04 février 2012

Lola: la nouvelle révélation de My Major Company!

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Vous le savez (car je le répète souvent), l'aspect le plus intéressant de mon métier est de découvrir de nouveaux talents. "Découvrir de jeunes talents"...  la belle affaire ! Formule prétentieuse qui n'est pas tout à fait exacte. En tout cas, depuis des années, je me contente de mettre en avant ceux qui ne sont pas (encore) médiatisés et qui mérite de l'être .

C'est le cas de LOLA, jeune femme aux lointaines origines russes et italiennes. Récemment repérée par le célèbre producteur de spectacle Gilbert Coullier, elle s'apprête à dévoiler son album Everybody Relax. La belle jeune femme y dévoile une personnalité aussi riche en facettes que l’est sa voix en tessitures.

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lola,my major company,session acoustique,interview,mandorCet opus sortira le 5 mars prochain et, afin d'en faire découvrir quelques extraits en live au public et aux médias, Lola lance le "Everybody relax tour", une tournée des bars branchés de la capitale ! Ainsi, tout au long du mois de février, elle se produira chaque semaine dans un lieu différent. Après le live au Corso Bastille, le deuxième évènement se tiendra au Café Coste Etienne Marcel, 34 rue Etienne Marcel 75002, le 7er février et au Café Sancerre le 16 février (concert en partenariat avec MusiqueMag). Le 25 janvier dernier, Lola est venue dans nos locaux pour nous interpréter son premier single "Relax" et  pour répondre à mes questions. C’était d’ailleurs sa toute première interview officielle…

 
Quelques photos de la session...

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Quelques photos de l'interview...

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21 janvier 2012

LadyLike Dragons: session acoustique pour "Turn them into"

ladylike dragons,session acoustique,musiquemag,turn them into gold,love and so on,mandorLadylike Dragons est un groupe que je suis depuis 2007. Les trois natifs de Meaux viennent de sortir leur deuxième album, Turn them into gold après le premier et remarquable Heart Burst en 2009. Formé en 2006, les ex Olympic Dragons ont très vite muté en Ladylike Dragons sous la pression juridique du Comité Olympique, bien décidé à ne partager avec personne la propriété intellectuelle du terme Olympic (ils m’expliquent tout ici). L’opportunité est belle pour Sébastien (guitare) et Yann (batterie) de souligner, à travers leur nouveau nom, la féminité explosive et décomplexée de leur chanteuse Cindy.


Voici quelques-unes de mes rencontres avec le groupe: Au live in 77FM en novembre 2007, ma première mandorisation de la formation meldoise en juillet 2008, en session acoustique à la Fnac Val d'Europe en septembre 2008, leurs explications du changement de nom en février 2009, une deuxième mandorisation (version audio) à l'occasion de la sortie de leur premier album en octobre 2009...


Dans Turn them into gold, on retrouve ce collage détonnant entre des mélodies (power) pop et un blues rock garage sale drivé tout en puissance. Si la formule guitare/basse/batterie est certes classique, la qualité du songwriting et la compétence des musiciens font ici la différence. Efficace sans jamais être tape-à-l'œil, cet album ravira tous les amateurs d’un rock brut basé sur les guitares. Le 5 décembre 2011, j’ai demandé au groupe de venir dans les locaux de MusiqueMag pour nous offrir deux extraits de cet album en version acoustique.

"Love and So On" (acoustique)
 
Quelques photos de la session acoustique...

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15 janvier 2012

L'intervieweur interviewé (1): Eric Briones pour son "Cabinet des curiosités"

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(Photo: Laure Bernard)

eric briones.jpgQui est Darkplanneur ? (source: entrevue.fr )

Publicitaire le jour, prescripteur de tendances la nuit sur son blog darkplanneur.com, Eric Darkplanneur Briones, est aussi à l'origine de l'émission web à succès, "le Cabinet des curiosités", laboratoire à idées libres.

Tel un psychanalyste, Eric Darkplanneur Briones, blogueur incontournable décrypte pour vous le côté obscur et la face cachée des célébrités.

Ont déjà livré une partie de leur intimité : Matthieu Chédid, Ariel Wizman, NTM, Marc Dorcel, Philippe Katerine, Pierre Bergé, Arielle Dombasle, Olivia Ruiz, Patricia Kaas, Jean Charles de Castelbajac, Rachid Taha, Oxmo Puccino, Snoop Dogg, François Hollande... (je ne vais pas faire le lien sur chaque nom, mais tous sont visibles ici!)

C'est plus de 40 émissions, vues plus de 4 millions de fois...

Voilà pour la version officielle. Pour ma part, Éric Briones est un ami. Un type dont j’apprécie le travail et avec lequel nous nous retrouvons régulièrement à déjeuner. On évoque nos métiers respectifs et les interviews de l’un et de l’autre. Notamment. Nous avons une amitié discrète (dans le sens où nous ne passons pas nos soirées ensemble) et constructive (dans le sens où l’échange et les conseils sont permanents). Bref, l’émission « Le cabinet des curiosités » qu’il présente avec style fait beaucoup parler d’elle. Je me suis dit qu’une mandorisation officielle serait intéressante. Une nouvelle conversation, mais publique, en somme…

Le 3 janvier dernier, j’ai donné rendez-vous à Éric Briones à l’agence pour laquelle je travaille. Je lui ai demandé de s’allonger et je me suis mis à sa place (avec ma façon à moi d’interviewer… une école différente de la sienne).

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DSC02953.JPGLes interviews, c’est un vieux fantasme  pour toi?

L’interview n’a pas été une idée naturelle chez moi. L’idée était de créer des concepts, des programmes vidéo d’abord pour internet. Très vite, je me suis rendu compte que pour faire de la fiction, il fallait beaucoup de moyens. Et pour faire des interviews, il fallait beaucoup d’huile de coude, d’énergie, mais zéro euro. Dans le même temps, j’ai compris qu’on pouvait faire de bonnes interviews, à condition de les bosser. C’est venu dans une logique économique. C’est curieux, parce que dans mon autre boulot, poser des questions n’est pas une de mes forces ou même une de mes envies. C’est donc pour moi une révélation.

C’est quoi ton autre boulot ?

Je suis publicitaire.

Il y a un lieu entre ton activité de publicitaire et celui d’intervieweur ?

Oui, je le pense. J’ai un métier très particulier dans la publicité, un métier rare, on est à peine 300 en France… je suis planneur stratégique. Pour faire court, je suis chasseur de tendances. Donc, il faut être à l’écoute, créatif et dans le rebond permanent. Il y a aussi cette recherche conceptuelle que j’ai en moi qui fait que je ne peux pas faire une interview comme les autres. Il faut que je trouve un concept novateur dans tout ce que j’entreprends.

J’ai assisté à la naissance de tes « cabinets de curiosités ». Mais avant qu’ils soient ce qu’ils sont devenus, tu plaçais tes invités sur des chiottes, d’où le nom...

Ah oui, tu t’en souviens ? J’ai commencé avec l’ami Vinvin et ensuite, je suis revenu à une formule plus raffinée esthétiquement. Avec toi, on a fait le numéro zéro de ce qu’est devenu ce cabinet. C’était dans un club SM et notre invité était Coralie Trinh Thi, ex-star du X pour son bouquin, La voix humide. La seule femme de moins de 35 ans qui réussit à écrire ses mémoires en 900 pages. C’était une interview porn, underground et assez improbable.

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Coralie Trinh Thi et Eric Briones, pour "Le cabinet des curiosités", le 21 décembre 2007. A la Cantada II.

(A voir là, si le coeur vous en dit.)

Après ce numéro, nous n’avons pas continué ensemble, c’était de toute façon un one shot pour moi. Et l'ensemble correspondait plus à ton style qu'au mien. Ce "cabinet" m'a permis de comprendre qu'il ne fallait pas que je sorte de mon territoire personnel. Cela étant, j’ai adoré cette expérience. Quand je vois ce qu’est devenu « Le cabinet des curiosités », je suis impressionné. C’est devenu une émission que l’on pourrait voir à la télévision.

Tu sais, le web n’est qu’un moyen et pas une passion. Mon objectif est d’être ailleurs. Le web est souvent assimilé à un « face et écran », sans belle lumière, une qualité d’image pourrie… ça ne m’a jamais attiré, ce n’est pas dans mes valeurs. Moi, je travaille dans l’univers du luxe, obligatoirement, ça transpire dans ce que je souhaite faire. Je vais te dire franchement, je suis encore loin d’atteindre ce que j’ai dans la tête, même si je considère que ça progresse peu à peu. Pour moi, l’interview est un acte de création.

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Toi, tu fais beaucoup de montage.

Quand on dit que « monter, c’est truquer », je ne suis pas d’accord. Au contraire, ne pas monter serait léser celui qui regarde l’émission.

Tu es plus de l’école Ardisson que de l’école Ruquier, alors !

Totalement, je suis clairement un enfant d’Ardisson. D’ailleurs, ça fait partie d’un de mes fantasmes d’intervieweur d’avoir Ardisson.

Thomas Clément, l’autre "intervieweur star" du web l’a "cuisiné" avant toi !

Oui, il y a emmené son angle impertinent. On adhère ou on n’adhère pas, mais du coup, il s’est passé quelque chose dans cette interview. Bon, le bémol, c’est que je pense qu’Ardisson se méfiera désormais des interviews sur Internet.

L’angle de Thomas Clément, c’est un peu la provocation… et toi, quel est le tien?

Mon angle, c’est de considérer l’interview d’une célébrité, d’un artiste, d’un people, comme un objet culturel et traiter avec les mêmes égards un chanteur pop et un grand écrivain. Arriver à tailler une curiosité, avec l’obsession que l’on voit l’invité sous un nouveau jour, de préférence inattendu. Si je n’arrive pas à ça, l’interview n’est pas réussie.

