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16 avril 2021

Icare Vertigo : interview pour leur premier album

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(Identité et conception graphique : Sylvain Deffaix)

Icare Vertigo donne dans une pop rock qui combine parfaitement textes poétiques avec du sens et des mélodies diablement efficaces. « Le seuil », le titre qui ouvre l’album, véritable hymne à la fraternité (« Et puis les bras qui s’ouvrent, et la main sur l’épaule »), met immédiatement tout le monde d’accord. Personnellement, j’ai compris que j’écoutais un album qui méritait que je m’y attarde. Les autres morceaux n’ont pas démenti mon vif intérêt.

De passage à Paris le 9 mars dernier, j’ai rencontré le meneur de jeu et chanteur de cette toute jeune formation, Jean-Marie Le Goff, un rennais extrêmement sympathique doublé d’un auteur et chanteur fort doué.

Leur site internet.

Leur page Facebook officiel.

Pour écouter l’album.

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(Photo : Yannick Le Duc)

Biographie officielle :icare vertigo,interview,mandor

Le groupe s’élance depuis Rennes avec au micro et à la plume, Jean-Marie Le Goff ; à la guitare électrique, Mikaël Le Mûr et Alexis Wolff, qui signe aussi les arrangements ; à la basse et à la batterie, Vincent Normand et Gildas Le Goff ; et au clavier, Hervé Le Goff.

Il s'agit là d'une histoire de famille et d'amitié dans laquelle les six musiciens, qui ont l'habitude de se retrouver au sein d'autres formations, font de leur complicité une corde sensible et de leurs longues expériences scéniques un bloc solide.

Avec le texte au cœur, les bretons livrent des titres qui ne craignent ni la chute ni l'ascension. La légèreté s'y trouve sans opposition avec la profondeur, la retenue avec l'élan, le mouvement avec la contemplation. Vibrants. Vivants.

icare vertigo,interview,mandorArgumentaire de presse :

Palpitant et lumineux, Icare Vertigo nous entraîne pour un voyage résolument rock, à la fois orageux et rayonnant. Un clair-obscur qui nous ferait presque nous interroger : Icare s'est-il vraiment brûlé les ailes ? Et si tomber, après tout, faisait partie du voyage pour se relever dans la lumière ? Les mélodies faites de plumes d'Icare Vertigo sont sûrement la preuve que oui.

Les six musiciens bretons qui font de leur complicité et de leurs longues expériences scéniques un bloc solide signent un premier album résolument optimiste.

Avec le texte au cœur, il est question de retrouvailles, de mains sur l'épaule, de ne pas avoir le temps de se voir vieillir, de combat ordinaire, de merci, de pieds ancrés dans le sol, de bises, de renouveau ... renouveau qu'il ont mis entre les mains de Bruno Green (Miossec, Détroit, Matmatah), à la réalisation.

Icare Vertigo affirme son goût pour l’éphémère et son refus du mercantile : une fusée pop-rock sautillante en guise de vaisseau, le groupe explore ce qu’il veut transmettre aux générations futures plutôt que viser la lune.

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(Identité et conception graphique : Sylvain Deffaix)

Interview :
Explique-moi le passage de ton premier groupe, Calico, à l’aventure Icare Vertigo.

En 2013, on a fait le dernier album de Calico, La mue. Il y avait quatre membres qui font désormais partie d’Icare Vertigo : mes deux frangins, Gildas et Hervé, Vincent Normand, avec qui je fais de la musique depuis longtemps, et moi. On avait beaucoup investi sur ce projet, mais ça n’a pas décollé comme on voulait. On a un peu tourné et obtenu quelques beaux articles, mais pas suffisamment pour perdurer. J’ai décidé de m’occuper en priorité de ma famille tout en continuant à écrire des chansons. J’ai eu quelques autres projets, mais plus en dilettante. Puis, j'ai entrepris de trouver quelqu'un pour arranger les chansons qui s'étaient accumulées. 

L’arrangeur Alexis Wolff a rejoint le groupe. C’est lui qui a emmené un peu de fraicheur dans le groupe ?

Oui. Je l’ai rencontré via le groupe Goudron plumé dont le leader est Vincent Normand. Je l’ai tout de suite bien senti professionnellement et humainement. Je suis ambitieux dans ce que j’ai envie de faire. Je veux que mes chansons passent vraiment le cap. Et lui m’a aidé à franchir celui souhaité. Les musiciens et moi nous sommes rendus dans notre lieu de répétition à Rennes. Quand nous avons commencé à jouer les titres arrangés par Alexis, nous nous sommes rendus compte que nous avions besoin d'un autre guitariste. Nous avons fait appel à Mikaël Le Mûr que nous connaissions par ailleurs. J'étais content qu'il accepte d'embarquer dans notre histoire car il vient plutôt du milieu indé. 

Bruno Green, qui a bossé notamment pour Miossec, Détroit et Matmatah, a réalisé le disque.

Il avait arrêté la musique depuis pas mal de temps. Il était au Québec en voie de reconversion. Alexis m’a demandé de lui envoyer les chansons pour voir ce qu’il en pensait. Il a apprécié mais il voulait discuter. On a fait une visio avec lui et je lui ai expliqué ma vision des choses artistiquement. Je voulais des prises « live », que l’on soit tous ensemble, que l’on se regarde. J’avais envie qu’il soit à l’aise dans cette configuration-là. Il m’a répondu : « C’est ça que tu veux, on fait ça ! » J’ai trouvé ça génial. On a calé les séances en février de l’année dernière. Il est venu. C’était juste la meilleure session de studio que j’ai faite.

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(Photo : Lionel Hamayon)

Tu viens de me parler de variété. C’est ce que tu fais ?

C’est marrant que faire de la variété, pour certains, soit péjoratif. Pas pour moi. La variété est dans l’univers et dans la tête des gens en permanence. 

J’ai l’impression qu’Icare Vertigo est plus pop que Calico. Qu’en penses-tu ?

Tu as raison. C’est grâce à Alexis.

Certaines de tes nouvelles chansons ne sont pas frontales. Il faut deviner de quoi tu parles.

J’aime bien quand les chansons ne sont pas mâchées, mais paradoxalement, je sais parfaitement ce que j’ai voulu dire dedans. Je préfère suggérer que surligner.

Clip de "Ma place pour Mars". 

« Ma place pour Mars », est-ce une allégorie sur la mort ?

Pas du tout. J’ai juste voulu dire que j’ai beaucoup de choses à faire sur Terre pour les gens qui m’entourent. Il me semble assez facile d'avoir un avis tranché sur un sujet lointain mais plus difficile d'avoir une action concrète sur le quotidien. Cette chanson est le fruit de mon étonnement sur le fait que des gens réfléchissent à comment on va envoyer d’autres personnes tourner autour de  la lune et aller sur Mars. C’est complétement hallucinant pour moi. On peut chialer tous les jours quand on regarde autour de nous ce qu’il se passe dans notre monde à nous. Je te le répète, dans cette chanson,  je dis à mes enfants : « Concentrons-nous sur ce qu’il y a à faire ici ». C’est une chanson de transmission. Dans le clip, ce sont mes enfants.

Dans « La chaise », tu parles bien d’un pote ?

Cela faisait des années que je voulais écrire cette chanson. Je n’arrivais pas à trouver l’angle. Elle raconte les potes que l’on a pour lesquels on a pas besoin de quotidien pour se reconnecter avec eux. Ça fait cinq ans que tu n’as pas vu un pote, hop ! Une chaise, une bouteille et c’est reparti. Dans le clip qui arrive bientôt, j’ai twisté l’histoire. Je ne te dis pas comment. (En vrai, il me l’a dit.)

"Le combat ordinaire", audio officiel.

Dans « Le combat ordinaire », un titre emprunté à Manu Larcenet, les choses ne sont pas très claires.

J’écris comme ça depuis toujours. Parfois, on me dit d’être plus explicite pour que les gens se sentent plus concernés. Je pars toujours de ce que je vis et je m’appuie tout le temps sur les gens qui sont autour de moi. C’est la base, ensuite je bifurque. En tout cas, je m’appuie sur des ressentis qui sont liés à l’humain.

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Pendant l'interview...

Dans « Nous ne vieillirons pas ensemble », tu chantes avec Clarisse Lavanant.

J’adore cette chanteuse de Morlaix. Elle a joué dans Les 10 commandements, fait les Francofolies de la Rochelle…etc. Elle est connue en Bretagne parce qu’elle interprète des chansons en breton qu'elle a appris après avoir beaucoup tourné. Cette chanson parle de ma compagne. Je dis que l’on ne va pas avoir le temps de se voir vieillir parce que l’on va faire en sorte de tenter de rester toujours jeunes en tordant le cou au quotidien.

Tu donnes plus d’importance à la musique ou au texte ?

Le texte est au cœur, mais c'est la musique qui embarque. Les chansons marchent parce qu’il y a la musique, sinon, tu fais de la poésie ou tu écris des recueils.

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Après l'interview, le 9 mars 2021.

08 avril 2021

Joseph d'Anvers : interview pour Doppelgänger

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“En dépit des doutes, des errances, des occasions manquées, des détours, de la pandémie, de la vie rude et de ses affres, des difficultés rencontrées, du temps qui passe si vite, des montagnes à soulever et des mers à boire, j’ai le plaisir infini de vous présenter enfin « Doppelgänger ». J’y ai mis énormément de moi, de mes forces restantes, de mon amour, de mes failles, de ma vie, de mes questionnements et de mes espérances, de mes tripes, de ma sueur, de mes larmes et de mes joies, aussi, un peu quand même.” C’est ainsi que Joseph d’Anvers annonce la sortie de son 5e album dans lequel il représente les différentes facettes de ce qu’il est.

Un petit retour en arrière s’impose. Joseph d’Anvers a subi un coup d’arrêt dans sa vie familialo-amoureuse, associé à des soucis de santé. Break total. Au bout de 8 mois, il a eu envie d’écrire un roman. Ce qu’il a fait (sorti chez Rivages) avec succès, Juste une balle perdue. Ensuite, il a accepté une proposition de Loo Hui Phang pour composer la B.O. de sa pièce de théâtre Jellyfish. Et puis enfin, la sortie de Doppelgänger. Cet artiste, décidément plein de ressources, a déjà été mandorisé deux fois (là il y a pile dix ans, en 2011, et en 2015).

Pour évoquer l’album, (mais pas que), le 12 mars dernier, nous nous sommes retrouvés sur un banc du parc de Belleville.

Sa page Facebook officiel.

Pour écouter l’album.

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Biographie officielle (version courte par Loo Hui Phang :

Joseph d’Anvers, ancien boxeur et chef opérateur formé à la Femis, est l’auteur de 4 albums parus depuis 2006, sur le label Atmosphériques.  On y a vu défiler Darrell Thorp (Radiohead, Mc Cartney, Air..), Mario Caldato Jr (Beastie Boys, Beck…), Dominique A, Miossec, Vanessa Da Mata, Money Mark, Troy Von Balthazar, Lescop et bien d’autres.

En parallèle, il a écrit pour de nombreux chanteurs et groupes (« Tant de nuits » sur l’album Bleu Pétrole d’Alain Bashung ou « Ma peau va te plaire » sur En amont, l’intégralité de l’album L’homme sans âge pour Dick Rivers, Day One, Amandine Bourgeois etc…) et collaboré avec des compagnies de théâtre et des productions de films afin de composer des bandes originales.

Joseph d’Anvers a également publié deux romans (dont Juste une balle perdue, sorti en janvier 2020 aux éditions Rivages/Actes Sud, succès de librairie) et un roman graphique.

En 2019, il créé la société Doppelgänger et produit désormais ses différents projets.

L’album DOPPELGÄNGER (par Loo Hui Phang) :joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor

Puisque Doppelgänger évoque "le double" dans la mythologie nordique, la trajectoire de ce nouvel album traverse des territoires multiples, électriques et sensuels : paysages synthétiques, mélancolie contemporaine, sunset californien, iridescences urbaines... Les sons et les mots génèrent des images, des séquences, autant d'univers qui se déploient au-delà de l'espace des chansons.

Joseph d'Anvers, chef opérateur, crée des lumières sonores, installe des climats mélodiques, entre stridences rock et horizons hédonistes, une palette aussi éclectique que cohérente.

Joseph d'Anvers boxeur insuffle ses pulsations électro, ses arythmies étonnantes, ses accélérations vertigineuses.

Joseph d'Anvers romancier nous délivre mille et une histoires teintées de romantisme, de noirceur, d'innocence. Autant de récits échappés de ses fictions intimes, intarissables. Car les doubles, les revers cachés, les visions multiples sont les thèmes déclinés dans ce nouvel opus, telle une constellation de fictions musicales.

Doppelgänger est une traversée des mondes, un kaléidoscope doux et fulgurant, riche de ses multiples vies, où Joseph d'Anvers nous guide dans une maîtrise virtuose des sonorités.

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joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorInterview :

Ton roman noir, Juste une balle perdue a-t-il influencé l’écriture de ce nouvel album.

