nöt Pixbynot)

On reviendra au Pic d’Or tout à l’heure… Aujourd’hui, tu t’es installé dans les Landes.

Depuis tout petit, on avait une maison de vacances là-bas et c’est la maison dans laquelle j’habite aujourd’hui. Un jour, j’ai racheté cette maison à mes parents et à mes frères et sœurs et maintenant, j’y vis. Aujourd’hui encore, c’est le seul point de chute familial que nous avons qui nous rattache à notre passé.

Je crois savoir que tes parents sont pieds-noirs.

On n’a pas vraiment d’attaches, de racines ici en France, à part cette maison. Dans les Landes, je suis un enfant adoptif, pas natif. Je me sens quand même chez moi comme nulle part ailleurs.

Je récapitule, tu commences à écrire des textes à 16 ans, mais la musique, elle arrive quand ?

À 18 ans, j’arrive à Pau. Je m’inscris en fac, en DEUG d’anglais et je rencontre des types qui montent un groupe de blues et de rock et qui cherchent un chanteur. Avant, je n’avais jamais chanté, mais j’y découvre un plaisir immédiat. Petit à petit, je commence à présenter mes textes à ce groupe. Beaucoup en anglais au début. J’ai appris la culture rock grâce à eux, alors que moi j’écoutais de la chanson et de la variété.  

Tu écoutais quoi comme chanteurs français ?

Mon père écoutait Georges Brassens, Yves Duteil, ma sœur Cabrel et mon frère Téléphone, Van Halen, AC DC… donc, j’ai baigné dans ces deux univers-là. Aujourd’hui, j’aime toutes ces musiques. J’ai moi-même beaucoup écouté Goldman… j’étais fan. Lui, il a beaucoup joué dans mes inspirations.

Tu as ensuite enchaîné les groupes et joué dans des baloches pendant près de 10 ans.

C’est long, mais il me fallait ça pour apprendre le métier. C’est hyper formateur. Aujourd’hui j’apprécie de jouer une heure, une heure et demie mes chansons plutôt que de jouer 4 heures de reprises devant une foule fortement alcoolisée.

Ça permet d’apprendre à capter l’attention…

Tu apprends à être « frontman ». À aller chercher les gens dans des conditions parfois compliquées. Quand tu as fait ça, tu es prêt à faire n’importe quoi, même le pire.

guillo,guillaume galiana,interview,pic d'or,super 8,mandorTu as fait aussi pas mal de concerts à domicile.

La proximité est telle qu’on a intérêt à savoir communiquer. Je pense qu’il faut avoir un tempérament adapté à ça. Il y a des artistes que je connais qui me disent qu’ils seraient incapables de faire ça.

Y a-t-il eu un déclic ou un moment où tu as décidé de faire ce métier sérieusement ?

Quand j’ai considéré que j’avais quelques textes intéressants en poche, j’ai formé un duo avec un pote. Il s’appelait déjà Guillo. Mon premier groupe à Pau n’était pas encore séparé, d’ailleurs. Je menais les deux formations en parallèle. Je faisais mes petites maquettes, j’avais loué un studio pour faire des autoprods. C’est aussi à cette époque-là que j’ai rencontré mon manager Seb. Il est d’ailleurs toujours avec moi aujourd’hui. Je travaille avec lui en totale cohésion. Il est essentiel pour moi et pour le projet Guillo.

Est-ce que tu commences à savoir où tu veux aller musicalement ?

Oui, même si j’évolue constamment. Maintenant, je sais au moins ce que j’ai envie de faire ou de ne pas faire. Et surtout, aujourd’hui, j’ai appris à m’écouter. J’ai arrêté de me censurer. Je sais ce qui me plait dans les thèmes, dans le choix d’angle d’attaque. Je me fais plaisir à moi d’abord. J’ai juste envie de monter sur scène en croyant à mes chansons à 200%.

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Dans le Rock&Folk de juin 2013.

Tu me parlais de Cabrel… aujourd’hui, puisque tu vas souvent à Astaffort, tu le connais très bien. C’est curieux de connaître personnellement quelqu’un qu’on a beaucoup écouté ?

Il est hyper accessible et simple. J’ai fait 4 ou 5 dates avec lui en première partie sur sa dernière tournée. J’ai rencontré Aurélie, sa fille. Elle était stagiaire à Astaffort en même temps que moi. Sorti de ce stage, on a fondé un collectif et on s’est revu quelquefois, puis on a refait des résidences. Donc le lien s’est créé avec Aurélie. Elle m’a même fait rencontrer ma compagne d’aujourd’hui. Sans m’en apercevoir, le lien avec Astaffort et Cabrel s’est fait un peu insidieusement, mais ça me remplit de joie aujourd’hui. J’y retourne régulièrement. L’équipe de Voix du Sud  m’appelle pour les ateliers d’écriture avec les collégiens et pour les labos chansons, qui sont une espèce d’anti chambre des Rencontres d’Astaffort. On est là pour encadrer les gens qui viennent chercher des conseils.

Tu aimes communiquer ton savoir ?

Oui, mais transmettre n’est pas évident. Il faut se mettre dans la peau de celui à qui on demande des conseils et qui doit en prodiguer. Quand on rencontre les gens aux Labos chansons, on est clair dès le départ. Il y a des gens qui sont débutants, mais il y a aussi des gens qui commencent à avoir une bonne expérience. La frontière n’est souvent pas énorme entre eux et nous. Moi, je suis encore un artiste en développement. J’ai de l’expérience, mais on n’a jamais fini d’apprendre.

Guillo-Si j'étais Marty McFly (acoustique) from Guillo on Vimeo.

guillo,guillaume galiana,interview,pic d'or,super 8,mandorParlons de ce premier vrai album, Super 8,  qui vient de sortir…

On a fait deux autoprods avant ce disque, l’un en 2003, l’autre en 2008. C’était Guillo sous forme de groupe. Une chanteuse m’accompagnait. Je ne m’étais pas encore trouvé artistiquement. Ça partait un peu dans tous les sens. Tout ce qui était avant cet album, c’était du brouillon. Super 8, c’est le premier disque où j’ai un vrai fil conducteur.

Tu fêtes les 10 ans de Guillo, je remarque.

Il faut au moins 10 ans de pérégrinations et de remises en question pour commencer à se connaître et à savoir ce que l’on veut. Mon terrain à moi, c’est l’émotion et la sensibilité. Je suis bien à l’aise là dedans, j’ai envie de partager ça avec les gens. Je ne suis pas bon dans la chanson engagée.

Tu as essayé ?

Oui. Si j’arrive à parler de la société, c’est par un biais détourné. Je ne suis pas de l’école Saez ou des gens comme ça. Je n’écoute pas Saez, mais je l’admire quand même. Il est radical. J’ai tendance à apprécier les artistes qui sont à l’opposé de moi. Moi, je suis plutôt dans l’histoire personnelle, la petite histoire quotidienne.

Tu parles aussi du temps qui passe, de l’enfance. L’ambiance est mélancolique.