Quand tu reçois François Hollande, le point de vue culturel, il est où ?

Il est plus sur le domaine esthétique et dans l’expérience graphique de la chose. Ce jour-là, on avait un performer nu en bas, dans les toilettes. François Hollande a joué de façon très libre avec ce performer. Là, c’est dans l’interaction entre Hollande, le performer et la mise en scène qu’on a instaurés. Et puis, on a mis le discours d’Hollande sur de la musique electro.

Je me souviens qu’après l’émission, tu m’as dit au téléphone que tu avais un peu raté l’émission.

Après, j’ai muri ma réflexion. C’était un « cabinet » très long. On a enregistré 1 heure 20. J’avais énormément travaillé. Interviewer un politique, c’est complexe. Et finalement, avec le recul, je ne suis pas déçu. Cet homme m’a impressionné par son sens de la cohérence. Dans un monde mouvant, lui ne change pas dans ses objectifs et dans son attitude. J’ai aimé qu’il joue le jeu aussi bien.

À partir du « cabinet des curiosités » de Raphael, je t’ai vu partout.

Ca a commencé réellement avec Patricia Kaas. Elle nous a fait rentrer dans une dimension mainstream (grand public). Au début des "Cabinets", il y a 4 ans, on était dans l’underground, par goût, mais aussi par nécessité. Mais, c’est vrai que c’est grâce à Raphael que ça a explosé. Il a sorti deux trois phrases qui ont fait le buzz. Le succès on le mesure en termes d’audience, certes, mais aussi en termes de reprises. L’ubiquité sur internet, c’est fondamental ! Il faut être sur un maximum de plates formes.

Depuis, ce mois-ci, toi et ton « cabinet des curiosités »,  avez désormais deux pages dans Entrevue.

Oui, et c’est complémentaire. Ce mois-ci, ils ont pris 90% du contenu que nous n’avions pas édité du "cabinet" de Stéphane Guillon. Ensemble, on taille une heure d’émission pour la version écrite. Le cabinet devient vraiment multi-média.

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Tu n’as jamais caché que tu faisais les « cabinets » pour accéder à la télévision un jour.

Je l’assume effectivement parfaitement et je l’ai toujours expliqué.

Tu travailles depuis janvier, désormais avec une boite de production, They Produce.

Pendant près de 40 émissions, j’ai tout fait tout seul. Maintenant, on a des réalisateurs, une monteuse, on m’aide à préparer les questions, bref, c’est une machine qui se met en place avec pour ambition claire de vendre cette émission à la télévision, en repensant le format. Il faut être patient. Nous le sommes.

As-tu l’impression que ton « cabinet » devient un passage obligé des artistes ?

C’est beaucoup plus facile qu’au début, en tout cas. Pour faire le "cabinet", il faut avoir une certaine personnalité, une dimension un peu poil à gratter et corrosive.

Tes invités se retrouvent un peu face à eux-mêmes… ont-ils quelques craintes par rapport à cela ?

Non, pas vraiment. Beaucoup viennent là parce que leur attachée de presse leur à conseillé et ne connaissent pas l’émission. Certains bossent en amont, je les rencontre, on en discute, d’autres découvrent en arrivant. Je me demande si ce cas de figure n’est pas meilleur.

Te sens-tu plus un journaliste contrarié ou un psy contrarié ?

Je suis moi-même. Je ne me sens pas une seconde psy, mais la plupart des artistes me disent quand même que ce sont des interviews originales. Le plus beau compliment que l’on m’a fait me vient d’Ariel Wizman. Il m’a dit que quand il voulait avoir la pêche, il regardait le « cabinet des curiosités » qui lui a été consacré.

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Récemment, tu as reçu Anna Polina. Quand elle te parle de double pénétration par exemple, ça t’amuse ?

J’ai compris grâce a un homme de radio, François Angelier de France Culture (l’émission « Mauvais genre ») que j’ai interviewé qu’on peut tout dire, sans que cela devienne vulgaire. En analysant son discours, j’ai remarqué qu’il prononçait des mots les plus tabous qui soient, zoophilie, pédophilie par exemple dans sa bouche, ça ne sonnait pas vicieux. Pourquoi ? Parce qu’il les proclamait avec une espèce de gourmandise assumée. La provocation, je l’aime dans les mots. Ce qui me plait chez Anna Polina, c’est sa pensée et sa vision du sexe, c’est très intéressant.

Tu as reçu récemment Guy Bedos et Stéphane Guillon. Avec eux, j’imagine qu’il ne faut pas faire le malin, ne pas être plus provoc que provoc.

J’ai eu le père et le fils dans la même semaine. Bedos, ce n’était pas facile, mais j’ai adoré l’humour pur de cet homme, son autodérision et son comique de situation. Il a un côté Woody Allen. Quant à Guillon, c’était une magnifique expérience.

As-tu peur de décevoir tes invités ?

Oui, bien sûr. Je ne sais pas si toi tu arrives à avoir du recul, mais moi, ce qui me frustre terriblement, c’est l’après. Je suis dans le doute total pour savoir si c’est bien ou pas. J’aimerai avoir la réaction immédiate de ceux qui vont voir le « cabinet » que je viens d’enregistrer.

Pour ma part, je cherche l’angle original dans laquelle m’engouffrer… et toi ?

Moi, pas vraiment. Tu es beaucoup dans l’improvisation, moi, je fais un gros travail en amont.

Eh, dit ! (Faussement vexé). Je travaille beaucoup, c’est ce qui me permet d’improviser d’ailleurs.

Oui, je me suis mal exprimé. J’ai une cinquantaine de questions. C’est ma base d’improvisation. Il y a une théâtralisation et une mise en musique des questions, mais ça laisse la place à l’improvisation. Pour improviser, il faut énormément travailler, je le sais bien.

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Aujourd’hui, te trouves-tu bon intervieweur ?

C’est ma mise en scène du « cabinet » qui doit être optimisé. Mais, il manque encore quelque chose, une mise en image à trouver. Il faut que j’arrive à être plus égal avec mes invités, être toujours au même niveau selon qui je reçois. C’est très difficile.

Quel est ton tiercé des « cabinets » que tu as préféré faire ?

Tous mes cabinets avec Oxmo Puccino. J’aime quand avec l’invité, il y a un lien qui se crée. Qu’il revienne hors promotion et qu’au final, il devienne un pote.

Moi, en 27 ans d’interviews, je compte sur les doigts d’une main ceux avec qui c’est arrivé…

Je sais, c’est rarissime. J’ai de la chance.

As-tu remarqué que les artistes ou les hommes politiques aiment sortir de leur carcan, des interviews habituelles ?

J’ai l’impression, en effet, que ça leur fait du bien.

D’autres « cabinets » préférés ?

J’ai pris beaucoup de plaisir à faire celui avec Philippe Katerine. J’ai joué avec ma folie intérieure. J’avais un boulot pourri à faire ensuite… qui allait me prendre tout le week-end en plus. Je me suis donc lâché comme un malade. C’est rare, tu sais, c’est mon côté protestant.

Tu ne te lâches donc jamais. Toujours en totale maîtrise ?

Quand tu es dans ce format là, tu ne peux pas te lâcher. Lâcher voudrait dire, faire passer son ego avant l’écoute.

Tu aimes la notoriété, as-tu analysé pourquoi ?

Elle est indispensable. C’est la notoriété qui est le moteur pour créer. Comme mon ambition est médiatique et plus particulièrement télévisuelle, aujourd’hui les décideurs pensent en fonction de ça. La notoriété est une forme de matérialisation du rapport avec le public qui sera, j’espère, dans une forme d’affect positif.

Qu’est-ce qui va changer dans le « cabinet » au niveau du fond et de la forme ?

Au niveau du fond, avoir plus d’invités politiques et cinématographiques. Quant aux évolutions conceptuelles, on y travaille. Il faut que l’on trouve le bon format télévisuel. Depuis toujours, il y a une écriture télévisuelle qui m’a marqué, c’est celle de Jean-Christophe Averty. Il a tout inventé et Dieu sait si on l’oublie. Il a fait de la télévision presque un art. Et plus moderne, j’aime beaucoup le travail de Loïc Prigent, dans les docs et dans l’utilisation faite avec beaucoup de justesse des effets spéciaux L’image du « cabinet » est encore en construction et je voudrai la rendre encore plus singulière.

Qui aimerais-tu recevoir?

Mélanie Laurent. Elle est très difficile à avoir. Les gens du cinéma, c’est toujours très compliqué à recevoir. Je suis curieux de l’avoir en n’utilisant pas son regard. Elle en joue tellement… elle séduit avec et ça se voit. Mélanchon aussi, j’aimerais bien. Pour le numéro 50, on a le fantasme de recevoir Mylène Farmer… et le coup ultime serait Nicolas Sarkozy. Et puis, aussi Bill Murray. Il reste pour moi le plus grand comique de monde contemporain. Bref, beaucoup de monde, tu vois !

As-tu comme moi un côté midinette quand tu reçois ces gens-là ?

Oui, radicalement, et j’assume. On a un côté Warhol. La célébrité, c’est du pop art. C’est terrible, parce que toi comme moi, on le sait bien, on prend un risque émotionnel en ayant cette attitude-là. Il m’est arrivé d’être déçu. Par exemple, ma rencontre avec Édouard Baer ne s’est pas bien passée. Son « cabinet » est très tendu. On ne le sent pas très sympa à l’écran. En tant que fan, j’ai souffert de ce cabinet, mais au montage, on voit une autre facette de lui. Un Baer, pas sympa. Je dois être un intervieweur masochiste. Quand ça se passe mal, quand il y a du conflit, quand on est attaqué, j’aime ça. J’aime bien quand on me rentre dedans intelligemment.

