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05 janvier 2022

Rouquine : interview pour le premier EP Mortel

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(Photo : Thomas Dillis)

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistComme l’indique le dossier de presse, « ces deux bruns dont l’un tire sur le gris chantent le spleen avec une ironie mordante, dans une langue explicite et poétique. Les mélodies sont obsédantes et la tête bouge sur une électro-pop élégante et racée. Les mots sonnent comme des percussions. L’amour, les mômes, la mort, le sexe...ça remue et ça fait marrer. Rouquine aime bien James Blake et Boris Vian, Alt-J et Orelsan. Jouant avec les codes urbains sur des thèmes actuels, Rouquine dépoussière la chanson et prend son public à contre-pied ».

Ces deux bruns, je les suis depuis des années. En 2013, je recevais déjà Sébastien Rousselet et Nino Vella pour l’EP de leur premier groupe, Babel, La vie est un cirque (lire ici), puis Sébastien seul en 2015 pour l’EP Bless(e) You (lire là) et enfin, en 2017, Nino et Sébastien m’avaient invité à une écoute de différents morceaux devant figurer dans un futur album chez Elektra, un label de Warner. Il devait sortir début 2018 mais, finalement, il n’a jamais vu le jour (lire là).

Bref, ces deux-là, je savais qu’un jour, ils allaient finir par se faire remarquer. Leur victoire dans l’émission de Nagui, The Artist, en atteste même si elle reste anecdotique dans le parcours de ces deux garçons extrêmement talentueux.

Je leur ai récemment donné rendez-vous dans un café de la capitale pour faire un nouveau point sur leur carrière.

Biographie officielle par Rouquine:rouquine,mortel,interview,mandor,the artist

Rouquine c'est un scalp à deux têtes. L'une est celle de l'homme clavier/machines et chanteur Nino Vella, compositeur de notre duo. L'autre tête pensante est celle du chanteur et auteur Sébastien Rousselet. C'est en 2010 qu'on se rencontre tous les deux chez un ami commun et qu'on crée le groupe Babel avec deux autres musiciens. Ce quatuor s'inscrit dans une veine rock-electro française et c'est durant les 8 ans d'existence de ce groupe qu'on va véritablement faire nos armes en live avec quelques centaines de dates explosives dont deux passages aux Francofolies, deux tournées en Chine, un stade en 1e partie de Johnny ainsi qu'une signature chez Warner pour un album qui ne verra jamais le jour. Entre nous se tisse surtout une solide complicité basée sur l'amour du gros son et de la bonne bouffe ainsi qu'un humour qui peut faire marrer quand on a 15 ans d'âge mental. En parallèle on écrit et compose tous deux pour d'autres interprètes de la chanson, se frottant ainsi à la contrainte du sur mesure. Suite à la dissolution de Babel, on se retrouve en studio comme en laboratoire avec pour seule ambition de « faire ce qu'on sent », sans savoir où on va. Le compositeur est donc devenu citadin, l'auteur vit dans les coteaux. Le premier a 28 ans, le second est son aîné de 16 ans et daron de quelques mômes. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Ce truc a priori mal assorti va donc s'appeler Rouquine, histoire de pousser à fond l'aspect incongru. Comme si la réunion de deux mecs plutôt hétéro-normés ça donnait quand même du féminin, comme si nos inspirations associées avaient créé un précipité de couleur rouille. Bref comme si ça faisait un peu tache. De rousseur bien sûr. Ça nous fait surtout marrer mais on n'y pense pas plus que ça, on est d'abord réunis par le plaisir de faire nos chansons sans autre contrainte que les règles qu'on s'impose, comme dans un jeu. Pas d'âge pour être des sales gosses.

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistLe premier EP (toujours par Rouquine) :

Les premiers titres viennent spontanément, le son trouve sa couleur et les mots donnent le ton. On va parler de nous, de ce qu'on vit et de ce qu'on voit. Un peu romantiques, un poil punk. L'interprétation se trouve aussi. Finies les voix poussées sur la corde raide. Influencée par l'urbain en général tant dans la prod que dans le texte, Rouquine a la mélodie généreuse pour parler des questions que soulève la parentalité d'aujourd'hui, de la relation humaine par techno-cocon interposé (cc Alain Damasio) ou des dernières 24 heures d'un cancéreux qui au son du gimmick solaire d'un orgue hammond va profiter de cette ultime journée « comme un salopard ». Du sentiment mais pas de sentimentalisme. Rouquine assume un ton grinçant, des mots écrits et crus pour traiter frontalement de thématiques peu entendues, mais avec la distance nécessaire. Nos deux voix qui s'entremêlent, feutrées et triturées permettent aussi de maintenir cette distance. Les ombres de James Blake et Alt-J planent pas loin, près des rimes riches et des fulgurances de Chaton et Orelsan.

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(Photo : Thomas Dillis)

rouquine,mortel,interview,mandor,the artistInterview :

Nino, raconte-moi ton parcours en quelques mots :

Nino Vella : Après m'être hissé sur le piano droit de mes parents pour rejouer les musiques qui résonnent dans la maison, j'ai étudié au conservatoire de Cholet (49) ma ville natale, où j’ai fais mes gammes sur Debussy ou Oscar Peterson. En grandissant, j'ai écouté aussi bien la chanson française de Renaud, le rap d'Eminem ou la pop néo-classique d'Agnès Obel. Aujourd'hui installé à Paris, il m'arrive de composer la musique d’un film, réaliser des chansons en studio pour de nombreux artistes allant de Nemir à Lord Esperanza en passant par Patrick Bruel ou Gauvain Sers, accompagner en live au piano des artistes tels qu’Yseult, Vianney ou Juliette Armanet.

Même question pour toi Sébastien.

Sébastien Rousselet : Influencé par le parcours de vie d'écrivains tels que Kerouac et Bukowsky ainsi que par mes racines paysannes, j'ai longtemps mis une main dans le cambouis tandis que je lisais de l'autre. J'ai parfois taillé le granite tout en écoutant Radiohead et Gainsbourg. J'écrivais des chansons, j'enfilais une blouse d'aide-soignant, puis je repartais en solo sur un festival avec ma guitare sèche. Après quelques années passées à Londres et en Bretagne j'ai atterri dans les vignes au sud d'Angers où je vis toujours. Aujourd'hui quand je ne suis pas en concert, j'écris des paroles de chansons, des nouvelles, des contes pour mômes, je monte des spectacles avec des détenus, des toxicomanes ou des lycéens et j'accompagne des groupes musicaux sur leur travail scénique.

"Cyborg" en live dans Le Lab Virgin Radio.

Comment êtes-vous passés de Babel à Rouquine ?

Nino : Artistiquement, avec les deux autres Babel, nous n’étions plus sur la même longueur d’onde. Ça faisait un bout de temps qu’avec Sébastien, nous étions frustrés de ne pas avoir un projet tous les deux. Disons qu’après huit ans de tournée, c’est une fin de cycle. L’expérience avec un label de chez Warner qui s’est soldée par un échec à mis fin à notre envie de continuer, même si on a encore fait une tournée qui nous a emmené jusqu’en Chine. Le dernier concert a eu lieu en octobre 2018.

Sébastien : Avec Babel, il y a eu beaucoup de pics et de creux. A un moment, on commençait à être épuisés. Avec Nino, on a continué à faire des chansons ensemble en studio. Celles-ci nous ont amené à créer un nouveau groupe, en l’occurrence Rouquine. Je tiens à préciser que nous continuons à bien nous entendre avec les deux autres membres de Babel. Il n’y a aucune rancœur dans cette histoire.

"Les enfants sont des gros enfoirés". Graphisme : Marie Poirier. Motion Design : Sebastien Vion

Ce qui est fou c’est que Rouquine n’a rien à voir avec Babel..

Sébastien : On avait l’envie de changer artistiquement. Vocalement, nous voulions envoyer beaucoup moins et musicalement, on a calmé nettement notre grandiloquence.

Nino : Cette désinterprétation du chant nous a permis de gommer le côté rock pour nous retrouver avec des compositions beaucoup plus intimes. La digestion de tous les projets sur lesquels nous avons travaillé nous ont aidé à évoluer dans ce sens. J’ai pris beaucoup des artistes dont j’ai réalisé les albums ou que j’ai accompagnés.

Sébastien : On a tout épuré.

Vos textes sont beaucoup plus frontaux et intimistes.

Sébastien : Il y a beaucoup moins de fioritures pseudo-poétiques, c’est vrai.

Session Live de "Mortel" au Jardin de verre à Cholet (49) - Juin 2021

Dans « Mortel », vous faites d’un sujet grave, le dernier jour d’un homme qui meurt d’un cancer, une chanson joyeuse.

Sébastien : La musique solaire nous aide à aller vers ce processus.

Nino : Avec Babel, nous faisions du ton sur ton. Les textes graves étaient interprétés sur des musiques graves. Avec Rouquine, on fait le contraire.

Le premier album de Rouquine sort quand ?

Nino : On aimerait le sortir en mars 2022.

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Rouquine, lauréat de la première édition de The Artist.

Parlons de The Artist, l’émission produite par Nagui dont vous êtes les lauréats. Comment êtes-vous arrivés dans cette aventure ?

Nino : On a été castés par un des directeurs artistiques de l’émission. On est venu nous chercher. Jamais de la vie, nous nous serions inscrits à ce type d’émission.

Sébastien : Quand on nous a contactés, ça nous a angoissé. On a hésité deux mois, mais ils ont su trouver les bons arguments. A commencer par Nagui qui ne fait pas n’importe quoi en terme de musique. Il a créé Taratata quand même et aussi, il respecte beaucoup les artistes. Autre argument de poids, on allait pouvoir proposer nos propres compositions en live. Au final, ça a été une expérience très positive.

Nino : On a eu aussi une formation accélérée sur comment gérer le stress. La télé, le direct, les caméras, les contraintes techniques colossales, ce n’est pas le même stress que celui que nous vivons sur scène. Et, il faut bien le dire, depuis The Artist, nous sommes beaucoup plus facilement identifiables.

Sébastien : L’émission a été un accélérateur de particules.

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(Photo : Thomas Dilis)

En quoi The Artist vous a donné un peu plus confiance en vous ?

Nino : Ça m’a donné confiance en tant que chanteur parce qu’avant l’émission, je ne me considérais pas comme tel. Aujourd’hui, j’arrive un peu à accepter l’idée. Cela dit, cette émission n’est pas une fin en soit, elle fait partie de notre parcours.

Sébastien : Ce qui est sûr, c’est que ça nous a donné du carburant pour aller plus loin.

Nino : En gros, on vient d’arriver en haut d’une colline, et en arrivant en haut de cette colline, on voit celle d’après. Je ne ressens pas tant que ça de soulagement après l’émission.

Sébastien : Moi, pareil.

"Tombé". Graphisme : Marie Poirier. Motion Design : Sebastien Vion.

C’est quoi la prochaine étape ?

Nino : C’est que les gens viennent nous voir en concert.

Sébastien : La notoriété, c’est presque le mal nécessaire parce que tu as besoin de faire venir les gens te voir sur scène. Grâce à cette aventure, on a fait des premières parties de Tryo, de Gaëtan Roussel, un Café de la Danse le 15 décembre dernier. Nous allons également faire une tournée des SMAC (scènes de musiques actuelles) et des festivals.

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Avec Sébastien Rousselet et Nino Vella, après l'interview, dans un café parisien.

08 décembre 2021

Emilie Marsh : interview pour Nevada

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(Photo : Alexandre Attias)

emilie marsh,nevada,interview,fraca!!!,mandorLe deuxième album d’Emilie Marsh, Nevada, est un jouissif road trip musical. Elle nous embarque dans un voyage faisant constamment dialoguer l'intérieur et l'extérieur, l'intimité et l'immensité. Les titres sont les étapes de cet itinéraire. Tout le monde peut s’y laisser emporter et rêver autour d’elles. Nevada paraît sur son label FRACA !!!, co-fondé en 2018 avec Katel et Robi.

Pour évoquer cet album, nous nous sommes retrouvés sur la terrasse d’un café parisien pour une deuxième mandorisation (la première ici, pour le précédent disque).

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album Nevada.

Argumentaire de presse officiel :

C’est une amoureuse qui roule. Tenue en éveil par des mélodies immédiates et une énergie rock’n’roll, les rugissements du moteur. Elle s’appelle Émilie Marsh, et elle réinvente aujourd’hui ce qu’est le Nevada. Un état américain, direz-vous. Or, la musicienne d’origine franco-britannique n’y a jamais mis les pieds. Nevada, pour ce véhicule qui n’existe plus, ce vintage qu’on recherche sans cesse, mués de nostalgie. Nevada, parce que « va » inscrit la musique et les textes d’Emilie Marsh dans un mouvement qui se poursuit, quelle que soit sa destination. Du moins si elle y parvient… Car Nevada, c’est l’histoire d’une femme qui prend la route pour retrouver l’être aimé, avant de se laisser désorienter par ses pérégrinations et changer de trajectoire. Finalement, le point d’arrivée ne sera peut-être pas celui qu’on croit. Piste après piste, Émilie Marsh révèle de nouvelles facettes de son jeu d’autrice, compositrice, chanteuse et multi-instrumentiste. On la découvrait par bribes sur son premier album éponyme, paru en 2019, on l’envisage dans son entièreté plurielle grâce à Nevada. Parce qu’elle aime partager le studio, elle a travaillé avec un autre musicien surdoué, réalisateur et mixeur, Sébastien Collinet. Ensemble, ils ont façonné un Nevada déjà produit seul par Émilie. Ils ont aussi rassemblé, le temps d’une journée, des chanteuses devenues d’enthousiastes choristes : Buridane, Pascale Abécassis, Clou, Inès Desorages, Garance, Claire Joseph, Skye, Karen Lano, Latchmy, Lonny, Marilyne Maillot

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Bercée par les westerns visionnés en boucle durant le confinement, Paris-Texas de Wim Wenders, la musique de Ry Cooder, les road movies, de Pierrot le Fou à Thelma et Louise, Émilie Marsh crée une narration musicale au rythme implacable et multi référentielle – en cela, elle fait écho au cinéma de Tarantino qu’elle affectionne. Ces mariages contraires font de ses chansons des hymnes immédiats, portés par la légèreté, parfois ironique, de la pop, dotés d’une énergie rock’n’roll que ne renierait pas Dani. De l’icône de la chanson française, Émilie Marsh a beaucoup appris au fil de leur collaboration sur scène, puis sur l’album Horizons dorés. Notamment à ressentir l’image dans la musique. Entrecoupé d’interludes, des Errances enregistrées sur iPhone sous la carcasse d’une voiture, improvisées puis retaillées à la serpe, Nevada s’amuse des humeurs et des personnages.

