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04 janvier 2019

Mayerling : interview pour Paranoïa

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

Je ne connaissais pas Mayerling avant de recevoir son nouvel EP. Je l’ai écouté un dimanche, jour de la semaine où je me penche sur toutes les nouveautés reçues récemment. J’avais entendu bon nombre de disques un peu « classiques » et pas vraiment dynamiques avant celui-ci. Donc, soudain, sa pop electro rock inspiré m’a fait du bien. J’ai un peu googlelisé l’artiste et me suis aperçu qu’il n’était pas un débutant. Si six ans et demi séparent les deux premiers albums de Mayerling (en vrai, Rodolphe Bary), un peu plus d’un an après la parution de I Live Here Now, il propose un EP absolument formidable, Paranoïa. Vraiment efficace. J’ai appelé son attachée de presse, amie de moi (Flavie Rodriguez) pour caler une interview très rapidement. Ainsi fut fait le 19 décembre dans une brasserie située en face de la Gare du Nord.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorMini biographie (officielle):

Projet musical mené par Rodolphe Bary, Mayerling apparaît une première fois dans la compilation Ceux Qu’il Faut Découvrir du magazine Les Inrockuptibles, avec le morceau « Countdown ». Instru électro-rock et mélodie pop, le style sera développé dans Confession, premier album sorti en 2011 et remarqué pour « sa pléiade de morceaux hypnotisants ». À l’hiver 2017 sort I Live Here Now, deuxième album où le parisien propose un voyage plus personnel, entre psychédélisme et pop 80’s, qui séduit la critique. Les radios locales soutiennent la sortie du disque et trois titres sont diffusés sur FIP.

Le disque (argumentaire officiel) :mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandor

Pour ce nouvel EP Paranoïa, Rodolphe s’entoure de trois chanteuses - Marie Derouet, Suzie et Aleea – et change de langue. Le passage au français se fait naturellement, les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. Pour le reste et comme d’habitude chez Mayerling, riffs de guitares et lignes de basse se promènent autour de boîtes à rythmes qui ne cherchent pas la complication. C’est binaire et rock au premier plan, les synthés prennent la profondeur. L'EP démarre sur le très direct titre éponyme, morceau rapide au riff entêtant où couplets pop et refrains disco s’enchaînent. Projetés dans l’euphorie ambiante, les chœurs chantent la folie et l’amertume, et le tout sonne un peu comme si Abba avait pris conscience du monde qui l’entoure.

On reprend son souffle sur l’intro des « Souvenirs de Toi », apaisé par une basse mélodique et des synthés planants. Accalmie de courte durée où l’on profite de la voix d’Aleea, qui portera cette romance empoisonnée jusqu’à son final intense et submergé d’arpégiateurs. Les machines prennent alors ouvertement le contrôle sur « Meteor », titre héritier des grandes époques synthétiques, électro deep et hédoniste, qui nous promet l’apocalypse. Dansons une dernière fois, avant de disparaître. L’EP se referme sur « Ombre violente », autofiction poignante sur la violence sociale, une chute au ralentie, bercée de nappes romantiques. Une ballade envoûtante à l’image d’un disque qui, sous ses airs de pop bien léchée, nous injecte une dose de folie, d’amour et de souffrance.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorInterview :

Tu as commencé à faire de la musique avec l’excellent François Gauer (mandorisé là en 2012) dans le groupe Folks.

J’ai appris à jouer de la basse en autodidacte à l’âge de 14 ans. A cette époque, j’adorais Metallica et je pensais que les gros sons de guitares du groupe étaient de la basse. Quand mes parents m’ont acheté une basse, j’étais dégouté (rires). Je l’ai tout de même utilisé et ça m’a permis de faire des groupes. J’ai rencontré François Gauer et on a fait du rock indé. De 15 à 20 ans, on n’écoutait que ça.

En parallèle de ta collaboration avec François Gauer, tu as commencé à créer tes propres compositions.

C’était du rock assez simple, avec des beats un peu marqués, des guitares Lo-Fi et une touche d’électronique. J’aime bien le bruit et travailler les matières sonores un peu crades. Même si dans ma musique d’aujourd’hui il y a un côté disco, un côté un peu léché, je n’aime pas que ce soit trop propre. J’aime les aspérités.

De musicien, tu as ajouté l’option « chanteur ».

Au départ, je ne chantais pas. J’ai commencé à chanter par nécessité pour mon précédent album en anglais. Je ne me considère pas comme un chanteur.

Aujourd’hui, dans ce nouveau disque, tu chantes en français.

Oui, et j’adore ça. J’écoutais très peu de musique française à part Serge Gainsbourg et Sébastien Tellier qui avait déjà un côté anglo-saxon dans la composition.

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Tu n’as jamais écouté de chanson française dans ta jeunesse ?

Mon père écoutait tout le temps Brel et Brassens. C’était mon seul contact avec la musique française. Mais  s’il faut parler de mes influences, on peut plus évoquer les Pixies ou dEUS.

Pourquoi chantes-tu en français alors ?