Peut-être qu’en racontant mes souvenirs, j’ai voulu aussi parler indirectement un peu de mes parents. Il y a deux trois allusions, notamment dans « Fais-moi danser » dans laquelle je parle d’une grand-mère qui a perdu la mémoire. Il y a une petite allusion à Alger. C’est le seul moment explicite de l’album où je fais référence à ça, mais à mon avis, c’est implicite dans beaucoup d’autres titres.

Tu tournes pas mal et ce depuis des années…

Oui, j’essaie de ne pas tourner en rond, du coup, je suis en tournée toute l’année.

Lors du Pic d'Or 2013, "Le chien de la fille" en acoustique (Lebert-Galiana).

La remise du Prix du texte à Guillo lors du Pic d'Or 2013 (par Stéphane Rigot et moi-même).

Puis-je te demander pourquoi tu as fait le tremplin du Pic d’Or, étant donné que tu es déjà dans un circuit fort honorable ?

Avec mon album qui vient de sortir, ça lui permet de le mettre en lumière. Surtout quand on repart avec un prix. Ça me permet aussi de faire des rencontres. Avec d’autres musiciens, d’autres chanteurs, des journalistes comme Thierry Cadet, Jean-Pierre Pasqualini et toi. Et puis, ça déclenche souvent des dates derrière. Tarbes, ça été trois jours superbes. Cela a été pour moi une expérience très très riche. C’est quasiment une ambiance festival avec un plateau d’une extraordinaire qualité.

Je crois d’ailleurs que tu vas travailler avec le gagnant du Pic d’Or de cette année, Askehoug.

On va bosser ensemble au mois de janvier, mais on le savait avant de se rencontrer à Tarbes. Du coup, sur place, on a bien sympathisé. Bordeaux chanson est une association qui organise à la fois des concerts à domicile et un festival. Chaque année, elle fait se réunir trois artistes dans un appartement et ils échangent leur répertoire. Il y aura donc Askehoug, Gérald Genty et moi. On va faire trois représentations à Bordeaux.

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12 juillet 2013

Simon Autain: interview pour son premier EP

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorJ’ai découvert Simon Autain au Pic d’Or de cette année. Je peux même dire, sans vexer personne (j’espère), que c’était ma plus belle découverte de cette édition. (Même si je connaissais la moitié des artistes sélectionnés, mais ça n’a rien à voir). Le jeune homme est arrivé sur scène, habillé en dandy d’un autre temps, puis s’est mis à jouer au piano. Puis à chanter. Pendant ce temps, je me suis mis à frissonner. Avec le public et avec la quasi-totalité de mes amis jurés. Une vraie claque ! Puis quand nous l’avons revu chanter une seconde chanson, on a tendu la joue gauche.

J’avais déjà écouté son EP reçu quelques semaines avant, mais l’effet n’avait pas été le même sur moi. Un Simon Autain, certes, ça s’écoute, mais surtout ça se regarde et ça se ressent. Et ça déclenche toutes sortes d’émotions.

Pour la petite histoire, Simon Autain est reparti bredouille du Pic d’Or. C’est à peine simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorcroyable. Un cas d’école. Largement favori lors de la demi-finale et de la finale, l’artiste nous a déçus lors de sa dernière prestation. Déception à la hauteur du choc qu’il nous avait procuré lors de ses deux premières prestations, du coup, nous avons été intraitables (et à mon sens parfaitement injustes. Je m’inclus, car je ne l’ai pas défendu non plus). Après coup, j’ai d’énormes remords. Il a fait deux mauvais choix de chansons lors de la finale (préférant interpréter des chansons personnelles et importantes pour lui plutôt que des chansons universelles et touchantes pour le public). Et il y a eu des remarques au public, disons… maladroites. Étant donné que certains autres artistes finalistes très talentueux sont allés, eux, crescendo dans la progression, le jury n’a plus su où placer Simon Autain.

L’artiste n’a pas non plus compris pourquoi il n'avait reçu aucun prix parmi les 5 proposés. Mais il a su très vite reprendre du poil de la bête et entendre avec humilité et intelligence ce que nous lui avons dit (chacun de nous il me semble).

Simon Autain, un mois plus tard (le 31 mai dernier) est passé me voir à l’agence. Et évidemment, nous avons notamment reparlé de sa mésaventure du Pic d’Or. Franche et diplomate explication entre l’artiste et l’un des jurés.

Biographie officielle (mais réarrangée et raccourcie) :

Originaire de Montpellier, Simon Autain passe son temps entre Poitiers et Paris. Quand il a découvert les Beach Boys, la pop est entrée dans sa vie et ne l’a plus lâché. Parce que les harmonies vocales, la beauté de la chose. Et l’histoire qui va avec. Une histoire de famille, de mort, qui lui inspira d’ailleurs un morceau, « Marina Del Rey ».

Mais avant, il y eut dix années de piano. Puis les premiers groupes, en tant que guitariste. Avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui : chanteur, auteur, compositeur, et, fait assez rare pour un aussi jeune artiste, arrangeur. Et très vite, naît cette envie de ne pas souffrir d’une étiquette. Simon ne sera ni chanson, ni pop, et privilégiera la simplicité des textes, qui n’est pas la facilité.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorEn studio avec Dominique Blanc-Francard (et Bénédicte Schmitt), Simon joue de (presque) tout, convoque quelques potes, quelques rencontres, et accouche de ce premier EP. Au détour de ces cinq titres, il raconte une belle histoire. On y croise des questionnements sur la mort, sur la véritable importance de l’Amour, du couple… La vie.

Ce premier EP, cette première déclaration, le place sur l’échiquier pop des futurs grands, des têtes à suivre. Un artiste singulier, une voix reconnaissable entre mille au service de textes mêlant le noir et le lumineux.

Notez le bien, il s’appelle Simon. Simon Autain.

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Interview:

Tu as 24 ans et tu as commencé à faire de la musique à l’âge de 9 ans. Plutôt précoce comme garçon.

Je pianotais tout seul à la maison et mes parents m’ont donc proposé de prendre des cours particuliers de piano classique avec une prof. J’y ai trouvé beaucoup d’intérêts. Je jouais tout le temps, ce qui me permettait d’avancer assez vite. Mais je travaillais très peu les cours. D’ailleurs, aujourd’hui, le solfège, je le lis super mal alors que j’en ai fait pendant 10 ans. J’en ai fait d’ailleurs malgré moi parce que je tentais les concours du conservatoire en candidat libre. J’apprenais mes morceaux, mais le solfège, ça m’a toujours gonflé. Je les apprenais plus en écoutant des CD.

Je crois savoir que tu étais en 5e quand tu as pris la décision nette et définitive de faire ce métier-là.

Oui. J’ai dit à mes parents que je voulais faire de la musique. J’ai ajouté que l’école me saoulait. Je voulais l’arrêter à 16 ans pour ne faire que de la musique, mais ils n’ont pas voulu. Pour faire plaisir à ma mère, il fallait au minimum que j’aie le bac.