Moi, je suis tout le contraire. Je déteste travailler dans le conflit. J’ai besoin de la petite étincelle entre deux personnes. Cela étant, ton deuxième métier est dans un milieu qui est dur, où le conflit est quasi permanent… ça rejaillit surement sur le deuxième aspect de ta vie professionnelle.

Tout à fait. Tu as raison. Je n’avais jamais réfléchi à la question de cette manière… le rapport au conflit est intéressant.

Je trouve en tout cas que d’émission en émission, ton style s’affine et tu commences à avoir un style très personnel. C’est un compliment de ma part et il n’y a rien à répondre à ça. Au revoir et merci !

Pour finir, voici la bande annonce officielle de l'émission... il y a du beau monde!

08 décembre 2011

Salon du Livre d'Ozoir-la-Ferrière 2011: bilan et photos

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C'est la troisième fois que j'anime le salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. (Voir là en 2009 et ici en 2010). Toujours aussi fatigant, mais toujours aussi exaltant, dis-je chaque année. Plus de 40 interviews, un quizz littéraire et 1 table ronde (interview approfondie et participative). Cette année avait ceci de particulier que, pour la première fois, j’ai emmené ma femme avec moi. J’ai tendance à compartimenter mes vies (le boulot et la vie privée), alors ce fait est suffisamment rare pour que je le signale au passage. Pour la première fois, ils se sont scindés... pour la bonne cause. L’organisateur du salon, Luc-Michel Fouassier, nous a permis (grand merci à lui !) de faire connaître l’association Les P’tits Courageux (dont je suis le responsable communication) lors de cette journée littéraire. Ma femme, Hilda, a donc tenu le stand. Merci à elle (qui en a profité pour comprendre ce que fait son animateur de mari dans ce genre de contexte).

(Pour mémoire, J’explique ici pourquoi notre couple est concerné par cette association).

Comme chaque année, voici un port-folio de cette manifestation.

Pour commencer, l'invitée d'honneur du salon, le Prix Goncourt des Lycens 2011 (et finaliste du Prix Goncourt 2011), Carole Martinez.

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(photo: Philippe Schroeder) 

Rencontre de Carole Martinez avec ses lecteurs...

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(photo: Philippe Schroeder)

Du monde sur le stand de Giulia Salvatori, la fille d'Annie Girardot venue présenter son livre sur sa mère, vendu au profit d'une association qui lutte contre la maladie d'Alzheimer.

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(photo: Philippe Schroeder)

Véronique Genest, membre du jury "Ozoir'Elles" (dont j'ai consacré une note récente ici) et fidèle du salon, est passée rendre une petite visite à Giulia Salvatori. (Devant Nathy Vivien).

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(photo: Philippe Schroeder)

Le stand des P'tits Courageux!

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Hilda Alquier Capkan explique à Giulia Salvatori ce qu'est l'association Les P'tits Courageux.Toute l'association tient à remercier Giulia qui s'est empressée de faire un chèque "conséquent".

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Quand deux âmes généreuses posent ensemble... sous l'oeil mélancolique d'une troisième.

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Elisabeth Robert Mozzanini derrière son stand des éditions Volpilière (sa maison à elle).

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(photo: Philippe Schroeder)

Une caméra nous surprend lors de l'interview...

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(photo: Philippe Schroeder)

Elisabeth n'est pas loin d'être ma meilleure amie... soit dit en passant.

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Du monde...

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(photo: Philippe Schroeder)

Isabelle Minière.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de la délicieuse Isabelle Bary pour La Prophétie du Jaguar.

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(photo: Philippe Schroeder)

Gaëlle Pingault (à gauche) présente toute son oeuvre... deux magnifiques recueils de nouvelles.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de Gaëlle Pingault pour Ce qui nous lie.

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(photo: Philippe Schroeder)

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Eric Fouassier, pointe le doigt sur un extrait d'un article élogieux que Mandor avait écrit pour son roman Le Traducteur (je ne fournis pas la loupe).

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Trois membres du Prix Ozoir'Elles. De gauche à droite, Simonetta Greggio (présidente), Macha Meryl et Véronique Genest.

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(photo: Philippe Schroeder)

Les mêmes avec en plus, à gauche Luc-Michel Fouassier, organisateur du salon et écrivain et Astrid Eliard (membre du jury du Prix Ozoir'Elles) et à droite Michel Lambert, le lauréat 2011  pour Dieu s'amuse et Jean-François Oneto, maire d'Ozoir-La-Ferrière.

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(photo: Philippe Schroeder)

Interview de Véronique Genest...

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(photo: Philippe Schroeder)

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Hilda Alquier Capkan expliquant l'association Les P'tits Courageux au maire de la ville, Jean-François Oneto.

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Interview de Simonetta Greggio.

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Interview de Gisèle Meunier.

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(photo: Philippe Schroeder)

La table ronde de la journée avec le caustique et drôle Franz Bartelt, Prix Goncourt de la nouvelle en 2006 et président du jury du concours de nouvelles 2011 d'Ozoir-la-Ferrière.

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Ma femme Hilda, Elisabeth Robert Mozzanini et son mari Franck.

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09 octobre 2011

Kaoutar Harchi: interview pour "L'ampleur du saccage"

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor

Kaoutar Harchi sort un second livre-choc et poignant. J’avais beaucoup apprécié son premier, Zone cinglée, j’avais donc hâte de découvrir L’ampleur du saccage. Il se pourrait bien que cette jeune auteure (24 ans) soit en train de construire une œuvre. Une œuvre à vous couper le souffle. Le 20 septembre dernier, nous nous sommes retrouvés au Café Livres, son QG.

kaoutar harchi, l'ampleur du saccage, interview, mandor4e de couverture :

Héritiers maudits d'un effrayant geste collectif attisé par une féroce répression sexuelle qui, trente ans plus tôt, a profané le corps d'une femme et marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sacrilège traversent la Méditerranée pour connaître, sous le ciel algérien, l'ultime épisode de leur inconsolable désastre. Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d'impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d'une prison française à la quête des origines sous les cieux de l'Algérie, la fable funeste d'une humanité condamnée à s'entredéchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d'exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.

L’auteur :

Née à Strasbourg en 1987, de parents Marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d'une licence de lettres modernes, d'un master de socio-anthropologie et d'un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd'hui dans la région parisienne.
Elle est l'auteure des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L'Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorInterview:

J’ai lu ton précédent roman Zone Cinglée et je trouve qu’il y a beaucoup de points communs avec L’ampleur du saccage. D’abord, le narrateur est encore un homme.

J’ai beaucoup de mal à me défaire de ce procédé. Pour mon premier roman, je ne me suis pas posée de question. C’était une option, je l’ai choisi. Pour le deuxième roman, effectivement, je réitère l’expérience d’un « je » masculin. Mais, aujourd’hui, je me demande où ça va me mener. Je pense que si je parlais en tant que femme, j’aurais beaucoup de difficultés à exprimer mes idées et mes histoires, par rapport aux univers dans lesquels j’inscris mes romans, l’univers algérien, et plus généralement, l’univers arabo-musulman. Je dis qu’effectivement, il y a une condition féminine qui existe, qui est très compliquée et sur laquelle il faut continuer à écrire. Je pense qu’il y a aussi, parallèlement à ça, ce que j’appelle une condition masculine, c'est-à-dire qu’il existe aussi, pour les hommes, des difficultés à gérer leur propre corps, des difficultés à gérer, à supporter le corps féminin, et des difficultés à mettre en place un dialogue avec les êtres de l’autre sexe. Pour moi, c’est aussi intéressant de voir du côté des hommes, parce qu’ils sont très souvent caricaturés ou placés dans des positions qui sont effectivement les leurs à un moment donné, mais qui, en tout cas, possèdent des liens, des explications, qui échappent totalement à la dualité « femmes victimes » et « hommes dominants ».

Mais, en étant une femme, n’est-ce pas un peu biaiser la réalité que de parler à leur place?

Je ne sais pas si je parviens bien à décrire la psychologie masculine, mais ce n’est pas ça qui m’intéresse. Ce qui m’intéresse le plus c’est de réussir à raconter une histoire en mettant en place des personnages masculins qui ont des rapports complexes avec les femmes et qui, à partir de là, se retrouvent avec une existence et un destin qui les accablent totalement. C’est la fatalité qui pèse sur ses destins qui me passionne !

Dans ce roman, il y a la notion de filiation, de l’inceste, la répression sexuelle des hommes envers les femmes, thèmes déjà abordés dans le précédent. C’est une obsession chez toi ?

Ça me travaille depuis longtemps. Le fait d’inverser les polarités aussi. Faire des hommes l’objet du discours et moi, la femme celle qui tient ce discours, c’est aussi une manière de m’émanciper de ce regard masculin. C'est-à-dire, qu’à un moment donné, la femme n’est plus ce qui est décrit, jugé ou observé, mais c’est le masculin qui est passé au microscope. C’est une manière de rééquilibrer les regards et le poids des regards, plus particulièrement. Une manière aussi de m’insérer au sein du monde masculin et d’en dire quelque chose.

Excuse-moi cette question personnelle, mais, du coup, dans la vie, tu n’as pas peur de faire peur aux hommes ?

