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12 août 2017

Thomas Gunzig : interview pour La vie sauvage

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(Photo : Colerebelge Branden)

Thomas Gunzig est depuis quelques années une figure littéraire et médiatique majeure en Belgique. Après l’excellent Manuel de survie à l’usage des incapables (pour lequel je l’avais mandorisé, ) le voici de retour  avec un livre formidable, La vie sauvage. Un magnifique roman d’amour, drôle, lyrique, cruel, sombre et optimiste (oui, oui, aussi) qui revisite le mythe du bon sauvage qui découvre la civilisation. Une réflexion profonde sur la sauvagerie de notre époque qui ne laissera personne indifférent.

Le 15 juin 2017, je suis allé à la rencontre de Thomas Gunzig, dans les locaux de ses attachées de presse. Rencontre avec un homme toujours en colère… mais un peu apaisé.

thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandor4e de couverture :

Seul survivant d’un accident d’avion recueilli par des mercenaires, Charles vit durant quinze ans dans la jungle d’Afrique centrale. Lorsqu’il est retrouvé grâce à – ou à cause de – la toute-puissance de Google Maps et des réseaux sociaux, il part retrouver ce qu’il reste de sa famille en Belgique.

Là-bas, il découvre une autre sorte de vie sauvage, urbaine et polluée à laquelle il doit s’acclimater mais également une nouvelle famille qu’il doit apprivoiser. Entre sa tante obsédée par son corps et la consommation, son oncle petit politicien suffisant et véreux, son cousin ado perdu dans les tréfonds d’internet et sa cousine boudeuse et disgracieuse, il tente de comprendre ce nouveau monde.

Mais alors qu’il s’intègre doucement à la société́ civilisée grâce à ses camarades de classe et une équipe pédagogique qui rivalise d’attention pour l’aider, il met en place son plan pour retourner en Afrique retrouver Septembre, son grand amour.

L’auteur :

Thomas Gunzig est né en 1970 à Bruxelles où il vit. Nouvelliste et romancier traduit dans le monde entier, lauréat du Prix Victor Rossel, du Prix des Éditeurs et du Prix triennal du roman, il est chroniqueur à la radio RTBF et écrit pour la scène. Coscénariste du Tout Nouveau Testament récompensé par le Magritte du meilleur scénario, il travaille également pour le cinéma.

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thomas gunzig,la vie sauvage,interview,au diable vauvert,mandorInterview :

Comment est venue l’idée de Charles, ce personnage atypique ?

Mon précédent livre « Manuel de survie à l’usage des incapables » était une sorte de road movie qui bougeait beaucoup, là, j’ai eu envie d’un livre plus confiné avec des situations plus fermées. En lisant Le journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau, j’ai été bluffé par la façon qu’il a eu de relater un milieu, un univers clôt et étouffant. J’ai ressenti le besoin d’essayer de faire quelque chose de similaire.

Pourtant, tu as toujours été fasciné par les super-héros qui ont des supers pouvoirs.

J’adore ces gens qui n’ont l’air de rien, dont on ne se méfie pas, mais qui ont une double identité. J’ai eu l’idée de cet accident d’avion, de ce bébé élevé par des militaires locaux en Afrique centrale en pleine guerre et qui finit par posséder un super pouvoir original : une super culture, une connaissance presque surnaturelle de la littérature et des sciences humaines.

Charles est aussi un adolescent qui est en proie à tous les tourments et les émotions liés à son âge.

Même s’il a été entrainé à faire la guerre, s’il a vécu beaucoup de violence, il reste un ado « normal ». Toutes ses opinions, il va les puiser dans cette culture insensée qu’il possède.

Son rapport avec les psys n’est pas brillant.

Tous les personnages du roman pensent que ce garçon est malheureux, traumatisé parce qu’il a vécu des choses terribles. J’ai l’impression un peu intuitive qu’en règle générale les gens ne réagissent jamais comme on l’imagine. Lui a traversé tout ça, mais n’a pas plus de raison d’être traumatisé par ce qu’il a vécu par rapport à ce qu’a vécu un élève du lycée.

Charles pense même que la civilisation est beaucoup plus dure que ce que lui a vécu.

Il considère que le monde et la violence qu’il a connu ne sont pas pires que celle sourde, insidieuse et quotidienne de notre monde à nous. Ici, la violence ne dit jamais véritablement son nom : la violence sociale. La violence du patron envers son employé, celle du prof envers l’élève, du psy envers son patient qui ne va pas très bien. Je trouve que toutes ces violences-là sont aussi abominables et difficiles à vivre que la violence claire et  nette de la guerre. Notre civilisation nous fait une guerre permanente et je pense que l’on peut plus ou moins essayer de résister.

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Un auteur, des livres et des chouquettes!

Charles arrive à s’adapter à n’importe quelle situation. Il est apprécié par tous.

Il a effectivement un talent d’adaptation important. Le fait qu’il dégage une impression de liberté par rapport au monde dans lequel il est le rend assez fascinant par rapport aux autres ados. Il devient vite le centre d’intérêt des garçons de la classe et objet de convoitises des filles.

Il lui faut de l’argent et il est prêt à tout pour en avoir.

Il est terriblement déterminé par rapport à sa volonté de retourner en Afrique et de mener à bien le plan qu’il a fomenter. Il doit gagner de l’argent, même si ce n’est pas de manière très noble.

Une de ses méthodes pour endormir tout le monde, c’est de faire semblant d’être naïf.

Disons qu’il ne dévoile pas son jeu immédiatement. Il en sait plus que tout le monde, mais ne dit rien en conséquence. Du coup, personne ne se méfie de lui. Aucun super héros n’arrive à un rendez-vous en disant « Batman, c’est moi ! »

C’est aussi un sacré manipulateur !

Il l’est, mais n’aime pas l’être. C’est un personnage qui a une notion très profonde de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il sait parfaitement quand il transgresse, quand il passe la frontière du bien, mais il le fait sans hésiter si c’est pour atteindre son but.

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Pendant l'interview...

Quand son « nouveau » frère lui monte le Dark Web et ce que l’on y voit, Charles est presque choqué alors que lui a connu la vraie violence.

Il a connu la violence guerrière, une violence qui a un but. Sur le Dark Web, c’est du voyeurisme malsain. On est dans quelque chose de pathologique qui dégoute profondément Charles. On devient le spectateur des monstruosités et des perversions du monde pour des petits plaisirs pervers personnels.

Tu en as vu ?

Oui, mais j’ai très vite arrêté tant cela était écœurant et insoutenable.

Selon toi, la société devient-elle complètement tarée?

La civilisation est comme un vernis. Sous ce vernis, il y aura toujours un grouillement bizarre de phantasmes, d’égoïsme et de la noirceur de l’âme humaine. Sous ses dehors reluisants, il se passe des choses sombres et terrifiantes.

Charles a-t-il de la morale ?

Il a en a beaucoup, mais il n’est pas coincé dessus. Il peut la transgresser s’il n’a pas le choix.

Y a-t-il un point commun entre ton jeune héros, Charles, et toi ?

Quand j’étais petit on m’avait diagnostiqué dyslexique. On m’avait dit que je ne pourrais pas faire des études normales. Des psys me regardaient en me disant « mon pauvre enfant ! » Je garde contre les psys une certaine rancœur parce qu’ils m’ont mis dans un enseignement spécial. Ils ont eu tort. J’aurais été très heureux de faire des études normales. Ce qui est terrible quand on est enfant, c’est de se prendre dans la figure toute cette assurance théorique et bienveillante de quelqu’un qui sait mieux que toi ce qui est bon pour toi. Cette bienveillance douce, à l’image de cette société, va t’expliquer ce qui est bien, ce qui n’est pas bien, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas. C’est d’une violence incroyable, un écrasement psychique complet. Quand tu es jeune, tu ne t’en rends pas compte, mais ça te met dans une rage terrible. Tu te sens mal, tu te sens triste, tu te sens minable, tu te sens comme une petite merde.

Je comprends mieux certains passages de ton livre. L’écriture te permet d’exorciser pas mal de choses négatives alors ?

Toute émotion est intéressante si elle sert ton travail. Même les émotions négatives. La jalousie, la vengeance, la colère, l’avidité sont des émotions qui te mobilisent intérieurement et qui peuvent être un bon moteur créatif.

Paradoxalement à ce que l’on vient d’évoquer, ton livre est finalement un formidable roman d’amour.

C’est ce que j’avais envie de faire. Ça fait un quart de siècle que j’écris des bouquins et je n’ai jamais écrit d’histoire d’amour. Cela me démangeait.

La vie sauvage sort un peu du lot. Il est plus « classique », même s’il ne l’est pas totalement. As-tu eu l’impression de tourner en rond ?

Non, mais j’en ai eu assez d’écrire des livres à l’imaginaire très barrés, avec de la science-fiction, beaucoup de cynisme et d’ironie noire. J’ai eu envie de creuser un peu plus loin et de me tester à une écriture plus « classique ».

Il y a tout de même une toute petite goutte de magie et de mystère…

Je ne peux pas m’en empêcher parce que j’y crois un peu. Je suis même allé voir un sorcier qui habite à Bruxelles avec mon manuscrit Je lui ai dit qu’il fallait que ce bouquin fonctionne bien et que je passe au niveau supérieur pour que je puisse m’acheter ma maison. Le professeur Malik a fait une petite cérémonie.

Tu te moques de moi, là ?

Non, je te jure que c’est vrai. Ça m’a coûté 20 euros (rires).

La première fois que l’on s’est vu, il y a quatre ans, tu me parlais déjà de la volonté que tes livres se vendent.

Grace au cinéma, aujourd’hui, je vis mieux. Je suis moins angoissé.  Quand mon ordinateur tombe en panne, je peux m’en acheter un autre, ce qui est pour moi le luxe suprême. Maintenant, je n’ai pas encore le luxe formidable d’avoir de l’argent de côté pour me dire que si je ne gagne pas d’argent pendant trois mois, ce n’est pas grave. L’angoisse du manque d’argent est encore en moi.

Tu as donc co-scénarisé le film Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael qui est allé au Golden Globe.

Nous étions contents parce qu’avec Jaco, on a beaucoup bossé dessus. On a eu de nombreux prix et le film a eu un succès public et critique. Cela m’a permis de travailler sur d’autres scénarios.

Bande annonce de Le Tout Nouveau Testament.

Scénariste, ce n’est pas frustrant ?

Terriblement. Un scénario n’est jamais qu’une étape de travail, tandis qu’un roman se suffit à lui-même. C’est gai à imaginer, à rêver, mais ce n’est pas gai à écrire. C’est même ennuyeux.

Tu écris aussi pour le théâtre. Quel est le point commun entre toutes ses formes d’écriture ?

Le grand point commun, c’est qu’il y a toujours un spectateur ou un lecteur. J’essaie d’employer toutes les stratégies pour qu’il ne s’ennuie pas et que je le fasse voyager. Robert Louis Stevenson disait : « Tout auteur digne de ce nom doit vous arracher à vous-même ».

Il parait que tu écris pendant les heures de bureau. C’est vrai ?

Absolument. De 10 heures à 18 heures avec une pause à midi. Et je bosse aussi le week-end.

Ton cerveau a du mal à s’arrêter, à ne plus être productif.

Parfois, il a envie de s’arrêter. Depuis quelques temps, je fais beaucoup de sport. C’est ce que je fais pendant ma pause.

Intellectuellement, ça change quelque chose ?

C’est un gros shoot de bonheur intellectuel. Sur le moment, c’est un vide total mais après, sous la douche, toutes les idées se mettent en place. Mon heure de sport intense réinitialise mon cerveau.

L’hygiène de vie est importante pour écrire ?

Oui, je m’en rends compte aujourd’hui. Je fais très attention à ce que je mange. Le vin, par contre, je me dis que c’est bon pour la santé. La vie sans vin ne serait pas une vie.

Quel le but que tu veux atteindre quand tu écris une histoire ?

Je veux juste que les gens aient envie de tourner la page pour connaitre la suite de mon histoire. Rien de plus.

Tu travailles sur quoi actuellement ?

Sur une BD. Ce sera un manga « comics » dessiné par l’excellent Andréa Mutti. Je devrais avoir fini le premier tome à la fin de l’été.

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Avec Thomas Gunzig, pendant l'entretien, le 15 juin 2017.

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08 août 2017

Soan : interview pour Celui qui aboie

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(Photo : Vanessa Filho)

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorSoan nous est familier depuis 2009. Sa victoire à La Nouvelle Star en avait agacé plus d’un. Il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est un artiste segmentant. On l’adore ou on le déteste. Je fais partie de la première catégorie. Sa voix cassée et rock qui déclame des bouts de vie, des bouts de lui… et finalement des bouts de nous, me touche. Beaucoup.

Son 5e album, Celui qui aboie, entre poésie, conscience, colère, tristesse et sourires, est un grand cru soanien. Des mots justes, tout le temps. Ça sent le tabac et l’alcool, c’est sûr, mais ça sent surtout l’authenticité, ce qui ne nuit nullement à la santé.

On a besoin d’artistes comme Soan dans ce monde musical et médiatique souvent aseptisé. Le 14 juin dernier, il est venu à ma rencontre à l’agence pour une interview, comme d’habitude, sans concession. Ça fait du bien.

