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12 mars 2020

Nirman : interview pour son premier album

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nirman,dimitri nirman,interviewJ’ai connu Nirman en 2017 avec son EP Animal (voir mandorisation-là). Comme il le disait lui-même, « de la chanson française teintée de pop hybride et d’électro organique ». Nous avions été nombreux à remarquer la chanson « Azzam David ». Il y évoque le pouvoir de l’amitié entre deux enfants rattrapés par la haine de leurs ancêtres : belle caisse de résonance dans le contexte actuel. Elle a permis à Nirman de décrocher le prix du texte lors du tremplin du Pic d’Or à Tarbes (pour l’anecdote, remis par Dominique Janin et moi-même le 26 mai 2018). Cette chanson a aussi ému Francis Cabrel au cours d’une résidence de travail à Astaffort. Autant de signaux approbateurs qui ont fini par convaincre son auteur de lui offrir une seconde vie sur l’album qui vient de sortir et réalisé par Da Silva (mandorisé là)

Le 10 février dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar parisien pour évoquer l’album pop le plus classieux du moment.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Argumentaire de presse (légèrement écourtée) :nirman,dimitri nirman,interview

Nirman, le nom du père, barde et musicien russe, contraint de se réfugier dans les caves de Saint-Pétersbourg pour faire entendre ses ritournelles engagées, et bifurquant presque par obligation (la contrainte de la langue) vers la composition de musique de films lors de son arrivée à Toulouse. Initiation naturelle, transmission héréditaire et passion commune. Dimitri s’inscrit au Conservatoire, écoute en boucle les Beatles et confesse à 13 ans qu’il sera chanteur.

Inconsciemment, c’est le rêve avorté du père qu’il veut atteindre. Chez lui, de la détermination et de la discipline. D’abord la clarinette en tant qu’instrumentiste, puis la chanson-jazz. L’alliage entre les deux genres est fragile, surtout dans les esprits. Nirman ne joue pas les prolongations. Il revêt alors un habit qui lui sied davantage et conforme à ses aspirations actuelles. Collaboration probante et de longue haleine avec Guillaume Farley. Première carte de visite, il y a deux ans : l’EP Animal.

nirman,dimitri nirman,interviewL’album :

Sous la houlette de Da Silva au prestigieux studio ICP à Bruxelles, Nirman n’a pas cherché ici à courir derrière les modes. C’est un disque intemporel, aux teintes nuancées et dans lequel les mélodies s’insinuent en douceur et avec élégance. Un disque sur lequel des invités investis et de renom se glissent : Thomas de Pourquery au saxophone, Nicolas Fiszman le fidèle bassiste de Benjamin Biolay, Cali pour un duo autour de l’engrenage des errances nocturnes (« Compagnon de lune »).

Il y a la voix feutrée, très en avant, proche de celle d’un Alex Beaupain. Il y a aussi une délicate offrande à son fils (« Je te dirai »), une mue féminine et féministe (« Quand je ne serai plus belle »), l’apprivoisement de l’isolement créatif (« Ma solitude »), une pièce amoureuse en plusieurs actes (« C’est déjà du passé »), une déclaration frontale (« Mon amour »). Il y a là encore une percée dans les eaux plus sombres de la nostalgie (« Elles me rappellent ») et de la tristesse profonde. Celle de l’absence du père, disparu pendant la conception du disque (« Sur le balcon de mon cœur », « Où es-tu »). Des mots ordinaires, touchants de justesse et de simplicité. Comme son interprète.

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nirman,dimitri nirman,interviewInterview :

Comment as-tu contacté Emmanuel Da Silva pour la réalisation de ce disque ?

Un matin de juin 2017, alors que j’étais chez mon beau-père dans les Cévennes, j’allume mon téléphone. Une notification Twitter précise : « Da Silva vous suit ». Comme je le tiens en haute estime, je ne réprime pas mes élans d’enthousiasme. Je lui envoie un message incluant « Azzam David », une proposition de duo et une invitation pour mon concert parisien au Café de la danse. Da Silva répond dans les dix minutes. Indisponible pour le concert, partant pour le duo. Il demande aussi un numéro. Appel dans le quart-heure, causeries musicales et enregistrement en studio le mois suivant.

Pourquoi a-t-il accepté de travailler avec toi ?

Il a estimé qu’il pouvait apporter quelque chose à mes chansons et m’aider à me réaliser musicalement. Ce qu’il a fait. Nous nous sommes retrouvés aux studios ICP pour enregistrer le duo « Highlands ».

Cette première chanson, c’était aussi l’occasion de voir si ça collait suffisamment entre vous pour faire un album entier ensemble ?