Donc tu jouais parallèlement à l’école ?

J’ai joué en tant que guitariste dans des groupes forts différents les uns des autres. Certains très bourrins, assez metal. J’ai commencé à chanter dans un groupe folk de mon lycée qui était assez théâtral, complètement barjo, The Flower Dicks.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorDans ta bio, je lis que tu as découvert les Beach Boys à l’âge de 10 ans.

C’est vraiment le groupe de mon enfance. Mon père était un immense fan des Beach Boys. Il écoutait ça tout le temps. Même à Noël il mettait les disques de Noël des Beach Boys. J’écoutais ça avec mon frère, avec lequel j’avais une relation assez forte, du coup, ces histoires de frères résonnaient pas mal en nous.

Hormis les histoires qu’ils racontaient, leurs harmonies étaient fascinantes.

Évidemment. Et j’ai été très touché par l’histoire de Brian Wilson, qui était un vrai autiste. Il refusait parfois de partir en tournée, il refaisait toutes les voix des albums lui-même, il engueulait tout le monde parce qu’il n’était pas content…

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(Photo: Nöt Pixbynot)

Au Pic d’Or, le jury t’a trouvé bluffant et très mature lors de tes deux premières prestations.

À Tarbes, j’ai montré d’abord une facette de mon univers qui est très intime, assez premier degré, assez mélancolique, mais il n’y a pas que ça dans mon travail. Je pense que j’ai grillé mes cartouches très rapidement en chantant deux chansons qui me tenaient à cœur dès le départ. J’aurais dû les garder pour la finale et commencer avec des titres un peu plus légers. Et surtout, je ne peux pas passer d’un extrême à un autre extrême. Au Pic d’Or, j’aurais dû choisir juste une facette. En fait, j’ai trop cru en la victoire. Il ne faut jamais y croire et se battre. J’avoue qu’avant de rentrer sur scène, je me suis dit que ça allait le faire… j’ai pris des risques qui n’étaient pas nécessaires. C’est bizarre ma réaction, parce que ce n’est pas mon mode de fonctionnement habituel. Je ne suis pas un arriviste. Parfois, j’ai juste le goût du « ça passe ou ça casse ».

Mais, tu sais très bien que je suis allé te voir le premier soir pour te dire tout le bien que je pensais de toi. Je crois t’avoir influencé involontairement. Arnold Turboust m’a d’ailleurs gentiment remis dans le droit chemin à ce sujet… Je t’ai donné trop de confiance en te communiquant mon enthousiasme. Je le regrette profondément.

Ça a dû jouer, mais c’est à moi de contrôler ce genre de chose. Si tout le monde te dit « c’est génial !», il ne faut surtout finir par y croire. Sans devenir pour autant « artiste maudit » qui n’accepte pas les compliments. Il faut arriver à rester concentré. Rester dans le calme et ne pas bouger de sa sincérité. C’est difficile, mais ça fait partie du métier. Tu sais, on fait un boulot de risques dans lequel on doit surprendre les gens et se surprendre soi-même. Lors du Pic d’Or, je suis allé dans la provoc. J’ai mal joué mon truc parce que tout le monde a eu l’impression que j’agressais le public. Rien n’est jamais acquis, c’était donc une bonne leçon pour moi.

Il n’en reste pas moins que ta voix nous a fascinées.

Pour moi, c’est le plus important. En ce moment, je bosse avec deux potes sur mon album (qui devrait sortir en septembre). Comme ils ne viennent pas de la chanson, je leur répète souvent que là, on est dans les arrangements, on est dans le son, certes, mais que tout ça c’est du vent. On s’en fout. Le plus important, c’est la voix, il n’y a pas à tergiverser. Un mec comme Tom Waits, il peut chanter n’importe quoi, tu vois.

Tu joues beaucoup avec le public ?

Oui, j’adore ça. Je ne l’ai pas fait au Pic d’Or ou du moins, je ne l’ai pas bien fait. On ne peut pas faire la même chose sur la longueur d’un concert que sur un tremplin. Je n’avais pas encore l’expérience nécessaire pour le comprendre.

Le clip de "Le voyage en douce".

Je reviens à ton EP réalisé par Dominique Blanc-Francard. Une sacrée belle carte de visite !

C’est mon label qui m’a proposé Dominique Blanc-Francard et sa compagne Bénédicte Schmitt. Je n’étais quasiment jamais rentré en studio, à part pour des tout petits projets. Moi, j’ai toujours fait seul mes maquettes et mes arrangements. Et là, la démarche de studio m’angoissait terriblement. Je me suis retrouvé devant des gens adorables et compétents. 

Mais, tu ne renouvelles pas l’expérience pour ton album.

Humainement, c’était génial. J’ai eu une légère frustration au niveau du temps. C’est un studio qui coûte quand même cher, on ne peut pas prendre notre temps. Il faut constamment tracer et on arrive au mixage, on a plus que deux jours. Comme je suis un grand fan de post prod, quand je bosse tout seul, je prends énormément de temps pour tout bien placer. Je suis de plus en plus passionné par le son et ça me dérange de ne pas aboutir ce travail-là, car je le considère aussi important que le reste. Alors, je précise. Il y a la voix d’abord, comme nous le disions tout à l’heure, ensuite,  il y a, au même niveau, le texte et la chanson et le son et les arrangements. Je suis très pointilleux là-dessus.

C’est pour ça que tu bosses en ce moment avec des musiciens qui travaillent beaucoup dans l’électronique ?

Oui, avec ce genre musical, tu n’as pas toujours la compo, mais tu as toujours le son. Mais, ne t’inquiète pas, je ne suis pas en train d’enregistrer un album électro. Ça reste très acoustique. Il y a bien un ou deux synthés à droite à gauche mélangés à des cordes… Moi, j’adore chanter sur de la musique orchestrée. Il y a beaucoup de violons et par moment, c’est même grandiloquent, avec des envolées...

Mai 2013: Simon Autain prépare son premier album studio. Première étape, enregistrement des parties basse batterie au studio Soyuz de Paris.

Tu trouves que les choses bougent vite en ce moment pour toi ?

Si je veux que les choses aillent plus vite, il faut que ça vienne de moi. Attendre d’un label, c’est un peu une erreur. Si on attend de lui, on est frustré. Un label, c’est un plus. Les gens des labels ne peuvent pas penser à notre place, ils ne peuvent pas prendre des décisions artistiques à la place du principal concerné, l’artiste. Si on n’a pas envie de se sentir dépossédés par ses créations, il faut anticiper. Il faut dire : « Tiens, j’ai fait ma pochette, ça va ressembler à ça ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Elle est déjà faite… » Moi, je suis quelqu’un d’autonome. On n’est jamais mieux servi que par soi même…  Quand on a des idées et qu’on a envie, on va s’investir 10 fois plus que n’importe qui. Les gens qui passent deux heures sur mon projet et qui me conseillent, j’ai un peu de mal parce que moi, j’y ai passé un temps fou. Je suis accro à ça et c’est ma vie…

Tu ne décroches jamais de la musique ?

