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19 juin 2021

Massilia Sound System : interview de Moussu T et Gari Grèu pour Sale caractère

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(Photos : Marcel Tessier-Caune)

massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractèreVers la fin des années 80, Massilia Sound System implante à Marseille le sound system jamaïcain : des instrus de reggae, de grosses enceintes et des micros pour tchatcher. Le principe est simple : l’envie d’être ensemble, de passer un bon moment, de se regarder au miroir d’une musique qui unit minots et mamies, de jeter à la fois cris d’indignation et encouragements à la résistance. Des débuts du hip-hop et du reggae en France, en passant par la scène punk alternative et traditionnelle occitane, Massilia Sound System a tout essayé avec succès. La formation sort un 9e disque, Sale caractère.

Présentons les membres du groupe. Il y a Moussu T, Papet J et Gari Grèu aux micros, Janvié aux claviers, Blu à la guitare et DJ Kayalik aux platines.

C’est Moussu T et Gari Grèu (déjà mandorisé là avec Collectif 13) que j’ai rencontrés lors d’un rapide passage parisien, le 17 mai dernier chez un disquaire.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Sale caractère.

Argumentaire de presse (en version raccourcie) :

Ils nous avaient tellement manqué que l'on n'osait plus vraiment y croire. Réentendrait-on le staccato têtu des rythmiques électroniques sous ces voix charnues et rocailleuses ? Retrouverait-on les textes tout sourire et poil à gratter de Papet J, Moussu T et Gari Grèu ? Eh bien oui. Ainsi que le plus long hiver n'empêchera jamais le printemps d’arriver, Massilia Sound System a fini par revenir en studio, sept ans après Massilia Oui, combatifs et souriants, engagés et déconneurs, c’est bien eux. On n’a pas souvent l'occasion de croiser des groupes comme Massilia Sound System, qui savent autant parler à l'intelligence que parler au cœur, convoquer l'imaginaire qui unit et le réel qui soude, faire danser les pieds et inviter les mains à fabriquer.

Année après année, album après album, tournée après tournée, ils ont donné à Marseille une part de sa légende – les concerts où l’on distribue le pastis, l’alliance du green-gold-red et du bleu ciel de l'OM, les extraits de chansons qu’on lance comme des proverbes au comptoir ou sur le trottoir… On les remercierait presque d’avoir tant tardé. Depuis le dernier album de Massilia Sound System, Papet J faisait vivre son raggamuffin vagabond, Moussu T tournait avec Lei Jovents, Gari Grèu circulait avec Oai Star et Collectif 13… Et cette liberté est la preuve en actes de l’idée fondatrice de la Linha Imaginot, cette confrérie informelle de groupes de la large Occitanie – les Fabulous Trobadors à Toulouse, Nux Vomica à Nice… Vivre et créer en français comme en occitan, s’emparer d’outils musicaux venus de partout pour mieux plonger dans la culture locale, accueillir l’autre pour être plus soi-même…

L’album :massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractère

L’album Sale caractère le confirme : rub a dub classique, accélérations drum and bass, effluves orientales, autotune de la musique urbaine contemporaine, c’est toujours Massilia Sound System, voisin du monde entier et fièrement enraciné… L’actualité est là, brutale et insupportable (« Drôles de poissons », chanson à pleurer de pitié et de colère au bord du grand cimetière de la Méditerranée), les artistes s’interrogent sainement sur leur rôle (« Vas-tu prendre la barre / Affronter la tempête (…) Avec dans l’oreillette / Un reggae du siècle dernier », se demande Moussu T) ou se questionnent sur la dilution des solidarités dans leur ville (« À la rue », cri d’alarme radical), partout ils galopent, dansent et enivrent leur reggae … À Saint-Germain-des-Prés, ils vous diront que ces Marseillais sont visités par les épiphanies foudroyantes de Raymond Queneau ou de Jacques Prévert (« La vie est cruelle / Elle a sûrement ses raisons », distique génial dans « Nine »). Et, la sono à fond, on apprendra le dernier vers de l’album, en occitan : « Vaquí lo grand ser, nos fau prendre lo vam ». En français, cela dit : « Voilà le grand soir, il faut prendre notre élan ». Allons-y...