Argumentaire officiel :soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

«La bêtise, c'est un type qui vit et qui dit «Ça me suffit», disait Jacques Brel. Il faut croire que Soan a su s'en inspirer. Même si cette rage de vivre l'a poussé par le passé à se brûler les ailes, c'est vers la quiétude et la création qu'elle l'emmène à présent à travers son nouvel album, Celui qui Aboie. Avec cet album, Soan s'offre un second souffle, un souffle brut, sans concession ni effets spéciaux, un retour à l'essentiel. Se plonger dans son univers, c'est découvrir un monde d'intense poésie qui prend racine à la fois dans l'interprétation emphatique de Jacques Brel et dans l'énergie du désespoir soufflée par le grunge des années 90. Dans Celui qui Aboie, Soan emprunte au grand Jacques ses histoires espiègles emportées par des musiques ourlées d'influences folkloriques. Mais Soan a aussi eu l'idée d'inviter à leur côtes Eddie Vebber (Pearl Jam) et Kurt Cobain (Nirvana) pour composer des textes introspectifs, qui reconstruisent mot à mot son monde intérieur, éclaboussé par ses trop pleins d'émotions, et qu'il chante en torturant les phrases pour en faire sortir la sincérité jusqu'à la dernière goutte. Dans ses paroles, dans ses gestes, la chanson française se réinvente et s'époumone avec la rage d'un groupe de grunge.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorInterview :

Ce que j’aime bien chez toi, c’est que tu dis ce que tu penses.

Oui, je suis déjà cramé depuis un bout de temps. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais me restreindre (rires). Je suis l’oncle relou dans un diner de famille.

Tu as la même franchise que Brel. Il disait des choses géniales… et parfois choquantes.

Justement, je n’ai pas envie que mes gamins regardent des images en noir et blanc pour savoir ce qu’était le franc parler. Parfois on me dit que ce n’est plus de notre époque de parler comme ça. Mais l’époque est constituée des gens qui habitent dedans. Si je maintiens la franchise d’antan, ça reste l’époque que je veux.

Dans les médias, les gens sans filtre, c’est rare.

Ce qui me gonfle, c’est quand on me dit que je suis dans la provocation. La provocation, c’est un acte sans fond. C’est creux. Il y a toujours une raison quand je lance un missile.

Tu ne t’interdis rien en interview et dans la vie. Il en est de même dans les chansons ?

J’écris sur ce qui déborde, ce n’est surtout pas un choix. Parfois, je ressens l’envie d’écrire quelque chose, mais je ne comprends le texte que plus tard. J’essaie de faire un truc entre le conscient et l’inconscient, le rêve et le surréaliste, du coup, ça laisse un certain champ des possibles. Le tri se fait de lui-même, mais par contre je ne mets aucun filtre.

"Je suis Charlie" (maquette). Titre sur aucun support discographique.

La chanson sur Charlie Hebdo, « Je suis Charlie », ça en a titillé plus d’un par exemple.soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Je le savais. Je m’en fous, c’est de l’art. Ça doit être libre au maximum.

On peut donc tout dire sous le prétexte que c’est de l’art, alors !

Pour moi, oui. On  devrait pouvoir tout dire, mais je ne pense pas que l’on puisse vraiment le faire.

Il est clair, qu’aujourd’hui, il y a une bien-pensance en France qu’il n’y avait pas avant. Le sketch de Desproges sur les juifs serait immédiatement interdit.

Ça a même fait marrer Anne Sinclair qui était son amie. Il lui a envoyé le texte original pour lui faire valider, parce qu’il avait un petit doute quand même.

Ton public t’aime tel que tu es. Vrai.

Si je n’étais plus vrai, si je me mettais à jouer le jeu, je perdrais mon public. La plupart des gens qui m’apprécient, c’est aussi pour ça. Comme Renaud à l’époque. Tu sais, le chanteur énervant.

Tu vas sur RTL dans les Grosses Têtes. Ce n’est pas très rock ça !

Ruquier m’a toujours soutenu, je lui devais bien cette venue. C’est une raison humaine.

C’est toujours la personne que tu as en face de toi qui prime.

Je suis en permanence en recherche de chaleur et de sensibilité intellectuelles.

Clip officiel de "Celui qui aboie" extrait de l'album Celui qui aboie.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorParlons de ton album. Tu l’as enregistré très rapidement. Pourquoi dis-tu que c’est un album « parenthèse » ?

Je n’ai pas écrit cet album d’un trait. J’ai récupéré des anciennes chansons que les gens me réclamaient parce que je les chantais sur scène, mais elles n’étaient pas enregistrées. Il y a aussi trois nouvelles chansons. C’est un album « parenthèse » parce que je n’en attendais pas de moi à moi-même autant que d’un album normal. C’est plus un cadeau pour mon public.

Excuse-moi de te poser cette question, mais tu étais malade lors de l’enregistrement. Ça a changé quelque chose ?

Non, à part que ma voix était encore plus éraillé que d’habitude. Comme c’était un album un peu « entre nous », ce n’était pas gênant. Quand je monte sur scène et que je suis triste, je dis que je suis triste. Quand j’ai la pêche, je monte sur scène avec la pêche. Je n’ai jamais pris les gens pour des cons. Là, je crois pouvoir dire que c’est l’album le plus sincère que j’ai fait. C’est comme si je jouais dans le salon des gens.

La spontanéité équivaut à l’authenticité et à la sincérité ?

Parfois, je me suis un peu perdu. Le troisième album, Sens interdits, par exemple, est complètement foutraque. Pour ce nouveau disque, on a posé le cerveau à l’entrée du studio et on a fait de la musique.

"Wendy" extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

Je vais te poser une question de journaliste débutant. Celui qui aboie est l’album qui te ressemble le plus ?

Non, c’est celui d’avant qui me ressemblait le plus. Retourner vivre était un joyeux merdier. Il y avait du punk, du piano-voix, des trucs un peu cubains… Moi, dans ma tête, c’est très bordélique. Celui-là est juste une partie de moi. Ca ressemble à ce qui m’a forgé : les petits bars.

Là, effectivement, c’est guitare, harmonica, voix… ce n’est pas la grosse production.

J’ai la chance que mon public me suive. On donne toujours des rendez-vous à l’aveugle quand on fait ce métier. Quand tu sors un disque, c’est comme tu donnes rencard à une gonzesse. Elle viendra ou elle ne viendra pas. J’évite de réfléchir à ça, sinon, tu écris sous l’œil de l’autre… et ça, ça me fait trop peur.

Il ne faut rien s’imposer ?

Il faut s’imposer des choses de soi à soi-même, pas en fonction de. J’ai mes exigences envers moi-même, ça s’arrête là. Ce qu’en pensent les autres, je n’y peux rien.

Tu t’en fous réellement de ce que pensent les autres de toi ?

Le plus possible.

Sinon, ça parasite la création ?

Oui. C’est ça qui a fait que je me suis perdu au troisième album. J’ai essayé de prouver des trucs. Ça ne me réussit pas. Ce n’est pas mon meilleur disque, ça c’est sûr. Ne l’achetez pas !

"L'inattendue", extrait de l'album Le chien qui aboie en live pour l'émission Le pont des artistes (juillet 2017).

As-tu l’impression d’être incompris ?

Non, j’ai l’impression qu’il y a du nivelage vers le bas qui fait que quand il y a plus de huit mots dans une chanson et qu’il n’y a pas de vocoder, on présume que les gens ne comprennent pas. Il y a un public pour la poésie, c’est juste qu’on ne laisse pas la place aux artistes qui en font. Un projet comme le mien n’est pas une évidence, mais je reste persuadé que si certaines de mes chansons passaient à la radio, elles marcheraient. Louise Attaque, ça a bien marché et c’était quand même du texte.

Pourquoi es-tu parti t’installer à Narbonne ?

J’en avais marre de Paris. De ne pas voir loin, de ne pas avoir de perspective, ça m’angoissait un peu.

Depuis que tu vis au soleil, est-ce que cela a modifié ton état d’esprit et donc ta façon d’écrire et de composer ?

La seule modification, c’est la lenteur. Je prends beaucoup plus de temps. Je me laisse un peu vivre, du coup, les idées viennent mieux. C’est moins chaotique, moins laborieux. Je ne me sens plus dans une urgence absolue. Désormais, l’urgence se fait quand j’acte, c’est-à-dire quand je suis en studio ou sur scène.

Et quand tu reviens à Paris, tu le vis comment ?

C’est un supplice. Je suis dégouté. En plus, je ne viens pas pour chanter, mais pour faire la promo.

Ça t’emmerde vraiment la promo ?

Complètement.

Merci d’être là alors !

(Rires). Dans une interview en Suisse, il y a une meuf qui me demande ce qui me fait chier dans la promo. J’ai répondu « y être ! »

J’avoue, moi-même, ça m’emmerde de poser des questions sur les chansons des artistes que je reçois, partant du principe que tout devrait être dit dedans.

C’est ça ! Trop expliquer les choses, c’est comme expliquer une vanne, c’est le meilleur moyen de ne pas être drôle. C’est un exercice compliqué. Et puis, avec tout ce qu’il se passe en ce moment, tu as l’impression de prendre du temps de parole pour un peu t’autobranler. Parfois, je me demande si tout cela est  bien légitime.

Le fameux problème de légitimité !

J’essaie de ne pas y penser, ça me terrorise.

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(Photo : Vanessa Filho)

J’ai relevé cette phrase dans une de tes chansons : « C’est affligeant les imbéciles qui se mettent à penser haut ». Tu parles des réseaux sociaux évidemment.

C’est la phrase préférée de ma petite sœur. Je ne parle pas des réseaux sociaux, j’ai pensé ça au coin d’un bar. Cela dit, un bar, c’est un réseau social. Il y avait un mec raciste avec une super grande gueule et il ne disait que de la merde. C’est à ce moment que j’ai pensé à la phrase que tu viens de citer.

C’est notre époque.

En effet, aujourd’hui, il n’y a plus que des imbéciles qui pensent super haut.

Qu’est-ce que c’est un imbécile pour toi ?

C’est quelqu’un qui ne cherche pas à être plus que ce qu’il est, qui n’a pas cette exigence envers lui-même de faire mieux que la veille. C’est affligeant et flippant. C’est ça qui nivelle tout vers le bas. Je suis peut-être paranoïaque, mais je ne pense pas que tout cela soit le fruit du hasard. On essaie de faire en sorte que les gens réfléchissent de moins en moins, qu’ils consomment de plus en plus et que, si possible, ils se taisent. Un mec comme Hanouna est fait pour vendre de la pub et c’est tout. Tout ce qui lui arrive actuellement, c’est bien fait pour sa gueule. En politique, c’est pareil. Quand on a eu Chirac, on pensait avoir touché le fond, le mec a rien branlé, après on a eu Sarko, on s’est surpris à regretter Chirac, et après on a eu Hollande,soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor on a presque regretté Sarko et là… on va trouver du pétrole.

J’ai cru comprendre en effet que Macron n’était pas ta tasse de thé. Tu as défendu officiellement Mélanchon à fond lors de la campagne présidentielle. Tu as chanté lors de ses meetings. Dans tes chansons, tu ne parles pas de la société comme Renaud le faisait, genre « société, tu m’auras pas ! »

Je n’aime pas bien livrer le truc clé en main. J’aime mieux que chacun en fasse ce qu’il veut. Les trucs politiques, c’est très contextuel, donc si tu te mets à écrire sur telle ou telle personne, dans cinq ans, ça n’a plus lieu d’être. J’essaie d’être un peu plus vague. De toute manière, les textes très concrets engagés, je ne sais pas faire. Parfois, quand on me dit que ce que je fais ressemble à du Mano Solo, ça me fait marrer. Lui aussi, ça le faisait marrer. J’écris comme un parfumeur fait son parfum. J’aime quand mes chansons sont comprises par les sens et pas par le cerveau.

Set de 3 titres (La chute-De mémoire d'enfant-Fakir) en soutien à la Marche de la France Insoumise pour la VIeme République le 18 Mars 2017, Place de la République à Paris.

soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorY a-t-il des artistes français d’aujourd’hui qui te plaisent ?

Fauve, je trouvais qu’il y avait un truc. Ils étaient bien dans l’époque. Autrement, ceux que j’aime en France, ce ne sont pas des gens qui font références. Je n’écoute d’ailleurs pas beaucoup de Français. Je reviens vite à Jacques Brel.

Il n’y a pas grand-chose de mieux qui s’est fait depuis ?

Niveau exigence d’écriture, personne ne lui arrive à la cheville. Je me mets évidemment dans le lot. Christian Olivier des Têtes Raides fait partie des meilleurs, je tiens à le dire. Un mec de ma génération ? Dorémus m’a parfois mis sur le cul. Il a une plume de ouf, mais sur le fond, ça ne raconte pas grand-chose. Ce qu’il se passe dans la cuisine des gens, ça ne m’intéresse pas.

Quelqu’un comme Stromae t’intéresse ?

J’ai un problème avec le support musical. C’est un peu trop clubbing pour moi. Ce qui est bien dans ce qu’il fait, c’est que ce n’est jamais du rien, alors que le format sur lequel il se pose est un truc qui trimballe du vide habituellement.

Comment sait-on que l’on a fait un bon texte ?