Je ne pense pas. Les hommes en général ou les hommes maghrébins en particulier sont très empêtrés dans leurs propres problèmes et questionnements. Il y a cette espèce de poids très lourd qui est celui de la masculinité et de la virilité, de se définir comme puissant et surpuissant. Je ne pense pas que dans l’esprit des hommes, les choses soient aussi figées et aussi solides que ça. Il me semble que, de leur côté, il y a aussi beaucoup de fragilité, de peur, d’angoisse à l’égard de ce que les femmes peuvent penser d’eux. Donc, effectivement, même si j’y vais de manière un peu brutale, j’ai quand même le sentiment de leur tendre une perche. Finalement, je ne fais que tenter d’ouvrir un dialogue sur ce que, eux, ressentent, même si les questions liées à la sexualité sont particulièrement dures à soulever dans ce type de culture là.

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Tu fais un distinguo entre les hommes en général et les hommes maghrébins.

Je pense que la culture arabo-musulmane fait jouer des rôles à l’homme, à la figure du père ou du frère et que, finalement, la culture occidentale laisse des marges de liberté beaucoup plus grandes. La question de la possibilité de se présenter en tant qu’homme ayant des faiblesses ou ne souhaitant pas se marier ou n’étant pas soucieux d’épouser une femme vierge, il y a des choses comme ça qui pèsent beaucoup dans l’imaginaire arabo-musulman et qui sont liées à une culture très forte et à une dimension plus ou moins sclérosée de ces sociétés-là. La question religieuse y est particulièrement forte, donc, à partir de là, le modèle social est particulièrement rigide. Les écarts, car écarts il y a, sont réprimandés. L’homosexualité est un sujet à fleur de peau, pour ne pas dire tabou, dans la société algérienne, Marocaine et Tunisienne. Dans mon livre, entre deux des héros, Si Larbi et Riddah, il y a une atmosphère ambigüe. On ne sait pas bien si leur relation est homosexuelle ou pas. J’étais intéressée par la possibilité d’installer ce que j’appelle une forme d’homo-érotisme. Il y a quelque chose dans l’air qui pourrait faire penser à une relation amoureuse ou charnelle entre ces deux hommes, tout en laissant le lecteur libre d’imaginer ce qu’il veut. Dans la société que j’ai voulu décrire, il y a une disparition croissante des femmes, parce que parties, parce que plus émancipées, parce que plus libres, parce que déjà mariées, et une forme de peuple masculin qui se retrouve seul et qui se demande comment il est possible à son corps d’évoluer sans femmes.

C’est une manière de ne pas assumer son homosexualité ?

Oui. C’est une sexualité qui se construit à défaut. Ce n’est pas tant le corps masculin qui est attirant, que  le corps féminin qui brille par son absence. C’est à ça que je suis particulièrement sensible. Comment des hommes maghrébins qui viennent pour travailler en France et qui ne connaissent personne gèrent leur sexualité. Lorsque je parle de sexualité, je ne parle pas juste du rapport sexuel, je parle aussi de la capacité d’aimer et de se faire aimer et de se créer des situations d’échanges pour ces temps-là.

kaoutar harchi,l'ampleur du saccage,interview,mandorÀ part Tahar Ben Jennoun dans La plus haute des solitudes et toi, aucun auteur n’a traité ce sujet.

Ce sont des questions qui sont taboues. Moi, j’y suis allée avec une forme d’innocence, même si après, je me suis dit que peut-être, c’était un terrain un peu dangereux. Ma parole n’est pas politique, j n’ai pas de mandat, je ne suis pas élue, ma liberté d’expression est donc sans limites.

Tu n’as pas peur que certains te reprochent de raconter ce genre d’histoire?

Ça dépend des reproches. J’entends parfois : « cette image que tu donnes de nous, ce n’est pas soutenir le pays ou l’ensemble culturel que de dire des choses pareilles. » Oui, mais en même temps, ce n’est pas mon problème. J’ai cette envie et ce besoin d’aller vers les choses qui sont sensibles. Je trouve que la question du corps féminin dans la culture arabo-musulmane est une question qui fait encore débat, alors je débats.

Toi qui es une jeune fille moderne, tu sens ce poids culturel ?

À une époque, je l’ai senti très fortement. L’adolescence, c’est une époque que j’ai trouvé très compliquée par rapport à ça, par rapport au regard de la mère et au regard du père. Ils sont encore dans une culture très traditionnelle et ils sont un peu effrayés par la modernité et par comment vivent leurs enfants. À un moment donné, ça m’a touché. Il est possible qu’en raison du fait que je sois une fille, il y ait des choses qui ne me soient pas permises, alors qu’en étant un garçon, j’aurais pu les posséder sans problème. Je m’en suis très rapidement émancipée par les études et par la capacité à aller au combat. J’y reviens sur le plan littéraire aujourd’hui parce qu’il y a matière à dire les choses, à créer un dialogue, un échange et même du conflit. Le conflit est très structurant si on accepte de le mener de manière intelligente et sans préjugé.

La littérature, c’est aussi pour mener un combat.

Moi, je le vis beaucoup comme ça. Mais, c’est sûrement lié à mon histoire et mes études. J’entends parfois des gens qui vivent et racontent tout ça de manière plus légère, plus divertissante et il faut aussi ce type de point de vue. Nous en avons discuté assez souvent tous les deux. Moi, je ne suis pas un clown, je n’ai pas envie spécialement de faire rire les gens. C’est en tout cas, en écrivant de cette nature que je trouve un sens à mon existence.

Soit tu écris des actes de manière frontale et brut, soit tu suggères.

Il y a des scènes qui imposent la violence d’elle-même, ça devient donc compliqué d’éluder ou de contourner le problème en suggérant les choses. Quand, par exemple, le viol est décrit, c’est un des moments forts du roman, j’y vais frontalement. Je trouve que c’est la possibilité de faire imaginer ça à quelqu’un d’autre que soi même qui est en soi une violence. Je ne veux pas être constamment dans quelque chose de trash, de très évasif ou fuyant. J’essaie de moduler les scènes qui méritent d’être dites et qui méritent d’être imposées aux lecteurs. J’oscille entre réalité et atmosphérique. C’est un jeu d’ajustement habile.

Je t’ai connu alors que tu étais chez Sarbacane, maison spécialisée dans la littérature adolescente, et te voilà chez Actes Sud. Pourquoi avoir choisi cette honorable maison ?

Parce que c’est une maison d’édition qui a une ligne éditoriale très cohérente. C’est l’ouverture sur le monde et particulièrement sur le monde arabe et le Proche Orient. Son catalogue fait aussi tourner la tête. C’est aussi une manière de créer des filiations avec des auteurs que j’apprécie tout particulièrement. J’aime l’idée d’intégrer cette forme de famille là, ce cousinage imaginaire…

Et tu acquiers une certaine légitimité en intégrant cette maison. 

J’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose et ce quelque chose, c’était l’ouverture sur un public généraliste. Comme tu le disais, je viens de la littérature dite « pour ado », je voulais me confronter au public plus large et complexe de la littérature adulte. Je prends ce deuxième roman comme un deuxième nouveau départ. Je te dis, j’ai besoin d’aller au combat.


Kaoutar Harchi : "Arezki va se rendre compte... par ActesSud

Voici aussi l'avis toujours (éclairé) de Carole Zalberg...

Et après l'interview...

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01 septembre 2011

Aslan Skinazy Vs Mandor!

francois alquier 027.jpg

Il y a quelques semaines, alors que je me trouvais dans une librairie parisienne pour assister à une séance de dédicaces d’un ami auteur, Louis Lanher, je rencontre Cyril (Aslan) Skinazy promenant son chien à la recherche d’un bon bouquin. Nos regards se croisent, puis, rapidement, nous tombons dans les bras l'un de l'autre. Non, en fait, je m’approche en le saluant d’une bonne poignée de mains (signe d’une extrême virilité !).

Skinazy, je le connais un peu. Nous nous sommes croisés dans des manifestations culturelles, toujours très rapidement, sans jamais vraiment converser. Et puis, nous sommes amis Facebook (c’est dire la belle amitié qui nous lie… à la vie, à la mort, quoi !).

Je connais parfaitement son travail pour le suivre régulièrement dans ses pérégrinations sur le web. Caméra numérique au poing, il s’est lancé dans un vaste projet mêlant rencontres filmées, reportages et interviews.

« Le ton libre et novateur de ces court-métrages regroupés sous le label ZeroTV signe la première tentative de Web TV avant-gardiste au point qu’un centre d’art contemporain en fera le sujet d’une de ses expositions », explique très modestement sa biographie officielle.

aslan skinazy, abrakadakebab, mandor, interviewMes quelques verres de vin rouge ayant commencé à agir sur ma pensée profonde, je lui offre mon livre et lui dit d’un ton à la limite du péremptoire : « J’accepte que tu m’interviewes, mais uniquement si tu tentes de me piéger, uniquement si tu ne me poses des questions vaches ou dérangeantes, uniquement si tu tentes de m’assassiner ». (Il me semble que j’en avais un peu marre que ma promo soit aussi bienveillante que le contenu de mon livre).

Cyril Skinazy ne m’avait rien demandé, même pas suggéré qu’il serait intéressé de m’interviewer mais je lui ai vraiment dit ça.

(Les ravages de l’alcool…)

Gentiment, il accepte. Nous nous échangeons nos coordonnées et je file boire mes derniers verres. (Je rappelle que j’étais en présence de quelques écrivains et quelques journalistes.)

Evidemment, le lendemain, j’avais complètement oublié cet échange…

Mais quelques semaines plus tard, il me contacte.

Voilà le résultat de cette rencontre un peu décousue ou le terrible Aslan Skinazy (qui sort bientôt un roman, Abrakadakebab), en profite (même pas discrètement) pour faire sa propre promo.

Finalement, il ne m’a pas tué.


MANDOR INTERVIEW DECOUSUE par ZeroTV

Merci à Amélie Lalaudière qui a filmé l’entretien (avec impertinence, je reste circonspect par rapport à certains gros plans, mais bon, je ne discute pas la direction artistique), puis qui s’est adonnée à une petite séance photo improvisée… dont le fruit du travail de ce jour-là se trouve ici.

