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14 mai 2016

Matthias Vincenot : interview pour Hors Cadre

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(Photo : David Desreumaux)

Le poète Matthias Vincenot m’impressionne. Il passe sa vie à défendre la langue française en général et la poésie en particulier à travers de nombreux projets (voir sa mini bio ci-dessous). Cette fois-ci, avec Etienne Champollion et l’ensemble DécOUVRIR, il propose un CD intitulé Hors Cadre dans lequel il réunit 21 textes à lui qu’il dit, trois chantés (par Antoine Coesens, Damien Roquetty et Emily Marsh) et un, où se succèdent les voix de 53 artistes : la « génération deux mille quoi ».

Voilà ce qu’en dit ma collègue (et amie), Stéphanie Berrebi dans le magazine FrancoFans.

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Ecouter l'album .

Pour sa troisième mandorisation (la première ici et la seconde), Matthias Vincenot est venu à Webedia le 5 avril dernier.

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorLe projet  Hors Cadre :

C’est tout d’abord une histoire d’une rencontre et d’une amitié longues depuis bientôt dix années entre le poète Matthias Vincenot et le musicien Etienne Champollion durant lesquelles les deux artistes collaborent lors de nombreux spectacles et du livre-disque L’âge de mes désirs paru en février 2011.

Hors Cadre, c’est du slam à sa façon, puisque le slam pur n’admet pas de musique. C’est hors catégorie.
De la poésie dite, mise en valeur par un bel habillage. C’est hors format.
Un prolongement de la tradition de l’oralité, dans un esprit de transmission. C’est d’aujourd’hui et de tout temps. C’est hors mode.
De la musique aux influences multiples par des musiciens hors pair.
Une formule singulière qu’on n’a pas l’habitude d’écouter.

C’est Hors cadre.

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(Photo :  Romain Jacquot)
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Les intervenants :

Matthias Vincenot (photo David Desreumaux):

Né en 1981, il a publié, depuis Un autre ailleurs (éditions Lettres du Monde, 1998), quatorze recueils, dont le plus récent, Génération deux mille quoi, est paru en 2015 aux éditions Fortuna. Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne, fondateur et directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il a créé, avec Thierry Cadet, le Prix Georges Moustaki de l’artiste indépendant et/ou autoproduit. Il est également directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne. Il donne régulièrement des lectures ou des récitals, accompagné par des musiciens, le plus souvent par Etienne Champollion, et aussi avec l’Ensemble DécOUVRIR. Il organise régulièrement des événements autour de la poésie et de la chanson.

Étienne Champollion (photo Romain Jacquot):matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandor

Multi-instrumentiste, il est aussi compositeur et arrangeur. Naviguant de la musique classique à la chanson, il partage également la scène avec différents chanteurs et comédiens tels que Michael Lonsdale, Marie Christine Barrault, Bertrand Burgalat, Emilie Marsh ou Céline Caussimon.

En tant que compositeur, il a déjà rédigé plusieurs cycles de mélodies ainsi que des pièces variées, de l’instrument solo au grand orchestre, qu'il joue actuellement en concert, en Europe et en Amérique du Nord.

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorL'Ensemble DécOUVRIR (photo Romain Jacquot):

Né lors de la dixième édition du festival DécOUVRIR de Concèze, l’Ensemble DécOUVRIR a décidé de poursuivre avec joie l’aventure musicale au-delà de ce berceau.

L’Ensemble est composé de sept musiciens permanents dont un quintet à cordes, une clarinette et un piano. Il s’enrichit aussi de ses doubles instrumentistes, de son compositeur/arrangeur, de ses membres invités et des artistes qu’il accompagne. Il consiste surtout en la réunion de jeunes musiciens issus de géographie et de cultures musicales différentes. Ainsi, la spécificité de l’Ensemble est de proposer un répertoire et des interventions sur mesure à la rencontre des musiques actuelles et classiques. Il s'est retrouvé aux côtés d'artistes tels que Clarika, Michaël Lonsdale, Jean Fauque, Bertrand Burgalat, Benoit Carré...

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(Photo : David Desreumaux)

matthias vincenot,étienne champollion,ensemble découvrir,hors cadre,interview,mandorInterview :

Le concept de ce disque est simple : tu dis tes propres poèmes tirés de tes différents recueils.