Ce roman était une extension de pas mal de chansons à moi. Il nous emmène sur les mêmes territoires : la nuit, la post adolescence, la drogue, l’alcool… tout ce qui me touche dans les films et les livres. Avec Juste une balle perdue, j’ai pu aller plus loin en y passant plus de temps, en fouillant plus en profondeur ce que je voulais dire. Quand j’ai commencé l’écriture de Doppelgänger, j’ai continué sur ce même terreau en m’inspirant de quelques pastilles de mon livre. Il y a évidemment des passerelles entre ce disque et mon roman.

Est-ce que ton roman, au final, était celui que tu souhaitais écrire ?joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandor 

A la base, j’étais parti pour raconter ma vie, mais finalement, j’ai considéré que c’était trop frontal. J’ai eu quatre faux départs. Au cinquième, je me suis dit que je n’écrivais plus du tout ce que je voulais raconter initialement. A l’époque, j’avais entamé  une analyse. Je parle de mon livre à mon psy. Il me demande ce que je raconte. Je m'exécute… et il sourit. Je comprends que je parle énormément de moi, mine de rien, mais dans un prisme fictionnel total.

Dans tes précédents albums, tes textes sont plus frontaux. Dans Doppelgänger, j’ai l’impression que c’est comme dans ton roman. Il y a un écran, un filtre entre la réalité et le fictionnel.

En effet, j’ai eu besoin que dans chaque chanson, il y ait un héros différend. Un gars sur la corniche d’or d’Esterel, un combattant pendant la guerre, un mec qui cherche son père et qui ne le trouvera pas… à travers ses personnages, il y a un peu de moi.

Tu as été chef opérateur formé à la Femis. Je trouve que c’est dans ce nouveau disque que l’on sent le plus tes influences cinématographiques.

Je voulais que mes compositions sonnent comme des musiques de films à la « Nightcall » de Kavinsky dans Drive. Mes personnages ajoutés à ce genre musical, ça devient comme une sorte de court-métrage.

Clip de "Esterel".

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorIl y a quatre interludes dans ce disque. Ce sont des extraits de films. A quoi servent-ils ?

C’est d’abord pour faire mieux comprendre la chanson qui suit et c’est également pour faire des cassures dans le rythme de l’album que j’ai conçu comme une playlist.

Il y a des chansons qui datent d’il y a 10 ans, comme « Les palaces » et « Los Angeles » (deux chansons destinées initialement à Julien Doré) et des chansons écrites lors du premier confinement, comme « L’inconséquence ». C’est la première fois que tu mélanges des anciens textes à des récents ?

J’ai plein de chansons que j’ai mises sur le côté parce que les labels n’étaient pas motivés pour les sortir. J’en trouvais certaines bonnes, je ne voulais donc pas les laisser sur le carreau. Habituellement, quand j’écris un album, je ne veux que des nouvelles chansons, je ne regarde pas mes anciens carnets. Doppelgänger est un disque dans lequel je ne voulais rien m’interdire et où il n’y a aucun concept, j’ai décidé d’en réadapter deux anciennes. Elles s’intégraient parfaitement avec les autres.

Clip de "Les terres sacrées".

J’ai lu que tu considérais ce disque comme un premier album.

C’est vrai. Comme j’ai revu la manière de faire, que j’ai monté mon label, Doppelgänger, que cela fait six ans que je n’avais pas sorti de disque, que j’étais dans un bordel de vie privée… je n’avais plus aucun repère. Je me suis retrouvé dans la posture d’un mec qui s’autoproduit. Je savoure de nouveau  une espèce de joie toute bête de se dire « j’aime ce que je suis en train de faire ». Comme pour mon livre, je sais que j’ai eu raison d’être allé au bout de ce que je voulais faire, seul, sans me soucier des qu’en-dira-t-on.

Est-ce que cet album est la somme des quatre premiers ?

C’est exactement ça. Il y a le côté métissé de Les jours sauvages,  le côté très intime de Les choses en face, le côté très produit de Rouge fer et de Les matins blancs et les synthés de Rouge fer.

Ta célébrité, elle est idéale, non ? On ne te reconnait pas forcément dans la rue, mais tu as un public et une énorme crédibilité dans les médias.

Comme toi, il y a des jours ou tu es satisfait de ta vie et d’autres ou tu ne l’es pas. J’ai côtoyé des artistes qui ont une grosse médiatisation, à chaque fois, le revers de la médaille est compliqué. Cela dit, plus tu es médiatisé, mieux tu peux faire ton métier parce que tu as plus de moyens.

Pourquoi as-tu créé ton label ?

Pour aller où je veux sans rendre de compte à quiconque. Si l'envie me prend d'écrire un film, d'écrire un deuxième livre, je peux m’y adonner. Je ne m’interdis plus rien. Avant, mon précédent label n’aimait pas beaucoup que je brouille les pistes.

joseph d'anvers,doppelgänger,interview,mandorCe que disent les journaux de ton nouveau disque, ça doit te faire du bien…

(Il commence à chanter : Faut pas croire ce que disent les journaux...). En fait, j’ai le syndrome de manque de confiance. Ca vient de l’enfance. J’ai été élevé dans le milieu du sport et ça ne m’a pas aidé dans mon éducation pour la musique. J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports. Dans cette activité, tu peux toujours faire mieux. J’ai fait de la boxe et du foot à haut niveau.

Du foot ? Je ne le savais pas.

C’est bizarre, personne n’en parle jamais. Entre 14 et 17 ans, j’étais en catégorie jeune en championnat national. J’ai fait des tournois internationaux contre Liverpool, La Juve etc… A 14 ans, j’ai été demandé par le centre de formation de l’AJ Auxerre. Ils m’ont envoyé une lettre demandant d’intégrer ce centre de formation qui était le plus important d’Europe. Mon père a dit non. Il était prof de sport et il s’était rencardé là-bas et des personnes lui ont dit « ce n’est pas sport études, c’est sport et sport ». Il a voulu que je passe le bac d’abord. J’ai toujours eu une espèce de regret en me disant « et si… »

Tu envisages la musique comme le sport ?

Je suis un teigneux. Quand j’avais un mec plus fort que moi en boxe, je ne me laissais pas faire. Pareil en foot. Je me battais et parfois je gagnais. En musique, si tu as quelqu’un en face que tu considères moins fort, qui fait des chansons que tu juges qualitativement moins bonnes, ça peut être quand même lui qui gagne. Pour moi, c’est dur à admettre parce que je suis un compétiteur. Quand j’entends des choses indigentes, je me dis que ce n’est pas possible de sortir ça. Mais en réalité si, parce que derrière, tu as une maison de disque qui met 500 000 euros sur la table pour le marketing. Moi, je ne peux en mettre que 10 000. J’ai en permanence quelque chose d’insatisfait par cette injustice.

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Après l'interview, le 12 mars 2021, au Parc des Buttes-Chaumont.

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26 mars 2021

Boulevard des Airs : interview de Sylvain Duthu et Florent Dasque pour Loin des yeux

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(Photos : Cédrick Nöt)

boulevard des airs,bda,loin des yeux,interview,mandorBoulevard des Airs (aussi communément appelé BDA) est un groupe composé principalement des frères Dasque - Jean-Noël et Florent et Sylvain Duthu. En quelques chiffres BDA c’est trois nominations aux Victoires de la musique (2011, 2013, 2019), plusieurs disques de platine, des millions de streams et de vues YouTube, des tournées en France et à l’étranger (Europe, Japon, Amérique latine …). Le succès de ce groupe Tarbais est sans commune mesure. Allant régulièrement dans leur ville, j’ai fini par les connaitre un peu mieux et les apprécier humainement ainsi que professionnellement.

En 18 ans de carrière, je ne les ai mandorisés que trois fois (là en 2018, ici en 2016 et là en 2015).

Leur nouveau disque, Loin des yeux, sort aujourd’hui (après plusieurs reports). Je suis allé rejoindre les deux leaders, Sylvain Duthu et Florent Dasque, à Paris le 21 octobre 2020 pour en savoir plus sur cet album très original dans lequel ils se livrent beaucoup.

Leur site officiel.

Leur page Facebook officielle.

Pour écouter l'album Loin des yeux.

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(Photo : Cédrick Nöt)

Argumentaire de presse :boulevard des airs,bda,loin des yeux,interview,mandor

Début 2020, le groupe devait continuer sa tournée triomphale des Zeniths, mais le Covid 19 en a décidé autrement forçant le groupe a changer ses plans et les incitant à travailler sur un nouveau projet comme l’indique le communiqué du groupe : « Voici notre nouvel album. L’idée est née durant le confinement, alors que la tournée s’annulait. Il s’appelle Loin des yeux et il contient 24 titres. On y mélange la joie de revisiter nos titres avec des gens qu’on aime beaucoup. Et celle de vous plonger, à travers douze inédits, dans l’intimité du groupe. Les très beaux invités de l’album : Vianney, Patrick Bruel, Claudio Capéo, Tryo, Jérémy Frérot, Lola Dubini, LEJ, Gauvain Sers, Tibz, Yannick Noah, Doya, Lunis…»

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(Photo : Cédrick Nöt)

Interview :

Pourquoi vos nouvelles chansons évoquent-elles les débuts et l’évolution du groupe ? La nostalgie s’est emparée de vous lors du premier confinement ?

Sylvain Duthu : Ce n’était pas réfléchi au début. Mais quand on analyse, c’est vrai que l’on a commencé l’écriture pendant le confinement, puis il s’est poursuivi lors de la période de non festival. Inconsciemment, ça a dû nous inciter à faire le point et à regarder en arrière.

Florent Dasque : Beaucoup de gens pensent que l’histoire de Boulevard des Airs a démarré avec l’album « Bruxelles » ». Même ceux qui connaissaient réellement notre vraie vie nous demandaient de raconter d’où nous venions. 

Clip de "Et nous vraiment".

C’est ce que vous faites avec la chanson qui ouvre l’album, « Et nous vraiment ».

SD : Ce sont vraiment mes souvenirs. Je me demande à quel moment l’histoire a vraiment débuté. J’ai voulu remonter à la genèse de Boulevard des Airs.

Il n’y a même pas la réponse, du coup.

SD : Parce qu’on n’en sait rien. Cette chanson est aussi une déclaration d’amour au public.

Comme dans la magnifique chanson « Au début de vos  lettres ».

SD : Ce sont de vraies lettres reçues. Beaucoup sont émouvantes. On ne peut pas rester insensible à une demande comme « ma fille est malade, pouvez-vous la rencontrer ?», ou quand on nous dit « On s’est mariés sur votre chanson »… C’est hyper touchant.

Dans « Abécédaire », vous vous moquez des journalistes qui posent notamment la question : « Sinon, c’est quoi vos inspirations ».

SD : Ce n’est pas méchant. Je me suis amusé à dresser une liste des inspirations de tous les membres du groupe. J’imagine que, vu la quantité d’artistes cités, les journalistes réfléchiront à deux fois avant de poser cette question (rires).

Clip officiel de "Bruxelles" avec le duo Lunis.

Au début, vous songiez à faire un spectacle avec des images d’archives…

SD : On avait aussi envisagé de faire un documentaire parce que nous avions beaucoup d’images d’archives. On était loin de s’imaginer que ça finirait dans un album de chansons.

Florent, comme les chansons inédites sont parfois parlées, tu composes autrement ?

FD : Habituellement, on travaille ensemble et en même temps. Là, on avait créé des ambiances musicales de A à Z. Sylvain a posé les textes sur la musique qui existait déjà. C’est la seule différence que l’on peut noter par rapport aux précédents albums.

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(Photo : Cédrick Nöt)

Je crois savoir qu’à la base, c’est la partie duo qui a émergé dans vos têtes.

SD : A force de faire des partages en visio, comme beaucoup d’artistes le faisaient pendant le premier confinement, on a commencé à revisiter des morceaux à nous et à inviter d’autres artistes. C’était fort de recevoir l’émoi des autres. Nous étions tellement impressionnés de voir comment ils s’appropriaient nos chansons que nous nous sommes dit que ce serait bien de faire ça sérieusement pour un album. 

Clip officiel de "Tu seras la dernière" avec Lola Dubini.

En plus, vous n’avez pas placé tous vos duos parce qu’il n’y avait plus de place sur le disque.

FD : En effet, d’autres titres étaient prêts et on nous a appris qu’un album faisait 70 minutes et 30 secondes.

SD : On était partis sur l’idée de reprendre tous nos titres phares et ceux qui sont les plus forts en live, comme « Bruxelles » et « Emmène-moi ». Cela dit, il y en a des moins connus. « Comment ça tue » avec Claudio Capéo et « Tu seras la dernière » avec Lola Dubini. C’est devenu un best of  hybride.

FD : Il y a aussi des chansons que l’on a créées pour d’autres artistes. C’est le cas de « Viens » avec Yannick Noah et « Tous les deux » avec Patrick Bruel. Ces chansons ne font donc pas partie de notre répertoire, mais on leur a demandé si on pouvait les reprendre dans l’album avec eux, histoire de chanter avec des gens qui ont compté dans notre histoire, qu’ils soient très connus ou inconnus.

