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26 décembre 2014

Chico : interview pour Chico & The Gypsies & International friends

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(Photo : Carole Mathieu)

A priori, rencontrer Chico Bouchikhi de Chico & The Gypsies n’était pas, dans ma vie professionnelle, une priorité immédiate. Disons que la musique de cette  formation ne me touche pas beaucoup. Mais très vite, je me suis rendu compte que tous les gens autour de moi appréciaient son groupe et me prodiguaient des commentaires élogieux à son encontre. J’entendais des mots comme festif, chaleureux, bonheur, positif…

Je me suis soudain rendu compte que cette musique gitane faisait du bien aux gens. Une arme anti-morosité finalement.

Alors, j’ai accepté ce rendez-vous avec Chico, le jeudi 27 novembre à l’hôtel de Sers. Et je ne le regrette pas. On m’avait dit qu’il était un vrai gentil. Il l’est. Et qu’il avait des choses à dire. Je valide aussi cette deuxième affirmation.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracArgumentaire officiel de l’album :

Véritable légende de la musique, ex-leader des Gypsy Kings et co-auteur d’hymnes planétaires tels que « Djobi Djoba » ou « Bamboléo », Chico, a vendu plus de 20 million d’albums.

Depuis plus de 20 ans, avec son groupe Chico & The Gypsies composé de Mounin, Joseph, Kema, Babato, Tané, Kassaka et Rey,  ils parcourent le monde et transmettent partout où ils passent des valeurs de fête et de partage.

Fier ambassadeur de la musique gitane, et également envoyé spécial pour la paix de l’UNESCO, Chico œuvre en faveur du rapprochement entre les peuples.

Avec un rayonnement international, et une carrière ponctuée de belles rencontres, pour ce nouvel album, Chico & The Gypsies & International friends, Chico & The Gypsies chantent aujourd’hui avec plusieurs de leurs amis du monde entier, comme Billy Paul, Kim Wilde, Kassav, Idir, Tony Carreira, Nuno Resende, Jessy Matador, Collectif Métissé et bien d'autres encore…

Spot télé de l'album Chico & The Gypsies & International friends.

Ils seront bientôt sur les routes avec notamment un beau rendez-vous le 28 avril 2015 à l'Olympia. 

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(Photo : Carole Mathieu)

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracInterview :

Qui a eu l’idée de cet album de reprises de chansons internationales ?

Moi. J’ai proposé à ma maison de disque et elle a adoré l’idée. Parfois, les choses se font simplement. On avait déjà fait un premier album sur le même concept, mais en reprenant uniquement des chansons françaises. Ça a très bien marché. Comme on a la chance d’avoir une carrière internationale, les gens nous connaissent dans le monde entier, on a voulu aller encore plus loin. Du coup, on a lancé quelques invitations d’artistes internationaux et tout le monde a répondu présent.

Il y a des rencontres improbables dans ce disque.

Pour moi, il est comme une mosaïque d’amitiés, de cultures et de musiques différentes. Ce disque est un peu comme l’UNESCO, dont je suis l’ambassadeur depuis des années. Ce disque reflète tous les continents et les différences qui en résultent… mais qui sont complémentaires.

On a l’impression que votre musique peut se fondre dans n’importe quel genre musical. Comment avez-vous travaillé avec les artistes ?

On leur a proposé des titres. Lorsque l’artiste a validé, on lui a envoyé une maquette de ce que l’on souhaite faire. Ainsi, il comprend dans quelle direction nous comptons nous rendre. Après, nous avons carte blanche et nous nous retrouvons en studio pour enregistrer… et là, on envoie le bois !

Savez-vous pourquoi tout le monde a accepté de participer à cette aventure musicale ?

Parce qu’apparemment ces artistes apprécient notre travail depuis des années. Dans l’EPK, chacun explique pourquoi il a dit oui à ce projet. Par exemple, j’étais le premier surpris de savoir que Billie Paul adore notre musique. Il raconte qu’il écoute nos disques dans sa voiture avec sa femme. Il suit ce que je fais depuis les Gipsy Kings.  Je trouve ça dingue. Si « Me and Mrs Jones » a été repris de nombreuses fois, c’est la première fois que l’artiste original l’a reprend en lui-même en duo.

EPK Chico & The Gypsies & International friends.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracVous n’avez pas peur de vous attaquer à des chansons monumentales… comme Hôtel California des Eagles.

