Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09 mai 2014

Miossec : interview pour l'album Ici-bas, ici même

miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor

Miossec, je suis très amateur. Nous sommes nombreux dans ce cas. C’est ma deuxième mandorisation du monsieur. C’est dans le même hôtel que la maison de disque me donne rendez-vous, le 11 mars dernier. Toujours aussi souriant, disponible et sincère. C’est un vrai plaisir d’interviewer cet artiste-là.

Avant de lire l’entretien, je vous propose ma chronique de son nouvel album, Ici-bas, ici-même, publié dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’avril 2014).

miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor

miossec,ici-bas,ici même,interview,mandorInterview:

L’année prochaine, vous allez fêter vos vingt ans de carrière. Avez-vous vu le temps passer ?

Non, ça passe à une allure extraordinaire, c’est dingue. Malheureusement, plus tu vieillis, plus ça s’accélère. On a tous un temps imparti, c’est la règle du jeu et je l’accepte.

Êtes-vous inquiet du succès ou non d’un album ?

Ça dépend de la situation dans laquelle on est. Si financièrement on dépend de cet album, il en découle votre vie entière. Si le disque se retrouve rejeté et que personne n’en veut, il faut changer de métier. Je connais plein d'artistes qui vivent ce cas de figure et là, c’est terrible. Pour le moment, moi, j’ai la chance de pouvoir concevoir un disque sans penser au succès commercial et aux radios.

Ici-bas, Ici même est une phrase tirée de la chanson Qui nous aime. Pourquoi l’avoir choisie comme titre de l’album ?

Pour souligner que ce disque est quelque chose de profondément athée et qu’il n’y a absolument rien de spirituel dans ces propos. Il n’y a pas à chercher Dieu, ni le paradis, encore moins le pardon.

Vous avez conçu cet album à trois, avec Albin de la Simone et Jean-Baptiste Brunhes. Étiez-vous le chef de la bande ?

On était tous les trois les chefs de la bande, sans distinction. On avait la possibilité d’intervenir dans le domaine de l’autre. Nous nous sommes bien emmêlés. Rien n’était hiérarchisé et chaque parole entre nous avait son importance.

Vous avez travaillé tous les trois dans l’humanité la plus totale.

Je suis à la recherche de ça dans mon métier de musicien. Quand on m’a proposé de travailler avec Albin, je ne voyais pas ce qu’il pouvait m’apporter. Nous n’avions pas les mêmes goûts musicaux, à priori, mais finalement, on s’est rendu compte que si. Le jazz et la musique black des années 70 par exemple nous ont rapprochés. Quelque chose entre nous est passé.

Clip de "On vient à peine de commencer".

Tout le monde s’accorde à dire qu’Ici-bas, ici même rappelle vos premiers albums.miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor Êtes-vous d’accord ?

Je ne sais jamais quoi répondre à ce genre d’affirmation. J’avais juste envie de tout composer dans mon coin avec une guitare. Je souhaitais que tout se tienne debout. Je suis moins allé dans la virtuosité des choses. Je pense que la simplicité et l’épure permettent d’aller plus droit au cœur. J’avais mon cadre bien déterminé qui imposait l’interdiction de faire des couches, des arrangements superposés. On était peu nombreux à faire cet album, mais j’ai l’impression que tout le monde a donné tout son cœur et ses tripes. C’était beau à voir. La notion d’effort et de travail est très importante. Quand je vois Albin de la Simone travailler, je suis très impressionné. Et il est l’un des rares artistes à se mettre complètement au service de la personne pour laquelle il collabore.

Cet album a été conçu et réalisé très rapidement.

On a fait des stages de trois fois trois journées et trois nuits. Entre les différentes sessions, chacun a fait un chemin. Nous nous sommes aperçu que lorsque les choses se reposent, c’est idéal. A la base, on a procédé ainsi parce que l’agenda d’Albin était très chargé. Ce qui était au départ une contrainte s’est avéré un avantage. Cet artiste, au sens large du terme, est vraiment bluffant.

La chanson  Répondez par oui ou par non  a été coécrit par Sophie Calle et l’écrivain Grégoire Bouillier. Pourquoi cette collaboration ?

On avait travaillé ensemble sur cette chanson avec Sophie et finalement, j’ai trouvé que ce que j’avais écrit n’était pas bon. Parfois, ça me fait du bien de ne pas me retrouver en position d’auteur. Du coup, on devient uniquement musicien et interprète. C’est agréable.

Est-ce qu’au bout de neuf albums, on ne vient pas à bout de ce qu’on a envie de dire ?