Je suis toujours dedans, en effet. Je compose, j’écris tout le temps.       

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Quand tu es en studio, tu sais que c’est bon ou tu as du mal à t’arrêter ?

Je suis un gourmand. Tant qu’on ne m’arrête pas, je ne m’arrête pas.

Comme Voulzy ?

Non, pas du tout parce que moi, je suis un fan des prises spontanées. Il y a beaucoup de sons que j’avais faits sur la maquette et que je garde. J’adore l’instantané. Voulzy, c’est tout sauf ça. Il est méticuleux, mais pour moi, il l’est trop. Du coup, il perd le côté spontané de la musique. Moi, j’m’en fous s’il y a du bruit, s’il y a un souffle dans ce qu’on enregistre. Si ça le fait, je garde. Je ne me pose pas trop de questions.

Outre ton album, tu bosses sur d’autres projets, dont un avec Benjamin Paulin (mandorisé là). 

Là, je bosse avec lui sur son disque. J’ai coécrit et co-composé la moitié des chansons… C’est un mec hyper talentueux, un vrai auteur.

Si je te dis que ce que tu fais me rappelle le meilleur de la variété des années 70 et 80. William Sheller, Julien Clerc, des gens comme ça, tu ne m’en veux pas ?

William Sheller, je suis très fan. Julien Clerc, il y a juste quelques chansons du début que j’aime vraiment. J’ai beaucoup écouté l’album intitulé N°7 et notamment une chanson qui est dingue « Souffrir par toi n’est pas souffrir » écrite par Étienne Roda-Gil. C’est une chanson magnifique.

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Bonus : L'interview de Simon Autain par HorsCène. Très complémentaire ce celle-ci...

05 décembre 2012

Manon Tanguy: interview pour "Faux semblants"

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Originaire de Saint-Nazaire, Manon Tanguy fait partie des artistes que j’ai découverts au Pic d’Or de l’année dernière. Son manager, Eddy Bonin, m’en avait parlé quelques semaines avant, mais je ne m’étais pas encore vraiment penché sur son cas. A tort. Quand je l’ai vu sur la scène du théâtre de Tarbes, elle m’a proprement fasciné. Ce petit bout de femme, dont la sensibilité sautait aux yeux, chantait des histoires pas faciles, mais qui touchaient toutes les personnes présentes dans le public. Sans exception. La gravité et la pureté sont rarement réunies dans la même personne.

manon tanguy,interview,pic d'or,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoPetite biographie de la jeune femme :

Manon raconte ses histoires, insouciante. Aucun plan de carrière, juste pour le plaisir.
Puis la magie Myspace opère sans qu'elle ne la provoque. Elle enregistre 2 titres avec un bassiste (Laurent Duflanc, dit Lolo), pour la compil RD5. Et une échéance, le 8 mai 2010 qui sera une vraie libération avec ses premiers pas sur la scène du VIP à Saint Nazaire.
Puis les choses s'accélèrent et le duo éphémère est devenu groupe à part entière. Les dates s'enchaînent et les professionnels ne tarissent pas d'éloges sur le talent de cette formation (guitare, basse, piano, ukulélé...). Manon livre en 2011 un CD 6 titres prometteurs, enregistrés chez Philippe Henry (Liz et Jeanne Cherhal, Orange Blossom...). En mai ils sont récompensés par le Prix de la Sacem via Chant' Appart avec le soutien du chanteur Jehan. La formation s'étoffera dans le courant de l'été avec l'arrivée d'une violoniste, Jenny Galvao.manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvao

Manon Tanguy a été finaliste du Pic d'Or 2012 à Tarbes et de France ô Folies ! Elle a joué en 1ères parties de Laurent Voulzy, Mina Tindle, Amélie les Crayons... et elle a été « repérage du Chantier des Francos ».

Le 22 novembre dernier, Manon Tanguy est venue à l’agence avec ses deux excellents musiciens, Laurent Duflanc et Jenny Galvao… et aussi avec Eddy Bonin, le manager de tout ce beau monde. Le soir même, ils jouaient au Sentier des Halles en co-plateau avec Garance et Govrache.

manon tanguy,interview,pic d'or,faux semblants,mandor,laurent duflanc,jenny galvaoInterview :

Comment te vient l’inspiration ?

C’est un mystère. J’ai l’impression que le fruit de mes réflexions arrive malgré moi. Parfois c’est le dictionnaire qui va décider de l’orientation que la chanson va prendre. Par exemple, je me suis retrouvée à écrire un texte sur la pédophilie. Il y a des mots qui me viennent et ça va me guider sans aucune barrière de thème et de style. C’est beaucoup mon inconscient qui parle. L’observation que j’ai pu faire dans mon entourage… sinon, petit à petit, je vis des choses qui peuvent m’inspirer. Je grandis, en fait, et mon inspiration se renouvelle de plus en plus en ce moment.

Dans ce premier EP, il est facile de considérer que tu interprètes des histoires personnelles. C’est facile de faire un transfert entre la chanson à la chanteuse.

Dans mon cas, c’est un tort. Ce ne sont pas mes histoires personnelles. En fait, il y a de tout. De ce que j’ai pu observer, de ce que j’ai pu vivre, de ce que j’ai pu entendre des expériences de mon entourage. C’est très personnel dans le regard et dans l’orientation, mais pas forcément dans le vécu des situations décrites.

Tu as des sujets de prédilection ?

Dans mes anciennes chansons, j’évoque les rapports humains et dresse des portraits de personnages. Cela étant, les prochaines ne seront pas conçues de la même manière et dans le même format. Elles sortent un peu de ce schéma-là.

Manon Tanguy chante "Faux Semblants" pour Quai Baco
Session acoustique enregistrée à La Bouche d'Air

Quand je t’ai vu chanter au Pic d’Or de l’année dernière, ce qui m’a impressionné, c’est que tout le monde est rentré illico dans ton univers. On plonge dedans. Tu captes l’attention. Tu remarques cela ?

Je ne me pose pas la question. (En aparté) J’aime bien les interviews parce que, du coup, je fais le point sur ce qui m’arrive. Pourtant, je me pose pas mal de questions, mais là, je ne sais pas quoi répondre parce que moi-même, je ne me rends pas compte de comment on me perçoit dans la salle. J’ai plus tendance à me dire que je ne suis pas à ma place et que je fais chier les gens. Mes premières scènes, j’avais 16 ans et demi. Au début, je prenais ça à la rigolade, mais je me suis vite rendu compte qu’il y  avait de la visibilité autour de ce projet. Il faut que je me montre à la hauteur. J’avais la hantise de passer pour une pourrie gâtée à qui on donnait trop, alors que finalement, il n’y avait pas de fond et que ce n’était pas justifié. En fait, je ne voulais pas voler la place de quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, je suis sorti un peu de ce processus.

C’est courant chez les très jeunes artistes. Tu as eu problème de légitimité.