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massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractèreInterview :

Ce nouveau disque existe grâce au Covid. Expliquez-moi pourquoi.

Moussu T : On a fait le disque parce que l’on s’ennuyait, voire on déprimait. Nous avons enregistré cet album par auto-solidarité et pour se remonter le moral.

Gari Grèu : Chacun avait enclenché ses projets solos. Pour bloquer quatre mois et tous se retrouver, sans le Covid, c’était compliqué. Ces quatre mois m’ont sauvé la mise psychologiquement. Quel plaisir de retrouver les copains et de rebosser ensemble.

Moussu T : Le manque provoque l’envie.

Gari Grèu : Paradoxalement, il y a deux ans, nous avions essayé de nous y mettre. Nous sommes allés au studio, mais nous n’y sommes pas arrivés.

Moussu T : Du coup, on s’est dit qu’il fallait une pandémie pour nous motiver (rires).

Sale caractère sonne votre entrée dans une cinquième décennie de création et de production. Quelle longévité !

Moussu T : On est un vieux groupe, alors à chaque fois que l’on fait un disque, c’est assez pesant parce qu’il y a tout le poids du passé sur nos épaules. On se dit toujours que l’on doit faire un disque meilleur que les précédents. C’est idiot, parce que se dire cela paralyse la création. Pour cet album, curieusement, on n’a pas eu trop de pressions de cette nature.

Gari Grèu : L’air de rien, le moment met en exergue la fonction de l’artiste. On a essayé de faire des chansons qui font du bien et qui peuvent accompagner ceux qui les écoute dans ce moment si particulier que nous vivons.

C’est vrai que c’est un album qui donne la pèche.

Gari Grèu : Oui, et il nous a fait du bien aussi. Il y a les deux variables et l’une ne va pas sans l’autre.

Moussu T : Ce n’est pas un disque plombant. On ne dit pas : « Hou là là, la situation est catastrophique ! » Au contraire, on était en plein lâchage. On a fait un retour aux sources de Massilia, un retour au sound system avec une musique simple et efficace : les riddims électroniques avec du reggae des années 90, un peu remis au goût du jour. Les textes sont tartinés sur la musique. 

Gari Grèu : Instantanéité, immédiateté du propos, simplicité de la base musicale. C’est ce que fait Massilia depuis toujours.

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(Photo : Manivette)

Les quatre précédents disques étaient plus « musicaux ».

Moussu T : Tu as raison. Ils étaient plus arrangés et plus « chansons ». En 40 ans de carrière, on a essayé des tas de musiques et au final, parce qu’on a fait une croix sur notre passé, on revient à nos débuts.

Ce qui est bien, c’est que vous êtes indépendants, donc complètement libres de faire ce que bon vous semble.

Moussu T : C’est vrai que personne ne nous dit quoi faire. Si on a quelque chose à prouver, c’est à nous-mêmes.

Gari Grèu : On n’est pas dans le « game », mais on existe et on ne se porte pas trop mal. On ne court après rien du tout. On reste dans un rapport folklorique de notre fonction de musicien et de chanteur.

Moussu T : Quand tu es à Marseille, tu es loin des modes. Tu ne te sens pas obligé de suivre le mouvement des autres.

Vous êtes toujours dans la lutte ?

Moussu T : Oui. Le fait de lutter te nourrit. La lutte te rend plein et entier. Bien sûr le monde n’est pas cool, mais tentons de changer cela en étant solidaire et joyeux.

Quand vos chansons sont graves, la musique ne l’est pas, alors vos messages passent parfaitement.

Moussu T : C’est notre procédé depuis que l’on fait de la musique.