Je ne me pose pas ce genre de question tant que l’inspiration est toujours là. D’ailleurs, j’aimerais bien savoir comment une chanson arrive. C’est un mystère…


Miossec - Nos morts en live dans le Grand... par rtl-fr

« Les touristes » et « Nos morts » parlent du même sujet. La mort…

J’ai 50 ans et je vois autour de mois des cancers partout. J’ai perdu dans l’année deux copains de 51 ans. Je suis marqué par ces disparitions.

Si on vous dit que vous avez du talent, vous dites quoi ?

A mon goût, je n’ai rien de suffisamment solide sur mes neuf disques. Je suis toujours en train de travailler dans le but de me prouver que je fais de la qualité. Mais, je ne parviens jamais à me satisfaire.

miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor

Vous écrivez aussi pour Juliette Gréco, Melody Gardot, Johnny Hallyday ou Nolwenn Leroy, qui sont de formidables interprètes. Vous ne vous interdisez aucune collaboration ?

J’ai aussi travaillé avec Baptiste Trotignon sur son disque de jazz, Song, song, song. On n’est pas là pour s’emmerder. J’adore devoir me confronter à l’écriture quand je dois écrire pour quelqu’un d’autre. C’est une sorte d’obligation d’aller au combat et de devoir se battre avec mes propres armes : des registres de vocabulaire différents. Quand on écrit pour Gréco ou pour Hallyday, on n’utilise pas les mêmes dictionnaires. Il ne faut pas être raide et ne pas avoir un ego trop fort.

Vous habitez dans le Finistère, ça vous aide à ne pas donner trop d’importance à ce métier ?

En tout cas, je ne sais pas si c’est normal de rester chez soi à regarder l’océan (rires). C’était mon fantasme quand j’étais adolescent. Le fait que via la musique, j’arrive à être là sur cette falaise est ma plus grande réussite. Si je ne fais pas de bon boulot avec tout ça, c’est que, vraiment, je suis le roi des cons.

miossec,ici-bas,ici même,interview,mandor

Après l'interview, le 11 mars 2014.

04 septembre 2011

Miossec: interview pour Chansons ordinaires

Christophe Miossec est un chanteur qui me touche profondément. Je l’écoute souvent quand j’ai du vague à l’âme et quand j’ai envie d’être triste. Si, vous le savez parfaitement, l’être humain ressent parfois le besoin d’approfondir sa tristesse en écoutant des chansons… Miossec, je suis sûr que ça ne lui ferait pas plaisir de savoir qu’on se plonge dans son œuvre dans le but d’être ému, voire de verser des larmes, d’évacuer le trop-plein de peine.

Mais cet artiste m’inspire cet état (principalement avec ses 4 premiers albums…) Suis-je le seul ? Je n’en sais rien.

Pour la page interview "musique" du Magazine des Espaces Culturels Leclerc, le 7 juillet dernier, je suis allé à sa rencontre dans un hôtel parisien, à l’occasion de la sortie de Chansons Ordinaires. Ce jour-là, j’ai un peu forcé le destin en venant avec une amie auteure (je ne dévoile pas son identité, je ne sais pas si elle le souhaite). L’idée était de lui présenter le chanteur qu’elle cherchait par tous les moyens de rencontrer pour un projet littéraire. La rencontre entre eux s’est idéalement déroulée, mais j’ai reçu un « blâme » de la part de son attachée de presse (qui ne faisait que son boulot). Oui, il fallait me remettre dans le droit chemin, ces coups en douce ne se font pas dans le métier. Le planning prend du retard et les artistes ne sont pas franchement attirés par ce genre de démarche. (En l’occurrence, dans le cas présent, il ne semble pas l’avoir regretté).

Quant à mon entretien en lui-même, j'ai eu devant moi un artiste souriant, disponible et sincère. Il m'a fait sourire parfois. Parce que, oui, Christophe Miossec n'est pas que l'homme sombre et tourmenté qu'on devine dans les paroles de ces chansons.

Voici donc l’interview publiée dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc daté du mois de septembre 2011 (bref, celui qui vient de sortir…).

Scan10030.JPG

Scan10031.JPG

Scan10032.JPG

Avant de retrouver le bonus mandorien... voici le premier clip tiré de l'album:

Suite de l'interview (non publiée parce que trop long, tout ça, tout ça...):

Le dernier album est toujours le meilleur selon les artistes…

Ce n’est pas forcément de l’hypocrisie de VRP. C’est normal, tu sors d’un processus de création. Généralement, tu en es satisfait, mais ce n’est pas à l’artiste de dire si son disque est bien ou pas.