Si tu fais rimer amour avec toujours, il faut arrêter la musique (rires). C’est tellement souvent le cas. Plus que jamais, je me laisse aller à ma folie littéraire. Personnellement, si une chanson que j’écris ne me met pas la chair de poule la première fois que je me la chante, c’est que c’est de la merde. Du coup, poubelle. Je suis sans pitié. Sur ce que j’écris, il y a seulement 5% que je garde.

Il y a pas mal de déchets alors ?

Moins maintenant parce que je connais mon domaine de compétence, donc, je ne m’aventure plus là où je ne sers à rien. Il y a un vrai tri dans ma tête avant que je prenne le stylo en main. S’il n’y pas l’étincelle qui me donne la nécessité d’écrire la suite, en général, j’abandonne.

Tu doutes de toi ?

Tout le temps, mais c’est moteur. Ca force à aller plus loin que soi-même tellement c’est paralysant. Ma pire angoisse, c’est de ne plus écrire. A chaque chanson finie, je me demande s’il y en aura une suivante.

Tu me parles de la perte d’inspiration ?

Ou de trop savoir faire la même chose. A un moment donné, Renaud avait arrêté de faire ses musiques parce qu’il ne faisait que du Renaud. Il avait l’impression de tourner en rond. Moi, je me demande si je verrai venir le jour où ça arrivera. Je ne veux pas faire du Soan bis repetita.

Tu fais du Soan parce que tu es Soan. On appelle ça une patte.

Je ne veux pas me caricaturer. Je veux me mettre en péril à chaque fois. Pour y parvenir, ça revient à te foutre de ce que vont penser les gens. Si tu fais en fonction de, en tenant compte du fait qu’il ne faut pas faire la même chose qu’avant, ça devient insupportable.

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soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandorJean Corti participe à ton album. C’est symbolique, il est là parce qu’il a été accompagnateur de Brel ?

Je le connais bien, on s’entend à merveille. Pour moi, c’est le grand-père idéal. Se dire, «  j’ai le même accordéoniste que Jacques Brel », au niveau ego artistique, ça le fait, mais il n’aurait pas eu cela dans son cursus, j’aurais quand même joué avec lui. J’adore les symboles et le sacré de manière générale.

Tu acceptes les critiques ?

Si, c’est Christian Olivier qui rentre dans un studio pour me dire que c’est de la merde… et vice versa.

Tu l’acceptes de tout le monde ?

Evidemment non. Ca dépend de l’intention. Il faut voir pourquoi on me dit ça. S’il y a un fond derrière ou si c’est juste pour me balancer une crotte de nez. Dans ce dernier cas, ça peut être ma main dans la gueule. Un minimum de bienveillance ne fait de mal à personne.

Ecrire, c’est une forme d’engagement ?

Oui, c’est défendre une forme de beau au milieu du chaos.

Questionne conne. Est-ce que si des extra-terrestres tombaient sur ton disque, ils connaitraient le monde et son état ?

Peut-être. Ils se diront au moins : « le mec a besoin d’aller si loin dans le surréalisme tellement le réel est anxiogène de nos jours ».  En tout cas, ils n’auront pas toutes les clés en écoutant ce que je fais.

Tu es heureux dans ce métier ?soan,celui qui aboie,interview,nouvelle star,mandor

Non, mais pas plus qu’ailleurs. J’ai toujours une partie de moi qui est suicidaire et une autre qui est super utopiste. Je suis moitié complètement dépressif et moitié en attente du lendemain et des jours meilleurs.

Heureusement, tu es toujours là.

C’est quand même assez tentant de se foutre en l’air dans le monde dans lequel on vit. Au moins, tu règles le problème par le vide.

Tu n’as pas peur de la mort ?

Non. Vivre est bien plus dur. Vieillir c’est plus dur que mourir.

L’inconnu ne te fait pas peur ?

Non, au contraire. C’est le connu qui me fait peur. Chaque jour se ressemble, le train-train quotidien, c’est mon angoisse principale.

Quel est ton rapport à la liberté ?

Quand on parvient à être libre, malgré tout, on est libre dans un carré. La liberté absolue n’existe pas.

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Pendant l'interview...

Ton grand-père était un grand résistant à Lyon. Il a côtoyé Jean Moulin et ses amis. Pour toi, aujourd’hui, c’est quoi résister ?

Aujourd’hui, j’ai une maladie de merde, la fibromyalgie, une maladie de merde qui nique mon énergie et mes muscles, c’est encore une raison de plus de me battre. Résister, pour  moi, c’est aussi être bien dans mes pompes, pouvoir me regarder dans une glace, ce n’est plus forcément monter des barricades. Résister, c’est faire face à l’adversité avec un gros doigt d’honneur. J’ai arrêté les grandes ambitions mondialistes, aimons nous les uns les autres et tenons-nous la main, faisons une grande chaîne autour de la Terre, c’est fini pour moi… c’est un peu enfantin.

Chanter, c’est résister ?

Oui. C’est être le témoin que la poésie compte. Remplir une salle avec des personnes qui attendent que je leur chante des textes poétiques est la preuve pour moi que tout n’est pas fini.

Ton métier n’est pas le plus beau du monde ?

Ça devrait l’être. Quand je suis sur scène, quand je suis en studio avec mes potes, mais franchement, tout ce qu’il y a autour, je m’en passe. La musique rapporte de plus en plus de pognons, mais les artistes en touchent de moins en moins. Tu es toujours sur la brèche, tu ne t’arrêtes jamais pour pouvoir  maintenir le petit truc que tu as. Ou alors, tu es dans le consensus et tu fais ce que l’on te demande.

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Après l'interview, le 14 juin 2017.

02 août 2017

Dimoné : interview pour l'EP Épris dans la glace

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(Photos : en haut, Marc Gaillet. En dessous, Emmanuel Crombez)

dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorAprès avoir été le coup de cœur de l'Académie Charles Cros pour son album Bien Hommé, Mal Femmé en 2015, Dimoné a sorti l’EP Épris dans la glace. Il porte le sceau du Québec, de ses hivers, de la neige et de la solitude des nuits glacées. Le disque a été entièrement enregistré au Studio le Nid du réalisateur Pilou situé à Saint-Adrien. Les deux se sont rencontrés lors de l’un des passages de Dimoné au Québec où sa carrière décolle peu à peu et où il va régulièrement en tournée.

Audacieux sur la forme et le fond, il est habité par sa voix inoubliable qui raconte les tumultes obsessionnels de psychés égarées entre schizophrénie et introspection.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Dimoné, déjà mandorisé au  mois de juillet 2015 (à lire ici), mais j’ai souhaité une deuxième rencontre. Ce 9 juin 2017, une heure avant son concert Je et je fondent au 104 à Paris, je n’ai évidemment pas rencontré le même artiste, puisque celui-ci est multiple. J’ai essayé d’aller encore plus loin pour tenter de comprendre qui est caché derrière ce « démon » de la musique française.  De là à dire que j’y suis parvenu…

Biographie officielle:

Dimoné n'est pas de ces dociles caboteurs longeant le rivage. Il préfère mettre cap au large, chercher les remous. Ce poète-cartographe sillonne d'impétueux courants intérieurs, vogue de rêves en fantasmes, essuie doutes et constats. Pour finalement jeter l'ancre en des territoires inexplorés, entre 40e rougissants et 50e urgents, là où la pudeur le dispute à la sincérité, le sacré au secret, le rageur au tendre. À rebours des chroniques du quotidien, son écriture affutée aspire à l'universel. Sa plume caresse l'homme « au plus près de l'os », cisèle le verbe avec élégance, au gré des jeux de mots et doubles sens. D'une voix pénétrante à la fois grave et soyeuse, il distille une poésie sans fard, presque charnelle, posée sur une pop mélodique portée par les guitares. Dandy démon, Dimoné grésille, irradie, bouillonne, crépite et éclabousse. Il nous invite à suivre une odyssée singulière et inspirée au creux de ses tourmentes, qu'il défie, pour mieux les vaincre, telles de délicates fortunes de mer.

Argumentaire officiel de l’EP  Epris dans la glace :dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandor

« Le Québec m’oxygène l’imaginaire, en plus d’aller y jouer régulièrement à toutes les périodes, comme prochainement où les frimas sont au climax, j’ai la chance d’y avoir enregistré le 5 titres « Epris dans la glace ». »

Un 5 titres en guise de visa vers là où tout recommence, où tout s’abolit. Une remise à zéro Celsius des compteurs pour un disque inspiré et enregistré sous des latitudes boréales.

Une poignée de chansons aux reflets blancs qui sont autant de spectres que de silences, cheminant par les vaisseaux de notre corps sur un territoire sans traces.

Un prisme par lequel se cristallisent nos ailleurs bariolés, en de probables provenances s’ils ne sont pas présages.

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dimoné, épris dans la glace, ep, interview, mandorInterview :

En quelle année es-tu allé au Québec la première fois?

Il y a très longtemps, en 1991, mais c’était un voyage familial. J’aime cet endroit pour toutes sortes de raisons. J’ai perçu une sensation de ce qu’étaient les colonies. Ce n’est pas parce que je suis en France que je ne suis pas un descendant colon. Je suis un descendant de ces gens qui ont parcouru le monde et qui ont fait des colonies quelquefois.

Soyons franc, les chansons de l’EP ont été conçues ailleurs qu’au Québec.

C’est vrai, quand je suis arrivé là-bas, j’avais les chansons, certaines étaient même déjà maquettées.

Le lieu influence-t-il la façon de travailler ?

Oui. Surtout que j’ai enregistré avec Pilou. Il a une carrière musicale dans son pays (Ariane Moffat et d’autres artistes québécois). Il a non seulement un studio magnifique, chez lui, dans les bois, mais surtout une manière de composer qui privilégie le sensitif par rapport à cette satanée langue française qui est un fer de lance là-bas et qui fait partie du paysage émotionnel.

Au Québec, on parle beaucoup musique, pas seulement des textes.

Tu as raison. A la fin d’un concert, on va aussi bien me parler des paroles que d’un son de guitare. Chose qu’en France, on ne fait pas. Ici on dit : « Oui, la musique était trop forte par rapport aux paroles ! »

Teaser de l'EP Épris dans la glace.

Pierre Guénard, le chanteur de Radio Elvis, me disait qu’en interview, les journalistes québécois dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorleur parlaient beaucoup musique, ce qui n’est peu le cas en France.

Je n’ai pas de pitch tout fait quand je parle de mes chansons. Je prends ça sous l’égide d’une conversation. Parfois, en France je dis des choses absconses, je me la raconte poète, chanteur… Au Québec, ils s’en branlent. Ils veulent savoir comment je fabrique mes chansons et que j’explique ma musique. J’ai l’impression que les québécois me disent : « me la raconte pas, on t’as vu arriver ! » (rires)

Tu aimes beaucoup le Québec ?

J’adore.

Tu t’exilerais bien là-bas ?

Non, je suis un mec de soleil.

Que pensent-ils de toi au Québec ?

Je ne sais, je suis juste repéré comme un renard argenté, mais pas comme le loup blanc.

Pourquoi simplement un EP ? Tu ne nous as pas habitués à ça.

C’est sûr qu’habituellement un mec de ma génération ne sort pas un EP. Cela est réservé aux primo-arrivants. Justement, au Québec, je me suis senti un primo-arrivant. Il y avait aussi une histoire de rapidité. Je n’avais pas encore assez de chansons pour faire un album.

"La grande allée", extrait de l'EP Épris dans la glace.

dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandorComment l’EP a-t-il été accueilli au Québec ?

D’abord, il y a eu la pochette. Certains l’ont trouvé trop caricaturale. Ils ont eu peur que ce soit trop folklorique. En m’interviewant, une journaliste est rentrée par cet angle-là. J’ai senti qu’elle se disait : « qu’est-ce qu’il va nous faire ce français-là. Il va se mettre à cheval sur un caribou tenu en laisse avec la carte du Québec en guise de selle… Il nous prend pour qui ? »

Et au niveau de ce que tu racontes dans tes chansons ?

On m’a affilié à une certaine poésie. Pas vraiment surréaliste, mais quelque chose de plus sensorielle que descriptive. A la française, quoi ! Je me suis senti perçu dans quelques regards et réflexions, ça m’a flatté.

Tu as fait une tournée québécoise cet hiver. Comment cela s’est passé ?

Sans se la raconter, on a eu plein de fois des standings ovation. Je me suis demandé si c’était dans les habitudes des québécois de se lever pour applaudir lors de la dernière chanson avant de rentrer chez eux  ou si c’était parce qu’ils appréciaient. J’ai trouvé ce public plus participatif. J’ai trouvé que le québécois avait beaucoup de pudeur mélangé à du pragmatisme et du mysticisme. C’est d’une richesse folle pour nous, artistes français.

Clip de "Indigo", extrait de l'EP "Épris dans la glace".

Tu as eu l’impression de repartir à zéro ?dimoné,épris dans la glace,ep,interview,mandor

Je suis allé là-bas comme un piège. Prudemment. Encore une fois, au Québec, on parle français, mais c’est tout. Je suis venu comme un étranger qui a envie que la rencontre se fasse.

Tu aimes te renouveler régulièrement… en participant à un groupe comme Bancal Chéri par exemple.