Oui, parce qu’en plus,  je ne suis rien allée chercher. Ce rêve, je ne l’ai pas particulièrement souhaitée, mais il me tombe dessus et j’en suis super heureuse. Petit à petit, j’apprends à me dire que je n’ai pas volé ma place.

Comment ton entourage prend-il ta vie d’artiste ? Cette double vie en somme, puisque tu es étudiante.

On n’en parle pas beaucoup. Un peu quand j’ai un évènement particulier et puis on passe à autre chose. La chanson, c’est mon quotidien, mon plaisir, mon exutoire. C’est comme quelqu’un qui prendrait des cours de danse le mercredi après-midi. Après, si on m’enlevait cette partie-là de ma vie, je me sentirais perdue.

Manon, finaliste du Pic d'Or 2012.

Récemment, tu as fait plein de premières parties sympathiques. Laurent Voulzy, Amélie-les-Crayons, Mina Tindle…

Laurent Voulzy, j’ai un peu halluciné quand même. En plus, on est toujours reçu par des gens hyper chaleureux. Je trouve dingue que les petites chansons que j’ai écrites dans ma chambre se retrouvent interprétées devant des milliers de personnes.

Tu es dans un état d’esprit à faire ce métier ad vitam aeternam ?

Forcément, si on te demande : est-ce que tu veux vivre un rêve toute ta vie ? Tu réponds oui. Après, dans ma tête, je t’avoue que j’ai du mal à me projeter plus loin que dans un an. J’admire ceux qui disent : « ça dépend de moi, je vais prendre les choses à bras le corps et j’y arriverai ». Je réalise tout ce qu’il se passe, je ne suis pas totalement naïve, mais pour le moment, il est vrai que je me laisse porter par les autres, ceux qui croient en moi dans ce domaine. En fait, je suis un peu dépassée.

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en concert...

Ce que je trouve impressionnant chez toi, c’est la différence entre ton jeune âge et la profondeur de tes chansons. Il y a une gravité chez toi, énorme.

Parfois, on me dit même que j’ai dû avoir une enfance dramatique.  J’ai eu une enfance équilibrée. Juste, tout le monde à ses souffrances. Si ce ne sont pas les siennes, il peut les observer chez ses autres, ses proches, ses intimes…  Mais pour être tout à fait franche, moi aussi, je m’étonne parfois de ce que j’écris. Je ne vais pas jusqu’à dire que c’est une écriture divine, pas du tout, mais je ne comprends pas comment vient mon inspiration. J’ai quand même l’impression que si mes chansons ne sont pas crues, elles seront fades. Mais, tu sais, j’essaie toujours de garder un peu de dérision, même si on ne la voit pas spontanément. Si on fait attention aux textes, je t’assure qu’il y en a.

Ce qui est certain, en tout cas, c’est que tu n’aimes pas ce qui est lisse.

C’est une question de personnalité, je crois. Il y a des gens qui arrivent très bien à vivre en surface, mais moi, je gratte toujours. Et derrière c’est souvent noir.

Je vais faire de la psychanalyse de comptoir. Tes chansons, c’est peut-être la face noire de ta personnalité… celle que tu ne montres pas au public.

Et celle que je ne connais pas moi-même.

Tu m’as l’air pudique et pourtant tu montes sur scène livrer tes chansons à un public.

Tant que c’est sincère, ça s’impose à moi. Je comprends que les gens, quand ils vont voir des concerts, ont envie de faire la fête. S’ils prennent mal mes chansons parce qu’elles ne sont pas très joyeuses, je l’accepterai, mais, je ne me sentirais pas mal dans le sens où j’aurais fait ce que je sais faire et ce que je peux faire. J’aurais fait ce que je suis plus que ce que je veux faire.

(En souriant) Laisse-moi réfléchir à ce que tu viens de me dire.

(Rire) Bon, je résume. Il y a une phrase de Barbara Carlotti qui m’a marqué : « On ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce qu’on est ».

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Manon Tanguy, Jenny Galvao et Laurent Duflanc en répétition...

Je t’ai connu en Manon, te voilà Manon Tanguy.

C’est le nom de famille de ma mère. Mon nom de famille c’est Claude, mais ça faisait trop madame Claude, ce n’était pas possible (rire).  Sérieusement, j’ai pris un nom après mon prénom pour les recherches internet. Ce n’était pas pratique d’arriver à tomber sur moi en tapant mon nom sur Google. J’avoue que c’est Eddy Bonin, mon manager qui s’est occupé de ça. Moi, j’avoue, je n’y avais pas pensé. J’ai vraiment besoin d’aide pour ce qui ne concerne pas la chanson. Chacun à se place.

Bon, ton EP il est bien joli, mais à quand un album ?

Il est en préparation et en réflexion…  Il y aura des chansons de l’EP, pas toutes, et évidemment des nouvelles. Depuis septembre, on a déjà trois nouvelles chansons. Je ne veux plus prendre des angles tragiques. Je ne veux pas mentir sur les humains. Les humains ont des blessures ouvertes, mais en même temps, c’est ce qui fait qu’ils ont une énergie pour faire autre chose, c’est ce qui fait qu’ils ont pris ce chemin-là et pas un autre et qu’ils sont riches. Au fond, je ne trouve pas mes histoires tragiques... c’est simplement la vie.

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13 octobre 2012

Laetikèt : interview pour l'EP Super 8

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J’ai rencontré et vu évoluer sur scène Laetikèt pour la première fois au Pic d’Or de cette année. Mais je connaissais son existence d’artiste. Je savais qu’elle évoluait dans la région de Limoges et qu’elle chantait ses propres ballades avec une sensibilité proche de ce que j’aime dans la chanson. J’ai profité d’un de ses passages parisiens, pour la convier à l’agence. Le 28 septembre dernier, elle arrive toute bronzée et radieuse.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorAvant de lire l’interview, voici sa biographie officielle.

« Multi-instrumentaliste (Percussionniste, accordéoniste, guitariste), sa voix accompagne avec merveille tous ces instruments sur scène dans un one woman band show sensuel, à la fois décapant énergique et fragile. C’est avec des textes ciselés que Laetikèt, entremêle les doutes, la peur, la rage de l’impuissance face à la fatalité. Un climat aérien nous tient également sur ces titres comme un fil sur lequel on se ballade funambule dans ce bel univers. Elle a fait la première partie de partagé le plateau France Bleu du Printemps de Bourges 2009 avec Tiken Jah Fakoly et Daniel Darc. Laetikèt a remporté le 3e prix du trophée France Bleu de la Truffe de Périgueux en août 2008. Finaliste du Pic d'Or de Tarbes en 2011, on a pu la croiser sur des premières parties de Madjo, les Popopopo's, les Bombes de Bal ou encore Jacques Higelin. Sélectionnée pour les Voix du Sud (Francis Cabrel), l’artiste revient desRencontres d’Astaffort. »

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laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorInterview :

Après un premier album en 2010, Pipoland, tu sors un EP, Super 8.