SD : Oui, il y a Bruel comme les sœurs Doya dont l’une d’elles a été saxophoniste chez nous pendant trois ans. En tout cas, les 12 duos de cet album sont tous avec des gens que l’on connait et que l’on apprécie.

Clip officiel de "Emmene moi" avec les LEJ.

Vous êtes toujours dans le partage depuis le début de votre carrière.

SD : Inviter des gens sur nos albums et sur scène est une vieille habitude. Tout le temps, nous partageons un maximum.

Vous avez été intégrés dans une stupide polémique avec vos concerts où le public était dans les voitures pour vous voir à Albi et à Tarbes.

SD : C’est amusant parce que j’ai appris cette polémique avec un post que tu avais écrit. J’ai compris qu’il y avait une polémique, mais je n’ai pas cherché plus que ça.

FD : Nous, on nous a demandé de jouer, on a accepté et bénévolement. Les seuls personnes qui ont été payées, c’était les prestataires locaux et les techniciens. Ça leur a permis de vivre le temps d’une soirée. C’était un acte citoyen. Le concert a été énormément relayé par les médias donc il y avait les pour et les contre. Les médias adorent les contre.

Aux Victoires de la Musique 2020, avec Vianney, "Allez reste".

Ça vous atteint les critiques ?

SD : Personnellement, si ça m’atteint, ça ne va pas me démolir.

FD : Nous ne lisons pas les critiques. Parfois, on  nous dit qu’on s’est fait déglinguer  parce que nous sommes trop populaires.

SD : Si quelqu’un nous déglingue sur Facebook, mon premier réflexe, c’est d’aller boire un café avec lui pour comprendre où est le problème. Après, c’est une affaire de goût. C’est le lot de chaque artiste.

FD : Je trouve que nous sommes plutôt préservés.

Clip officiel de "Tous les deux" avec Patrick Bruel.

Vous êtes dans la production pour d’autres artistes en ce moment, c’est pour prévenir l’avenir ?

FD : Ca rejoint le fait que dans notre nouvel album, il y a des gens connus et d’autres pas connus. Nous avons envie de monter notre propre label, Home, pour donner la chance à d’autres artistes. On aimerait produire deux artistes par an. On va endosser cette nouvelle casquette et c’est un défi de taille.

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Avec Sylvain Duthu et Florent Dasque le 21 octobre 2020.

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16 mars 2021

Carole Masseport : interview pour En équilibre

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(Photos studio : Frank Loriou)

carolemasseport2020-190.jpgIndépendante depuis toujours, Carole Masseport sort un troisième album autoproduit, En équilibre. Il est brillant, touchant et souvent émouvant. Textuellement, des chansons comme "Si elle m'aime" et "Cœur de dentelle" m'ont impressionné. Une Gainsbourg au féminin, sans le scandale (et encore...) Elle parle d’amour (qui ne rime pas forcément avec toujours), mais nous offre aussi quelques pépites sociétales dont elle ne nous avait pas habitué. Et ça lui va bien.

Le 5 mars dernier, je suis allé chez elle pour évoquer ce disque aussi intemporel que moderne. A l’issue de l’entretien, deux invités sont arrivés. Son guitariste Geoffrey Bouthors et son complice de la chanson « En équilibre » (voir plus bas), Jipé Nataf. Très belle surprise…

Son site officiel.

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Pour acheter le disque.

Biographie officielle :

Gracile et aiguisée. Flottante et éveillée. Carole Masseport poursuit sa quête de vertige et de passion, se moque des tendances pour ne s'en remettre qu'à la spontanéité créatrice. Un autre chapitre certes, mais comme un instant suspendu, une vapeur d'écume entre deux vagues. Le précédent, A la fin de l'hiver publié en 2017, ordonnait la prise de pouvoir du sentiment amoureux et des teintes seventies de la basse. Déjà, un désir, ne pas s'inscrire dans le temps. Avec En équilibre, la jeune femme n'a pas réprimé ses velléités d'aller plus loin et livrer un album studio qui puisse donner l'illusion d'être un classique instantané et intemporel.

Dotée de formations à portes d'entrée multiples - théâtre, gymnastique artistique, danse, chant lyrique, chanson - en liberté non surveillée durant quatre ans au sein d'un power punk-rock féminin, Carole Masseport jette des ponts vers d'autres rives. Soif d'apprendre. Soif de transmettre aussi. Depuis A la fin de l'hiver et une place de finaliste au prix Moustaki, elle a notamment intégré l'équipe des contributeurs du Chantier des Francofolies de La Rochelle en tant que professeur de chant et a accompagné la naissance du premier spectacle des artistes de hip-hop Oboy et Chilla. Ce savoir-faire arrive même jusqu'aux oreilles d'Angèle. La chanteuse belge, symbole de toute une génération, l'intègre à son staff.

Le disque (argumentaire de presse) :enquilibre_cover HD.jpg

Introspective et nostalgique, Carole Masseport. Qui plonge dans les méandres de sa mémoire vive, feuilletant discrètement les pages d'un journal de bord bourrées d'instants sensoriels, d'émotions fugitives et de sentiments sensibles. Des amours, bien sûr. Celui qui réclame le droit à la seconde chance (A ma place), celui des rendez-vous manqués (On se remet de tout), celui des attentes géographiques (Rien n'y fera), celui de l'autodestruction (Cœur de dentelle), celui en forme de supplique à la mère (Si elle m'aime). Il y a là une fêlure qui ne s'avoue pas totalement, des regrets en pointillés, des maux croisés au détour d'un échec, une belle mélancolie latente à l'image du morceau d'ouverture qui s'accroche à la racine inépuisable, Barbara.

Les mélodies multiplient les courants d'air chaud, mélangent les textures organiques et électroniques, libèrent parfois des effluves cap-verdiens et africaines (Calais et son refrain attrape-cœur). Être primesautière et légère pour désamorcer le drame. Parce que Carole Masseport s'affirme aussi ici en auteure, dégagée de la question longtemps paralysante de légitimité. Elle fait notamment face aux mots pour dépeindre la saynète d'indifférence générale autour du sort réservé aux migrants (Garavan). Les chansons avancent dans l'axe d'un récit, impressionnistes, élégantes, polychromes. En clin d’œil à sa participation au stage d'Astaffort et à sa distinction  en 2016 au concours Vive la Reprise parrainé par Francis Cabrel, elle s'aventure Hors saison. Son exploration du beau.

L’équipe :

Sur ce troisième album solo, elle s'entoure d'une flopée de garçons très fréquentables : Alain Cluzeau et Dominique Ledudal à la co-réalisation, Alexis Campet aux arrangements, Jean-Jacques Nyssen à la co-composition, Albin de la Simone aux claviers, son complice scénique Geoffrey Bouthors aux guitares.

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(Photo : Frank Loriou)

Interview :

« On se remet de tout » est un constat d’échec de tout un tas de choses ?

J’ai décidé de m’arrêter de faire semblant de m’accrocher à des illusions. Dans  cette chanson, je regarde ma vie en face. J’ai eu de nombreux échecs (couple, maternité, carrière…), dont certains sont regrettables et d’autres pas si mal, en fait. Il y en a qu’il faut juste accepter parce que ça fait partie de mon parcours et que ça m’a construit. Je ne suis pas précise dans les images, parce que je préfère poétiser mes propos.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien du FCM.

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Tu évoques dans deux chansons, « Calais » et « Garavan », les migrants. On ne te connaissait pas dans ce genre de thème…

Garavan est la ville frontière entre Menton et la ville italienne Vintimille. C’est marrant ce nom parce que c’est vraiment la ville où il y a la gare avant la frontière.

Comment as-tu connu Garavan ?

Je descends à Menton quand je veux écrire. C’est très facile de prendre le TER pour aller en Italie. Ce que j’ai écrit dans cette chanson est vrai, même si légèrement romancé. Un jour à Garavan, je vois des militaires super armés accompagner de manière désinvolte un petit africain dans un K-way trois fois trop grand pour lui alors qu’on est en plein été. Ils l’ont remis dans le train. Du coup, arrivée à Vintimille, je l’ai suivi. Il a rejoint un groupe d’africains qui attend le moyen de passer la frontière.

C’est la première fois, il me semble, que tu traites ce genre de sujet.

C’est vrai. On peut parler de chansons engagées. Disons que si ce ne sont pas deux chansons à charge, il y a quand même un point de vue.  C’est la première fois que j’ose m’exprimer sur des sujets au-delà de moi-même. Depuis le début, j’ai besoin que ce que je raconte soit vrai, c’est pour cela que je parlais uniquement de moi. L’authenticité était là. C’est peut-être la maturité ou la vieillesse (rires), mais désormais, je sors de ce chemin-là. Je crois en mes idées. Quand quelque chose m’est insupportable, je ressens le besoin de le raconter, même si c’est avec ma douceur. Je ne suis pas une violente.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien du FCM.

Ce disque parle beaucoup d’amour, dont « A ma place ». Une chanson très intime.

Elle raconte le droit à exister quand on est la femme de la deuxième vie d’un homme qui a déjà eu une famille, des enfants…  Quand l’homme quitte sa famille, il est empreint d’une énorme culpabilité, mais quand on est la nouvelle compagne, on la porte aussi. Ce sont des moments pas faciles. C’est une chanson qui dit « j’ai le droit au bonheur, vous savez, je ne suis pas le monstre que vous pensez ».

Dans « Si elle m’aime », tu parles de quoi ?

Quand j’ai écrit cette chanson, il y avait un vent de sororité qui soufflait, mais j’avais surtout deux axes dans ma tête. Un axe amoureux, car je traversais une passion amoureuse avec une femme. J’évoque aussi un peu inconsciemment ma mère réclamant de l’amour à sa propre mère. Bizarrement, la première fois que j’ai fait écouter cette chanson à ma mère, j’ai compris que je m’adressais aussi à elle quand elle s’est mise à pleurer.

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Carole Masseport et son guitariste Geoffroy Bouthors.

« Rien n’y fera » est une chanson d’amour mouvante.

C’est une déambulation de quelqu’un qui attend l'être aimé, mais en bougeant. De métro en métro, elle arrive à la gare. De la gare, elle va à la mer. Elle la traverse jusqu’en Angleterre. Elle attend une personne, mais finalement sans vraiment l'attendre puisqu'elle ne cesse de bouger.

Pourquoi as-tu repris « Hors saison » de Francis Cabrel ?

Ce titre a été réarrangé par Jean-Jacques Nyssen. Elle a été conçue pour un tremplin de reprises. J’ai estimé qu’elle était juste et qu’elle s’intégrait bien dans mon album. C’est une chanson très actuelle, étant donné qu’elle évoque une ville très désertée.

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(Photo : Frank Loriou)

Comment Albin de la Simone est arrivé dans cette aventure ?

J’avais très envie de faire un album avec lui. Je lui avais envoyé mon deuxième album, A la fin de l’hiver, et comme j’avais dû être penaude, il m’a répondu qu’il ne fallait pas que je m’excuse d’écrire de bonnes chansons. Il avait notamment beaucoup apprécié « Ephémère ». Je lui ai alors dit que je révérais de faire un album avec lui. Il y a deux ans et demi, il était très pris, donc il a décliné. Au dernier moment, j’ai voulu refaire des claviers, je l’ai donc recontacté et cette fois-ci, il a accepté. Il est donc venu une journée au studio et a fait les claviers de 7 titres, le tout dans une ambiance amicale.

Et Jipé Nataf ?

Je l’adore depuis des années, mais je ne le connaissais pas vraiment. Un soir, il est venu me voir en concert et m’a beaucoup complimenté après ma prestation. Ça a fait du bien à la jeune artiste que je suis et aussi à mon ego (rires). Quand on a commencé à travailler ensemble pour ce duo, « En équilibre »,  j’étais très impressionnée par sa présence parce qu’il représente beaucoup pour moi dans la pop française. Comme Albin, humainement c’est quelqu’un de bien. Il est gentil, amical. En plus, il a les pieds bien sur terre et la tête sur les épaules.

Réalisé par Michaël Terraz. Produit par Alice aux Pays des Merveilles avec le soutien de la SCPP et du CNC.

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Carole Masseport et Jipé Nataf.

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Désolé, je n'ai pu m'empêcher tellement j'aime cet artiste depuis toujours.

Comment écris-tu ?

Rarement d’une traite. J’ai plein de carnets dans lesquels j’écris des débuts de chansons. Je cherche des angles sur un thème, puis je développe. Je fais plein d’essais jusqu’au moment où je suis satisfaite. Je jette aussi pas mal. Comme je ne fais pas beaucoup de disques, toutes les chansons que je mets dedans doivent être ciselées. Je veux les aimer très fort et longtemps.

C’est pour ça que ta musique est intemporelle ?

Tout à fait. Je fais en sorte que ma musique ne vieillisse pas. Je ne cherche pas la modernité à tout prix, mais j’espère que mes chansons, elles, sont modernes.

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Après l'interview, le 5 mars 2021.

