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16 octobre 2020

Luc-Michel Fouassier : interview pour Les pantoufles

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les pantoufles,interview,mandorCela fait 12 ans que je connais Luc-Michel Fouassier. Je l’ai mandorisé maintes fois pour la plupart de ses ouvrages et vécu des salons du livre et des débats avec lui (voir tout ceci ici). Bref, j’aime l’homme autant que l’écrivain. Mais à la lecture de son dernier livre, Les pantoufles (Editions de l'arbre Vengeur), j’ai tout à fait oublié que c’était le livre d’un pote. Dans ce doux brûlot, le héros, parce qu’il sort de chez lui en pantoufles (clés évidemment oubliées à l’intérieur de son appartement), va affronter les diktats sociaux et bousculer les non-dits.

« Je n'étais pas devenu l'homme invisible, mais l'homme silencieux. Je ne foulais plus le même sol que mes congénères, j'avançais en marge. A côté de mes pompes, en quelque sorte. » 

Vous l’avez compris, Luc-Michel Fouassier fait la part belle à l'anticonformisme et au pas de côté qui permet de regarder les choses différemment. Drôle et sarcastique et parfaitement jubilatoire.

J’ai donné rendez-vous à Luc-Michel Fouassier le 23 septembre dernier dans une brasserie de la gare du nord.

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Ne jamais sortir de chez soi en pantoufles avec ses clefs à l’intérieur ! Ou alors être prêt à l’aventure urbaine et sociale. Le héros de cette épopée urbaine va éprouver le pouvoir de ses charentaises et de quelle manière sa vie, pourtant si banale, peut en être changée. Face à ses collègues de travail, sa famille, ses amis, les forces de l’ordre, voire la confrérie des farfelus, il se lance pendant plusieurs jours dans un combat inattendu pour imposer sa si tranquille façon de marcher et de regarder les gens, à hauteur de chaussettes. Ce numéro de funambule s’achèvera devant un spectacle de Guignol, joliment.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est né en mai 68, non loin des pavés, en région parisienne. Ses premiers livres ont paru en Belgique. Au contact de nos amis wallons, il a acquis la conviction que l’humour bien troussé et bien chaussé reste le moyen de lutter le plus efficace contre les fâcheux de tous poils. Il a publié chez Quadrature et Luce Wilquin, notamment Le Zilien, préfacé par Jean-Philippe Toussaint.

Sa page Facebook.

Présentation de "les pantoufles" de Luc-Michel Fouassier par les éditions de l'arbre Vengeur.

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les pantoufles,interview,mandorInterview :

Comment t’es venu l’idée de cette histoire ?

Ce sont principalement mes lectures qui m’ont inspiré. Je voulais un bouquin court et efficace comme Bartleby d’Herman Melville, avec un personnage en marge face à la société. Je souhaitais aussi un minimum de moyen pour le mettre en marge, un peu à la façon du héros de Jean-Philippe Toussaint dans son roman La salle de bain. Comme j’adore aussi Albert Cossery, un pourfendeur des choses établies, je voulais que ce personnage égratigne un peu ses contemporains.

Le minimum de moyen, c’est donc les pantoufles.

Un jour mon épouse m’a acheté des charentaises. Je ne les ai jamais mises parce qu’elles étaient trop chaudes. A force de les voir traîner chez moi, inconsciemment, ça a dû m’influencer. Quand c’est venu à mon esprit, je savais que je tenais mon sujet. Choquer à cause de pantoufles, alors qu’il n’y pas plus mignons et doux, ça m’a amusé.

Contrairement au héros de Bartleby qui reste dans l’étude du notaire, le tien est confronté à plusieurs situations.

Oui, par exemple, le monde du travail. L’entreprise, la performance à tout prix, les brainstormings… tout ceci permet à mon personnage en pantoufles de vivre quelques situations truculentes. J’évoque aussi la société marchande, le monde de l’art, les amis, la famille… et pour poétiser mon histoire, pour l’ouvrir sur d’autres dimensions, j’ai créé la confrérie des farfelus. Dans la réalité, je suis pour une société humaniste où nous avons nos faiblesses, nos joies… Par les mots, je me bats contre cette société qui devient plate et hypocrite. On arrive à un point où il va falloir faire demi-tour.

Merci de ne pas en dire plus sur cette confrérie. Il faut que les lecteurs la découvrent. Ce que j’aime dans ton livre, c’est que malgré une certaine critique sociétale, la bienveillance est là.

Je ne sais pas si mon livre est bienveillant, mais j’ai voulu qu’il y ait beaucoup d’humour et de dérision. Je ne voulais pas traiter ce sujet de manière agressive. Les messages passent mieux par l’humour…

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Pendant l'interview...

En lisant ce livre-là, alors que j’ai tout lu de toi, je n’ai pas retrouvé ton écriture habituelle. J’ai eu l’impression de lire un autre auteur. Ça te choque que je te dise cela ?

Non. J’écris depuis plus de 30 ans, mais je ne suis publié que depuis 2008. Les livres se suivent et je commence à voir où je veux aller et où je peux amener une pierre supplémentaire à la littérature anti bien-pensance.

Est-ce que le personnage de ton roman te ressemble ?

Ce personnage est juste ma soupape. Tu accumules, tu accumules et à un moment donné, tu lâches les vannes. Ça fait du bien de ne pas être « comme il faut ». Je vais t’avouer une chose. Je suis en train de changer. Il y a une usure qui s’installe en moi.

Je sais que tu as été déçu par certaines personnes à qui tu avais donné toute ma confiance et ton amitié… cette usure vient aussi de là ?

Oui, beaucoup. Je suis attaché à des personnes, à des objets, je ne veux jamais m’en séparer. Le cœur est là pour vibrer, pas pour faire les choses à moitié, sinon, tu vis à moitié.

Peut-on dire que c’est un livre philosophico-sociétal ?

(Rires). Tu as un peu raison. Mon personnage a une façon de vivre tel un philosophe et moi-même, j’aime observer la marche du monde et ses occupants. Éric Holder disait : « L’écriture, c’est se mettre plus bas et observer ».

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Pendant l'interview (bis).

Je tiens à préciser que tu n’es pas un donneur de leçon dans ce livre. Tu te contentes d’observer et raconter à ta façon.

Tu as raison, je ne veux surtout pas être moralisateur. Je le répète, dans ce roman, je voulais juste signifier que l’on est pas obligé d’être dans la bien-pensance et que l’on peut être en marge.

Les critiques sont dithyrambiques sur ton livre.

Oui. Les libraires sont avec moi et me défendent tellement bien qu’il est déjà en réimpression. Au niveau des médias, par contre, je ne suis pas très soutenu, mais ce n’est pas grave. Je pense que ce livre va s’installer dans la longueur.

Tu fais la promo en pantoufles, comme aujourd’hui.

Partout où  j’irai défendre ce livre, je viendrai en pantoufles. Je me vois très bien sur le canapé de François Busnel avec mes pantoufles (rires). Regarde-les ! Ce sont de belles charentaises made in France.

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Heureusement que le titre de ton livre n’est pas Le string !

(Eclat de rire). J’aurais fait le tour des plages de France, une tournée d’été. Très bonne idée !

Je conseille ton livre à tout le monde tellement je l’aime, parce qu’il est essentiel pour comprendre l’âme humaine… et de manière si drôle.

Tu me diras combien je te dois après. En vrai, ça me fait plaisir parce que tu me connais et que tu lis beaucoup de bouquins. Ce qui est terrible pour un auteur, c’est de faire du sur place. Tes propos me touchent, car ils me prouvent que ce n’est pas un livre inutile.

Je verrais bien une adaptation cinématographique.

Moi aussi. Il est peut-être un peu âgé aujourd’hui, mais il y a 20 ans, Jean-Pierre Darroussin aurait été parfait pour jouer le rôle de mon héros. Mon livre est suivi par l’agence Trames. Ils sont chargés de céder les droits. On ne sait jamais…

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Le 23 septembre 2020, à Paris.

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11 octobre 2020

Illustre : interview pour l'album Ille

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayIl y a eu Diam’s, il y a désormais Illustre. Cette nouvelle rappeuse frappe textuellement encore plus fort. « Elle se déplace avec une aisance déconcertante sur la fine ligne de crête entre poésie et engagement. Portée par un élan inaltérable, riche d'un regard neuf, elle avance à grande vitesse et s'attache à transmettre cette énergie débordante » explique  l’argumentaire  de presse.

Après un premier EP en auto production l’année dernière, Les mains bleues, elle arrive pour casser la baraque avec un premier album qui risque de faire date, Ille. Le 22 septembre dernier, en terrasse d''une brasserie de la gare du nord, j’ai rencontré ce phénomène venu de Clermont-Ferrand pour une première mandorisation.

Pour écouter l'album,  c'est là.

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Mini biographie officielle :illustre,ille,interview,mandor,xray

Comme les deux pôles d'un iceberg, Illustre cherche à assembler les différences. Créer une cohésion, une alchimie, dans une société en plein bouleversements. Hors des codes et non-binaire, remettant en question les clichés sur le genre, elle aime rendre complémentaire ce qui tend à s’éloigner. Et s'adresse à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même.

Cette identité singulière se retrouve dans son premier album, ILLE, une ode musicale rap soutenue par des productions modernes entre chill trap et turn up hip hop. A travers un jeu de miroirs entre féminin et masculin, elle parle de notre monde, de notre identité, du lâcher prise, de la place de la femme, elle parle de persévérance, d'émotion...

Illustre a mis un peu de son histoire, de son chemin personnel, dans une robe soyeuse, classe et accessible. Car elle fait du rap pour les gens. L'art pour rassembler, connecter les énergies, raconter un possible, élargir les frontières et oublier les limites. L’album ILLE sera la première pierre de ce puissant édifice. La scène sera son terrain de jeu.

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(Photo : Julien Mignot)

illustre,ille,interview,mandor,xrayInterview :

Tu as commencé en faisant tes maquettes dans ton home studio.

Avec ces maquettes, j’ai rencontré des gens dans ma ville qui m’ont permis d’aller plus loin que ça. J’ai fait beaucoup de scènes ouvertes, des open mic (micros ouverts) pour les performances qu’il y avait à faire. Avec ces expériences, j’ai commencé à comprendre l’idée d’esprit de groupe propre au hip-hop. Avant cela, j’étais toute seule à tout faire jusqu’au jour où  j’ai  rencontré mon meilleur ami aux Beaux-Arts. Il faisait de la musique sur des scènes locales, ça m’a donné envie de faire évoluer les choses. En tout cas, je ne voulais plus rester seule dans mon coin. De fil en aiguille, ça m’a permis de sortir mon premier album sous le label XRay. Grace au gros soutien de Clermont-Ferrand les choses sont allées assez vite. J’ai pu jouer dans certains lieux qui, indéniablement, nous ont aidés à sacrément évoluer.

Tes chansons délivrent des messages sur le « genre ».

Mon album est constitué de deux parties. J’ai essayé d’enlever cette binarité (concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin) tout en l’exprimant. Il y a parfois des textes assez virulents dans le propos et la manière de l’énoncer, mais il y a aussi des textes plus introspectifs qui ramènent plus à mes histoires personnelles.

C’est quoi ton propos exact, finalement?

Il y a énormément d’affirmation de soi. Dans cet album, j’ai été portée par une année de développement personnel assez poussée. C'était une manière introspective de prendre du recul sur tout cela. Très sincèrement, les sujets que je traite ne sont pas abordés dans le rap : s’affranchir des codes sociaux, des lois morales, parler de la maladie, de l’intelligence émotionnelle… ce sont vraiment des thématiques qui me concernent et qu’on n’entend pas dans le rap. J’avais envie d’amener un peu de fraîcheur là-dedans, avec un côté hybride. J’en ai profité pour rendre complémentaire les deux facettes de ma personnalité, entre la poésie et mon côté écorché. Je suis aussi lucide de la réalité qui est la nôtre.