Le disque (toujours extrait de l’argumentaire de presse) :emilie marsh,nevada,interview,fraca!!!,mandor 

Le fil rouge, c’est la voix d’Émilie Marsh, capable de multiples variations. Tube instantané, Nevada est une invitation au voyage, tant géographique que sentimental, souligné de riffs vénéneux. Les chœurs de « Tout commençait la nuit » nous emportent comme une vague, avec Émilie comme prêtresse de la mélodie électrique qui, sur « Salam Saravah » devient chaman, avant de laisser libre cours à la fièvre stellaire de « (La nuit) Tombée de haut » jusqu’à la flamboyante conclusion de « Danser Marco ». Au programme également, deux duos avec des artistes dont Emilie admire le parcours comme la personnalité : La Grande Sophie dans « Mélancolie sur la Riviera » et « Héros », avec Gaëtan Roussel, écouté dès l’adolescence par Emilie, et qui a aussitôt accepté. Parmi les influences d’Emilie, du son et des mots : Anna Calvi, Sylvia Plath, Catherine Ribeiro, Arthur Rimbaud, Blaise Cendrars, Isabelle Mayereau, dont elle reprend la trépidante « Chevrolet Impala », Apollinaire, Henri Michaux… Par sa recherche de vocabulaire, le manque voulu d’articles, le parti pris énumératif et nominal, s’impose l’écriture poétique d’Émilie Marsh, qui a toujours été la sienne – rappelons qu’elle a étudié la littérature et qu’elle a été, à peine vingtenaire, lauréate du concours national Poésie en liberté.

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(Photo : Alexandre Attias)

emilie marsh,nevada,interview,fraca!!!,mandorInterview :

Tu avais ton fil rouge dès l’écriture des premières chansons?

Oui. Avec les quatre premières chansons, « Nevada », « Héros », « Salam Sarava » et « Tout commençait la nuit », je savais déjà quelle direction j’allais prendre. Pendant la période d’écriture, j’avais besoin de grands espaces et surtout de me décentrer de là où j’étais. Je cherchais un contraste entre l’intérieur intimiste de la voiture et l’extérieur, lié aux grands paysages américains, réels ou fantasmés. Celui entre le jour et la nuit, dont je suis amoureuse. J’ai regardé pas mal de road movies et j’ai écouté de nombreuses musiques de film. Ça évoque immédiatement des images.

L’album commence par la chanson d’Isabelle Mayereau, « Chevrolet Impala ». Elle te correspond parfaitement. On dirait un titre de toi.

Je suis flattée que tu me dises ça parce que je suis très admirative du travail d’Isabelle Mayereau. Il manquait une chanson pour terminer l’album. J’ai pensé à celle-là car je savais qu’elle allait coller à l’ensemble. J’ai donc fait un arrangement dans la journée et je lui ai envoyé. Elle a beaucoup apprécié, du coup, ça nous a rapprochées. Nous avons tourné le clip ensemble, mais nous le sortirons plus tard.

 Clip de "Nevada". Réalisation & images : Alexandre Attias.

Quelle est la différence entre ce nouvel album, Nevada, et le précédent ?

Mon premier disque était une photographie de qui j’étais et de ce que je faisais à l’époque. Sur celui-ci, je raconte une histoire sous forme de road-trip. C’est un voyage en temps réel.

Il y a un duo avec La Grande Sophie, « Mélancolie sur la Riviera ». A la première écoute, j’ai eu du mal à identifier qui chantait quoi.

On me l’a déjà dit, mais ça m’étonne. Je connais tellement sa voix. En tout cas, la sienne et la mienne se mélangent bien. J’ai découvert cette artiste quand j’étais ado et elle fait partie des gens qui m’ont donné envie de faire de la musique. En 2019, j’ai eu le bonheur de faire ses premières parties et je l’ai donc mieux connue. J’avais très envie de travailler avec elle. Il y a notre duo et elle a fait les arrangements de la chanson « Nevada ». C’est un petit rêve d’enfant que j’ai réalisé.

On peut découvrir un autre duo, « Héros », avec Gaëtan Roussel.

Lui aussi m’a construite musicalement. Adolescente, j’écoutais beaucoup Louise Attaque et j’adorais ça. Je suis fière qu’il ait accepté de chanter avec moi.

Clip de "Ironie. Réalisation & images : Alexandre Attias.

Il y a de nombreuses choristes sur cet album (voir l’argumentaire de presse).

Ce disque a été réalisé à deux avec Sébastien Collinet. On était dans notre bulle, mais à un moment donné, nous nous sommes dit qu’il serait bon d’élargir le cercle. Nous avons considéré qu’avoir des chœurs féminins allait ajouter un supplément d’âme. J’ai appelé plein de copines chanteuses et nous nous sommes retrouvées une journée à l’Alcazar pour enregistrer. C’était un moment magique.

Ton écriture est devenue plus rythmée.

Je me suis inspirée de la poésie de Blaise Cendrars. Dans « La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France », par exemple, on voit les images défiler et on sait qu’il avance. J’ai donc choisi une écriture du défilement qui passe par beaucoup d’énumérations. J’ai enlevé des articles, des phrases nominales. Je voulais que ce soit direct et immédiat.

Clip de "Dunhill". Réalisation & images : Alexandre Attias.

Musicalement, tu te situes dans quelle catégorie ?

Je me moque des étiquettes. Je n’ai pas de problèmes à dire que c’est un disque de variétés. Plus exactement, je suis au carrefour de la chanson, de la variété française, de la pop et du rock.

Tu es fière de cet album ?

Très. Il s’est fait dans un temps court, je lui trouve donc beaucoup d’intensité et d’énergie. Je peux défendre ce disque de A à Z.

Est-ce que tu penses avoir enfin trouvé ta voie ?

Je le pense. C’est la première fois que je me sens autant alignée, que ce soit dans ma vie, dans mes chansons et dans mes différents projets. Sans renier ce que j’ai fait avant, il me semble avoir trouvé un équilibre global. Il y a un avant et un après Nevada.

Tu chantes un peu différemment, je trouve.

J’ai beaucoup travaillé ma voix dans les graves. Dans cet album, j’ai enregistré plus bas par rapport à mes capacités vocales habituelles. J’ai tout baissé parce que je voulais quelque chose d’intime dans mes couplets.

Tu es guitariste pour Dani et Hildebrandt, tu fais partie du trio féminin Bodie… parfois, tu es difficile à suivre.

Je suis beaucoup dans le collectif. Être guitariste pour d’autres me permet d’avoir un autre rapport avec mon instrument parce que je ne chante pas. J’aime me mettre au service d’artistes que j’apprécie. Ça nourrit mes propres chansons et ma façon d’évoluer sur scène. Il est inconcevable pour moi de m’occuper uniquement de ma petite carrière personnelle.

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Après l'interview.

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01 décembre 2021

Martin Luminet : Interview pour l'EP Monstre

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(Photo : Chloé Nicosia)

martin luminet,mandor,interview,monstreMartin Luminet a sorti un premier vrai EP, Monstre.

Parfois, au début d’une carrière, on se cherche. Il arrive donc que des artistes enregistrent des disques qui ne représentent pas exactement qui ils sont. Donc, on les oublie.

Pour des raisons qui lui sont propres, Martin Luminet est désormais incapable d’écrire des choses fictives. Il explique ne pas avoir assez confiance en lui pour inventer des histoires de toutes pièces. Besoin de régler pas mal de choses. Tout déballer, même les choses les moins reluisantes de sa personne. Il raconte tout ce qu’il n’arrive pas vraiment à dire dans la vie et, curieusement, je m’y suis retrouvé. Et beaucoup vont s’y retrouver. Quand le très personnel peut devenir universel.

Pour être honnête, j’ai une grande affection humaine pour ce garçon que je suis depuis quelques années maintenant (lire les deux premières mandorisations ici et là). Mais ses chansons me touchent au cœur, comme rarement. Une écriture tranchante et touchante. Mélange rare. Artiste rare.

Sa page Facebook.

Pour écouter son EP, Monstre, c'est notamment ou là.

(Paroles & Musiques : MARTIN LUMINET
Producer / Réalisation : BENJAMIN GEFFEN
Prises de Son / Mix : TONY BAKK
Master : CHAB
Direction Artistique : MARION RICHEUX
(c) LA PERCÉE)

Argumentaire de presse :martin luminet,mandor,interview,monstre

Sensation de la dernière édition (réinventée) des Francofolies de la Rochelle, Martin Luminet a mis longtemps à s'autoriser le droit d'être en colère. L'éducation, certainement. Attiré par le décloisonnement des arts, le lyonnais n’endossera finalement ni le rôle du héros séducteur ni celui de l’ami irréprochable auquel certains le destinaient.

Ne pas se réfugier derrière un « best of » de lui-même, ne plus chercher à se donner le beau rôle. Le bain a débordé, c'est maintenant un déluge. Violence sensible et lucidité couperet surgissent de son spoken word. Il assume pleinement sa face sombre. Cru parfois, cash souvent, percutant toujours. A l'évidence, il se joue chez Martin Luminet quelque chose d'important, de viscéral et de vital. Il suffit d'écouter « Cœur », envoyé en éclaireur et balancé comme quatre vérités, pour recevoir un pur shoot d'adrénaline. Il y a là une confrontation belliqueuse et sans merci avec cet organe de trahison. Il y a là encore une électro cinématographique et cinglante, une tension, un télescopage entre le Biolay d'À l'origine et la noirceur viciée d'Odezenne. Il y a là surtout une urgence à sauver sa peau.

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(Photo : Chloé Nicosia)

martin luminet,mandor,interview,monstreInterview :

Dans ce disque, est-ce que l’on connait enfin le vrai Martin Luminet ?

Il y a en tout cas, un côté de moi que je ne voulais pas montrer pour plaire au plus grand nombre. Avec cet EP, j’ai ressenti le besoin de tout déconstruire. Toutes mes chansons parlent de ça : déconstruire l’amour, déconstruire le couple, déconstruire les parents, déconstruire le modèle que l’on a sous les yeux. Du coup, je me suis déconstruit aussi, ainsi que le chanteur que l’on attendait de moi. Comme je suis un peu branlant dans la vie, j’ai essayé de montrer une image de moi plus belle que la réalité. Je me suis donné le bon rôle alors qu’il ne fallait pas du tout faire ça.

C’est vrai que tu as commencé un peu en chanteur de charme. J’exagère, mais on sentait que tu avais la volonté de séduire.

J’avais envie de réparer un truc que je n’arrivais à faire dans la vie. Aujourd’hui, je ne suis plus dans la posture du chanteur. Je veux être le plus sincère possible.

Mais est-ce que tu n’exagères pas ton côté sombre ?

Exagérer son côté sombre, c’est juste le remettre à sa juste place. On nous pousse beaucoup à ne parler que de nos qualités, nos forces, de ce que l’on réussit. Maintenant, je me dézingue. Je suis intraitable avec les autres, il faut que je le sois aussi avec moi.

Clip de "Cœur". 

Depuis que tu te montres avec un regard dur envers toi dans tes chansons, ton entourage te voit-il différemment ? 

C’est un risque de se montrer tel que l’on est parce qu’il y a un risque de se faire rejeter. Là ce serait se faire rejeter pour ce qu’on est vraiment. Cela dit, se faire accepter pour les mauvaises raisons, ce n’est pas honnête. Au final, parce que j’ai déjà des relations déjà intenses avec mon cercle d’amis et mes proches, ils connaissent déjà un peu celui que je raconte.

Dans tes chansons, désormais, tu lâches le monstre !

Je le lâche parce que je ne peux plus le retenir. Dans la vie, je l’ai retenu longtemps, même si personne n’était dupe. Si les gens que j’aime restent après tout ce que je raconte, c’est qu’ils m’aiment vraiment.

Le fait que tu te racontes, même cruellement, avec de la musique, ce n’est pas comme si tu racontais ça dans une conversation.

Tu as raison. La musique rajoute de la saveur au discours.

Clip de "Monde".

Tu as chassé le côté superficiel de ta vie ?

Oui, j’ai besoin d’intensité. D’ailleurs, je suis comme ça dans la vie. Quand je suis avec des potes, je peux être chiant. Je parle de choses graves et profondes. Plutôt que m’adapter et d’essayer de vivre moins intensément, je vais décréter que je ne vivrai les choses qu’intensément parce que c’est mon langage. Je ne veux plus m’adapter à un monde qui refuse les émotions fortes, les fragilités et les aveux de faiblesse.