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02 mars 2021

Gilles Paris : interview pour Certains cœurs lâchent pour trois fois rien

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Photo Gilles Paris 21 (c) Didier Gaillard-Hohlweg.jpgGilles Paris est l’auteur de huit romans qui ont tous connu un succès critique. Son best-seller Autobiographie d’une courgette a fait l’objet d’un film césarisé et multirécompensé en 2016. Je connais Gilles depuis les années 2000, lui étant attaché de presse et moi journaliste (parfois) littéraire, nous avons « travaillé » ensemble. Puis, je l’ai interviewé pour des livres qu’il a écrit (mandorisation là en 2012, en 2014, en 2017 et en 2018)… enfin, nous sommes devenus deux personnes qui aimons bien nous croiser. Souvent.

En lisant Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, récit dans lequel il raconte notamment huit dépressions (et tellement plus que cela), je me suis fait la réflexion qu’on ne connait jamais bien les gens que l’on fréquente. Ce livre est une leçon pour moi. Il faut ouvrir un peu plus les yeux devant nos amis… ils peuvent faire illusion, donner le change. Je n’ai strictement rien vu de la mélancolie de Gilles Paris et je m’en veux. Il me fallait donc lui en parler.

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« Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. »

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l'auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. « Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Photo Gilles PARIS 1 (c) Celine NIESZAWER.jpgInterview (c) Celine Nieszaer):

Huit dépressions en trente ans de vie. A raison de huit mois par dépression au minimum, ça commence à faire beaucoup d’années de ta vie. Et comme deux dépressions ne se ressemblent pas, ça devient compliqué. Alors que je te voyais souvent, je n’ai rien remarqué de ta mélancolie. Cette mélancolie, qui, expliques-tu, prend toute la place.

Même mon amie d’enfance, Véronique, que je cite dans le livre, n’a rien vu. Quand elle a lu les premiers articles sur le livre, elle est tombée de sa chaise. C’est vrai que j’ai toujours été discret par rapport à ça, non pas parce que j’en avais honte, mais c’est délicat d’annoncer que l’on a cette maladie. Parfois, j’ai été obligé de l’annoncer à mes employeurs de l’époque parce qu’il m’est arrivé d’être hospitalisé un an. Ça se remarque quand tu es censé travailler tous les jours. Pendant certaines dépressions, j’ai continué à travailler comme si de rien n’était. Tant que tu ne dis pas aux gens que tu ne vas pas bien, pourquoi le devineraient-ils ? Cette une maladie que l’on peut cacher sur son visage. J’évitais juste de ne pas prendre un verre d’eau ou un café parce qu’à cause des tremblements, j’en aurais été incapable.

C’est à cause des antidépresseurs ?

Je prenais le plus vieil antidépresseur qui existait. Il m’a sauvé, mais il a le défaut d’avoir beaucoup d’effets secondaires. D’abord, il met trois semaines à rentrer dans le sang, il fait trembler, suer, transpirer, il ralenti ton cerveau et il fait prendre beaucoup de poids.

Ton livre m’a fait toucher du doigt que l’on ne fait pas gaffe aux gens que l’on connait…

Encore une fois, comment veux-tu comprendre que derrière un sourire de clown, tout se déglingue sérieusement ? Donner le change, faire semblant, ce n’est pas très compliqué.

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Tu as compris très vite à quel point les médecins étaient importants.

Quand on ne va pas bien, il faut parler avec un médecin. Ils sont là pour ça. C’est leur métier. Ce n’est pas le métier de ton mari ou de ta femme, ni de tes meilleurs amis. Eux, ils font ce qu’ils peuvent. Chacun donne ce qu’il veut dans la vie, donc, il ne faut pas leur demander trop non plus parce qu’ils ont, eux aussi, leurs soucis quotidiens, leurs pressions…etc. Ta dépression ne fait qu’augmenter leurs problèmes. Par élégance ou par soucis de ne pas peser sur les uns et sur les autres, j’ai décidé de plus me lâcher avec mes médecins ou avec les patients des hôpitaux qu’avec mes proches.

Quand tu parles des médecins, tu évoques des psychanalystes?

Des psychanalystes, des psychologues et des psychiatres. Ce sont trois métiers différents. J’ai fréquenté les trois.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

Tu écris dans ton récit que tu es à l’aise avec les psychanalystes. Notamment avec un certain M.

Ce n’était pas un ami, parce qu’on n’est jamais ami avec son psychanalyste, mais on s’est quand même vus pendant 25 ans. Pas 25 ans bout à bout, mais quand même… Il y a eu des moments où j’avais besoin de liberté et besoin de ne plus le voir. Pendant les séances, on parle beaucoup de soi. Cela finit par lasser. En tout cas, nous avions une belle relation ensemble. Elle était égale. C’était un homme qui faisait attention à ce que j’étais et à ce que je devenais. Il m’a repris à chaque fois que je voulais revenir vers lui. Ce qui est joli, c’est que, lorsque j’ai fait ma première dédicace pour ce livre chez Gallimard, boulevard Raspail, dont il est client régulier, il m’a laissé un très beau mot dans lequel il avait l’air de valider tout ce que j’avais dit sur lui dans mon livre. Ça m’a beaucoup touché.

Tu as fréquenté des tas d’établissements psychiatriques, souvent et longtemps, tu me l’as dit tout à l’heure. Dans ton récit, tu écris sur ces établissements : « Je n’ai été vivant que sur la forme, jamais sur le fond ». Ça veut dire que tu n’existais pas ?

Il y a quelque chose de cela. On existe, évidemment, mais on est dans un autre univers. La plupart des hôpitaux et des établissements psychiatriques ont des très hauts murs. Tu te sens protégé. Je me souviens que lorsque j’avais mes premières permissions pour rentrer chez moi, j’étais comme une sorte de visiteur. Je ne me sentais pas chez moi. Je n’avais qu’une envie, rentrer chez moi, mais chez moi, c’était à l’hôpital. J’étais coupé du monde. Je ne suivais plus du tout l’actualité. Dans cet isolement, je me sentais épargné et protégé.

Tu écris même: « Je suis incapable d’ouvrir un magazine. J’attrape la douleur d’autrui comme la gale. La détresse me fend et s’enfonce en moi comme une épée. »

Cette hypersensibilité est une des raisons pour lesquelles j’ai eu toutes ces dépressions. Des gens comme moi ont une fêlure et j’étais là pour la soigner, comme les autres patients. Ça nous empêche tous de dépasser certaines choses. Par exemple, quand je regardais le journal télévisé, les mauvaises nouvelles qui étaient annoncées étaient décuplées, démesurées, amplifiées d’une façon épouvantable. Par exemple, la peur devenait panique.

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(© Didier Gaillard-Hohlweg)

C’est curieux parce qu’à une époque où la parole se libère, la dépression reste encore un sujet tabou.

Oui. Pourtant je rappelle qu’il y a une personne sur sept qui souffre de la dépression. 3 millions en France et 300 millions dans le monde.

Tu racontes que tu as fait des tentatives de suicide. Médicaments à forte dose et Whisky. Tu ajoutes : « Défier la mort est une comédie dangereuse ». Pourquoi  une comédie ?

Je n’avais pas vraiment envie d’en finir, j’avais surtout envie d’autre chose. Plus exactement, j’avais envie qu’il se passe quelque chose dans ma vie que je trouvais trop triste et trop monotone. Pour moi, une tentative de suicide était un énorme appel à l’aide. C’était très bien orchestré. Je laissais la porte de mon appartement ouverte, je prévenais mon mari, Laurent, ou une amie, et je savais qu’on me retrouverait et qu’on appellerait les secours et que j’irais directement dans un hôpital psychiatrique. C’était absurde, mais je n’y pouvais rien.

La dernière fois, tu t’es réveillé d’une tentative de suicide avec à tes côtés un médecin qui t’a parlé.

Il m’a dit très gentiment : «  A dose équivalente, un autre patient aurait pu y rester. Certains cœurs lâchent pour trois fois rien »… d’où le titre. Cette phrase a raisonné en moi comme un gong puissant. Elle a eu un effet catharsis. On a beau calculer sa tentative de suicide, on peut tout de même y rester à cause de l’absorption des médicaments. C’est très inconscient comme geste, car le danger est là. Pour moi, réussir un suicide, c’est de rester vivant. J’aime profondément la vie, c’est ça le paradoxe de l’histoire

Tu as publié huit livres, dont tu dis que chacun est  une réponse à la violence de ton père. Violence gp2.jpgphysique et verbale. Je me suis demandé laquelle de ces deux violences laissait le plus de traces en soi. S’entendre dire, « tu ne vaux rien, tu ne feras rien de ta vie, tu es une merde » ou recevoir des beignes ?

Je crois que c’est la première, parce que ces phrases ont raisonné longtemps en moi comme un échec. J’avais beau regarder par-dessus mon épaule, de voir la vie qui était la mienne se dérouler sur un tapis, avec des moments et des rencontres formidables, des livres qui ont bien fonctionné, des succès dans mon métier d’attaché de presse, chaque fois que je vivais un échec, même petit, j’en revenais aux phrases de mon père et je me disais : « Il a raison, je ne suis qu’une merde ». Ça a été très dur de me débarrasser de ça, mais j’ai enfin fini par y parvenir au bout de 25 ans de travail avec un psychanalyste.

C’était beaucoup plus douloureux intérieurement que les coups que tu as reçu.

Mon père était un homme colérique et, souvent, les gens qui se mettent en colère se mettent en colère pour des raisons qui ne sont pas celles qu’ils imaginent. Mon père a été abandonné par le sien. Il a reproduit un schéma. Je me suis pardonné beaucoup de choses et j’ai pu ainsi/aussi lui pardonner.

gp.jpgPenses-tu qu’avec les succès de tes livres, ton père a été fier de toi ?

Je le pense parce que je sais qu’à un moment donné, quand je l’ai revu après la parution de mon premier roman, il avait collecté les articles de presse dans un album. Il aimait bien l’idée que ma sœur, Geneviève, qui est chanteuse et écrivain, et moi, soyons des artistes. Par le passé, mon père avait tenté de chanter. C’est curieux, il avait une certaine fierté mélangée à une indifférence envers nous. Nous ne nous sommes pas vus à deux reprises pendant 15 ans… ça fait presque 30 ans d’absence dans une vie. C’est beaucoup.

Ce n’est pas dans le livre cette histoire d’album. Ca dit pourtant des choses.

Tu as raison. Je ne l’ai pas écrit parce que je n’y ai pas pensé. La lettre d’ouverture est une lettre que j’ai écrite il y quatre ans maintenant. C’est une lettre qui m’a permis de sortir de ma dernière dépression. C’est un ami photographe, celui de la photo sur le bandeau de la couverture du livre, qui m’a poussé à écrire à mon père, même si je ne lui envoyais pas la lettre. Une fois que j’ai su que j’allais écrire un livre sur tout ça, j’ai retravaillé cette lettre littérairement.

Je connais ta pudeur Gilles. Quand on se voit, tu ne dis jamais rien sur toi. Tout à coup, tu lâches tout. Ta vie sexuelle notamment. On passe du non-savoir à : « on sait tout de ta vie »… ou de tes vies d’ailleurs. Le grand écart, quoi !

(Rires) En écrivant ce livre, j’ai eu l’impression que j’étais nu au milieu de la foule, mais en même temps, c’était comme  si les gens ne faisaient pas vraiment attention à moi. C’était juste moi qui me sentait mieux dans la foule. Je n’ai pas cherché à choquer le lecteur, mais je crois que c’était important qu’il ait tous les éléments en main… et encore, je n’ai pas tout raconté.

Quelqu’un d’aussi pudique que toi qui se livre autant, ça touche au cœur. Je t’ai envoyé un sms Photo Gilles copie.jpgquand j’ai fini ton livre pour te dire combien j’étais avec toi et fier de te connaître. Je sais que beaucoup d’amis à toi ont fait la même chose…

J’ai toujours eu un rapport énorme à l’amour et à l’affection que les gens me portent, alors j’ai évidemment était très touché de tous ces messages amicaux. Je ne peux pas m’empêcher d’aimer beaucoup de gens dans ma vie. Je suis comme ça. Je tiens aussi à souligner l’importance de mon mari Laurent. Il m’a aidé à traverser toutes ces épreuves. Il venait me voir presque tous les jours dans les hôpitaux où j’étais. Je le sentais souvent démuni. Il me demandait quand j’allais rentrer à la maison. Il voulait dire : « C’est quoi la maison sans toi ? ». Ça a provoqué parfois des choses terribles. Moi, je me disais : « Mais qu’est-ce que j’ai qui ne va pas qui fait autant souffrir les gens que j’aime ». On a traversé dans notre couple des moments difficiles, mais il a été très patient. Laurent a dégusté. Il ne faut pas croire que c’est rigolo tous les jours de retrouver le soir son mari dans un état de tristesse infinie. Il m’a boosté par moments, il m’a engueulé par d’autres, il a été très gentil, attentif et généreux par d’autres encore.

Tu dis que tu as donné régulièrement ton sperme pour plusieurs cabinets de gynécologie pendant 12 ans et, donc, fait naître des centaines d’enfants… Voilà quelque chose qu’on ne savait pas de toi.