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Photo de la joyeuse troupe par Stella Alquier...

22 juillet 2011

Jewly: interview pour la sortie de No Shoes

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Avant-propos exceptionnel  :

Récemment, lors d’une interview pour mon livre, une journaliste me dit : « Oui, mais, vous n’avez pas l’impression de vous servir des stars pour faire le succès de votre blog ? ». J’ai entendu cette question maintes fois. A cela, je lui ai demandé si elle avait déjà jeté un coup d’œil sur le dit blog.

Evidemment, pas vraiment.

Non, parce qu’en fait, je consacre bien 60% de cet espace à faire découvrir de nouveaux artistes. J’ai l’impression de passer mon temps libre à tenter de dénicher les talents de demain. L, Lisa Portelli, Cyril Mockaiesh (pour ne nommer que ceux qui explosent actuellement) sont des artistes qui sont ici depuis plus de trois ans et que l’on découvre aujourd’hui seulement. (Précisons que maintenant que ça marche pour eux, ils répondent encore présents... les trois A.C.I se sont déplacés tous les trois à mon agence pour des interviews/session acoustiques, voir , et ).

Il y en a beaucoup d’autres que vous ne connaissez pas encore, mais qui, peut-être, seront en haut de l’affiche un jour (par exemple, je parie beaucoup sur Rodrigue !).

Je n’en tire pas une gloriole incommensurable, mais j’aimerais parfois que l’on ne me fasse pas de faux procès (qui certes, n’empêchent pas le monde de tourner et qui n’agacent que moi !)

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La jeune femme dont je vais parler aujourd’hui s’appelle Jewly. C’est mon ami d’enfance, Eric Genetet qui m’a prié d’aller écouter son MySpace. J’écoute les cinq morceaux proposés, mixant des sonorités funk, blues, jazz ou carrément rock. Et j’apprécie « son univers travaillé et sincère qui s’ouvre sur le groove ».

Le 12 juillet dernier, elle se produisait dans la mythique boite de jazz, le Sunset. Je lui ai donné rendez-vous dans l’après midi, afin d’en savoir plus sur son début de carrière, son univers (entre autres).

jewly, no shoes, interview, mandorInterview :

Tu n’es pas tout à fait une débutante…

Je chante depuis longtemps des standards de jazz, des reprises. En 2006, alors que je chantais dans une manifestation, quelqu’un m’a « repéré ». Cet homme m’annonce qu’il voulait faire une chanson avec moi parce que ma voix lui plaisait. On est rentré en studio et on a enregistré une chanson « Terre permise ». J’ai décidé de la donner à l’Unicef. Ce single m’a emmené en Roumanie où, invitée par le gouvernement, je me suis produise dans des orphelinats. Bon, après cette expérience, je n’ai plus voulu faire autre chose.

Le besoin de chanter, chez toi, semble particulièrement viscéral…

Pour moi, c’était un réel besoin. Au début, j’ai fait ça en parallèle de mes études, sans prendre les choses trop sérieusement. Et puis, quand on chante des reprises de jazz, c’est complètement différent que de construire son propre univers, trouver ses chansons, faire son album, trouver la voie vers laquelle on veut aller musicalement. J’ai le souci constant de ne pas faire des choses qui ressemblent  à ce que tout le monde fait. Après le single de l’Unicef, très vite, j’ai voulu mon propre album pour imposer mon style perso.J’ai fait un premier album en 2009, Behind the line, sorti sous le nom de Julie Claden. Je chantais quasiment exclusivement en français. Ce disque marque le début de ma prise de conscience, le début d’un mouvement inexorable vers mon univers d’aujourd’hui. Chaque chanson racontait une histoire, mais pas l’ensemble de l’album.

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Je sais que tu trouves qu’il ne sonne pas assez « live ».

Il était un bon premier album de studio, mais j’ai évolué rapidement et du coup, très vite, il ne me correspondait plus. No shoes, mon deuxième album correspond vraiment à ma personnalité artistique. Il a été enregistré avec mes musiciens de scène en one shot. On n’a touché à rien. Il sonne plus live et c’est ce que je voulais, car je suis une personne qui se sent parfaitement à l’aise sur scène. Faire un album, c’est bien, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est d’être sur scène et de jouer avec de vrais musiciens. J’ai besoin de cette interaction qui se crée entre mes musiciens, le public et moi. Sur scène, je reçois énormément du public. Et si après un concert, j’ai réussi à toucher ne serait-ce qu’une seule personne, je considère que j’ai réussi quelque chose…

Quand on écoute No Shoes, du coup, on sait ce que tu vaux sur scène ?

Oui, on ne ment pas. Mais, ça ne veut pas dire que sur scène, je vais les chanter de la même manière. Dans l’interprétation d’une chanson, d’une soirée à une autre, on ne ressent jamais les choses de la même façon, on n’est jamais dans le même état d’esprit, donc forcément, je vais les chanter différemment, je vais les vivre avec le public.

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Ta musique, c’est du funk, soul, rock avec un peu de jazz. Est-ce que c’est ton style définitif ?

Mon style, c’est vraiment rock’n blues avec des riffs funk. Ma musique, on aime ou on n’aime pas, mais on ne peut pas me dire que c’est le copié collé de quelque chose. Forcément, j’ai des influences, mais je tente vraiment de m’en éloigner le plus possible. On en peut pas dire de moi, dans la globalité, elle fait du x ou y artistes. On n’essaye pas non plus de ne pas ressembler. Tout est affaire de dosage inné. Ma musique s’appuie sur des bases existantes déjà fortes, sur des atmosphères et surtout sur des sonorités, ensuite, je vais vers des choses qui me ressemblent.

Quelques extraits de son concert au Sunset, le soir même...

Jewly at Sunset - Paris from jewly on Vimeo.

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Tes textes parlent de quoi ?

J'aborde des thèmes qui me tiennent à cœur, des absurdités qui me touchent, personnels ou appartenant à des gens que je connais. Je parle de racisme, d’intolérance, d’amour de la vie. Je travaille les textes avec Mina Moutski. Elle m’a proposé différents thèmes et après, j’ai choisi.

Tu chantes et écris en français ou en anglais, selon le sujet et l’inspiration, c’est ça ?

Ma langue maternelle, le Français, est chargée affectivement et porteuse d’émotions intimes. L’Anglais permet le recul, le jeu de sonorité, force un travail d’appropriation très rigoureux… Je n’ai aucune préférence, c’est vraiment une question de ressentie, d’impulsion, de moment.

Tu travailles toujours avec la même équipe.

Depuis le début, je travaille avec des personnes proches de ma sensibilité, qui partagent mes valeurs et ma vision de la musique. À commencer par Emmanuel Hoff, mon compositeur et complice de la première heure, Michel Ott, musicien et compositeur avec lequel je crée des mélodies en binôme et bien sûr, Mina Moutski, dont les mots épousent parfaitement nos musiques…

Tu ne fais pas de la musique commerciale. Tu n’as pas choisi la voie de la facilité !

J’ai conscience que c’est un choix risqué. Je me dis que je ne vends pas mon âme au diable, je joue de la musique que j’aime et si jamais ça doit marcher pour moi, je pourrai me regarder dans la glace. Moi, je ne veux pas faire juste un tube, je veux bâtir ma carrière dans la longueur. Je prends le chemin de la difficulté, mais je suis une fille courageuse, volontaire et tenace.

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Avec le serveur de ma "cantine", qui n'est pas resté insensible au charme de Jewly...

Récemment, tu as fait la première partie de Florent Pagny, à Troyes, au Festival de Champagne.

C’est une super expérience parce que c’est une grosse scène. Ma musique n’a rien à voir avec celle de Florent Pagny, le public n’est pas venu pour moi et pourtant il a beaucoup accroché. J’ai vraiment un super moment. Ça m’a rassuré que le public soit si ouvert et que ma musique leur plaise. À Strasbourg, j’ai aussi fait la première partie d’Axelle Red. Là, il y a avait Place Kléber plus de 5000 personnes. C’était la folie pure !

Deux extraits de la première partie du concert de Florent Pagny...

Depuis cette année, tu es membre des « Ambassadeurs d’Alsace », un réseau d’entreprises, d’hommes et de femmes qui aiment leur région et qui a pour ambition de faire rayonner l’Alsace à travers ses initiatives et ses talents…

Je vis actuellement à Strasbourg et je fais depuis plusieurs années maintenant des concerts en France et à l’étranger. L’idée de présenter ma région grâce à ma musique me séduit beaucoup. J’étais d’ailleurs partie au Québec avec le CRT (Comité Régional du Tourisme d'Alsace) pour chanter pour l’Alsace.

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Dernière précision : Sans contraintes, ni prises de tête, Jewly souhaite rendre accessible et partager sa musique avec le plus grand nombre de personnes, tout simplement.
C'est pourquoi vous pouvez acquérir No Shoes au prix de votre choix à partir de 5 € TTC, dans le respect du travail des musiciens qui la soutiennent.

18 juillet 2011

Sophie Adriansen: interview sur un début de carrière littéraire

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Sophie Adriansen est la Sophie du blog Sophielit (qui connait un bien beau succès depuis deux ans que ce blog (et donc Sophie) donne son avis éclairé sur de nombreux livres). Je ne peux pas le cacher, nous nous connaissons un peu. Pas beaucoup, on se croise, mais souvent (salons du livre et autres soirées littéraires). J’ai même animé une rencontre publique dont le but était de présenter son premier livre (co-écrit avec Rodolphe Macia), Je vous emmène au bout de la ligne.