Il faut être courageux pour se raconter sans filtre ?

Oui. C’est une forme d’abandon et parfois l’abandon, c’est du courage. J’essaie de compenser des années de lâcheté, à ne pas chercher le fond des choses alors qu’il n’y avait que ça qui m’intéressait. J’ai passé beaucoup d’années à me censurer et à me nier.

Finalement, nous sommes tous un peu comme ça.

Tu as raison. C’est pour ça que je ne me sens pas différent des gens. Nous avons tous cette dualité en nous. Ce que l’on montre et ce que l’on ne montre pas (ou ce que l’on ne monstre pas). Il faut arrêter de voir le monde uniquement du bon côté, c’est vivre avec un œil crevé.

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(Photo : Chloé Nicosia)

Quel est son nom ?

A qui ?

A ton psy.

(Rires) J’ai longtemps milité pour ne pas avoir de psy pensant que je faisais un gros travail sur moi grâce à la musique. Finalement, ce n’est pas vrai, j’étais plutôt dans une quête.

Tu vois donc un psy aujourd’hui ?

Oui, mais pas parce que j’avais des soucis ou des blocages. J’en avais sans doute, mais je faisais en sorte de ne pas les voir. J’ai voulu rencontrer quelqu’un pour m’accompagner au moment où je sais où je veux aller. J’ai tellement eu autour de moi des gens qui m’ont dit ce que je devais faire de ma vie professionnelle ou amoureuse que je ne voulais pas d’un psy qui, lui aussi, m’explique comment je dois gérer mon existence.

Clip de "Magnifique".

Ce que j’aime chez toi, c’est que tu es très fort en punchline.

Je n’essaie pas de faire de la punchline pour la punchline. Je m’inspire beaucoup de comment procède Souchon. Il te pose une phrase et tu as le décor, la personne et dans quel état elle est. J’ai envie d’écrire en très peu de mot ce à quoi on a affaire.

Tu fais partie d’une génération d’artistes français qui ont l’amour du mot.

La chanson évolue et c’est une bonne chose. Dans les années 90 et 2000, la tendance était aux chanteurs bien sages et aux rappeurs bien engagés. A part des gens comme IAM ou Oxmo Puccino, il y en avait très peu qui réunissaient les deux. C’est bien qu’aujourd’hui nous assumions que le rap et la chanson ciselée se retrouvent.

Tu as trouvé ta voie avec cet EP ?

Je me présente sous un jour le plus honnête possible. Et je compte rester dans cette direction. Je pense que mon écriture ne pourra pas trop s’éloigner de ce côté viscéral. Je veux que mes chansons prennent aux tripes, au corps et au cœur. Je veux qu’on pleure en dansant (rires).

J’ai l’impression que tu as tout dit dans ces chansons. Que peux-tu dire de plus monstrueux sur toi ?

Je me sens tellement encore en mouvement et heurté par plein de choses que je trouverai encore quoi dire sur moi. Mais après avoir déconstruit, peut-être que je vais me décider à écrire sur le fait de construire.

Tu te sens un bad boy ?

Non, je me sens boiteux, comme tout le monde. Par contre, je mets un point d’honneur à ne pas vouloir être parfait et à chasser le faux-semblant. Je vois les choses en face sans être tendre avec moi et je l’exprime. J’essaie de devenir un meilleur humain, mais pas un meilleur humain selon un schéma ou selon que l’on nous demande d’être.

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Le 3 juin 2021, après l'interview.

09 novembre 2021

Jean-Michel Fontaine : interview pour Le dictionnaire illustré des chansons de Jean-Jacques Goldman

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Le dictionnaire illustré des chansons de Jean-Jacques Goldman vient de sortir. En le lisant, un constat s’impose. Qui peut raconter au mieux les chansons de Goldman que le principal intéressé ? Ainsi, deux passionnés du chanteur (toujours numéro un dans le cœur des français), Alexandre Fievée et Jean-Michel Fontaine ont rassemblé une somme d’informations passionnantes et la plupart du temps, rares.

Pour en parler, j’ai rencontré l’un des deux auteurs, Jean-Michel Fontaine, le 11 octobre dernier (jour des 70 ans de Jean-Jacques Goldman), en terrasse d’un bar parisien.

Argumentaire de presse :

Pour fêter les 40 ans du premier succès de Jean-Jacques Goldman – Il suffira d’un signe – les auteurs ont choisi de rendre hommage à l’œuvre de l’artiste en racontant l’histoire de ses chansons.
Cette histoire est racontée par Jean-Jacques Goldman à travers 700 citations issues de plus de 400 archives papier, radio et télé.

103 chansons interprétées par l’artiste sont traitées dans cet ouvrage:

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Chaque chanson est illustrée par une photographie de Claude Gassian, qui collabore avec Jean-Jacques Goldman depuis 1985.
 
Marc Lumbroso (éditeur) et Erick Benzi (arrangeur), personnalités incontournables de la « famille » musicale de Jean-Jacques Goldman, apportent leur éclairage à travers des anecdotes liées à la naissance des chansons.

Les auteurs :

jean-michel fontaine,alexandre fievée,le dictionnaire illustré des chansons de jean-jacques goldman,gründ,interview,mandorAlexandre Fievée est avocat.
Le dictionnaire illustré des chansons de Jean-Jacques Goldman est le troisième livre consacré à l’artiste, après Fredericks Goldman Jones – De l’intérieur (Gründ, 2018) et Sur ses traces (Gründ, 2016).jean-michel fontaine,alexandre fievée,le dictionnaire illustré des chansons de jean-jacques goldman,gründ,interview,mandor
Il est également l’auteur du livre Coluche – Agitateur social (Gründ, 2020).

Jean-Michel Fontaine est directeur marketing d’une grande agence de marketing digital en Suisse.
Depuis 1997, il se consacre à Parler d’sa vie, le site web le plus complet consacré à Jean‑Jacques Goldman.
Ce dictionnaire est son premier livre.

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jean-michel fontaine,alexandre fievée,le dictionnaire illustré des chansons de jean-jacques goldman,gründ,interview,mandorInterview :

Pour moi tu es la référence sur tout ce qui concerne Jean-Jacques Goldman et ce, grâce à ton site Parler d’sa vie, dont tu t’occupes depuis 1997.

A 13 ans, lorsque j’ai découvert le clip de « Je marche seul » (juin 1985), ça a été un révélateur. Cette chanson a fait résonner en moi une situation de solitude que je ressentais. Ensuite, je me suis intéressé aux chansons antécédentes de Goldman et j’y ai entendu mon intimité. Il y a une phrase d’« Envole-moi » qui a changé ma vie c’est « à coup de livres, je franchirai tous ces murs ». Pour moi, fils d’ouvrier, c’était un signe… sans faire de jeu de mot avec un autre titre. Quand j’ai découvert Internet en décembre 1995, j’ai cherché ce qu’il y avait sur Goldman et je me suis aperçu qu’il n’y avait rien. Pendant 6 mois, je suis allé voir tous les sites de chanteurs, j’ai noté ce que j’aimais, ce que je n’aimais pas et surtout ce que j’aurais aimé trouver. Finalement, Parler d’sa vie est le site sur Jean-Jacques Goldman que j’aurais rêvé consulter à l’époque.

Ce qui était important pour toi, c’était le sens des chansons.

Très rapidement, j’ai mis en ligne ce qui a servi de base à ce livre. J’ai expliqué ce qu’a voulu dire Goldman dans ses chansons à travers ses propos dans la presse, à la radio ou à la télé.

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Jean-Jacques Goldman et Jean-Michel Fontaine (Summum de Grenoble, 24 avril 1998).

Les citations du livre sont donc tirées en majorité de ton site.

Oui, mais Alexandre Fievée en avait aussi quelques-unes. Et j’ai aussi relu le livre de Fred Hidalgo sur Goldman, Confidentiel. C’est une des sources principales du livre. Avec Alexandre Fievée, on a fait une partie de ping-pong. S’il n’avait pas été là, il y aurait eu le double de citations. Il a su me convaincre du non intérêt de certaines, mais pas toujours car, pour moi, il y en avait des essentielles. Et pour lui, c’était la même chose. Nous avons lutté tous les deux pour imposer nos points de vue. Au final, je crois que nous avons trouvé le bon équilibre.

Je crois savoir que les deux pages sur « Tu manques » sont les plus importantes de ce livre. Pourquoi ?

Jean-Jacques a dit à deux reprises pour qui cette chanson était destinée. Ça a été l’occasion de traiter l’importance de son père. C’était essentiel d’évoquer cela.

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Il y a 15 chansons où vous n’avez rien trouvé.

Sur 118 chansons, ce n’est pas beaucoup.

Qui a eu l’idée de ce livre ?

Alexandre Fievée. Il voulait faire ce livre avec moi, mais au début je n’étais pas très chaud. Je m’étais dit que si je devais écrire un livre sur Goldman, ce serait en mon nom propre. Et puis, j’ai fini par accepter parce que je connaissais le travail qu’il avait fait pour ses deux livres précédents sur ce même artiste. Nous avons convenu qu’il n’y aurait que des citations de Goldman, agrémentées de photos de Claude Gassian.

Gassian, la classe !

J’ai été super fier qu’il accepte rapidement. Quand on a fait notre première séance de travail avec lui, Alexandre et les gens de chez Gründ, il a été très à l’écoute. Il se demandait ce qu’il pouvait apporter comme photos que l’on ne connaissent pas déjà. Je lui ai répondu que nous ne voulions pas uniquement des clichés de Jean-Jacques, mais d’autres qui pourraient illustrer ses chansons. Pour « Des vies », la photo de l’immeuble prise dans je ne sais pas quel pays, est hyper parlante. Et derrière cela, j’espère que l’immeuble est encore debout et la femme que l’on voit, encore vivante. En règle générale, je trouve incroyable le pouvoir de suggestion de Claude Gassian, à travers ses photos.

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Quand tu as eu le livre entre les mains, il y a eu de l’émotion ?

Déjà quand je l’ai eu en PDF pour les dernières corrections, c’était émouvant, mais quand je suis allé à Paris signer les premiers exemplaires pour les journalistes, ça m’a fait quelque chose. C’est un livre massif de 1 kilo 600 grammes sur du très beau papier. C’est un très bel objet dont je suis fier. Ça rend tangible tout ce que je fais depuis 36 ans. Il y a désormais une trace réelle et concrète de tout ce que j’ai écrit et archivé concernant Jean-Jacques Goldman pendant toutes ces années.

Avec Alexandre, vous rétablissez aussi certaines vérités.

Tu as raison. Par exemple, j’en avais marre d’entendre que « Tu manques », « Puisque tu pars » ou « Ton autre chemin » parlent du demi-frère de Jean-Jacques, Pierre Goldman. Non, il n’a jamais écrit sur lui. Parfois même, quand je cite Jean-Jacques Goldman, certains persistent à trouver des ambiguïtés. Non, il n’y a pas d’ambigüités !

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Goldman connait l’existence de cet ouvrage ?

Je pense. S’il pouvait me donner un retour sur ce livre, je conserverais cela très précieusement pour moi.

Tu regrettes qu’il ait arrêté sa carrière si tôt ?

Je suis partagé. Bien sûr, j’aurais aimé entendre de nouvelles chansons, mais au fond, il est préférable qu’il ait arrêté avant l’album de trop. 

Comment expliques-tu qu’il soit toujours le chanteur numéro 1 des français.

Je pense que c’est justement parce qu’il est absent. Ce qu’il a fait pour les Enfoirés y est aussi pour beaucoup. Les gens ont de la sympathie pour lui parce qu’il a écrit des chansons qui parlent à tout le monde. En fait, je connais très peu de personnes qui ne l’aiment pas.

Quels sont tes projets « livresques » ?

Dans mon idéal absolu, j’aimerais écrire 6 livres qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Chacun consacré à un sujet qui est important dans ma vie… mais je ne t’en parlerai pas aujourd’hui.

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Pendant l'interview... (photo : Alexandre Fievée)

Avec ce livre, ta crédibilité « goldmanienne » va te permettre d’écrire un tome 2.

Effectivement, j’aimerais sortir un livre sur les 178 chansons qu’il a écrit pour une soixantaine d’interprètes. La boucle serait ainsi bouclée.

Tu interviewerais les artistes tels que Patrick Fiori, Patricia Kaas, Céline Dion ou autre Julie Zenatti ?

J’ai deux axes. Soit refaire un travail d’archiviste, soit rencontrer ceux qui ont eu la chance d’avoir des chansons de Goldman dans leur répertoire. Je pense que le deuxième axe serait le plus intéressant.

Tu es très BCBG comme garçon.

(Rires). C’est une formule que j’ai inventée. Je suis très Balavoine, Cabrel, Berger, Goldman.

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Le 11 octobre 2021 (photo : Alexandre Fievée).

05 novembre 2021

Stéphane Mondino : interview pour Sous les abat-jours du soleil

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stéphane mondino,sous les abat-jours du soleil,album,mandor,interviewStéphane Mondino sort son sixième album, Sous les abat-jours du soleil. Tout simplement de la bonne variété comme on en fait beaucoup moins. Cet artiste est l’un de mes préférés. Je le suis et le soutiens depuis son premier album en 2004 (lire ses deux dernières mandorisations : En 2017 et en 2012).

J’ai rencontré une nouvelle fois Stéphane Mondino le 2 novembre 2021, quelques jours avant son concert aux Trois Baudets.