Il faut replacer ça dans le contexte. J’avais 18 ans. J’ai fait toutes sortes de petits métiers qui me faisaient gagner de l’argent. J’avais déjà mon premier appartement, il fallait bien payer le loyer et assurer les sorties du week-end. Oui, j’ai donné mon sperme, j’étais payé 350 francs à chaque fois, mais j’ai aussi testé des médicaments qui n’étaient pas encore lancés sur le marché et j’ai travaillé en usine.

9782259200073_1_75.jpgOn apprend que tu connaissais des gens comme Christophe de Rocancourt et surtout Françoise Sagan et sa compagne Ingrid avec lesquelles tu as fait les 400 coups. Tu as fait partie de sa cour.

J’étais l’attaché de presse du livre de Françoise, Derrière l’épaule, j’ai donc passé beaucoup de temps avec elle. J’étais fan d’elle au sens littéral du terme, alors quand j’ai su que j’allais défendre un de ses livres, ça m’a rendu vraiment heureux. Nous nous sommes plutôt bien entendus, donc on a fait beaucoup de choses ensemble. J’ai même habité chez elle, mais c’est là que je me suis rendu compte  que ce n’était plus possible pour mon équilibre. Comme je le raconte dans mon récit, ça m’a conduit vers une des dépressions que j’ai connue.

Tu as écrit : « Quand on s’assoit face à son psychanalyste pendant plus de 20 ans, rien n’est comparable au bonheur d’écrire. L’écriture ne bouscule pas comme l’analyse. » Plus loin : « L’écriture n’est pas une thérapie pour moi, elle est  ma vie, en dehors de la dépression ».

Pendant les dépressions, je n’ai pas pu écrire. J’ai essayé, mais il faut que je sois bien pour écrire. Tout ce que j’écrivais était stérile et pas bon. Beaucoup d’écrivains ont besoin de la souffrance pour écrire, moi, c’est le contraire. Puisque l’écriture pour moi est une forme de bonheur et de bien-être, il faut que je sois bien dans ma tête.

Je comprends mieux cette phrase dans ton livre : « Ecrire parfois, c’est faire l’amour. L’emballement. L’excitation. »

Quand ton roman prend un virage auquel tu ne t’attendais pas, c’est jouissif. C’est comme si ça libérait des endorphines. C’est comme une jouissance que tu aurais après avoir fait l’amour.

Parfois, dans tes romans, tu as écrit l’inverse de ce que tu as vécu. Et cela t’a libéré. « La fiction a pris le pas sur la réalité et mon imaginaire s’est nourri de la vie de mes personnages. »

Il est toujours question de la distance dans l’écriture. Je n’aurais jamais pu écrire ce livre en étant tout juste sorti d’une dépression. Il m’a fallu du temps avant de l’écrire, d’ailleurs je l’ai écrit très facilement et sans aucun problème. Dans mes romans, je prenais de la distance avec ce qui me heurtait, me faisait du mal, en inversant les rôles ou les personnages.

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Tu dis que « le monde de l’édition est très conservateur, et par extension très hypocrite. Je me suis toujours senti en marge ». Tu ne vas pas te faire que des copains avec de telles déclarations…

Je l’ai souvent dit, ce n’est pas un secret. Tout ce qui est conservateur est toujours un peu hypocrite. Dans le monde de l’édition, on n’échappe pas à ça. J’ai 35 ans dans ce milieu et oui, je me suis senti en marge, mais j’ai fait tout ce qu’il fallait pour me sentir ainsi. En n’allant pas dans les cocktails ou dans les prix littéraires et en créant une forme de distance avec les gens qui travaillent dans ce milieu. Dans la vie, je n’ai jamais cherché à plaire à tout le monde. On m’a raconté une anecdote à propos de Patrick Besson. Il rencontre dans une soirée un journaliste qui avait écrit un papier terrible sur un de ses livres. Besson va droit vers lui en lui serrant la main et lui dit : « Merci infiniment pour ce que vous dites sur moi. » Il a profondément raison et j’aurais ce genre d’attitude dans la vie par rapport à mes ennemis ou aux gens qui ne m’aiment pas. Il ne faut pas leur donner de l’importance. Ils n’en ont pas. Les gens qui ont de l’importance, ce sont ceux qui vous aiment, qui vous soutiennent  et qui sont à vos côtés. Bref, je n’ai pas l’impression de balancer quand je dis que le milieu est conservateur et donc hypocrite, car c’est simplement la vérité.

Cela dit,  je sais que tu adores ton métier d’attaché de presse.

Je n’ai pas du tout l’intention de l’arrêter alors que je pourrais aujourd’hui parce que mes livres me rapportent suffisamment d’argent. Je ne le fais pas parce que c’est une forme d’équilibre qui me convient très bien et j’ai encore beaucoup d’éditeurs qui me font confiance. Je veux travailler le plus tard possible tant que la santé sera là.

Tu t’es occupé de très nombreux auteurs et tu n’es ami qu’avec cinq au maximum. Je sais que tu n’es pas fasciné par les écrivains, ni par la célébrité.

C’est bien que tu le rappelles. Je suis juste fasciné par les vivants, par les gens qui ont en eux la capacité de s’émerveiller par rapport à la vie et d’être généreux et humain. C’est eux qui me fascinent. Des vivants, il n’y en pas beaucoup chez les auteurs. Ceux que je connais, je les ai gardés comme amis. C’est le cas notamment de Nathalie Rheims, Janine Boissard ou Olivier Poivre d’Arvor. Ils ne sont pas nombreux, je t’assure.

Ton livre est sous-titré, « De l’ombre vers la lumière ».  Je me suis demandé pourquoi, puis, je suis tombé sur cette phrase : « Toute ma solitude, enfant et adolescent, m’a permis de trouver à l’extérieur des personnes qui m’ont, elles aussi, élevé, mais cette fois-ci vers la lumière. Je leur dois d’être un homme heureux aujourd’hui. Même les gens normaux ont droit au bonheur. »

Aller vers la lumière, c’est ce à quoi on rêve tous. Personne, à priori, ne souhaite aller vers les ténèbres. Parce que j’ai fait une analyse très longue, j’ai aujourd’hui tendance à vouloir m’élever plutôt qu’à vouloir me rabaisser. C’est essentiel d’aller vers la lumière.

C’est amusant cette  réflexion parce qu’en 2018, tu as écrit un recueil de nouvelles qui s’intitule La lumière est à moi et en 2019 un livre jeunesse qui s’appelle Inventer les couleurs.

Le mot lumière est assez présent dans mes livres parce que j’y crois beaucoup. Tu sais, s’élever, ce n’est pas s’élever seul. C’est emporter les autres avec soi.

Je vais te poser une question nulle. Tu écris dans ce récit : « Une épidémie aurait traversé la planète, je n’en aurais rien su ». Tu as écrit ça avant la pandémie ?

Oui (rires). Personne ne l’a remarqué à part toi. C’est exactement ce que je pensais à l’époque quand j’étais dans les hôpitaux. Mais c’était bien avant le Covid, évidemment.

En écrivant ce livre, tu n’as pas eu peur que cela te ramène à des choses qui auraient pu te refaire tomber en dépression.

Pas moi, mais mes proches, dont Laurent, oui. Cette malédiction de la dépression s’est arrêtée. Mais pour me protéger, quelque que soit mon emploi du temps, je m’octroie toujours dans la journée une dose de légèreté et de bien-être.

18 février 2021

Jeanne Rochette : interview pour La malhonnête

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(Photo : Frank Loriou)

Après 10 ans au Québec et un 1er album, Elle sort, paru en 2010, Jeanne Rochette est de retour à Paris, sa ville natale, depuis quelques années. Je l’avais mandorisée une première fois pour son 2e album, Cachée, en 2016. Son 3e album, La Malhonnête, vient de sortir.

La Rochette cru 2021 est plus ancrée dans le présent, plus rock, plus frontale, en adéquation avec son énergie sur scène. Si la révolte est en elle, on sent tout de même une sérénité que je lui connaissais peu.

Le 10 février dernier, je me suis rendu chez la chanteuse comédienne pour en savoir plus sur son évolution artistique…

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l’album.

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alex Jaffray) :

Jeanne Rochette n’est pas ce petit bout de femme qu’elle veut bien nous donner en pâture.
Cette distorsion de la réalité est encore plus saisissante à l’écoute de ce nouvel album.
La « malhonnête » aurait-elle « cachée » son jeu ?
De « Cachée » à « Malhonnête », il y a un album, il y a surtout un voyage.
La robe à fleur a laissé place au cuir, et les histoires qu’elle égrène depuis 10 ans sont plus cinglantes.
« Pas dupe », « Pathétique », « Quand je m’aime pas ». Effeuiller les titres de ce disque nous donne le sentiment d’une introspection sur sa part d’ombre, alors qu’en fait ce sont des chansons lumineuses.
« Malhonnête » mais sincère, c’est toute la dualité de cet album.
Ce n’est pas un album autocentré, c’est un album miroir, on s’y retrouve, on s’y perd avec plaisir. Les paroles sont précises, les guitares plus saturées, la basse pose les fondations et le piano sert de socle à l’écriture. Et quand le sujet est plus sensible, les cordes viennent nous envelopper.
Une forme d’urgence ressort dès la première écoute, l’énergie que Jeanne Rochette réservait habituellement à la scène est insufflée dans ces 12 chansons.
Tour de force pour celle qui déployait une onde radieuse et séductrice pour un public captif, signe des temps d’une année amputée de concert, ce disque contient cette énergie pour un public sans salle.
Disque intemporel et ancré dans une réalité de jeune femme aux deux pays.

« Un mélange de fils en bordel » comme dans sa chanson, c’est aussi ça un disque de grande personne.

L'équipe du  disque :

Jeanne Rochette : piano et chant

François Puyalto : basse électrique et choeurs
Côme Huveline : batterie et guitare électrique 

François Bourassa : piano additionnel

Csaba Palotaï : guitare électrique

Olivier Koundouno : violoncelle 
Gaspard Bourassa : chœurs 

Réalisé par Kim Giani
Enregistré par Nicolas Garnaud au studio Spectral, Paris

Mixé par JB Brunhes au studio Le Chantier, Montreuil 

Editing : JB Brunhes et Guillaume Léglise
Masterisé par Alexis Bardinet à Globe Audio Mastering, Bordeaux

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(Photo : Frank Loriou)

jeanne rochette,la malhonnête,interview,mandorInterview :

Dans ce disque, tu retrouves l’énergie du live.

C’est beaucoup grâce à mes premières parties de Cali. Ma rencontre avec Bruno (Cali) a été hyper instinctive et forte. Son énergie sur scène m’a fascinée. Ça m’a donné envie de donner la même, mais mes chansons ne me le permettaient pas. Je ne suis pas une chanteuse de rock, mais je me sens tout de même dans cette veine-là. C’est la raison pour laquelle j’ai évolué musicalement dans cet album. Il me permet d’être plus alignée sur les artistes que j’apprécie, comme Catherine Ringer, Jacques Higelin ou Serge Gainsbourg. Pour moi, ce disque est cohérent avec ce que j’ai envie de donner et de montrer. Il est le reflet de ce que je suis aujourd’hui.

Ce disque a été enregistré rapidement.

En cinq jours. On l’a enregistré avec le groupe comme un disque de jazz. J’ai fait les voix en deux jours. Il y a vraiment une énergie « live ». Maintenant, j’ai envie de le défendre sur scène. Il faut qu’il existe devant un public.

« Chacha décomplexé » n’a pas de musique. Pourquoi ?

A l’origine, nous devions faire cette chanson batterie/voix. J’ai changé d’avis parce que l'ajout de la batterie ne me semblait finalement pas essentielle. Du coup, le texte, parfois susurré, est plus mis en avant. Comme dans les disques de Camille, j’aime bien qu’il y ait des surprises. J’aime l’idée de passer d’une chanson acoustique calme à une autre qui envoie le bois.

Clip de "Quand je m'aime pas". Réalisation et montage : Xavier Curnillon. Direction de la photographie : Yann Manuel Hernandez. Assistante à la réalisation : Maïa Bonpunt. Maquillage/coiffure : Martine Lheureux. Chorégraphie : Jeanne Rochette et Louise Bédard. Tournage au Lion d’or Montréal 2020.

Cet album te montre sous ton vrai jour ?

A l’image de la pochette de Frank Loriou, ce disque est plein de facettes de moi-même, celles en tant que femme et celles en tant qu’artiste. C’était intéressant de creuser dans plein d’endroits de la complexité humaine. J’ai voulu faire comprendre qu’il faut s’accepter dans son entièreté. Dans ce disque, j’assume qui je suis, mes envies et mes désirs, mes défauts et mes qualités.

Quand on est artiste, il faut aussi séduire. Est-ce un disque d’une femme en quête de séduction ?

Non; Aujourd'hui, je me sens plus en paix avec une certaine séduction. J'aime séduire. C'est un métier avec lequel on joue avec ça en permanence. Mais avec le temps, je de moins en moins la crainte de déplaire. Ca va avec l'acceptation de soi. De sa part d'ombre et de lumière. Reconnaitre la faille permet de laisser jaillir la lumière C'est un peu ce que  j'évoque dans le titre "Quand je m'aime pas".

