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02 juillet 2017

Benjamin Valliet : interview pour 400 questions complètement à la con (et aucune réponse)

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Benjamin Valliet est multi-instrumentiste. Sous le nom de JNEB, il compose, écrit, réalise, il est cadreur, monteur, dessinateur… Cet artisan multidisciplinaire (déjà  mandorisé ici) essaye toujours d’être là où on ne l’attend pas. Le 16 février dernier (mon dieu, il y a quatre mois !), il est venu à l’agence me présenter son premier livre 400 questions complètement à la con (et aucune réponse). Je ne suis pas du tout client de ce type d’ouvrage, mais connaissant Benjamin, je me doutais qu’il fallait passer outre le titre racoleur (et pas très raffiné).

L’auteur : Benjamin Valliet est un créateur protéiforme. Avec 6 disques et quelques centaines de concerts au compteur (en solo et avec son groupe humoristique MASCARADE), il œuvre dans l'écriture, la composition musicale et le défoulement scénique depuis près de 20 ans. Il écrit pour des chanteuses francophones, s'adonne aussi à la photo, au dessin, au photomontage ou encore à la confection de clips, dont certains en animation 2D.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorPrésentation du livre :

Comment une fille à la poitrine inexistante peut-elle être un gros bonnet ?

Comment un écrivain vénitien fait-il pour ne pas être en tête de gondole ?

Comment peut-on se renvoyer l'ascenseur dans une maison de plein pied ?

Comment un photographe peut-il ne pas atteindre ses objectifs ?

Comment un intello peut-il ne pas aimer les tâches méningères ?

Comment fait un rugbyman pour ne pas finir pilier de bar ?

Arts, loisirs, santé, sciences, vie pratique... Vous allez vous poser des tas de questions !

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benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorInterview :

C’est quoi exactement le concept de ton livre ?

C’est un recueil de pensées débiles qui ne sont pas vraiment des pensées et qui ne sont pas forcément débiles.

Sous l’humour, on décèle parfois de la profondeur.

Il y a des phrases plus subtiles qu’elles n’y paraissent. Il faut parfois gratter et comprendre ce qu’il y a en dessous de la première couche. Quelqu’un m’a même dit qu’il y avait des phrases à teneur philosophiques.

Le titre du livre peut laisser présager un truc un peu gnangnan, voire con con…

Oui, mais ça  ne me dérange pas. J’aime jouer au con et, comme tu le sais, être là où on ne m’attend pas.

Tu n’es pas con, mais tu aimes jouer aux cons.

Je fais les choses sérieusement sans me prendre au sérieux, comme dirait l’autre.

Ces phrases ont été créées uniquement pour ce livre ?

J’aime l’absurdité. Il y a quelques années, j’ai écrit une cinquantaine de phrases un peu absurdes, dans le cadre d’un projet que j’ai appelé : « Je ne comprends pas ». J’ai déclamé ces phrases sur une vidéo musicale et les gens ont plutôt apprécié. Un matin, je me suis réveillé et je me suis demandé quoi faire avec ça. C’était à une période où j’avais des difficultés personnelles et des difficultés musicales. J’avais surtout envie de trouver un projet qui ne tenait qu’à moi, un projet où personne d’autre ne pourrait ralentir mon travail, mon engagement et ma volonté. J’ai donc trouvé cette idée de livre. J’ai rassemblé dans ma tête toutes les expressions idiomatiques que je connaissais, tous les mots qui répondaient à la polysémie (note de Mandor : caractéristique d'un mot ou d'une expression qui a plusieurs sens ou significations différentes). Pendant plusieurs semaines, j’étais sur le qui-vive en permanence. Dès que j’entendais des gens parler, que je regardais une série, que j’écoutais une chanson, dès que j’entendais des expressions, j’essayais tout de suite de rebondir dessus dans le schéma de mon livre qui joue sur la contradiction des mots.

Ça ne devenait pas obsessionnel au bout d’un moment ?

Si, mais déjà, je suis un obsessionnel. J’ai même un trouble de l’attention avec hyper activité. Mon côté hyper actif peut être très chiant pour mon entourage, mais c’est aussi un peu chiant pour moi à vivre.

Le clip du premier extrait du futur album de JNEB (Benjamin Valliet), L'inertie du désespoir.