Sa page Facebook officielle.

Son site officiel.

Pour écouter l’album Sous les abat-jours du soleil.

Mini biographie officielle :

Né le 6 juin 1975 à Aubervilliers (93). Originaire d'une famille Italienne et Picarde. Fan de Daniel Balavoine, quitte les cours à 16 ans pour se consacrer à la musique.

Il participe aux Rencontres d'Astaffort en mars 2002 et se fait repérer par Francis Cabrel qui le signe sur son label Cargo. Deux albums naitront de cette collaboration : St-Lazare (2004) et Roll over (2007).

Mondino trace sa route avec plusieurs albums entre labels indépendants et autoproduction. Il reçoit de l'UNAC et la SACEM le prix du meilleur album autoproduit en 2013 pour l'album 1975 réalisé par Michel Françoise.

Il réalise également plusieurs clips pour divers artistes.

Son dernier album Sous les abat-jours du soleil, réalisé par Romain Roussoulière, est sorti le 1 octobre 2021.

Argumentaire de presse :stéphane mondino,sous les abat-jours du soleil,album,mandor,interview

D’amour, il en est profondément question dans le nouvel album de Stéphane Mondino, tant le thème s’écrit en fil rouge de sous les abat-jours du soleil. Avec ce titre, le chanteur appuie d’ailleurs l’interrupteur d’une lumière tamisée qui va éclairer une exploration aussi intime que protéiforme. Déclaration d’amour limpide, la chanson d’ouverture éponyme ouvre ainsi les voies d’un registre beaucoup plus large : la violence dans le couple, la paternité, les rencontres virtuelles, la trace du temps, une histoire d’amour dans l’Histoire de la déportation, la fausse couche aussi... Même Uma Thurman, petit ovni au milieu de tout ça, parvient finalement à se raccrocher au fil conducteur sous les contours fantasmés de l’image de l’actrice américaine.

Album proche du cœur, sous les abat-jours du soleil marque aussi le souhait de Stéphane Mondino de « revenir à la chanson ».

Couleur bleu électrique, les chansons flottent comme les méduses, symbole gracieux des tentacules de l’amour, qui se baladent sur la pochette de l’album. Prêt pour la piqure ?

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stéphane mondino,sous les abat-jours du soleil,album,mandor,interviewInterview :

A l’inverse de tes albums précédents, c’est au piano plutôt qu’à la guitare que tu as composé la majorité des morceaux.

C’est en effet assez nouveau pour moi. L’objectif était d’abord que les chansons puissent fonctionner autour d’un piano-voix.

Dans ce 6e album, tu retournes aux fondamentaux : la chanson.

Tout est parti d'une soirée en tournée sur le dernier album (Les rêves de Babylone). J'ai fait écouter à Romain Roussoulière une maquette, c'était la chanson « Sous les abat-jours du soleil ». Il a complètement craqué sur elle. J'ai enchainé en lui disant que j'aurais beaucoup aimé qu'il réalise l'album suivant, avec ce titre comme phare. Je n'avais pas de volonté pop, rock, folk mais l'envie de retrouver mes racines : la chanson française, avec la réalisation d'un jeune musicien de 27 ans. L'album est un voyage parfois mélancolique, dans l'intimité humaine. 

Je sais que lorsque tu commences un album, il faut que tu aies d’abord le titre, en l’occurrence, cette fois-ci, Sous les abat-jours du soleil.

Avoir un titre me met une ambiance et un concept qui peuvent parfois dévier. Mais, j’ai vraiment besoin d’avoir une base. Après il y a parfois des chansons qui s’imposent et qui n’ont rien à voir avec la direction que je comptais prendre. C’est la magie de la création.

Toutes les chansons qui composent ce nouveau disque sont-elles récentes ?

Cet album a été écrit sur plusieurs décennies. J’ai toujours 300 chansons d’avance. Si je pouvais, je ferais bien deux albums par an.

Je sais que dans tes textes, tu fais attention autant au sens qu’au son des mots.

Parfois le son me donne le sens. Je me dis rarement : « Tiens, je vais écrire une chanson sur tel thème ». C’est souvent l’inconscient qui parle. Je ne maîtrise pas toujours tout.

Dans « Orages », tu évoques la déportation, mais on ne le comprend pas forcément si on n’a pas lu le dossier de presse. En règle générale, il y a dans tes chansons plusieurs niveaux de lecture.

Parfois, les gens passent à côté de l’histoire que j’ai voulu raconter, mais finalement, ça me va. S’il y a un sens pour eux, je prends. Je n’aime pas les chansons trop frontales, celles qui expriment une histoire au premier degré.

En 2017, tu as eu une petite fille. Tu parles d’elle dans « Petit royaume ».

La chanson dit : « Neuf mois avant toi, j’étais roi d’un petit royaume, mon ego ». Je ne suis plus autocentré. Il y a plus important que moi et mes angoisses sont démultipliées. Tu ne dors plus de la même façon quand tu as un enfant.

Il y a aussi « Baby Blues ».

C’est une chanson miroir à « Petit royaume ». C’est une histoire de fausse-couche. Là encore, je ne peux pas en parler en utilisant le terme « fausse-couche ». C’est laid comme mot dans une chanson. De plus, quand un sujet me touche, je n’ai pas envie de l’aborder de manière pathos, je préfère poétiser le sujet.

Tu acceptes désormais d’être considéré comme un chanteur de variété.

A 45 ans, j’assume plus mes goûts qu’à 25. Mes potes de jeunesse écoutaient Nirvana, je ne pouvais pas dire que j’écoutais Berger et Balavoine. Pourtant un mec comme Balavoine s’est beaucoup battu pour ne pas avoir l’image d’un chanteur de « variétoche ». Il disait qu’il ne faisait pas du Sardou et c’était vrai. Il sortait de scène en sueur, comme un chanteur de rock.

A chaque fois que tu sors un album, je ne cesse de te dire que je ne comprends pas que tu ne fasses pas partie des chanteurs populaires d’aujourd’hui.

Ce que tu me dis là, je l’ai entendu une centaine de fois. Aujourd’hui, je me fais une raison, mais des gens comme Charles Talar m’ont fait beaucoup de mal pour des raisons que je ne vais pas expliquer. Pour résumer, certains ont cru en moi, mais ceux qui auraient dû m’élever m’ont plutôt descendu.

Je pense que tu n’as pas fait beaucoup de concessions.

Si des gens intelligents m’avaient parlé avec bienveillance, j’aurais suivi leurs conseils.

Tu as produit et financé ton nouveau disque et ton concert aux Trois Baudets toi-même.

Oui, mais je ne le ferai plus seul. Si personne ne s’intéresse à mon projet, je vais certainement arrêter de m’investir de cette manière. Je ne pourrai jamais arrêter de chanter, mais si les choses n'évoluent pas comme je le souhaite, je continuerai mes concerts de reprises et mes hommages à Daniel Balavoine. Je vis pour la musique. 

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Avec Stéphane Mondino, le 2 novembre 2021, après l'interview. 

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05 octobre 2021

Eric Fouassier : interview pour Le bureau des affaires occultes

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Éric Fouassier est le frère d’un ami, lui aussi auteur, Luc-Michel Fouassier (je les avais d’ailleurs réunis tous les deux pour une mandorisation commune). J’ai appris à connaître Éric de salon du livre en salon du livre et d’interview en interview… Il a sorti juste avant l’été un roman historique mêlant politique, science, ésotérisme, le tout dans un Paris remarquablement décrit. Dans Le bureau des affaires occultes, Éric Fouassier nous embarque dans les grandes découvertes de la science et de la médecine. On peut même affirmer que ce roman est une source riche d’information sur les avancées médicales du XIXe siècle.

Pour évoquer ce livre en passe de devenir best-seller, Éric Fouassier m’a donné rendez-vous sur la terrasse d’une brasserie parisienne.

eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandor4e de couverture :

Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandor
Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.

Prix Maison de la Presse 2021

"LE roman historique de l'année. Vous ne le lâcherez pas.Gérard Collard - Le magazine de la santé

L’auteur : 

Après un doctorat en pharmacie puis un autre en droit, Éric Fouassier s’est spécialisé dans l’histoire de la médecine, qu’il enseigne à l’université. Passionné d’énigmes et de codes secrets, il est l’auteur de romans historiques. Le bureau des affaires occultes est le premier opus d’une série policière au héros récurrent : Valentin Verne.

Son site officiel.

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eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandorInterview :

Tu as changé de maison d’édition. Tu es désormais chez Albin Michel. Ça change beaucoup de choses pour toi ?

Albin Michel a une sacrée force de frappe promotionnelle, ce n’est pas négligeable. Et puis, dès que je suis arrivé dans cette maison, j’ai senti un grand enthousiasme autour de mon livre. De plus, j’ai désormais une agente littéraire, Isabelle Laffont. Je l’ai connue quand elle était éditeur conseil chez JC Lattès, ma précédente maison (voir mandorisation là).

Je verrais bien ton nouveau livre, Le bureau des affaires occultes, en série sur Netflix ou sur une autre plateforme.

C’est marrant que tu dises ça parce que mes fils et leurs copains m’ont fait la réflexion suivante : « Génial ! On dirait une série Netflix ! » Moi, je t’avoue que je n’étais pas trop consommateur de séries sur les plateformes, mais du coup, je me suis mis à en regarder quelques-unes. Pas de séries policières, plutôt du fantastique. Ça m’a influencé dans mes écrits sur l’ambiance d’une grande ville du 19e siècle. Je voulais que dans mon roman, le Paris de 1930 devienne un personnage.

Tu es très fort pour captiver le lecteur. Un véritable « page turner ».

Par rapport à mes précédents polars historiques qui étaient plus « classiques », là, j’ai voulu greffer une intrigue qui soit beaucoup plus moderne, beaucoup plus en rapport avec celles des séries actuelles. Pour moi, Le bureau des affaires occultes n’est pas un roman policier historique, c’est plus un thriller historique.

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Photo par un lecteur d'Eric Fouassier.

Pourquoi as-tu commencé à écrire des polars historiques ?

D’abord parce qu’à partir du moment où j’ai écrit ce genre littéraire, j’ai pu accéder à des maisons d’édition plus importantes. J’ai toujours aimé l’histoire et je me suis dit que ça allait me permettre de capitaliser sur mes compétences. A la fois l’histoire de la médecine et de la pharmacie. Je rappelle qu’au 19e siècle, un pharmacien est un homme de science. C’est dans les arrière-boutiques des officines que se sont faites les grandes découvertes en chimie. Mais ils ne se contentaient pas de cela. Par exemple, à la campagne, ce sont eux qui s’occupaient des feux d’artifice. Ce sont eux aussi qui sont intervenus au début de la photographie parce que c’était des problèmes de chimie. Ils étaient vraiment des touches à tout. Pour moi, écrire sur eux était une façon d’avoir une certaine légitimité puisque je suis spécialiste en la question (note de Mandor : Éric Fouassier donne notamment des cours de droit pharmaceutique à l’Université). J’ai remarqué qu’habituellement, lorsqu’il y a des personnages d’apothicaire dans des romans historiques, il y a des approximations. 

Même si tu es spécialiste de l’histoire de la médecine et de la pharmacie, as-tu tout de même appris des choses en écrivant cet ouvrage ?

Bien sûr ! En tant qu’auteur, j’apprends toujours pendant l’écriture d’un livre. Je passe au moins six mois à me documenter sur la période que je vais traiter. Egalement quand certains de mes personnages ont vraiment existé. Je fais en sorte qu’ils soient le plus proche de la réalité et je ne vais pas leur faire faire des choses qu’ils n’auraient jamais réalisé en leur temps.

C’est pour ça que ton public est très fidèle ? Ils savent la véracité systématique de ce que tu racontes ?

Sans doute. Certains lecteurs de polars historiques veulent apprendre l’histoire de manière ludique. Apprendre des choses sur le passé en se distrayant, quoi de plus agréable ?

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eric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandorTu t’es inspiré de quoi pour créer ton bureau des affaires occultes ?

D’une série assez désuète sortie en 1970 sur la deuxième chaîne de l’ORTF, La brigade des maléfices. Elle m’avait marqué quand j’étais petit. Ça racontait l’histoire de l'inspecteur Paumier, chef de la brigade des maléfices chargé à la préfecture de police de Paris d'enquêter sur les affaires les plus insolites que la science policière échouait à résoudre. Avec Albert, son fidèle second, il poursuivait les malfaiteurs les plus inattendus : vampires, fées, fantômes et même une incarnation du diable. 

Qui est ton premier lecteur ?

Une première lectrice. Mon épouse. Elle ne s’attarde pas à la construction de l’intrigue, mais va corriger de petits détails.

Tu as écrit ce roman en combien de temps ?

Huit mois, sans compter le travail préparatoire.

Tu as reçu pour ce thriller historique le prix de La Maison de la Presse. J’imagine que tu es heureux…

Comme tu ne peux pas t’imaginer. Au début, le jury composé d’une trentaine de libraires de La Maison de la Presse avait sélectionné quatre-vingt-dix livres. Ensuite, il y a eu un écrémage pour n’en retenir que treize, puis six. Mon éditeur savait que mon roman avait soulevé beaucoup d’enthousiasme, mais rien n’était joué.

Ce qui est bien avec ce prix, c’est qu’il ne peut pas y avoir de triche. Pas d’accointances possibles avec les uns ou les autres puisque le jury est composé de beaucoup de libraires de toute la France.

Oui, ce sont de vrais lecteurs incorruptibles. Du coup, quand on gagne, on est fier.