Oui, dont certains tirés d’anciens recueils épuisés… et il y a aussi trois poèmes inédits, le tout sur des musiques d’Etienne Champollion. Ce musicien a un talent fou pour rentrer dans l’univers des gens qu’il accompagne. J’aime quand il joue avec moi car il rentre immédiatement dans l’esprit des textes. Cela fait 10 ans que je travaille avec lui et je le trouve toujours impressionnant.

As-tu choisi les textes aussi en fonction de ce que l’on pourrait en faire musicalement ?

J’ai choisi les poèmes que l’on fait déjà en récital avec Etienne et l’Ensemble DécCOUVRIR. Ce sont ceux que l’on aime le plus jouer. Mais pour garder une certaine cohérence, j’ai conçu ce disque comme un recueil. J’ai fait attention aux thématiques et à l’ordre des poèmes.

"Nous irons", extrait de l'album Hors Cadre.

Que l’on soit clair, ce n’est pas du slam.

Les gens qui ne connaissent pas bien la poésie ont tendance à penser que la poésie, c’est le slam. Non, le slam est une toute petite partie de la poésie d’aujourd’hui et elle est extrêmement inspirée de poésies anciennes. Le slam est la parole dite, nue et qui parle de la société. Le slam a permis de montrer qu’un texte dit, ça peut passer et intéresser.

Parfois, je suis agacé par le ton que prennent les slameurs.

Moi aussi. En fait, je n’aime pas quand ce ton devient une posture. Il y a des choses très bien dans le slam et des choses moins bien, comme dans tout. En plaisantant, Etienne dit que ce disque est du slam de chambre, parce qu’il y a un peu de musique de chambre.

Parle nous de ce poème interprété par 53 artistes, Génération deux mille quoi.

Ce poème était le premier tiré de mon recueil sorti en 2015 aux éditions Fortuna, Génération deux mille quoi. Il est dit par des artistes qui sont plus ou moins de cette génération. J’ai fait parler des artistes entre 30 et 40 ans de notre époque.

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(Photo : David Desreumaux)

Ce disque est aussi une façon de défendre la poésie ?

Pour moi, la poésie doit être partout. Faire des ponts artistiques est une des manières de faire entendre de la poésie. C’est difficile parce que cet art n’est pas à la mode. Avec ce disque, je veux aussi montrer que la poésie n’est pas forcément chiante. Ça ne l’est pas du tout, mais il faut se battre pour le prouver.

Ton disque s’appelle Hors Cadre. Cela correspond à ta personnalité, je trouve.

J’aime sortir des clous. Ce disque ne ressemble pas à ce qu’on entend habituellement. Déjà, la poésie est hors cadre par rapport à ce qu’on lit le plus aujourd’hui. Moi, je veux prouver qu’il s’est passé des choses depuis Victor Hugo. Il y a des centaines de poètes en France et personne ne les connait. Je me bats pour que l’on connaisse, voire reconnaisse ces poètes dans leur diversité.

"Question de voie", extrait de l'album Hors Cadre.

Ça se vend la poésie ?

En général, un poète va vendre tout au plus cinquante recueils en librairie et il sera content. C’est un micro monde, alors tout ce qui peut se passer autour, les rencontres, les festivals, les projets comme le mien, ça permet de montrer que la poésie est autre chose que l’idée que certains peuvent en avoir.

Tu es un garçon très actif. Je ne vais pas revenir sur tout ce que tu as fait et ce que tu prépares, mais quel est ton futur projet le plus important à tes yeux ?

Il y a un truc qui me ferait plaisir. Je ne sais pas si j’y arriverai, mais je vais tenter. J’ai publié mon premier recueil de poèmes le 6 février 1998, ça va donc faire 20 ans. J’adorerais réussir à sortir un livre ou un album le 6 février 2018. J’aime bien les symboles et les boucles bouclées.

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Après l'interview, le 5 avril 2016.

Dans le FrancoFans daté de l'été 2016.

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23 décembre 2014

Matthias Vincenot : interview pour L'almanach insolite et pour Le mot et la note

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(Photo : Nicolas Rabot)

Matthias Vincenot est quelqu’un qui m’impressionne.

