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27 février 2020

Valentin Vander : interview pour l'album Mon étrangère

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(Photo : Franck Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandor« Valentin Vander est un artiste hors-temps, qui se joue des codes de la chanson française traditionnelle en l’habillant de mille tissus pop et d’ornements électroniques » nous explique l’argumentaire de presse. On ne saurait mieux dire. Réalisé par Nicolas Gueguen, Mon Étrangère s’est fabriqué au studio 129H dans le quartier de Ménilmontant. Il en résulte 10 chansons qui inscrivent Valentin Vander dans la cour des grands auteurs-compositeurs-interprètes français.

C’est la troisième fois que je le mandorise, mais jamais seul (voir/lire les précédentes ici et ). Premier tête à tête avec cet artiste qui ne restera pas méconnu très longtemps. C’était le 6 février dernier dans un bar de la capitale.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter l'album.

Biographie officielle (par Arnaud de Vaubicourt) mais raccourcie :

Le terrain de jeu de Valentin Vander est un véritable champ d’expérimentations entre introspection mélancolique et panache pop. « So frenchy ! », pourraient instantanément s’exclamer les anglo-saxons, à l’écoute de ce deuxième album chatoyant. Mais le cahier des charges musical de Mon Étrangère s’avère plus complexe que cela…

L’auteur compositeur interprète, élevé dans une famille de musiciens, use d’armes de séduction massive tout valentin vander,mon étrangère,interview,mandorau long de ce nouveau chapitre. Entre espièglerie, profondeur et constat éclairé sur les relations sentimentales qui lient les êtres, il insuffle une couleur mélodique qui capte dès la première écoute. On trouve alors, au gré des chansons qui jalonnent l’album, ce petit quelque chose d’unique dans sa personnalité joliment désabusée qui n’oublie jamais d’opter pour la dérision. Ici, les émotions priment et semblent inédites, comme si la mélancolie avait embrassé une forme de légèreté. Quand Valentin Vander ne s’amuse pas dans ses spectacles humoristiques Les Goguettes en trio (mais à quatre), il creuse le sillon d’une chanson pop racée à l’élégance discrète. Cet opus l’atteste sur chacune des dix plages qui racontent les atermoiements de l’amour, subtilement éclairés du halo des enjeux de notre temps. La fidélité, l’exclusivité, le caractère aléatoire des désirs : il caresse à chaque mesure l’espoir de trouver une réponse. Bien sûr, elle ne pointe jamais le bout de son nez. Alors Valentin Vander émet ses hypothèses avec douceur souvent, avec ironie parfois.

Encore plus que sur son premier album, L’Audace ou la Timidité, paru en 2015, la palette du chanteur se teinte ici d’humour et d’une lucidité malicieuse.

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(Photo et Artwork de la pochette : Frank Loriou)

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorInterview :

Tu viens d’une famille de musiciens ?

Mon père est un excellent pianiste jazz. Je précise que n’est pas Christian Vander. Je l’ai toujours vu jouer du piano, mais aussi composer et écrire des chansons. Il est passionné par la chanson et notamment par Brassens, Brel, Ferré, Bobby Lapointe et les vieux standards de musette. Ça, ça vient de mon grand-père qui était accordéoniste de bal. Malgré moi, dans ma jeunesse, j’en ai ingurgité du standard de musette, de baloche et de yéyé…

Tu as écrit des chansons très tôt, je crois.

J’ai eu mon premier projet à l’âge de 7 ans avec deux voisins qui avaient mon âge. On a enregistré trois chansons avec mon père. J’écrivais des textes naïfs qui prônaient la tolérance et qui étaient contre le racisme.

Clip officiel de "L'écho du bonheur" réalisé et monté par Watcheuz.

Tu as toujours écrit ? valentin vander,mon étrangère,interview,mandor

Oui, des poèmes et des histoires. J’étais fou de littérature fantastique. J’ai commencé à lire avec ce genre. A 10 ans, j’écrivais donc des pastiches du Seigneur des Anneaux ou d’Harry Potter. J’avais un besoin irrépressible d’écrire. J’y passais des heures et des heures. Ca arrangeait bien mes parents, parce que du coup, je leur foutais la paix.