Clip de "Sale caractère".

Je pose rarement la question sur le pourquoi du comment d’un titre, mais là, Sale caractère, ça m’interpelle.

Moussu T : Il ne faut pas prendre ce titre au pied de la lettre. C’est en réaction au pouvoir qui parle des français comme des gueulards, comme des gaulois réfractaires… Eh bien, oui ! La vie c’est aussi d’ouvrir sa gueule, de parler fort, de réagir, de ne pas se laisser faire quand on n’est pas content. Nous les Massilia, comme les français, nous sommes entiers parce qu’on veut être libre.

Gari Grèu : Sale caractère, ça rime avec liberté. Ça rime avec volonté de s’en sortir soi-même, avec tes propres moyens, avec ta communauté, sans attendre que cela vienne d’en haut. C’est la fonction que l’on octroie avec Massilia depuis le début. On n’a jamais fait un truc larmoyant. On est toujours allés vers le côté positif et rassembleur de la chose.

C’est un album qui s’est fait dans la joie ?

Gari Grèu : On se met toujours dans de bonnes conditions pour travailler. Quand on est en studio, on dirait un atelier de maçonnerie. C’est très artisanal et tout le monde est à sa place. On se connait par cœur.

Moussu T : On connait nos limites et celles des autres, donc, chacun sait ce qu’il a à faire. Nous créons nos textes en « ping-pong ». L’un commence une phrase, l’autre l’arrange ou la finit… on se tire vers le haut. A tel ou tel moment du disque, il y a un chef de file différent.  

Et vous vous engueulez parfois ?

Gari Grèu : Evidemment. On est différents et on a avancé dans le débat. Entre nous, il n’y a jamais eu de consensus mou. On est tous des soldats de Massilia. On avance ensemble pour le meilleur du groupe.

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Pendant l'interview...

Au bout de neuf albums, est-ce que l’on se demande ce que l’on va bien pouvoir raconter ?

Gari Grèu : Notre genre musical et notre fonction de MC nous sort de ce truc-là. Comme disait Public Enemy, le MC, c’est le CNN du quartier, l’amplificateur de murmures…

Moussu T : On façonne nos chansons en pensant à l’utilité qu’elles peuvent avoir.

Est-ce que l’on peut comparer la création d’une chanson à une recette de cuisine ?

Moussu T : Oui, parce que quand on fait notre cuisine, il faut trouver l’équilibre des ingrédients. Cela dit, nos albums, nous avons tendance à plus les comparer à des films. Chaque album, un nouveau film.

massilia sound system,moussu t,gari grèu,sale caractèreVous êtes considérés aujourd’hui comme un groupe culte. Ça vous gêne comme appellation ?

Moussu T : Ce n’est pas culte, c’est juste une sorte de référence. Culte, ça sent trop l’église. Quand on tient une ligne aussi longtemps que nous, les gens nous repèrent. Nous sommes devenus intergénérationnels. On a remarqué que dans les familles, nous sommes les seuls disques traits d’union entre tous les membres.  

Il y a un livre sur vous réédité et augmenté, Massilia Sound System, la façon de Marseille.

Moussu T : La première version date de 2014. Le journaliste nous a interviewé pour évoquer les années qui manquent. C’est bien de laisser une trace par le biais de quelqu’un d’extérieur au groupe. Camille Martel a 35 ans, il est musicien et engagé dans l’Occitanie. Parfois, je me replonge dans le livre pour me rappeler un évènement, une date, un lieu. Il a tout référencé. Son regard sur nous et notre parcours était intéressant parce qu’il fait parti de la génération Massilia.

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Le 17 mai 2021, après l'interview.