Avec l’air de ne pas y toucher, ce poète est toujours en mouvement. Il crée en permanence. Poèmes, festival, tremplin, livres… C’est la deuxième fois que je le mandorise. La première, c’était pour un recueil de poèmes, cette fois-ci, c’est pour un almanach et pour un essai. Points communs entre les deux ouvrages : les mots, la poésie, la littérature, la chanson…

Le 3 décembre dernier, Matthias Vincenot est venu à l’agence pour évoquer ses deux nouveaux ouvrages.

L’auteur :

Matthias Vincenot, né en 1981, a publié 12 recueil de poèmes, depuis Un autre ailleurs (Lettres du Monde, 1998), jusqu’au plus récent, Les Choses qui changent (Mines de rien, 2013, avec des photos de Pascal et Nicolas Rabot). Président de l’association Poésie et Chanson Sorbonne et fondateur et Directeur artistique du Festival DécOUVRIR de Concèze, il organise de nombreux moments autour de la poésie et de la chanson. Il est Sociétaire de l’Académie Charles Cros et membre d’honneur du Comité du P.E.N. Club français (Poètes Essayistes Nouvellistes). Créateur, avec Thierry Cadet, du Prix Georges Moustaki de l’album indépendant et/ou autoproduit, il est aussi le Directeur artistique de Poésie en liberté. Par ailleurs Docteur ès Lettres, il est professeur aux Cours de Civilisation française de la Sorbonne.

almanach-insolite.jpgL’Almanach insolite (éditions Mines de rien, 2014) :

Un Almanach qui ne ressemble à aucun autre. Des inédits, des nouveautés, mais pas du déjà-vu. Avec parfois des textes très courts. Du sérieux et de l’humour. Avec des personnalités de différents horizons, dans une diversité harmonieuse.
Chaque dimanche, une recette est proposée par un chef cuisinier ou des passionnés de cuisine.
Un Almanach de plus ? Non. Un nouveau type d’Almanach, avec de l’allure et du fond. Qui donnera du plaisir, qui fera rêver et réfléchir, avec lequel les lecteurs seront surpris, émus, bousculés. Un Almanach qu’on n’attend pas, un Almanach original.
En résumé, un Almanach insolite.

Interview :

C’est toi qui as eu l’idée de créer un nouvel almanach plus original que les autres ?

Oui. Je me suis dit : si je faisais un almanach comme j’ai envie d’en lire ? L’almanach a une image un peu particulière, un peu vieillotte et désuète.  On pense qu’on y lit des blagues par forcément drôles, des espèces d’astuces bidons…  moi, j’avais envie de partir de l’image qu’a cet ouvrage populaire, mais en y mettant des choses que j’aurais envie de lire moi-même.

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C’est très intellectuel alors ?

Mais, je ne lis pas et ne fais pas que des choses intellectuelles. Ce que je propose est très varié. Il y a 300 personnalités, une recette de cuisine par des chefs ou des passionnés de cuisine. Parmi les chefs : Gérard Baud, Michel Del Burgo, Jean-Luc Rabanel, Philippe Gardette et Francis Tessandier (de « Chez Francis » à Brive). Pour ce qui est des gens qui ont envoyé des textes, c’est une diversité qui va de CharlElie Couture à Monseigneur Di Falco par exemple. Je ne me suis pas cantonné à un style. On découvre les gens sous un autre jour. Quand Dave écris sur la mort, on n’imagine pas forcément qu’il écrirait sur ce sujet. 

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As-tu donné des indications aux contributeurs ?almanach-insolite4.jpg