Tu écoutais quoi ado ?

Lors de ma préadolescence, j’ai découvert des groupes comme Tryo, La Rue Kétanou, Les Ogres de Barbacks, les Wriggles… c’était mes premières influences. Encore aujourd’hui, ils restent de vrais modèles et de vrais exemples d’indépendance et de réussite artistico-humaine. Je suis aussi très sensible à leur côté festif. (Je le sens réfléchir…) Ah ! J’oubliais ! J’écoutais aussi Kyo, mais c’est un peu plus inavouable. Je suis encore capable de chanter par cœur « Dernière danse », alors que je l’ai apprise en 5e.

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Au lycée, tu as eu un groupe ?

Oui, d’ailleurs très inspiré de La Rue Kétanou et des Wriggles. Il s’appelait Les Voisins. On a fait deux disques. On a eu notre petit succès local en Basse-Normandie, dans l’Orne. Je dirais, un succès Est-Ornais (rires).

Après, tu as quitté ta Normandie.

Le groupe a splitté, mais j’ai toujours ressenti le besoin de faire des chansons. J’ai fait un premier disque seul, mais que je n’ai ni joué, ni commercialisé. Juste, il fallait que je le fasse.

Tu as fait des études dans le milieu du spectacle.

J’ai été régisseur son et lumière. Un temps, j’ai été donc un peu technicien, un peu comédien, un peu musicien… après j’ai arrêté de faire de la régie, je n’étais plus que comédien et musicien, j’ai monté ma compagnie, j’ai fait des spectacles Jeune Public. L’idée était d’acquérir une certaine indépendance plus financière et professionnelle qu’artistique.

Lyrics de "Elle passe".

Aujourd’hui, tu n’es donc dupe de rien, tu connais tous les rouages du métier.

Oui, mais du coup, j’ai tendance à vouloir m’occuper de trop de choses à la fois, puisque je sais. Je mets mon grain de sel sur les lumières et sur le son dans mes projets personnels, mais aussi avec les Goguettes. Je veux toujours m’assurer qu’il n’y ait aucun souci.

Tu es chiant en fait ?

Oui, je suis chiant. En création collective, je peux même être hyper chiant. Je ne le revendique pas, mais j’en suis conscient. J’essaie de travailler dessus.

En 2011, tu sors un premier EP.

Tout seul encore une fois, mais cette fois-ci je l’ai déclaré et déposé aux différents organismes. C’est mon premier vrai CD officiel distribué. Il n’est plus disponible aujourd’hui et c’est tant mieux car je ne l’assume pas beaucoup.

Clip de "La femme de ma vie", réalisé en stop-motion par Sylvain Cornut. Dessins de Valentin Dahmani. Avec l'apparition de Margaux Astravare.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorLes choses commencent à devenir sérieuses à la sortie de ton premier album solo, L’audace et la timidité, produit par un label.

Celui-ci, je l’assume et l’assumerai encore longtemps.

Deux ans avant ce premier album, tu avais déjà commencé avec les Goguettes (lire la mandorisation là).

Oui, mais on jouait dans de petits lieux. Quand est sorti mon premier album solo, ma carrière perso était plus importante que les Goguettes. C’était juste un délire entre copains dont personne ne parle encore. Ça n’avait rien à voir avec ce qu’est devenu le groupe aujourd’hui. Quand les Goguettes se sont professionnalisées et que l’on commençait à parler de nous à la radio, j’ai décidé de mettre de côté ma carrière solo.

Aujourd’hui, la sortie de ce deuxième album « officiel », Mon étrangère, arrive à point ?

Oui, parce que j’ai parfois l’impression d’être schizophrène. J’ai un moi humoriste qui est assumé par les Goguettes et j’ai un moi qui aime beaucoup les chansons tristes et touchantes. J’aime bien la poésie, les chansons d’amour, les chansons un peu torturées aussi. Il y a des émotions que je ne peux pas approcher avec les Goguettes puisque le but unique de ce groupe est de faire rire. Tout ce qui ne fait pas rire, je le garde pour mes chansons personnelles.