J’aime bien la démarche de sortir un EP. Je trouve que c’est une bonne solution d’en faire plus régulièrement, plutôt que de sortir un album tous les trois ans.

En même temps, ton EP a 6 titres. À 4 près, tu aurais pu sortir un album, finalement.

Je me suis fait la réflexion aussi (rires). Les 4, du coup, je me les garde pour la scène.

Ça fait 6 ans que tu fais ce métier, tu n’es donc pas précisément une débutante.

Grosso modo, j’ai toujours fait de la musique. Sur la région de Limoges, j’ai joué comme batteuse dans des groupes de rock. Mes deux instruments de prédilection sont la batterie et l’accordéon. La guitare est venue bien après, juste pour m’accompagner. D’ailleurs, c’est cet instrument qui a été le déclic. À partir du moment où j’ai su en jouer, l’écriture est arrivée dans ma vie. Ça m’a débloqué complètement.

Ton répertoire à toi tend vers une pop folk.

Contrairement à mon passé musical plus tonitruant, j’aime bien ce qui est feutré, plus doux et simple.

Il faut avoir la foi en soi pour être artiste aujourd’hui, non ?

Il faut y croire. Les moments où je n’y crois plus, je me pose un moment et, irrémédiablement, ça revient après. Ce métier, c’est une bataille, mais c’est aussi un défi avec soi-même. Il faut garder une constance malgré les passages à vide. Tu sais, à côté, je suis musicothérapeute. J’interviens dans les établissements spécialisés avec des adultes et des enfants handicapés, des personnes âgées  atteintes de la maladie d’Alzheimer. Je travaille en lien avec des psychologues et toute l’équipe paramédicale. J’apporte le côté artistique dans un protocole de soin. Je joue de l’accordéon, je chante et je les fais participer.

laetikèt,super 8,interview,pic d'or,pipoland,mandorC’est passionnant, mais ce doit être quelque chose d’éprouvant, non ?

Moi, ça me fait un bien fou. Si je ne fais que de la scène, je ne me sens pas utile. Quand je suis avec ces personnes « emmurées » avec eux-mêmes, à la fin de la journée, je sens qu’il s’est passé quelque chose. Ça me permet aussi de relativiser beaucoup les difficultés de mon métier.

Cette partie-là de ta vie, modifie-t-elle ta perception de l’être humain, du monde et donc, est-ce que cela t’incite à écrire ce que tu vois autour de toi ?

Même si je suis confrontée à la souffrance, je ne pense pas que ça influe vraiment. J’écris plutôt des tranches de vie. Mes chansons ne sont généralement pas autobiographiques.

Jamais ?

Il est difficile de faire abstraction de la part de soi, mais j’essaie de ne pas trop me regarder le nombril dans mes chansons. Je veux aller vers quelque chose de plus large que le « moi je »,  « moi je »…

Dans ton répertoire, j’aime ce côté sombre et ironique matinée d’une pincée d’espoir.

C’est toujours sur un fil. Je n’arrive pas à écrire des chansons si je ne suis pas dans la tourmente. Quand je vais bien, je vis. Je me sers de la tourmente pour libérer un peu mon mal-être momentané et mes doutes éventuels.

Les journalistes ont le défaut de vouloir comparer les nouveaux artistes avec des artistes plus connus, pour situer un peu. Avec toi, je n’ai pas trouvé la moindre ressemblance.

On me dit souvent que ma voix et mes textes font penser à la chanteuse Rose. J’aime bien cette artiste, mais honnêtement, je ne trouve aucune ressemblance.

Tu écoutais quoi, dans ta prime jeunesse ?

Santana, Police, Sting, les Beatles et aussi Cabrel.

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Laetikèt avec maître Cabrel lors des 35e Rencontres d'Astaffort.

En parlant de Cabrel, tu as participé en avril dernier aux 35e Rencontres d’Astaffort.

Oui, c’était une superbe expérience, mais bien perturbante. Quand tu te retrouves à 15 avec des gens que tu ne connais pas ayant, de surcroit, des univers complètement différents, ce n’est pas évident. Moi, j’ai l’habitude de la solitude dans la création. Là, on se retrouve nue devant tout le monde. Je n’arrivais pas à me livrer comme ça. Petit à petit, au fil des jours, je me suis aperçue que j’étais vraiment faite pour bosser seule (rires). Plus sérieusement, il y a eu de belles rencontres et j’ai rencontré des gens avec lesquels j’avais plus d’affinité que d’autres. J’ai appris des choses sur la manière de composer, avec des structures très théoriques.

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Laetikèt avec Jeanne Cherhal (marraine des 35e Rencontres d'Astaffort), en plein cours.

Chanter, c’est un acte impudique ?

Tu trouves ?

Je ne sais pas. Je ne suis pas chanteur. Mais, c’est ce qu’on me dit souvent.

Oui, c’est vrai. Il y a ce côté-là où on est à poil. C’est plus livrer les textes que chanter qui est impudique. Le tout, c’est porter la pudeur correctement.

Il paraît aussi que c’est épuisant de tenter de se faire connaître.

Tout dépend ce que tu attends comme reconnaissance. Moi, je veux juste vivre de ma musique et pouvoir chanter dans de bonnes conditions, avoir les moyens de présenter de beaux spectacles. Je vais avoir une résidence au mois de janvier 2013 et je vais bosser avec l’ancien metteur en scène de La Grande Sophie. L’idée est d’être fière de ce que je veux présenter sur scène dans les mois prochains.

Tu fais parfois des concerts à domicile et des concerts IDTGV.

Oui. Premièrement, c’est vraiment très agréable à faire, les gens sont sympathiques et très à l’écoute. Deuxièmement, on écoule beaucoup d’albums, ce qui n’est pas négligeable.

Tu donnes aussi des cours de batterie, de percussions.

Oui, je gagne ma vie ainsi, et avec les ateliers de musicothérapie dont nous parlions tout à l’heure, je m’en sors. De toute manière, je n’aime pas faire qu’une seule chose. Tu vois, je mène ma barque, avec toujours la musique en toile de fond.

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08 septembre 2012

Pierrot Panse : interview pour Façon de panser

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Voilà encore un artiste repéré lors de ma participation au Pic d’Or 2012 en tant que jury. Pierrot Panse et ses deux excellents musiciens ont conquis les amateurs de bonnes chansons dites « traditionnelles ». Je n’y suis pas insensible non plus. Le 31 aout dernier, j’ai demandé à ce très sympathique artiste de venir à l’agence pour que j’en sache un peu plus sur lui.

pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'orBio (officielle) :

"...Pierrot panse, c’est la chanson à vif, celle qui raconte, sans fioritures, sans gros souliers.
En novembre 2010, il sort son 1er album, “Façon de panser”.
Des bouts de vie qui s’empilent, qui se cassent la gueule, on ramasse tout et on recommence ; ça rit, ça pleure, ça rêve, ça grince des dents… c’est bizarrement foutu un être humain !