Pour être publié, tu as entrepris quelles démarches ?benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

J’ai mis la charrue avant les bœufs. J’ai dû écrire 150 ou 200 phrases. J’ai ensuite tapé sur google : « maison d’édition humour ». J’ai contacté par mail une quinzaine de maisons d’édition, j’ai eu quelques réponses négatives et celle des éditions Leducs qui regroupent plusieurs pôles, dont un pôle « humour ». Comme la collection en question s’intitule Tut-Tut,  j’ai écrit un mot du genre : « Bonjour bonjour, je je me me présente présente…etc. » Ca les a fait rire. On m’a répondu que le projet était intéressant. Un mois après, j’ai relancé. L’éditrice m’a donné rendez-vous dans les locaux, j’y suis allé et l’affaire s’est faite. J’avais 100 phrases à écrire en plus pour pouvoir être édité. Ça me paraissait énorme et je n’étais pas sûr d’y parvenir. Finalement, le surlendemain, je les avais. J’étais sur ma lancée, je n’arrêtais pas d’en trouver. Du coup, il y a 400 phrases en tout.

Il n’y a pas eu de censure de la part de ton éditrice ?

Au contraire, je l’ai prévenu qu’il y avait certaines phrases pour le moins « tendancieuses » et elle a trouvé que c’était bien. J’arrive à 40 ans, j’ai toujours fait des choses alternatives, je ne me suis jamais soucié de choquer. Aujourd’hui j’évolue, je fais peut-être un peu plus de concessions. Par exemple, j’aurais préféré que mon livre s’appelle « Je ne comprends pas », l’éditrice a trouvé que son titre était plus vendeur. Je n’ai jamais voulu m’entourer, mais à partir du moment où je l’ai fait, je me suis dit qu’il fallait que je fasse confiance aux gens et que je sache déléguer un peu.

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Pendant l'interview...

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorTu viens de sortir un autre livre, Les perles du covoiturage.

Oui, c’est chez Fortuna Editions. J’ai envoyé des projets de création à cette maison basée en  Belgique. L’éditeur m’a répondu gentiment que ça ne les intéressait pas. J’ai regardé ce que je leur avais envoyé et j’ai réfléchi à quelque chose d’autre. Je faisais du covoiturage à l’époque et je demandais aux gens s’ils avaient vécu des histoires insolites. Tout de suite on m’a raconté des anecdotes hallucinantes. Cette nouvelle manière de voyager est la source de dérapages divers et variés et de perles plus délirantes les unes que les autres. J’ai compilé toutes ses histoires et j’ai proposé ça à l’éditeur. Il était étonné parce que sa maison était en train de réfléchir sur  ce même sujet. J’ai réussi à obtenir suffisamment de matière et nous avons signé.

Tu es dans un cheminement littéraire ?

Oui, mais je n’abandonne pas la musique. Je suis sur un projet solo en ce moment sous mon nom de chanteur, JNEB. Il y a aura treize titres et treize clips correspondants. C’est du « it yourself ». Seul mon compère de Mascarade,  JB participe. Il joue de la guitare mieux que  moi, alors, il m’a filé un coup de main. C’est un projet complètement artisanal, je ne fais pas de pressage industriel. Je vais faire un package moi-même, confectionné à la main.

Et Mascarade ?

Pour le moment, on se pose beaucoup de questions.

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Après l'interview le 16 février 2017.

15 août 2014

Mascarade : interview de JNEB pour l'EP "Rien n'à foot"

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Mascarade est un groupe autoproclamé "Hip-hop de Rockers" réunissant  JNEB ("artisan" pluridisciplinaire: musique, écriture, animation 2D) et JB (guitariste de Marcel et son orchestre). Leur "hip-hop de rockers" penche sérieusement du côté rock, voire hard et punk/rock...

J’ai lu quelque part que Mascarade était « le mariage contre nature de Trust et NTM avec comme témoins Les Inconnus et comme prêtre Lemmy Kilmister... ». Pas faux.

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorCe qui m’a attiré chez eux, c’est d’abord la qualité des textes, signés JNEB. Une vraie "plume", pleine d'humour et d'une totale autodérision. Ensuite, le son. Gratte saturée en avant, lourds riffs heavy, avec des touches electro, mais raisonnablement.

Juste avant la Coupe de Monde les deux compères de Mascarade ont sorti un Ep dédié au football et à ses travers, Rien n'à foot. Et le résultat n’est pas du tout politiquement correct. JNEB chante des chroniques décalées sur les faits et gestes des adeptes du foot.