Elle vient de publier une nouvelle dans le recueil Six façons de le dire au côté d’écrivains qui n’ont plus rien à prouver (Hein ? Quoi ? Qui n’a plus rien à prouver dans ce bas monde?). Le 1er juillet dernier, l’occasion était belle de se retrouver pour faire un premier point sur ses premiers pas dans le monde de la littérature (dans le seul bar ouvert près de mon boulot… certainement pas le plus glamour en tout cas.)

Les deux livres :

livre-je-vous-emmene-au-bout-de-la-ligne-metro1.jpgJe vous emmène au bout de la ligne :

Le métro parisien, ce n’est pas le pont d’Avignon : on y dort plutôt qu’on y danse. Et pourtant, il suffirait d’ouvrir les yeux pour découvrir un monde différent et riche. Rodolphe, conducteur sur la ligne 2, nous y entraîne. Il a derrière lui vingt ans de vie sous terre. Avec drôlerie et gourmandise, il nous raconte ce territoire tel qu’il se livre à l’homme dans la cabine: les créatures qu’il y croise, les rituels qu’il observe, les aventures les plus inattendues qui ébranlent la routine. Entre Nation et Porte Dauphine, faune et flore sont examinées avec un regard tendre et affûté : fêtards, contrôleurs, suicidaires, érotomanes, musiciens ou mendiants...
À Paris, plus de 5 millions de personnes prennent le métro chaque jour. À l’heure de pointe, en fin de journée, 540 trains circulent simultanément sur tout le réseau. Tout le monde semble pressé de remonter à la surface. Et pourtant, les coulisses de ce monde underground ont de quoi fasciner et la mission du conducteur peut parfois s’avérer héroïque. Sophie Adriansen, qui a co-écrit ce livre avec Rodolphe Macia, ne s’y est pas trompée en tombant amoureuse de l’homme autant que de son métier.

Six-facons-de-le-dire_couverture.jpgSix façons de le dire :

Avec Bernard, David Foenkinos signe une comédie hilarante sur la difficulté de retourner vivre chez ses parents après cinquante ans. Nicolas d'Estienne d'Orves, lui, commet Coup de Fourchette, un polar déjanté sur l'univers de la gastronomie, tandis que Yasmina Khadra nous offre La Longue Nuit d'un repenti, un texte engagé sur les grands thèmes qui ont fait son succès. Mercedes Deambrosis a, quant à elle, choisi le genre historique pour aborder la condition des femmes au début du XXe siècle dans son très joli De naissance, et Christophe Ferré le drame psychologique pour nous raconter un amour fou à la veille du 11 septembre : La Photographe qui a reçu le Grand prix de la nouvelle de l'Académie française. Il ne restait plus que la comédie romantique, dont Sophie Adriansen s'est emparée avec brio dans Santé !, pour traiter de l'amour à l'épreuve de l'erreur médicale.

Interview :

Mandor : Tu viens de l’univers des chiffres, plus particulièrement celui de la banque. Comment passe-t-on du monde des chiffres à celui des lettres ?

Sophie Adriansen : Dans la banque, j’étais déjà dans la communication. Je n’étais pas dans une salle des marchés. J’ai créé le journal interne de la filiale dans laquelle j’officiais, je faisais du journalisme d’entreprise tous les mois. Il y avait déjà ce truc de partager. C’est le mot clef de ma vie : partager.

sophie andriansen, je vous emmene au bout de la ligne, six façons de le dire, interview, mandor-Comment as-tu eu l’idée de créer ton blog Sophielit ?

-J’ai toujours beaucoup lu et quand j’aime un livre, j’ai tendance à saouler tout le monde avec. J’ai toujours fait en sorte que tous mes proches lisent les livres que j’ai aimés. A un moment donné, je me suis dit qu’au lieu de saouler mes amis, je pouvais aussi mettre mes goûts à disposition afin que même des gens que je ne connaissais pas puissent profiter de mes conseils.

-Le but de ton blog est d’inciter les gens à lire les livres que tu as appréciés.

-Oui, et je n’ai pas de méthode. Au début, mes billets étaient très courts. Je me contentais de donner mon avis positif,  sans trop étayer. Juste une phrase ou deux. Bon, plus on lit, plus on aiguise son jugement, plus on compare les livres, les uns par rapport aux autres. Pour donner envie, il faut faire ressortir ce qui peut toucher les gens en termes d’émotion. Faire ressortir quelque chose d’universelle d’une histoire particulière. J’essaie de faire comprendre ce qui m’a touché de façon à ce que d’autres puissent être touchés par la même chose.

-As-tu des retours des auteurs que tu « critiques » sur ton blog ?

-Cela arrive. Les retours viennent plus naturellement quand les billets sont positifs. C’est facile d’envoyer un message de remerciement.

-As-tu parfois la dent dure ?

-Je dis ce que je pense, en tout cas. Ça me vaut parfois des commentaires injurieux. Pas de la part des auteurs, mais de la part des lecteurs qui, eux, ont aimé. Cela dit, ça m’arrive aussi d’avoir des commentaires injurieux de la part des gens qui ont détesté un livre que j’ai aimé. On ne peut pas convaincre. Mon but n’est d’ailleurs pas de convaincre, mais de proposer, de partager ce que j’ai ressenti.

sophie andriansen, je vous emmene au bout de la ligne, six façons de le dire, interview, mandor

-Quand on parle des livres, on a envie d’écrire, on a envie d’être édité. Toi, tu as déjà deux actualités : Je vous emmène au bout de la ligne d’abord et Six façons de le dire, ensuite.

-J’écris depuis plus longtemps que je tiens mon blog. Pour le premier livre, je trouvais que Rodolphe Macia avait une matière. Un témoignage, on s’en fout, si c’est creux, vide et inconsistant. Le témoignage d’un conducteur de métro proposé aux usagers, et plus largement, au public, était une idée enthousiasmante. La difficulté était d’intéresser le lecteur.

-Tu as réussi parce que l’accueil a été très bon. De la part des critiques littéraires et des lecteurs.

-Je suis assez satisfaite, en effet. Tous les retours sont assez positivement unanimes. Et parce qu’on a eu pas mal de retours de retraités ou de conducteurs en activité qui nous ont remerciés et qui ont eu l’impression qu’on leur donnait la parole avec ce livre. Comme quoi, une trajectoire personnelle peut résonner chez plein de gens. Ce livre a eu chez eux un effet haut-parleur positif.

-Ça t’a fait quoi de voir ce livre la première fois ?

-Ça s’est passé chez l’éditeur, c’était encore un peu « hors-circuit ». Par contre, quand je l’ai vu la première fois au Virgin des Grands Boulevards le jour de sa sortie, au milieu d’autres livres, là, c’est devenu concret. 

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor-Dans ton deuxième livre, tu es au milieu de 5 autres auteurs beaucoup plus réputés que toi : David Foenkinos, Mercedes Deambrosis, Christophe Ferré, Nicolas d'Estienne d’Orves et Yasmina Khadra. Par quel prodige es-tu arrivé à ce résultat ?

-Les éditions Moteur sont spécialisées dans les nouvelles « prêt à adapter ». Moi, j’ai découvert Émilie Frèche, qui est l’une des deux fondatrices de la maison d’édition et aussi romancière, quand j’étais blogueuse. Un jour, je lui ai demandé si je pouvais essayer de lui envoyer un texte.Moteur manquait de comédies romantiques, je lui en ai donc envoyé une.  Elle n’a pas été convaincue par mon texte. Du coup, quand est arrivé ce projet de compilation, elle savait comment j’écrivais et elle m’a proposé d’en faire partie, avec une contrainte de délais. J’ai accepté sous réserve que je trouve une bonne idée.

-Ta nouvelle est une comédie romantique, certes, mais pas que ça. Je la trouve même sarcastique et  très noire.

-Ah bon ? Mais l’histoire d’amour du couple, Monique et Yann, qui est le fil conducteur de ma nouvelle, se termine bien.

-D’accord, mais il y a beaucoup de messages sous-jacents… Tu as un côté très obscur.

-La principale violence que j’ai dû me faire, c’est de trouver des choses drôles à écrire et de mettre de l’amour aussi. Si je m’écoutais, je n’écrirais que des choses noires. 

-Ta nouvelle est difficile à résumer… ce qui est le cas de toutes les nouvelles en général.

-Il y a dans la mienne tellement de rebondissements que j’ai du mal à en parler. Lorsque je dois la résumer, j’ai toujours envie d’aller jusqu’au rebondissement d’après et, à un moment donné, tout est dévoilé.

sophie andriansen,je vous emmene au bout de la ligne,six façons de le dire,interview,mandor-Tu es en compagnie d’auteurs que tu apprécies vraiment. C’est une belle coïncidence !

-Le livre existe depuis 3 mois et j’ai toujours du mal à croire à cet assemblage de nom sur la couverture. Forcément, c’est hyper flatteur. Les cinq autres sont sortis en petit volume l’année dernière, je les avais donc déjà lus. Je connaissais la qualité des textes, donc j’ai pris ma participation comme un énorme challenge. Émilie Frèche m’a d’ailleurs mis de la pression en me rappelant qu’étant donné la qualité des textes, il fallait que le mien soit à niveau.

-La pression ne te bloque donc pas dans la création littéraire ?

-La pression tu en fais ce que tu veux. Soit elle t’écrase et tu n’avances pas, soit tu décides que tu y arriveras. En même temps, je n’y serais pas arrivée sans l’éditrice qui a fait un vrai boulot d’éditrice. Elle a eu un vrai regard extérieur pour me guider et m’amener au texte final.

-Y-a-t-il  eu beaucoup d’échanges avec elle, beaucoup d’aller-retour du texte ?

-Oui, pas mal. Mais, en même temps, il fallait faire vite, nous étions limitées par le temps.

