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15 avril 2014

Philippe Delerm : interview pour Elle marchait sur un fil

philippe delerm, elle marchait sur un fil

philippe delerm,elle marchait sur un filPhilippe Delerm nous avait habitués à des textes courts, ciselés, à des instantanés de la vie. Avec Elle marchait sur un fil (éd. Seuil), il change de cadre et nous propose un roman long.L’auteur suit le parcours de Marie, quittée par son mari, âgée d'une cinquantaine d'années, attachée de presse dans le milieu littéraire. Elle se réfugie en Bretagne pour se re-figurer sa vie autrement.Elle en profite pour renouer avec une passion ancienne pour le théâtre, s'offrir la liberté de plaquer son travail pour aller au bout de son désir et encaisser l'incompréhension de son fils. Philippe Delerm regarde ses personnages avec beaucoup d'humanité, de compréhension, sans jugement. Il nous offre là une vue plongeante sur les grands moments de vide, de doute, et de rêve qui font une vie d'adultes, mais aussi un regard sur la société, quelques vérités sur le milieu littéraire et le monde du théâtre. Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc, le 18 mars dernier, nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar de la capitale. (Ce n’était pas notre première interview…)

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philippe delerm,elle marchait sur un filPetit plus mandorien…

Votre fils, Vincent, s’il est chanteur, a aussi un don prononcé du théâtre.

En effet, son spectacle précédent, Memory, était très théâtralisé. Vincent a commencé sa carrière par le théâtre et je suis obligé de constater qu’il a un don de cet art que je n’ai pas.

Puisque c’est l’un des sujets du livre, parlons-en. Votre compagne, Martine, et vous, l’avez-vous incité à faire ce métier ?

Un jour, nous étions en famille et Vincent décide de nous chanter sa première chanson. Il commence à nous la jouer au piano. Avec Martine, on s’est regardé en se disant qu’il avait vraiment quelque chose à dire. Elle et moi sommes deux créateurs, nous nous sommes rendu compte avec un petit vertige et un grand bonheur qu’il avait aussi ce virus-là. On a compris que Vincent ne serait pas heureux s’il n’arrivait pas à mettre en place sa créativité personnelle d’une façon ou d’une autre. On a eu la chance qu’il réussisse tôt dans ce métier, donc notre histoire n’a rien à voir avec celle de Marie. On ne l’a pas incité à se lancer. Il s’est lancé tout seul.

Dans votre roman, vous faites référence avec ironie aux livres qui sortent et qui trouvent leur public grâce à un buzz. Il me semble que vous êtes le premier auteur à avoir philippe delerm,elle marchait sur un filbénéficié d’un buzz littéraire, non ?

Oui, avec La première gorgée de bière, vous avez entièrement raison. Un livre tiré à 2000 exemplaires, sans à-valoir. Le bouche à oreille avait si bien fonctionné qu’il y a eu une première réédition avant même le premier article. Je suis désolé pour la profession, mais les choses se passent aussi autrement que par les médias. En même temps, aujourd’hui, je suis typiquement quelqu’un qui a besoin des médias. Il y a des écrivains comme Christian Signol ou Amélie Nothomb qui n’en ont pas besoin. Ils n’ont pas besoin d’apparaître. Moi si. Je m’en félicite. A chaque livre, je me demande si ça va bien se passer, je me demande comment il va être accueilli. C’est un peu stressant, mais c’est vivant de savoir qu’on a besoin des autres pour exister. Rien n’est jamais gagné pour un auteur comme moi.

Elle marchait sur un fil semble être très favorablement accueilli, non ?

J’ai l’impression aussi. Je stressais pas mal pour le précédent, Je vais passer pour un vieux con, parce que je venais de signer un contrat avec Le Seuil pour cinq livres et c’était le premier. Je tenais beaucoup à ce que cela se passe bien. Au final, j’en ai vendu 80 000 exemplaires. Je ne sais pas si ce livre connaîtra le même succès. C’est le charme de ce métier.