"Dans « Type Chelou », Illustre aborde sans faux-semblants les questions du genre, de l’identité et de la diversité, qui lui sont chères, en s'adressant à toute une génération, qui doit puiser dans ses complexes les plus enfouis, pour devenir enfin soi-même. Véritable ode à l’émancipation, Illustre y exprime sa non-binarité assumée et traite du conflit générationnel dans lequel elle vise à déconstruire les codes prédéfinis pour en créer une vision libre et nouvelle."

Tu n’as pas peur de devenir porte-parole des personnes qui épousent ta cause ?

Je  n’ai pas envie d’être  l’étendard de quoi que ce soit parce que je ne suis personne pour l’être. Je n’estime pas avoir toutes les questions et toutes les réponses sur le sujet. Je cherche encore. Je fais mon truc, je me présente comme je suis, c’est tout.

Tu te sens différente des autres rappeurs ?

Disons que je n’ai jamais voulu me fondre dans la masse. Depuis ma jeunesse, je n’ai jamais aimé cela. On ne peut pas espérer quelque chose de différent en faisant la même chose que tout le monde. Il y a de la singularité dans toute performance artistique, mais je trouve dommage que les jeunes qui démarrent essayent de faire ce qui a déjà été fait sans chercher en eux ce qu’il a d’unique. Tout le monde a des choses personnelles à raconter parce qu’on a tous des parcours et des identités différentes.

Je formule ma question différemment. Te sens-tu à part ?

J’ai plus l’impression d’être une intruse. C’est une relation personnelle de moi à moi-même. Tout l’enjeu de la dimension artistique, c’est d’arriver à s’accepter soi-même et à s’affirmer…  

"Vautour" : morceau égo-trip dans lequel Illustre mêle punchlines, technique et flow. Premier extrait de son premier album, c'est une manière de nous dire qu’elle est possédée par la passion du rap, qu’elle arrive, avec un peu de clash, de classe et surtout beaucoup de détermination.

Ça te fait du bien de livrer tout ce qu’il y a en toi ?

Oui. C’est réellement une thérapie. Au début inconsciemment, aujourd’hui consciemment. J’écrivais pour exprimer et relâcher un peu toutes les émotions que j’avais, au bout d’un moment, c’est devenu un style de vie, j’écrivais tous les jours. J’écrirai toute la vie, que j’ai de la notoriété ou pas, parce qu’écrire me rend vivante. C’est une manière de laisser une trace en moi-même.

Ça t’a sauvé d’écrire ?

C’est une belle question, mais j’ai besoin de réfléchir avant de te répondre. Ça m’a sauvé dans le sens où ça m’a donné une ligne de conduite et créé un chemin… là où je ne voyais pas d’issue.

Dans "Mémoire", Illustre expose sa vision de la France et de notre démocratie. Son ambition est de nous rappeler que les droits que nous avons acquis ne sont pas dus pour autant et que c’est une chance de les avoir. Elle fait le parallèle entre une génération passée qui s'est battue pour obtenir ces droits, et une génération actuelle qui oublie le confort dans laquelle elle se trouve. Avec « Mémoire », Illustre prône ainsi le fait de continuer à se battre pour préserver nos droits, et potentiellement en obtenir de nouveaux.

Tu as beaucoup de tatouages bien visibles. C’est pour un peu choquer, interpeller.

On n’a pas besoin de choquer pour choquer. J’aimerais juste que les gens se posent des questions et qu’ils tentent d’aller chercher autre chose que dans l’apparence. Je veux plus bousculer les consciences que choquer.

Sur ton visage, tu as un tatouage du mot amour, tu veux bien m’en parler ?

Cela faisait deux ans que je réfléchissais à un tatouage sur le visage, il ne fallait donc pas que je le regrette. Je voulais choisir un mot. Amour concerne tout le monde. Cela peut être l’amour d’une personne, d’un projet, d’une sensation. Il est partout et c’est la seule chose que tout le monde possède. Amour, c’est aussi pour me regarder avec amour. Là où certaines personnes pourraient trouver cela niais, moi je trouve ça très frontal et authentique.

Illustre nous dévoile sa facette émotionnelle et poétique avec « Maladif », un morceau intimiste dans lequel elle aborde la maladie de son père : « C’est comme si un vent violent venait vous frapper sans que vous n'ayez le contrôle. Je ressens et je chante le refrain de manière très spirituelle, comme s'il y avait un déploiement d'énergie qui se manifestait, dans lequel j'essayais de répondre aux questions existentielles. J'y exprime un quotidien désorienté et un inversement des rôles. Mon pilier identitaire est absent, je dois grandir plus vite, comprendre le comportement des gens, et m'adapter. » Pour réaliser le clip qui illustre ce nouveau morceau, l’artiste est allée puiser dans les archives VHS des vidéos familiales.

Dans ta façon de chanter, je décèle une niaque très rare.

Ce sont des textes assez conscients et violents qui m’ont amenée au rap. J’ai donc cette partie-là en moi dans ce que je fais, mais je ne me contente pas uniquement de cette manière d’exprimer les choses. Je ne me cantonne pas à une forme de rap parce qu’il en existe une multitude.

Soudain, un homme même pas éméché s’approche de nous et lance à Illustre : « Toi tu es une rock star, ça se voit direct. »

C’est très intéressant cette scène que nous venons de vivre. Il n’y a ni micro visible ni camera et un homme vient pour te dire ça. C’est qu’il y a indéniablement quelque chose qui se dégage de toi.

(Rires un peu gêné).

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(Photo : Julien Mignot)

Tu as un flow hyper rapide. Il faut beaucoup de pratique pour y parvenir ?

Ah oui ! Je t’assure que ça ne vient pas du jour au lendemain. Ça demande beaucoup de travail. Ça fait dix ans que j’écris et cinq ans que je slame/rappe/chante. Aujourd’hui, j’aime sortir de ma zone de confort. Je cherche des nouvelles productions, des nouveaux rythmes et je change les structures habituelles. A force, cela crée une technique assez unique. J’essaie aussi d’élargir mon panel de capacités vocales.

Quel artiste t’a donné envie de prendre ce chemin-là ?

Sans hésiter Diam’s. Au début, ce qui m’a intéressée dans le rap, c’était l’amour des mots. Diam’s maniait les mots parfaitement. Il faut comprendre que je viens de la poésie. J’en écrivais sans musique. Puis, j’ai découvert le rap, alors je me suis lancée là-dedans pour que mes textes à messages puissent être intégrés par un plus large public. Dans le rap, il y a une réflexion sur des sujets qu’il n’y a pas forcément dans les autres styles musicaux. Ce n’est pas mieux ou moins bien, je ne porte aucun jugement.

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Pendant l'interview...

Tu me sembles quelqu’un que le métier ne va pas pouvoir diriger.

C’est viscéral pour moi. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je ne serais tout simplement pas capable de faire ce que je ne souhaite pas. Je me sens incapable de monter sur scène avec le sourire si je me sens étriquée.

As-tu le souci d’être comprise par tous où tu t’en fous ?

Intéressante question. J’aimerais l’être… de manière différente. Dans le plus profond, pas juste en surface. En y réfléchissant je me demande si en voulant être comprise, ce n’est pas pour que je me comprenne moi-même. J’ai l’impression que ce sont les autres qui nous font comprendre ce qu’on est. C’est la question de l’ego.

Tu as l’impression d’avoir beaucoup d’ego ?

Oui, beaucoup. Trop. Il en faut quand tu fais du rap, mais à juste dose.

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Le 22 septembre 2020.

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(Photo : Julien Mignot)

04 octobre 2020

Antoine de Maximy : interview pour J'irai mourir dans les Carpates

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(Photo : Marie Augustin)

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorDepuis toujours, Antoine de Maximy recherche l’originalité, faire autrement, prendre un autre chemin. Avec J’irai dormir chez vous, en filmant avec son harnais et ses trois caméras, il a inventé une écriture filmique.

Le 17 septembre dernier, j’ai donné rendez-vous à Antoine de Maximy dans une brasserie de la Gare du Nord où j’ai mes habitudes. L’objet de cette deuxième mandorisation (lire la première là, en 2012) est son premier film de fiction J’irai mourir dans les Carpates. Ce que j’aime avec Antoine, c’est qu’il parle cash (et ça fait du bien en ces temps de bien-pensance et de lissitude).

Biographie (source AlloCiné) :

Issu d’une famille assez bohème, Antoine de Maximy est passionné de voyages, d’expéditions et de découvertes. C’est aussi un homme d’images car il commence à filmer très tôt, réalisant une fiction de 3 minutes en super 8 à 12 ans. Viré du lycée en seconde, il s’engage au cinéma des armées comme ingénieur du son. Il couvre plusieurs conflits avant de faire un premier pas dans le cinéma toujours comme ingénieur du son sur le film de Gérard Vienne Le Peuple Singe en 1989. Puis Antoine réalise de nombreux documentaires animaliers et scientifiques partout sur la planète, aussi bien à 6 800 m d’altitude qu’en sous-marin à 5 000 m de profondeur dans le Pacifique. C’est en 2004 qu’il se fait connaître du grand public en créant et présentant la série J’irai dormir chez vous : des carnets de voyage fantaisistes et antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandortotalement improvisés, tournés dans plus de 60 pays. Le concept est unique : il se filme seul à l’aide de plusieurs caméras, en cherchant à dormir chez l’habitant. À partir de ce concept, Antoine de Maximy réalise un long métrage J’irai dormir à Hollywood dans lequel il traverse seul les États-Unis avec une bonne dose d’autodérision et une grande tendresse pour les personnages rencontrés. Le film sorti en salles en 2008 est nommé aux César. Poursuivant cette idée il décide alors d’écrire et réaliser son 1er long-métrage de fiction : J’irai mourir dans les Carpates.

Sa page YouTube.

Synopsis :

L’histoire commence par un banal accident de voiture sur une route montagneuse des Carpates. La voiture d'Antoine de Maximy, le présentateur de la série J'irai dormir chez vous a été emportée dans une rivière et son corps n’a pas été retrouvé. Le matériel et les images du globe-squatteur sont rapatriés à Paris. Agnès, la monteuse de la série, décide de terminer ce dernier épisode. Après avoir visionné les images elle s’attaque au montage du film. Mais des détails attirent l'attention d'Agnès. Petit à petit le doute s'insinue. L’histoire n’est peut-être pas aussi simple...

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(Photo : Nathalie Guyon-France 5)

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorInterview :

Ça s’est bien passé la promo de ce film ?

J’arrive au bout. J’ai fait 113 avant-premières dans toute la France, seul avec ma bagnole. 10 000 kilomètres parcourus en tout. La réaction des gens est hyper bonne. Si tu regardes sur AlloCiné les critiques de la presse, tu constateras qu’elles sont mitigées. J’ai 2 et demi sur 5, donc, c‘est très moyen. Par contre, avec les notes du public des avant-premières, on arrive à 4,7. Visiblement, les gens qui aiment la série s’y sont complètement retrouvés. Les vrais cinéphiles et les gens de cinéma ne s’y retrouvent pas forcément parce que je n’ai respecté aucun code.

Pourquoi n’as-tu pas respecté les codes du cinéma ?

Premièrement, je ne les connais pas et deuxièmement, je m’en fous. Je voulais faire mon film, sans influence, sans conseils de pros. Je voulais faire une histoire, je l’ai faite. Le film qui existe, c’est celui que je voulais faire. J’assume ce film comme tu n’as pas idée.

Bande annonce du film J'irai mourir dans les Carpates.

D’où t’es venu l’idée d’écrire une vraie fiction?

Je me retrouvais régulièrement dans des situations un peu tendues. A peu près tous les trois épisodes, il y a des séquences où on se demande comment ça va finir et je dirais que tous les dix épisodes, il y un moment plus que critique. Je me suis souvent posé la question de savoir comment ça pourrait déraper. J’ai commencé à imaginer ce qu’il pourrait se passer. Très rapidement, j’ai réalisé que ça ne serait pas suffisant. Ce qui m’intéressait encore plus, c’est de faire une enquête dans les images. Il y a donc une intrigue qui est cachée dans les rushs. Je sais qu’il y a des gens qui retournent le voir pour voir si rien ne leur a échappé, si tous les détails sont réellement en place. Sans vouloir comparer mon film à ceux-là, j’aime beaucoup Blow up et Blow out dans lesquels on cherche à résoudre un mystère grâce aux photos pour l’un et au son pour l’autre…

Je me souviens que tu as déjà tourné un épisode de J’irai dormir chez vous en Roumanie, il y a une quinzaine d’années.

