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21 mai 2011

Nathalie Six : interview pour "Pas d'enfants, ça se défend"

nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandorNathalie Six est une journaliste littéraire dont je lis toujours les critiques, chroniques et interviews avec intérêt. J’aime son style d’écriture et suis souvent d’accord avec ce qu’elle écrit (et quand je ne le suis pas, elle avance suffisamment d’arguments pour que mon avis ne soit plus tout à fait définitif). La toute jeune maman vient de sortir un livre, Pas d’enfants, ça se défend !. Je sais, c’est paradoxal… et du coup,  l’occasion était trop belle de la mandoriser… Nous nous sommes retrouvés le 4 mai dernier dans mon restaurant habituel. Avant de lire le fruit de mon entretien, je vous propose l’article sur son livre que j’ai écrit pour Addiction, le mag (daté du mois de mars 2011).

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Mandor : Est-ce que tes témoins se sont livrés facilement ?

Nathalie Six : J’ai été franche et directe là dessus, j’allais travestir l’identité de mes témoins.J’ai laissé les vrais prénoms de ceux qui en avaient envie, mais la plupart ont préféré me parler anonymement. Ce qui montre qu’il y a un tabou et un malaise sur ce sujet.

Tu as eu l’idée d’écrire ce livre à l’âge de 29 ans. La trentaine fait réfléchir les femmes (et les hommes) sur la question d’avoir un enfant ou non ?

Moi, ça m’a ramené à des questions que je pensais désuètes. J’ai des frères, mais nous avons été éduqués de la même manière. J’ai une mère qui n’aime pas le mot « féministe », mais qui l’est dans les actes. Elle a toujours bossé, elle bosse encore maintenant. J’ai été élevée avec l’idée que ma vie allait se dérouler comme celle d’un homme. En fait, là, maintenant que je suis moi aussi maman, je n’arrête pas de découvrir des différences. Je trouve par exemple que la maternité en est une. Autour de moi, j’ai des amies entre 32 et 40 ans qui n’ont pas d’enfant et qui me confient leur malaise et leur mal-être là-dessus. Elles ont une pression culturelle, amicale, familiale énorme. Elles me remercient d’avoir écrit ce livre parce qu’elles n’en peuvent plus de cette pression. Leur discours est le suivant : « On n’en peut plus de ces questions indiscrètes, on n’en peut plus de ces gens qui se mêlent de notre vie, on n’en peut plus d’être montrée du doigt, on n’en peut plus d’être considérée comme des anormaux ». Moi aussi ça m’énervait que quelqu’un m’oblige. Si aujourd’hui, je suis moi-même maman, c’est parce que je l’ai décidé, ce n’est pas parce que la pression sociale a fait que je me suis résolue à ça.

Il y a autant de personnes que de raisons de ne pas vouloir d’enfants. Peut-on tout de même trouver une raison commune ?

J’ai écrit le livre pour expliquer justement qu’il y a beaucoup de cas. Bien sûr, il y a au moins deux/trois grandes familles. Il y a ceux qui ont été pendant leur enfance psychologiquement mal traités. Je parle beaucoup de l’enfant intérieur. C’est très important de comprendre que quand ton enfant intérieur n’a pas pu grandir correctement, qu’il a été maltraité, soit par des agressions physiques, soit par des agressions morales ou verbales, il y a une grande difficulté à vouloir procréer. Peur de reproduire un schéma similaire. Mais, je précise tout de même que parmi ces enfants-là, on va en trouver autant qui veulent devenir parents que d’autres qui ne le souhaitent pas. D’avoir ses propres enfants, ça peut être une manière de réparer.

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Les choses ont-elles changé depuis que les femmes peuvent avorter ?

Ca ne fait pas si longtemps que l’avortement est légal.Pour moi, c’est la clé du problème. A partir du moment où tu peux décider de ne plus procréer, que tu peux te protéger, la question émerge.  Avant, même ceux qui n’avaient pas envie d’enfants, c’était comme ça, on assumait. Sinon, il y a de plus en plus de gens qui sont « égoïstes », pas forcément dans le mauvais sens du terme. Ils vont construire un schéma de vie qui leur plait et ils vont se demander pourquoi ils chambouleraient tout ça, alors qu’ils ont réussi à avoir un boulot qui les passionne, à gagner leur vie suffisamment pour pouvoir voyager, à avoir une vie culturellement riche. Ils sont mariés avec quelqu’un qui leur consacre du temps et vice versa… et si un enfant arrive, tout ça va s’effondrer. Les gens sont flippés de se dire que l’enfant va tout détruire.

Les hommes et les femmes qui assument le choix de ne pas avoir d’enfant se sentent quand même « différents ».