Non, car je voulais que les participants à cet almanach se sentent libres et, se sentant libres, certains décident d’écrire des choses différentes de ce que l’on pourrait attendre d’eux. De ce côté-là, j’ai été servi.  Ici, Smaïn propose une chanson. Pour Noël Mamère et Jean Glavany, c’est un poème, de même que pour Pierre Rochefort, Arthur Dreyfus, Arno Klarsfeld, Daniel Lavoie, Alice de Lencquesaing et Jeane Manson. Guy Konopnicki évoque Dada et Alain Bauer quelques criminels mythiques. Pour le rugbyman Wenceslas Lauret, c’est l’importance de la chance. Bernard Ménez fait un plaidoyer pour l’athéisme et la laïcité. Marielle de Sarnez parle d’Europe et Bernard Combes des pendus de Tulle. De la mémoire à la perte de mémoire… par Florence Duprat, qui évoque la maladie d’Alzheimer. Frédérique Deghelt rend hommage à son oncle, François Deguelt, l’évoquant publiquement pour la première fois. On trouve aussi de nombreux textes souriants, comme celui d’Hervé Chabalier sur les marronniers dans la presse, de Christophe Girard qui s’amuse de certaines expressions courantes, de François Rollin, ou de Francis Lalanne avec une fable. Également, des nouvelles inédites, de Philippe Jaenada, et, plus étonnant, de Sophie Mounicot, de Muriel Combeauet de Céline Caussimon.Valérie Vogt, en plus d’un texte, fait découvrir une recette. Des chanteurs proposent un extrait d’une de leurs chansons, comme Liane Foly, Gérard Lenorman et Arno. CharlElie Couture écrit en prose, et s’interroge : Si j’étais une femme

Il y a aussi des éphémérides originales signées Christophe Tastet, animateur sur France Bleu Limousin.

Ces éphémérides sont ce qui se rapprochent le plus d’un almanach sauf que les siens sont très savants et, apparemment, légers. On apprend plein de choses en s’amusant. Il y a de l’humour mélangé à du fond.

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10608666_738581709546050_1201113732284525704_o.jpgEn quoi cet almanach est-il insolite ?

Parce que l’on ne s’attend pas à trouver autant de personnalités, autant de textes différents, autant de textes différents de ces personnalités, associés à cette belle mise en page, ces magnifiques photos à chaque page, les éphémérides et les recettes de cuisine. Non, franchement, c’est un almanach unique, inattendu et original.

Avec tes activités, tu connais beaucoup de monde dans la chanson française. Nombreux sont les artistes qui y participent.

Les chanteurs, nous les entendons chanter, mais parfois on oublie qu’ils savent aussi écrire.

Il y aussi pas mal de poètes.

Oui, mais je n’ai pas souhaité assommer les gens de poésies. Je voulais montrer dans un ouvrage, avec des textes différents, qu’un poème pouvait se lire avec naturel.

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Matthias Vincenot à l'agence, le 3 décembre.

couv_le_moet_et_la_note.jpgLe mot et la note (éditions de l’Amandier, 2014) :

« Tout au long de cet ouvrage, avec minutie et érudition, Matthias Vincenot traque les différences et les ressemblances entre les deux cousines. Il révèle les processus de création à travers l’analyse des figures et les œuvres maîtresses dans les deux disciplines », écrit Georges Moustaki dans son prologue. Après une introduction présentant un historique des rapports entre la poésie et la chanson, cet ouvrage tente de déterminer d’abord ce qui peut faire poésie, en s’arrêtant sur la mise en musique des poèmes, étudiant notamment comment un poème peut devenir une chanson ; ensuite, il est question de la chanson, de la façon dont on peut la définir comme de son pouvoir évocateur, qui n’est pas sans conséquences dans la culture et la mémoire populaires. Puis ce travail s’arrête sur la musique des mots, et donc sur l’utilisation du son, dans la poésie comme dans la chanson, avant de présenter le rapport des chanteurs à la poésie. Enfin, cela amène à déterminer la nature et la place du slam.

Interview :

Dans ce livre, tu as réuni tes deux passions, la chanson et la poésie.

On entend beaucoup de simplifications sur la poésie et la chanson. Soit c’est totalement différent, soit c’est totalement la même chose. Ce n’est ni totalement différent, ni totalement la même chose. Il fallait se poser un peu pour parler de tout ça. En fait, la source de ce livre est ma thèse de Doctorat que j’ai faite à la Sorbonne. J’ai voulu partager mon point de vue sur la question au-delà du cercle universitaire, c’est pour cela que j’ai transformé la thèse en livre. Je voulais élaborer un livre grand public qui puisse se lire facilement.