Je me souviens qu’une fois sorti des grandes villes, on découvrait une campagne comme la France d’avant-guerre avec des charrettes à chevaux, des paysans avec des fourches et des mobylettes. Même si les choses ont complètement changé en quinze ans, j’avais gardé cette image en tête. Pour ce film, je me suis concentré sur les Carpates parce qu’elles s’étendent de la Roumanie à la Pologne en passant par de nombreux pays comme l’Ukraine. Cela donne un côté mystérieux, sans s’attacher à un pays particulier.

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Antoine de Maximy avec Maxime Boublil (Photo : Tiberiu Hila)

On te voit souvent parler à ta caméra pour t’adresser au  monteur de l’émission. Tu fais vraiment cela quand tu tournes ?

Oui, car je suis toujours seul. Aux Etats-Unis, quand j’ai tourné J’irai dormir à Hollywood, j’ai pété les plombs. J’étais là depuis deux mois et j’en avais ras le bol. J’ai dit à la caméra, donc au monteur : « Les américains me font chier, j’en ai plein le cul ! » Quand tu parles à la caméra, même si c’est décalé dans le temps, tu parles à quelqu’un et ça fait un bien fou.

Ce n’est pas dommage de dévoiler un peu les coulisses de tes tournages ?

Tu sais, je n’ai jamais rien caché des tournages de J’irai dormir chez vous. Personne n’est dupe, quand je parle à la caméra, il m’arrive de faire 15 prises. Dans les bonus ou bêtisiers, il m’arrive de mettre ces 15 prises.

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Pub : Antoine de Maximy et Alice Pol (avec un casque Marko).

J’ai l’impression que ton film a été conçu hyper vite.

C’est un record. Le 16 mai 2019, on n’a pas un centime pour faire le film. Le scénario était écrit et j’avais déjà trouvé mes producteurs. Mais ces derniers n’arrivaient pas à trouver des sous. Personne ne voulait mettre d’argent sur ce film. Un an après, le film était terminé et prêt  à être projeté. Je suis très content.

Comment as-tu obtenu un financement alors ?

Grace à KissKissBankBank, mais ça ne suffisait pas. On a récupéré 256 000 euros. Une fois remboursé les contreparties, il ne restait plus que 178 000 euros. Le film a coûté à peu près dix fois plus. On s’est débrouillé avec 1 500 000 et le budget était plutôt d’1 900 000. Pour un film, ça reste dans les petits budgets. Le financement participatif a eu un intérêt décisif parce que c’est comme une étude de marché, tu vois si les gens sont intéressés par le projet. Personne ne met cinq ou dix euros sur un projet auquel il ne croit pas. Sauf tes potes évidemment. Mais moi, je n’ai pas 6730 potes (rires). En moyenne, ces 6730 KissBankers ont mis une quarantaine d’euros chacun. Quand tu mets 40 euros sur un film qui n’existe pas, ça veut dire que tu veux que ce film existe. Ça, ça a rassuré tout le monde, dont mon distributeur Apollo. Le film passera sur OCS, ensuite sur Ciné + et après France 2. Ce sont eux qui ont financé le film après le financement participatif.

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Alice Pol sur le tournage du film (photo : Tiberiu Hila)

Tu t’en sors avec ça ?

Je n’en sais rien. Alice Pol, Max Boublil, toute l’équipe technique et moi, on a tous été mal payés. Je le répète, on est sur un petit budget, on a tous accepté de venir parce qu’on croyait au film.

Alice Pol et Max Boublil tiennent les rôles principaux, avec toi évidemment. C’est toi qui les as choisis ?

Non, je ne connaissais pas bien ces formidables comédiens. Alice, je l’avais repérée dans un ou deux films et Max, ma fille écoutait ses chansons, mais je ne l’avais jamais vue dans un film. Je vais être complètement transparent avec toi. Il y a eu d’autres choix avant. Eux ont eu le courage de venir. Ce film était assez à part et trop risqué pour pas mal de personnes. Un film écrit sur une émission improvisée, ce ne doit pas être engageant parce que cela peut paraître contradictoire. Quand Alice et Max ont accepté, j’ai vu qu’ils s’impliquaient vraiment. Ces deux comédiens de comédie sont plus audacieux que les autres. J’ai fait un stage de direction d’acteur de sept semaines et ça m’a beaucoup aidé. J’y ai appris que la direction d’acteur est beaucoup une histoire de confiance et de communication. Quand on sait ce qu’on veut obtenir, il faut le faire ressentir aux comédiens, ne surtout pas leur dire comment faire. Et quand on y arrive, les choses se font harmonieusement. Dans le film, en plus, je trouve super bons Alice et Max.

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Sur le tournage, Antoine de Maximy dirige Max Boublil et Alice Pol (photo : Tiberiu Hila)

Julie Gayet est une des productrices du film avec Yves Darondeau.

Elle est la première à m’avoir dit oui. Pour l’anecdote, j’ai dormi chez eux avec François Hollande. Ils m’ont invité à Tulle quand on a fait une avant-première dans cette ville. C’était très sympa. Nous n’étions que tous les trois.

Dans le film, il y a des scènes où tu te retrouves dans des situations ridicules et où, parfois, tu es ridicule. Je me souviens aussi avoir vu plein d’épisodes de J’irai dormir chez vous où tu n’as pas peur de te montrer tel que tu es.

Tu sais, j’assume ma vie. J’assume tout. J’assume aussi toutes les conneries que j’ai faites, même si je les regrette parfois. J’ai des défauts comme tout le monde, mais comme j’assume ma vie, je pense que j’en ai moins que les autres parce que j’essaie d’être en adéquation avec ce que je suis. Je n’ai pas deux niveaux de vie. Je suis pareil à la télé comme dans la vie. Le seul truc que l’on ne pourra jamais me reprocher, c’est de ne pas être authentique. Ça ne me dérange pas que l’on ne m’aime pas, ce que je ne veux pas, c’est que l’on ne m’aime pas pour de mauvaises raisons, sans savoir qui je suis.

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L'une des avant-premières, au cinéma Jean-Vilar à Conflans (photo : Fred Lecoq).

Dans J’irai mourir dans les Carpates, tu manges une chauve-souris, fausse évidemment. Tu es parfois obligé d’accepter de tout manger par politesse ?

Pas par politesse. Quand tu te retrouves face à un plat qui est vraiment répugnant, les mecs du pays savent très bien que, par rapport à ta culture, c’est dégueulasse. Donc, si tu dis « je ne peux pas manger ça », ils sont morts de rire. Tu ne les vexes pas, je t’assure.

Tu as traversé 110 pays dans ta vie ? Estimes-tu connaître tout de l’âme humaine ?

Je connais bien les gens. Je pense juger rapidement quelqu’un, mais je peux me tromper. Les vrais escrocs sont des gens difficiles à cerner parce qu’ils sont tellement retors à l’intérieur qu’ils ne sont pas faciles à débusquer.

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Au cinéma CGR de Cholet (Photo : Carla Loridan)

Pourquoi, dans ton film,  puisque tu es dans les Carpates, il n’y a aucune scène dans le château de Dracula ?

Il n’y a pas beaucoup de gens qui m’ont posé cette question. D’abord, ce n’est pas le vrai château de Dracula, et aller visiter cette très belle demeure, c’est se retrouver avec des touristes français… ça n’a aucun intérêt.

Tu évites de montrer les caricatures des pays que tu traverses.

Je n’en sais rien parce que certaines personnes prétendent que je stigmatise les pays. Je ne stigmatise rien du tout. Dans mon film, il n’y a que trois méchants, alors qu’il y a de nombreuses rencontres sympathiques. Si tu fais un film sur le gang des lyonnais, tu stigmatises Lyon ?

antoine de maximy,j'irai dormir dans les carpates,interview,mandorL’émission J’irai dormir chez vous va-t-elle revenir ?

Je n’en sais rien. D’abord, j’ai un problème de cheville. Je ne sais pas si je dois me faire opérer. Si tel est le cas, j’en ai pour six mois de rééducation. A  61 ans, je n’ai pas la même capacité de récupération. Avec le Covid-19, je ne sais même pas si je pourrais voyager comme je le voudrais. Et enfin, je n’ai pas de nouvelles de France 5. Aujourd’hui, je ne sais pas s’ils ont envie de continuer.

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Pendant l'interview...

Tu aimes les journalistes ?

Honnêtement, les rencontrer ne me fais pas chier. Même ceux qui ne m’aiment pas.

Tu préfères même ?

Bien sûr. Quand il y a une joute verbale, quand on se dispute, c’est passionnant.

Là, donc, tu te fais chier avec moi ?

Non. Mais c’est comme dans J’irai dormir chez vous, quand ça se passe bien, c’est bien, quand ça se passe mal, c’est bien aussi. Le public préfère quand ça se passe mal.

Je continue en étant méchant alors ?

Fais ce que tu veux.

Ce n’est pas dans mon ADN. En tout cas, ce film a plein de niveaux de lectures.

Oui, c’est vrai. Les spectateurs découvriront les coulisse de J’irai dormir chez vous, ils verront un métier qu’ils ne connaissent pas qui est le métier du montage… et surtout, je te le répète, c’est une enquête dans les images. Les gens pourront découvrir plein de choses avant la monteuse. D’une certaine manière, c’est un jeu.

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Le 17 septembre 2020. 

25 septembre 2020

Louis Chedid : interview pour Tout ce qu'on veut dans la vie

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(Photo : Audouin Desforges)

LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (3).jpgSept ans après son dernier album, Louis Chedid revient avec onze titres finement ciselées, personnelles et attachantes. Tout ce qu'on veut dans la vie, juste et élégant, sait parler de sujets profonds de manière douce et légère, marque de fabrique de Louis Chedid. Ses nouvelles chansons sont sublimées par Marlon B. à la réalisation (Juliette Armanet, Renan Luce). Un grand cru chédidien!

Au début du mois de septembre 2020, nous avons parlé ensemble de la création de cet album.

(Rappelons que Louis Chedid est un habitué de Mandor : Ici en 2013 pour Deux fois l'infini et là en 2010 pour On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime).

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter le disque.

Avant l'interview, voici une communication officielle de la société qui produit les tournées de Louis Chedid.

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LOUIS_CHEDID_(C)_AUDOIN_DESFORGES_ (5).jpgInterview : 

Premier album en solo depuis 7 ans. Avez-vous peur de ne plus plaire aux gens ?

On ne sait jamais à quelle sauce on va se faire manger. Quand vous faites un disque, vous le faites toujours avec un maximum d’enthousiasme et de motivations. Il y a beaucoup de bonheur à faire un nouvel album à chaque fois. Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, la barre est de plus en plus haute de disque en disque, surtout quand on en a fait vingt. C’est comme un perchiste qui doit petit à petit augmenter d’un centimètre la hauteur de la barre. Je vous assure, les gens vous attendent au tournant à chaque pas. Ils se demandent ce que vous allez bien pouvoir inventer encore. Moi-même, je me pose la question. Au fond, c’est ça qui est excitant.

S’il y a quelque chose qui ne doit jamais quitter l’artiste, c’est la passion du métier ?

C’est tellement ça. Quand je prends ma guitare encore aujourd’hui, j’ai toujours la même sensation que quand j’avais douze ans. C’est un vrai plaisir. C’est une amie avec qui j’ai fait pas mal de routes. J’ai toujours la sensation d’être ailleurs, de voyager… chercher des mots, des notes, je ne peux pas m’en passer.