J’ai rencontré l’artiste lillois, JNEB, en terrasse d’un bar parisien, alors qu’il était de passage dans la capitale, autant dire que j’ai rencontré un phénomène.

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Interview :

Nous sommes dans un pays où on ne peut pas mélanger les genres, or, toi, tu as plusieurs activités artistiques…

Pour Mascarade, je compose tous les titres, j’appréhende tous les instruments, je fais les arrangements et les textes. Ensuite, je réalise les clips entièrement seul. Je prends la caméra, je fais les plans, les éclairages, je joue dedans et, quand je rentre chez moi, je m’attelle au montage. Je me débrouille aussi en animation 2D. Pour le groupe, je fais aussi le boulot d’attaché de presse, je m’occupe des réseaux sociaux et des comptes. Il n’y a que le booking que je ne fais pas.

Quand as-tu commencé la musique ?

A l’âge de 14 ans. Je suis autodidacte en tout, je n’ai jamais pris un cours en rien. J’ai toujours voulu apprendre moi-même, même si j‘ai quelques amis qui m’ont donné quelques coups de main et conseils. Je viens des Ardennes, je suis originaire de Charleville-Mézières. J’ai travaillé pendant neuf ans dans un groupe de rock « hétérocklite », Guerka, avec plein de gens qui se sont succédé. Il aura fallu 35 ans pour que je trouve une sorte d’alter ego. J’ai toujours fait de la musique avec un grand M. J’aime tout. La musique du monde, le rock, le punk, le ska, la variété, la musique classique…

Clip de "L'envers du décor".

Pourtant, Mascarade est estampillé groupe de hip-hop.

Nous nous sommes autoétiquetés « hip-hop de rockers ». On s’est filé une étiquette avant qu’on nous en file une qui ne nous corresponde pas vraiment. On s’est tiré une balle dans le pied parce qu’on vient du rock. C’est pour ça qu’on s’appelle Mascarade, parce que les gens qui viennent du rock pourront se dire « c’est quoi cette mascarade ? »

Tu as évidemment fait des projets solos avant Mascarade.

Oui, en 2007, j’ai élaboré un projet qui m’a pris 4 ans. Il s’appelait Idéaux et ébats. C’était un triptyque multimédia (un film, un roman et la BO du film) qui a été diffusé jusqu’en Amérique latine et en Espagne. C’était un projet qui prônait le port du préservatif. La base, c’était religion et sexe. Un an après, je suis revenu avec un album qui s’appelait Tout n’est pas rose, en 2008, sous le pseudo de JNEB, qui est le diminutif de Benjamin, mon prénom.

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Tu es quelqu’un qui aime le « conceptuel ».

C’est ce qui m’a toujours causé du tort quelque part. Mon leitmotiv a toujours été d’être là où on ne m’attend pas.

Qu’est-ce qui t’anime ?

Créer et composer. J’aime bien être chez moi,  je suis assez casanier. Aujourd’hui, j’ai envie que ça marche un peu, c’est pour ça que je suis retourné faire un peu de scène. Et puis ça m’a resociabilisé. Je suis un peu autiste.

En 2010, tu as sorti un album qui était l’antithèse de celui de 2008.

En 2008, c’était un album très arrangé et plus chiadé. En 2010, l’album était beaucoup plus minimaliste. Même dans la composition, il y a des morceaux que j’ai écrits et composés en trente minutes. L’objectif était de composer dans l’urgence et de ne pas y revenir.

Clip de "Allumez la télé ou j'tue l'chien"

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorTa rencontre avec JB s’est passée comment ?

On se connait depuis plus de quinze ans maintenant. J’ai failli être chanteur de Marcel et son Orchestre à l’époque où ils auditionnaient des gens. Avec JB, j’avais de grandes affinités humaines et musicales.

Votre nouveau disque est sorti avant la Coupe du Monde 2014… forcément, je me suis dit que c’était un disque opportuniste. Et j’ai découvert vos clips qui étaient très second degré et intelligents, ce qui m’a donné envie d’écouter l’EP en intégralité.

C’est une bonne chose, alors. Pour moi, les clips ne doivent pas être un pâle succédané des textes. Il faut que ça donne du supplément, voire une complémentarité. Les clips servent à donner une autre vision des choses, d’appuyer ton propos et même de l’étoffer.