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(Photo : Franck Loriou)

S’il y a une forme de mélancolie, je ne trouve pas ton album triste. Il y a de la dérision et de l’autodérision dans ces chansons qui parlent d’amour qui ne finissent pas toujours bien…

C’est un vrai disque de rupture. Il s’est construit dans la douleur d’une relation amoureuse et il s’est terminé dans la rupture. Mais tant mieux s'il ne donne pas une sensation de tristesse. 

Un artiste fait du beau avec son malheur.

Il est obligé. Ça lui sert à ça d’être artiste ! C’est pour se sauver soi-même. Quand je parviens à écrire une chanson dans laquelle j’arrive à exprimer les émotions qui me traversent, comme un désespoir amoureux, ça me sauve. C’est là-dedans que va mon énergie, mon émotion négative qui pourrait m’emmener à rester enfermé pendant des mois. Je ne sais pas comment font les gens qui n’ont pas cette possibilité. Sur le disque, il y a 10 titres, mais j’en ai fait 45 pour raconter comment j’allais mal (rires).

"Mon étrangère" en version live acoustique. 

A part « Mon étrangère », le titre éponyme, les chansons d’amour ne sont pas si tristes.

Les autres sont plus imagées, moins directes. De toute manière, j’ai un relativisme et un optimisme intégrés qui font que je ne peux pas trop vivre de drame à cause de l’amour.

Tu ne chantes pas que des chansons d’amour…

Je ne sais pas si j’écris des chansons d’amour. Je pense écrire des chansons sur plein de sujets et je me sers de l’amour comme étant un prisme qui permet de zoomer sur le sujet et lui donner un contexte.

Tu évoques d’autres sujets. Dans « Poussez-vous j’arrive », tu évoques les migrants, dans « Il se peut », tu racontes la misère du monde…

Dans cette dernière, c’est une autocritique de moi. Je raconte l’histoire d’un jeune, plutôt bourgeois, qui s’intéresse à des questions d’écologie et de société en général, mais qui globalement, arrive à vivre sa vie confortablement sans être pris par l’urgence des propres causes qu’il défend.

valentin vander,mon étrangère,interview,mandorIl y a duo avec Léopoldine HH, « L’hirondelle ».

C’est moi qui l’ai contacté pour le disque. On ne se connaissait pas personnellement, mais nous nous sommes vite très bien entendus. Elle est particulièrement gentille, drôle et lumineuse, comme elle est sur scène.

Ce que j’aime dans ton album, c’est qu’il est varié. On passe d’une chanson comme « Elle passe » (voir lyrics plus haut), très pop, à une chanson comme « Verlaine », de facture plus classique, piano-voix.

En faisant ce disque, j’ai réalisé que j’en avais marre de la chanson, du jazz, qui était un peu le style de mon premier album, j’ai donc voulu faire de la pop mâtinée d’electro… J’ai trouvé un beat maker en la personne de Nicolas Gueguen qui a réalisé et arrangé tout l’album. Je lui ai dit que j’adorais le groupe L’Impératrice, qui fait de la pop un peu electro disco d’aujourd’hui, avec un bon sens de la mélodie. Je lui ai filé « Elle passe » en version guitare voix et je lui ai demandé d’en faire ce qu’il voulait. J’étais hyper content du résultat. Nous sommes donc parti avec cette ligne directrice-là, mais avec mes autres chansons, nous avons considéré qu’il fallait une palette qui se rapprochait plus de la chanson plus « classique ». La pop electro voulue au départ n’est qu’esquissée pour le moment, mais je pense que mes prochains travaux iront vers là.

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Valentin Vander et Gauvain Sers.

Tu seras en première partie de Gauvain Sers, les 12, 13 et 14mars à Chenôve, Grenoble et Toulouse.

Il est venu me voir en concert, ce qui est cool de sa part, et il m’a proposé quasiment dans la foulée trois premières parties. C’est une nouvelle super réjouissante, enrichissante et gratifiante. Il n’est pas obligé d'aider ses camarades qui n’ont pas autant de succès que lui et il le fait. Je vais chanter seul devant 1500 personnes. Ça ne m’est jamais arrivé et c’est lui qui me le permet. Je lui en suis très reconnaissant.

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Après l'interview, le 6 février 2020.

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