Je ne cherche pas à être découvert. Je ne vais pas te faire une fausse coquetterie, mais j’ai 50 ans. On ne va pas découvrir un vieux quand même ! Si je ne prends pas les choses à rebrousse-poil ou avec mes potes Nicolas Jules, Imbert Imbert et Roland Bourbon de  Bancal Chéri, je n’existe pas.

Dans la profession, on est tous d’accord pour dire que Dimoné est le haut du panier.

Ça me fait plaisir si c’est le cas, mais ce n’est pas quelque chose qui berce mes soirées.

Je crois savoir que tu vas faire évoluer Dimoné…

Il y a des choses qui vont changer. Le chiffre rond de 50 ans m’appelle, m’interpelle. J’ai déjà initié la suite, mais il est trop tôt pour que je t’en parle.

Bref, tu vas jouer en groupe.

Voilà, avec des garçons de tempéraments.

Déjà avec Jean-Christophe Sirven, c’est hyper rock.

Oui et j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer avec lui. Ça va me faire drôle de ne pas l’avoir à mes côtés. Je sais qu’avec le changement que je vais proposer, le regard et l’intérêt sur moi ne serons pas les mêmes.

Tu vas abandonner ton ancien répertoire ?

Pas du tout, il y aura aussi des nouvelles chansons, mais on accueillera des anciennes dans le set.

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Pendant l'interview... 

Tu as tout fait dans ce métier avant d’accéder au statut de chanteur.

Je suis intermittent du spectacle depuis très longtemps, à différents postes en effet. J’ai fait les éclairages d’une troupe de théâtre, mis des micros à Annie Fratellini, fait de la régie plateau, monté des gradins, monté des scènes pour des artistes dont je n’appréciais pas vraiment le travail. J’ai réussi à dissocier les artistes de l’humain. Je sais ce que c’est de monter une scène et, d’un coup, accéder à l’allégorie pour y monter. Il a fallu que j’identifie le périmètre pour y accéder sans que plus rien n’ait de secret pour moi. Ça m’a préservé du danger.

Le danger de se prendre au sérieux ?

C’est exactement ça.

Si on fait le bilan de ta vie professionnelle, tout va bien ?

Je suis très heureux de la manière dont elle est menée parce que je fais ce que j’aime. C’est important. J’ai eu des moments plus nécessiteux dans mon existence. Artistiquement, je suis en accord avec ce que je produis et ce que je désire. La part de rêverie que je m’autorise à avoir, je l’ai cimenté. Et puis, je suis bien entouré.

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Après l'interview le 9 juin 2017 au 104.

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31 juillet 2017

Cyril Adda : interview pour l'EP Épreuves

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(Photo : Benjamin Chauvet - Artwork :Florie Adda)

cyril adda,épreuves,interview,mandorLongtemps, le parcours de Cyril Adda a été marqué par le piano-jazz, aujourd’hui, sa musique (plus moderne) s’est métamorphosé en pop, teintée de soft-rock. Ce nouvel EP, Epreuves, à pour point de départ sa rencontre avec Etienne Champollion et l’ensemble qu’il dirige, DécOUVRIR (orchestre de chambre de 5 musiciens). C’était il y a deux ans, lors d’un concert commun qu’ils donnaient au Studio Raspail à Paris. De cette collaboration, ce projet discographique est né. Cet EP reprend d’anciens morceaux joués sur scène depuis des années, mais quelques nouvelles complètent le tableau. Mine de rien, Cyril Adda est un chanteur subversif. Il interprète des paroles justes, sensibles, intimes et qui souvent bousculent… ceux qui l’écoutent et parfois l’ordre établi. Méfiez-vous de lui !

Vous pouvez écouter ces chansons .

Toutes les photos (sauf celles à l'agence) sont signées Benjamin Chauvet et l'Artwork, Florie Adda.

Le 14 juin dernier, Cyril Adda, que je connais pourtant depuis longtemps, est venu à l’agence pour une première mandorisation.

Biographie officielle :

Musicien autodidacte qui fréquentait peu les conservatoires et les écoles de musique, Cyril Adda a surtout pris goût au travail en s’amusant. Après une première tentative en tant qu’auteur, compositeur et chanteur au sein du groupe Les Rats de Marée, c’est finalement vers un projet plus personnel qu’il s’oriente en 2010, d’abord en solo, puis en trio.

Il sort un premier EP, 5 titres, A l’Etroit, en octobre 2014, recueil de chansons swing qui lui a permis d’enchaîner plusieurs séries de concerts dans les bars, théâtres, salles de concert et festival de la France entière.

Argumentaire officiel (très écourté) d’Epreuves:cyril adda,épreuves,interview,mandor

Cet EP enregistré entre novembre 2015 et juillet 2016 met en scène des personnages, raconte des histoires, des épreuves aussi, des bout de chemin de vie dont les protagonistes, témoins de notre époque, expriment une certaine réalité  sociale. Tour à tour, il y est question d’engagement, de résignation, de révolte, de douce poésie contemplative. Cyril Adda est accompagné de Xavier Roumagnac à la batterie et Bertrand Beruard à la contrebasse, la guitare et à la basse. Epreuves, qui se veut définitivement plus chanson, plus pop (l’apparition d’une guitare et d’une basse électrique a ouvert le champ des possibles), plus intime que le précédent, a reçu le soutien de la SACEM (programme d’aide à l’auto production 2017). Le projet scénique Cyril Adda Trio est accompagné par la ville de Créteil pour la saison 2016-2017 (Créteil en Scène).

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cyril adda,épreuves,interview,mandorInterview :

J’aime beaucoup la tournure que prennent tes chansons. Ce mélange de chansons de facture classiques avec des chansons plus « modernes » est très réussi.

Je sais qu’avec un titre comme « L’héritage », que j’avais d’ailleurs joué au Pic d’Or, très cool, avec des violons, je ne vais pas faire des concerts dans toutes les SMAC (Scènes de Musiques Actuelles) de France. J’avais un répertoire plus jazzy, donc j’ai fait un EP de transition. J’ai des envies de « programming » (beats, basses, synthés…), de choses plus electro. J’ai fait des tentatives encore un peu timides.

Oui, dans « La dem », « Les nuits blanches » et « Les actualités » par exemple.

Les titres pairs sont les chansons plus classiques, « Le manque », « Oreste » et « L’héritage », toutes arrangées par Etienne Champollion et les titres impairs sont mes tentatives de chansons plus actuelles. Je les ai intercalées et il me semble que c’était le bon choix pour l’écoute. J’essaie d’avancer et j’ai la ferme intention de sortir un prochain disque assez rapidement. Entre mon premier EP et celui-ci, il s’est passé 3 ans. C’est trop.

Teaser de l'EP Épreuves.

Pour la suite, tu n’as pas peur de changer de style trop radicalement ?cyril adda,épreuves,interview,mandor

Si. Ce changement est aussi la migration d’un réseau vers un autre, d’un microcosme professionnel à un autre. Passer de la chanson aux musiques actuelles n’est pas une sinécure. J’essaie d’opérer ce changement de manière pas trop violente. Les artistes comme moi, on a peur du vide, on a peur de disparaitre. On veut exister à tout prix. On annonce sur nos réseaux le moindre concert dans des salles, la moindre interview… Il faut qu’on arrête de se mettre une telle pression. Désormais, je suis prêt à tout perdre pour avancer. Les professionnels du secteur ont deux définitions du métier : la chanson de parole et la chanson de divertissement. J’en ai un peu marre de ce clivage.

Dans ta chanson « Les nuits blanches », tu évoques les personnes qui travaillent la nuit. C’est une chanson contestataire que j’adore.

Je raconte la vie de personnes qui souhaitent ardemment faire la révolution, mais qui ne la font pas quand ils reçoivent leur salaire. Nous sommes nombreux à courber l’échine et à dire merci.

"Les actualités", enregistré en live à la Scène du Canal le 9 novembre 2016.

cyril adda,épreuves,interview,mandorTu n’es pas un chanteur engagé, mais tu dis beaucoup de choses sur la société, un peu comme Souchon.

Tu parles bien de moi là. Je ne suis pas habitué à ce que l’on comprenne du premier coup ce que je veux dire et ce que je veux insinuer. Je ne m’assume pas comme un chanteur engagé parce que c’est trop compliqué aujourd’hui. Le monde, l’économie… tout est trop compliqué. On ne peut pas faire la morale aux gens frontalement, j’essaie de trouver un moyen détourné.

Comme dans « Les actualités » ?

Oui, le mec dont je parle à plein de bonnes attentions, il souhaiterait s’investir pleinement dans de grandes et nobles causes, mais il ne fait rien au final parce que sa condition l’en empêche. Il ne parvient pas à franchir le cap du risque à prendre. La peur de la perte de confort et le manque de temps sont les deux principales raisons de ne pas aller jusqu’au bout des choses.

Et toi, tu y parviens ?

Si je touchais un gros héritage par exemple, j’arrêterais probablement de tout cumuler. Je travaille dans le milieu culturel, mais j’aimerais me consacrer à 100% à mon travail artistique. C’est un luxe que j’aimerais atteindre à terme. En tant qu’artiste qui essaie d’émerger, je suis pris dans une spirale infernale. Je suis tout seul, sans aucune autre structure que la mienne. Je dois tout faire du matin au soir, la musique, les concerts, la promo, les interviews, l’administration, la comptabilité donc, je suis malheureusement un peu séché pour m’investir pour les autres et notamment pour donner de l’énergie dans certaines causes humanitaires. Il faudrait que j’arrête de vouloir tout faire. Au début, c’était une fierté de dire aux autres : « regardez, j’y arrive tout seul », mais avec le temps j’ai compris que cela pouvait être un handicap à terme.

J’ai l’impression que toutes tes  chansons évoquent la faiblesse de l’homme.cyril adda,épreuves,interview,mandor

Je suis inspiré par des sujets qui sont de l’ordre du sensible et du social, alors on retrouve dans mes chansons du fatalisme, de l’injustice, de l’impuissance face à la mort et la détresse.

Tu es un très bon mélodiste.

Je conçois systématiquement une chanson à partir de l’harmonie et de la mélodie.

Tes chansons sont fournies en texte.

Quand je trouve un thème, j’essaie de le développer de manière complète presque comme une dissertation (rires), mais après tout, je revendique faire de la chanson à texte. Il y a donc beaucoup de contenus : détails et images. Mon travail est fait avec honnêteté et amour, cet EP est donc un objet sincère.

Cet EP est plus personnel que le premier, non ?

Oui, dans le premier, il y avait beaucoup plus de rôles de composition. Avec Epreuves, je me livre plus.

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Le 14 juin 2017, après l''interview.

27 juillet 2017

Marengaux : interview pour son EP L'écorce ou les racines

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19553253_883539851795125_1125901900_n.jpgVainqueur du tremplin C’est leur tour de la ville des Herbiers et sélectionné au Pic d’Or en mai dernier, Marengaux est un nouveau venu sur la scène pop-rock française. C’est d’ailleurs lors du tremplin tarbais que je l’ai vu pour la première fois. Il m’a tapé dans l’œil. J’ai trouvé sa pop très efficace et sa voix excellente. Je suis très sensible aux voix. C’est la première chose qui me touche dans une chanson. À l’occasion de la sortie de son premier EP, L’Écorce ou la Racine, et avant sa participation à La Truffe d’argent de Périgueux (concours co-organisé par la ville de Périgueux et l’association CLAP en partenariat avec France Bleu Périgord) le 25 août prochain, je lui ai demandé de me rejoindre chez moi le 13 juin dernier pour faire plus amples connaissances.

Vous pouvez écouter les 4 titres de l’EP + trois versions remixées ici. Ecrit, composé et arrangé par Marengaux, réalisé par Tedi Nano, mixé par Mr Goazman et masterisé par Raphaël Jonin.

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artworks-000191017623-nqvsew-t500x500.jpgInterview :

Tu as 37 ans, le grand public ne te connait pas, mais tu es musicien depuis 25 ans.

J’ai démarré à la guitare et j’ai joué dans pas mal de groupes dès mon plus jeune âgee. Je jouais sans cesse. Au début, j’étais dans un trip guitar hero, du type Van Halen, Joe Satriani et compagnie. Pendant plusieurs années, j’étais à fond sur la technique guitaristique. Malgré mon amour pour le rock, j’ai pris des cours de classique et de jazz. Je voulais avoir de solides bases pour ensuite faire ce que je voulais de mon instrument. Très vite, j’ai composé des morceaux, mais vers 18 ans, je me suis focalisé vers les reprises Avec un copain batteur, on se spécialisait sur tel ou tel groupe et on reprenait tout son répertoire. Pour gagner un peu d’argent, on jouait au Guiness Tavern, rue des Lombards. On avait un répertoire qui allait de Francis Cabrel à Korn. C’était mon job étudiant.

Et ensuite ?

Avec ce copain batteur, on voulait continuer à jouer ensemble. Nous avons monté un groupe de rock en français avec un bon chanteur. Moi, j’étais compositeur et guitariste. Ça a duré près de 8 ans. Nous avions l’accréditation pour jouer dans les couloirs du métro. On a fait pas mal de scènes dans des conditions ubuesques jusqu’à des premières parties pour des groupes comme Blankass ou Aston Villa. On a joué aussi dans des festivals sur des deuxièmes scènes, entre Raphael et Bénabar.