Allain Leprest par exemple, c’est un chanteur, mais c’est aussi un poète, non ? La leprest3.jpgfrontière entre les deux est mince en tout cas…

Pour moi Leprest est d’abord un chanteur, même s’il est aussi un poète. Mais en général, ça fait du mal à la poésie de dire que dès qu’un chanteur écrit bien, c’est un poète. Un poète quand il écrit un texte, il écrit juste pour être lu et pour être publié dans des livres. Un chanteur, quand il écrit un texte, il écrit pour être chanté. Ce n’est pas le même objectif d’écriture, ni la même façon d’écrire. Il faut être très prudent avec ça parce que la poésie est malade de cet amalgame. Dès qu’il y a un chanteur qui a des textes très riches, on dit que c’est un poète. Pendant très longtemps, on a imaginé que la poésie, c’était Brel, Brassens, Ferré et que ce n’était rien d’autre. Il n’y a rien de plus faux.

Et toi, en tant que poète, as-tu essayé d’écrire des chansons ?

J’ai tenté d’écrire des chansons, mais ça n’a pas marché. Là où il y a de très bons résultats, c’est quand des chanteurs prennent un de mes poèmes et le chantent.

Le prologue de ton livre est signé Georges Moustaki.

Je me suis dit que sur ce sujet Moustaki avait des choses à dire. Le soir de ma thèse, quand je suis arrivé chez moi, je lui ai envoyé un message et il m’a répondu tout de suite. Pour ce livre, il a écrit ce petit texte et il était déjà très fatigué, donc, ça m’a beaucoup touché.

bandeau-prix.jpgTu es aussi le co-fondateur du Prix Georges Moustaki avec Thierry Cadet. Peux-tu nous annoncer quelques nouvelles pour le prix 2015 ?

La présidente est cette année la chanteuse Rose et le parrain est le groupe Archimède. Le Prix Moustaki reste une très belle expérience, d’autant plus que nous avons de nouveaux partenaires pour cette édition, comme le FestiVal de Marne et Catalyse. Et nous avons le soutien de l’Université Paris-Sorbonne.

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Après l'interview, le 3 décembre 2014.

28 mai 2013

Matthias Vincenot : interview pour "Les années aperçues" et bien plus...

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Deux conseils de sorties...

Ce soir à 20h30 à la Sorbonne, amphithéâtre Richelieu, à l’occasion de l’ouverture du 15ème anniversaire de Poésie en liberté (concours international de poésie en langue française : www.poesie-en-liberte.com), Matthias Vincenot et Poésie et Chanson Sorbonne, avec Poésie en liberté vous propose Escale poésie et chanson. Poètes, chanteurs et comédiens feront escale, le temps d’une soirée atypique.

Au programme : chanson avec Manu Lods et Laurent Madiot. Carte blanche poétique au comédien et poète Claude Mercutio. Lecture de poèmes lauréats du concours Poésie en liberté par les comédiennes Armelle Deutsch, Nadège Beausson-Diagne, Pauline Parigot et Léopoldine Serre. Lecture de leurs poèmes par les poètes André Prodhomme, Président du jury Poésie en liberté 2013, et Matthias Vincenot, Directeur artistique de Poésie en liberté.

Entrée libre sur réservation :
Agenda-culturel@paris-sorbonne.fr / 01 40 46 33 72 / president@poesie-en-liberte.com

Sinon, il y a aussi Chanson Française en Sorbonne le 6 juin prochain:

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Là encore, cette soirée est à l’initiative de Matthias Vincenot.

Je connais personnellement ce garçon depuis que je suis devenu l’un des membres du jury du Prix Georges Moustaki cette année. Avec Thierry Cadet, il est à l’origine de ce prix qui récompense des artistes qui sortent des albums autoproduits et/ou indépendants. Matthias Vincenot est aussi poète. Il publie régulièrement des recueils de poèmes. Le dernier en date s'intitule Les années aperçues. Matthias Vincenot organise bon nombre de manifestations artistiques qui mélangent poèmes et chansons. C’est un vrai passionné comme je les aime, alors j’ai décidé de le mandoriser. Il est venu à l’agence le 2 avril dernier…

DSC07399.JPGInterview :

Si j’en juge ton parcours, tu as toujours fait beaucoup de choses artistiques dans ta vie.

Depuis tout petit, j’avais 7 ans, j’écrivais déjà des petites histoires, des romans, des poèmes et des chansons. Je dessinais aussi, mais j’ai vite arrêté cette activité-là. Ensuite, je n’ai jamais arrêté.  J’ai toujours eu une personnalité à faire beaucoup de truc de mon monde.