Où étais-tu l’après-midi de la délibération ?

Comme je suis professeur d’université, j’y donnais des cours avec mon téléphone coupé parce que je présidais un jury de sélection pour un concours de Maître de conférences. Au milieu de l’après-midi, je constate que mon portable vibre sans cesse, mais je ne peux toujours pas décrocher. Je me disais que si j’avais perdu, ça ne se bousculerait pas pour m’appeler. Quand j’ai fini ce que j’avais à faire, j’ai vérifié les messages et c’était donc la bonne nouvelle.

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Quand on a déjà quatorze livres à son actif, on doit être content d’avoir enfin un encouragement des professionnels, non ?

Je suis content pour moi, mais aussi pour les gens qui m’ont fait confiance, comme Isabelle Laffont et les gens de chez Albin Michel. Plus intimement, je suis aussi content pour mon frère, Luc-Michel, que tueric fouassier,luc michel fouassier,le bureau des affaires occultes,interview,mandor connais bien. Quand on avait 18-20 ans, on écrivait déjà. Je nous revois faire un petit film avec nos manuscrits pour essayer d’envoyer ça aux éditeurs afin de potentialiser le fait que deux jeunes frères écrivent… Luc-Michel est un super auteur. Il écrit des choses très différentes de moi et moins populaires, mais j’espère que je pourrai lui ouvrir des portes. Il mérite. Pour moi, il est un vrai écrivain. Pour Luc, l’histoire est un prétexte au style. J’ai adoré et j’ai été impressionné par son dernier roman Les pantoufles (mandorisation ici), mais l’histoire tient sur un timbre-poste. Moi, je suis plus romancier. Je mets le style au service de l’histoire. Quand on en parle entre nous, on aime bien cette différence écrivain/romancier. Finalement, tout cela est sans importance pour le lecteur.

Je sais qu’à la maison, les livres chez vous, c’était sacré.

C’était génial ! Nos parents, de très grands lecteurs, nous ont fait un cadeau exceptionnel en nous initiant très tôt à la lecture. Nous savions que si nous avions envie d’un livre, ils nous l’achèteraient.

Le nom de ton héros, Valentin Verne, n’est pas choisi au hasard, je présume.

Valentin, en référence au commissaire Paul Valentin dans les Brigades du Tigre et Verne, pour rendre hommage à Jules Verne. 

S’il n’y avait pas une obligation de fidéliser ton lectorat et de rassurer les professionnels, idéalement, tu aimerais écrire quoi d’autres ?

Je vais te répondre clairement. Ce serait un cycle de quatre ans : Un thriller historique, un polar contemporain, un roman littéraire catégorie « blanche » comme Luc-Michel et un recueil de nouvelles. Là, je serais le plus heureux des hommes.

Là, tu es plutôt parti pour sortir un Valentin Verne par an pendant un moment ?

Ça peut s’envisager ainsi, en effet, mais si le deuxième fonctionne aussi bien que le premier.

Aujourd’hui, tu te sens plus professeur d’université ou romancier ?

Honnêtement, ça commence à pencher vers romancier, même si j’ai encore six ans à donner des cours à l’Université.

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Après l'interview, avec Eric Fouassier le 26 mai 2021 au café Le Rostand.

14 juin 2021

Jules et le vilain orchestra : interview pour Nos vrais visages

JULES & LE VO - mars 02 2021 - LA LUCIOLE MERY- DSCF3650 - david-desreumaux-David Desreumaux - 02-03-21.jpg

(Photo : David Desreumaux)

JULES & LE VO - mars 02 2021 - LA LUCIOLE MERY- DSCF3816 - david-desreumaux-David Desreumaux - 02-03-21.jpgJules et le Vilain Orchestra (photo à gauche : David Desreumaux) est un « groupe » que j’aime depuis près d’une décennie. La tête pensante de cette formation est le fameux Jules. Un chanteur de variété qui n’a pas la notoriété qu’il mérite. Qui n’a pas vu Jules sur scène ne peut pas comprendre. Un charisme débordant, une voix goldmanesque, un roi de la punchline, jamais dans la démagogie, le pathos ou la morale… et pourtant, la société est racontée comme personne. Un homme très pudique, mine de rien. Bizarre pour un chanteur qui n’a peur de rien en concert. Bref, Nos vrais visages vient de sortir et c’est de la bombe.

Voici la 4e mandorisation de Jules, après la première en 2013, la seconde en 2016 et la troisième en 2019. Elle s’est tenue le 4 mai dernier chez lui, dans le Val d’Oise…

Le site officiel.

La page Facebook officielle.

Le nouvel album de Jules et le Vilain Orchestra est disponible UNIQUEMENT en commande sur : nosvraisvisages@gmail.com

JULES & LE VO - mars 02 2021 - LA LUCIOLE MERY- DSCF3830 - david-desreumaux-David Desreumaux - 02-03-21.jpg

(Photo : David Desreumaux)

201295652_10159238153438674_7117247957160611085_n.jpgL’album par Jules :

Jules et le Vilain Orchestra reviennent avec un 5ème album Nos vrais visages.

Album enregistré dans la tempête d’une année 2020 déconfite, on y retrouve 14 portraits de celles et ceux qui se fondent dans la masse, qui ne cherchent ni buzz, ni quart d’heure de gloire déjà obsolète. Ces autres qui fuient la violence des caméras et le dictat de la perche à selfie.

Jules et ses vilains racontent ces vies qui n’ont pas besoin que la lumière s’allume pour sourire.

Tant d’existences précieuses, de trèfles à 3 feuilles qui rejoindront les habitués de la maison comme « Tony » « Thérèse » et « Roméo ». On retrouve la folle variété alternative et la plume incisive, émouvante, jubilatoire de Jules d’avant le drame. 

Hommages donc à celles et ceux qui font, non pas ce que notre monde parait, mais ce qu’il est.

Distribution du disque :photo Francois.jpg

Yvan Descamps : Batterie

Sébastien Leonet : Basse

Pascal Lajoye : Guitare

Alexis Marechal : Guitare

Mathieu Debordes : Claviers

Jules : Guitare/Chant

Vincent Thermidor : Régie générale

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(Photo : David Desreumaux)

181634144_10159142020083674_3444322880710540446_n.jpgInterview :

Tu racontes dans une chanson l’histoire de Géraldine, une femme qui est dans une guérite à un péage. Il y a un message fort…

C’est une situation assez symbolique du manque de rapport humain total. C’est un échange de service qui fait figure de machine. Ça me bouleverse parce que c’est l’archétype d’une vie sans humanité. Le fait d’être enfermé et de voir toute la journée des gens partir, c’est incroyable comme situation. Il y a aussi le paradoxe de voir autant de gens en étant seule. Quand je croise une Géraldine, je me demande ce qu’est sa vie après, le soir, en rentrant chez elle. Qu’est-ce qu’elle peut bien raconter à son mari et à ses enfants ? Je me suis mis à sa place en me disant qu’elle devait s’imaginer nous.

Dans « Le filtre », tu expliques que nous sommes tous obligés de faire semblant dans la vie.

J’aurais aimé être une journée un Kersauson ou un Lino Ventura dans un film d’Audiard et dire à certaines personnes « qu’est-ce que tu me fais chier ? » Ce doit être jubilatoire. Moi, je ne peux pas. Je suis soit trop bien élevé, soit trop bienveillant, soit pas assez bien gaulé (rires). Dans la chanson, je dis que ça ne sert à rien de dire à un con qu’il est con, mais dans la réalité, paradoxalement, je le dis de plus en plus. Je préfère avoir des remords que des regrets.

Clip officiel de "Le trèfle à trois feuilles".

120532284_3077037432419339_4122967785774804531_n.jpgJe trouve cet album plus sensible et un chouia moins corrosif que les précédents ? As-tu l’impression d’avoir radouci avec l’âge.

J’ai l’impression d’être plus calme, plus réfléchi. Aujourd’hui, je suis plus serein, mais ça ne m’empêche pas de dire des choses dans mes chansons…

En écoutant « Doucement », la chanson dédiée à ta fille, j’en ai eu presque les larmes aux yeux. Notamment grâce à cette phrase : « Chez toi n’est plus chez moi ».

Et chez elle, ça ne sera jamais chez moi. Bref, il n’y aura plus de chez nous. Ma fille a 15 ans, elle n’est pas encore en ménage et elle n’est pas encore partie de la maison, mais je sais qu’un jour, ça va arriver. J’ai tenu tout de même à ce qu’il n’y ait pas de pathos dans cette chanson.

Je peux demander à ta fille, Prune, ce qu’elle a pensé de ta chanson ?

Oui. (Il part la chercher dans sa chambre).

Qu’as-tu pensé de « Doucement » ?

La première fois que je l’ai entendue, c’était dans un concert de papa. Je ne savais pas que cette chanson existait. Mon père a commencé à raconter dans une intro : « oui, je ne croyais plus au véritable coup de foudre, bla bla bla »… moi, je pensais qu’il allait faire le lover en interprétant « Friandises ». Mais à un moment, il a dit : « jusqu’au jour où est née une certaine petite prune »… du coup, j’ai compris dès les deux premières phrases très significatives que ça parlait de moi et je n’ai pas arrêté de pleurer. Dans cette chanson, il ne m’a mis aucune pression. Ce n’était pas : « ne pars pas du domicile », mais plutôt, « je sens que ça avance positivement petit à petit ».  Je sais que quand je partirai, mon père sera fier de moi. Aujourd’hui, je peux écouter cette chanson sans pleurer, mais il m’a fallu du temps.

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Jules et ses enfants, Prune et Nino.

Jules, ça fait du bien d’écrire ce genre de chanson ?

Je ne sais pas trop, mais en tout cas, c’est une des rares chansons que j’ai du mal à chanter sur scène. Une fois que l’auteur compositeur a fait son boulot, je ne pense plus qu’à interpréter la chanson. La création et l’interprétation sont deux identités très distinctes. J’ai l’impression que le public attend l’interprète. L’auteur compositeur, il n’en a rien à faire. Ma personne civile est beaucoup moins intéressante que le chanteur que je suis. Sur scène, j’ai besoin d’expirer ce que j’ai inspiré.

« Tu m’agaces » est une chanson sur ton fils, Nino, que tu chantes avec lui. Tu ne voulais pas qu’un de tes enfants soit jaloux ?

Ce n’est pas tout à fait ça. Je n’avais jamais écrit sur mes enfants. Je voulais faire un duo avec mon fils car c’est un chanteur incroyable. Cette chanson est une chanson d’amour ultime. Le summum de l’amour, c’est quand il devient viscéral et violent, dans le joli sens du terme.

Dans « Friandises », tu affirmes qu’il faut être un escroc en tragédie pour écrire des chansons d’amour magnifiques.

J’ai la malchance, dans mon métier, d’être hyper heureux en amour et comme tous les chanteurs de mon espèce, on aurait aimé écrire des « Ne me quitte pas ». A un moment donné, je me suis demandé pourquoi je n’arrivais pas à écrire ce genre de chanson. Je pense que c’est parce que je n’ai pas assez souffert en amour. En effet, je suis avec ma femme depuis que j’ai 18 ans et ça va très bien. Le bonheur, ce n’est pas vendeur. « Le bonheur rime avec ennui ».

Dans « Putain », tu évoques un type pas très beau que l’on ne remarque pas.

Il y a un thème assez récurrent dans mes chansons : la sélection naturelle. La beauté intérieure c’est gentil, mais le premier rapport que tu as avec quelqu’un, c’est avec son faciès. Tu vois la beauté intérieure quand la beauté extérieure te plait un minimum. C’est une injustice primaire qui me bouleverse. C’est intéressant de se mettre dans la peau de quelqu’un. C’est l’essence même de notre travail et de notre art.

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(Photo: Dominique Chauvin)

« Johnny Canaille », c’est la caricature des gens qui imitent Johnny Hallyday, Dick Rivers, Eddy Mitchell… tu as de l’empathie pour ces gens-là ou de la pitié ?

Aucune pitié. J’ai surtout de la sympathie. La sympathie c’est quand tu partages l’émotion de l’autre. Après, comme tous les jobs, il y en a qui font ça avec le cœur et d’autres par opportunisme. Ceux que j’ai croisés le faisaient avec le cœur. J’ai une admiration sans borne pour ces gens qui viennent juste par amour de la musique, pour faire danser les gens ou pour leur faire passer un bon moment. Le rôle d’un artiste c’est de faire oublier les problèmes aux gens le temps d’un concert. Le « Johnny Canaille » de ma chanson donne sa vie, qu’il soit dans un camping de Palavas-les-Flots ou au Zénith. Au Zénith, il ne ferait pas plus. C’est un mec amoureux de son métier et il fait du bien aux gens.

Dans « Issu », tu dis que les frontières n’ont aucune raison d’être.

Les frontières, les religions, les nationalités… Je m’engueule souvent avec des copains et avec mon fils parce que je suis issu d’une famille et d’une école un peu anarchiste, mais tout ceci me perturbe beaucoup. Je ne suis pas un chanteur engagé parce que je n’ai pas la prétention d’avoir le savoir et la connaissance pour donner mon avis sur tout. Mais ce qui me fait peur c’est le clanisme, alors je tente d’écrire des chansons évocatrices de cela.

« Mon ainsi soit-il » me fait penser à la chanson de Souchon, « Et si en plus y a personne ». Est-ce une chanson anti religion ?