Non, parce qu’au départ, il n’en était pas question. Après l’enregistrement du titre, il m’a simplement dit qu’il voulait bien continuer tout l’album si ça m’intéressait. J’ai accepté avec beaucoup de plaisir. C’est quelqu’un que j’admire depuis très longtemps.

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Nirman et Da Silva, lors de l'enregistrement du disque. 

Qu’as-tu appris avec Da Silva ?

Beaucoup de choses. Il m’a appris à chanter les mots. Il m’engueulait parfois pour que je chante plus avec les tripes. Il trouvait aussi que j’avais de jolis graves dans ma voix, mais que je n’exploitais pas. On a un peu travaillé ce côté-là et ça a bien collé.

Vous avez coécrit six chansons et lui en a écrit quatre.

Et les deux autres sont deux chansons de l’EP, dont « Azzam David ». Ecrire avec lui a été aussi très formateur. Il me reprochait souvent d’être trop dans la retenue dans le texte, de ne pas aller au bout des choses. Avant, je ne faisais que suggérer. Lui est plus tranchant que moi dans les mots. Je l’ai beaucoup écouté et observé. Ensemble, on a balayé des sujets, des moments de vie qui me traversent, qu’ils soient heureux ou malheureux, sans me cacher derrière un masque ou un personnage, comme j’avais tendance à le faire avant. J’ai pu évoquer tous mes questionnement sur l’amitié, la solitude, la mort, l’amour…

Clip de "Compagnons de lune".

nirman,dimitri nirman,interviewIl y a un duo avec Cali, que tu as rencontré à Tarbes au Pic d’Or 2018.

Après la finale, tous les candidats fumaient dehors en discutant entre eux. Moi, j’avais dans l’idée de choper Cali. Je suis parti tout seul devant la grande porte d’entrée du Théâtre des Nouveautés. Il est sorti au bout d’une demi-heure, nous avons fait une photo et nous avons parlé quelques minutes. Je lui ai dit que je travaillais avec Da Silva et je lui ai présenté mon projet. Quelques semaines après, je retourne à l’ICP faire mon album avec Emmanuel. On a commencé à chercher une personne pour un autre duo. Je lui suggère Cali. Comme c’est un pote à lui, il lui a envoyé le texte et, l’ayant apprécié, il a accepté de chanter avec moi. Cali est donc venu au studio et quand il m’a vu, il m’a dit qu’il se souvenait très bien de moi au Pic d’Or.

Comment s’est passé l’enregistrement du duo ? nirman,dimitri nirman,interview

Quand il a commencé à chanter, j’ai pris un grand coup de vent. J’ai eu l’impression que j’allais tomber à la renverse. J’étais troublé tant il était dans la chanson. Il était habité par elle au point de laisser couler des larmes en chantant. Inutile de te dire que j’avais une très grosse pression. C’est encore Da Silva qui a su trouver les mots pour me rassurer. Il m’a dit « Ce n’est pas un combat de coq. Quand tu reçois un ami chez toi, tu l’accueilles bien, tu lui fais de la place pour qu’il se sente bien chez toi… Tu fais pareil avec Cali sur ton album!" Du coup, on a trouvé un équilibre.

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Avec Cali et Da Silva, lors d'une pause.

nirman,dimitri nirman,interviewAvoir deux duos avec Da Silva et avec Cali sur son premier album… quel luxe !

Je ne les ai pas choisis au hasard. Ce sont deux personnes que j’admire énormément et avec lesquels je rêvais de travailler.

C’est marrant, je t’aurais plus associé à un artiste comme Alain Chamfort.

Pour « Compagnons de lune », Cali était l’interprète idéal, je t’assure. Dans le registre sombre et triste, il est exceptionnel. Tu n’as qu’à écouter son disque sur Léo Ferré, il est incroyable ! Quand tu lis ses livres, tu le constates, c’est quelqu’un à fleur de peau qui a des plaies encore bien ouvertes.

Clip de "Sur le balcon de mon cœur", tourné à Saint-Pétersbourg (Russie) et réalisé par Stéphane Neville.

Ton deuxième single est la chanson qui ouvre l’album, « Sur le balcon de mon cœur ». Le clip a été tourné chez toi, en Russie.

C’est une chanson qui parle de mon père que j’ai perdu pendant l’enregistrement du disque. Il fallait que les choses soient dites. Quand on a réfléchit à un clip, étant donné mes origines, mon vidéaste, Stéphane Neville, a trouvé logique que nous allions en Russie.

Tu es franco-russe, ça t’a fait quelque chose de te rendre là où sont tes racines ?

Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé une partie de moi-même. En revenant en France, ça allait déjà un peu mieux.

La chanson, ça remplace un psy ?

Quelque part, oui.

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(Photo : Stéphane Neville)

Tu as écrit aussi sur ton fils, « Je te dirai » et sur ta femme, « Mon amour ».

Je réfléchissais à écrire une chanson d’amour et je me suis rappelé une interview de Florent Pagny qui expliquait qu’il ne voulait pas qu’on lui propose des chansons d’amour où il serait malheureux parce qu’il est très heureux depuis plus de 15 ans avec la même femme. Moi, je suis dans le même cas puisque je suis avec ma femme depuis 10 ans et que tout se passe bien. J’ai repensé à la chanson « Mon amour » de Kent dans laquelle il se demande comment sa femme et lui ont résisté au temps. J’avais enfin mon angle.

J’aime beaucoup la chanson « Ma solitude ».

J’ai beaucoup souffert de la solitude dans le milieu de la musique, mais depuis trois ans, je l’ai apprivoisé. Je me suis battu au quotidien pour mon projet et j’étais tout seul à travailler. Je n’avais pas de collègues et il y avait beaucoup de concurrence. J’ai aussi souffert que mes amis s’éloignent un peu et ne prennent pas au sérieux mon investissement dans la musique. J’en ai fait une chanson, avec l’aide de Da Silva qui, encore une fois, m’a permis d’aller jusqu’au bout.

Si je te dis que c’est un disque de variété française, tu le prends comment ?

C’est plus un album pop, mais j’ai fait en sorte que tout le monde puisse s’y retrouver, qu’il soit très large. Mais dire que c’est un disque de variété, je vis très bien avec ça.

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Nirman en première partie de Suarez en Belgique.

Tu as fait beaucoup de premières parties de Suarez en Belgique devant 800 à 1000 personnes, parfois plus encore. Je sais que ça c’est hyper bien passé.

Cette aventure, c’est encore grâce à Da Silva. C’est lui qui m’a présenté le chanteur du groupe, Marc Pinilla. On est devenu très copains. Un jour, il m’a proposé de faire ses premières parties en Belgique où ils sont multi disques d’or. Lors de la première date à Liège on a été accueilli comme des rois. J’ai appris que Marc parlait de moi à chaque fois qu’il faisait une télé ou une radio. J’ai halluciné ! Je ne vois pas qui, en France, considère autant sa première partie.

Tu vas continuer à tourner en Belgique, en Suisse (où le duo avec Cali est coup de cœur de l’année par RTS), en France, au Maroc…

Oui, et je suis accompagné par un brillant multi instrumentiste, Sylvain Briat. Il m’a beaucoup aidé à me trouver dans cette formule à deux.

Tu as formé une petite équipe autour de toi qui t’est essentielle.

Mon noyau dur c’est un musicien, Sylvain Briat, un photographe vidéaste, Stéphane Neville et un agent, Jean-Luc Bonaventure. Ces trois personnes m’ont permis d’éclore et aujourd’hui, on y va à fond. J’ai galéré des années pour espérer vivre ça.

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Après l'interview, le 10 février 2020.

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13 juillet 2017

Nirman : interview pour l'EP Animal

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Nirman, bercé au jazz et à la poésie russe, sort son premier EP, Animal, aux teintes acid-jazz, groovy et électro. Ce musicien de 32 ans fait partie de cette génération douée qui réinvente la tradition de la chanson française en la saupoudrant d’influences glanées au fil du temps et des frontières... et d’une poésie lunaire.

Nirman amène ici son propre univers, ses propres émotions, ses propres interrogations.

Le 1er juillet dernier, il est venu à l’agence pour évoquer ce premier EP (que vous pouvez écouter en intégralité ).

nirman,ep,animal,interview,mandorArgumentaire officielle :

On le sait bien : les meilleures recettes sont celles qui s'inspirent d'un savoir-faire hérité d'une tradition mûrie sur des générations, auquel on rajoute sa patte personnelle, son ingrédient secret.
Nirman lui aussi le sait : entouré des talentueux Guillaume Farley, bassiste accompagnant entre autre Matthieu Chedid et Michel Fugain, et de Romain Berguin, assistant d’Éric Serra, ce jeune musicien bercé au jazz et à la poésie russe fait partie de cette génération géniale qui vient réinventer la tradition de la chanson française en la saupoudrant d'influences glanées eu fil des âges et des frontières. Un pied dans une douce nostalgie slave héritée de son père, un autre dans une flaque de couleurs pop électro, son premier album, Animal nous entraîne dans un monde surprenant, dans lequel on glisse avec délice d'influences électroplanantes survolées par la voix aérienne de Nirman.
Jeune musicien un peu lunaire, Nirman réussit avec cet album à créer un animal multi-facettes dont la saveur fond dans la bouche.
Le sens du perfectionnisme et de la précision transpire sur cet album aux morceaux maîtrisés jusqu'au bout des croches. Au fur et à mesure que l' « Animal » se révèle, la technicité s'allie avec la simplicité pour accoucher d'un album d'une très grande classe, comme dans un
restaurant nouvelle cuisine qui réinvente des plats de tradition pour en faire des œuvres d'une délicate beauté aux saveurs somptueuses.