-Du coup, quand il faut retoucher son texte, est-ce que l’on se remet sérieusement en question ?

-Je me suis dit que l’éditrice à un paquet de romans à son actif, elle a un paquet d’auteurs dont elle a fait sortir des textes en tant qu’éditrice. Moi, je suis apprentie écrivain, juste je ferme ma gueule et j’apprends. En si peu de temps, du coup, j’ai appris énormément. La contrainte de signes à fait que j’ai taillé et retaillé mon texte pour ne recueillir que la substantifique moelle. Émilie Frèche m’a fait grandir sur le plan de l’écriture.

-A quand une histoire longue… un roman quoi ?

-J’en ai écrit plein. Un devrait voir le jour bientôt.

-Tu commences à te faire un nom dans le milieu…

-Oui, mais le combat est rude pour parvenir à ce que je souhaite, parce qu’il y a autant de personnes qui lisent que de personnes qui écrivent. De plus, le milieu de l’édition est un monde impitoyable. Mais, j’avance, pas à pas. Je vais prendre mon temps et j’espère parvenir à aboutir à ce que je veux. Vivre de ma plume en tant qu’écrivain.

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16 juillet 2011

Bab: interview pour la sortie de "Bienvenue à bord"

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Cela faisait un moment que je souhaitais mettre en avant le groupe Bab. Deux des membres sont des ex du groupe Musard (mandorisé ici il y a 3 ans).

bab,bienvenue à bord,mandor,interviewAujourd’hui  Candice (chant, basse) et Guillaume (guitare et batterie aux pieds) jouent une musique, mélange savant de rock, de folk et de chanson, saupoudré de cuivres electro-jazz, mais dont on sent fortement un esprit hérité de la scène alternative. Les deux Bab ont su s’entourer puisque leur premier album Bienvenue à bord a été mixé et réalisé par Erwin Autrique (Louise Attaque, Mano Negra, Alain Bashung) et Laurent Guéneau (Sinsemilia, IAM, Cesaria Evora). Et surtout, c’est Mike d’Inca (le leader de Sinsemilia) qui les a signés dans sa structure personnelle, Echo Productions. Chez AZ/Universal, on croit très fort au potentiel de ce duo à la liberté surprenante.

Voici le teaser de la sortie du disque:

Le 8 juin dernier, je leur donne rendez-vous dans un bar culturel situé à proximité de l’agence pour laquelle j’officie.

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bab,bienvenue à bord,mandor,interviewInterview :

Mandor : Pourquoi le groupe Musard s’est-il arrêté ? 

Candice : Musard a duré 5 ans. Quand humainement, on ne s’entend plus, ce n’est plus la peine de continuer. Ça a vraiment pété entre nous, juste avant la sortie du disque. On était en colère quand on est parti.

Du coup, avec Bab, vous avez changé de style musical.

Candice : Guillaume et moi, on a toujours fait les chansons, même avec Musard. C’est une constante. Dans ce groupe, il y avait du violon, alors, le rock, on ne pouvait pas trop se lancer là dedans, c’était compliqué pour les arrangements. Ce que je peux affirmer, c’est qu’il est fort possible que nous ayons plus de maturité artistique.

Guillaume : Toi, Candice, tu as changé ta manière de chanter, dans le sens où il y a toujours beaucoup de mots, mais il y a plus d’air entre les mots. Bab s’est la suite de Musard, nous allons dans la même direction, mais en étant plus rock.

bab,bienvenue à bord,mandor,interviewBab est même folk rock, je trouve.

Candice : Ça définit bien l’album en tout cas.

Comment travaillez-vous ?

Candice : J’écris les textes, après je trouve des accords. Guillaume, lui, a des musiques qu’ils me proposent. Si elles me plaisent, ce qui est fréquent, on travaille dessus. D’abord, la trame de la chanson pour la musique et ensuite, on fait appelle aux arrangements cuivres. Il y en a beaucoup dans l’album. On adore ça.

Tes textes sont très féminins. Il est beaucoup questions de la vie de couple ou des relations hommes-femmes.

Candice : Il y a beaucoup de gens qui prennent les chansons comme si je n’aimais pas les hommes. En fait, mes textes sont féminins, mais ils ne sont pas sur la vie de couple, ilks sont plus portés sur la relation en général. « J’te dois rien », je ne l’ai pas écrit pour mon petit copain, mais pour une relation humaine qui se sépare.

Tes textes sont quand même très insolents, Candice.

Candice : Oui, effectivement. Il y a un journaliste dans une radio qui m’a dit que j’avais « la vacherie délicieuse ». En fait, on a envie de dire ce que l’on a envie de dire, sans être plat. Ça sort comme ça sort. Moi, dans la chanson française, j’ai envie d’entendre des artistes qui disent des choses ou qui sont un peu en colère, qui sont éperdument passionnés ou amoureux,  avec des vrais sentiments.

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Tu as envie d’aller encore plus loin dans les mots ?

Candice : Oui, là, je cherche encore mes limites. J’aime bien un peu bousculer les convenances. Un soir, on a joué au Réservoir, j’ai chanté une chanson qui parlait des apparences. Il y a plein de gens qui ont été choqués et qui sont partis. Pour moi, c’était une réussite.  Je vois les choses un peu comme les voit Didier Super. C’est autant une réussite que les gens t’aiment que les gens s’en aillent parce que ça les dérange. On a des choses à dire et on n’est pas là pour faire que plaisir. Le but, ce n’est pas que les gens nous aiment, mais c’est de faire passer ce que l’on a à dire.

On vous classe dans quelle catégorie musicale ?bab,bienvenue à bord,mandor,interview

Candice : Ça, c’est un problème. On rentre un peu partout, mais nulle part vraiment. Nous sommes un peu des ovnis. Pour nous, c’est une qualité, mais également un handicap.

Vous êtes passés de Atmosphériques avec Musard a AZ/Universal avec Bab… ça change quelque chose pour vous?

Candice : Notre producteur, c’est le chanteur de Sinsemilia, donc nous restons vraiment dans une ambiance de pur indé.

Guillaume : Pour moi, ça ne change rien. C’est un peu un cliché de s’imaginer que la signature va tout changer. En fait, ça change très peu de choses. D’un point de vue musical, on ne t’oblige pas à faire un style particulier. Notre album, on l’a fait en toute liberté.  On nous fait juste des propositions et nous, on dispose. On ne nous force pas du tout.

Vous semblez donner beaucoup d’importance à l’image. En témoignent vos clips.

Guillaume : Il y a deux clips pour « J’te dois rien ». Le premier est un clip officiel, normal. Le second, c’était juste histoire de réaliser une performance. Un plan-séquence. Je ne voulais aucune coupure.  Finalement, on n’a pas réussi, nous avons fait des coupures et du coup, ça ressemble à un clip. Il y a tout de même plus de 70 musiciens et 300 acteurs qui jouent dans la vidéo. C’est vraiment une perf sur une chanson.

Candice, tu as une forte personnalité. Tu sembles même avec une « grande gueule » ?

Candice : Moi, je suis quelqu’un d’assez gentil, sympa, je ne fais pas de vagues, par contre, quand on m’emmerde, il y a un câble qui se pète. Je ne me laisse pas faire.

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Ça fait 10 ans que vous bossez ensemble.  Ça va ? La cohabitation se passe bien ?

Guillaume : Entre nous, c’est assez naturel. On a chacun nos domaines d’expressions. On communique beaucoup, mais on ne se laisse rien passer.

Candice : On a chacun nos points forts et nos points faibles, mais on est complémentaire. On se donne un regard critique sur ce que l’on fait mutuellement, mais on a chacun vraiment notre place. On ne s’est jamais engueulé.

Guillaume : Moi, par exemple, j’ai une fâcheuse tendance à partir vers des trucs un peu technos, et là, Candice me ramène.

Candice : Guillaume me ramène, lui aussi, sur le droit chemin… et souvent !

Longue route à vous !

Candice : En tout cas, je pense qu’elle sera longue parce qu’on n’est pas près de s’arrêter.

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Pour finir, un extrait de l'album... en version acoustique: "Les jours meilleurs".

12 juillet 2011

Ariane Charton: interview pour "Marie d'Agoult, une sublime amoureuse"

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J’ai rencontré Ariane Charton le 16 juin dernier, dans un café littéraire où j'ai mes habitudes, afin d’évoquer son dernier livre en date, Marie d’Agoult, une sublime amoureuse. Cette spécialiste du romantisme narre la relation amoureuse entre elle et le compositeur Franz Liszt. Curieusement, cette liaison n’est pas aux antipodes d’une relation d’aujourd’hui. Les mœurs sont restées les mêmes malgré le changement d’époque. Il me semblait intéressant d’en savoir plus…

charton cover.jpg4e de couverture :

Une femme, grande aristocrate et mère de deux enfants, s’éprend d’un musicien plus jeune qu’elle et quitte tout pour lui. Ce pourrait être un roman, c’est une histoire vraie. Celle de Marie d’Agoult, maîtresse du génial Franz Liszt. Leur passion durera dix ans et verra naître trois enfants, dont la future Cosima Wagner.

Ariane Charton, spécialiste du romantisme, brosse avec ferveur ce portrait d’une femme qui osa vivre son amour jusqu'à l'absolu tout en restant une intellectuelle exigeante, soucieuse de défendre ses idées politiques et féministes. Par les élans de son cœur comme par ses préoccupations, cette comtesse romantique nous parle toujours aujourd’hui.