Pas du tout anti. Si la religion fait du bien aux gens, grand bien leur fasse. Maintenant, que cela devienne des lois, je ne suis pas d’accord. Nous nous sommes battus pour séparer l’état et l’église, il serait bon que cela reprenne le dessus. Que l’on soit bien clair, ceci est valable quel que soit les religions. Il n’y en a pas de plus respectables que d’autres. Moi, je crois en l’Homme et en la nature. Je suis un athée convaincu. Si Dieu existe, j’espère que c’est léger et que ce n’est pas se fouetter avec des orties fraîches. Pour moi, tu es asservi dès que tu te mets à pratiquer, mais c’est juste mon point de vue.

« Mon ainsi soit-il » est la chanson la plus rock de l’album.

Musicalement, du coup, j’ai hésité à la mettre pour la cohérence de l’album.

Dans « La libre antenne », tu dénonces les radios qui naviguent « entre populisme et populaire »…

Je ne suis pas sûr que cela serve le média de mettre un micro au Café des Sports. Dans un café, tu peux contrargumenter. Donner la parole aux auditeurs, c’est risqué. Donner la parole sur l’Islam… ça fait plaisir à une frange de la population qui n’attend que ça pour nourrir sa haine. Il est où l’esprit Canal sur CNews ? Avant Canal, c’était de Caunes et Les Nuls, aujourd’hui c’est Éric Zemmour et Pascal Praud.

A qui t’adresses-tu dans « Nous nous attendions » ?

Peu importe. C’est peut-être au public, à une fille, aux copains ou à un chien. C’est très universel. Nous, quand on s’est vus la première fois dans ton bureau, ça a bien matché. C’est une espèce d’évidence. Quand on apprécie quelqu’un, humain ou animal, directement, c’est un moment magique et précieux.

"Quand tu rougis" en live. 

Dans « Quand tu rougis », tu parles de la femme que tu aimes.

Ce n’est pas sur ma femme qui s’appelle Julie et que j’aime de tout mon amour. Je m’appuie sur elle pour écrire des chansons et vivre ma vie. C’est mon socle, mais ce n’est pas une femme qui rougit forcément. Par contre, j’aime ça chez les gens. Je veux universaliser ça.

Quand tu écris des chansons, comment es-tu ?

Imbuvable. Quand tu écris, tu ne penses qu’a ta petite gueule et tu te regardes le nombril. Quand ma femme, une formidable institutrice, me parle de sa journée, j’ai honte, mais je l’écoute à moitié. Elle le sait très bien et me dit : « finis ta chanson, je t’expliquerai après ». Elle m’accepte comme ça.

Tu es quelqu’un qui doute ?

Le seul moment où je ne doute pas, c’est sur scène. Pendant une heure et demi, je ne doute pas. J’expose mes choix. Pour écrire une chanson, effectivement, il faut douter, poser des questions, sur les rapports avec les gens… la scène c’est ma vie. C’est là où je suis le plus fort du monde. Il n’y a pas plus fort que moi sur scène, j’en suis persuadé.

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Après l'interview le 4 mars 2021.

21 mai 2021

Katel : interview pour Mutants Merveilles

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(Photo : Muriel Thibault)

katel,mutants et merveilles,mandor,interviewJ’ai un profond respect pour Katel. Une artiste à part qui propose des albums hors du commun (au sens littéral du terme). Une musique à la fois accessible, mais qui emprunte souvent des chemins de traverse inédits. Ecouter Katel est une expérience.

Comme l’indique sa biographie : De Raides à la ville (2008), album tendu, rock dans l’âme mais déjà relevé un travail vocal central, à la plume très littéraire et au chant scandé, à Elégie (2016), pièce musicale et chorale écrite au piano tel un chant des morts qui appelle à la vie, en passant par le très hybride et pop Decorum (2010), rien ne se ressemble, tout surprend, mais tout se tient avec une force d’expression claire et radicale."

Dans son quatrième album, Mutants Merveilles, c’est le groove qui prime. Les rythmes brassent nombre d’influences allant du trip-hop hypnotique à la pop sixties sautillante. « Une première face accueillante et fluide, et puis une face plus trouble, une face d’ombre aux constructions déstructurées » précise le site de France Bleu. Comme chantait Balavoine, « face amour, face amère ».

Voici donc ma seconde mandorisation (la première, très originale elle aussi, est là) de Katel. Rendez-vous est pris dans son studio « Mutterville », le 6 mai dernier.

Son site internet.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter Mutants et Merveilles.

Mini biographie officielle :

Artiste et figure à part de la scène Française, Katel explore sur chaque album de nouvelles formes esthétiques autant audacieuses qu'accessibles. Mais elle est également une des rares productrices femme en France, dans son propre Studio Mutterville monté à Paris en 2019. Elle y réalise des albums aussi différents que ceux de Franky Gogo, Superbravo ou Maissiat, et écrit aussi de la musique instrumentale à destination de podcasts. En 2018 elle fonde le label FRACA !!! avec deux autres artistes, Robi et Emilie Marsh, et monte ses éditions Rospiko publishing. Par ailleurs, Katel défend la place des femmes dans la musique en s'engageant dans des programmes de mentorat comme Mewem, en intégrant la nouvelle commission à l'Egalité Femme-Hommes de la Sacem, ou encore en donnant des conférences et ateliers pour que les jeunes femmes puissent plus facilement se référer à des modèles. Enfin elle s'engage en tant que militante des droits LGBTQIA+.

L’album (argumentaire officielle) :katel,mutants et merveilles,mandor,interview

Mutants Merveilles. Ce que le titre promet, l'album l’offre. Ce nouvel album est une ode à la liberté et Katel en est plus que jamais l’héroïne, montrant une fois de plus avec évidence sa maîtrise du songwriting. De ballades déchirantes en tubes addictifs, les 11 chansons du disque proposent un voyage haletant et sans arrêt en deux parties, comme autant de facettes magiques de l’âme. L’immédiateté de ce que l’on ressent vient assurément du groove, pièce centrale de l’album et autour duquel s’articulent les titres, quel que soit leur pédigrée, calme ou enragé, joyeux ou sombre. Le groove donc, mis à l’honneur et dont les productions toujours visionnaires de Katel nous font tomber amoureux, danser et faire le grand écart tant espéré, entre Kate Bush et Steve Reich, entre France Gall et Prince. Les textes nous montrent une fois de plus que Katel est une des grandes poétesses du moment, libre de ton, radicale de forme, et qui toujours affirme son appartenance au monde qui l’entoure. Les mutants, les merveilles du disque sont des personnages qui s’incarnent, vivent et aiment, qui interrogent et se rêvent dans un monde juste, fort, un monde nouveau, à créer ensemble. Mutants Merveilles. Ou l’art de se laisser emporter par le rythme premier, le souffle, puis la danse, enfin les mots. Les 11 chansons que vous allez écouter s’adressent à celles et ceux qui, le cœur grand ouvert, arpentent le monde en quête des autres. Un album pop par excellence, qui s'écoute sans fin.

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katel,mutants et merveilles,mandor,interviewInterview :

Dès ton premier EP 8 titres, Raide à la ville, tu as fait ce que tu as voulu artistiquement.

Dès le départ, c’était mon positionnement. Il fallait que l’indicateur artistique soit suffisamment marqué pour que l’on me laisse toute ma liberté créatrice.

Cet EP semblait rock, mais déjà, il y avait des musiques peu communes.

Si on écoute attentivement Raide à la ville, à part deux titres très rock, le reste est joué à la guitare acoustique, très déstructurée et retravaillée. Il y avait beaucoup de travail sur les effets et déjà plein de voix.

Ce qui est ta marque de fabrique.

Tout était déjà en moi, même si ce travail de voix, je l’ai vraiment mis en avant dans mon précédent disque, Elégie. Vraiment, avec Raide la ville, je sentais que je partais dans cette direction. Déjà il y avait des chœurs bizarres, des dissonances. Ce n’étaient pas des chansons brutes.

Clip réalisé par Clifto Cream.

"Entre légèreté façon sixties et manifeste queer en colère contre le « vieux monde tout mort » qui « continue à se faire plaisir », Rosechou a tout pour devenir un hymne irrésistiblement dansant. « Dans toutes mes chansons depuis le début, ce qui traverse c'est la question de savoir comment rester en mouvement dans un monde, une vie, qui imposent en permanence un discours normatif. Tout est fait pour nous fixer quelque part. La résistance c'est la fluidité, le mouvement. « Rosechou » est une figure solaire, un corps qui résiste, un corps qui danse, et qui oppose à tous les discours de conservatisme et de peur une joie militante et salutaire. Ici on chante à tue-tête la fin du patriarcat et on raille l'indifférence totale de celui-ci par rapport au monde qui change. Car oui, décidément, « On veut tout autre chose ! »"

Les mots que tu prononces doivent-ils se fondre dans la résonnance des instruments ?

J’adore chanter comme un instrument. J’essaie d’écouter les paroles qu’il y a dans la musique. Dans « En chasse » par exemple, c’était évident qu’il y avait une violence dans cette déstructuration, que c’était un moment de malaise et d’insécurité.

L’harmonie, les mélodies, l’aspect vocal, c'est vraiment la patte Katel.

Quand on a une esthétique harmonique, mélodique et une voix, on peut se permettre de jouer avec les formes. C’est tout l’intérêt de la pop. S’amuser avec les formes et les styles comme on le souhaite.

Mutants Merveilles est en deux parties. La première, très accessible, et la deuxième (les trois avant derniers titres, « Géographie », « En chasse » et « Jamais d’œil »), un peu plus expérimentale.

Tout me vient de manière très spontanée. Je vais me réveiller un matin avec la rythmique de « En chasse » qui est complètement déstructurée. C’est à partir de ça que je vais construire le titre et avoir quelque chose à dire. Mais attention, une chanson comme « Ni mal d’amour », qui a l’air d'être une simple chanson pop, quelque part, mélodiquement et harmoniquement, elle est plus barrée et singulière que « Géographie ». C’est juste qu’il y a des formes et un instrumentarium qui paraissent plus familiers.

Filmé en résidence au Forum Léo Ferré et monté par Oursicate.

Katel : Chant, Casio. Claire Joseph: Claviers. Skye: Drums + basse drum. Christophe Rodomisto: guitare.

""Sauf qu'on l'arrête" est le titre qui ouvre Mutants Merveilles. Je l'ai écrit il y a un an pile, quand tous les corps qui depuis des mois descendaient dans la rue pour crier leur désespoir et recevaient pour toute réponse la violence de la police se sont soudain tous retrouvés enfermés . Un élan de solidarité impératif qui a semblé couper court à toutes les autres luttes. Mais ces "coups perdus" ces "gestes maladroits" qui ont mutilé, on ne les oublie pas, pas plus que "la langue dans le bois" de ceux qui donnent les ordres puis se défendent d'en être responsable. Les croyances les plus obscures, jusqu'au retour de la Terre plate sont en marche. Une certaine marche du monde qui triomphera "Sauf qu'on l'arrête". Dans un son trip hop et un groove bien tendu, ici en live."

La musique se rapproche-t-elle des mathématiques ?

Il y a des formes d’approches de la musique qui sont mathématiques. Moi, je me considère plus comme une architecte de la musique. Je la conçois dans un espace. J’aime construire des figures impossibles et architecturales.

Tu as un rapport ludique avec la musique ?

Oui, et je crois que ça s’entend particulièrement dans Mutants Merveilles. Cet album a été conçu de façon très rapide et ramassée dans son écriture. Je me suis beaucoup amusée en effet.

En studio, te demandes-tu si ta musique sera assez accessible aux gens qui l’écoutent ?

On ne peut pas évacuer cette question parce qu’à partir du moment où on rentre dans le processus de produire un album, de l’envoyer, on est forcément turlupiné par la réception. J’essaie pourtant de me détacher le plus possible de ce genre de pensée. Par contre, la réception du public est importante, alors je crains toujours que ma démarche ne soit pas comprise. Plus je fais des albums plus j’espère que l’on va saisir que je sais ce que je fais dans mon « œuvre » globale.

 Julie Gasnier : Réalisation clip, dessins, encres, conception fresque. Zoé Véricel: After Effect.

« Je t'aime déjà » est à la fois une chanson de rencontre et de rupture amoureuse. Une chanson qui parle de ce moment où l'on quitte un monde pour entrer dans un nouveau. Ce moment où un sentiment très fort arrive, sentiment pour lequel on n’est pas encore tout à fait prêt. C'est aussi un portrait de l'Amour au sens large : quand nous n'avons qu'un seul mot pour nommer tant de réalités différentes, les Grecs, eux, en ont huit. Chaque couplet de « Je t'aime déjà » traverse une ou deux de ces huit définitions : Mania, ou l'amour obsessionnel, Storge ou l'amour familial, Eros ou l'amour érotique, Pragma ou l'amour durable, Philia ou l'amour affectueux, amical, dans le même couplet que Philautia ou l'amour de soi. Puis sur le pont en Créole, Agape, ou l’amour désintéressé, spirituel, qui est ici la sublimation par le chant comme possible transformation de la joie et de la douleur personnelles en quelque chose de plus grand. Et enfin, sur le dernier couplet, en note d'espoir, Ludus, ou l'amour espiègle. L'amour du jeu, qui appartient aux premiers émois et ne demande qu'à durer tant que la légèreté, la vraie, la profonde légèreté, continue de s'inviter dans le rapport amoureux. Si le texte traverse ces visions de l'amour dans une histoire intime, les voix mêlées de Katel et d'Oriane Lacaille, qui chante aussi le pont en Créole, lui donnent une résonance universelle et intemporelle. Sa forme atonale et son rythme imperturbable pourraient appartenir à tous les folks ou aux musiques premières, tout comme les instruments qui donnent au titre sa couleur : le Kayanm d'Oriane, grand shaker plat réunionnais typique du Maloya, ou le Cigar Box de JereM, instrument fabriqué à la main partout dans le monde en utilisant un bidon, des cordes et un résonateur. Le clip réalisé par Julie Gasnier a été pensé comme une fresque constituée de ses encres et de ses dessins, une timeline qui avance au rythme cyclique de la chanson. Les esthétiques de son univers rejoignent la richesse des différentes définitions de l’amour. Multiples, évolutives, elles sont reliées entre elles par un motif de cœurs, symbole de la trame amoureuse, et par le leitmotiv du chat errant, figure libre qui semble poser sur chaque scène un regard interrogateur.