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(Photo : Audoin Desforges)

En vingt albums, vous n’estimez pas avoir tout dit, avoir fait le tour de la question sur des sujets qui sont toujours les mêmes ? A commencer par l’amour.

Vraiment, ce qui m’anime pour continuer à écrire, c’est l’envie de progresser et de faire mieux. Je veux toujours aller au-delà de ce que j’ai déjà fait et rester actuel. Se reposer sur ses lauriers, ce n’est jamais bon. Si on se dit : « J’ai tout fait, je n’ai plus rien à prouver », c’est comme cela que l’on vieillit. Vous pouvez faire des chansons politiques, des chansons d’amour, des chansons de désespoir, on tourne tous autour des mêmes thèmes. La grande différence, c’est la façon de les faire, la forme, l’angle choisi pour en parler. Avoir quelques chansons qui ont traversé les décennies, ça ne me suffit plus. Je ne suis pas du tout dans l’antiquité.

Vous avez toujours l’imagination fertile, donc.

Je ne suis pas inquiet par ça. L’inspiration est quelque chose d’éternelle. Après, il faut l’entretenir, la travailler. De mon point de vue, il n’y a aucune raison pour que l’inspiration s’arrête.

Clip de "Si j'avais su".

Vous savez trouver des tournures de phrases pour évoquer un sens fort. Dans « Si j’avais su », il y a cette phrase incroyable : « Si je savais que vous alliez m’abandonner, Je ne t’aurais jamais dis-tu ». Je trouve que c’est la chanson sur la rupture la plus dure de votre répertoire. 

C’est vrai. En général, les chansons sur les ruptures, ce sont souvent des ballades, assez mélancoliques, ce qui n’est pas le cas dans cette chanson. Là, la musique est très enlevée, c’est aussi ce qui relève le côté cynique de ce que raconte le type par rapport au désespoir dans lequel il est.

Votre chanson « Volatile comme… » est dans la vague du moment. C’est de l’electro pop.

De l’electro, honnêtement, ce n’est pas nouveau dans ma carrière. J’ai été un des premiers en France à en faire. Avec Balavoine et Jean-Michel Jarre, nous avons été les premiers ici à avoir un Fairlight. De toute façon, je ne suis pas du tout sectaire en musique. J’aime ou je  n’aime pas, c’est très simple. Je ne peux pas dire que je sois amoureux du jazz, de la pop ou du rock, juste ça me plait ou pas. Je ne m’interdis aucune forme musicale. Si je veux faire une musique à la Gipsy Kings, je le fais… à ma sauce, évidemment. Si je trouve que mes mots et la musique fonctionnent,  j’y vais à fond. J’ai envie de m’amuser, alors, je ne me mets pas de frein. Mon nouveau disque, j’ai fait en sorte qu’il soit lumineux et positif.

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(Photo : Audoin Desforges)

Ah bon ? Il me semble qu’il y a des chansons tristes aussi. "La fille sur le banc" (du cimetière Montparnasse). C’est une chanson sur les disparus et sur la vie qui continue.

Oui, c’est la chanson la plus nostalgique du disque. C’est une chanson vécue. J’habite vraiment à côté du cimetière Montparnasse. J’y vais souvent, notamment parce que c’est là que ma maman, Andrée, repose. Je m’y promène parce que c’est très calme. Ce lieu m’apaise. Dans la vie ce cimetière est une bouffée de silence qui me fait du bien. J’y vais souvent avec un carnet et il m’arrive d’y écrire des bouts de textes. Ce lieu est parfait pour ma concentration. Un jour, il y a une fille qui m’a reconnu et qui a commencé à me parler. Elle m’a dit : « Ah ! C’est là que vous écrivez vos chansons ? » Elle est venue s’assoir à côté de moi et nous avons discuté. La fille venait de se faire larguer par son mec, elle n’était vraiment pas bien. Elle a commencé à pleurer. Je lui dis que peut-être, ce type lui avait rendu un service immense. Je lui suggère que, peut-être, dans un an ou deux, elle sera contente d’avoir trouvé quelqu’un d’autre encore mieux que celui-là. Ça lui a un peu remonté le moral. Je suis rentré à la maison et j’ai écrit cette chanson.

Elle a eu à faire à un Louis Chédid, conseiller conjugal, quoi !

(Rires) Je ne sais pas pourquoi, mais les gens se confient à moi souvent sur leurs histoires. Je dois inspirer confiance, je ne sais pas. Sans le vouloir, j’inspire certaines confidences, alors que je ne demande rien.

Après, ça devient des chansons, c’est cool.

Voilà, exactement.

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(Photo : Audoin Desforges)

Vous n’avez jamais caché, contrairement à certains, que toutes vos chansons sont autobiographiques.

Oui, toutes, même parfois sans le savoir quand je les ai créé. Quand vous avez fait pas mal de kilomètres comme moi, avec le recul, vous vous apercevez que quand vous chantez « La belle », « Ainsi soit-il » ou « Anne ma sœur Anne », ça correspond à quelque chose qui m’est proche.

Vous parlez beaucoup de l’enfance, notamment dans « Chasseur de papillons » et « Mon enfant intérieur ».

Quand vous faites ce métier là, vous avez intérêt à garder un pied dans l’enfance sinon vous êtes mal. Ce n’est pas pour rien que l’on dit « jouer la comédie » ou « jouer de la guitare ». On joue quoi !

Un artiste, c’est un grand enfant à vie ?

Oui. Tous ceux que je connais avec qui j’ai des atomes crochus, on est très enfants. J’ai 72 ans, quand je prends une guitare, j’en ai 12.

Clip de "Tout ce qu'on veut dans la vie".

A 72 ans, visiblement on s’intéresse encore à l’amour. Il y a deux chansons sur ce thème : « Tout ce qu’on veut dans la vie » et « J’ai toujours aimé ». Vous y évoquez même l’amour charnel.

Ces deux chansons sont effectivement très proches. Quand un type reçoit une vie sentimentale épanouie, il l’a prend et il l’a raconte.

« Ne m’oubliez pas » parle bien de l’amour du public qui pourrait décliner ?

Ça peut être compris comme ça, mais ce n’est pas que ça. Je pense que nous n’avons pas qu’une seule vie. On en a plein. Je préfère penser ça que d’imaginer qu’il n’y a plus rien après. Cette chanson raconte l’histoire de quelqu’un qui est passé de l’autre côté et qui dit : « Ne m’oubliez pas parce que je suis là quand même. » Malgré la mort, on est toujours vivant dans le souvenir de ceux qui restent. C’est comme ça que je vois les choses, après c’est très personnel.

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(Photo : Audoin Desforges)

« Redevenir un être humain » évoque les gens qui sont toujours sur leur smartphone.

Ce n’est pas une chanson moraliste parce que, moi aussi, j’y passe beaucoup de temps. Sans mon smartphone, je suis même paumé. C’est bien de temps en temps de se rendre compte qu’on exagère et de prendre la décision d’être plus raisonnable. C’est fou comme un simple objet prend la place de la vraie vie.

Vous n’avez jamais fait de compromis dans vos chansons.

Depuis le début, même quand j’étais inconnu au bataillon et que je ramais pour faire décoller ma carrière, je n’en ai faite aucune. Ça vient de l’école. Comme j’étais très mauvais et que je ne supportais pas l’autorité, je n’ai pas choisi de faire un métier de liberté comme celui de la musique pour me retrouver dans des contraintes et des choses que je n’ai pas envie de faire. Je préserve mon intégrité et ma liberté.

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22 mai 2020

Léonid : interview pour l'album Du vent

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(Photo : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorLéonid n’est pas l’affaire d’un seul homme, c’est un binôme indissociable. Il est composé de « la tête pensante », Fabien Daïan, et de son cousin Rémi d’Aversa, homme-orchestre lumineux / co-arrangeur et co- réalisateur sur leur deuxième album Du vent.

Rappelons que Fabien (déjà mandorisé-là en 2014 pour le premier opus éponyme) est auteur/compositeur/interprète, guitares, percussions. Membre de Sinsemilia pendant les 13 premières années du groupe, il s’est investi ensuite corps et âme aux côtés d’artistes comme Yoanna ou Djazia Satour en tant que réalisateur, arrangeur, scénographe…

Créé en 2013, le duo connaît depuis un développement constant et régulier. Et comme l’explique le dossier de presse,  « quelques 250 concerts plus tard et des retours souvent dithyrambiques d’un public touché tant par le fond que par la forme du spectacle, les deux cousins n’ont pas perdu une once de leur foi, de leur besoin de créer, de se renouveler, ni de leur capacité de travail ».

Du vent, a été co-réalisé et co-arrangé avec Pierre-Luc Jamain (Sergent Garcia, Feist, Arthur H, Oxmo Puccino, Djazia Satour...) et enregistré et mixé au printemps 2019 par Julien Espinoza au studio BESCO  (78) et aux Studios de la Ruche  (69). 

Si le Coronavirus décide de se barrer un moment, gageons que le spectacle dont sera issu cet excellent disque sera une nouvelle ère (de jeu) foisonnante pour le duo.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui vendredi 22 mai 2020, sont proposés 4 titres de Du vent en téléchargement. Quant à l’album, il sortira en intégralité le 21 août.

J’ai interrogé Fabien Daïan par téléphone, il y a trois semaines pour évoquer cette nouvelle aventure discographique. Avec l’espoir tout puissant que ce soit la dernière interview sous confinement…

La page Facebook officielle.

Les 13 chansons décryptées sur YouTube. 

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorL’album (argumentaire de presse officiel) :

Un nouvel album plein de vent. De vent frais, du vent des fous ou d’un vent de colère. Parce que le vent c’est tout mais surtout parce que le vent c’est rien. 

13 chansons cousues main et filées avec les tripes.

Sur « du vent », on sent un auteur/interprète enfin délesté du poids des « maîtres »  (Higelin, Brassens, Renaud et tant d’autres). Ce bagage trop lourd qui complexe et réfrène celui qui le traîne. Non que le bonhomme soit devenu prétentieux et ait désormais la naïveté de croire qu’il leur arrive à la cheville. Bien au contraire ! C’est en faisant le deuil du fantasme de chatouiller un jour les doigts de pied des grands qu’il a pu livrer sans détour inutile ce qu’il a dans les tripes. 

Ses tripes à lui, qui ont pour principal intérêt d’être les siennes. 

Aux premières loges de ce déballage, le cousin, le binôme, s’investit comme jamais sur ce disque. Il le marque de sa sensibilité et de son sens inné de la mélodie et de l’arrangement. 

Les chansons de l’album : Elles pourraient se diviser en quatre catégories. D’abord les chansons « psycho-torturées-mais-légères-quand-même », crédo de Léonid, à l’image de « La tâche d’encre » : hurlement venu de l’enfance sur l’impossibilité d’être libre sous l’emprise de l’angoisse. Les textes « réalistes » comme « P’tite soeur » : ode à l’amitié fraternelle et inconditionnelle en duo avec la lumineuse Djazia Satour. Les « existentielles » dont « Autrement dit » est l’incarnation. Chanson sur le troublant parallèle entre le début et la fin de la vie qui, déjà présentée sur scène à quelques reprises, arrache bien souvent les larmes des plus sensibles. Et enfin les chansons « politiques » à l’instar de « Mon avis » : constat désabusé de la difficulté d’allier la passion, les convictions avec l’engagement politique. Ou comme les reprises d’« Oscar » (Renaud) et du « Chiffon rouge » (Vidalin/Fugain) : double hommage au monde ouvrier « rouge » dont sont issus les grands-parents communs aux deux cousins. Leur héritage partagé. Le point commun à toutes ces chansons, le fil rouge, est l’aspiration à la liberté. 

Liberté dont le plus digne représentant est le vent !

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(Photos : Sigrid Spinnox)

léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandorInterview :

Il s’est passé six ans entre tes deux albums. C’est beaucoup, non ?