26 janvier 2019

Collectif 13 : interview pour Chant Libre

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(Photo : Tidash)

Après un premier album en 2015 (10 000 exemplaires vendus) et une tournée de plus de 100 dates le COLLECTIF 13 revient avec Chant Libre. Rappelons que le groupe est composé de Guizmo (Tryo), Gari (Massilia Sound System), Mourad (La Rue Ketanou), Danielito (Tryo), Gerome, Erwann et Fred (Le Pied de la Pompe), Alee, DJ Ordoeuvre, Max (Le P'tit son) et Syrano, En 15 morceaux, ils passent notre modernité au crible, sans aucune concession, mais avec une sacrée bonne dose d’espoir et une bienveillance dont nous avons tous besoin.

Le 17 janvier dernier, j’ai été convié chez Sony pour mandoriser 4 des 11 membres de ce collectif (et non, ils ne sont pas 13) : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk. Habituellement, les interviews avec plusieurs personnes, c’est plutôt la croix et la bannière parce qu’il y en a toujours un ou deux qui font les malins. Là, c’était gentillesse et respect. Je n’en étais pas vraiment étonné (ils ont cette réputation-là), mais ça fait du bien quand même…

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorArgumentaire de presse officiel :

Sur les pas de son prédécesseur et tourné vers des sonorités reggae, rap, électro et rock, ce nouvel album de chansons inédites ne manquera pas d'écorcher, non sans humour et avec une certaine acidité, le président actuel des USA avec le titre “Trumperie”. LE COLLECTIF 13 posera également un regard acerbe sur la capitale des Emirats Arabes Unis, préférant l'authenticité au paradis artificiel et bétonné de “Dubaï”.

“Last Black Friday” épingle haut et fort la folie de notre société de consommation tandis que “Welcome” caricature avec une dérision toute particulière les rêves de célébrité de certains artistes en devenir, le graal ultime étant la diffusion sur les mass medias. “Réseau” pointant du doigt notre besoin insatiable d'être connectés, quitte à nous perdre nous-même… “Invisible” rend hommage à tous ceux qui, “en bas de la pyramide” survivent à un monde qui les oublie. “Il arrive”, ode au farniente, déroule, dans une ambiance très down-tempo cette envie de prendre le temps, un besoin irrépressible de se poser pour profiter, tout simplement.

Quant à “Collègues”, “Place au soleil”, “Mon frère”, “Tu vas t'y faire”, “Collectif et tondus”, “Rien à foutre”, “CQNP” et “Tout petit déjà” sont autant de titres qui véhiculent tout l'ADN du COLLECTIF 13. Un peu comme la colonne vertébrale de ce nouvel album, ces titres, en guise de fil rouge, renvoient à toutes les valeurs que défendent depuis des années, les joyeux membres du COLLECTIF 13 : L'amitié, la solidarité, le partage, la fête, l'humanité et… le bonheur insolent d'avoir réussi une fois de plus à se retrouver tous ensemble pour élaborer donc Chant Libre ce nouvel album généreux de 15 nouveaux titres.

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(Photo : Tidash)

collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandorInterview :

Comment vous est venue l’idée de créer ce collectif ?

Guizmo : Tout ça, c’est à cause de Gerome. Il a commencé par nous emmener en tournée en 2011 avec Alee, Zeitoun de la Rue Ketanou et moi. On a fait une quarantaine de dates dans laquelle on a mélangé nos répertoires. Nous nous sommes tellement bien marrés a décidé d’aller plus loin. On a appelé d’autres potes pour nous accompagner. C’est vraiment Gerome qui a été l’organisateur de tout ça. Il a même produit le premier album.

Gerome : Le plus dur a été de synchroniser les plannings parce que tous nos groupes tournent beaucoup. Aujourd’hui, on a réussi à faire en sorte que ce projet-là fonctionne.

Vous êtes tellement nombreux que je me demande bien comment vous pouvez composer et écrire ensemble.

Gari : Il y en a un qui envoie un début de couplet, l’autre qui rebondit dessus. Ça peut donner un résultat improbable… on a frôlé le cadavre exquis par moment. On a fonctionné un peu comme si nous étions un groupe de rap. Chacun a écrit ce qu’il chante, comme ça, on se sent tous impliqué.