Oui, mais il y a aussi des gens qui assument parfaitement. Par exemple, je cite le cas du Belge Théophile de Giraud. Il a inventé la fête des non-parents. Lui, il va au-delà de tout. Il a créé une charte dans laquelle il dit que les non-parents doivent être fiers de ne pas enfanter. Il dit en substance que ce ne sont pas eux les égoïstes. Ils évitent juste à un petit être de devoir se battre, de devoir trouver sa place dans un monde où il n’y a pas de travail, où il y a des guerres tout le temps, de plus en plus de pollutions, de plus en plus de maladies. Effectivement, on peut quand même se poser des questions sur le fait de faire des enfants par les temps qui courent.

nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandorT’es-tu comprise un peu mieux en écoutant les autres ?

La femme qui parle dans le livre, c’est Nathalie Six, certes, mais en même temps, j’ai voulu en faire un modèle de la trentenaire sans toutefois rentrer dans la sphère de l’intime, qui pourrait me dévoiler.  J’ai mis des choses que j’avais ressenties, ou que j’avais vues dans mon entourage proche. Moi, j’ai toujours voulu avoir des enfants, en revanche, je ne savais pas à quel moment. Je savais que ça bouleverserait ma vie. Maintenant que je suis maman, je peux te confirmer que c’est très difficile de gérer une carrière et une vie de maman. Continuer à bosser, alors qu’il faut aller chercher son enfant tous les soirs à 18h, qu'il se réveille la nuit, qu'il t’empêche de lire comme avant… oui, mon boulot en prend un énorme coup.

Les hommes et les femmes ont-ils les mêmes raisons de ne pas faire d’enfants ?

Souvent, elles se rejoignent. Avant, les hommes, ça les touchait moins, parce qu’un homme qui avait un enfant, il n’allait pas forcément devoir adapter son emploi du temps. Mon grand-père a eu une réflexion que j’ai trouvée très pertinente: « En lisant ton livre, j'ai trouvé que vous étiez une génération très pessimiste. A ma génération, on ne se posait jamais la question car nous savions que nous allions trouver des solutions. On y allait, on fonçait dans le boulot, on fonçait dans la vie. On faisait des enfants et c’est seulement après coup qu’on arrangeait les choses. » Et maintenant que je regarde mon livre avec de la distance, je trouve qu’il a raison.

Oui, c’est un livre générationnel. Ton enquête n’aurait pas eu les mêmes résultats, il y a 30 ans.

On est une génération qui a peur. On a peur pour notre boulot, on a peur pour la planète, pour l’écologie, on a peur des guerres. On pourrait voir les choses autrement en se disant : on va faire des enfants qui, eux-mêmes, trouveront des solutions à tous les problèmes d’aujourd’hui. Et bien, non la tendance générale est de se dire que si on fait des enfants, ils ne feront que grossir le nombre de personnes qui ne vont déjà pas bien.

Comment tu vis le fait de sortir un livre ?

Je suis éberluée de voir que j’ai réussi à mener ce livre jusqu’au bout. J’ai terminé ce livre en même temps que j’ai accouché de mon petit garçon. J’ai un peu accouché de deux bébés en même temps.

Au niveau psychanalytique, c’est intéressant ton histoire…nathalie six,pas d'enfant ça se défend,interview,mandor

(En souriant) Il faut qu’un psy ce penche sur mon cas, tu n'as pas tort. J’ai accouché au sens propre, physiquement, d’un bébé qui est sorti de mon corps. Et j’ai accouché au sens figuré, intellectuellement, d’un livre qui est sorti de ma tête.  Je pense que je me sens complète aujourd’hui. Si j’avais fait l’un sans l’autre, il m’aurait manqué un truc. Du point de vue psychanalytique, je pense que je pourrai l’expliquer à mon fils plus tard. J’avais envie que les choses soient très très claires dans ma tête. Il n’y a pas de doute, je sais pourquoi je suis maman.

Avec ce livre, tu vas devenir une référence sur ce thème là.

Je ne me sens pas une référence, car je ne suis ni psy, ni sociologue de métier et de formation.  En revanche, ma force, c’était d’enquêter et de poser des questions. J’ai parlé de moi de temps en temps pour évoquer la trentenaire qui se pose des questions. Je ne voulais pas jouer à la psy de service parce que j’ai lu trois-quatre livres sur la question.  Je me contente de faire accoucher des gens en leur posant des questions qui les emmènent à se livrer. Tu vois, je viens encore d’utiliser le terme « accoucher »…

Pas d'enfants, ça se défend sur Amazon et sur le site de la FNAC.

Quand Nathalie Six présente elle-même son livre.