Ce qui est certain, c’est que tu ne fais jamais le même album, ni ne creuse le même sillon.

J’ai besoin d’être en danger, de me retrouver dans une situation inconnue, ainsi, ça excite mon cerveau et ma créativité. Ceci est valable pour la musique, mais aussi pour les textes. D’album en album, je n’ai pas la même façon d’aborder la plastique de la langue. C’est relié à ce que je suis dans la vie et les évènements que je traverse.

Quelle est ta démarche dans la création?

Elle est de continuer à vivre dans une forme d’étonnement et de le provoquer aux autres. Je me rends dans un état de réception maximale à ce qui peut me traverser. Je cherche à agrandir mon espace mental.

Ce disque sera facile à jouer en concert ?

Il est déjà monté sur scène avec une équipe. J’ai la chance d’avoir des super musiciennes et musiciens. Il y a Skye à la batterie, au chant et aux claviers, Claire Joseph aux claviers et au chant, Christophe Rodomisto à la guitare et moi à la basse.

Ce que tu fais est parfois free jazz.

J’en ai beaucoup écouté. Dans certains arrangements de l’album, j’ai demandé des choses dissonantes.

katel,mutants et merveilles,mandor,interview

katel,mutants et merveilles,mandor,interviewTu reprends « Attends ou va-t’en », initialement interprété par France Gall, à la voix et au vibraphone. Pourquoi ?

Ce texte est incroyable. C’est une chanson de Gainsbourg très féministe. C’est l'histoire d'une femme qui borde son histoire d’amour selon ses propres envies. C’est fort.

Tu aimes la variété ?

C’est ce que les français font le mieux. Dans ce domaine, ils sont très créatifs. Je ne suis pas du tout fan de ce qu’on appelait « la nouvelle chanson française », à l’accompagnement très épuré. Ce que j’aime, c’est la recherche sonore. En fait, ce que j’appelle variété, c’est de la pop. C'est ce que font Manset, Bashung, Balavoine et aussi Berger, dont je suis une grande fan.

Il y a très peu de femmes réalisatrices.

A part Edith Fambuena, Bénédicte Schmitt et moi, c’est le désert. Je pense que les choses vont évoluer, grâce aux programmes de mentorat comme Mewem (pour en savoir plus, c'est là), que j’ai rejoint récemment. On est enfin sorti de ce phénomène qu’on appelait la Queen Bee.

C’est quoi la Queen Be ?

A partir du moment où une femme atteint une place, elle ferme la porte derrière elle.

Le contraire de toi.

Oui. Dès que j’apprends quelque chose de nouveau, j’ai envie de le partager afin que tout le monde en profite. Je crois que c’est la peur qui fait que l’on ne partage pas. La peur d’être destitué de la petite place que l’on a ou de la marche que l’on a su grimper. Moi, je pars du principe que c’est tant mieux si quelqu’un est meilleur que moi. L’art est là pour enrichir le monde de voies différentes.

Tu n’arrêtes jamais. Tu produis et réalises d’autres artistes, tu fais des musiques et des génériques de podcasts…

J’ai toujours du boulot, mais c’est très chronophage. En ce moment, à 46 ans, j’ai envie de faire des albums pour moi plus souvent. Je sors un album tous les cinq ou six ans, mais ça ne me suffit plus. J’ai vraiment envie de changer de rythme.

En tout cas, je sais que tu n’es pas prête à faire des choses que tu n’aimes pas pour l’argent ou pour la notoriété.

Non, je suis contente de mon sort. Je ne suis pas connue du grand public, mais j’ai la reconnaissance du métier. Ce que j’ai, je l’ai eu sans faire de concessions. Mais, je te le répète, là, j’ai envie d’avoir plus de temps et de moments de vide. J’en manque vraiment.

Comment va FRACA !!!, le label que tu diriges avec Emilie Marsh et Robi ?

C’est compliqué de tenir un label comme celui-ci après la période que l'on vient de traverser. Il faudrait qu’il y ait beaucoup de médiatisations, beaucoup de passages à la radio pour récupérer des droits voisins et que le label soit viable. Ce n’est pas le cas aussi par les choix artistiques que nous avons fait (qui ne sont pas « mainstream »). Nous existons toujours et nous tenons la barre (sourire).

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Après l'interview au studio Mutterville, le 6 mai 2021.

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19 mai 2021

Frédéric Zeitoun : interview pour J'aimerais

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(Photos : Bruno Tocaben)

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorDeux ans après Duos en solitaire, Frédéric Zeitoun présente J’aimerais. Treize nouvelles chansons (réalisées et arrangées par Gérard Capaldi). Des instants de vie, des textes qui lui tiennent à cœur mis en musique par des talents et amis tels Yves Duteil, Michel Fugain, Gérard Capaldi, Erik Berchot, Jean Claude Ghrenassia, Gérard Salmieri, Marc Berthoumieux, Johan Czerneski

Sait-on que Frédéric Zeitoun (déjà mandorisé ici en 2019 et là en 2018), est un grand parolier ? Il a écrit des textes magnifiques pour notamment Richard DewitteEnrico MaciasCarlosMichelle TorrHugues AufrayCharles DumontLorieFrédéric FrançoisSmaïnLena KaAudrey Sara, Antoine, Annie Cordy, Louis Bertignac, Daniel Levy, Mister Mat et Laurent Gerra. En écoutant ce nouvel album, on rit, on pleure, on est sacrément touché par cette plume à la fois sensible, taquine et souvent subversive. L’air de ne pas y toucher, l’auteur dit beaucoup de notre société, de l’état du monde et du genre humain en général. Evidemment, il chante aussi l’amour… qu’il fait rimer parfois avec humour. Zeitoun n’est pas un donneur de leçon, c’est un donneur de bonheur.

Avant son passage chez Michel Drucker ce dimanche 23 mai, Frédéric Zeitoun est ici pour évoquer ce nouveau disque... mais pas seulement. C'était le 22 mars dernier, dans l'antre où l'artiste travaille.

Serge Lama a écrit ce mot à Frédéric Zeitoun pour annoncer l’album :frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor

« Merveilleuses chansons Frédéric, tu y développes ton univers faussement gai avec maestria. Avec la joie des fêtes juives dans "J’aime tout le monde". Tu dis des choses tellement vraies. Dans ce monde de juges, Coluche, Brassens et le très regretté Desproges, tous seraient bannis. Ce dernier peut-être en tête pour cet humour décalé mais sans vulgarité. Et toi, ton style d’écriture, d’écrivain de chansons que Nougaro se flattait d’être - une bonhommie qui cache ton mal de vivre, mais aussi cette joie nécessaire. Donnez-nous s’il vous plaît notre rire quotidien. Bref j’ai plus qu’aimé. Ton antique Lama. »

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(Photos : Bruno Tocaben)

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorInterview :

Je suis d’accord avec Serge Lama, ton album est faussement gai.

Je me suis senti complètement compris quand j’ai lu ce mot. Serge Lama, c’est un des derniers des mohicans. Quand mon éditeur, Gérard Davoust, lui a donné mon disque, je ne peux pas te dire que je n’avais pas peur de son retour. Lama, c’est un maître qui a écrit et interprété tellement de chef-d’œuvres. Et quand il dit que mes textes sont faussement gais, il sait de quoi il parle. C’est un artiste qui a le rire aussi fort que ses blessures sont profondes. Vraiment, j’ai apprécié qu’il comprenne que sous mon nez rouge, il y a des choses moins joyeuses.

Ton album fait du bien. On traverse toutes les émotions. Tu te rends compte du pouvoir d’une chanson ?

Par rapport à des gens qui sauvent des vies à longueur de journée, ce n’est rien.

Je ne suis tellement pas d’accord. Une chanson peut sauver des âmes.

On ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable. Dans le meilleur des cas, nous sommes des décorateurs de vie, et eux, ce sont des sauveurs de vie. Bien sûr, je suis ravi de faire des chansons et je ne vais pas bouder mon plaisir quand elles font du bien à des gens.

Depuis que je te connais, tu as toujours été humble par rapport à ton activité d’auteur de chansons.frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor Comme si tu te détachais de ton talent que je trouve énorme. Par exemple, tu as écrit tout le dernier album de Frédéric François, La liberté d'aimer, et il est devenu numéro un des ventes la première semaine. Ce n’est quand même pas rien. Pourquoi ce recul ?

J’ai un autre ami qui fait ça. Un jour, je l’appelle pour lui dire que j’ai rarement lu une biographie qui m’apprenait autant sur un artiste, en l’occurrence, dans le cas présent, sur Daniel Balavoine. Il m’a dit : « oui, merci c’est sympa », très gêné. Avec cet ami, on se ressemble là-dessus. Ce n’est pas une posture. La fausse modestie me casse les couilles. On a juste vécu des trucs pas toujours simples dans la vie, alors, nous savons remettre les choses à leur place.

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorIl y a des artistes qui t’ont aidé à traverser ta vie ?

Je te réponds direct. En 1977, l’écrivain Patrick Segal a sorti L’homme qui marchait avec la tête. Je précise pour les gens qui ne le savent pas, je suis en fauteuil roulant. Quand j’avais 20 ans, mes parents ne voulaient pas que je parte seul aux Etats-Unis. Parce que j’avais lu ce récit, j’ai montré à ma mère la couverture et je lui ai dit : « Tu vois, lui, il l’a fait. Donc, moi, maintenant, je vais pouvoir le faire. » Ce livre est devenu mon livre de chevet et aujourd’hui, Patrick et moi sommes devenus vraiment potes. Il y a deux ans, il s’est fait hospitaliser. Il m’a dit : « En ce moment, il y a une chanson de toi qui me fait du bien et que j’écoute en boucle c’est « J’ai appris ». Ça m’a ému aux larmes. Et rassurez-vous, il va bien.

Tu m’as raconté un jour que Frédéric François aussi t’a aidé à vivre.frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor 

Je sais que ça peut faire rire, mais quand j’entendais Frédéric François à la radio à 6 ans, je me disais qu’un jour, je serai lui. J’écrirai pour lui ou je serai dans son entourage. Je connaissais ses chansons par cœur et j’avais son poster dans ma chambre. Ça m’a passé (rires). Je me suis ensuite intéressé à la pop music, au rock’n roll et à la chanson française « classique ». Frédéric incarnait une forme de réussite malgré tout. Lui et moi venions de familles plutôt modestes. Quand je l’écoutais, je me disais qu’il y avait un soleil au bout du tunnel. Aujourd’hui, je bosse avec lui et nous sommes vraiment amis. C’est un mec que j’adore.

frédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandorEt Aznavour ?

Ses mots aussi m’ont aidé à vivre, tu as raison. Le peu de fois où je l’ai rencontré grâce à Gérard Davoust, c’était pour moi des moments exceptionnels. On a fait deux chansons ensemble et il en chante une avec moi dans mon disque de duos. Rien que pour ça, le chemin vaut le coup.

Tu viens d’évoquer ton éditeur, Gérard Davoust. Un immense professionnel pour lequel tu as d’ailleurs dédié ta chanson « La vie sur son visage ».

J’aime cet homme. Je ne parle pas uniquement de l’éditeur, mais de l’homme. Dans la chanson je dis quefrédéric zeitoun,j'aimerais,interview,mandor je n’envisage pas un jour sans lui parler. Gérard, pour moi, c’est un tonton. C’est aussi un papa de métier.

A chaque fois que je viens te voir en concert, il est toujours là. (Photo : Avec Frédéric Zeitoun et Gérard Davoust aux Francofolies de la Rochelle).

Quand il signe des artistes, quand il aime les gens, c’est sans condition. Il fait la même chose avec Linda Lemay et avec tous les autres artistes dont il s’occupe. Il n’y en a plus beaucoup des comme ça dans le métier. Pour moi, ce monsieur est un vrai cadeau de la vie.

Revenons à ton disque. Je trouve que « La chanson sans chanteur » est une excellente idée.

C’est la pauvrette. Elle est dans un tiroir, un peu aigrie. Elle est jalouse des autres chansons qui ont été choisies.

Le premier single de l'album J'aimerais, "J'aime tout le monde" en version live avec Claire Salesse, Gérard Salmieri, Marc Berthoumieux, Fred Damon au studio Hauts de Gammes.

Tu as écrit une chanson pour ton fils : « Apprends à désobéir ». Je trouve qu’elle est subversive. En gros tu dis : « Mon fils, je ne dois pas te dire des choses, mais je te les dis. »

A 13 ans, je commençais à me dire que mon fils, Simon, devrait apprendre à ne pas être sage. Quand il a entendu la chanson, je lui ai tout de même précisé qu’il ne fallait pas tout prendre au premier degré (rires).

« Tant que tu es là » explique que malgré les emmerdes dans la vie, tant que les gens qu’on aime sont là, il faut relativiser.