Pierrot se cogne à la vie ! Mais si certains y laissent des plumes, lui les attrape au vol, et au détour d’un mot, d’une mélodie, remèdes à tous les maux, Pierrot panse les blessures et apaise les tourments. Ses chansons sont comme des caresses, on est là, on les écoute, on ferme les yeux et on se sent bien. Pourtant Pierrot, entier, nous livre aussi ses colères et ses déboires les plus embarrassants, le tout avec une proximité déconcertante. Des textes sincères, tantôt touchants, tantôt drôles et toujours une musique judicieusement choisie..."

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pierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'orInterview :

Pierrot Panse est composé de toi, Guillaume Ougier (guitare/chant/compo/texte), Sofia Miguélez (accordéon/chœurs) et Édouard Heilbronn (Basse). Pierrot Panse, c’est un chanteur accompagné de musiciens ou un groupe ?

Pierrot Panse laisse imaginer un nom de groupe ou un nom de chanteur. Tout le monde pense que c’est mon vrai nom. Le pseudo que j’ai choisi est un verbe. C’est un projet que j’ai commencé seul, après petit à petit, j’ai rencontré des musiciens et j’ai eu envie de partager ça avec du monde. Je me rends compte que, du coup, on est souvent considéré comme un groupe, alors que c’est mon projet. Juste, je suis entouré des deux mêmes musiciens. Ils me sont essentiels. J’aime beaucoup ce côté qu’un groupe peut avoir dans ce qu’il partage.

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C’est un album qu’il faut écouter attentivement. J’y ai trouvé quelques références, principalement, du Mano Solo.

Je ne m’en cache pas, c’est l’artiste qui m’a donné envie de chanter. On n’a pas la même voix, mais ce rapprochement que l’on fait doit avoir un rapport avec la manière dont je la pose.  L’intonation aussi est proche, ce vibrato chevrotant, je l’ai quand même pas mal atténué par rapport à mes débuts. Cela étant, je n’ai pas le sentiment de faire du Mano Solo. Je peux même te dire que je suis en train de m’en détacher et de trouver ma voix personnelle.

Tes autres influences ne sont pas françaises d’ailleurs ?

Adolescent, j’écoutais les Pink Floyd à fond. Ça se sent chez moi dans les intros de mes chansons qui sont parfois très longues. D’ailleurs, le deuxième album va sonner plus électrique dans les ambiances. Il y a un autre groupe que j’aime beaucoup, c’est Radiohead. Ils font de l’électrique intelligent, pas de l’électrique bourrin. Je pioche un peu des autres, je l’avoue, pour faire une musique à moi. Mais, tu sais, on fait tous cela, consciemment ou inconsciemment.

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Tu penses déjà au deuxième album, donc.

J’ai écrit beaucoup de chansons pendant une période, aujourd’hui j’essaie de voir ce que je peux vivre encore pour alimenter d’autres textes. Même musicalement, il faut que je raccroche mon wagon à ce que je ressens aujourd’hui.

Sur scène, tu sens aussi qu’il faut que tu évolues ?

Chanter et jouer en même temps un instrument, ce n’est pas pareil que chanter en ne faisant qu’interpréter sa chanson sans se soucier d’autres choses. Parfois, je me sens coincé derrière ça et en même temps, jouer un instrument, ça peut servir de carapace. Moi, sinon, je ne sais pas trop quoi faire de mes mains. Il n’est pas impossible que je joue de moins en moins de guitare pour n’interpréter mes chansons qu’avec mon corps. Sur scène, il faut que j’apprenne à bouger un peu plus.

Dans la vie, tu as beaucoup d’humour et tu es un peu pince-sans-rire. On le remarque peupierrot panse,façon de panser,interview,mandor,pic d'or dans tes chansons.

Il y a des touches ponctuelles, mais ce n’est effectivement pas ce qui domine. Ce que je vais te dire va te paraître paradoxal, mais j’adore faire rire les gens sur scène, entre les morceaux. En même temps dans l’art, ce n’est pas ce que je privilégie. Pour moi, un bon film n’est pas un film dans lequel je vais me marrer. Ce sont plus des choses qui me prennent aux tripes. Je ne fais pas du Oldelaf, même si j’apprécie réellement son talent. « La tristitude », je l’ai regardé et écouté 1000 fois et je trouve ça super drôle, mais, je n’envisage pas la chanson de cette manière. Même dans mes chansons plus légères, comme « Le mal de l’air » qui parle juste d’un vieux con acariâtre, il y a quand même du fond derrière. Il y a toujours des doubles sens dans mes chansons qu’on ne perçoit pas à la première écoute. Ensuite, chacun intègre une chanson avec son interprétation, c’est normal. 

Dans « Pas si loin », tu expliques que pour que la vie te soit favorable, il faut sourire à la vie.

C’est surtout pour dire que l’on provoque un peu le bonheur, je crois. En fait, je suis tout sauf fataliste. C’est là aussi que je peux me retrouver dans les chansons de Mano Solo. Il chantait parfois des chansons dures, de part la vie qu’il avait et de ce qu’il observait, mais il y avait toujours une rage de vivre, un espoir. C’était un combattant, comme il disait.

On te voit moins sur scène en ce moment… je crois savoir que c’est délibéré.

J’en ai fait beaucoup. J’ai fait la majeure partie des bistrots de Paris. C’est assez facile de trouver des dates. Mais, depuis quelque temps j’ai une ambition folle : jouer dans des lieux où les gens t’écoutent vraiment. Dans me répertoire, c’est indispensable d’écouter le texte. En ce moment, je suis donc beaucoup moins présent sur scène, mais au moins, désormais, il y a un respect et une considération dans ce que je fais.

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06 juin 2012

Donoré : interview pour "Je viens à toi" et son concert aux "Trois Baudets"

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donoré,je viens à toi,les trois baudets,interview,pic d'orDonoré, je connaissais son existence. Nous étions, je ne sais pas par quel hasard, « amis Facebook ». Je suivais donc son actualité, regardais ses vidéos, écoutais ses chansons au fur et à mesure qu’il les publiait. Je suis curieux, je n’y peux rien. J’aimais bien, mais son côté « beau gosse » romantique freinait mon enthousiasme. (Les gens qui ont tout pour eux sont énervants, non ?)

À bien écouter ses textes, j’avais tout de même constaté que ses chansons d’amour étaient loin d’être insipides. Sa parolière Marie-Florence Gros (auteure d’un roman qui m’avait beaucoup plu), sait y faire. Quand il écrit lui-même, Donoré aussi (sait y faire). Mine de rien, chez eux, l’amour ne rime pas avec facile, mais plutôt avec transgressif. Juste, il faut tendre l’oreille et écouter réellement le propos.

Et puis, je l’ai retrouvé physiquement il y a deux semaines, à Tarbes, lors du concours du Pic d’Or (je vous ai dit que j’étais juré de ce tremplin ?). J’ai donc eu l’occasion de voir le jeune homme sur scène, mais je n’ai pas eu le temps de beaucoup discuter avec lui.