La première raison, c’est que j’ai énormément d’activités différentes avec d'autres artistes, comme régisseur et éclairagiste. J’aime avoir une vision globale du métier et toucher à tout. La deuxième raison, c’est qu’avec Rémi, on travaille principalement la scène en la peaufinant sans cesse. Enfin, la troisième raison, c’est qu’il se pourrait bien que je sois un laborieux. Il me faut du temps pour faire les choses. Créer de nouvelles chansons par exemple.

Pour la première fois, Léonid a demandé à une tierce personne un regard extérieur, celui de Pierre-Luc Jamain qui a co-réalisé et co-arrangé l’album. Pourquoi ?

J’ai toujours fait les choses tout seul et là, je sentais que j’avais besoin d’un œil neuf d’une personne dont je respecte le travail. Ça m’a permis de me focaliser plus sur ce que j’avais à dire et sur la façon dont je souhaitais transmettre ces nouveaux textes. Je me mets toujours beaucoup de pressions et le fait de pouvoir se reposer sur quelqu’un, ça m’a fait un bien fou. Je n’ai jamais su déléguer. Pour y parvenir, il faut trouver quelqu’un qui va mettre autant de temps, de passion et de perfectionnisme dans le projet que soi-même. C’est ce qu’a fait Pierre-Luc, accompagné bien sûr par Rémy en qui j’ai toujours eu une confiance illimitée. C’était l’équipe parfaite.

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Djazia Satour et Léonid en studio (photo : Pl Jamain).

Evoquons quelques chansons. « Petite sœur » est une ode à l’amitié entre un homme et une femme, enléonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor l’occurrence, celle que tu as avec Djazia Satour, qui chante avec toi sur ce morceau.

Djazia, c’est ma coloc’ de sang. J’ai voulu marqué cette amitié exceptionnelle, extrêmement chaleureuse, fraternelle, presque familiale. Notre amour est puissant, comme peut l’être celui d’un frère et d’une sœur.

Tu n’es pas précisément un chanteur d’histoire d’amour… Quand tu en parles, ça donne une chanson comme « Dégage ».

C’est l’histoire d’une rupture. Quand des gens se séparent, souvent, ils se disent que l’histoire sera toujours belle, malgré la souffrance. Dans cette chanson, j’avoue, j’ai un peu lâché ma pudeur. Désormais, j’essaie de « cracher » les choses de manière plus spontanée et directe. M’autoriser cela m’a permis d’aller mieux.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

Tu es quelqu’un de pudique ?

Très. J’ai même une pudeur extrême. De plus, je suis sujet depuis tout le temps à des crises d’angoisse terribles et à des attaques de panique. J’ai appris récemment que nous étions 4% de la population à souffrir de cette pathologie. J’ai des périodes où le moindre évènement peut me terroriser et me mettre dans des états insoutenables. C’est ma croix… et c’est complètement contradictoire avec le fait de de monter sur scène et, plus généralement, de faire un métier public.

C’est peut-être une façon d’exorciser ça ?

Tu as raison. C’est exactement ce que je pense. Je ne veux pas lâcher l’affaire. Ma seule survie possible, c’est d’aller au front. Je dois passer ma vie à me prouver que je suis plus fort que ces fantômes-là.

Ce que tu me dis-là me fait penser à la chanson « La tâche d’encre », dans laquelle tu te racontes comme jamais… sans t’épargner. En écoutant les paroles, je l’ai comprise ainsi : l’histoire d’un type qui cherche la liberté absolu, qui n’y parvient pas toujours, mais un peu quand même. J’ai bon ?

Ça me va très bien parce que c’est tout à fait ça.

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(Photo : Sigrid Spinnox)

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(Photo : Vincent Assié)

Pour toi, c’est quoi la notion de liberté ?

Je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant, stable et acquis que la liberté. La liberté, c’est un grand vide en fait. J’accepte le combat en moi où il y a une inspiration à la liberté infinie et l’obligation de me mettre en danger en me dirigeant vers mes peurs.

La famille est importante pour toi. Tu évoques en  filigrane ta sœur décédée dans « 507 heures » et tes grands-parents dans « Oscar », de Renaud, et dans « Chiffons Rouges » de Vidalin et Fugain.

J’ai des familles très différentes côté maternel et paternel, mais le point commun qu’avait tout le monde, c’est une implication en politique, très à gauche, communiste, humaniste, voire anarchiste pour certains. Depuis mes grands-parents, c’est quelque chose qui est complètement ancrée dans toute la descendance. Nous avons été élevés dans la lutte et le combat pour plus de justice et d’égalité. La cadre idéologique que l’on m’a inculqué est mon plus bel héritage familial.

Toi, tu fais partie de la tendance anar ?

Je vais te dire la vérité. Je suis mélenchoniste, donc à fond dans le mouvement de La France insoumise. Il y a énormément de gens qui tapent sur Mélenchon parce qu’il serait égocentré et colérique… c’est autant de choses qui me le rendent très sympathique. C’est quelqu’un de brillant et droit politiquement. Il défend à merveille des valeurs que nous sommes des millions à partager.

Tu milites sur le terrain?

Je suis très peu militant, mais comme énormément de gens, je me suis fait embarquer en 2016 par le mouvement. J’ai fait pas mal de meetings et il m’est arrivé de distribuer des tracts pour Mélenchon. Mais j’ai beaucoup trop de respect pour les militants qui s’investissent concrètement pour me considérer comme tel. Moi, je me contente d’ouvrir ma gueule sur scène avec mes petites chansons.

"Le prince du RSA"-Spécial confinage.

Mais tu fais de la chanson politique ? (Photo :Vincent Assié)léonid,fabien daïan,rémi d'aversa,du vent,interview,mandor

Non.

« Le prince du RSA », chanson anti macroniste par excellence, ce n’est pas une chanson politique ?

Alors, partons du  principe que tout est politique. Pour moi, une chanson, c’est juste une idée qui passe et que tu veux transmettre, mais qui ne doit pas prouver ou argumenter quoi que ce soit. Chacun fait ce qu’il veut de l’idée que tu proposes. L’art n’est pas fait pour convaincre.

C’est le thème de ta chanson « Mon avis » !

C’est exactement ce que je raconte, effectivement. Pendant très longtemps, je suis monté sur mes grands chevaux en clamant de grandes tirades passionnées, mais aujourd’hui, je le fais de moins en  moins. Je ferme ma gueule en fait parce que je sais que je n’ai pas le bagage intellectuel et culturel pour me permettre de chanter des choses sentencieuses et encore moins pour faire la morale.

Dans « Autrement dit », tu désacralises les enfants. Tu n’as pas honte ?

Je précise que je n’ai pas d’enfant, je ne fais donc la leçon à personne. Je ne sais pas si c’est l’héritage de Françoise Dolto, mais je constate juste que l’on met les enfants de plus en plus à une place centrale. J’ai peur qu’on finisse par en faire des adultes décalés avec la vraie vie. Les valeurs que l’on m’a inculqué, c’était de rester à ma place d’enfant. C’est quelque chose d’important dans la fondation d’une vie.

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05 mai 2020

Nicolas Vidal : interview pour son exposition virtuelle, Chanteuses de France

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nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorNicolas Vidal est chanteur et photographe. A son compteur, trois albums pop d’excellentes factures : Des ecchymoses en 2011, Les nuits sereines n’existent pas en 2016 et Bleu Piscine en 2018 (pour lequel je l’ai mandorisé). L’homme, qui a plus d’un tour dans son art, crée Faces Zine en 2017, un webzine pop en noir et blanc pour lequel il interviewe et photographie des musicien.ne.s, leur consacrant de longs portraits.

Nicolas Vidal propose depuis quelques jours une exposition virtuelle baptisée Chanteuses de France. En tout, 53 photographies en noir et blanc des icônes féminines de la pop française d’aujourd’hui. Des artistes connues, comme des confidentielles…

En plein confinement, je l’ai appelé pour en savoir plus…

Le webzine pop Faces Zine.

La page Facebook de Faces Zine.

Pour voir l’expo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorLe projet (par Nicolas Vidal lui-même) :

La pop française est-elle une grande famille ? On sait que la pop mondialisée a ses reines mères et ses princesses, ses king of Pop et toute une sorte de royauté marketing qui a fait ses preuves. Il y a des reines et des princesses en France aussi, mais il y a surtout une scène foisonnante de créatrices, chanteuses, productrices, qui résistent et proposent un panel pop de musique riche et dégourdi, foisonnant de sons et d’images.

Les chanteuses de France sont aussi anglaises, africaines, suédoises, algériennes, russes, suisses, israéliennes ou belges. Elles écrivent des chansons pop, font du rock, de l’électro, de la folk voire de la country. On ne peut plus les réduire à l’invisibilité tant elles sont nombreuses, plurielles, les forces vives d’une industrie musicale encore très masculine.

Cela fait maintenant un peu plus de deux ans que je photographie et interviewe des artistes pour Faces Zine. Quand j’ai créé le webzine, j’avais la secrète envie de cartographier une scène pop au présent, indépendantenicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandor et populaire, d’imaginer des familles musicales qui ne le sont que parce qu’on associe ensemble certains artistes.

En voici une première, féminine donc, partiale, qui existe autant par des choix éditoriaux que par les opportunités que j’ai eu de photographier certaines chanteuses. Cette exposition en forme d’abécédaire n’est absolument pas exhaustive, et cela n’aurait aucun intérêt. Mais elle dit tout de même quelque chose de la scène française, entre indépendance farouche et icônes populaires, entre glamour indé et féminisme pop.

Dans mon travail de chanteur et de photographe, les artistes femmes m’ont toujours fortement influencé, bousculé, fait rêver. A mon tour de rendre hommage à 53 chanteuses de France en 51 photos dans cette exposition virtuelle, au présent et au futur.

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Avec Nicolas Vidal, trois de ses modèles. De gauche à droite : Cléa Vincent, Jo Wedin et The Rodeo.

nicolas vidal,chanteuses de france,exposition virtuelle,interview,mandorInterview :

Pourquoi une exposition virtuelle ?

A la base, je voulais faire cette exposition dans une galerie ou dans un lieu adéquat. Avec le contexte actuel, plutôt que d’attendre un hypothétique bon moment, j’ai trouvé intéressant de faire exister cette exposition de manière virtuelle. Je ne voulais pas que le confinement m’empêche de faire découvrir ces photos d’artistes.

Pourquoi as-tu choisi de mettre en avant des artistes féminines ?

Ce sont elles qui, en ce moment, sont le moteur de l’industrie musicale. Pendant longtemps, les artistes femmes étaient cantonnées au rôle d’interprète. Elles étaient souvent l’égérie de grands compositeurs comme France Gall avec Michel Berger et Jane Birkin avec Serge Gainsbourg. Attention ! Je sais bien qu’il y en avait aussi qui écrivaient et composaient, comme Véronique Sanson, Françoise Hardy ou Catherine Lara. Aujourd’hui, les femmes ont pris les rênes de la musique en gagnant en autonomie et en s’affranchissant des hommes. La période #metoo et #balancetonporc n’y est sans doute pas pour rien.  Elles ne sont plus des faire-valoir ou juste des interprètes. La jeune génération féminine sait tout faire.

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Dans les labels et dans l’industrie de la musique, elles ne sont pas encore à la manœuvre.

Malheureusement. Par contre, elles le sont en terme créatif et médiatique.

Tu as choisi de mettre en avant des artistes connues et d’autres moins…

Il y a beaucoup de chanteuses que j’ai interviewées pour Faces Zine et d’autres que j’ai eu la chance de croiser dans des festivals (fin de conférences de presse où concerts) comme Corine, Zazie ou Aya Nakamura. Je pense que si je propose des artistes connus, les gens auront la curiosité de s’intéresser aussi à celles qui le sont moins.

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Comment se présente ton exposition virtuelle ?

Je ne voulais pas que ce soit juste un enfilage de photos, j’ai donc eu l’idée de l’abécédaire avec le prénom plutôt que le nom de famille et un lettrage qui rappelle la typographie que j’utilise sur le webzine. Je voulais qu’il y ait une cohérence avec Faces Zine.

Comment fait-on un bon portrait, selon toi ?