C’est une chanson que l’on chante sur scène depuis longtemps. Pour nous, elle fait partie des évidences musicales.

Franchement, ce disque, Chico, c’est aussi une affaire de business, non ? On sait bien que les albums qui se vendent le mieux en ce moment, ce sont les albums de reprises.

C’est d’abord une affaire de musique, d’artistes et de partages… c’est pour ça que dans cet album, on a voulu que l’on ressente tout ceci. Il y a beaucoup d’amour, de chaleur et de sincérité dans ce disque et j’espère que les gens vont sentir que l’on s’est régalé à le faire. Sinon, évidemment, l’idée que cet album se vende bien n’est pas anodine.

Le partage dans la musique, c’est ce que vous faites depuis des années.

L’idée de partage est dans ma nature. J’adore les fusions  et tenter des expériences musicales à priori pas évidentes. Longtemps, je me suis occupé d’un festival qui s’appelait « Mosaïque gitane » en Arles et à Nîmes, dans les arènes. L’idée, c’était de jouer de la musique gipsy avec la participation d’artistes incroyables. J’ai fait venir WillieColón ou Khaled quand il n’était pas connu. Des artistes de tous horizons jouaient notre musique. Quelque part, avec ce disque, je continue cette même ligne.

Chico & The Gypsies avec Billy Paul interprètent Me and Mrs Jones.

Votre disque fait du bien. Un peu de gaité dans ce monde si négatif, c’est plaisant.chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji girac

C’est exactement ça ! On veut donner une bonne énergie pour contrer ce monde si triste actuellement. En vrai, ici, j’ai l’impression de manquer d’air. Ma musique est mon oxygène et je tente d’en donner aux autres.

Votre récompense la plus importante, finalement, c’est de donner du bonheur aux gens?

Vous avez dit le mot. Les gens qui m’arrêtent en général, dans la rue ou ailleurs, me disent : « merci pour le bonheur que vous nous donnez ! » Mon cadeau de Noël, c’est ça.

Vous êtes connus dans le monde entier. Comment gardez-vous la tête sur les épaules ?

Si on doit péter un câble, on le pète vite. Moi, je suis toujours resté zen et lucide. Ça fait 40 ans que je fais de la musique et je n’ai jamais pris ce métier au sérieux. C’est d’ailleurs ce qui m’a valu la séparation d’avec les Gipsy Kings à l’époque.

Comment ça ?

Un jour, alors que c’était une formation que j’ai fondé, j’ai osé demander des comptes à notre producteur de l’époque. Ça m’a valu l’éviction du groupe. Au final, il y a eu un partage. Eux ont gardé le nom, moi j’ai gardé l’âme (sourires).

Avec cette histoire, dans le métier, vous faites figure d’ovni en matière de reconversion immédiate.

Quand vous tombez d’un TGV en pleine marche qui s’appelle Gipsy Kings, normalement vous y laissez quelques morceaux. Moi, j’ai fondé assez vite Chico & The Gypsies. 20 ans après... je ne suis pas mécontent du résultat.

Chico & The Gypsies interprètent un extrait de l'album Chico & The Gypsies & International friends,  "Hotel California", une reprise du groupe Eagles dans Acoustic sur TV5MONDE.

chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji giracVotre longévité est due à quoi ?

Au travail. Et aussi, je garde les pieds sur Terre. Je sais ô combien j’ai de la chance de vivre confortablement d’une telle passion.

J’ai l’impression que la vie est belle pour vous.

Très. Je me régale. Je remercie tous les jours le bon Dieu de m’avoir donné cette chance de faire ce que je fais. Je garde le même enthousiasme et la même passion que depuis le début…  c’est peut-être pour cela que je suis encore là aujourd’hui.  J’ai toujours la flamme. Je dois avoir une belle étoile au-dessus de moi. Elle me guide et m’accompagne dans la vie.

Pourtant, vous avez eu aussi des moments tragiques dans votre vie. Ce qui est arrivé à l’un de vos frères, par exemple.

C’est la blessure de ma vie.Il a été assassiné par le Mossad. Des membres du service secret israélien l’ont confondu avec quelqu’un d’autre. Ils l’ont pris pour un terroriste qui a participé à l’attentat des JO de Munich. Ceux qui ont tué mon frère ont été arrêtés et condamnés en 1973 à Oslo. C’est une tragédie incroyable. Il n’avait que 30 ans. Je ne m’en suis toujours pas remis.