Clip de "Marilyn"

Comment as-tu pris la décision de devenir chanteur ?

Le groupe s’est cassé la gueule, même si nous sommes restés très copain. Je remonte un groupe avec le chanteur et un troisième musicien. Je prends en charge la composition des lignes de chant. J’ai un home studio chez moi, je me mets donc à chantonner pour les maquettes. De fil en aiguille, je décide de faire des chansons pour d’autres artistes. Je pensais à Ridan ou à Hubert-Félix Thiéfaine. Les réactions que j’ai eues de Ridan et du manager de Thiéfaine m’ont surpris. Ils trouvaient ma voix intéressante et ils me conseillaient d’interpréter ces chansons moi-même. Je ne me projetais pas du tout ainsi et n’avais pas l’intention initiale de me mettre en avant. Je n’ai pas l’âme d’un leader. Assumer un projet musical complètement, le porter seul sur mes épaules n’était pas dans mes prévisions.

Y a-t-il eu un déclic te permettant de comprendre le chemin musical à emprunter ?

Oui, quand je suis sorti de mon trip guitar hero. Quelqu’un m’a conseillé d’écouter Jeff Buckley et Nine Inch Nails. Nine Inch Nails, j’ai adoré les mélodies et les arrangements. J’ai pris gout à l’aspect composition de chansons par ces deux artistes. Ça reste aujourd’hui encore deux influences majeures.

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Tu as des influences françaises ?

Oui, des artistes comme Daran, Thiéfaine, Bashung, Biolay, Les Innocents ou Aston Villa. Les quatre morceaux de l’EP sont variés car ils font le lien avec toutes ses influences.

Justement, raconte-moi l’histoire de cet EP.

En 2014, un copain qui avait un studio m’a incité à arrêter de maquetter mes morceaux, mais de les enregistrer enfin  pour en faire un EP. J’ai un gout prononcé pour les arrangements, alors il a fallu que j’allège un peu ce que j’avais fait. On a pas mal bossé pour que l’on retrouve l’émotion qu’il y avait sur les maquettes. C’était difficile, mais nous y sommes parvenus.

Ecrire, ça a été facile pour toi ?

Je suis beaucoup plus rapide pour composer que pour écrire. J’ai bossé des années avant de trouver convenable un de mes textes. Et puis, il n’y a pas de règles. Le texte des « Grands Espaces » m’a pris deux ans, tandis que ceux de « Marylin » et de « Mauvaise pioche » me sont tombés dessus quasiment sans effort.

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Ecrire en français est compliqué ?

En français, la difficulté, c’est que les mots prennent le pas sur la musique. Du coup, ça peut vite sonner un peu maladroit, un peu trop direct, en même temps, il ne faut pas que ce soit trop alambiqué. Il faut un dosage que je trouve complexe.

L’automne dernier, tu as eu envie de te tester sur scène.

C’est tout  à fait ça. J’ai donc participé à un tremplin en Vendée, organisé par la Ville des Herbiers. J’ai envoyé deux morceaux, j’ai été sélectionné et après trois étapes, j’ai remporté le tremplin dans la catégorie auteur-compositeur-interprète.

Ça a dû être un sacré encouragement !

Enormément. En plus, j’ai pris plaisir à le faire. Chanter des reprises des Beatles, ça je savais faire, mais chanter des chansons à moi devant un public et un jury, c’était la première fois.

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Pendant linterview...

Ce que j’aime le plus dans tes chansons, ce sont les mélodies.

Depuis que je commence à faire écouter mon travail, on me compare avec tel ou tel chanteur ou groupe, on me parle de mes textes, mais jamais de mes mélodies. Pour moi, c’est pourtant très important, donc ce que tu me dis me touche. Je me considère plus comme un mélodiste que comme un auteur.

Que souhaites-tu maintenant que cet EP est sorti?

Faire de la scène le plus vite et le plus souvent possible. Je veux être seul, mais en sortant du traditionnel guitare-voix, en utilisant des samples par exemple. Je souhaiterais ne pas être aux antipodes de ce que j’ai fait sur l’EP. Je vais continuer à m’inscrire à des tremplins. Je trouve que cela apporte beaucoup. J’observe les autres, j’écoute les remarques, comme au Pic d’Or, j’apprends beaucoup de choses. Enfin, j’aimerai exister pour le public et faire un deuxième EP rapidement. Les chansons sont déjà prêtes.

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Après l'interview le 13 juin 2017.

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24 juillet 2017

Roberdam : interview pour l'album Je rêve donc je suis

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(Photo : Yann Orhan)

La vie est difficile mais il faut garder espoir. Il faut lutter contre la douleur et la peine, et réagir.  Ne pas se laisser aller à un quelconque abattement. Rester vivant en restant soi-même… telle est la philosophie de vie de Roberdam et le leitmotiv des 12 titres « pop » de l’album Je rêve donc je suis. Dynamiques et débordantes de vie, ses chansons racontant le désir, l’amour, les petits soucis ou bonheurs du quotidien, sont enthousiasmantes. Elles font du bien, même. Mélancolique, mais optimiste, Roberdam nous propose de la bonne chanson française, moderne et efficace. De la chanson qu’on aimerait entendre plus souvent en 2017.

Le 9 juin dernier, nous nous sommes donné rendez-vous en terrasse d’un bar parisien pour une première mandorisation.

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeArgumentaire officiel :

Il rêvait d’être acteur. Mais le sort en a décidé autrement.  Roberdam a choisi de jouer différemment, en passant par la  musique. À la sortie de son Ecole de musique (la M.A.I. à  Nancy), il fonde son premier groupe Ravid’Vour’Voir pour sept  années et trois disques de chanson française à tendance festive ; ensuite ce sera Les Garçons Trottoirs : un groupe de rue  avec lequel il va taquiner une folk sauvage, sur trois albums  et dans les Caf’Conc’ même les plus reculés de France. Puis en 2010, il s’est concentré sur ses affaires personnelles, menant  un projet improbable : la co-écriture d’un polar musical de 53 minutes mêlant ses chansons aux images de Frédéric Arnould. Roberdam est têtu. Il va aboutir son concept pour le  faire tourner sur les planches de France, pendant un an, dans  une folle aventure de projections-concerts…  Voilà pour ses années de jeunesse menées tambour  battant. En 2014, Roberdam a décidé d’arrêter de courir. Ou alors il courra tout seul, à son rythme. C’est dans  l’introspection qu’est née l’idée de ce premier recueil en  solo. Lentement, doucement, en structurant des textes et  des mélodies directrices au fil des humeurs et des rêveries. Il lui a fallu trois ans dans sa maison-bateau amarrée au  bassin de La Villette à Paris, pour composer quatre titres  d’abord, enregistrés et arrangés en tandem dans le « home  boat » de son voisin de péniche, le multi-instrumentiste  Quentin Bécognée. Un autre doux dingue. Tout est né là, sur l’eau, le regard pointé « Vers l’avant ». Tout ira très vite, dans l’action, de nouveau. Aux quatre  titres posés sur bande, s’en ajoutera une petite dizaine au  fil de la réflexion, puis mis en musique à l’instinct et dans  l’énergie au Studio Besco (dont il a essuyé les plâtres) avec le  batteur et claviériste Alexis Campet. Les voilà donc, regroupés  dans ce nouvel album solo, Je rêve donc je suis.

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(Photo  : Yann Orhan)

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeInterview :

Tu es parti à 23 ans de Paris pour faire une école de musique à Nancy, mais avant cela, tu jouais déjà de la musique ?

J’avais monté des petits groupes dans la région parisienne. A partir de la terminale, je passais plus de temps à écrire des textes qu’à bosser mes cours. Très vite, j’ai eu des idées précises en tête.

Revenons à Nancy.

Je ne comptais pas y faire de vieux os, sauf que j’ai rencontré quelques musiciens et on a monté un premier groupe qui s’appelait Ravid’Vour’Voir. Très vite, on est parti sur les routes de France. C’était le début d’un métier. Comme on tournait énormément, nous sommes vite devenus intermittents du spectacle. Mine de rien, c’était il y a 17 ans et à ce moment-là, dans toutes les villes de France, il y avait au moins trois ou quatre bars où des jeunes groupes pouvaient jouer. Nous nous sommes retrouvés dans des cafés concerts au fin fond de l’Ardèche et c’était toujours blindé. On ne comprenait pas d’où venaient les gens. Ce qui était génial, c’est que l’on a joué dans des campings où il y avait cinq pelés comme dans un festival au Maroc où on a joué devant 12 000 personnes, dont la famille royale. Nous faisions souvent le grand écart, mais c’était hyper formateur. Pendant cette période, j’ai vraiment appris mon boulot de chanteur.

C’était un groupe comme Les hurlements de Léo, c’est ça ?

Voilà. C’était festif dans la réalisation musicale, dans l’énergie dégagée sur scène,  mais pas du tout dans les textes. C’était plutôt dans le genre « réaliste ».

Le nouveau clip de Roberdam, "Un été sous la pluie", extrait de l'album Je rêve donc je suis.

Tu es passé aussi par le groupe Les Garçons Trottoirs.roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athome

C’est un groupe qu’on avait monté avec Bruno, le bassiste de Ravid’Vour’Voir. On en avait marre de  notre  groupe dans le sens où c’était devenu un projet assez lourd avec des amplis, guitares, machins et tout… Nous étions fatigués de tourner énormément. On a contacté un pote à nous, Paul, qui était jeune et talentueux à la guitare et au chant et on a décidé de monter un groupe, le plus simple et acoustique possible. C’est parti comme ça. A cela, s’est greffé le frère de Bruno, le premier accordéoniste, Marco… de fil en aiguille, nous nous sommes retrouvés à 6. Les deux premières années, on a joué dans la rue et dans les festivals en plein air. Il y avait une énergie humaine incroyable. Ca a bien fonctionné. On a fait un premier disque super roots, mais super authentique, à la La Rue Ketanou.

Au bout de 4 ans, tu es parti. Pourquoi ?

Le système de groupe me lassait. Je ne m’y retrouvais plus et j’ai eu besoin de faire quelque chose tout seul.

Tu as co-écrit un polar musical, Je voudrais être une star,  avec lequel tu as fait des scènes.

C’était mon premier projet solo, mais accompagné de musiciens, sous le nom Roberdam. Ça m’a fait du bien de ne pas partager avec les autres. Ne plus se justifier sur chaque décision que je prenais devenait primordial. J’avais une soif incommensurable de liberté. J’ai rencontré un réalisateur de clip, Frédéric Arnould, et j’ai flashé immédiatement sur lui. Un jour, il vient me voir dans  mon camping-car pour me dire qu’il a écouté mes maquettes et qu’il est bien embêté parce qu’il voulait faire un clip d’une chanson précise, mais que finalement, il souhaite faire des clips pour chacune. De fil en aiguille nous avons décidé de toutes les cliper. Du coup, il a fallu inventer un lien entre elles. Ca a donné naissance à un vrai scénario et un polar musical de 53 mn. Nous sommes partis 3 semaines en tournage dans la campagne nancéenne avec 35 comédiens. Il y avait aussi le cirque Gones avec nous.

Le premier clip de l'album Je rêve donc je suis, "Vers l'avant".

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeTu réalisais un de tes rêves de gamin ?

J’ai toujours rêvé d’être comédien. Frédéric Arnould m’a offert ce rêve. Un album est né de cette aventure. Pour les maisons de disques, le projet était trop compliqué, un disque et un film, ça faisait peur, donc, je n’ai pu le développer nulle part. On a pu montrer le film dans certains cinémas de l’est et j’ai pu ensuite faire une tournée de projections-concerts.

Mais ce n’était pas fatiguant ?

Si, énormément. C’était de l’autoproduction pure et dure. Il fallait que je fasse tout et, en plus, je ne gagnais pas bien ma vie. A un moment, j’en ai eu marre, alors j’ai voulu revenir à des choses plus simples. J’ai pris la décision de tourner seul en guitare-chant. Je me suis aussi promis que je ne sortirais pas de disque sans une prod derrière. Les groupes et l’autoproduction… ras le bol !

"Est-ce que tu m'aimes quand même?" (audio)

Tu as écris les premières chansons de cet album sur ton voilier.roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athome

J’étais heureux comme un pape lors de la conception de ce disque. Un soir, je faisais la fête avec des potes sur mon bateau. Un autre vient s’installer sur la place libre d’à côté. Un de mes potes reconnait un copain à lui, Quentin. Il nous apprend qu’il vient s’installer là, du coup, il est venu faire la fête avec nous. La rencontre avec Quentin Bécognée s’est faite ainsi. C’est aujourd’hui la plus belle rencontre musicale de ma vie.

Il avait son studio dans son bateau ?

Oui, c’est dingue !  On est resté trois jours dans ce studio pour enregistrer une vingtaine de titres en guitare-chant. De fil en aiguille, on a fait un premier EP 4 titres. On en était hyper content.

Tu travailles comment ?

Les textes viennent d’abord. Les mots donnent l’ossature  de la musique, le rythme, le relief, une ligne de chant. Le travail d’arrangements est plus difficile pour moi. J’ai eu  besoin de partager et d’échanger avec Quentin sur les musiques et leurs couleurs.