J’essaie d’avoir du temps et de ne pas « objétiser » la personne qui est devant moi. Généralement, j’interviewe les artistes avant de les placer devant mon objectif, donc une petite relation s’est déjà nouée. Ils sont plutôt en confiance et je m’évertue à les rendre à l’aise pendant la séance. Il faut que je parvienne à les diriger sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment tout en les laissant très libres dans leur façon de se comporter. C’est un dosage subtil entre mes suggestions et leur part de naturel. Je pense aussi que le fait que je sois moi aussi musicien rassure certain.e.s de mes modèles.

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J’imagine qu’il y a aussi un travail de retouches ?

Pour l’expo, j’ai retouché surtout les lumières pour qu’il y ait une cohérence et une unité entre les clichés.

Si le monde se décide à tourner de nouveau un peu rond, est-il envisageable que cette expo existe dans un lieu approprié ?

Oui, j’aimerais bien. J’envisage aussi l’éventualité de faire un livre de portraits écrit et photographique pour donner suite à ce projet. Cela permettrait aussi de témoigner de la vitalité de la scène française féminine actuelle.

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10 avril 2020

Julien Belliard : interview pour Le mirage de Zo

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zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor« 10 chansons comme 10 ballades, un album sur l'errance au hasard d'un voyage imaginaire qui j'espère vous emmènera en chemin en ces temps d'immobilité physique. » C’est ainsi que Julien Belliard présente sur sa page Facebook son album Le mirage de Zo.

ZO, clin d’œil à son pseudonyme du début de sa carrière. En 2007, ZO et les dents de scie signaient l’album Sous mon pébroque, puis en 2015, ZO, cette fois-ci seul, nous proposait Les Paradis Ordinaires

Le mirage de Zo, dix titres pop et entraînants dans lesquels Julien Belliard brouille les frontières entre chanson française et indie folk.

Toujours sous confinement, j’ai appelé en  début de semaine ce sympathique artiste pour évoquer cet album, véritable épopée mystique et resplendissante.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Le mirage de ZO.

Biographie officielle (par HUMANOSCOPE) :zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandor

Après deux albums signés sous le patronyme de ZO, Julien Belliard dévoile un troisième opus écrit cette fois en son nom. Les voiles sont levées. Le mirage de ZO nous embarque dans un monde ambulant entre le réel à l’état brut et la poésie du rêve. Les grands espaces pris en filature, des parenthèses zoomées au fil du voyage. Une échappée belle. 

Julien se décrit dans le train des envies du moment. Profondément inspiré par la liberté de mouvement. Ce mouvement si familier dans ses chansons. De l’une à l’autre, on traverse des espaces où les émotions se rencontrent. La liberté de la plaine, l’aridité des montagnes.

Le Mirage de ZO est un album traversé par le mouvement. C’est un album de frontières, de passage, où les villes et les espaces s’entrelacent pour nous mettre en chemin. Dans ces chansons on y trouve autant d’images que d’itinéraires inspirées du réel ou de l’imaginaire. Rêveries, déambulations, errance, le but n’est pas une fin en soi. L’essentiel tient dans un état mobile, le long d’une écriture qui se déroule comme un long travelling musical. Le lien et les chemins, autant d’allusions représentées dans le visuel de l’album, où cette tige de fleur forme comme des lacets de routes avec au bout un chardon.es, le vent dans les éoliennes, l’agitation de la ville, puis ce calme à l’infini. On erre sans but mais toujours vers un ailleurs, entre songe et réalité. 

zo,julien belliard,le mirage de zo,interview,mandorL’album (par HUMANOSCOPE) :

Julien Belliard cavale à son rythme, réfléchi et emballé. La vie est une grande ballade et il la met en musique. Son album raconte ce défilé de paysages, d’ambiances sonores, le tout en parfum d’aventure. Un road-movie sans terminus. Où l’on croise des accords sixties aux nineties, sortis droit de son eldorado puis l’amour en ville, aperçu par la fenêtre des souvenirs.

Chacun de ses titres pourrait être un petit bout du scénario de son album. Autodidacte, il conçoit la musique en artisan. Une fabrique où il mêle les sons et les mots « à la mano ». Il sourit d’entendre parfois sur ses maquettes les bruits de la maison de famille. Son studio est ouvert sur le salon. La musique forme une fratrie. La même depuis des décennies. S’il écrit et compose en solitaire, Julien s’entoure pour mixer, arranger, illustrer les sons en images et laisser les amis, nourrir son projet de leur créativité. Sur cet opus, Yann Arnaud (La Maison Tellier, Olivier Marguerit, Sammy Decoster) tient les manettes du mixage et Dino Trifunovic (compagnon de route d’Alister) s’attelle à la coréalisation. Pour Julien, l’amitié musicale, c’est aussi ensemble arpenter les salles de concert et parler musique à travers les âges, chiner des vinyles... 

L’artiste aime ajuster les mots, ouvrir le champ des libertés. Et dans le flou du Mirage ou de la Brume, créer la musique d’un film. Alors on laisse son esprit vagabonder et la magie opère.

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(Photo : Alexis Barbera)

Interview :

Pourquoi as-tu placé ton ancien pseudo dans le titre de ton album ?

Il y a évidemment un aspect symbolique. Même dans les albums de ZO, je signais mes chansons de mon vrai nom. Là, j’ai décidé de remettre Julien Belliard en premier. J’ai l’impression de boucler une boucle en évoquant ZO dans le titre.

Tu te cachais derrière le personnage ZO ?

C’est possible, mais c’était de l’ordre de l’inconscient.

Ce nouvel album sur l’errance se réfère-t-il uniquement au livre de Raymond Depardon, Errance

Non, mais c’est vrai qu’en tombant sur ce livre magnifique, ça m’a conforté dans l’idée d’écrire sur ce thème-là. Je suis très sensible à la figure de style du road show. Des films comme Stranger Than Paradise de Jim Jarmush et Paris, Texas de Wim Wenders ont toujours été présents dans mes inspirations. J’essaie aussi de faire en sorte que mes chansons aient un esthétisme à la Twin Peaks de David Lynch, une série qui a mille portes d’entrées.

C’est exactement ce que j’ai ressenti en écoutant tes nouvelles chansons. Je m’y suis perdu souvent.

La définition du  mot « errance » est intéressante puisqu’il s’agit d’errer sans but et sans fin. Ça me donne une sensation de liberté forte dans la création. Mes chansons sont libres de lieux de vie.

Clip de "Cette fenêtre", réalisée par Adrien Heinz / Danseuse : Alice Kinh.

Quand tu écris, tu es dans quelle condition psychologique ?

Je joue entre concentration et déconcentration. C’est très étrange. Je commence à travailler un morceau, puis je fais totalement autre chose la minute d’après. Le quart d’heure suivant, je reviens sur le morceau. J’ai procédé ainsi pour ce disque en tout cas.

Il y a 10 chansons dans ton album. A l’ancienne quoi !

C’est un exercice de style que je m’impose. J’essaie d’avoir une thématique, de la travailler, de trouver quelles directions prendre… ça se fait de moins en moins aujourd’hui. On marche plus à coup de singles ou d’EPs. Pour ma part, je veux produire des disques où il faut faire l’effort d’écouter du premier au dernier morceau. J’aime qu’on écoute un disque comme un lit un livre. Parfois, on accroche peut-être moins, mais on fait l’effort d’aller jusqu’au bout. Quand on sort d’un format long, je trouve que le ressenti émotionnel marque plus.

Clip de "Le mirage", réalisé par Adrien Heinz / 2019.

Il y a déjà trois clips de tes nouvelles chansons, "Le mirage", "Cette fenêtre" et "L'autre hémisphère".

Sur ce disque, j’ai pris beaucoup de plaisir à mettre en images mes morceaux. Mon écriture est de plus en plus inspirée par des mouvements cinématographiques.

Te sens-tu appartenir à une famille musicale française ?

Pas vraiment. J’ai écouté des choses assez diverses, mais je n’ai pas l’impression d’avoir une famille type qui ressort de musique chantée en français. J’ai du mal à me projeter dans une famille très poésie, ou très folk, ou très pop, ou très rock, ou très chanson…

Personne ne trouve grâce à tes yeux en France ?

Je n’ai pas dit ça! Il y a beaucoup de gens que j’aime. Dominique A, Mano Solo et Gainsbourg, par exemple. Dans un registre plus rock, j’ai toujours été touché par l’écriture de Romain Humeau. J’aime aussi beaucoup les premiers albums de Franck Monnet, La  Maison Tellier et Ludéal. Tu vois, le spectre de mes goûts est large. Il y a un lien entre tous ces artistes, c’est qu’il y a une recherche de poésie dans l’écriture.

Clip de "L'autre hémisphère", réalisé par Adrien Heinz. Comédienne : Maika Louakairim. Comédien : Augustin Passard.

Je sais que tu aimes beaucoup les livres de poésie.

J’ai beaucoup lu Arthur Rimbaud, Tristan Corbière, le Comte de Lautréamont, Charles Cros, Jacques Prévert... Quelque part, il a dû m’en rester quelque chose. En cette période de confinement, ça m’a traversé l’esprit d’écrire des poèmes sans musique.

Parlons de ta pochette très originale.

On y a voit un chardon avec une longue tige qui s’entrelace. J’avais envie d’une interprétation de la thématique de l’album, mais vu par quelqu’un d’autre. J’ai rencontré Valentin Abad du studio de création Akatre et, du coup, c’est ce studio qui m’a fait quelques propositions. Celle-ci m’a beaucoup plu parce que c’est une œuvre en soi et elle passera le temps.

08 avril 2020

Tom Poisson : interview pour Se passer des visages

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(Photos : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson, se passer des visages, interview, mandorTom Poisson a peaufiné ses 10 nouvelles chansons en tournée pendant près de deux ans avant de nous les offrir sur son nouvel album Se passer des visages. 10 petits bijoux "chanson pop" finement ciselés. Je le suis depuis le début de sa carrière (quelques mandorisations, seul ou avec Les Fouteurs de joies) et force est de constater qu’il est comme le bon vin. Il vieillit bien avec le temps. Assurément, le cru 2020 est sa meilleure cuvée.

Confinement oblige, nous avons réalisé cette interview par téléphone en fin de semaine dernière.

 

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter le disque Se passer des visages.

Ce qu'en dit Sylvain  Siclier dans Le Monde du 5 avril 2020: 

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Argumentaire de presse officiel, par Arnaud de Vaubicourt (mais légèrement écourté) :

Se Passer des Visages pourrait bien être l'album qui, paradoxalement, impose le faciès de Tom Poisson comme indispensable en 2020. Plus de quinze ans après le début de sa carrière, ce nouvel opus est en effet un recueil de chansons qu'il distille à visage découvert. Non pas que Tom Poisson ait nagé en eaux troubles jusqu'alors, mais ces titres éclairent la personnalité de l’artiste d'un halo assez nouveau. Les thèmes abordés ici, la violence conjugale (« Trois Bleus de Plus »), le drame des migrants (« Se Passer des Visages ») ou l'émancipation face à nos propres démons (« Ma Peur ») forment l'architecture de ces chansons, qu'il déploie sur des airs parfois légers, sautillants, où la mélodie semble alléger la profondeur des textes.

Des teintes sombres s'y profilent alors. Et comme il n'y a pas d'ombre sans lumière, le chanteur y imprime aussi une sensibilité galvanisante. Celui qui "faisait des chansons" en 2004 les vit dorénavant. Il les habite pleinement. C'est à ce titre que ce nouveau disque saute tout de suite aux oreilles comme un album intimiste dans lequel on se sent immédiatement inclus, invité, pris par la main. Dévoiler une peau neuve implique de se confronter à la réalité. Alors, lorsqu'il ne chahute pas avec son groupe Les Fouteurs de Joie, Tom Poisson se présente en live dans une formule plus intimiste, aux côtés de Paul Roman, dans un spectacle baptisé 2+1* - 2 hommes & 1 micro.