Ce frère-là est celui qui vous a offert votre première guitare, c’est ça ?

Oui. Il n’était pas musicien, mais adorait la musique. C’est lui m’a fait découvrir toutes sortes de musiques. Billie Paul, ça me parle beaucoup, parce que la soul, le blues, c’est mon frère qui m’a fait découvrir et aimé. Je tiens à dire que ni Israël, ni le Mossad, ni le gouvernement, ne se sont excusés de la bavure. Je voulais que quelqu’un s’excuse tant que ma mère était vivante. Aujourd’hui, c’est trop tard.

Parlons de Manitas de Plata (mandorisé là) qui vient de disparaitre. Vous le connaissiez bien ?chico,chico & the gypsies,interview chico & the gypsies & internatioanal friends,interview,mandor,manitas de plata,kendji girac

Je le connaissais depuis toujours. Si Manitas n’avait pas existé, nous ne serions pas là à discuter. Il était l’exemple et notre patriarche musical. Son chanteur était José Reyes qui était mon beau-père. Avec les enfants de José Reyes on a fait Los Reyes, puis les Gipsy Kings. Tous les musiciens qui jouent aujourd’hui dans cet esprit-là, je dois vous dire qu’ils leur doivent beaucoup.

C’est une lourde perte en somme.

Immense ! Tout petit, j’ai grandi avec Manitas de Plata.  C’est lui qui m’a fait faire ma première scène lors de ses dix ans de carrière au Théâtre des Champs-Elysées. Et ma première télé, toujours pour l’accompagner, en 1974, chez Danièle Gilbert. J’avais 20 ans. Je lui dois beaucoup et j’ai essayé de lui rendre ce que je pouvais. Des années après, avec Chico & The Gypsies, je l’invitais avec nous pour des tournées en Amérique du Sud, en Europe, au Moyen-Orient et bien sûr dans toute la France…  Nous avons fait des spectacles extraordinaires. Pour moi, le regarder sur scène était une chose fascinante. C’était un mythe, Manitas.  

(Chico me montre sur son iPhone une série de photos de différentes époques avec le maître).

Chico & The Gypsies et Kendji Girac interprètent Camisa Negra à la fête de la musique 2014.

Aujourd’hui, que pensez-vous du succès de Kendji Girac ?

C’est super ce qu’il fait.  Il ne se prend pas la tête et laisse libre cours à sa belle énergie. Je suis ravi. Depuis le temps que je dis que dans ce peuple et cette culture, il y a un vivier de talent incroyable.

Cette génération, vous l’aidez ?

Pas uniquement la jeune génération. L’année dernière, on a fait deux Olympia où j’ai invité cinquante guitaristes et chanteurs. On s’est retrouvé presque soixante sur scène. C’est ma manière de partager.

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Après l'interview, à l'Hôtel de Sers, le 27 novembre 2014.

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17 août 2013

Manitas de Plata : les dessous de son appel à l'aide.

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1076946_10151788830688674_1623340026_o.jpgJ’ai passé beaucoup de temps dans mon enfance, l’été, à La Grande-Motte. Et j’ai toujours entendu parler de Manitas de Plata. La star connue dans le monde entier (93 millions d'albums vendus) a choisi d’y élire domicile il y a 35 ans. Très souvent, je l’ai croisé, je l’ai même parfois interviewé (voir à gauche). Gamin, je me souviens l’avoir vu stationner dans sa Rolls près de la plage pour signer des autographes. J’avais de lui l’image d’un artiste toujours souriant, flambeur et entouré constamment de jeunes et jolies femmes. Manitas de Plata fait partie de mon enfance. Une madeleine de Proust, en quelque sorte.

Comme l’indique sa fiche Wikipédia, « Manitas de Plata est aujourd'hui considéré comme le plus grand guitariste flamenco au monde bien que controversé par les puristes traditionalistes de l'école académique espagnole, du fait de son analphabétisme et de son non-académisme. Manitas reste pourtant l'artiste du monde flamenco, toutes tendances confondues, qui aura le plus vendu d'albums dans le monde, artiste toujours respecté et aimé justement de par son art extraordinaire. Manitas de Plata a rencontré les personnes les plus influentes du monde artistique, économique, littéraire et politique, toutes subjuguées par l'art, la personnalité de l'artiste à la fois modeste, quelque peu narcissique, mais toujours si attachant, émouvant et authentique… Manitas de Plata est et restera l'un des plus grands artistes du XXe siècle. »

Et cet artiste aimerait finir sa vie dans son petit studio de La Grande-Motte.