De ton monde ?

Tout à l’heure, nous parlerons du Festival Déc’Ouvrir de Concèze. Mes parents ont une maison à Concèze. Quand j’y allais enfant, mes parents pensaient que j’allais jouer au tracteur, aller à la pêche avec les voisins de mon âge. Mais pas du tout. En fait, c’était les voisins qui venaient chez moi, qui jouaient aux petites voitures et qui chantaient. Quand je te dis que je faisais des trucs de mon monde, c’est ça. J’ai toujours privilégié ce qui était artistique.

Tu es devenu docteur es-lettres, tu as donc poursuivi dans la voie de l’écriture, des Lettres en général. Tu es même professeur en cours de civilisation française à la Sorbonne.

Oui, c’est un institut pour étudiant étranger.

Tu es sociétaire de l’Académie Charles-Cros.201623_2013-01-26-matthias-vincenot-paris.jpg

Je m’occupe notamment de la commission « Paroles enregistrées », ce sont les documents sonores. Ça me prend beaucoup de temps. Je suis également membre de la commission « chanson ».

Tu ne te contentes pas de créer, tu aimes beaucoup organiser des évènements.

Je suis nul pour organiser un anniversaire. Tout ce qu’on organise dans la vie de tous les jours, je ne sais pas. Par contre, organiser des soirées, des choses comme ça liées à la poésie et à la chanson, oui. En fait, c’est né quand j’ai publié mon premier recueil en 1998. J’étais en terminal, je suis rentré peu de temps après à la Sorbonne, ça a correspondu à la sortie de mon deuxième recueil. Je me disais que j’avais la chance d’être dans un lieu où je pouvais faire des choses, donc  ça m’a donné l’idée d’organiser des soirées de poésie. Je faisais venir soit les poètes dont je connaissais l’œuvre, soit que je découvrais. Ça m’a permis de découvrir de la poésie en plus de celle que je connaissais déjà et de faire découvrir celle que j’aimais personnellement. Dans un deuxième temps, j’ai aussi organisé des soirées pour faire découvrir des chanteurs. La Sorbonne m’a toujours laissé carte blanche pour toutes mes fantaisies.

Tu allies aussi ces deux arts, la poésie et la chanson.

Pour moi, ce n’est pas la même chose, la poésie et la chanson, mais ce sont deux éléments qui peuvent faire une rencontre.

affiche-2012.jpgBon, parlons donc du Festival Déc’Ouvrir de Concèze qui mêle la chanson et la poésie.

J’invite des chanteurs et des poètes. Parfois, il y en a qui pensent que c’est un festival de poésies chantées. Pas du tout. Ce n’est pas non plus un festival de spectacles poétiques. L’idée c’est de faire venir des poètes qui disent leurs textes et de faire venir des chanteurs qui chantent leurs chansons, tout simplement. Le tout dans un esprit de diversité et de variété.

Il y a des artistes confirmés et d’autres, à découvrir…

Oui, par exemple dans le programme 2013, qui n’est d’ailleurs pas encore dévoilé, il y a aussi bien quelqu’un comme Francesca Solleville ou comme Jil Caplan. Chacune est une sorte de tête d’affiche, mais dans des réseaux totalement différents. Il est vrai qu’avoir des gens un peu connu permet d’avoir un peu plus de visibilité, d’émissions plus longues, mais ce n’est pas la raison principale. Ce sont des gens qui ont du talent, c’est tout. Je suis certain que je pourrais faire fonctionner ce festival sans artistes connus parce que les gens qui viennent sont des gens qui ont compris le concept. Les médias locaux suivent énormément cet évènement, je n’ai aucun problème.

Parlons du Prix Georges Moustaki que tu as créé avec Thierry Cadet. Je trouve que25020_519861951366635_952122248_n.jpg c’est un prix formidable. Pourquoi avoir choisi cet artiste et pas un Brel, Ferré ou Brassens ? Vous en vouliez un vivant ?

(Notez que cette interview a été réalisée avant le décès de Georges Moustaki.)

On ne voulait pas forcément quelqu’un de vivant, on voulait quelqu’un qui ait un lien avec l’indépendance. On a estimé que s’il y avait quelqu’un dans le monde de la chanson absolument incontesté et qui avait un esprit d’indépendance et de liberté, c’est bien Georges Moustaki. On a espéré qu’il accepte de donner au prix et il a accepté tout de suite.