Comme il sera aux Trois Baudets ce samedi (9 juin 2012), de retour à Paris, je lui ai demandé de me rejoindre à l’agence pour une interview express.

Ainsi fut fait, ce lundi 4 juin. Avant tout, présentons l’artiste.

donoré,je viens à toi,les trois baudets,interview,pic d'orBiographie officielle :

Né à Grenoble en 1978, Donoré s’initie au piano à 6 ans avant de découvrir la guitare acoustique à 13 ans. C’est une révélation et  il officie alors dans plusieurs groupes de reprise et gagne sa vie d'étudiant en dispensant ses talents dans toutes sortes d’événements. Influencé par  Renaud, Cabrel, Goldman, Clapton et Kravitz, il compose dès 1995 ses premières mélodies. Lauréat du trophée National Serge Gainsbourg en 2003, il se concentre alors davantage sur ses compositions. Ses passages remarqués au Festival International de Louisiane (USA) ou lors des premières parties de Maxime Le Forestier ou d'Enzo Enzo lui ont permis de construire et d'affiner un univers singulier, teinté d'influences pop et folk. Après un premier CD produit en 2007 et une tournée de plus de 30 dates (dont un Réservoir sold out), Donoré sort son premier album en France intitulé Je viens à toi au printemps 2010 où il partage ses histoires avec finesse et élégance en explorant les tourments de l’amour et de l’âme.

Donoré chez Noomiz.

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Interview :

Nous nous sommes croisés à Tarbes, lors du Pic d’or. Ce genre de tremplin de chanson française  apporte-t-il quelque chose à un chanteur en « développement » ?

Oui, d’abord une ligne de plus non négligeable sur un CV si tu gagnes et puis la possibilité d’être vu par des gens du métier, comme par des responsables de festivals, par exemple. Tu ne t’imagines même pas la difficulté qu’ont les jeunes de ma génération pour se faire remarquer…

Si, je m’imagine très bien. Toi, tu commences à te faire remarquer justement. Tu as joué dans différentes villes françaises et rempli de nombreuses salles parisiennes, seul ou avec tes musiciens, dont le Sentier des Halles, la Favela Chic, le Théâtre de l'Archipel, le Théâtre de la Reine Blanche, l'Alliance Française de Paris, l’Européen...

C’est un long cheminement. J’ai un petit public qui me suit et qui m’est plutôt fidèle. Et puis, j’ai un producteur plutôt réputé et doué, Gérard Drouot. Il s’est beaucoup impliqué dans la fin de la production de l’album. Je l’ai sorti le premier juin 2010, le 8 juin, j’ai fait l’Européen et le 15, la première partie de Michael Bolton à l’Olympia.

Je viens à toi (show case FNAC Strasbourg).

Plus là pour toi (show case Fnac Strasbourg)

Tu as fait beaucoup de concerts acoustiques dans les FNAC et dans les IDTGV (environ 140) et pas mal de concerts à domicile…

J’en ai fait une quinzaine l’année dernière. Mine de rien, on peut vite se retrouver à 120 personnes dans un jardin. Je fais une heure et quart de vrai concert et l’ambiance est chaleureuse et conviviale. En tant que musicien, c’est très intéressant pour moi puisqu’il y a un cachet et je peux vendre mes disques sur place. Le plus important, c’est que ce sont de vraies rencontres. Et puis, je ne te cache pas que ça a intéressé les médias. Dès que l’on sort du circuit et du système traditionnel, les médias aiment bien.

Ce sont des chansons d’amour, à priori, mais pas que.

La teneur générale de l’album est un peu nostalgique, voire mélancolique. Ce sont des chansons autobiographiques sur des relations que j’ai pu avoir. J’évoque la jalousie, l’incompréhension, l’incommunicabilité… j’essaie d’emmener un regard distancié et décalé par rapport à des choses qui peuvent être parfois dramatiques. Ce ne sont pas des chansons mièvres.

Clip officiel de Histoire Banale.

Lonely Blues (New York acoustic version filmé et réalisé par Olivier Camandone).

Ta musique, c’est de la pop folk acoustique. On peut dire ça ?

Oui, exactement, pour le moment, en effet, à tonalité acoustique. Il n’y pas de batterie, il y a de la percussion. Pour moi, une bonne chanson, c’est uniquement quand elle sonne parfaitement en guitare voix ou piano voix. Là, je réfléchis à mon prochain album. Ce dont je suis certain, c’est que les chansons seront plus pop encore, plus « rentre dedans » et il y a aura moins de balades mélancoliques. J’aimerais bien avoir un côté plus Springsteen.

Tu as participé aux rencontres d’Astaffort. Qu’en retiens-tu ?

Deux fois par an, 15 auteurs compositeurs se retrouvent là-bas. Quand j’y ai participé, c’était les 35e rencontres. Cabrel les a créés parce que, pendant longtemps, il s’est retrouvé devant des gens qui lui demandaient ce qu’il pensait de leurs chansons. Comme il ne pouvait pas répondre individuellement à tout le monde, il a décidé d’organiser ces Rencontres. Chaque artiste est confronté aux autres et peut ainsi comprendre ses forces et ses faiblesses sur l’écriture, les compositions et l’interprétation. Il y a un système d’équipe de composition, cela permet de sortir de la solitude de l’artiste que Cabrel a du/pu ressentir.

Mais, toi, ça t’a apporté quoi ?

C’est intéressant de voir comment fonctionnent les autres. Au départ, c’est hyper déstabilisant. Cabrel nous sélectionne parce que l’on sait tous composer des chansons, par contre, on n’a pas tous les mêmes méthodes ni la même productivité, encore moins des styles similaires.

Tu as grandi en écoutant quoi ?

Renaud, Goldman et Cabrel…J’ai appris la guitare en écoutant Cabrel, « Je l’aime à mourir » par exemple… c’est dire si Astaffort, c’était important pour moi. Il était là tous les jours. Il m’a dit deux trois trucs par rapport aux paroles de mes chansons.

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C’est difficile de trouver son propre style?

C’est sûr qu’il faut trouver sa couleur, sa voie et sa voix. Je connais toutes les chansons de ces artistes, il faut s’en détacher.

Quel est le plus difficile à gérer dans ce métier ?

L’indifférence. Pas de oui, pas de non, pas d’écoute, pas de réponse. C’est frustrant quand tu mets tout ton cœur dans ce que tu défends et que tes chansons ne sont pas écoutées.

Tu joues samedi aux Trois Baudets. C’est une date importante pour toi ?

C’est une date d’entre-deux. Je ne suis pas sur une sortie d’album, mais par contre, je vais tester des nouvelles chansons et présenter le son que je souhaite mettre en avant dans le prochain album. J’aurais 5 musiciens et je te garantis que ce sera très musclé.

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Voici deux dernières vidéos: D'abord, le passage de Donoré à Ce soir où jamais en juin 2010.

Et on finit avec un ancien CD'Aujourd'hui (émission que je connais bien...) le concernant. Il date du 21 juin 2010 (jour précis de la Fête de la Musique).