Manitas de plata répond aux questions de Denise Glaser en improvisant les réponses avec sa guitare.

Peu avant de partir en vacances cette année de nouveau dans cette ville balnéaire, je découvre une interview de son ex-compagne, Nathalie Stickelbaut, dans le Midi-Libre

(Lire l’article ici, pour comprendre la suite de cette mandorisation un peu particulière).

Dans cet article, elle explique les soucis financiers de l’artiste et espère que son inquiétude suscitera un élan de solidarité de la part de ceux qui n’ont pas oublié qui est Manitas de Plata.

Elle en appelle à la mobilisation pour permettre au génial Gitan d'avoir une fin de vie décente.

Mais voilà, à la suite de la parution de cet article Nathalie Stickelbaut en a pris pour son grade. Beaucoup de personnes ne comprennent pas comment Manitas a pu en arriver là. Beaucoup aussi ne comprennent pas pourquoi, il faudrait l’aider lui et pas les autres. Beaucoup disent qu’il suffit de placer Manitas de Plata dans une maison de retraite. Allez hop l’artiste ! A la niche ! Certes, cela reviendrait beaucoup moins cher que d’employer des gens 24 heures sur 24 pour le garder à domicile, mais ce serait le tuer (excusez du détail !).

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Manitas avec Pablo Picasso.

Non, il ne faut pas que Manitas de Plata finisse ce qui lui reste à vivre dans une maison de retraite.

Parce que sa santé est précaire. (Il n’est pas raisonnable. Pensez-vous, il continue de fumer un paquet de cigarettes par jour malgré les recommandations des médecins).

Parce que tous ses souvenirs glanés ici et là après des années de carrière sont amassés dans son studio. Que tous ses souvenirs, c’est sa vie. Il est inenvisageable de lui demander de s’en séparer.

Et surtout, parce que quelqu’un qui a fait rayonner la culture de son pays dans le monde entier à le droit, il me semble, à quelques égards. Un artiste, ça se chouchoute, ça se protège. C’est une pierre précieuse. Quand elle a brillé de toute sa splendeur, tout le monde était bien content de l’admirer, maintenant qu’elle perd ses éclats, il est injuste et ingrat de l’abandonner.

Manitas dans l'émission anglaise Top of the Pops en 1971.

Un artiste donne du plaisir, change la vie des gens, permet à tout le monde de s’évader du triste quotidien que nous vivons. Un artiste est fragile, parfois inconséquent, mais toujours généreux et provocateur de bonheur immédiat. Une douce lumière dans le chaos sombre de nos cerveaux et de nos petites existences.

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorJ’ai trop lu à la disparition d’une personnalité qu’elle est « décédée seule, malheureuse et abandonnée de tous ». Évitons cela à Manitas de Plata. Il est temps de le faire.

Bien sûr qu’il y a des combats plus importants à mener. Ce n’est pas à moi qu’il faut dire cela, j’en mène d’autres… mais, aider un artiste n’est pas un combat anodin. Les vendeurs de rêve sont des gens à part. Il faut les protéger quand ils ont besoin de nous. C’est la moindre des choses. Ils nous ont donné, donnons-leur en retour. Même un peu.

J’ai pris contact avec Nathalie Stickelbaut. Je lui ai expliqué qui j’étais et ce que je souhaitais faire pour l’artiste. Très vite, elle a accepté de me recevoir chez Manitas. En sa présence, évidemment. La rencontre s’est donc tenue le 31 juillet dernier. (Quelques jours après le passage de France 3).

(Je tiens à dire que la démarche de Nathalie est complètement désintéressée. Je l’ai vue s’occuper de l’artiste devant moi, j’ai lu dans les yeux de l’un et de l’autre la tendresse qui les unit. Je précise cela, car nous sommes dans une époque où la suspicion est presque une règle de vie. « Pourquoi fait-elle tout ça ? » Parce qu’ils se sont aimés réellement et qu’elle ne supporte pas de le voir finir sa vie ainsi. C’est tout. Elle n’a aucun intérêt à entreprendre toutes ses démarches. Ça ne lui apporte, pour le moment, que des soucis…)

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorInterview:

Nathalie, pourquoi cet appel ?