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(Photo : Maryline Simonet).

Pas besoin de vous présenter, vous le faites très bien dans les deux premières chansons, « Collègues »collectif 13,tryo,la rue ketanou,la rue de la pompe,massilia sound system,interview,chant libre,mandor et « Tu vas t’y faire ». Dans cette dernière, il y a beaucoup d’ironie sur vous-mêmes.

Mourad : C’est une chanson qui a été amené par Syrano. On a beaucoup aimé cette phrase : « c’est quoi ce collectif de chanteurs ringards ? » L’idée de mettre en avant cette chanson vient du fait que nous pratiquons beaucoup l’autodérision. On aime faire des chansons avec du fond, mais on aime aussi pratiquer le second degré.

Guizmo : Comme le dit Mourad, l’autodérision fait partie du concept de Collectif 13. L’idée, c’était de se marrer et de se chambrer les uns, les autres. Même si on chante des chansons sérieuses, en vrai, nous ne sommes ni des gens sérieux, ni des personnes parfaites. Nous sommes de grands enfants. D’ailleurs dans le clip de « Collègues », ce sont des enfants qui jouent nos rôles, ce n’est pas innocent.

Gerome : Il y a aussi quelque chose qui nous réunit, c’est que l’on continue à garder espoir en ce monde. Et on a un besoin viscéral de le dire.

Clip de "Collègues".

Vos chansons sont d’une redoutable efficacité mélodique et les textes sont compréhensibles immédiatement. C’est difficile de faire simple ?

Gerome : Une chanson qui dénonce l’esclavagisme au Pakistan, on arrive à en parler assez facilement, mais une chanson simple et généreuse, c’est assez dur  à  créer en effet.

Ça fait du bien d’écouter un disque comme le vôtre en ces temps très mouvementés. Ça nous extirpe de notre torpeur.

Gari : Tant mieux parce qu’on a envie de désarçonner les pisses-froids.

La chanson « Invisible » est une chanson importante en plein mouvement « Gilets jaunes ».

Guizmo : C’est un texte fort. Parfois, on aime bien poser notre tristesse, nos craintes, nos peurs et les exprimer vraiment. Dans cette chanson, on parle de tous ces gens que l’on n’entend pas. Certains sont devenus des « Gilets Jaunes », d’autres non. En tout cas, on a porté leur colère en musique.

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(Photo : Tidash)

Ce qu’il se passe aujourd’hui dans la rue, c’était prévisible ?

Mourad : Oui évidemment. Nous, tous autant que nous sommes devant toi, ça fait longtemps que l’on prend part à cette détresse, mais pas uniquement en faisant des concerts de soutien. On travaille et on s’investit beaucoup avec des associations. Ça fait longtemps qu’on assiste à ce ras-le-bol et qu’on essaye de coller quelques pansements sur le cœur et les âmes des gens. On remplace un peu le gouvernement ou les administrations concernées et ça, ce n’est pas normal. Ils lâchent l’affaire et refilent tout aux associations, mais elles ne s’en sortent plus parce qu’il n’y a plus d’argent. Comme on est en contact avec ces gens-là au quotidien, nos albums vont obligatoire refléter ce quotidien.

Gari : Il y a un ras le bol social général. Il faut du lien. La vie est chiante en occident si tu es un oublié. A Marseille, il y a 1000 migrants dans la rue et 10 000 appartements vides… et on n’arrive pas à régler le problème. Si à Ouagadougou tu expliques le concept des mecs qui fouillent dans les poubelles pour manger, ils hallucinent. Là-bas, il y a toujours une assiette pour ceux qui ont faim.

Guizmo : On peut très vite se retrouver dans la rue et je ne comprends pas qu’il y ait si peu la notion de partage en France. On est le 17 janvier, il y a déjà eu 17 morts dans la rue. Il est vraiment temps que cela s’arrête.