C’est tout à fait ça. Quand tu te lèves le matin, tu penses à tes soucis financiers, de boulot, tes blessures d’enfance, tu te dis que tant que ta femme et ton fils sont là, ça va. Le reste devient broutille de la vie.

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(Photos : Bruno Tocaben)

Il y aussi « Rire de tout ». Tu déplores le fait qu’on ne peut plus rire de tout.

Je trouve ça très malheureux. Aujourd’hui, les Desproges, Coluche et autres les Nuls n’auraient plus le droit de citer. À l’ère du politiquement correct et du consensuel hypocrite, c’est une chanson hommage à ces chers disparus que sont l’humour iconoclaste et l’impertinence assumée.

Au fond, pourquoi écris-tu et chantes-tu ?

Parce que c’est mon oxygène. C’est comme si tu me demandais pourquoi je continue à vivre.

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Pendant l'interview...

Changeons de sujet. Tu écris un livre sur ta vie et de ton expérience quant à la place du handicap dans la société.

Ce ne sera pas un livre politiquement correct. On vit quand même dans un pays qui est très en retard par rapport aux personnes en position de handicap. Ici, la vie et la société dans son inadaptation et son inaccessibilité me rappellent que je suis dans un fauteuil roulant. Il y a des pays comme le Canada ou les Etats-Unis où je l’oublie. Tout est accessible.

Je te sens en colère.

Parce qu’il y a des choses scandaleuses qui se sont passées qui nous fait ressentir beaucoup de mépris. J’ai quelques amis en fauteuil qui ne sortent pas parce qu’ils ont peur de se retrouver dans une position d’être mis en face de leur handicap. Ce que je ne supporte pas, c’est quand on demande aux gens d’avoir les mêmes devoirs, mais qu’on n’a pas les mêmes droits. Il y aura beaucoup à dire, mais je le ferai dans ce livre.

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Après l'interview, le 22 mars 2021.

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30 avril 2021

MontparnassE: Interview pour La vie Revolver

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montparnasse,a vie revolver,interview,mandorIl y a des artistes talentueux qui sont reconnus à leur juste valeur. Et il y a ceux qui n’ont pas moins de talent, mais que l’on ne connait pas… ou peu. Et c’est injuste. MontparnassE fait partie de cette deuxième catégorie. Incompréhensible. Musique et mélodies d’une redoutable efficacité et textes souchoniens. Alors, que manque-t-il à Philippe MontparnassE ? Je n’en sais rien. Ce sont les mystères de la notoriété. Nous avons pourtant affaire-là à un auteur compositeur interprète qui sait y faire. Le quatrième album de MontparnassE, La vie revolver, a franchement  de quoi épater la foule. En tout cas, moi, il m’épate.

Voici donc la deuxième mandorisation du bonhomme (la première est là), en espérant que vous aurez la curiosité de jeter une oreille attentive à l’œuvre de ce chanteur en état de marche. C'était le 14 avril dans les locaux de Music Media Consulting.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

Biographie officielle (mais écourtée) :montparnasse,a vie revolver,interview,mandor

C’est en 2007 que Jean-Patrick Capdevielle produit les premiers titres de Philippe Deyrieu, un voisin autodidacte, qui se produira désormais sous le nom d’emprunt de MontparnassE, en hommage au quartier de leur rencontre. Philippe joue beaucoup sur scène et rôde déjà les chansons qui constitueront son premier album : « Anachronique » réalisé par Ken Ploquin (Bashung, Daho, Hugh Coltman). Les titres « M’enfermer dehors » et le duo avec Sylvie Hoarau (Brigitte) « Ce n’sont pas des anges » connaitront de prometteurs succès d’estime. MontparnassE emmène cet album aux 4 coins de la France et bien au-delà, pour enfin s’arrêter à Londres où démarre la production de son second album, Studio d’Eux. C’est à Abbey Road que ce 2ème opus prendra racine, réalisé par Chris Bolster (Coldplay, Paul McCartney, Oasis). De retour d’Angleterre, il répond à l’invitation du célèbre canapé rouge de Michel Drucker à l’occasion de l’anniversaire de Jean-Paul Belmondo. Ce dernier sera ému de l’hommage que lui rend Philippe en lui chantant sa chanson fraichement enregistrée : « Quand j’étais Jean-Paul Belmondo ». En 2013 MontparnassE signe la BO du film « Le Cœur des Hommes 3 » de Marc Esposito et démarre une tournée d’où sera tiré l’album : Détours Live. L’unique album live de l’artiste à ce jour, et considéré par bon nombre d’observateurs comme l’un des tous meilleurs ‘one shot’ des productions de l’année 2014.

3 ans plus tard sort le très remarqué 3ème album studio intitulé : (des) Couleurs manifestes, source d’illustres rencontres…Avec Cali d’abord, avec qui il co-signe et chante en duo l’émouvant « Ecoute moi jusqu’au bout ». Rencontre avec l’immense Bernard Lavilliers lors d’un « Grand studio RTL » où le poète, bienveillant, lui confiera les clefs d’une de ses premières parties. Rencontre, enfin, avec la poésie de son enfance puisqu’en clôture de l’album, Philippe reprend avec beaucoup de modernité et d’humilité le titre « Ma France » de Jean Ferrat. C’est Vincent Perrot, architecte de ces évolutions, qui avait admirablement réalisé et arrangé « (des) Couleurs manifestes, qui est à nouveau le complice de Philippe pour ce nouvel opus intitulé La vie revolverPhilippe veut aller de l’avant, positiver, crier au monde cette urgence de vivre ce qu’on a à vivre, ici et maintenant sur un air qui donne envie de danser d’oublier et de profiter… Loin de la « branchitude » ambiante, il creuse son sillon en affirmant son style, en se souciant de faire évoluer sa musique au grès des sujets abordés, quitte à flirter avec différents environnements d’un morceau à un autre.

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montparnasse,a vie revolver,interview,mandorInterview :

La vie est-elle si dure que tu as décidé d’intituler ton disque La vie revolver ?

Ce disque est un peu plus « down » que les trois précédents, en effet. Toutes les chansons de cet album sont empreintes de nostalgie et de mélancolie. C’est la chanson « La vie revolver » qui a donné son nom à l’album parce que j’ai estimé que ça représentait bien l’époque que nous vivons. Même si j’écris des textes avec de l’espoir, on est malheureusement toujours rattrapé par la réalité des choses. On est obligé de constater que la vie est une roulette russe. Aujourd’hui tout va bien et demain, on ne sait pas ce qui va se passer… voire dans l’heure d’après. Rien n’est figé. La vie revolver, c’est un sens générique pour expliquer tout ça.

Pour en revenir à ce titre « La vie revolver », tu nous proposes une musique tendance western à la Ennio Morricone.

C’était complètement voulu et le maestro était encore en vie quand j’ai voulu faire ça. Pour être clair, « La vie revolver » est née des gilets jaunes. Je voyais de manière très perceptible le mal-être de certaines personnes, j’ai donc imaginé l’histoire d’un couple qui n’était plus en phase avec la société et qui a décidé à un moment de rentrer en conflit avec elle. Il y a un passage à l’acte fort qui est traduit par ces notes de musique Morriconiennes. Jeanne Rochette  y chante dans cette chanson de manière lyrique et les contributeurs de mon album font les choristes.

Clip de "Aime la vie".

La chanson « Je n’partirai jamais » m’a presque fait pleurer.

Sur les trois précédents albums, il y avait une chanson par enfant. Je ne savais pas comment boucler la boucle. Au moment où mon grand m’a annoncé qu’il allait quitter la maison, ma fille, la petite dernière, a voulu me rassurer et m’a dit : « Moi, papa, je ne partirai jamais ! » Enfin mon autre fils, celui du milieu, m’a dit la même chose, tout en sachant que c’était faux. Bref, je me retrouve à un carrefour unique de ma vie. J’ai ressenti le besoin d’écrire une chanson avec la participation de mes trois enfants pour boucler la boucle. J’ai trouvé que leur faire dire eux-mêmes ces phrases-là aurait un impact beaucoup plus fort.

Chacune de tes chansons a des atmosphères différentes.

Je pars du principe que comme je  n’ai pas de maison de disque, je suis très libre. J’ai la totale liberté de faire les chansons que je veux avec les ambiances que je souhaite. Je ne veux pas faire le même disque à chaque fois. Sur deux-trois chansons, je me suis amusé à m’aventurer sur des terres inconnues.

Clip de "Sait-elle que c'est elle" en duo avec Ana Girardot.

« Sait-elle que c’est elle » est un duo avec Ana Girardot.

Pour moi, c’est une chanson qui devait être chantée par une comédienne. Il fallait qu’elle ne soit pas sur-interprétée. Je voulais une sensibilité réelle. J’aimais beaucoup le jeu de cette fille que je considérais comme une des plus prometteuses du cinéma français. Je ne savais pas si elle savait chanter, mais je lui ai fait cette proposition au culot. Elle a mis un peu de temps à répondre, mais un jour elle m’a écrit qu’elle avait été très touchée par le texte, qu’elle n’avait jamais chanté, mais qu’elle adorerait essayer. Elle a décidé que l’on se voit très vite. Au bout d’un quart d’heure on a décidé de se revoir en studio. Dès ses premières phrases, j’ai compris que c’était exactement ce que je voulais.

Clip officiel de "Il y aura". 

Cali participe de nouveau à ton disque. Mais pas dans un duo. Il a écrit « Il y aura » et il en a fait les chœurs.

Cali, c’est la famille maintenant. Il est « invitant ». Quand tu as travaillé et fait de la scène avec lui, tu as envie de récidiver. Il dégage la même impression. Un jour, il m’a dit : « Si tu as besoin d’un texte,  j’en suis. » Je voulais une chanson  très avenante, avec une sorte d’élan. Il a complètement répondu à mon attente. Quand j’interprète cette chanson, j’ai l’impression de répandre la bonne parole du bonheur simple.

Ton nouveau single, c’est « Touriste ».  Une chanson un peu critique sur les touristes.

C’est un peu moi, c’est un peu toi, c’est complètement nous. On peut tous se retrouver dans cette chanson. Quand on est dans un pays qui n’est pas le sien, on est maladroit, égoïste, un peu à fleur de peau, on se sent presque plus fort que les habitants… Cette chanson m’est venue quand j’étais en Egypte en voyage avec ma femme et mon père. A un moment, j’étais au musée du Caire et une personne n’arrêtait pas de me passer devant, me bousculer pour faire des photos sans vraiment regarder les trésors proposés. Je retrouvais cette personne dans chaque pièce avec le même comportement. A un moment, je suis sorti et j’ai écrit le refrain et j’ai fredonné la mélodie dans mon dictaphone. Je pense que nous sommes toujours le touriste de quelqu’un.

Clip officiel de "Touriste".

Dans « La belle route », tu rends un hommage discret à Alain Souchon.

J’exprime mon admiration pour lui. Comme mon nom ne l’indique pas, je suis souvent à Montparnasse pour plein de raisons. C’est un quartier que j’aime beaucoup, les bars que je fréquente sont là-bas. J’ai une vraie vie dans ce quartier. Il m’est arrivé cinquante fois de voir Souchon s’y balader. Je me suis permis de lui parler une fois ou deux pour lui dire bonjour. Il est toujours avec une casquette et des lunettes noires. Il croit que l’on ne le reconnait pas. Moi, c’est comme ça que je le repère de loin (rires). J’adore le voir évoluer dans son périmètre. Cette chanson raconte le regard que j’ai sur les gens qui le regardent. Ce n’est jamais qu’un citoyen dans son quartier… certes, un citoyen pas tout à fait comme les autres.

Curieusement, on n’entend pas d’influences de Souchon dans tes disques, je trouve.

J’ai plutôt écouté de la musique anglo-saxonne dans ma vie, même si Souchon est mon auteur français préféré. Il y avait le carré magique au football : Tigana, Giresse, Fernandez, Platini. Moi j’avais le carré magique : Renaud, Goldman, Cabrel, Souchon.

Dans « Si tu restais », tu dis que tu te montres plus fort et sûr de toi que tu ne l’es. C’est vrai ?

Bien sûr. Je chante et j’écris pour ça. Enfant, j’étais extrêmement timide. La musique m’a aidé à passer des caps, à me comporter autrement en public, à savoir prendre la parole… Sur scène, il faut toujours avoir l’air sûr de soi, mais en fait, il y a beaucoup de failles en moi. Ce disque, comme les autres, raconte mes failles.

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Pendant l'interview...

Ecrire et chanter t’aide à supporter la vie ?

C’est l’essence même de la vie d’artiste. On porte un masque derrière lequel on ose se comporter différemment et dire des choses  parfois enfouies. Je ne sais pas comment je me serais dépatouillé de ma vie sans ce moyen pour exprimer mes mots/maux. 

Ce qui m’impressionne chez toi, c’est ton sens de la mélodie.

Merci. Ça me touche. Ca tu le gardes dans ton article, hein ? (rires).

Dans chaque album, tu as des chansons tubesques comme « Au presque parfait » et « Si tu restais », un titre très Coldplayien.

C’est le reflet de ce que j’écoute, de ce que j’aime. Ce sont des chansons de scène. J’ai hâte de pouvoir les jouer devant un public.

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Après l'interview, le 14 avril 2021.

Bonus :

Concert enregistré au Réacteur le 22 janvier 2021 à l'occasion de la sortie du nouvel album de MontparnassE, avec la participation de Jeanne Rochette, Natacha Régnier et Cali. Réalisation: Ulysse Thevenon.

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