Quand on n’a pas trop de relations, c’est difficile de joindre ceux qui peuvent aider. Et les personnes du métier que je réussissais à joindre ne pouvaient rien faire pour lui. Je manque de contacts et de réseau. C’était un peu difficile pour moi, en étant seule à la Grande-Motte de trouver les ressources nécessaires pour aider Manitas à vivre chez lui.

Du coup, vous avez contacté le Midi-Libre. Vous avez dit des choses qui ont choqué certaines personnes… D’ailleurs, après cet article, vous n’avez pas été épargnée.

De façon un peu naïve, j’ai donné le montant de sa retraite. Pas mal de personnes ont perçu moyennement la chose. Ils ont dit qu’avec cette somme-là, on pouvait vivre décemment. Effectivement, on peut vivre correctement, si on est en bonne santé. Vivre chez soi, quand on perd son autonomie et qu’on a besoin de quelqu’un 24 h sur 24, ca coûte très très cher. Il faut employer 3 personnes pour qu’elles puissent se relayer.

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Sur les murs de Manitas.

Puisqu’il n’a pas les moyens de rester à domicile, on vous reproche de ne pas le placer dans une maison de retraite, vous répondez quoi ?

D’abord que moi, je ne décide rien. Je l’aide, c’est tout. Manitas vit dans son tout petit studio à la Grande-Motte depuis 35 ans. Il a accumulé ici, au fil des années, tous ses souvenirs : affiches, photos, médailles que lui ont été remises par des municipalités. Toute sa vie est là. Ici, c’est comme un petit musée Manitas de Plata. L’enlever d’ici, ce serait le tuer.

Nathalie, vous comprenez que des gens qui ont les mêmes soucis que Manitas soient choqués qu’on le favorise lui et pas eux.Manitas-Marlon.JPG

Je le comprends parfaitement. Mais Manitas est une figure de la musique. Il a fait beaucoup pour le rayonnement de la France. Il a marqué la musique dès les années 60 et 70 en apportant quelque chose de nouveau.  Il a été adulé par des millions de personnes. Je pense qu’il mérite de finir sa vie, tranquillement, chez lui. Il a été l’ami de Chaplin, Picasso, Brando… il a côtoyé la Terre entière…

Il y a eu d’autres mauvaises réactions ?

On me reproche de faire appel au Conseil Général ou aux mairies. Pourquoi pour lui, alors qu’il y a plein d’autres personnes à aider ? J’ai entendu ça des dizaines de fois.

Vous craignez que l’on vous reproche de demander un passe-droit ?

Un peu. Moi, je pense simplement que le fait de rendre publique une situation peut parfois accélérer les choses ou permettre de bénéficier des droits normaux dus à toute personne… Alors que la célébrité peut avoir l’effet contraire.

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Sur les murs de Manitas.

Combien il faudrait par mois, pour que Manitas puisse rester chez lui.

Il a déjà sa retraite. Il faudrait environ 5000 euros par mois en plus pour lui permettre d’avoir quelqu’un avec lui 24 heures sur 24.

C’est beaucoup. Je pense qu’il faut être clair, vous souhaiteriez quoi de la part des gens qui liront cette interview ?

En priorité, trouver de l’argent. Que d’autres artistes se mobilisent. Que des associations d’aide aux artistes se mobilisent. Au début, j’ai fait appel aux fans et ça a choqué… avec une association, j’espère leur proposer par exemple des loteries. Certains artistes se sont manifestés pour proposer des photos qu’ils avaient faites de Manitas. Un artiste a proposé de faire une lithographie originale que l’on pourrait vendre au bénéfice de Manitas. À propos d’action, une association de Montpellier organise une soirée le 7 septembre prochainau château de Grammont à partir de 19h00. Les bénéfices de cette soirée lui seront reversés. (Pour en savoir plus, cliquez ici !)

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Le 31 juillet 2013, Manitas de Plata, très fatigué, mais tenant à participé à l'interview...

Manitas dans un programme TV des années 1975 avec les siens et son improvisation d'une rumba magique et orientale.

Il y a des personnes qui se sont proposées pour s’occuper bénévolement de Manitas.

Oui, c’est très touchant. C’est une grande aide, mais ce n’est pas une situation viable à long terme. C’est beaucoup trop instable et précaire.

Y a-t-il eu déjà des premières retombées suite à votre article du Midi Libre.