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nirman,ep,animal,interview,mandorInterview :

Ton père, Léonid Nirman, n’est pas pour rien dans ton intérêt pour la musique.

C’est certain. Il avait une certaine notoriété en Russie en tant que chanteur et musicien. Dans les années 70, dans ce pays, il y avait une mode, c’était les bardes… lui en était un. Il interprétait des chansons poétiques et engagées en cachette dans les caves de Saint-Pétersbourg. Quand il est arrivé en France, il a arrêté ce genre de chansons. Il a composé, notamment des musiques de films. C’est lui qui m’a incité à faire de la musique. J’ai baigné dedans depuis tout petit. J’ai même fait le conservatoire.

Avec ce disque, tu as eu envie de l’impressionner ?

J’ai plutôt eu envie de faire le disque que mon père n’a jamais pu faire. En arrivant en France, il a tiré une croix sur sa carrière de chanteur puisqu’il ne parlait et chantait uniquement Russe. Ça l’a beaucoup attristé. J’ai vu cette tristesse au quotidien et ça m’a nourri inconsciemment. Un jour, à 13 ans, j’ai pris la décision de chanter comme papa. Tout ce que je fais, c’est pour lui, c’est pour faire comme lui.

Tu n’es pas un débutant. Tu chantes depuis 10 ans déjà.

Je viens de la musique classique. J’étais instrumentiste, je jouais de la clarinette. Ensuite, j’ai fait de la chanson jazz. J’ai tenté une carrrière sous le nom de Dimitri Nirman, mais ça ne marchait pas. Mon répertoire, pour le jazz, c’était de la chanson, pour la chanson, c’était trop jazz, du coup la sauce n’a pas pris. Guillaume Farley, artiste talentueux qui a réalisé cet EP, m’a dit : « On rend le costume de chanteur de jazz, il est trop grand pour toi ». J’aurais pu me vexer, mais j’ai émis un ouf de soulagement. Ca a débloqué beaucoup de choses. J’ai décidé de faire ce projet-là qui correspond mieux à mes goûts d’aujourd’hui. C’est la première fois que je suis content du résultat.

Vous avez pris du temps pour réaliser ce disque, non ?nirman,ep,animal,interview,mandor

Quatre ans de conception des chansons et une année de plus pour trouver les financements.

Ton premier EP sous le nom de Nirman est sacrément bien produit, en tout cas.

Quand j’ai commencé à monter ce projet, je suis parti de zéro. Je n’avais pas un euro en poche, pas un contact, rien de rien. J’étais à deux doigts de raccrocher quand on a décidé de monter des dossiers de subventions. Très sincèrement, j’ai obtenu pas mal d’argent. On a beaucoup de chance en France, il y a de nombreux organismes qui aident les artistes. En tout, j’ai obtenu 62 000 euros. J’ai pu faire mon album dans de confortables conditions, m’entourer de personnes assez prestigieuses dans le métier qui, après, m’ont emmené du réseau.

Animal est un EP de 4 chansons. C’est une mise en bouche ?

Au début, je voulais faire un album de 8 titres. Quand j’ai rencontré Vicken Sayrin, mon attaché de presse, il m’a dit que c’était plus intelligent de commencer par un EP. La suite, ce sera un album, comprenant ces 4 premiers titres, les 4 autres existants et d’autres supplémentaires, dont un duo. Il devrait sortir en janvier 2018.

Pour la composition et l’écriture, tu te fais aider ?

Dans les mélodies, je tournais beaucoup en rond, dans mes textes, j’évoquais toujours le même sujet : courir après quelque chose, l’envie d’avancer dans la musique. Du coup, pour les textes, Guillaume Farley m’a aidé à sortir de mes habitudes. En me nourrissant des autres, j’ai réussi à faire des choses qui me ressemblent complètement.

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(Photo : Mandor)

nirman,ep,animal,interview,mandorTu as joué au Café de la Danse hier soir. Là aussi, pour un artiste en développement, c’est un sacré risque.  