J’ai l’impression que tu es plus irrévérencieuse qu’avant ?

Tu as raison. Je vais oser aller plus loin, je suis plus "punk". J’aime bien ce mot là parce qu’il a un rapport avec l’attitude. J’assume un côté plus brut, plus sale dans le bon sens du terme. Je veux que les choses soient moins lisses, moins parfaites… bref que ça gratte un peu. Je crois que Cali y est encore pour beaucoup dans ces envies-là. Avant, dans mes disques et dans mon comportement, il y avait peut-être plus de détours, désormais, je suis plus frontale à tous les niveaux.

Audio de "La malhonnête".

Ton album s’intitule La malhonnête. Il faut oser se présenter sous ce jour-là !

Comme d'habitude, je voulais trouver parmi les titres de l'album. Au départ, je voulais appeler ça, Le cri. C’est François Puyalto qui m’a fait changer d’avis. Quand il m'a suggéré La Malhonnête, ça nous a paru comme une évidence. J’adore le côté pas "glamour" de ce titre, un peu provocateur dans son ambiguïté. Je voulais faire comprendre que cette « malhonnête » était aussi une femme libre. Dans la chanson qui porte ce titre, la Malhonnête, c'est la peur. La peur peut te faire croire qu’il y a un danger, alors qu’il n’y en a pas vraiment. J’explique qu’il faut prendre le risque d’aller vers sa peur.

C’est ce que tu fais ?

C’est ce que j’ai toujours essayé de faire, mais aujourd’hui, je le réalise le plus possible au quotidien. J’ai vu une conférence de la chercheuse en sciences-humaines Brenée Brown. Elle parlait du rapport entre le courage et la vulnérabilité. Elle disait qu’en se levant le matin, elle choisissait toujours le risque au confort. Je trouve l'idée belle?

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(Photo : Frank Loriou)

Tous les jours, c’est fatiguant, non ?

Oui, mais c’est aussi palpitant. Artistiquement, en tout cas, j’ai envie de me confronter à mes peurs et de les dépasser ou pas. Parce que se confronter à ses peurs, c'est aussi se confronter à ses limites. C’est comme une honnêteté vis à vis de soi. Le disque s’appelle La malhonnête, mais paradoxalement, c’est peut-être le plus honnête de mes trois albums.

Ces chansons parlent donc de toi ?

Ce qui est certain, c’est que dans l’écriture, il y a une intimité. C’est forcément moi et ce n’est évidemment jamais moi. C’est magnifique la liberté que cela donne. Je me planque souvent derrière ce que j’écris, mais pas tout le temps (rires).

Audio de "La sauterelle".

Dans « La sauterelle », tu parles d’une femme qui s’assume totalement.

C’est parti d’un texte déjà existant affirmant que l’apparition de la sauterelle était un bon présage dans la vie. Dans ma chanson, la sauterelle c’est la messagère qui a le pouvoir de rendre heureux et libre par l’Amour avec un grand A. Physique ou pas d’ailleurs, mais je joue l’ambiguïté sexuelle avec humour. Je trouve ça chouette que les filles puissent aussi faire des blagues de cul (rires) en disant des choses tout de même avec un arrière fond sérieux. Parce que finalement c’est encore la même idée « Libérez-vous et n’ayez pas peur de sauter… »

Quand tu commences à écrire, sais-tu où tu vas ?

Pas vraiment. Je ne décide jamais de quoi je vais parler. Je pars souvent d'une émotion, d'un mot et, à partir de là je tire le fil musical. Souvent je découvre un angle inattendu sur l’histoire que je raconte.

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Jeanne Rochette, chez elle, au piano, le 10 février 2021.

Dans « Coup de bol », tu parles du destin.

C’est une chanson sur le lâché prise. Il ne faut pas lutter contre son destin puisque tout est écrit, donc profitons de la vie. Il faut sauter de l’avion en vol, sans parachute… il faut trouver le courage en tout et en nous. C’est une chanson d’émancipation.

C’est donc l’album de l’émancipation ?

J’aime bien cette idée-là. J’espère qu’en écoutant cet album, les gens vont saisir qui je suis en tant qu’artiste. Plus je suis en phase avec moi artistiquement, plus il y a des choses qui se placent dans ma vie. Avec cet album ça me plaisait de brouiller les pistes par rapport à mon image. M’amuser à troquer mon sourire et mes robes à fleurs pour quelque chose de plus brut, plus irrévérencieux effectivement avec mes docs et mon cuir. Avoir la liberté de changer, de surprendre, de se surprendre soi-même, c’est jouissif ! Aujourd’hui, je n’ai plus envie de m’enfermer dans une case, au contraire, j’ai envie d’éclater les frontières.

Bonus: 

Parfois Jeanne Rochette chante en duo avec certains de ses amis artistes. Ce fut le cas le 22 janvier 2021, à l'occasion de la sortie du nouvel album de MontparnassELa vie revolver. D'ailleurs MontparnassE sera l'un des prochains mandorisés.

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Après l'interview...

15 février 2021

Louis Arti : interview pour l'album C'est une parole

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(Photo  : Claude Billon)

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewLouis Arti est auteur, chanteur, compositeur, et poète. Du drame de son enfance, il en fera une œuvre complète. Considéré par certains comme l’héritier de Léo Ferré (je sais, comparaison n'est pas raison), l'auteur de « C'est extra » en personne le recommanda auprès de Barclay, et Louis Arti eut le bonheur de se produire en première partie du grand Léo.

Dans le nouvel album de Louis Arti, C'est une parole, le répertoire est, certes, celui d'un poète de la chanson mais aussi celui d'un compositeur qui sait non seulement parfaitement se mettre en musique mais à, aussi, l'art de servir d'une manière originale les poètes du patrimoine ou les contemporains, sous les formes musicales très variées qu'il pratique depuis ses débuts en 1970 : rock, funk, chanson classique, tzigane, africaine, folk américain, cubaine et blues jusqu'au rap.

Louis Arti, C'est une parole. Et aussi une voix, celle de l’Homme, forte, fragile, tendre, engagée. La mémoire du mal pour en faire naître le bien. La singularité des mots, le cri qui caresse, dixit Catherine Laugier dans le site Nos Enchanteurs.

Voici la première mandorisation de ce grand (et trop méconnu) de la chanson française. Elle a été enregistré le 20 janvier 2021.

Son site officiel.

Sa page Facebook.

Pour écouter l'album : ici ou .

Argumentaire de presse: 

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louis arti,c'est une parole,mandor,interview

louis arti,c'est une parole,mandor,interviewInterview :

Chaque chanson de cet album est dédiée à de nombreuses personnes différentes. Pourquoi ?

J’estime que les chansons ne nous appartiennent pas. Elles appartiennent au public, voire au peuple. Et comme je trouve que la vie passe trop vite, je pense qu’il est essentiel de rendre hommage aux gens que l’on aime. Alors, j’en ai choisi une infime partie.

Vous venez d’un milieu ouvrier où il n’y avait qu’un livre, le Larousse.

C’est la bible du monde ouvrier. Pour moi, ce dictionnaire transformait quelque chose d’abstrait en quelque chose de compréhensible. J’ai appris énormément grâce au Larousse.

Vous écrivez des chansons, mais aussi des pièces de théâtre et des poèmes. L’écriture est la façon louis arti,c'est une parole,mandor,interviewidéale de vous exprimer ?

A partir du moment où je suis parti d’un monde manuel, j’ai commencé à écrire. Ça a été un grand saut de passer du monde ouvrier à un monde intellectuel… comme quelqu’un qui va sur la lune.

Il y a une chanson qui évoque le cinéma, « Ecoute la vieille chanson ». C’est aussi cet art qui vous a poussé vers l’écriture.

J’y allais tous les samedis étant jeune. Quand je regardais les films, je me disais bien qu’il fallait que quelqu’un soit derrière pour écrire les dialogues et l’histoire. Au début,  le cinéma m’a habité beaucoup plus que la chanson. Ce que j’aime dans le cinéma, ce sont les comédiens et les images. Au fond, je suis primaire… un peu comme mon écriture.

Audio de "Le jour de l'heure où je ne t'aim'rai plus". 

Il  y a une chanson d’amour dédiée à Jacqueline, celle qui partage votre vie,  « Le jour de l’heure où je ne t’aim’rai plus ».

C’est l’ange de ma vie, c’est normal que je lui rende hommage. Elle m’est essentielle.

Et vous rendez hommage aux femmes en général dans « Je vous salue madame ».

Dans ma vie, il y a deux femmes qui ont fait de moi un homme. Je dois tout à ma mère et à l’ange de ma vie. Ça ne veut pas dire que les hommes ne m’ont rien appris, mais elles, elles m’ont aidé à me réaliser. En Algérie, quand j’avais dix ans, j’entendais ce que disaient les hommes sur les femmes. A la longue ça formate quelqu’un dans le machisme… je voulu sortir de ce schéma.

Audio de "Les maillots de Fernand".

Etes-vous un chanteur politisé ? Je vous demande ça parce que la chanson « Les maillots de Fernand » est dédiée à François Ruffin.

Pour moi, un poète qui n’est pas politisé n’est pas un poète. Shakespeare et Molière étaient politisés, sinon ils n’auraient aucune valeur. Quand je suis sorti des milieux miniers, les premières personnes qui m’ont fait lire des ouvrages étaient des anarchistes. Ils m’ont fait découvrir des gens comme Nestor Makhno (note de Mandor : communiste libertaire fondateur de l'Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne qui, après la révolution d'Octobre et jusqu'en 1921, combat à la fois les Armées blanches tsaristes et l'Armée rouge bolchévique) et Léo Ferré.

Dans « Je vieillis en t’attendant », vous évoquez le temps qui passe. Ça vous travaille ?

J’ai un rapport avec le temps qui est particulier. Est-ce que ça me vient de l’Algérie, de l’orient ?  Parfois, quand j’étais jeune, des copains arabes ne savaient quel âge ils avaient. Aujourd’hui, quand on  me demande le mien, je réponds : « j’ai 10 ans et 66 » (rires). Sérieusement, pour moi un créateur, tout comme la poésie, n’a pas d’âge. Pour moi, le temps c’est le temps de la création, le temps où je fais et j’attends quelque chose. La vie, c’est comme un grand immeuble. Soit vous prenez l’ascenseur pour aller au dernier étage, soit vous prenez les escaliers. Moi, j’ai pris les escaliers. C’était plus dur et plus long parce qu’il y a beaucoup de marches et on peut faire de bonnes ou de mauvaises rencontres sur les paliers, mais c’est la seule façon de comprendre ce qu’il se passe dans l’immeuble…

Audio de "Ca ne peut pas être vous".

Vous maniez l’ironie et le second degré à la perfection, notamment dans « Ça ne peut pas être vous ».

Là, je m’attaque aux gens de mon quartier. Je ne suis pas sociologue, je suis un gars du peuple. Tous les problèmes de la société ne viennent pas uniquement des gens qui nous gouvernent, des puissants et des riches. Ça peut venir aussi de nous tous. Il faut que nous soyons tous responsables. C’est ce que j’explique avec dérision dans  cette chanson.

Vous n’aimez pas que l’on dise que vous êtes un chanteur engagé.

Parce que je ne le suis pas. Je suis juste engagé avec moi-même. On a tous une mine en nous, il faut simplement l’explorer, et dans le cas d’un créateur, la dévoiler.

Pour vous, il y a deux catégories de chanteurs : les berceurs et les réveilleurs. Expliquez-moi ça.

Les berceurs sont ceux qui m’ont bercé : Tino Rossi, Charles Aznavour en passant par Johnny Hallyday. Les réveilleurs sont ceux qui m’ont réveillé : Brassens et Ferré en tête de lice. Quand on berce, on s’endort et on endort les gens. Les réveilleurs qui m’ont réveillé m’ont permis de sortir de la cité. Ils m’ont dit : « tu vas aller dans le désert, tu vas certainement en  baver, mais tu vas trouver une fleur unique, que tu ne trouveras nulle part dans la ville et dans ta vie ordinaire ». A partir de là, j’ai creusé dans moi-même et j’ai enfin trouvé ce que j’étais.

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A quoi bon sortir un album en 2021 ?

Je vais vous dire quelque chose que vous pourriez trouvez prétentieux. Je ne fais pas de la chanson, je fais du Louis Arti. Quant à 2021, je ne sais pas ce que cela veut dire. Tant que je serai vivant, je continuerai à explorer ce que je trouverai dans le corps de Louis Arti et je continuerai peut-être à en faire des disques.

Vous  avez une façon d’interpréter vos textes sans nulle autre pareille.

J’écris des textes qui n’ont pas spécialement rapport avec la musique. Parfois même, ils n’ont strictement rien à voir. Les deux font leur vie indépendamment. Je suis donc obligé de les interpréter d’une manière obligatoirement personnelle. Ce ne sont pas des chansons de métier.  J’ai cultivé mon infirmité. Je n’ai jamais été comme les autres, j’ai donc décidé d’être comme moi-même. Je précise tout de même que j’ai beaucoup travaillé ma voix ces dernières années afin de faire chanter les mélodies le mieux que je puisse…

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09 février 2021

Sylvain Cazalbou : argumentaire de presse de son album Bel Avril

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Il m'arrive parfois d'écrire des biographies et des argumentaires de presse pour des artistes ou des labels qui m'en font la demande. J'accepte à partir du moment où l'artiste m'intéresse. C'est la deuxième fois que Sylvain Cazalbou fait appel à moi pour évoquer officiellement un album (la première fois, à lire ici). Ce second disque est une pépite d'inspiration brésilienne (et un peu plus que ça).