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(Photo  : Yann Orhan)

roberdam,je rêve donc je suis,interview,mandor,athomeTu crois au destin ?

La vie est comme ça. Moi, j’ai appris à regarder.

Les signes ?

Oui.

Ta musique, c’est quoi ?

C’est de la pop à la française. Le fait de jouer de la musique plutôt enjouée sur des textes pas très légers, c’est le reflet de ce que je suis. J’ai appris à tout prendre bien. J’ai été élevé ainsi. Quand j’ai un coup de mou, très très vite, je rebondis. J’ai eu un père qui a été malade assez tôt dans ma vie, il en est décédé. Je me suis construit avec ça, mais du coup, je relativise tout. Je peux tout voir avec des lunettes roses. Ça ne veut pas dire que je ne vois pas les choses mauvaises qui existent.

Dans ton disque, tu parles de séparation, du bouleversement du schéma familial qui est compliqué à mettre en place…

Parce que j’ai bien connu tout ça. Mais je retire les avantages de ce genre de situations. J’ai décidé de vivre, alors j’avance et je mène ma vie en essayant d’être le plus libre possible. On n’est pas sur terre pour se prendre la tête. C’est aussi ce que je raconte dans mes chansons.

"Tes dessous" (audio)

Quand je t’ai vu sur scène, la première chose que j’ai remarqué c’est que tu dégages du positif et une aura de sympathie.

La scène, c’est le reflet de la vie et des relations humaines puissance 20. Si tu arrives avec le « smile » sur scène, évidemment, les gens vont avoir le sourire et il y a une forte probabilité que l’on passe un bon moment ensemble, qu’ils adhèrent ou pas à ma musique. Cela dit, je fais tout pour qu’ils adhèrent aussi à ma musique.

Comment fait-on pour voir la vie du  bon côté ?

Personnellement, j’ai vu pas mal de psychiatres et psychologues (rires). Depuis 6 ans, je me suis retourné vers les thérapies brèves.

C’est à dire la sophrologie, l’hypnose ?

Voilà, tout ça. La programmation neurolinguistique m’intéresse aussi beaucoup. La pensée positive, c’est absolument génial. On dégage tous quelque chose, donc on interagit directement sur l’autre.

A travers ton métier, c’est une mission de donner du bonheur aux gens ?

Complètement. En ce moment, ça va même encore plus loin dans ma vie. Je commence en septembre une formation de sophrologue. En parallèle de la musique, j’aimerais être sophrologue ou hypnothérapeuthe. En musique, s’il y a bien un message que j’ai envie de faire passer, c’est : « soyons heureux et respectueux tous ensemble quoi qu’il arrive ». J’ai une vie jonchée de pas mal de galères, que j’ai moi-même créé parfois. Je ne me facilite pas toujours la vie, mais ça ne m’empêche pas d’être heureux coûte que coûte.

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Pendant l'interview...

Tu espères quoi en musique ?

J’aimerais que quelques chansons passent en radio et que la réussite de mon disque soit suffisamment importante pour ne pas avoir besoin de faire 100 concerts par an.

C’est-à-dire ?

J’aime le fait d’avoir du temps pour moi, pour mes enfants, pour vivre, pour développer une deuxième activité professionnelle, celle dont je viens de te parler. Quand ça fonctionne moyennement en musique, tu es obligé d’aller sur la route pour avoir plus d’heures qu’il n’en faut pour réussir à dégager un petite 1450 euros par mois, tout compris. Du coup, c’est fatiguant. J’aimerais que cela fonctionne assez pour faire des concerts qui remplissent et pouvoir faire la fine gueule. Pouvoir choisir les dates. Je veux avoir le confort de vie pour tourner moins que d’habitude.

Tu es optimiste ?

Oui. Je crois que c’est un bel album, que je fais de la musique « grand public » et que je suis bien accompagné. J’ai un bon tourneur et de supers manageurs… Je ne suis pas dans une niche, mes chansons peuvent plaire à tout le monde. Après, je ne suis plus maître de grand-chose. Aujourd’hui, j’avance marche après marche.

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Après l'interview, le 9 juin 2017.

13 juillet 2017

Nirman : interview pour l'EP Animal

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Nirman, bercé au jazz et à la poésie russe, sort son premier EP, Animal, aux teintes acid-jazz, groovy et électro. Ce musicien de 32 ans fait partie de cette génération douée qui réinvente la tradition de la chanson française en la saupoudrant d’influences glanées au fil du temps et des frontières... et d’une poésie lunaire.

Nirman amène ici son propre univers, ses propres émotions, ses propres interrogations.

Le 1er juillet dernier, il est venu à l’agence pour évoquer ce premier EP (que vous pouvez écouter en intégralité ).

nirman,ep,animal,interview,mandorArgumentaire officielle :

On le sait bien : les meilleures recettes sont celles qui s'inspirent d'un savoir-faire hérité d'une tradition mûrie sur des générations, auquel on rajoute sa patte personnelle, son ingrédient secret.
Nirman lui aussi le sait : entouré des talentueux Guillaume Farley, bassiste accompagnant entre autre Matthieu Chedid et Michel Fugain, et de Romain Berguin, assistant d’Éric Serra, ce jeune musicien bercé au jazz et à la poésie russe fait partie de cette génération géniale qui vient réinventer la tradition de la chanson française en la saupoudrant d'influences glanées eu fil des âges et des frontières. Un pied dans une douce nostalgie slave héritée de son père, un autre dans une flaque de couleurs pop électro, son premier album, Animal nous entraîne dans un monde surprenant, dans lequel on glisse avec délice d'influences électroplanantes survolées par la voix aérienne de Nirman.
Jeune musicien un peu lunaire, Nirman réussit avec cet album à créer un animal multi-facettes dont la saveur fond dans la bouche.
Le sens du perfectionnisme et de la précision transpire sur cet album aux morceaux maîtrisés jusqu'au bout des croches. Au fur et à mesure que l' « Animal » se révèle, la technicité s'allie avec la simplicité pour accoucher d'un album d'une très grande classe, comme dans un
restaurant nouvelle cuisine qui réinvente des plats de tradition pour en faire des œuvres d'une délicate beauté aux saveurs somptueuses.

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nirman,ep,animal,interview,mandorInterview :

Ton père, Léonid Nirman, n’est pas pour rien dans ton intérêt pour la musique.

C’est certain. Il avait une certaine notoriété en Russie en tant que chanteur et musicien. Dans les années 70, dans ce pays, il y avait une mode, c’était les bardes… lui en était un. Il interprétait des chansons poétiques et engagées en cachette dans les caves de Saint-Pétersbourg. Quand il est arrivé en France, il a arrêté ce genre de chansons. Il a composé, notamment des musiques de films. C’est lui qui m’a incité à faire de la musique. J’ai baigné dedans depuis tout petit. J’ai même fait le conservatoire.

Avec ce disque, tu as eu envie de l’impressionner ?

J’ai plutôt eu envie de faire le disque que mon père n’a jamais pu faire. En arrivant en France, il a tiré une croix sur sa carrière de chanteur puisqu’il ne parlait et chantait uniquement Russe. Ça l’a beaucoup attristé. J’ai vu cette tristesse au quotidien et ça m’a nourri inconsciemment. Un jour, à 13 ans, j’ai pris la décision de chanter comme papa. Tout ce que je fais, c’est pour lui, c’est pour faire comme lui.

Tu n’es pas un débutant. Tu chantes depuis 10 ans déjà.

Je viens de la musique classique. J’étais instrumentiste, je jouais de la clarinette. Ensuite, j’ai fait de la chanson jazz. J’ai tenté une carrrière sous le nom de Dimitri Nirman, mais ça ne marchait pas. Mon répertoire, pour le jazz, c’était de la chanson, pour la chanson, c’était trop jazz, du coup la sauce n’a pas pris. Guillaume Farley, artiste talentueux qui a réalisé cet EP, m’a dit : « On rend le costume de chanteur de jazz, il est trop grand pour toi ». J’aurais pu me vexer, mais j’ai émis un ouf de soulagement. Ca a débloqué beaucoup de choses. J’ai décidé de faire ce projet-là qui correspond mieux à mes goûts d’aujourd’hui. C’est la première fois que je suis content du résultat.

Vous avez pris du temps pour réaliser ce disque, non ?nirman,ep,animal,interview,mandor

Quatre ans de conception des chansons et une année de plus pour trouver les financements.

Ton premier EP sous le nom de Nirman est sacrément bien produit, en tout cas.

Quand j’ai commencé à monter ce projet, je suis parti de zéro. Je n’avais pas un euro en poche, pas un contact, rien de rien. J’étais à deux doigts de raccrocher quand on a décidé de monter des dossiers de subventions. Très sincèrement, j’ai obtenu pas mal d’argent. On a beaucoup de chance en France, il y a de nombreux organismes qui aident les artistes. En tout, j’ai obtenu 62 000 euros. J’ai pu faire mon album dans de confortables conditions, m’entourer de personnes assez prestigieuses dans le métier qui, après, m’ont emmené du réseau.

Animal est un EP de 4 chansons. C’est une mise en bouche ?

Au début, je voulais faire un album de 8 titres. Quand j’ai rencontré Vicken Sayrin, mon attaché de presse, il m’a dit que c’était plus intelligent de commencer par un EP. La suite, ce sera un album, comprenant ces 4 premiers titres, les 4 autres existants et d’autres supplémentaires, dont un duo. Il devrait sortir en janvier 2018.

Pour la composition et l’écriture, tu te fais aider ?

Dans les mélodies, je tournais beaucoup en rond, dans mes textes, j’évoquais toujours le même sujet : courir après quelque chose, l’envie d’avancer dans la musique. Du coup, pour les textes, Guillaume Farley m’a aidé à sortir de mes habitudes. En me nourrissant des autres, j’ai réussi à faire des choses qui me ressemblent complètement.

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(Photo : Mandor)

nirman,ep,animal,interview,mandorTu as joué au Café de la Danse hier soir. Là aussi, pour un artiste en développement, c’est un sacré risque.  

J’avais le choix. Soit je ne prenais pas de risques dans une petite salle parisienne de 100 places maximum, soit j’allais au bout du truc, sachant qu’on a obtenu des aides pour ça. On a tenté un coup de poker en faisant une salle importante. J’ai pris la jauge à 250 places assises, pas celle à 500 places, cela aurait été complètement illusoire. On a fait au mieux pour inciter les gens à venir. Tu présentes ton projet, personne ne t’attend, ni même ne te connais. Maintenant, certains professionnels peuvent mettre un visage sur moi.

Au mois de mai dernier, tu as participé aux Rencontres d’Astaffort. Pourquoi ?

Je rêvais de participer à cette aventure. Ce qui est bien, c’est que tu es dans une bulle musicale. Tu es obligé de te livrer totalement à des inconnus pour pouvoir avancer dans ta chanson, du coup, les autres artistes deviennent des amis proches. C’est dingue ! Pour moi, c’était une étape à atteindre. Il y a un avant et un après Astaffort.

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A Astaffort en mai 2017, Nirman et ses copains de promo. 

Et croiser Cabrel ?nirman,ep,animal,interview,mandor

J’étais très intimidé d’être en face de quelqu’un qui est un monstre de la chanson française comme il y en a peu. En termes de créativité et de longévité, sa carrière est impressionnante. Pourtant, quand il est avec toi, il est réservé, timide, discret, gentil.

Tu te sens appartenir à une famille dans la chanson française ?

Non, mais j’aime beaucoup Benjamin Biolay. Alain Chamfort aussi, dont on dit que ma voix peut faire penser à la sienne. C’est involontaire.

Je crois qu’il a écouté la chanson « Animal ».

Oui, en effet, par le biais d’un ami parolier de Marc Lavoine qui lui a envoyé. Il lui a répondu par mail : « ça me rappelle mes débuts ! »

Tu es confiant pour l’avenir ?

Déjà, je constate que le travail paye. Il ne faut pas lâcher. J’ai signé avec un vrai tourneur il y a un mois, je fais les Francos de la Rochelle le 14 juillet dans  le cadre du Rock In Loft. Les choses arrivent peu à peu. Je suis confiant, mais je reste prudent. Il faut que je trouve un label à présent.

Le clip de "Azzam David", réalisé par Stéphane Neville.

nirman,ep,animal,interview,mandor« Azzam David » est une chanson très touchante, surtout dans le contexte actuel. Une histoire forte entre deux amis inséparables mais de confessions différentes.

C’est une chanson qui touche beaucoup de gens parce qu’elle parle de l’amitié et le fait d’avoir un ami sur lequel compter, malgré les différences.

« Les bouteilles à la mer » me semble une chanson très autobiographique?

C’est celle qui l’est le plus, en effet. J’ai traversé une période où je n’allais pas forcément très bien, du coup, j’ai écrit cette chanson. Quand on fait de la musique, on est seul et ce n’est pas facile d’apprivoiser sa solitude. Je n’y arrivais pas. Aujourd’hui, enfin, j’y suis parvenu. Cette chanson, c’était un appel à l’aide qui n’en était pas vraiment un.

Un artiste, c’est un homme plus sensible que les autres ?

Pas forcément, mais un artiste à des attentes que d’autres n’ont pas. Un artiste traine quelque chose qu’il a du mal à porter lui-même. Il a besoin d’attirer la lumière sur lui, il a envie d’exister et à même, quelque part, un côté revanchard sur la vie. Un artiste se sent oublier et il a besoin de sortir de l’oubli.