Dans ce roman vous ouvrez un peu les coulisses du monde de l’édition, mais avec parcimonie. À quand un vrai livre sur ce sujet que vous connaissez bien ?

(Rires) Je ferai ça juste avant de disparaitre de la scène… parce qu’il y a beaucoup à dire. Ce serait suicidaire de m’attaquer à un tel sujet au stade où en est ma carrière.

Pour terminer, Jean-Louis Aubert vient de sortir un disque dans lequel il chante des poèmes de Michel Houellebecq. À quand un Vincent Delerm chante Philippe Delerm ?

Vincent n’a pas besoin de mes textes, il sait écrire de belles chansons. Mais, rien n’est impossible, on ne sait jamais. Peut-être un peu plus tard, l’idée n’est pas mauvaise.

10 septembre 2012

Philippe Delerm : interview pour Je vais passer pour un vieux con

Philippe Delerm est venu à l’agence  le 27 août dernier pour évoquer son dernier livre, Je vais passer pour un vieux con. J’aime bien humainement cet auteur et son écriture minimaliste (et revendiqué comme tel) est loin de me déplaire. Je le rencontre de temps en temps (voir là). Voici le fruit de notre entretien publié dans Le magazine des loisirs culturels Auchan (daté du mois de septembre 2012) qui est sorti aujourd’hui. Vous pourrez ensuite lire le bonus mandorien.

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Le bonus des Chroniques de Mandor :

Vous avez une bonne réputation/image médiatique. On ne vous critique pas trop.

Dans l’ensemble, je suis d’accord. Le simple fait de voir la vie en positif, ça fait de vous un être positif. Par rapport au petit milieu germano pratin, c’est sûr, c’est un peu incorrect. Des gens comme moi ou Christian Bobin, qui déboulent dans le paysage littéraire sans avoir conçu de stratégie, ça ne plait pas beaucoup.

Êtes-vous satisfait de votre condition d’écrivain ? Moi, quand je vois la façon dont vous la menez, elle me parait idéale.

J’ai ramé assez longtemps, vous savez. Près de 10 ans avant d’être publié. Après j’ai publié pendant 15 ans avant de connaître la notoriété et tout d’un coup, cadeau de la vie. La première gorgée de bière fait un carton. J’ai eu grâce à ce succès des cadeaux parallèles. Cela m’a permis de rencontrer des gens que j’admirais et que je rencontre, aussi bien des sportifs que des chanteurs. C’est une chance incroyable.

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Vous avez aussi la chance d’avoir un fils qui a beaucoup de succès.

C’est plus une source de soucis pour moi. Je suis assez inquiet de tempérament. Vincent est jeune encore. Il faut que ça continue à fonctionner pour lui, d’autant plus qu’il a eu l’habitude du succès assez tôt. Je sais que, pour lui, une désaffection du public, ce serait très lourd à supporter.

Si vous voyez une critique négative sur lui, ça vous heurte.

Évidemment, ça me heurte. Bien plus que si elle est pour moi.

Vous, vous supportez bien quand il s’agit de vous?

Non, ce serait mentir que de dire que ça ne me dérange pas. Ça me fait toujours mal, même si ce n’est pas si fréquent.

Comment sont les gens avec vous dans la rue ?

J’ai une trombine un peu connue, du coup, il m’arrive souvent d’être sollicité, mais très discrètement et gentiment. Un écrivain est assez préservé des critiques quand on le rencontre dans la rue. C’est marrant, les gens qui vous tiennent la jambe, qui s’incrustent, ce sont généralement des gens qui font semblant d’être des lecteurs et qui ne le sont pas. Les vrais lecteurs n’insistent pas longtemps lourdement.

Vous écrivez un nouveau livre. De quoi s’agit-il ?

C’est un roman. J’ai du mal à écrire des romans, mais j’aime bien. Celui-ci est un peu grave et évoque sur le début de la fin de la vie.

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