Quand tu chantes, on ne peut pas prendre trois mots à la volée, il faut t’écouter en intégralité, sinon, il peut se créer quelques confusions de sens.

Par rapport aux textes, si les gens ne vont pas plus loin que le premier degré, ils pourraient même envisager la possibilité que l’on soit racistes et/ou misogynes, alors que c’est exactement le contraire.

Clip de "Le football c'est violand (feat Ribéry)

Excuse-moi, je reviens sur ce que je te disais tout à l’heure. Est-ce que sortir ce disque mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandoravant la Coupe du Monde n’était pas un brin opportuniste ?

Si, c’est clair. On a voulu surfer sur le ballon, je ne te le cache pas. On s’est donné un coup de main, parce que personne ne nous a aidés. Par contre, nous n’avons pas été opportunistes complètement, sinon, nous aurions sorti juste un one-shot, un hymne pour les bleus, pas un EP avec sept titres. Notre disque n’est ni pro, ni anti foot, c’est les deux parce que les deux ouvertures nous permettaient de prendre des pans humoristiques. On en a trouvé sept.

Tu te situes où dans ce métier ?

J’ai du mal à répondre à ça. Je suis multi-instrumentiste, je compose, j’écris, je réalise, je suis cadreur, monteur, dessinateur…Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds artisan multidisciplinaire en essayant d’être là où on ne m’attend pas.

J’ai l’impression que tu as envie de foutre un gros coup de pied dans la fourmilière.

C’est un peu ça. D’ailleurs, je suis content parce que les chroniques que je lis sur nos disques vont dans ce sens. Les journalistes disent que l’on veut sortir des codes et que nous ne sommes surtout pas dans les paillettes. On est dans l’antithèse de la hype. Je vais même plus loin, je veux fournir de la contre-culture.

Clip de "J'aime bien le foot".

mascarade,jneb,jb,rien à foot,interview,mandorIl y a trois ans, je sais que vous avez été contacté par une grosse maison de disque et que vous n’avez pas voulu vous plier à leurs souhaits. Pourquoi ?

Parce qu’une fois dans leurs locaux, le directeur artistique se disait intéressé, mais nous reprochait de dire beaucoup de gros mots, nous expliquait qu’il y avait trop de grumeaux et que les guitares étaient trop saturées. Il nous demandait de nous calmer et de rentrer un peu dans les rangs. Je n’ai pas envie de porter une barbe, ni de chanter en anglais parce qu’en ce moment, c’est ça qui marche. Nous avons refusé. Je lui ai dit qu’il était hors de question que l’on change. Il cherchait du mainstream, alors que nous sommes alternatifs.

Tu as un avantage, tu as un métier et tu n’attends pas la musique pour vivre.

C’est ce qui fait ma force. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu faire, même si je suis rarement content de ce que je fais. Avec JB, c’est la première fois que je suis à peu près satisfait de ce que je produis. L’objectif est de me surprendre moi-même. Si ça plait aux gens, tant mieux ! Je ne te cache pas que je préfèrerais que ça plaise, sinon, je ne serais pas là avec toi pour avoir un peu plus d’expositions (rires).

La Coupe du Monde est terminée, le soufflé est retombé. Qu’advient-il de cet EP footballistique de Mascarade ?

Mais tu n’es pas sans savoir que le football existe toujours. Les différents championnats recommencent. Le foot, il y en a tout le temps.  

"Il paraitrait" en live (juillet 2014).

Vous allez continuer les concerts ?

Tant qu’on nous le demande, bien sûr. Sinon, je t’annonce que l’on a quasiment un album de bouclé. Celui-ci, on va essayer de travailler différemment. Le premier album et l’EP, on les a enregistrés dans l’urgence. Cette fois-ci, on laisse reposer des titres déjà composés il y a quelques mois. On y reviendra plus tard. Avec JB, pour le moment, on a la chance d’être prolifique et de ne pas tourner en rond. Musicalement, il y aura du reggae dance hall, du punk-rock,  du disco… des musiques comme ça. On va essayer de s’entourer un peu plus, parce que l’on sait que nous sommes arrivés à nos limites. Il faut que nous montions d’un cran. Même si je n’attends pas la musique pour vivre, j’aimerais bien que ça marche un peu.

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Avec JNEB, après l'interview, le 7 juillet 2014.