Thierry Cadet et toi êtes allés le voir ?

Oui.  Il nous a dit quelque chose de très beau : « Vous voyez, la maladie aura eu au moins un avantage, elle aura été l’occasion de travailler ensemble ». Il en a parlé aussi à Jean-Pierre Pasqualini dans le magazine Platine. Ça nous a touchés parce que c’est quand même Moustaki et surtout, ça montre l’humilité et la grandeur du bonhomme.

Le prix Georges Moustaki commence à prendre de l’importance…

Oui, ça évolue, c’est bien. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est trouver des financements parce que les seuls que nous ayons, c’est l’Université Paris Sorbonne. C’est elle qui la finance et l’ensemble des soirées que j’organise d’ailleurs. C’est mon association en réalité qui distribue une somme pour le Prix Georges Moustaki. Il nous faut trouver d’urgence d’autres moyens.

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Je ne comprends pas que la presse, les médias en général,  ne couvre pas plus l’évènement.

On a beaucoup d’annonces, de reportages et de retours de la soirée sur internet. Au niveau des médias classiques, on a eu une belle annonce dans L’express. Le magazine Platine aussi joue le jeu. Disons que ça prend progressivement. Ce prix se développe petit à petit. En tout cas, les artistes qui ont le prix le mettent très en avant. Pour eux, c’est un gage de qualité. Et puis, les programmateurs, les tourneurs et les responsables de festivals sont très attentifs à ce qu’il se passe chez nous. Ce prix commence à compter.

Avec comme président du jury, cette année, Alexis HK… la classe !

Oui, on fait très attention à qui préside. La première année, on a eu Arnold Turboust, l’année dernière Jeanne Cherhal et Enzo Enzo. On choisit des gens qui adhèrent à l’esprit du prix.

31471_560326910658533_512083142_n.jpgAbordons ton recueil de poèmes qui vient de sortir, Les années aperçues. Ton amour de la poésie est arrivé par quel biais ?

L’un de mes tout premiers livres, c’était une anthologie de poésies du Cherche-Midi. Quand j’étais gosse, j’étais fasciné par la rue du Cherche-Midi. C’est amusant parce que cette anthologie a été réalisée par le grand poète Jean Orizet et aujourd’hui, je fais partie d’anthologie qu’il a réalisée. Il ne sait pas que c’est un peu grâce à lui que j’ai découvert la poésie. Il faudra que je lui dise un jour.

Tu as à ton actif, 11 recueils de poèmes.  Tu fais partie d’une nouvelle génération de poètes qui devient importante.

Disons que je suis dans pas mal d’anthologies et que l’on me prend au sérieux dans cet univers. Après, c’est un petit monde.

Je trouve qu’être considéré comme poète, c’est énorme. Tu arrives à te considérer comme tel ?

C’est quoi être poète ? Il y a des tas de gens qui écrivent de la poésie, je le sais bien. Après, il y a la nature de ce que tu écris et « le statut de poète ».  J’imagine que quand on commence à être publié, on peut dire qu’on est poète.

Être poète au 21e siècle, ça représente quoi ?

Le poète dans la société est absolument mis sur un piédestal, mais parfaitement ignoré. La poésie est considérée comme un truc qui ne se vend pas, elle existe très peu dans les médias, beaucoup de libraires n’en vendent pas… donc, ce statut de « poète » n’est pas particulièrement enviable. Souvent quand je vais dans des lycées, les lycéens sont étonnés de me voir parce qu’ils pensent que tous les poètes sont morts. Il y a certes plein d’enseignants qui mettent en avant la poésie d’aujourd’hui, mais pour la plupart, ils sont obligés de mettre en avant les poètes incontournables. Le programme scolaire veut ça. On apprend la poésie jusqu’à la moitié du 20e siècle. Beaucoup de jeunes pensent que la poésie d’aujourd’hui n’existe pas.

Je te l’ai dit récemment, je ne connais pas grand-chose à cet art littéraire. Ce n’est pas dans ma culture, mais j’ai curieusement beaucoup apprécié ton style à toi. Ta façon de jouer avec les mots m’a finalement transporté et ton rythme aussi.