Dans « Chanson que personne n’écoute », tu évoques les gens qui sont la proie du doute.  C’est ton cas ?

Oui, mais je n’ai pas de doutes douloureux. Par contre,  je suis comme n’importe qui dans son boulot, je peux avoir des doutes sur ma fonction, ma place… ce ne sont pas des doutes déchirants. C’est normal de douter, mais il ne faut pas que ça devienne pénible. Je fais ce boulot-là pour prendre du plaisir, pas pour être un martyre.

Tu m’as avoué que tu n’écrivais jamais dans la souffrance…

Non, dans ce cas là, je suis incapable d’aligner trois mots, j’ouvre un bouquin et je vais voir le malheur chez les autres. Ça fait du bien de savoir que l’autre est plus malheureux… (Rires).

miossec,interview,chansons ordinaires

Y a-t-il des chansons que tu as estimées mauvaises ou non abouties qui ont rencontré leur public?

L’appréciation personnelle, c’est la base, tu sais. Autrement, si c’est l’appréciation du public, on va parler en chiffre de vente et ce n’est pas un critère qui me parle. Bon, par rapport à la maison de disque, l’idée, c’est quand même que ça marche pour pouvoir en faire un suivant. Il faut tout de même éviter le crash complet.

Un artiste doit-il rester mystérieux, pour le moins discret ?

Moi, c’est la télé qui me gêne dans ce métier. Faire la potiche sur les plateaux, ça, c’est la croix et la bannière. C’est quand même bien de ne pas se retrouver assis sur un canapé à écouter des conneries d’autres personnes.

C’est un luxe pour toi d’être indépendant ? J’ai l’impression que l’on te respecte tellement que tu peux faire ce que tu veux.

C’est une histoire économique, tout simplement. Je n’ai jamais signé sur une major et je suis toujours resté dans ma maison de disque initial. Si je reste chez Pias, c’est pour avoir cette indépendance. Je suis monolithique. Si on me donnait des directions à prendre et des directives sur quoi que ce soit, je crois que je m’enfuirais en courant.

Tu aimes écrire pour les autres ?

Oui, récemment j’ai écrit une chanson de marin pour les marins d’Iroise. Comme je ne suis pas un marin expérimenté, j’ai demandé à un ancien bras droit de Tabarly de reprendre mon texte pour que les termes utilisés soient cohérents. C’était de l’assistance technique pour que je ne raconte pas une seule connerie dans ma chanson.

miossec,interview,chansons ordinaires

C’est un exercice de style, donc. Tu as écrit notamment pour Juliette Gréco, chaque fois, c’est une gageure de rentrer dans leur univers ?

Il faut être absolument au service de. C’est un boulot de boutiquier. Il faut choisir des mots spécifiques pour chacun et changer de style d’écriture. Quand tu écris pour les autres, ça te ramène à une bonne réalité que tu as tendance à oublier: il y a beaucoup de textes qui passent à la corbeille.

Un auteur écrit-il toujours la même histoire ?

Écrire pour les autres donne le côté schizo. On est obligé mentalement de se mettre dans la peau de la personne.Quand on écrit pour soi, on est en circuit fermé. On raconte tout le temps juste 3 ou 4 histoires...

Enregistrer des disques, c’est pour laisser une trace ?

J’aimerais bien, mais ce n’est pas moi qui le décide. Laisser une trace, ce n’est pas tangible, tout le monde laisse des traces…

As-tu le syndrome de Peter Pan ?

Non. Tu as vu la gueule que j’ai ? Quand je me vois dans la glace, t’inquiètes, je ne suis pas dupe sur le temps qui passe.

Tu figures sur les albums hommages de deux amis à toi, Jacno et à Bashung. Ce sont deux pertes énormes.

Il y a eux qui sont partis, mais d’autres potes aussi, pas connus. Moi, les enterrements, ça me revigore. Ça pointe vraiment la vie !  Il faut profiter de sa vie au maximum, il ne faut pas la subir.

Quels sont les artistes vivants qui t’impressionnent et dont tu attends le nouveau disque ?

Daho, je crois, sort un disque bientôt. J’aime bien le dernier Biolay. C’est agréable de voir quelqu’un faire de la chanson pas avec de vieilles recettes. Il n’est pas dans la facilité et ça me plait beaucoup.

miossec,interview,chansons ordinaires

Allez, je suis très corporate aujourd'hui... pour terminer voici un petit jeu concours concernant Miossec.

Scan10033.JPG