Une chanson, ça part de quoi chez toi ?

D’une émotion, d’un sentiment, d’un ou deux mots qui vont être déposés sur les premières notes.

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Pendant l'interview...

Tu écris facilement ?

Oui, d’autant que j’ai trouvé mon créneau horaire pour le faire. Entre 3 et 7 heures du matin. C’est un peu un no man’s land où il ne peut rien se passer et où personne ne va te déranger. J’ai découvert cet horaire parce que j’ai un petit garçon qui a 7 mois qui ne fait pas toujours ses nuits.

Tu t’obliges à travailler tous les jours ?

J’essaie. C’est comme un pianiste qui doit faire ses gammes. Il faut s’entrainer, travailler sa voix et sa plume sans cesse pour progresser.

Ta musique, c’est de la pop ?

J’appelle ça de la pop hybride electro organique. Pour raccourcir et faire précis, c’est de la chanson atmosphérique. C’est une musique qui peut-être entrainante, riche, aérée avec une voix qui se pose, qui survole.

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Après l'interview, le 1er juillet 2017.

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Demain, le 14 juillet, il sera là:

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09 juillet 2017

Pause Guitare (3) : Interview de Wallace pour leur premier album

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(Photo : Pierre Wetzel)

Logo-Decouverte-Chanson.jpg.pngA Pause Guitare, il y a une scène « découvertes ». Sans cesse à la recherche de la « perle rare », Arpèges & Trémolos milite et agit de façon concrète depuis de nombreuses années en faveur de la découverte dans le domaine de la chanson. Membre actif de plusieurs réseaux professionnels à échelles différentes, et de portées différentes, l’association effectue aussi un travail auprès des professionnels de la musique. Le tremplin « Découverte Chanson » est organisé à chaque édition du festival, principalement par Dominique Janin. Le jury se compose de professionnels du spectacle et du grand public, sensibilisé aux enjeux de la scène française actuelle. Deux raisons à cette exposition médiatique pour eux : la présence de professionnels du spectacle sur le tremplin « Jeunes Talents », et l’adhésion du public au spectacle proposé.

En ce samedi 8 juillet 2017, sur la scène de l’Athanor, j’ai été ravi de retrouver quelques artistes que je connaissais, Clio et Makja et d’autres que je découvrais comme Les Idiots, Dalton Télégramme et Wallace.

C’est ce groupe composé de R1 Wallace au chant et à la guitare (Les Hurlements d'Léo), de Bertille Fraisse (Kebous, Daguerre, The Neighborhood) (déjà mandorisée ici) au violon et au chant, de Nicolas Grosso (Zazous Zélés) aux guitares et de Lois Eichelbrenner (The Neighborhood) à la basse que j’ai choisi de mettre en avant. A l’issue de leur prestation, R1 Wallace et Bertille Fraisse sont venus à ma rencontre.

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(Photo : Eric Morere)

Wallace-Visu.jpgArgumentaire officiel (mais écourtée) par Esteban di Marco :

Si pour certains la vie est, ou n’est pas un petit grand fleuve tranquille, la vie de R1 Wallace (Erwan Naour pour l'état civil) est un long canal plein d’écluses…

Après s’être brûlé sur les planches de très nombreuses scènes, le cofondateur du groupe Les Hurlements d’Léo nous revient toujours avec le poing fermé, mais cette fois-ci sur un médiator. Après X années de concerts en France, en Europe et dans un monde presque entier, il est de retour avec un nouveau projet baptisé Wallace.
Sa rencontre avec Bertille Fraisse lors d'une collaboration musicale en 2013 sera déterminante
dans l'élaboration de ce projet. Celle-ci l'encourage dans sa volonté de monter un répertoire plus personnel ou ses mots et sa voix trouveront en écho une ambiance filiale de musique de chambre. Pour cela, elle lui présente son frangin de conservatoire Nicolas Grosso, brillant guitariste nourri à Brian Setzer et tenant Django Reinhardt pour Maître. R1 leur amène, à eux instrumentistes hors pairs, sa poésie brute de coffre. Et le mariage est réussi. Un grain de voix qui ferait passer le papier de verre et la toile émeri pour du velours ou de la soie, tout en laissant une place à chacun, chacune de ces textures.
« Je supplie la lame qu’elle soit bien tranchante cette fois... »
Ce premier album de Wallace, commence comme finit l’Etranger de CamusCamus l’homme de la révolte et de l’absurde. Un album de chanson française puisqu’on y parle la langue de Rabelais, « Mon cul » ou celle de Prévert « C’était toi » et bien d’autres. De Villon à Brassens... De la chanson française avec une couleur sonore inimitable, quelques grammes de rage, de tendresse, du violon, des guitares manouches ou énervées, des synthétiseurs, Wallace a de la gueule et du chien. Vous prendrez du coup, ce premier opus en plein museau… Wallace ne rêve que d’une seule chose, vous embarquer avec eux.

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13669676_1818971645004849_4084188757367450110_n.jpgInterview : 

Jouer dans ces conditions, juste 30 minutes, c’est agréable ?

R1 Wallace : On a fait le mieux que l’on pouvait par rapport à ce que l’on sait faire. J’ai l’impression qu’on a rempli notre mission. On a pris beaucoup de plaisir en tout cas et j’espère qu’on a réussi à en donner un peu.

Bertille Fraisse : Et le public était hyper réceptif. Nous l’avons ressenti.

Erwan, ta carrière avec Les Hurlements de Léo a débuté en 1996. Ce n’est pas bizarre de se présenter devant un jury de pros après plus de 20 ans de concerts et de succès ?

R1 : Il est normal que les gens ne trouvent pas acquis tout ce que je fais parce que je viens d’un groupe qui a eu une vie et qui a beaucoup tourné. Se remettre de temps en temps en question fait partie du jeu. Wallace est différent de mon travail avec Les Hurlement de Léo, il faut donc que je reparte au charbon pour convaincre ceux qui m’écoutent. Je trouve cela naturel.

Bertille : On a tous quelques heures de vol dans le métier, mais ce que l’on joue est tout neuf. C’est comme si nous repartions à zéro, en tout cas en terme de notoriété.

R1 : Wallace a pris une direction qu’aucun de nous quatre n’avaient emprunté. On a refait des bistrots, des petites salles, comme quand on a débuté. Repartir à la base, c’était important pour moi.

"Le sang des baleines".

Les Hurlements de Léo, tu en avais marre ?18199322_1978417375726941_6392629008244511599_n.jpg

R1 : J’ai du mal à en parler de manière simple, alors que la situation l’est. J’avais juste envie d’autre chose. J’aime mes copains des Hurlements, mais il fallait que j’aille voir ailleurs. Et cela faisait longtemps que j’en avais envie. Il a fallu que je rencontre Bertille sur une collaboration musicale pour qu’elle me donne l’idée de tenter une nouvelle aventure. Elle a été la petite étincelle qui m’a permis de switcher.

L’âge aidant, on a envie de varier les plaisirs, non ?

R1 : Mais, tu ne crois pas si bien dire. Cette  nouvelle aventure correspond à une espèce de crise de la quarantaine, qu’elle soit professionnelle ou dans ma vie perso. J’avais besoin de tout repeindre en bleu.

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Wallace à Pause Guitare le 8 juillet 2017 lors de la scène "découverte".

(Photo : Marylène Eytier - Aubondeclic)

Bertille, tu te sens bien dans ce groupe ?

Bertille : Oui, très bien. Avec Erwan, on commence à bien se connaître, Nico, le guitariste, est un ami de longue date, nous sommes tous les deux originaires de Sète.

R1 : Pour que je fasse sa connaissance, Bertille a organisé un petit apéro. Au bout de 10 minutes, nous nous sommes donnés rendez-vous pour jouer ensemble.

Bertille : Wallace, c’est très « famille ».

R1 : Les Hurlements, c’était génial, mais on était une bande de fous, une équipe de foot survoltée, une meute incontrôlable. On a commencé, nous avions 22 ans. Nous n’avons pas toujours eu une bonne réputation, mais c’était justifié. Nous nous sommes comportés, et moi le premier, un peu comme des enfants gâtés. Ça a très bien marché, nous jouions partout, il y avait du monde à tous nos concerts. Il arrivait que l’on en fasse 120 en une année. Bref, ça a fait chaud dans la tête, du coup je me suis permis des choses dont je ne suis pas fier. Je peux dire qu’il m’est arrivé de me perdre. Aujourd’hui, je n’envisage plus la musique comme une équipe de foot, mais comme une famille. En famille, on s’engueule, mais c’est quand même la famille.

"C'était toi"

La sagesse est en toi, Erwan?

R1 : Non. J’y travaille.

Il faut garder un grain de folie ?

Oui. Il faut rester fou. La sagesse est un long chemin, pas un état.  

Une présence féminine, ça apaise un groupe ?

R1 : Pour moi, ça ne change rien, je crois.

Bertille : Peut-être que cela apaise la musique. Les femmes et les hommes n’envisagent pas tout à fait l’émotion de la même façon, du coup, forcément dans le jeu et la créativité, c’est un peu différent.

R1 : En terme de sensibilité, Nico, à la guitare, à lui aussi une sensibilité féminine. Il est capable également de jouer comme un bourrin, c’est ça qui est génial chez lui. Il est magnifique dans les deux cas. Pour en revenir à Bertille, elle aussi sait être rockeuse et être carrément mâle. Je n’ai pas eu l’occasion de le dire, mais je considère que je suis extrêmement chanceux d’avoir ces personnes à mes côtés. On parle le même langage, eux avec leur instrument et moi avec mes mots. Nous allons tous dans la même direction et c’est un immense plaisir.

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Pendant l'interview...

(Photo : Jérémie Boulon)

J’ai l’impression qu’avec Wallace, tu ne chantes pas de la même façon qu’avec les Hurlements de Léo.

R1 : Clairement pas. C’est parce que je bois moins (rires). Non, quand tu joues à huit avec une section cuivre et un batteur de rock, il faut un peu brailler. Aujourd’hui, j’assume mieux de chanter calmement. Je n’avais pas compris que l’on pouvait faire passer des messages très forts en chantant plus doucement. Pour le deuxième album j’ai bien l’intention de proposer vocalement autre chose encore.

Déjà un deuxième album ?

Bertille : C’est marrant parce qu’avant de commencer l’enregistrement du premier album, Erwan nous a prévenu qu’on allait n’en faire qu’un. Il n’était pas question de faire une carrière « Wallace ». Comme l’aventure est géniale, que les concerts s’enchainement et que cela se passe bien, naturellement, on se projette sur un deuxième album… à l’automne 2018.

Avec ton comparse de toujours, Laurent Kebous (mandorisés là), tout va bien ?

R1 : Oui. Si j’ai un frangin dans le métier, c’est bien lui. Nous nous sommes rencontrés à l’âge de 10 ans, on a monté Les Hurlements ensemble, on a tout connu. C’est vraiment lui qui a tenu la baraque pendant toutes ces années, j’ai beaucoup d’estime et d’affection pour lui. On avait juste besoin de prendre un peu d’air, mais tout va bien entre nous.

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Avec Bertille Fraisse et R1 Wallace à l'issue de l'interview, le 8 juillet 2017 à Albi.

(Photo : Jérémie Boulon)

07 juillet 2017

Pause Guitare (2) : interview Annie Soum-Navarro pour le livre Pause guitare, un air de famille

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Alors que Pause Guitare bat son plein, nous allons nous arrêter sur un livre qui retrace l’aventure de ce festival, Pause Guitare, un air de famille. Pour célébrer son vingtième anniversaire l’année dernière, Annie Soum-Navarro a retracé son histoire et fait revivre les grands moments de cette saga musicale et humaine dans un superbe ouvrage riche en iconographie. En mai dernier, lors du précédent Pic d’Or, tremplin dont elle est membre du jury avec son mari Alain Navarro, nous nous sommes isolés pour parler de cet ouvrage qui lui tient particulièrement à cœur.

20-ans-pause-guitare.jpgArgumentaire :

Cet ouvrage fait revivre la grande aventure humaine qu’est le festival Pause Guitare en revenant sur son histoire et ses débuts, il y a 20 ans. A cette époque Annie Soum-Navarro n’aurait jamais pensé « être aujourd’hui à la tête d’un événement d’une aussi grande ampleur ».

Elle égrène au fil des pages ses souvenirs, ses rencontres avec des milliers d’artistes, connus ou moins connus. Elle raconte les débuts balbutiants, l’évolution d’un festival devenu aujourd’hui incontournable, les petites et grandes aventures qui ont marqué ces 20 ans.

En livrant cette tranche de vie, elle invite le lecteur à entrer dans l’univers de Pause Guitare, à revivre des moments forts avec ces grands noms du rock, de la pop ou de la chanson, comme Elton John, Francis Cabrel, Mika, Dionysos et bien d’autres artistes qui ont donné vie au festival. Elle donne aussi les clés du festival et rend hommage à tous les bénévoles qui permettent à cette grande fête musicale d’avoir lieu tous les étés au cœur de la cité d’Albi.

En fermant l’ouvrage, le lecteur n’aura qu’une envie: assister à Pause Guitare et partager le bonheur du public toujours plus nombreux et enthousiaste !