J’avais le choix. Soit je ne prenais pas de risques dans une petite salle parisienne de 100 places maximum, soit j’allais au bout du truc, sachant qu’on a obtenu des aides pour ça. On a tenté un coup de poker en faisant une salle importante. J’ai pris la jauge à 250 places assises, pas celle à 500 places, cela aurait été complètement illusoire. On a fait au mieux pour inciter les gens à venir. Tu présentes ton projet, personne ne t’attend, ni même ne te connais. Maintenant, certains professionnels peuvent mettre un visage sur moi.

Au mois de mai dernier, tu as participé aux Rencontres d’Astaffort. Pourquoi ?

Je rêvais de participer à cette aventure. Ce qui est bien, c’est que tu es dans une bulle musicale. Tu es obligé de te livrer totalement à des inconnus pour pouvoir avancer dans ta chanson, du coup, les autres artistes deviennent des amis proches. C’est dingue ! Pour moi, c’était une étape à atteindre. Il y a un avant et un après Astaffort.

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A Astaffort en mai 2017, Nirman et ses copains de promo. 

Et croiser Cabrel ?nirman,ep,animal,interview,mandor

J’étais très intimidé d’être en face de quelqu’un qui est un monstre de la chanson française comme il y en a peu. En termes de créativité et de longévité, sa carrière est impressionnante. Pourtant, quand il est avec toi, il est réservé, timide, discret, gentil.

Tu te sens appartenir à une famille dans la chanson française ?

Non, mais j’aime beaucoup Benjamin Biolay. Alain Chamfort aussi, dont on dit que ma voix peut faire penser à la sienne. C’est involontaire.

Je crois qu’il a écouté la chanson « Animal ».

Oui, en effet, par le biais d’un ami parolier de Marc Lavoine qui lui a envoyé. Il lui a répondu par mail : « ça me rappelle mes débuts ! »

Tu es confiant pour l’avenir ?

Déjà, je constate que le travail paye. Il ne faut pas lâcher. J’ai signé avec un vrai tourneur il y a un mois, je fais les Francos de la Rochelle le 14 juillet dans  le cadre du Rock In Loft. Les choses arrivent peu à peu. Je suis confiant, mais je reste prudent. Il faut que je trouve un label à présent.

Le clip de "Azzam David", réalisé par Stéphane Neville.

nirman,ep,animal,interview,mandor« Azzam David » est une chanson très touchante, surtout dans le contexte actuel. Une histoire forte entre deux amis inséparables mais de confessions différentes.

C’est une chanson qui touche beaucoup de gens parce qu’elle parle de l’amitié et le fait d’avoir un ami sur lequel compter, malgré les différences.

« Les bouteilles à la mer » me semble une chanson très autobiographique?

C’est celle qui l’est le plus, en effet. J’ai traversé une période où je n’allais pas forcément très bien, du coup, j’ai écrit cette chanson. Quand on fait de la musique, on est seul et ce n’est pas facile d’apprivoiser sa solitude. Je n’y arrivais pas. Aujourd’hui, enfin, j’y suis parvenu. Cette chanson, c’était un appel à l’aide qui n’en était pas vraiment un.

Un artiste, c’est un homme plus sensible que les autres ?

Pas forcément, mais un artiste à des attentes que d’autres n’ont pas. Un artiste traine quelque chose qu’il a du mal à porter lui-même. Il a besoin d’attirer la lumière sur lui, il a envie d’exister et à même, quelque part, un côté revanchard sur la vie. Un artiste se sent oublier et il a besoin de sortir de l’oubli.

Une chanson, ça part de quoi chez toi ?

D’une émotion, d’un sentiment, d’un ou deux mots qui vont être déposés sur les premières notes.

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Pendant l'interview...

Tu écris facilement ?

Oui, d’autant que j’ai trouvé mon créneau horaire pour le faire. Entre 3 et 7 heures du matin. C’est un peu un no man’s land où il ne peut rien se passer et où personne ne va te déranger. J’ai découvert cet horaire parce que j’ai un petit garçon qui a 7 mois qui ne fait pas toujours ses nuits.

Tu t’obliges à travailler tous les jours ?

J’essaie. C’est comme un pianiste qui doit faire ses gammes. Il faut s’entrainer, travailler sa voix et sa plume sans cesse pour progresser.

Ta musique, c’est de la pop ?

J’appelle ça de la pop hybride electro organique. Pour raccourcir et faire précis, c’est de la chanson atmosphérique. C’est une musique qui peut-être entrainante, riche, aérée avec une voix qui se pose, qui survole.

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Après l'interview, le 1er juillet 2017.

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Demain, le 14 juillet, il sera là:

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