Précision sur le site de la maison d’édition :

Ariane Charton analyse cette liaison célèbre pour montrer que Marie d’Agoult a été bien plus que la mère des enfants de Liszt, dont la fameuse Cosima, future Mme Wagner. Elle fut aussi une inspiratrice pour un jeune musicien qui sans elle n'aurait jamais vécu et composé ses magnifiques Années de pèlerinage. Si Marie incarne à merveille certaines valeurs féminines faites de douceur et d'hypersensibilité, elle a eu aussi à cœur de montrer, par ses écrits, que la femme devait conquérir  une place dans la société. Être une alliée pour l'homme non une esclave. Marie d'Agoult a été une féministe romantique qui mérite  sa place au côté de George Sand et de Simone de Beauvoir, deux autres grandes amoureuses éprises aussi de liberté et d'absolu.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorL'auteure :

Ariane Charton s’est spécialisée dans l’étude de l’époque romantique. Elle a publié Le Roman d’Hortense (Albin Michel, prix littéraire de la ville de Mennecy 2010), consacré à Hortense Allart, la dernière maîtresse de Chateaubriand et a établi l’édition de la correspondance amoureuse entre Marie Dorval et Vigny (Mercure de France, coll. Le Temps retrouvé). Elle est aussi l’auteur de pièces radiophoniques et d’une anthologie, Cher papa, les écrivains parlent du père (J.-C. Lattès).
En 2010, à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, elle a publié une biographie d’Alfred de Musset (Gallimard, coll. Folio biographies).
En 2011, elle publie Marie d’Agoult, une sublime amoureuse (éditions Kirographaires).

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorInterview:

Marie d’Agoult/Franz Liszt, c’est une histoire d’amour finalement très moderne.

Marie d’Agoult et Franz Liszt sont l’incarnation d’un couple. Ils représentent les constances des relations amoureuses entre un homme et une femme. La passion amoureuse ne change pas avec les époques.

Marie d’Agoult est une femme en avance sur son temps.

Elle fait partie des féministes un petit peu romantiques, comme George Sand, comme Hortense Allart, c'est-à-dire des femmes qui assument leur destin et qui écrivent aussi pour que d’autres femmes se libèrent et réfléchissent à une autre société où la femme aurait plus de place.

Elle était supérieurement intelligente par rapport à la moyenne…

Elle était plus douée que Georges Sand, qui d’ailleurs avouait elle-même qu’elle n’avait pas fait énormément d’étude. Marie d’Agoult lit et parle très bien allemand et anglais, elle lit l’italien, elle est capable de tenir une conversation avec un philosophe allemand comme avec un écrivain français. Elle ressent d’ailleurs une petite pesanteur de cette culture.

Est-ce une des raisons pour lesquelles elle était tant jalousée ?

Ce qui a été écrit sur elle n’a pas toujours été très sympathique, c’est vrai. Au profit de Liszt d’ailleurs. Bon, son caractère y était aussi pour quelque chose. Elle était par moment assez froide, assez rigide, avec un comportement d’aristocrate. Paradoxalement, elle défend des valeurs démocratiques. Elle a écrit par exemple un livre sur la révolution de 1848. Littérairement, c’est vrai qu’elle réussit moins bien que George Sand, or, elle avait des prétentions, du coup, on l’a traitée de prétentieuse. Je pense qu’il y a un ensemble de malentendus à son égard. Elle n’a rien fait pour les dissiper, considérant qu’elle devait être prise comme elle était et qu’elle n’avait pas besoin de faire sa propre promotion.

ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorS’il fallait simplifier, Marie d’Agoult passait pour la méchante et Franz Liszt pour le gentil?

Je pense que dans le cas d’un artiste homme qui est avec une femme qui a sacrifié beaucoup, sans vouloir faire la féministe exacerbée, on donnerait plutôt raison à l’homme qui est un artiste. Marie d’Agoult s’est plus sacrifiée pour Liszt que lui ne s’est sacrifié pour elle.

Dans cette relation, il y a un mélange de mysticisme, de culture, de sensualité, voire de sexe. Est-ce paradoxal qu’il y ait tout cela ?

C’est étrange parce que dans les autres liaisons romantiques que j’ai étudiées, il y avait quelque chose de moins complexe, de plus unifié. Avec eux, il y a un mélange de quelque chose de sublime, de chose très terre-à-terre, de sensualité et d’esprit. C’est peut-être lié à leur personnalité et à leur orgueil. Ce sont deux êtres très orgueilleux qui rivalisent d’esprit pour s’imposer l’un à l’autre.

Ils voulaient que leur amour approche le divin…

Marie d’Agoult représente un peu  pour Liszt la muse divine et elle, elle rêve une solitude à deux qui rendrait leur amour unique et divin.

Marie d’Agoult n’était pas très bien dans sa peau.

Elle est dépressive, elle a fait des tentatives de suicide. Elle a une lourde hérédité qui aurait beaucoup intéressé Zola parce qu’il y a beaucoup de suicides dans sa famille. Ça vient aussi de sa nature mélancolique allemande. Par moment, elle aurait toutes les raisons d’être heureuse, mais elle ressent tout de même toutes les pesanteurs de l’existence et elle a conscience d’empoisonner son entourage à cause de cet état.

Quelle est votre approche littéraire du romantisme ?

C’est d’utiliser les textes de l’époque, c'est-à-dire les correspondances, les journaux intimes, les témoignages des gens qui ont vécu cette époque précise. Pour plus d’exactitude sur ce qu’est vraiment le romantisme, je vais toujours vers les textes et documents de l’époque. C’est comme ça qu’on a une vision réelle d’une période.

Pourquoi vous êtes-vous penchée vers le romantisme ?

Nous sommes peu nombreux à nous intéresser à la littérature romantique, parce que c’est passé de mode. C’est aussi une époque sur laquelle on a beaucoup de lieux communs. On assimile le romantisme à quelque chose de fleur bleue, pour tout public, une histoire d’amour un peu naïve.

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ariane charto,marie d'agoult,interview,mandorC’est quoi votre définition personnelle du romantisme ?

C’est compliqué. Je ne peux pas vous en donner une claire et nette. Même dans la liaison entre Marie d’Agoult et Frant Liszt, il se pose un tas de problématiques par exemple sur la démocratie, l’art dans une société qui devient industrielle et capitaliste. À partir de cette histoire d’amour, c’est au fond réfléchir  sur une époque qui ressemble beaucoup à la nôtre et qui l’annonce. Les problématiques des écrivains  et des artistes à l’époque romantique sont les mêmes que ceux qu’ils connaissent aujourd’hui… à un niveau plus mondialisé et plus industriel, mais c’est la même chose. C’est une période qui a beaucoup à nous dire sur le monde d’aujourd’hui et que l’on devrait étudier sans a priori.

Qu’a-t-elle à nous dire, cette époque ?

Elle doit nous apprendre à relativiser sur aujourd’hui. Ce n’était pas mieux avant. Par exemple, le problème de la place de la littérature qui devient un produit commercial, ce n’est pas nouveau. Dans « L’illusion perdue » de Balzac, quelqu’un dit à un jeune homme : « si vous voulez réussir en littérature, il faut écrire quelque chose qui se vend, pas quelque chose de beau » C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui. Le pouvoir de la presse aussi. Il peut être très bon et avoir des effets pervers, c’était les prémices de cela lors du romantisme. C’est toute une société moderne qui se met en place à cette époque-là.

Vous-même, vous sentez-vous bien en 2011 ?

Pour un certain nombre de conforts matériels, c’est plus agréable de vivre aujourd’hui qu’en 1830, mais intellectuellement, j’aurais préféré vivre à cette époque-là. J’aurais aimé croiser Musset, Liszt, Chopin…

Je sais que vous n’aimez pas cette question, mais franchement, c’était mieux avant ?

(Silence). Oui (silence). Oui, sans doute.

Vous arrivez facilement à vous extirper de la fin de l’écriture de vos livres ?

C’est toujours très difficile de finir un livre. À la fois on est content quand on voit qu’il est publié parce que c’est l’aboutissement d’un travail  et en même temps, c’est au fond s’en arracher un peu.  Après, il ne vous appartient plus complètement. On est obligé de  se séparer d’un personnage avec lequel on a vécu des semaines, des mois, voire des années.

Vous vous sentez proche des femmes dont vous racontez la vie ?

Oui, déjà parce que lorsque l’on vit avec quelqu’un, même de cette façon-là, on arrive à voir et avoir  des affinités. Dans la vie d’Hortense Allart que j’ai racontée dans un roman, j’ai comblé les trous « historiques » en mettant beaucoup de moi-même, tout en respectant le fil de son existence. J’ai plus accentué les moments mélancoliques de son existence, plutôt que les moments d’énergie et d’indépendance.

Comment est venu ce goût pour cette période ?

J’ai commencé à m’y intéresser au lycée. J’avais un bon professeur qui nous avait fait apprendre par cœur « Le Lac » de Lamartine en entier, en seconde. Il aimait beaucoup Chateaubriand. Il m’a vraiment donné envie de lire des textes. Moi, le premier, c’était Musset. Mon intérêt pour la période romantique provient donc à la fois d’un bon professeur et d’un environnement familial favorable. De plus, faisant du piano, je connaissais le répertoire romantique, notamment Chopin et de Liszt…

Vous animez des « mercredis littéraires ».

Je les organise et présente avec Lauren Malka. Au fait, au lieu d’inviter des romanciers, on a choisi de mettre en valeur le patrimoine français ou étranger et d’inviter, soit des essayistes, soit des personnes ayant fait une édition d’œuvre un peu ancienne. Nous avons abordé des thèmes comme les parents d’écrivains, le centenaire de Gallimard, les fables ou encore, les écrivains et la bible…

Vous travaillez sur quel personnage « romantique », en ce moment.

Je termine ma biographie de Debussy. 

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A découvrir, le blog d'Ariane Charton. A son image...

"Les âmes sensibles" ne doivent surtout pas s'abstenir!

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