Ça me fait plaisir ce que tu me dis parce que la poésie, pour moi, c’est d’abord du rythme. Du rythme qui doit tenir dans les mots. Et c’est aussi ce que les mots vont te faire au-delà du sens. La poésie qui n’a que du sens, ça devient de la narration et ça peut devenir rapidement de la prose coupée en morceaux. Moi, j’appelle la poésie, la chair des mots. Léo ferré disait : « les poètes qui comptent sur leur doigt pour avoir leur nombre de syllabes, ce ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes ». Pour résumé, la poésie, c’est le rythme, la suggestion et la sensation.

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Tu aimes jouer tes poèmes. Tu fais des lectures, des récitals à partir d’eux. Pour la sortie de Les années aperçues, tu as organisé une soirée étonnante.

Je lisais mes poèmes accompagnés d’un septet, l’ensemble Déc’Ouvrir qui est né à mon festival de Concèze, et mes lectures étaient entrecoupées de chanteurs qui ont fait deux titres chacun.

Quand on sort un recueil de poésie, faut-il nécessairement des liens entre chaque poème ?

Il faut au moins une cohérence dans chaque recueil, mais en réalité, elle se fait dans chaque recueil par l’atmosphère qui s’en dégage et, car ces poèmes ont tous été écrits dans la même période. Par contre, ce serait difficile d’écrire un recueil de poèmes avec une thématique, ça ferait trop exercice de style.

Comment t’arrive un poème ? Tu sais l’expliquer ?

Il arrive de façon bizarre. J’ai un vers qui arrive dans la tête, il peut arriver n’importe quand, là pendant que je te parle par exemple.

Que fais-tu dans ce cas-là. Tu interromps l’interview et tu le notes ?

Je m’arrête de te parler et je le note sur un papier.

Ah oui ! Tu interromps l’interview, carrément ! Sacrilège !

Qu’est-ce qui serait plus grave ? Interrompre l’interview ou perdre le poème ?

Bon, d’accord, je ne lutte pas.

Si tu veux, je peux écrire le poème tout en te parlant. (Rires)

images.jpgTu aimes qui dans la poésie française ?

Quand on parle des poètes contemporains, les gens ne les connaissent pas. Dans les classiques, j’en ai au moins deux : Rimbaud et Apollinaire. Rimbaud parce qu’il a transformé la langue poétique et qu’à partir de lui, la règle n’est plus un absolu. La poésie peut désormais être libre et aller dans tous les sens. Si elle s’impose une règle, elle se l’impose pour le fond. Ce n’est pas la forme qui précède le fond, c’est le fond qui précède la forme. C’est un changement énorme par rapport à ce qui avait pu se faire en partie avant.

Et Apollinaire ?images.jpg

Pour le rythme. C’est un des premiers à ne pas avoir mis de ponctuations dans ses poèmes. Mon écriture, instinctivement, me vient de la même façon que lui. Je n’ai pas de ponctuations à la fin de mes vers. Andrée Chédid, que tu connais, avait dit dans une émission, Le cercle de minuit, dans laquelle j’étais aussi invité, que ma poésie était limpide et profonde. Tant mieux si c’est ça. J’espère en tout cas.

Tu as commencé à 17 ans. Tu étais considéré comme le plus jeune poète de France.

Oui et je connaissais le plus vieux poète qui était Pierre Béarn. On a fêté ses 100 ans à la Sorbonne. Il est mort à 102 ans. Bon, aujourd’hui, je ne suis plus le plus jeune, évidemment. C’est dur de constater que l’on vieillit.

Tu organises aussi le concours Poésie en liberté.

On m’a proposé d’en être le directeur artistique il y a 3 ans parce que les gens qui s’en occupaient savaient que j’organisais beaucoup de choses.

Que fais-tu en ce moment ?

Ma thèse sur "la poésie et la chanson". Elle va être publiée aux éditions de l’Amandier l’année prochaine. Ça devrait s’appeler Le mot et la note, mais je n’en suis pas encore sûr. Il y a aussi un livre qui devrait paraître dans une maison d’édition de Corrèze sur les paysages. Ce sera un certain nombre de mes poèmes autour des lieux et des paysages que je vais appeler Les choses qui changent.

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