J’ai commencé pour le premier morceau, « Paranoïa ». J’ai trouvé que c’était plus simple d’écrire les paroles dans ma langue, de plus, j’ai constaté que cela voulait dire vraiment quelque chose. Avant, j’écrivais en anglais plus pour remplir mes mélodies. Voyant que j’arrivais à écrire pour le premier titre, j’ai continué pour les autres. Ça a été un vrai plaisir. Je suis sûr de ne jamais revenir en arrière.

Comment travailles-tu ?

Je pars toujours de machines : des samplers, des synthés… je me prends la tête avec cette base-là, puis j’ajoute de la basse, de la guitare. Ensuite j’enregistre les mélodies de chant sur un synthé et j’écris le texte. Je construis tout en même temps, en parallèle.

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(Photo : Giuliano Ottaviani)

C’est un jeu pour toi de faire de la musique ?

Oui. C’est hyper ludique. Je me sens bien quand je fais de la musique. Quand je suis dans un studio à travailler du son, je peux perdre complètement la notion du temps. J’ai du  mal à redescendre sur Terre. Pour reprendre ma vie normale avec ma femme et mon fils, il me faut un temps d’adaptation d’un quart d’heure.

Je trouve que tu as un sens aigu de la mélodie.

C’est fondamental d’avoir des mélodies efficaces. Je ne peux pas rester sur un morceau qui n’a qu’une mélodie moyenne.

Ta musique est  un mélange de pop, de disco, d’electro, de rock…

C’est marrant, j’ai l’impression de faire plus de rock que ce que les gens me renvoient de ma musique. On ne se voit pas toujours dans la case où on est.

Cherches-tu à faire de la musique « populaire » ?

Je ne travaille pas dans ce sens, mais j’aimerais plus passer à la radio, c’est certain. Je sais que les programmateurs ont une pile de disque en attente de la hauteur de la Tour Eiffel. C’est difficile, car nous sommes nombreux.

Ta musique est enjouée, mais tes textes ne sont pas très gais.

Ce n’est pas simple d’écrire des choses légères. Au cinéma, une bonne comédie, c’est dur à faire… c’est pareil pour une chanson. Parfois, je joue sur le décalé et l’humour noir, comme dans le clip de « Paranoïa ». Dans mes chansons, il y a toujours un côté grinçant.

Clip de "Paranoïa".

Ce clip réalisé par Robin Plessy est détonnant.

Les gens qui le regardent adorent. Le comédien principal est génial. Il n’y a que lui qui pouvait endosser un tel rôle.

C’est toi qui as écrit le script ?

Avec Robin, on a déliré pendant trois heures en créant cet univers. A partir de ça, j’ai construit un clip un peu plus précis.

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Pendant l'interview...

Dans ta bio officielle, j’ai lu que « les thèmes abordés fleurent bon le malaise romantique et les désillusions modernes. »

Parce que j’écris sur le monde des hommes. Je trouve intéressant que dans un disque pop avec des airs très attrayants immédiatement, il y ait des textes qui t’incitent à creuser en profondeur.

La première fois que j’ai écouté ton disque, je me suis laissé emporter par la musique. Ensuite, j’y suis revenu pour écouter les textes.

Ça me fait plaisir parce que je viens de ça : la musique pop. Le fait que tu sois d’abord pris par la musique et les mélodies, c’est ce que je souhaite. Je ne fais pas de la chanson à texte, donc je ne peux pas me vexer de ça.

mayerling,rodolphe bary,paranoïa,interview,mandorParle-moi de ta pochette.

Elle a été faite, comme pour mon précédent disque, par un duo d’illustrateurs qui s’appelle Hublot. Ils sont venus avec trois propositions et j’ai choisi celle-ci. Je la trouve très liée à la chanson « Ombre violente ». Le mouton de la pochette est en fait un humain qui est pris par une autorité sans visage. Dans « Ombre violence » je parle de la violence que tu subis dès  l’enfance à l’école et dans tous les groupes sociaux dans lesquels tu évolues après. Ça peut être l’entreprise ou une autre structure. Il y a toujours une violence latente qui va te construire. Moi, j’ai toujours ressenti ça. Cette pochette est donc liée à ça.

Mayerling, c’est un groupe ou c’est toi ?

C’est moi, mais entouré. Il y a trois femmes qui chantent dans ce disque. Ma compagne, Marie Derouet. Elle chante sur « Paranoïa », « Meteor » et « Ombre violente ». C’est la première fois que l’on enregistre ensemble pour Mayerling. Il y a aussi Suzie qui chante sur « Paranoïa ». J’espère qu’elle chantera un autre titre sur mon album à venir. Enfin, il y a Aleea. Elle était ma pote à la fac. Je savais qu’elle chantait, mais nous n’avions jamais eu l’opportunité de le faire ensemble. C’est fait dans « Souvenirs de toi ». Je suis hyper content du résultat, donc je vais également lui demander de participer à mon prochain album.

Tu parles de ton prochain album. C’est officiel ?

Oui. Je suis déjà en train de le construire. Je ne veux pas faire passer trop de temps entre cet EP et lui.

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Après l'interview, le 19 décembre 2018.