Pour écouter l'album Bel Avril, cliquez là!

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Clip issu d’un titre de l’album de Sylvain Cazalbou, Bel Avril. Tu feras l’affaire: Auteur/Compositeur/interprête Sylvain Cazalbou. Réalisé par Julien Bresson. Mixage/Mastering Sebastien Bramardi. Prise son Pascal Rollando. Tourné au café culturel La Grande Famille ( Pinsaguel 31). Scénario Sylvain Cazalbou & Julien Bresson. Personnages apparaissant dans la video Christian Alazard, Maurice, Florian Muller, Isabelle Dniezenstky, Jeremy Rollando, Alexandre Sauvion, Sylvain Cazalbou.

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03 février 2021

Karimouche : interview pour Folies Berbères

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© Photos : Tijana Pakic

Six ans après son précédent album, Action, et onze ans après son premier disque, Emballage d’origine, Karimouche revient enfin avec Folies Berbères. Réalisé par Tom Fire, elle y chante le bonheur, ses racines, l'amour et les désillusions sous une production musclée et des instruments comme résonnance de ses origines berbères.

J’aime beaucoup cette artiste pluridisciplinaire qui, en plus, fait bouger les curseurs du féminisme avec l’art et la manière (comme vous le comprendrez dans l’interview).

Après une rapide première rencontre au Festival Pause Guitare (Albi) en 2015, voici une première vraie mandorisation de Karimouche. C’était chez son attachée de presse à Paris, entre deux confinements, le 7 janvier 2021.

Son site officiel.

Sa page Facebook officielle.

Pour écouter l’album.

karimouche,folies berbères,interview,mandorArgumentaire de presse (par Alexandre Kauffmann) :

Folies Berbères prouve la capacité de Karimouche à se renouveler en affirmant ses fondamentaux : la force poétique, la minutie de la chronique sociale, sans oublier l’humour ravageur.
Chanson française, musique orientale, trap, électro... les influences sont multiples, le style, lui, s’impose comme résolument novateur et épuré. Si l’artiste parvient à danser sur les crêtes en funambule, c’est en vertu d’une expérience unique : rompue au stand-up, actrice pleine d’énergie et de justesse dans des séries à succès telles que Les Sauvages ou Cannabis, elle connaît le mystère des apparences ; après des centaines de concerts à travers le monde, elle investit les scènes comme une boule de feu. Dans sa « folie franco-berbère », où l’autodérision tutoie l’Auto-Tune, Karimouche accomplit un tour de force : rendre sa sincérité au chant du caméléon !

L’album (par Alexandre Kauffmann) :karimouche,folies berbères,interview,mandor

Dans son troisième opus Folies Berbères, Karimouche aborde frontalement le sujet de ses origines. En témoignent le titre de l’album, mais aussi celui de certains morceaux comme « Buñul » ou « Princesses ». Carima Amarouche, alias Karimouche, née à Angoulême dans une famille berbère, balaie les fausses contradictions et les dualités stériles pour célébrer une nouvelle façon d’habiter l’Hexagone et le monde. La chanteuse féline abolit les barbelés entre les cultures. Sous l’empire des Folies Berbères, il n’est qu’une pluralité de goûts, de beats hypnotiques et d’accents vibrants sous une voix chaude et frondeuse. L’album réalisé par Camille Ballon, alias Tom Fire, trouve sa modernité dans ces rapprochements inattendus. Que de souffle, d’acuité, de cordes à ce cri !

L’opus emprunte aussi bien à Edith Piaf qu’à Missy Elliott comme à la musique gnaoua. À Jacques Brel comme à Nass El Ghiwane, groupe marocain légendaire des années 70. Quant aux featurings, ils illustrent à eux seuls l’amplitude des influences : sur une piste, l’irrésistible cariocaise Flavia Coelho ; sur l’autre, R.Wan, parrain du rap-musette, l’un des plus talentueux paroliers de sa génération.

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© Photos : Tijana Pakic

karimouche,folies berbères,interview,mandorInterview :

Vous avez plusieurs vies artistiques, notamment chanteuse et comédienne. C’est une vie idéale pour vous ?

C’est surtout un choix. J’ai commencé en tant que comédienne. Quand j’ai fait mon premier album, c’était écrit comme des courts-métrages et très interprété. Ma première activité a nourri la seconde. C’est vraiment la comédienne qui a impulsé la musique.

La musique est venue comment dans votre vie ?

Si j’ai baigné dans la musique depuis toute petite, mes parents ne jouaient pas d’instrument. Mon père était maçon et ma maman était mère au foyer, ensuite elle a travaillé à l’usine…etc. mais ils écoutaient beaucoup de  musique. J’ai vu ma mère et mes grands-mères chanter et danser toute ma vie. Moi aussi j’adorais ça !

Pourquoi le théâtre d’abord alors ?

J’ai commencé dans un atelier théâtre, j’ai fait du stand up, ensuite j’ai commencé à poser des textes de Brel et de Piaf sur des instrus hip hop avec des gamins de mon quartier. Tout s’est fait naturellement. Quand j’ai commencé à faire mes premiers concerts, ça m’a aidé, parce qu’entre les morceaux, je pouvais tchatcher.

Vous avez été aussi humoriste.

Oui,  j’ai fait aussi un peu de stand up. D’ailleurs, je pensais que j’allais finir humoriste.

Rien n’est perdu !

Je crois que je deviens moins drôle avec l’âge (rires).

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© Photos : Tijana Pakic

Artistiquement, vous avez d’autres cordes à votre arc.

Il y a 15 ans de cela, je faisais des costumes, je jouais dans un Café-Théâtre à Lyon, je faisais des doublages… mais tout cela est cohérent. Il y a un lien entre toutes ces activités, mais malgré tout, on me disait qu’il fallait que je choisisse parce que sinon j’allais perdre en crédibilité. Je m’en moquais, parce que j’avais un fort besoin de m’exprimer de toutes ces manières. Le tissu, la matière, le dessin, la musique, la comédie, la danse étaient vitales pour moi. Tout ceci est ce que je suis. D’ailleurs, j’avais besoin de ça, petite fille, pour m’échapper d’une enfance qui n’était pas très drôle. C’était ma niche où je pouvais créer et m’évader.

Karimouche est la petite fille Carima Amarouche qui a envie de s’amuser ?

Oui, mais surtout la petite fille Carima qui a envie de s’échapper de la réalité dans laquelle elle vivait.

C’est un peu une fuite ?

Ce que je peux dire c’est que ça a été positif pour moi. En y réfléchissant bien, tout ceci a sauvé l’enfant que j’étais.

Aujourd’hui, vous avez le syndrome de Peter Pan ?

Parfaitement. Parfois je me compare à des femmes un peu plus jeunes que moi ou de mon âge et je les trouve très « femmes ». Je me demande pourquoi je ne suis pas comme elles. Et je finis par comprendre qu’il y a un côté chez moi qui n’a pas envie de grandir.

Princesses (Clip officiel) ft. Flavia Coelho

Clip de "Princesses" ft. Flavia Coelho, réalisé par Lucie Borleteau avec la participation de Lyna Khoudri, Aïssa Maïga, Farida Rahouadj, Souheila Yacoub Duarte, Awa Ly, Nawel Ben Kraïem, Carmen Maria Vega, Zaza Fournier, Nabila Mokeddem, Alejandra Roni Gatica, Annie Melza Tiburce, Christophe Paou, Laure Giappiconi, Romy Alizée, Chloé Mazlo, Camille Ballon, Erwan Seguillon (R. Wan), Loundja Roux, Maïa Barouh, Alie Andreani, Samia Tahri, Leila Baptista, Chloé Jauffrineau, Patricia Badin, Shanti Masud, Christine Bourgaut, Naïma Bourgaut, Nora Amarouche, Marie-Julie Dhaou, Marie Britsch, Valentine Gauthier, Brigitte Borleteau, Victoire Boissont, Isabelle Tillou, Brice Pancot, Marine Arrighi de Casanova, Ninotchka Peretjatko, Nassima Aïchouche, Malika Mahha, Mimouth Mohand, Yamina Mohand, Souad-Leela Merabet Narsimulu, Ninotchka Boukrafla Kheira, Ines El Hajjami, Humblot Nour Telor, Victor Delfim, Emma Franco, Rodrigo Martinez, Carine Cabral, Lamine Kouyaté. 

J’ai écouté un album de femme, mais pas féministe dure. Vous en pensez quoi ?

Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on est obligé de faire des chansons engagées féministes. De toute manière, quand on est femme, on est féministe. L’inégalité entre un homme et une femme est frappante dans le monde entier. Je ne parle pas seulement du salaire des femmes nettement en dessous, mais du harcèlement sur elles, des violences sexuelles… il y a un non-dit depuis toujours.

Ça bouge un peu quand même, non ?

Encore heureux. Et ça dépend des pays. Je suis ravie du mouvement #metoo, des femmes qui témoignent de leur viol, des langues qui se délient enfin. J’espère que ça n’a pas fini de bouger. Il faut que l’on balance ces gros porcs. Il y a du chemin encore, mais on va pédaler encore. On a de l’endurance. J’ai un fils et je fais tout pour l’élever de manière à ce qu’il respecte les femmes. Tout part de l’éducation.

Ce combat pour l’égalité ne fait que commencer.

Après, il y a des femmes qui se battent pour nos droits depuis des années.

Comme Gisèle Halimi ou Simone Veil, par exemple.

Ou la chanteuse égyptienne Oum Kalthoum et bien d’autres. Mais il n’y a pas que des gens connus, je suis bien placée pour le savoir, car je pense à ma mère et mes grands-mères qui sont des battantes. Elles se sont toujours battues pour leur droit.

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© Photos : Tijana Pakic

Vous êtes issue d’une famille matriarcale.

Il y a beaucoup de femmes et peu d’hommes en effet. Et je peux vous dire qu’ils ne mouftent pas. Ils ne font pas leur loi (rires).

C’est cette ambiance familiale qui fait que vous chantez des chansons comme ça.

Bien sûr. C’est ce qui m’a construit. Si j’ai été élevée par des femmes, mon père aussi m’a élevée quelques années. J’ai aussi mes deux oncles, du coté de ma mère et du côté de mon père, que j’aime éperdument. Ce sont des hommes extrêmement ouverts. Par exemple, le petit frère de mon père n’a jamais travaillé. Sa femme est docteur en droit. Elle n’aime pas cuisiner ou s’occuper de la maison, mon oncle fait tout dans de la ferme, et il gère leurs enfants. C’est génial ! Un peu comme Tony Micelli dans Madame est servie (rires). Pour l’anecdote, c’est cet oncle qui m’a transmis l’amour pour Léo Ferré. Celui du côté de ma mère, pour Jacques Brel. Vraiment, ils sont importants dans ma vie. Je ne suis pas une féministe anti homme. Ça n’aurait aucun sens.

Votre disque n’est absolument pas anti homme.

Pas du tout. Par exemple la chanson « Princesses » parle du sexisme, mais surtout du racisme.

Clip de "Apocalyspe Now" réalisé par Jessie Nottola.

Dans « Apocalypse Now », vous parlez de la société française d’aujourd’hui.

Cette chanson évoque toutes les manifestations qu’il y a eu en France. Les soignants, les violences policières, les salaires, l’écologie… il faut continuer de se battre. Cette chanson n’est ni démagogique, ni moraliste, je fais juste un constat.

J’ai appris qu’elle est dans la BO d’un film.

Je suis très fière qu’« Apocalypse Now » soit sur le générique d’un court-métrage de Salim Kechiouche, « Nos gènes ». Ce film avec Bellamine Abdelmalek, Sara Forestier, Benjamin Siksou et Hicham Yacoubi a eu quelques prix sur des festivals, notamment à Angoulême.

La musique de cette chanson est entrainante. Vous avez toujours aimé chanter des chansons graves sur de la musique qui fait bouger.

Généralement, j’aime bien prendre le contre-pied.

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© Photos : Tijana Pakic

Parlez-moi de « La promesse de Marianne ».

Ca évoque le destin des immigrés, de leurs enfants et des migrants qui ont cru au mirage de la France universelle et qui se sont brûlés les ailes. C’est ma mère qui m’a inspirée puisque quand elle est arrivée d’Algérie vers 10 ans, ça n’a pas toujours été facile. De toute manière, l’intégration, ce n’est pas une affaire simple. Quand, encore maintenant, on me demande à moi qui suis née en France, si faire de la musique m’a aidé à m’intégrer, je réponds : « C’est ta question qui m’a désintégrée ! A toi d’intégrer que je n’ai pas à m’intégrer ». Je ne vous parle même pas de comment on est perçus depuis la série d’attentats que  nous avons vécus en France. Dès qu’il y a un attentat, j’ai l’impression que l’on accuse directement mon cousin. Les terrorismes pratiquent un islam qui n’est pas le mien, ni celui de ma mère. On ne tue pas des gens nous. Même le mot islamiste me choque. Islam, ça veut dire « la paix ». Beaucoup vivent leur religion en paix et dans le respect. Ceux qui tuent, ce sont des terroristes fanatiques, pas des islamistes simples. 