En filigrane de l'album, les mélodies, les guitares, arborent une simplicité, une épure qui séduit d'emblée. Les arrangements laissent alors la part belle aux motifs plus complexes, agencés par Tom Poisson et ses acolytes Alexandre Léauthaud et Fred Pallem. Ce travail d'orfèvre ouvre aussi la voie à des gimmicks synthétiques (14 ans plus tard) qui servent la rythmique avec entêtement. Au final, si se passer des visages est une option, et parfois une nécessité, se passer de ces dix chansons de Tom Poisson devient difficile dès la première écoute.

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(Photo : Ayumi Moore Aoki)

tom poisson,se passer des visages,interview,mandorInterview :

Ton premier album est sorti en 2004. Tu as donc 16 ans de carrière en solo, avec Les fouteurs de joie et tes projets « jeune public ». Tu es en permanence dans l’action.

J’ai toujours les mains dans le moteur parce que je n’ai jamais connu une autre manière d’envisager mon métier. Je n’ai jamais été signé par une grosse maison de disque qui m’a pris en main en me facilitant la tâche. Tant mieux parce que c’est ma petite entreprise. Elle me permet de varier les plaisirs. Je n’aurais pas pu me contenter de la casquette de chanteur et vivre ainsi : faire un album, une tournée, refaire un album, refaire une tournée… J’aurais vite tourné en rond. J’essaie de trouver des formes différentes pour continuer à m’amuser de l’intérieur. Mes projets ont la chance de fonctionner à une échelle qui me convient. Même si je ne suis pas dans les grands médias, j’ai la chance d’être toujours sur la route... et c’est déjà précieux.

Tu prends juste du plaisir avec ces matières que sont la musique et la chanson.

C’est exactement ça. Ça fait du bien d’avoir des projets différents et des implications différentes dans chaque projet. Ça te donne de l’air frais et ça t’évite de trop te regarder le nombril. Je fais ce métier avant tout pour trouver du partage. L’existence est tellement courte que le partage est mon moteur.

Clip de "De loin", réalisé par François Berdeaux.

Alexandre Léauthaud, autre Fouteur de joie, et Fred Pallem t’ont aidé pour les arrangements.

J’ai écrit toutes les chansons et j’ai impulsé toute cette énergie totale acoustique. Fred et Alexandre, qui sont comme deux frangins, ont arrangé certaines chansons. Alexandre a été musicien, arrangeur et surtout réalisateur de l’album puisqu’il a fait les prises de son et le mixage. Fred a passé une dizaine de jours avec nous et a pris à son compte les chansons les plus orchestrées.

Tu as testé tes nouvelles chansons lors de ton spectacle 2+1 avec  Paul Romain.

Je voulais trouver une dynamique scénique à ce projet. En les portants sur scène, ça m’a permis de les patiner et de les affiner.

En tout il y a avait 16 titres et tu n’en a gardé que 10.

Dans le propos et dans la forme, il ne fallait pas que ce soit redondant.  Du coup, je pense que ça ne l’est pas et je trouve qu’il y a une cohérence entre toutes les chansons.

Clip de "Trois bleus de plus", réalisé par Fernando De Azevedo.

Tes chansons sont fines et loin d’être lisses.

J’essaie de les rendre pertinentes et percutantes en fonction de l’angle de tir. Il y a une chanson sur une rupture, une sur le temps qui passe, une sur les migrants, une sur les violences conjugales. Le sujet abordé n’a d’intérêt qu’à partir où on choisit le bon angle pour raconter.

Tu ne parles plus beaucoup de toi dans ce disque.

Raconter ma vie ne m’intéresse pas, beaucoup moins qu’avant en tout cas. Je ne décide pas vraiment des thèmes qui vont se dessiner dans mes chansons. Au début, je trouve un gimmick, un mot qui amène une phrase qui amène un thème. Ma façon d’écrire est un peu impressionniste et intuitive.

"Les gifles",version à la maison pendant le confinement. 

Ton écriture a changé. Elle est devenue plus poétique.

Le musicien aussi a changé et le chanteur également. Certains artistes ont une immédiateté à 25 ans. Dans mon cas, c’est comme un puzzle, assez long à faire mais qui vaut sûrement le coup de voir terminé. La vie, les épreuves, le travail nous font grandir, cela se ressent forcément dans ce que l’on peut produire. Et puis, j’aime donner aux choses le temps de voir le jour sans force volontarisme. Je suis lent dans un monde qui va vite. C’est comme suivre un long parcours sensuel jusqu’à sa propre voix/voie.

Du coup, tu as mis longtemps à te trouver en tant que chanteur ?

J’ai mis du temps à trouver mon identité vocale. Au début, je ne faisais pas ce métier pour devenir chanteur. Mon premier album, en 2004, s’appelait Tom Poisson fait des chansons pour bien signifier que c’était le côté artisanal qui m’intéressait. Je me disais que livrer des chansons comme Brassens le faisait suffisait. Pas dans mon cas. Je le répète, j’ai dû passer par un long cheminement pour trouver ma voix de chanteur.

"Ma peur", version à la maison pendant le confinement. 

Il y a deux duos : « Les fantômes » avec Laurence Jaillet et « La chanson » avec Clio.

Laurence Jaillet est une chanteuse en reconstruction musicale. Elle avait un projet il y a quelques années et elle a envie de revenir. C’est une très belle personne et une très bonne chanteuse, c’est pour ça que je suis allé la chercher. Quant à Clio, elle est top. Je suis impressionné par son deuxième album. Les gars qui l’ont réalisé ont été vraiment malins. Ca l’a modernisé sans la pervertir, le tout en rendant justice à sa plume.

Tu es content de cet album ?

C’est la première fois que je suis hautement satisfait d’un disque. Je le trouve dense. J’assume parfaitement la forme poétique utilisée qui, je l’espère, n’est pas hermétique. L’auteur, le compositeur et le chanteur que je suis se sont enfin rejoints.

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(Photos : Ayumi Moore Aoki)

03 avril 2020

Bon Air : interview pour l'album Sauvage

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(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewDu duo Bon Air, c’est d’abord Gaëtane Abrial que je connaissais. Je me souvenais de ses prestations en 2007 à la Nouvelle Star (éliminée en demi-finale, se classant 3e après Tigane et Julien Doré, le futur gagnant de cette édition). L'année suivante, elle avait sorti un album aux accents pop-folk, Cheyenne Song, produit et composé par André Manoukian, l'un des jurés du télé-crochet. Joli succès d’estime, mais pas de récidive. En 2010, elle commence à se produire avec son compagnon, Guillaume Farré, sous le nom The Mellow. En 2015, le duo change de nom et choisit Bon Air. Voilà pour le rapide historique.

Passons au présent. Le 28 février dernier est sorti leur premier album, Sauvage réalisé par Talisco, mandorisé là). Un album pop/folk à la fois lumineux, dansant, souvent émouvant, aux mélodies d’une redoutable efficacité.

Le 11 mars dernier,  peu de temps avant le confinement, nous nous sommes retrouvés dans un bar de la capitale pour une première mandorisation.

Le site officiel.

La page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Sauvage.

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewArgumentaire de presse (très raccourci) :

Il n’existe pas d’autres frontières que celles que l’on s’impose. Tel pourrait être le credo de Bon Air, un duo qui fait le grand écart entre son Sud-Ouest natal et sa Nouvelle-Zélande d’adoption. C’est chez eux, à Guéthary, qu’une partie de l’inspiration de ce nouvel album est née. L’autre source se trouve à 20 000 kilomètres de là, dans cette Nouvelle Zélande où débutait il y a huit ans l’aventure humaine et musicale de Gaëtane et Guillaume. Un territoire sauvage, si loin de chez eux et en même temps si proche de leur style de vie de nomade. Partir au bout du monde pour retourner à l’essentiel. Into the wild, autour et en soi.

Cet album est une fresque, un voyage émotionnel, avec textes en anglais bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewet en français, des jeux de textures et de tonalités, des modes majeurs, mineurs, calés sur les battements du cœur C’est au Manoir, en toute liberté, dans des conditions quasi live et épaulé par le sorcier des studios Talisco, que Bon Air a poli ses pépites pop-rock : On y retrouve leur univers indie-pop, épicé de déchirures électriques, de caresses électro, de chœurs qui claquent comme des tambours tribaux. Les guitares acoustiques posées en avant, mais pas que. À l’instar d’une fratrie comme Angus et Julia Stone ou d’un couple des seventies comme les vibrants Richard et Linda Thompson, Gaëtane et Guillaume ont, eux aussi, trouvé l’alchimie, cette symbiose entre deux personnes qui abolit les frontières. Quelles que soient les planches qu’il foule, Bon Air souffle chaud sur les productions pop-folk actuelles.

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(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewInterview :

Ça fait déjà 10 ans que vous chantez ensemble.

Gaëtane : Au début, nous nous sommes produits en Nouvelle-Zélande et on a été surpris de l’engouement des gens. On était là-bas surtout pour voyager, s’inspirer, mais on ne pensait pas jouer au point que cela devienne notre gagne-pain.

De retour en France, avant de monter le projet Bon Air,  il y a eu le duo The Mellow.

Guillaume : On a fait deux EP. L’un en 2012, Shelter, et le second, Seasons, en 2015. C’était un nom trop anglais, les gens ne comprenaient pas trop la signification.

Gaëtane : On a fini par se rendre compte que ce nom ne nous correspondait pas. On a donc choisi Bon Air. A Guétary, là où nous habitons, toutes les maisons ont un nom. Une s’appelle ainsi et on a trouvé que ça nous correspondait bien.

"De quoi j'ai l'air" en version acoustique.

Au début, vous chantiez en anglais. Cet album est en français, avec parfois de courts passages en anglais.

Gaëtane : Nous sommes rentrés de Nouvelle-Zélande il y a 9 ans. Nous nous sommes complètement réappropriés notre langue et notre culture française aujourd’hui... il était temps de le montrer.

Guillaume : Je t’avoue que, pour moi, chanter et écrire en français est une vraie découverte. C’est Gaëtane qui a commencé à écrire la première chanson en français, « De quoi j’ai l’air », qui est présente sur l’album. Je n’avais presque jamais chanté en français et ça m’a fait bizarre.

Oui parce qu’on ne chante pas de la même façon selon la langue.

Guillaume : En anglais, il y un léger marmonnement, alors qu’en français on articule beaucoup plus. Et puis j’ai l’accent du sud-ouest quand je parle, j’avais peur de faire trop Cabrel en chantant en français (rires).

Gaëtane : Textuellement, on a toujours autant fait attention aux textes en anglais qu’en français, mais il est clair que chanter en français à tout changé avec le public. Le retour des gens est plus intense, plus profond, depuis qu’ils comprennent les paroles.

"Aventurier", en version acoustique.

Vous vous êtes toujours sentis artistes ?

Gaëtane : Toujours. Pourtant, dans ma famille personne ne fait de la musique, même si elle en écoutait beaucoup. Depuis toute petite, je savais que j’allais faire de la musique. C’est très profondément ancré en moi, mais c’est impossible à expliquer.

Guillaume : Mes parents avaient beaucoup de 33 tours de musique américaine. Ma mère est suédoise. A 12 ans, j’avais une guitare et avec elle, je déchiffrais les paroles de Bob Dylan ou d’autres song writers. La musique était une passion. Quand j’ai commencé à voyager, elle m’a permis de partager et de faire beaucoup de rencontres. C’est un sacré lien social !

Avoir un premier album, c’est important pour vous ?

Gaëtane : Nous continuons notre chemin tranquillement. Ces dernières années, nous faisons presque 100 concerts par an, donc nous sommes déjà très contents de notre sort. Cet album est juste une continuité. Bon, j’avoue, le voir en vrai est émouvant. C’est quand même le symbole de deux ans de travail.

Vous avez créé Sauvage en  toute liberté.

Gaëtane : On ne peut pas travailler si on n’a pas une totale liberté. Nous avons été très impliqués dans toutes les étapes de la création de ce disque.

