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26 janvier 2019

Collectif 13 : interview pour Chant Libre

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(Photo : Tidash)

Après un premier album en 2015 (10 000 exemplaires vendus) et une tournée de plus de 100 dates le COLLECTIF 13 revient avec Chant Libre. Rappelons que le groupe est composé de Guizmo (Tryo), Gari (Massilia Sound System), Mourad (La Rue Ketanou), Danielito (Tryo), Gerome, Erwann et Fred (Le Pied de la Pompe), Alee, DJ Ordoeuvre, Max (Le P'tit son) et Syrano, En 15 morceaux, ils passent notre modernité au crible, sans aucune concession, mais avec une sacrée bonne dose d’espoir et une bienveillance dont nous avons tous besoin.

Le 17 janvier dernier, j’ai été convié chez Sony pour mandoriser 4 des 11 membres de ce collectif (et non, ils ne sont pas 13) : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk. Habituellement, les interviews avec plusieurs personnes, c’est plutôt la croix et la bannière parce qu’il y en a toujours un ou deux qui font les malins. Là, c’était gentillesse et respect. Je n’en étais pas vraiment étonné (ils ont cette réputation-là), mais ça fait du bien quand même…

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorArgumentaire de presse officiel :

Sur les pas de son prédécesseur et tourné vers des sonorités reggae, rap, électro et rock, ce nouvel album de chansons inédites ne manquera pas d'écorcher, non sans humour et avec une certaine acidité, le président actuel des USA avec le titre “Trumperie”. LE COLLECTIF 13 posera également un regard acerbe sur la capitale des Emirats Arabes Unis, préférant l'authenticité au paradis artificiel et bétonné de “Dubaï”.

“Last Black Friday” épingle haut et fort la folie de notre société de consommation tandis que “Welcome” caricature avec une dérision toute particulière les rêves de célébrité de certains artistes en devenir, le graal ultime étant la diffusion sur les mass medias. “Réseau” pointant du doigt notre besoin insatiable d'être connectés, quitte à nous perdre nous-même… “Invisible” rend hommage à tous ceux qui, “en bas de la pyramide” survivent à un monde qui les oublie. “Il arrive”, ode au farniente, déroule, dans une ambiance très down-tempo cette envie de prendre le temps, un besoin irrépressible de se poser pour profiter, tout simplement.

Quant à “Collègues”, “Place au soleil”, “Mon frère”, “Tu vas t'y faire”, “Collectif et tondus”, “Rien à foutre”, “CQNP” et “Tout petit déjà” sont autant de titres qui véhiculent tout l'ADN du COLLECTIF 13. Un peu comme la colonne vertébrale de ce nouvel album, ces titres, en guise de fil rouge, renvoient à toutes les valeurs que défendent depuis des années, les joyeux membres du COLLECTIF 13 : L'amitié, la solidarité, le partage, la fête, l'humanité et… le bonheur insolent d'avoir réussi une fois de plus à se retrouver tous ensemble pour élaborer donc Chant Libre ce nouvel album généreux de 15 nouveaux titres.

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(Photo : Tidash)

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorInterview :

Comment vous est venue l’idée de créer ce collectif ?

Guizmo : Tout ça, c’est à cause de Gerome. Il a commencé par nous emmener en tournée en 2011 avec Alee, Zeitoun de la Rue Ketanou et moi. On a fait une quarantaine de dates dans laquelle on a mélangé nos répertoires. Nous nous sommes tellement bien marrés a décidé d’aller plus loin. On a appelé d’autres potes pour nous accompagner. C’est vraiment Gerome qui a été l’organisateur de tout ça. Il a même produit le premier album.

Gerome : Le plus dur a été de synchroniser les plannings parce que tous nos groupes tournent beaucoup. Aujourd’hui, on a réussi à faire en sorte que ce projet-là fonctionne.