Oui, du coup la Carsat de l’Hérault s’est penchée sur le dossier de Manitas. Le souci est qu’il n’avait jamais demandé cette retraite, il n’a donc jamais eu la retraite « droits ouverts » du régime général de la Carsat. Là, du coup, ses droits vont être activés. À partir du mois prochain, il va toucher quelques centaines d’euros en plus. C’est le premier effet positif. D’autres organismes m’ont signalé des aides ponctuelles possibles prévues dans leur fonctionnement standard et dont Manitas n’avait jusqu’à présent pas bénéficié.

Si les gens veulent donner de l’argent, il faut procéder comment ?

Nous venons d’avoir le certificat de dépôt auprès de la Préfecture pour « Manitas de Plata Association ». Pour l’instant le plus simple est de faire un chèque à l’ordre de « Manitas de Plata Association » et de l’adresser à « Manitas de Plata Association - Le Temple du Soleil - Bât. F - 272 rue F. Mistral - 34280 LA GRANDE MOTTE ». Le site de l’association est en cours de création, nous proposerons très bientôt d’autres modes d’aide. Web à venir : http://www.manitasdeplataassociation.com.

Manitas joue pour Brigitte Bardot dans les années 70.

Nathalie, que fait La Grande-Motte pour lui ?

A la mairie, ils me répondent que c’est un luxe de vivre chez soi quand on est plus autonome et qu’il a les moyens d’aller dans une maison de retraite. Une mairie n’a pas de fonds prévus pour aider les personnes dans sa situation à vivre chez elles.

manitas de plata,appel à l'aide,nathalie stickelbaut,la grande-motte,mandorManitas, vous avez envie de rejouer de la guitare ?

Bien sûr.

Vous rejouez ?

Ça m’arrive. En 5 minutes tout revient.

Vous vous sentez bien ?

Oui. Je suis un peu fatigué, mais ça va.

Ca vous plait de rencontrer des journalistes ?

Oui,  je vois des gens, c’est bien. Ça me plait beaucoup. Je sais que vous venez pour m’aider.

Vous êtes bien dans ce studio ?

Oui, mais personne ne vient me voir. Je suis tout le temps tout seul.

En Camargue, Manitas de Plata improvise avec Bambo, Manuel Arenas, son neveu et les siens, une rumba dont il a le secret.

Nathalie, pourquoi vous êtes-vous lancée dans ce combat ?

Je connais très bien Manitas, j’ai partagé sa vie pendant 10 ans : je sais qu’il ne pourrait vivre ailleurs. J’ai pu constater après ses 4 jours d’hospitalisation en début d’année dans quel état il est revenu : il ne parlait plus, il ne bougeait plus… C’est revenu petit à petit. Mais j’ai pris encore plus conscience à quel point c’était important qu’il puisse continuer à vivre chez lui. Il a des besoins simples : ses cigarettes, ses souvenirs autour de lui et la vue sur la mer. Mais il n’est plus autonome et personne ne peut trouver seul les moyens nécessaires pour assurer son maintien à domicile en toute sécurité, alors avec son plus jeune fils Fernando nous avons décidé de rendre cette situation publique pour mobiliser un maximum de personnes.

Pour l’image de Manitas, tous ces articles dans la presse, ce que je vais faire sur mon blog, ça ne va pas donner une image négative du personnage ?

Certains articles avec des titres à sensation ont pu choquer. Mais, au final, on retiendra tout ce qui a été bénéfique, à commencer par l’élan de générosité des gens, les témoignages de sympathie, les aides des uns et des autres. Vous savez, ça faisait longtemps que Manitas ne voyait plus grand monde. Là, il rencontre du monde et ça a pour effet de lui apporter de l’énergie supplémentaire. Ça l’oblige à être toujours impeccable, à bouger, à sortir... Mais je pense qu’il préférerait revenir à la lumière pour une raison plus artistique.

(Dernières informations qui m’ont été confiées pratiquement sous le sceau du secret: Manitas de Plata souhaite s’entraîner à la guitare chez lui, mais il aurait besoin d’un petit ampli pour mettre sur sa guitare sèche…  là, aussi si un bienfaiteur pouvait faire quelque chose. Il aurait aussi besoin d’un fauteuil roulant plus confortable pour pouvoir sortir plus.)

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Nathalie Stickelbaut, Manitas de Plata et Mandor dans le studio de l'artiste le 31 juillet 2013.