Sur scène, vous avez un côté gentiment provocateur.

C’est vital d’être dans la provocation, mais surtout pas dans la provocation haineuse. Il est nécessaire de secouer, de remuer les mentalités, sinon, rien ne bouge. Si on ne met pas de coup de pied dans la fourmilière, les choses n’avanceront pas.

Parlons du réalisateur de ce nouveau disque, Camille Ballon (alias Tom Fire). Pourquoi lui ?

J’ai toujours aimé son travail dans ses albums. Je suis fan, même. Il y a quelque chose de très naturel entre nous. On se comprend très rapidement. Notre façon de travailler était assez simple puisque nous n’étions que deux en studio. La particularité de Camille, c’est que c’est vraiment un homme-orchestre. C’est un virtuose, un génie pour moi. Il travaille avec beaucoup de monde, dont Suzane il y a deux ans. C’est une grande rencontre dans ma vie artistique et humaine. Je veux continuer à travailler avec lui.

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Pendant l'interview...

R.Wan est aussi de l’aventure.

On se connait depuis une dizaine d’années. Dans mon deuxième album, Action, il m’a écrit une superbe chanson d’amour, « Des mots démodés ». Dans ce nouveau disque nous avons collaboré au niveau de l’écriture. Je lui parlais des sujets que je voulais traiter et nous avons vraiment fait un travail de ping-pong. Nous nous sommes partagés des petits bouts de textes, des mots, des punchlines. Pour moi, c’était une évidence de travailler avec lui.

Tu as un public fidèle, je trouve.

Il y a des gens qui me suivent depuis le début et j’ai aussi, à chaque album, de nouvelles personnes qui s’intéressent à ce que je fais, mais j’ai conscience de ne pas être Lady Gaga, ni Aya Nakamura. Je ne demande qu’à être découverte. Ce qui est vital pour moi, c’est de jouer sur scène. Avant la pandémie, j’ai eu la chance de chanter souvent. Aujourd’hui, on patiente tous…

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Après l'interview, le 7 janvier 2021...

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01 février 2021

Thibaud Defever : Interview pour Le temps qu'il faut

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(Photo d'introduction et ci-dessous : Maïwenn Le Guhennec)

Portrait Thibaud 1.jpgDepuis des années, Thibaud Defever creuse le sillon d'une chanson associant avec talent les contraires : elle est complexe et lisible, virtuose et simple, nette et fouillée, fragile et solide (dixit le dossier de presse). On entend dans son travail la fusion d’influences aussi diverses que Dick Annegarn (mandorisé là), Joao Gilberto, William Sheller mais il est une voix singulière et importante dans le paysage de la chanson contemporaine, qui donne sa pleine expression dans son nouvel album Le temps qu'il faut.

Tout simplement, du grand art!

Voici la deuxième mandorisation de Thibaud Defever (la première datant de 2015, du temps où nous le connaissions sous le pseudonyme de Presque Oui). Elle a été réalisée lors du deuxième confinement.

L'album Le temps qu'il faut, à écouter ici.

Son site officiel.

Sa page artiste sur Facebook.

Argumentaire de presse :136673911_3753293484738205_7815914300820113680_n.jpg

La flânerie et le temps qui passe sont des préoccupations récurrentes de la chanson, intimement liées à cette forme d'expression. 

L'un et l'autre se retrouvent mêlés d'une façon renouvelée, brillante et originale dans Le Temps qu'il faut, nouvel album de Thibaud Defever (et premier signé sous son nom). 
Un album traversé par le goût de l'errance, de l'aventure et par l'envie de se perdre. Qu'il s'agisse du désir rimbaldien de tout quitter (« Fugue », « Je dérive »), de celui plus apaisé d'aller s'échouer sur une île déserte (« Île »), de la tentation de la forêt (« Dans la forêt »), du passé qui se consume pour nous libérer (« Brûle » – « La maison d'enfance »), Thibaud Defever nous invite, doucement, tendrement, à nous arracher au réel. 
Et nous promet, au bout d'une quête qui prendra le temps qu'il faut, et nécessitera d'affronter des vents contraires, la consolation fraternelle de la rencontre (Des oiseaux, Nous). 

10 chansons qui constituent un album cohérent, tissé comme un nid et solide comme un refuge.

L’équipe :
Une cohérence thématique mais aussi musicale, qui réside dans la singularité de la formule : guitare-voix et quatuor à cordes. Les arrangements ciselés et évocateurs (Jean-Christophe Cheneval et Thibaud Defever) donnent à chaque titre une identité forte et font le pari de la sobriété, de la retenue. La direction artistique (Antoine Sahler) accompagne tout en finesse l’épanouissement de cette « chanson-musique de chambre », dans ce qu’elle a d’intime et de puissant. Le Well Quartet offre un écrin somptueux à la voix et au jeu de guitare brillant, volubile, d'une extrême musicalité de Thibaud Defever. Sur certains titres, ce dernier s'autorise même à abandonner la guitare pour ne s'appuyer que sur le quatuor (« L'artillerie lourde » par exemple), à l'instar du mémorable « Juliet Letters » d'Elvis Costello.

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(Photo : Frank Loriou)

tb.jpgInterview : (Photo de gauche : Maïwenn Le Guhennec)

Pourquoi as-tu abandonné ton pseudo Presque Oui pour prendre ton vrai patronyme ?

Alexis HK me disait régulièrement que je devrais chanter sous mon propre nom. D’autres me disaient qu’en plus, j’avais un joli nom qui sonne bien. C’était des raisons extérieures, mais je crois que la vraie raison, c’est qu’il était associé à une ancienne vie, un duo et une vie personnelle mélangée, qui s’était terminée dramatiquement.  Elle m’obligeait à porter le deuil perpétuellement. Mais l’ultime raison finalement, c’est le fait de ne plus vouloir être dans l’approximation et l’hésitation. J’avais besoin pour des raisons personnelles d’enlever du Presque pour être un peu plus dans le Oui.

Du coup, en reprenant ton vrai nom, tu te montres plus clairement tel que tu es ?

J’avais déjà amorcé la chose dans l’album De toute évidence. J’aurais déjà pu chanter sous mon vrai nom. Ce n’était juste pas le moment parce qu’il fallait encore rester identifiable. Depuis ces deux derniers albums, il y a plusieurs choses que j’ai acceptées : ne pas faire forcément rire et ne pas alterner systématiquement des moments de gravité avec des moments de rigolade. Dans ce nouveau disque, ce qui est venu, ce sont uniquement des choses douces, plus graves et plutôt intimes. Je constate que l’intime m’intéresse par-dessus tout. Ce qu’il se passe à l’intérieur des gens pour le meilleur et pour le pire me fascine. La meilleure façon de voir ce qu’il se passe à l’intérieur des gens, c’est de voir ce qu’il se passe en soi-même. Du coup, cela fait un disque plus monochrome, mais aussi plus cohérent.

Clip de "Ces vents contraires", réalisé par Maïwenn Le Guhennec, dans le Morbihan (Étel et île de Groix) en septembre 2020.

Dans « Ces vents contraires », tu t’interroges sur toi-même. C’est une chanson confession.

Je raconte l’histoire d’un velléitaire qui n’y arrive pas, mais qui aimerait bien… tandis que la musique trace sa route. Je confesse une impuissance, mais la musique me donne la puissance. Souvent dans mes chansons, la musique dit l’inverse du texte. Quand je chante « Ces vents contraires », j’ai l’impression d’être un marin qui n’a pas peur des flots. Pour résumer, c’est la chanson d’une trouille.

Ta pochette est magnifique. Sobre, mais poétique.

Toutes les illustrations qui figurent sur et dans l’album sont signées de ma compagne, Maïwenn Le Guhennec. Toute compagne qu’elle est, je n’aurais pas choisi son travail si je n’avais pas été convaincu. L’artwork (conception graphique) a été fait par Samuel Rozenbaum.

Au début, il n’était pas question d’un album avec le Well Quartet.

Ça ne devait être qu’un spectacle avec un quatuor. Je ne croyais plus trop à un nouvel album, alors, je n’étais pas motivé pour en faire un. C’est parce que Maïwenn a développé son activité d’illustratrice que j’ai changé d’avis. Je me suis dit que ses dessins seraient idéaux dans un disque et que cela en ferait un bel objet en plus du contenu.

« Je dérive », une chanson-illustration-méditation, un voyage (presque) immobile… 

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Thibaud Defever et les Well Quartet (photo : Frank Loriou)

Raconte-moi la rencontre avec les Well Quartet ?

Je les ai rencontrés après avoir lancé un petit appel sur Facebook. Plusieurs quartets m’ont répondu et j’ai choisi celui de Wihad Abdessemed, Luce Goffi, Anne Berry et Chloé Girodon. Je me suis immédiatement parfaitement entendu avec elles. Avant que l’on se rencontre, elles avaient écouté mes chansons et elles semblaient être émues par certaines. Je sentais qu’il y avait quelque chose d’intime qui se jouait entre nous.

Tu avais déjà joué avec elles dans un disque d’Antoine Sahler.

Elles avaient fait quelques cordes et moi les guitares, mais on ne s’était pas rencontrés en chair et en os.

"Fugue".

Le quatuor à cordes, c’est quelque chose dont tu  rêvais depuis longtemps ?

Oui. Quand j’étais au Conservatoire de musique à Lille et que je jouais de la guitare classique, j’avais des amis qui  jouaient de l’alto, du violon et du violoncelle. Je les enviais beaucoup parce qu’ils pouvaient jouer le répertoire du quatuor à cordes et c’est un répertoire de malade. J’ai toujours été frustré de ne pas rentrer  dans cette musique.

Faire un album de chanson avec un quatuor, d’une certaine façon, c’est pour toi une petite revanche ?

C’était un lointain plaisir qui a été retardé. Evidemment, ce n’est pas du Chostakovitch, ce sont juste mes chansons, mais les arranger avec le grand Jean-Christophe Cheneval a permi qu’elles sonnent un peu comme du Ravel.

"Île".

Qu’est-ce qui t’intéresse dans la chanson ?

C’est la chanson, mais aussi ce qui déborde d’elle. Les arrangements, les textures, la finesse et la nourriture musicale en deçà des mots.

Tu coécris tes chansons avec Isabelle Haas.

Ça dépend des chansons. Les trois dernières de l’album, « Îles », « « Dans la forêt » et « Nous », je les ai écrites seul. Cela fait maintenant plus de 20 ans que nous collaborons. Au fil du temps, nous avons écrit de différentes façons. Parfois ensemble et simultanément. On a vécu la configuration ou j’écris quelque chose et Isabelle, à distance, me fait des retours. Dans cet album, pour « Brûle (la maison d’enfance) », on a passé une semaine ensemble en Normandie. On a tourné autour du sujet avant de trouver le bon angle et le point de vue. Cela dit, par le passé, il nous est arrivé de mettre six mois pour finir une chanson.

"Le temps qu'il faut". Cette vidéo a été réalisée lors de l'enregistrement de l'album "Le temps qu'il faut", par Timothée Raymond, au Durango Studio.

Quand tu écoutes ce disque, tu l’aimes ?

J’aime ce que l’on m’en renvoie. Beaucoup d’émotions. Les mots qui reviennent le plus sont repos et apaisement. Ça me fait vraiment plaisir parce que c’est comme ça que j’ai conçu cet album. Au lieu de Le temps qu’il faut, il aurait pu aussi s’appeler Convalescence.

Pourquoi ?

Parce que je suis très attaché à cette idée de moments où tu te reposes, où tu te rassembles. J’ai l’impression parfois que la vie entière est une convalescence. On passe son temps à se remettre de quelque chose. Finalement quand je me retrouve dans des moments où je suis obligé de m’arrêter, comme le confinement, je suis obligé de me calmer et d’arrêter la fuite en avant… Pour moi, cet album évoque tout cela et principalement la chanson titre, « Le temps qu’il faut ».

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(Photo :  Maïwenn Le Guhennec)

Je sais que pendant le premier confinement, tu as écrit des chansons sans paroles. Sais-tu que dans le milieu de la scène française, on te considère comme l’un des meilleurs guitaristes ?

J’ai déjà entendu ça et j’en suis très touché. Ce qui fait la particularité de mon jeu et de cette petite réputation dont tu parles, c’est parce que je chante en même temps. C’est assez rare de voir des gens s’accompagner à la guitare de façon sophistiquée. Dick Annegarn m’a beaucoup inspiré. C’est lui qui m’a donné envie de reprendre la chanson après mon cursus classique. J’avais envie d’avoir un petit orchestre sous les doigts, j’ai donc bossé pour cela.

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Toute la discographie de Thibaud Defever (anciennement Presque Oui).  A écouter ici.