Vous êtes tellement nombreux que je me demande bien comment vous pouvez composer et écrire ensemble.

Gari : Il y en a un qui envoie un début de couplet, l’autre qui rebondit dessus. Ça peut donner un résultat improbable… on a frôlé le cadavre exquis par moment. On a fonctionné un peu comme si nous étions un groupe de rap. Chacun a écrit ce qu’il chante, comme ça, on se sent tous impliqué.

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(Photo : Maryline Simonet).

Pas besoin de vous présenter, vous le faites très bien dans les deux premières chansons, « Collègues »collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor et « Tu vas t’y faire ». Dans cette dernière, il y a beaucoup d’ironie sur vous-mêmes.

Mourad : C’est une chanson qui a été amené par Syrano. On a beaucoup aimé cette phrase : « c’est quoi ce collectif de chanteurs ringards ? » L’idée de mettre en avant cette chanson vient du fait que nous pratiquons beaucoup l’autodérision. On aime faire des chansons avec du fond, mais on aime aussi pratiquer le second degré.

Guizmo : Comme le dit Mourad, l’autodérision fait partie du concept de Collectif 13. L’idée, c’était de se marrer et de se chambrer les uns, les autres. Même si on chante des chansons sérieuses, en vrai, nous ne sommes ni des gens sérieux, ni des personnes parfaites. Nous sommes de grands enfants. D’ailleurs dans le clip de « Collègues », ce sont des enfants qui jouent nos rôles, ce n’est pas innocent.

Gerome : Il y a aussi quelque chose qui nous réunit, c’est que l’on continue à garder espoir en ce monde. Et on a un besoin viscéral de le dire.

Clip de "Collègues".

Vos chansons sont d’une redoutable efficacité mélodique et les textes sont compréhensibles immédiatement. C’est difficile de faire simple ?

Gerome : Une chanson qui dénonce l’esclavagisme au Pakistan, on arrive à en parler assez facilement, mais une chanson simple et généreuse, c’est assez dur  à  créer en effet.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le vôtre en ces temps très mouvementés. Ça nous extirpe de notre torpeur.

Gari : Tant mieux parce qu’on a envie de désarçonner les pisses-froids.

La chanson « Invisible » est une chanson importante en plein mouvement « Gilets jaunes ».

Guizmo : C’est un texte fort. Parfois, on aime bien poser notre tristesse, nos craintes, nos peurs et les exprimer vraiment. Dans cette chanson, on parle de tous ces gens que l’on n’entend pas. Certains sont devenus des « Gilets Jaunes », d’autres non. En tout cas, on a porté leur colère en musique.

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(Photo : Tidash)

Ce qu’il se passe aujourd’hui dans la rue, c’était prévisible ?

Mourad : Oui évidemment. Nous, tous autant que nous sommes devant toi, ça fait longtemps que l’on prend part à cette détresse, mais pas uniquement en faisant des concerts de soutien. On travaille et on s’investit beaucoup avec des associations. Ça fait longtemps qu’on assiste à ce ras-le-bol et qu’on essaye de coller quelques pansements sur le cœur et les âmes des gens. On remplace un peu le gouvernement ou les administrations concernées et ça, ce n’est pas normal. Ils lâchent l’affaire et refilent tout aux associations, mais elles ne s’en sortent plus parce qu’il n’y a plus d’argent. Comme on est en contact avec ces gens-là au quotidien, nos albums vont obligatoire refléter ce quotidien.

Gari : Il y a un ras le bol social général. Il faut du lien. La vie est chiante en occident si tu es un oublié. A Marseille, il y a 1000 migrants dans la rue et 10 000 appartements vides… et on n’arrive pas à régler le problème. Si à Ouagadougou tu expliques le concept des mecs qui fouillent dans les poubelles pour manger, ils hallucinent. Là-bas, il y a toujours une assiette pour ceux qui ont faim.