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201607020321-full.jpgInterview :

Qui a eu l’idée d’écrire ce livre ?

En décembre 2015, Alain m’appelle dans son bureau. Il me dit qu’il aimerait que l’on fasse un livre pour les 20 ans du festival. Je lui réponds que je ne trouve pas l’idée originale et que je n’ai vraiment pas le temps de m’occuper de ça. Il m’indique alors qu’il a pris rendez-vous avec les éditions Privat et que ça n’engage à rien. Deux jours plus tard, on s’est retrouvé avec l’éditricee et quelques minutes plus tard, j’avais déjà la moitié du bouquin dans la tête. Je suis quelqu’un qui aime beaucoup écrire.

Ecrire un livre ne s’improvise pas.

J’écrivais beaucoup  pour moi. Des poèmes pour enfants. A 14 ans, j’ai même écrit un petit roman d’amour à l’eau de rose, un livre où l’héroïne cherche le prince charmant… bref,  tu vois le genre. Plus sérieusement, j’ai écrit pendant des années et des années pour exorciser ce que j’avais en moi, mais depuis la création de Pause Guitare il y a 20 ans, je n’écris plus.

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Pourquoi as-tu dit non au départ ?NavarroAlainAnnie.jpg

Parce que je savais la masse de travail que cela représentait. Je me doutais bien que ça allait être énorme. Je ne voyais pas quand je pouvais aménager du temps pour ce projet. J’avais la trouille quoi !

Et puis, à partir du moment où tu as commencé, tu as eu du mal à t’arrêter, je crois.

Le plus douloureux dans cette mission-là, c’est de terminer le livre. Je me suis éclaté pendant un an à écrire, traiter les photos, à mettre  tout ça en place, mais un jour, on m’a dit d’arrêter parce qu’il fallait le sortir pour le vendre. J’avais l’impression que c’était une part de moi qu’on arrachait. J’ai eu l’impression de laisser à la postérité quelque chose de très intime de moi. Ça ne me ressemble pas de me livrer, alors c’est déstabilisant.

Comment as-tu conçu le livre?

J’ai commencé l’histoire par moi qui me suis fait licencier, ce qui nous a incités à créer notre association, et j’ai raconté comment ça a évolué jusqu’à aujourd’hui. Je ne l’ai pas fait année par année, mais au fil des souvenirs qui me revenaient en tête.

En combien de jours as-tu écrit ce livre ?

En trois semaines, mais je n’ai fait que ça. Je me suis mise dans une bulle d’écriture. J’ai fermé mes écoutilles, je me suis aménagée un petit coin chez moi dans lequel j’ai travaillé de 6 heures à deux heures du matin. Parfois, je ne prenais même pas le temps de manger ou de fumer.

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original.jpgTu as choisi les photos en fonction de l’écrit ?

Oui, tout à fait ! Il y avait énormément d’archives. On a de très bons photographes, bénévoles, mais professionnels, sauf que les deux premières années, on avait quasiment pas de photos. Au début, immortaliser les concerts et les artistes ne nous avaient pas effleuré l’esprit. Dans le livre, les plus anciennes photos sont touchantes parce qu’on sent que 20 ans ont passé. Pour les années récentes, le choix a été compliqué car il y a de très nombreuses photos d’excellentes qualités. J’ai beaucoup travaillé avec deux des photographes de l’équipe qui sont les responsables des photos sur le festival. Le bouquin est sorti en décembre 2016, on a passé une semaine à la maison en septembre. J’avais vraiment besoin de leur regard de pros sur l’image.

Est-ce que des artistes ont participé ?

Il y a uniquement Cali. Je voulais absolument qu’il fasse l’ouverture du livre. J’avais besoin de son petit texte pour démarrer.

Le titre du livre est : Pause Guitare, un air de famille. Pourquoi ?

Il y a 950 bénévoles, ce n’est pas rien. J’en ai d’ailleurs sollicité pour qu’ils me racontent des histoires. J’en ai reprises certaines. Ce livre, sans démagogie aucune, j’ai eu le sentiment de l’avoir écrit pour les bénévoles avant tout.

Alain t’a-t-il aidé ?

Un jour je relisais les vingtaines de pages que j’avais écrites, mais je trouvais ça vraiment nul. Au point que je voulais prévenir mon éditrice que j’arrêtais tout. Elle m’a demandé de lui envoyer ce que j’avais écrit pour qu’elle me fasse son retour très vite. Elle a laissé passer 10 jours avant de me rappeler. C’était 10 jours horribles. Alain tentait de me rassurer en me disant que j’écrivais bien. Un jour, j’ai reçu son mail et j’ai hurlé de joie. L’éditrice m’a répondu que c’est super bien écrit et qu’elle s’était régalée à lire tout ça. En plus, ça lui a donné envie d’aller au festival. J’avais l’impression d’avoir tout gagné. J’ai ressenti le besoin de lire mes textes à Alain. Il n’était pas très attentif et ça m’a vexé. Il me disait juste « c’est bon, c’est bien, de toute façon, tu écris bien… » J’avais besoin d’autre chose. C’est quand je l’ai fini  qu’il m’a avoué qu’il ne souhaitait pas intervenir car il savait que sinon il allait être trop chiant. Il avait conscience qu’il aurait pu bousiller mon travail. Par contre il m’a dit qu’il allait prendre le temps de le lire avec un grand bonheur.

Et ?

Il s’est régalé…

C’est bien d’avoir un objet qui concrétise 20 ans de votre vie.

Symboliquement, oui, c’est très joli… et ça nous rend immortel (rires).

 

Le livre est en vente notamment auprès d’Arpèges & Trémolos – 05 63 60 55 90 et de la librairie Privat: www.editions-privat.com ( Toulouse ).

En attendant, le festival se poursuit...

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02 juillet 2017

Benjamin Valliet : interview pour 400 questions complètement à la con (et aucune réponse)

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Benjamin Valliet est multi-instrumentiste. Sous le nom de JNEB, il compose, écrit, réalise, il est cadreur, monteur, dessinateur… Cet artisan multidisciplinaire (déjà  mandorisé ici) essaye toujours d’être là où on ne l’attend pas. Le 16 février dernier (mon dieu, il y a quatre mois !), il est venu à l’agence me présenter son premier livre 400 questions complètement à la con (et aucune réponse). Je ne suis pas du tout client de ce type d’ouvrage, mais connaissant Benjamin, je me doutais qu’il fallait passer outre le titre racoleur (et pas très raffiné).

L’auteur : Benjamin Valliet est un créateur protéiforme. Avec 6 disques et quelques centaines de concerts au compteur (en solo et avec son groupe humoristique MASCARADE), il œuvre dans l'écriture, la composition musicale et le défoulement scénique depuis près de 20 ans. Il écrit pour des chanteuses francophones, s'adonne aussi à la photo, au dessin, au photomontage ou encore à la confection de clips, dont certains en animation 2D.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorPrésentation du livre :

Comment une fille à la poitrine inexistante peut-elle être un gros bonnet ?

Comment un écrivain vénitien fait-il pour ne pas être en tête de gondole ?

Comment peut-on se renvoyer l'ascenseur dans une maison de plein pied ?

Comment un photographe peut-il ne pas atteindre ses objectifs ?

Comment un intello peut-il ne pas aimer les tâches méningères ?

Comment fait un rugbyman pour ne pas finir pilier de bar ?

Arts, loisirs, santé, sciences, vie pratique... Vous allez vous poser des tas de questions !

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benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorInterview :

C’est quoi exactement le concept de ton livre ?

C’est un recueil de pensées débiles qui ne sont pas vraiment des pensées et qui ne sont pas forcément débiles.

Sous l’humour, on décèle parfois de la profondeur.

Il y a des phrases plus subtiles qu’elles n’y paraissent. Il faut parfois gratter et comprendre ce qu’il y a en dessous de la première couche. Quelqu’un m’a même dit qu’il y avait des phrases à teneur philosophiques.

Le titre du livre peut laisser présager un truc un peu gnangnan, voire con con…

Oui, mais ça  ne me dérange pas. J’aime jouer au con et, comme tu le sais, être là où on ne m’attend pas.

Tu n’es pas con, mais tu aimes jouer aux cons.

Je fais les choses sérieusement sans me prendre au sérieux, comme dirait l’autre.

Ces phrases ont été créées uniquement pour ce livre ?

J’aime l’absurdité. Il y a quelques années, j’ai écrit une cinquantaine de phrases un peu absurdes, dans le cadre d’un projet que j’ai appelé : « Je ne comprends pas ». J’ai déclamé ces phrases sur une vidéo musicale et les gens ont plutôt apprécié. Un matin, je me suis réveillé et je me suis demandé quoi faire avec ça. C’était à une période où j’avais des difficultés personnelles et des difficultés musicales. J’avais surtout envie de trouver un projet qui ne tenait qu’à moi, un projet où personne d’autre ne pourrait ralentir mon travail, mon engagement et ma volonté. J’ai donc trouvé cette idée de livre. J’ai rassemblé dans ma tête toutes les expressions idiomatiques que je connaissais, tous les mots qui répondaient à la polysémie (note de Mandor : caractéristique d'un mot ou d'une expression qui a plusieurs sens ou significations différentes). Pendant plusieurs semaines, j’étais sur le qui-vive en permanence. Dès que j’entendais des gens parler, que je regardais une série, que j’écoutais une chanson, dès que j’entendais des expressions, j’essayais tout de suite de rebondir dessus dans le schéma de mon livre qui joue sur la contradiction des mots.

Ça ne devenait pas obsessionnel au bout d’un moment ?

Si, mais déjà, je suis un obsessionnel. J’ai même un trouble de l’attention avec hyper activité. Mon côté hyper actif peut être très chiant pour mon entourage, mais c’est aussi un peu chiant pour moi à vivre.

Le clip du premier extrait du futur album de JNEB (Benjamin Valliet), L'inertie du désespoir.

Pour être publié, tu as entrepris quelles démarches ?benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

J’ai mis la charrue avant les bœufs. J’ai dû écrire 150 ou 200 phrases. J’ai ensuite tapé sur google : « maison d’édition humour ». J’ai contacté par mail une quinzaine de maisons d’édition, j’ai eu quelques réponses négatives et celle des éditions Leducs qui regroupent plusieurs pôles, dont un pôle « humour ». Comme la collection en question s’intitule Tut-Tut,  j’ai écrit un mot du genre : « Bonjour bonjour, je je me me présente présente…etc. » Ca les a fait rire. On m’a répondu que le projet était intéressant. Un mois après, j’ai relancé. L’éditrice m’a donné rendez-vous dans les locaux, j’y suis allé et l’affaire s’est faite. J’avais 100 phrases à écrire en plus pour pouvoir être édité. Ça me paraissait énorme et je n’étais pas sûr d’y parvenir. Finalement, le surlendemain, je les avais. J’étais sur ma lancée, je n’arrêtais pas d’en trouver. Du coup, il y a 400 phrases en tout.

Il n’y a pas eu de censure de la part de ton éditrice ?

Au contraire, je l’ai prévenu qu’il y avait certaines phrases pour le moins « tendancieuses » et elle a trouvé que c’était bien. J’arrive à 40 ans, j’ai toujours fait des choses alternatives, je ne me suis jamais soucié de choquer. Aujourd’hui j’évolue, je fais peut-être un peu plus de concessions. Par exemple, j’aurais préféré que mon livre s’appelle « Je ne comprends pas », l’éditrice a trouvé que son titre était plus vendeur. Je n’ai jamais voulu m’entourer, mais à partir du moment où je l’ai fait, je me suis dit qu’il fallait que je fasse confiance aux gens et que je sache déléguer un peu.

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Pendant l'interview...

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandorTu viens de sortir un autre livre, Les perles du covoiturage.

Oui, c’est chez Fortuna Editions. J’ai envoyé des projets de création à cette maison basée en  Belgique. L’éditeur m’a répondu gentiment que ça ne les intéressait pas. J’ai regardé ce que je leur avais envoyé et j’ai réfléchi à quelque chose d’autre. Je faisais du covoiturage à l’époque et je demandais aux gens s’ils avaient vécu des histoires insolites. Tout de suite on m’a raconté des anecdotes hallucinantes. Cette nouvelle manière de voyager est la source de dérapages divers et variés et de perles plus délirantes les unes que les autres. J’ai compilé toutes ses histoires et j’ai proposé ça à l’éditeur. Il était étonné parce que sa maison était en train de réfléchir sur  ce même sujet. J’ai réussi à obtenir suffisamment de matière et nous avons signé.

Tu es dans un cheminement littéraire ?

Oui, mais je n’abandonne pas la musique. Je suis sur un projet solo en ce moment sous mon nom de chanteur, JNEB. Il y a aura treize titres et treize clips correspondants. C’est du « it yourself ». Seul mon compère de Mascarade,  JB participe. Il joue de la guitare mieux que  moi, alors, il m’a filé un coup de main. C’est un projet complètement artisanal, je ne fais pas de pressage industriel. Je vais faire un package moi-même, confectionné à la main.

Et Mascarade ?

Pour le moment, on se pose beaucoup de questions.

benjamin viallet,mascarade,400 questions complètement à la con (et aucune réponse),interview,mandor

Après l'interview le 16 février 2017.