Clip officiel de "Sauvage". Réalisation / Photographie : Valentin Duciel. Co-réalisation : Gaëtane Abrial. Assistance photo : Maya Erba. Production exécutive : Konsu Agency (Wesley Wilquin).

C’est vous qui avez demandé à Talisco (Jérôme Amandi) d’amener sa pierre à votre édifice ?bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interview

Gaëtane : Oui. Quand on a écouté ses disques, on a su que c’était un son comme ça que nous voulions. On aimait l’âme et l’énergie que dégagent la musique de Talisco. Quand on a pris la décision d’amener nos chansons plus loin en sortant de notre binôme, il s’est imposé à nous. Un regard extérieur et faire évoluer notre musique étaient primordial. Nous l’avons contacté et ça a collé entre nous. On le remercie parce que c’est la première fois qu’il collabore avec quelqu’un.

Guillaume : Nous voulions des sons un peu tribaux qui nous permettent de danser en rond (rires). On a enregistré les chansons en deux fois une semaine dans une vieille maison avec un studio de 100 m2 de manière la plus live possible.

Gaëtane : Nous avons travaillé vraiment main dans la main. Chacun amenait ses idées et nous en discutions. Talisco, Guillaume et moi sommes trois pointilleux et exigeants, donc nous avons beaucoup  échangé, testé… c’était hyper intéressant. Talisco est quelqu’un de très franc et droit, beaucoup dans la communication, donc tout était clair et sain entre nous. C’est un vrai bonheur de faire un disque dans ces conditions musicales et humaines.

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(Photo : Boby)

bon air,gaëtane abrial,guillaume farré,the mellow,sauvage,mandor,interviewDans vos chansons, comment vous vous distribuez vos temps de chants respectifs ?

Gaëtane : On chante beaucoup à deux dans les refrains. Sinon, on fait de la musique ensemble depuis tellement longtemps que le partage des chants vient naturellement.

Vous écrivez et composez tous les deux ?

Guillaume : Oui, mais chacun de notre côté. Une fois que quelque chose nous plait, on le propose à l’autre qui peut très bien se permettre de corriger pour parfaire la chanson.

Quand est-ce que vous savez quand une chanson est bonne ?

Gaëtane : J’ai besoin d’être émue et même d’avoir les poils au moment où je fais la chanson. Au stade d’ébauche, il faut que je sois touchée, sinon, je laisse tomber.

Guillaume : Moi, ce n’est pas pareil. Je pars d’une idée ou d’une émotion.

Vos chansons pop sont solaires.

Gaëtane : S’il y a parfois un fond de mélancolie, nous faisons en sorte que nos chansons soient toutes lumineuses. Nous sommes comme ça dans la vraie vie. Bon Air, ce n’est pas un projet, c’est une partie de nous au quotidien. Nous sommes des épicuriens et j’espère que cela s’entend dans nos chansons.

En quoi cet album vous ressemble ?

Gaëtane : Il nous représente totalement car il correspond complètement à notre mode de vie. Notre préoccupation première n’est pas tant la musique que la volonté de vivre dans l‘instant, en fonçant tête baissée vers cette vie sauvage.

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Le 11 mars 2020, après l'interview.

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01 avril 2020

Acquin : interview pour l'album Bareback

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(Photos : Selena Fontaine)

Acquin-619bySelenaFontaineweb.jpgAprès un premier EP en 2016, Choix Esthétiques, Acquin vient de sortir son premier album, Bareback. Neuf chansons poétiques, tourmentées et profondes réalisées par Frédéric Lo (mandorisé là) aux sonorités pop-rock et aux accents queer. Ce disque-là est mon coup de cœur de ces quatre premiers mois de 2020. Musicalement et textuellement, je me prosterne.

Le 6 mars dernier,  je lui ai donné rendez-vous dans un café de la Gare du Nord.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Bareback.

Interview très intéressante (et complémentaire de celle-ci) pour Idoles Mag.

Biographie officielle :Acquin-617bySelenaFontaineweb.jpg

Chanteur, pianiste, auteur-compositeur C'est d'abord par une formation classique que le petit Acquin, à l'âge de quatre ans, fait ses premiers pas au violon par la méthode Suzuki. Puis il rejoint le conservatoire Gabriel Fauré à Paris à l'âge de 8 ans où il poursuit ses études de solfège et d'instrument avec l'enseignement de Hratchia Haroutunian. Il se produit avec l'orchestre inter-conservatoire dans différentes salles parisiennes dont notamment la salle Gaveau où il accompagne l'altiste soliste Yuri Bashmet. Il poursuit ses études musicales au CNR de Lyon où il se perfectionne en harmonie. En parallèle de cet apprentissage de la musique classique, il s'initie en autodidacte aux rythmes pop/rock…

IMG_5917.JPGArgumentaire de presse :

Loin des chansonniers, Acquin (comme coquin, taquin, parisien, baldaquin, Saint Thomas d’Aquin ?) lorgne plus du côté post-punk eighties et rock du genre, à l’empreinte musicale forte, tourmentée et ciselée. Sous une parure aux élégances rock, il délivre ses chansons sombres et distantes. Leur écoute sera au choix clinique, esthétique ou ironique. C’est selon. A travers une esthétique narrative et distanciée, la trame générale de Bareback dépeint et savoure différentes expériences de vie, de violences, de méandres amoureux, venant occuper l’existence et pallier son inquiétante absurdité. Cet album, continuité d’un premier EP Les Choix Esthétiques, d’une expérience live, et de la rencontre avec Frédéric Lo, s’inscrit dans une filiation avec l’album Crèvecoeur de Daniel Darc.

Des textes sombres et élégants qui collent avec la douce pop proposée.” ROCK & FOLK

Bareback n'affirme rien et préfère au contraire suggérer dans un spoken word déroutant et un bel art du contrepoint. Un disque tendu, bipolaire et caractériel.” MAGIC

Il y a une filiation avec Daniel Darc tout en ayant une singularité et une pertinence dans l’écriture des compos. J’ai aussi trouvé un lien avec Mendelson, le label Lithium, Burger et Biolay. Les textes sont étranges, avec quelque chose d’hors format. On retrouve la culture du musicien classique qui se met à l’écriture de la chanson.FRÉDÉRIC LO

« Jouissives et inhabituelles chansons, en ces temps aseptisés, sachant chanter gaiement le désir et le sexe, les bars de nuits et l’oubli. » TELERAMA (3 clefs).

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(Photo : Selena Fontaine)

IMG_5898 (3).JPGInterview :

Est-ce ce que c’est ton parcours musical « classique » qui t’a permis de sortir des chemins balisés de la pop française ?

C’est dur de répondre à cette question. Il y a un côté « avoir su pour oublier ». Mes connaissances, je ne les utilise pas, mais je ne sais pas si c’est volontaire ou non. L’harmonie dans la musique classique n’a pas bougé depuis Bach,  nous sommes nombreux à tenter de faire évoluer les curseurs.

Avant ton projet Acquin, tu as joué dans des groupes ?

Oui, je faisais de la basse dans un groupe rock avec des potes. A l'époque, je ne chantais pas encore. J’ai mis du temps à m’autoriser à composer des morceaux et à écrire des textes.

Clip de "Gender bender", extrait de l'album Bareback.

Quand as-tu décidé de t’y mettre sérieusement ?

J’étais en colocation avec quelqu’un qui avait un piano, donc je m’y suis mis. Je composais des chansons. Disons que c’était de la chansonnette. Beaucoup de mes premières créations sont restées secrètes jusqu’au moment où une m’a plu, puis une deuxième, puis une troisième… bref, un gars à qui j’ai fait écouter ces chansons me fait connaitre Maxime Lunel qui avait le studio Mastoïd à Pantin. C’est là que j’ai fait mon premier EP, Choix Esthétiques. Avec ce disque, on a fait des petites scènes à Paris.

Comment as-tu contacté Frédéric Lo pour travailler avec lui pour ton premier album?

J’avais tellement aimé son travail sur l’album de Daniel Darc, Crèvecœur, que je rêvais qu’il accepte de réaliser mon album. Je l’ai contacté sur Facebook. Il n’a pas répondu la première fois. J’ai récidivé et il a fini par me demander de lui envoyer des maquettes. Il les a écoutés et les a aimés. A ce moment-là, on a décidé de se rencontrer.

Ça t’a fait quoi de te retrouver avec lui dans son studio ?

C’était émouvant. Etre là où avaient enregistré Daniel Darc et tant d’autres…

Live Session de "Bareback", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid, à Pantin. Guitare : Olivier Legall. Basse : Stéphane Mugnier. Batterie : Thomas Chalindar.

Acquin-583-bySelenaFontaineweb (2).jpgComment as-tu découvert l’album Crèvecoeur ? (Après la mandorisation d'Acquin, en bonus, mon interview de Daniel Darc en 2004 à l'occasion de la sortie de cet album..)

C’est un pote qui me l’a fait découvrir en 2012 après lui avoir fait écouter des maquettes. Il y trouvait un rapprochement. Après, j’espère qu’il ne m’a trop influencé dans ce que je fais aujourd’hui… On ne se rend jamais bien compte comment on peut être influencé par les autres.

Mélodiquement, tes chansons sont d’une efficacité redoutable.

Merci. Pourtant, j’aime que mes chansons soit sur un fil un peu casse gueule : je cherche toujours la frontière infime entre le kitsch, le raté et le réussi.

Quand tu me parles, tu n’as pas la même voix que quand tu chantes et ta personnalité ne correspond pas à ce que je m’étais imaginé en écoutant tes chansons. C’est très troublant.

On me le dit souvent (rires). Mais je n’ai pas l’impression de mentir. Il y a un côté plus sombre dans mes chansons, alors que je ne suis pas un grand mélancolique dans la vie. Je montre une part noire de moi-même, mais que l’on pourrait éventuellement trouver drôle.

Live session de "Groupe", tiré de l'album Bareback, au Studio Mastoid à Pantin. Guitare: Olivier Legall. Basse: Stéphane Mugnier. Batterie: Thomas Chalindar.

Si je te dis que tu es le Bret Easton Ellis de la chanson ?

(Rires) Je comprends que tu me dises ça, mais je tiens a rassuré tout le monde, je ne découpe personne en morceaux, comme dans American Psycho. Je ne cherche pas le décalage entre mon physique et ce que je chante, mais tant mieux s’il existe. En tout cas, je ne vais pas me créer un personnage parce que je n’ai pas envie de faire faux.

Tu évoques des histoires d’amour un peu borderline et non genrées ?

Oui, et en même temps, je ne cherche pas à être trop explicatif. Quand ça commence à être trop précis, j’aime moins. J’écris comme on fait de la peinture. Quand je crée une chanson, je commence toujours par la musique. Très vite un mot arrive, puis un autre, et la chanson commence à prendre forme. Rien n’est organisé, c’est à l’instinct phonétique que tout démarre.

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Pendant l'interview...

Ce sont des histoires vraies ?

Beaucoup de ce que je raconte vient de situation vue, entendue, racontée et ensuite, j’ai un peu transformé pour universaliser les histoires. Mes chansons sur le désir ne sont pas dans le militantisme.

Tu es content de cet album ?

Ca dépend des jours. Heureusement que j’ai travaillé avec un réalisateur sinon, je n’aurais jamais terminé le disque. Je pourrais modifier des choses à l’infini. Je ne peux pas être entièrement satisfait de cet album, sinon, je ne pourrai rien faire après.

Et qu’en pense Frédéric Lo ?

C’est quelqu’un de très réservé. Il m’a fait penser à mon ancien prof de violon qui lorsqu’il disait que c’était bien, ça voulait dire que c’était bien. Frédéric m’a juste dit : « c’est un beau disque ».

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Après l'interview, le 6 mars 2020.

Bonus: En 2004, j'ai rencontré Daniel Darc à l'occasion de la sortie de son album Crèvecoeur  (dont il est question dans cette mandorisation) pour le magazine L'hebdo (l'hebdomadaire des magasins Virgin). Je n'avais jamais publié cette interview chez Mandor. L'occasion était belle...

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