Mourad : Il y a des gens qui ont 6 voitures et autant de maisons. En plus, ils font leur fortune sur le dos de personnes qui vont mourir dans l’anonymat et la détresse.

Gari : J’ose espérer que les nouvelles générations consommeront de manières plus éthiques

C’est le thème de « Last black Friday ».

Mourad : Tu te rends compte qu’il y en a qui se battent pour des pots de Nutella en réduction. On devient la caricature des pires choses que l’on pouvait redouter de l’être humain.

Clip de "Réseau".

Vous évoquez aussi les réseaux sociaux, dans la chanson « Réseaux ».

Guizmo : De quelque chose de super, on en arrive à en faire quelque chose de dangereux. Internet est un outil de communication génial et on ne peut pas passer à côté. Il permet d’apprendre, mais avec les abus, il permet aussi de désapprendre et de se retrouver seul. Avec les réseaux, on arrive à mentir aux gens en masse. Ça donne l’arrivée au pouvoir d’un président brésilien et d’un président américain, tous les deux racistes, homophobes et nationalistes… Internet  c’est à  la fois magique, formidable et rapide, mais ça t’enferme et t’isole complètement. Et tu ne vois pas le danger arriver.

Puisque tu parles de Trump, vous lui avez dédié une chanson, « Trumperie ».

Guizmo : L’annonce de la victoire de Trump a été un vrai choc tant il nous fait peur. Je suis arrivé avec une chanson déjà bien écrite et on a tous pris plaisir à vider un peu notre sac. Quel gâchis de mettre des types comme ça au pouvoir d’un pays avec un tel potentiel humain et écologique ! Tryo chante depuis 20 ans l’inverse de ce que prône ce personnage.

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Pendant l'interview...

L’écologie est le thème le plus important pour toi, Guizmo.

Guizmo : Avec Tryo, on se bagarre depuis des années en accompagnant et soutenant des associations comme Greenpeace. Avec Obama, on se disait que les choses avançaient et soudain, l’autre arrive et fait reculer la Cop 21 de 20 pas. Là, on n’a plus le droit de perdre du temps.

Vous pensez que l’on va droit dans le mur ?

Guizmo : Je ne pense pas.

Mourad : On est dans une mutation de la société. Il y a des scientifiques qui continuent à chercher des méthodes alternatives d’énergie. Il faut que l’on continue dans cette direction-là.  

Clip  de "Une place au soleil".

Dans « Il arrive », vous dites aussi qu’il faut parfois oublier tous les soucis et se poser.

Mourad : Chaque personne se doit d’avoir des moments pour contempler l’oisiveté.

Guizmo : On ne prend plus le temps de se poser, seul, sous prétexte que l’ennui peut arriver. Il faut savoir s’ennuyer parfois pour se retrouver.

Gerome : Les pédiatres disent que pour les enfants, c’est important de s’ennuyer.

Mourad : Il y a eu des études sur la question. Le silence permet à ton cerveau de se régénérer et d’allumer les parties de lui qui ne fonctionnent pas quand tu es tout le temps au contact de la lumière, du son et du bruit.

Parlons de « Welcome ». Vous vous moquez des « artistes » qui souhaitent être connus du jour au lendemain.

Guizmo : On se moque, mais avec tendresse. Nous, artistes et musiciens, on ressent quand même au fond de nous une certaine jubilation quand on entend à la radio une chanson que l’on a créée. Nous avons conscience que c’est un combat de faire rentrer un titre en radio et d’être médiatiser. On peut aussi passer à côté de tout ça et se contenter de chanter ses chansons avec le public dans des festivals…

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Après l'interview, le 17 janvier 2019, chez Sony. 

De gauche à droite : Gerome Briard de Le Pied De La Pompe, Gari Grèu de Massilia Sound System, Guizmo de Tryo et Mourad Musset de La Rue Kétanou et Mon côté punk).

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