Guizmo : On peut très vite se retrouver dans la rue et je ne comprends pas qu’il y ait si peu la notion de partage en France. On est le 17 janvier, il y a déjà eu 17 morts dans la rue. Il est vraiment temps que cela s’arrête.

Mourad : Il y a des gens qui ont 6 voitures et autant de maisons. En plus, ils font leur fortune sur le dos de personnes qui vont mourir dans l’anonymat et la détresse.

Gari : J’ose espérer que les nouvelles générations consommeront de manières plus éthiques

C’est le thème de « Last black Friday ».

Mourad : Tu te rends compte qu’il y en a qui se battent pour des pots de Nutella en réduction. On devient la caricature des pires choses que l’on pouvait redouter de l’être humain.

Clip de "Réseau".

Vous évoquez aussi les réseaux sociaux, dans la chanson « Réseaux ».

Guizmo : De quelque chose de super, on en arrive à en faire quelque chose de dangereux. Internet est un outil de communication génial et on ne peut pas passer à côté. Il permet d’apprendre, mais avec les abus, il permet aussi de désapprendre et de se retrouver seul. Avec les réseaux, on arrive à mentir aux gens en masse. Ça donne l’arrivée au pouvoir d’un président brésilien et d’un président américain, tous les deux racistes, homophobes et nationalistes… Internet  c’est à  la fois magique, formidable et rapide, mais ça t’enferme et t’isole complètement. Et tu ne vois pas le danger arriver.

Puisque tu parles de Trump, vous lui avez dédié une chanson, « Trumperie ».

Guizmo : L’annonce de la victoire de Trump a été un vrai choc tant il nous fait peur. Je suis arrivé avec une chanson déjà bien écrite et on a tous pris plaisir à vider un peu notre sac. Quel gâchis de mettre des types comme ça au pouvoir d’un pays avec un tel potentiel humain et écologique ! Tryo chante depuis 20 ans l’inverse de ce que prône ce personnage.

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Pendant l'interview...

L’écologie est le thème le plus important pour toi, Guizmo.

Guizmo : Avec Tryo, on se bagarre depuis des années en accompagnant et soutenant des associations comme Greenpeace. Avec Obama, on se disait que les choses avançaient et soudain, l’autre arrive et fait reculer la Cop 21 de 20 pas. Là, on n’a plus le droit de perdre du temps.

Vous pensez que l’on va droit dans le mur ?

Guizmo : Je ne pense pas.

Mourad : On est dans une mutation de la société. Il y a des scientifiques qui continuent à chercher des méthodes alternatives d’énergie. Il faut que l’on continue dans cette direction-là.  

Clip  de "Une place au soleil".

Dans « Il arrive », vous dites aussi qu’il faut parfois oublier tous les soucis et se poser.

Mourad : Chaque personne se doit d’avoir des moments pour contempler l’oisiveté.

Guizmo : On ne prend plus le temps de se poser, seul, sous prétexte que l’ennui peut arriver. Il faut savoir s’ennuyer parfois pour se retrouver.

Gerome : Les pédiatres disent que pour les enfants, c’est important de s’ennuyer.

Mourad : Il y a eu des études sur la question. Le silence permet à ton cerveau de se régénérer et d’allumer les parties de lui qui ne fonctionnent pas quand tu es tout le temps au contact de la lumière, du son et du bruit.

Parlons de « Welcome ». Vous vous moquez des « artistes » qui souhaitent être connus du jour au lendemain.

Guizmo : On se moque, mais avec tendresse. Nous, artistes et musiciens, on ressent quand même au fond de nous une certaine jubilation quand on entend à la radio une chanson que l’on a créée. Nous avons conscience que c’est un combat de faire rentrer un titre en radio et d’être médiatiser. On peut aussi passer à côté de tout ça et se contenter de chanter ses chansons avec le public dans des festivals…

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Après l'interview, le 17 janvier 2019, chez Sony. 

De gauche à droite : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk).

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