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13 septembre 2018

Féloche : interview pour la sortie de Chimie vivante

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Féloche sort son nouvel album, Chimie vivante demain (le 14 septembre 2018) et ce soir, il sera au Café de la Danse pour fêter cette sortie.

J’aime cet artiste depuis son premier album, il y a 8 ans, mais, curieusement, nous ne nous étions jamais croisés. Il m’a toujours touché musicalement… et humainement. Je n’ai jamais trop su pourquoi. Après l’interview qu’il m’a accordée le 29  juillet dernier, j’ai compris.

Mini biographie officielle :

Découvert avec le chantier des Francos en 2010, Féloche sort la même année La vie cajun, son premier album marqué par un duo endiablé avec Docteur John ainsi que le titre phare « Darwin avait raison ». Sélectionné pour le prix Constantin, Féloche part dans la foulée, en tournée dans toute la France. Trois ans plus tard, sort l’album Silbo dont il a chanté la chanson éponyme aux Victoires de la musique (révélation scène). Chimie vivante est le troisième album de Féloche.

féloche,chimie vivante,interview,mandorArgumentaire de presse :

Revoilà Féloche, toujours un peu d’ailleurs et pourtant pile à l’heure. En équilibre sur une corde de mandoline ou une comète synthétique, écoutez-le expérimenter en funambule l’envers et l’endroit, le dessus et le dessous, partageant son étonnement face à la beauté du monde. Loin des moroses qui empoisonnent toute idée neuve, Féloche conserve dans tout son éclat ce que nous avons perdu. Son vol est superbe parce qu’il recueille ce que nous n’avons plus, cette précieuse lumière – l’enfance, celle des devenirs toujours à conquérir, des imaginations sans fins et des ivresses sans lendemains.   

Chimie vivante est le troisième album de Féloche, et c’est peut-être son plus personnel. Avec lui, cela signifie qu’une grande tribu sera de la partie. Les enfants, leurs voix décidées et hésitantes, leurs éblouissements et cette sagesse immédiate qui, émise par eux, renverse les certitudes pas bien sérieuses des adultes. L Nico, l’ami poète et ses algèbres d’incertitudes, ses images qui bousculent l’ordre du désordre pour ouvrir sur les fulgurances du chaos. Naïf Herin, gouailleuse italienne venue titiller un Féloche réincarné en gentleman crooner. Julia Wischniewski, dont les accents lyriques ornent les « structures atomiques » d’une Chimie vivante pétrie par Christophe Alexandre, également auteur des « Crocodiles ». Tout cela tient du galion de bric et de broc, de la grande fantaisie débridée, feu d’artifice et cotillons, arcs en ciel et grande roue.

Il est rare d’entendre autant d’innocence sincère, une poésie aussi peu concertée. Ici la dinguerie est douce et généreuse, elle réchauffe, ranime. Féloche, c’est tout un cirque, le grotesque en moins. Du burlesque pur, de la cabriole sans calcul, une légèreté inespérée, hors de la pesanteur.

Sa musique agit comme l’antidote inattendu à nos oublis, nos renoncements. « Après la mer, y’a l’Eldorado », dit-il. Avec lui, on y croit et l’on s’embarque, une nouvelle fois, cap sur le pays des merveilles. 

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féloche,chimie vivante,interview,mandorInterview :

Dans ce nouvel album, la mandoline est bel est bien là, mais mélangée avec des sons que je ne connaissais pas chez toi.

Je fais tout seul, je suis donc immergé dans la matière et les sons, alors j’aime aussi m’amuser, j’aime aller là où on ne m’attend pas. Comme dans « P’tite tête » où je fais du rap. C’est une chanson d’amour et d’aventure un peu terrifiante et violente sur une musique qui te transperce. J’expérimente beaucoup, tout en continuant à faire de la musique que j’aimais quand j’avais 15 ans. D’ailleurs, quand tu fais de la musique, tu as toujours 15 ans.

Féloche, c’est un personnage ?

Je n’irais pas jusque-là, mais je mets des barrières et des petites limites à ce que j’ai envie de raconter dans mes chansons. C’est comme si j’écrivais pour quelqu’un d’autre que moi. Féloche, ce n’est pas moi sur scène. C’est vraiment une démarche artistique. Cali, est-ce qu’il est Cali toute la journée ?

Pour l’avoir croisé assez longuement et souvent ces derniers temps, je crois pouvoir te répondre oui.

Ce que je veux te dire, c’est que je pense qu’il est plus en forme quand il est sur scène qu’à 10 heures du matin. C’est une sorte de super héros. En fait, c’est le même, mais en plus fort.

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(Photo : Christophe Cussat-Blanc)

Tu es fils d’un père connu pour ses musiques de films et de ballets de Béjart notamment, Hugues Le bars, qui lui-même était le fils de l’artiste-peintre et sculpteur Charles Le Bars. Tu es un vrai enfant de la balle.

Je vivais avec ma mère à Clichy, alors je n’ai pas été noyé dans la musique de mon père. Mon père était quand même comme un héros. Je ne le voyais pas, mais j’écoutais sa musique de loin. Aujourd’hui, c’est aussi pour ça que j’ai créé Féloche… pour qu’on ne fasse pas de comparaison.

Psychanalytiquement parlant, c’est intéressant. Tu fais le même métier que ton père.

Je suis d’accord, même si je n’aime pas l’admettre. C’est aussi pour cela que j’ai mis du temps pour trouver mon univers. Ce n’est pas pour rien que j’ai choisi de faire ce métier avec un autre nom. Ma filiation avec mon père s’est su très tard, ça m’a permis de créer en toute tranquillité et sans pression. Pendant très longtemps, je ne donnais pas mon vrai nom. Il fallait que je crée mon existence musicale personnelle et mon son.

Clip de "Crocodiles" réalisé par Yolande Moreau.

Ton père est mort il y a 4 ans. Il a donc connu Féloche.

Il a adoré La vie Cajun. Après il a eu une maladie qui l’a empêché de bien suivre la suite de ma carrière, mais il a vu et compris le chemin que j’empruntais.

Tu parles de La vie Cajun. Quand j’ai vu arriver l’album en 2010, j’étais content parce que c’était original. Il y avait une proposition différente avec des instruments qu’on n’avait pas l’habitude d’entendre.

Il y avait ceux qui disait que c’était génial parce que je m’étais approprié la musique cajun en délirant avec le son et l’imagerie et ceux, les puristes, qui étaient presque outrés. Je n’ai rien contre ces derniers. Ils défendent ce qu’ils aiment, on ne peut pas leur en vouloir. Ce qui est drôle, c’est qu’après, j’ai joué avec certains de ceux-là et ils ont apprécié de sortir de leur zone habituelle, l’imagerie bayou de la Nouvelle-Orléans. En Louisiane, aujourd’hui, il y a des spécialistes de la musique cajun qui me citent parce que le légendaire Dr. John a accepté un duo avec moi. Ça a légitimé ma musique en quelque sorte. Nous sommes devenus amis aujourd’hui.

Ta chanson « Miroir » est magnifique. Tu y évoques la vieillesse et ce que l’on devient.

Ce disque a mis 5 ans avant de voir le jour, mais j’ai perdu mon père et j’ai eu des mômes. Il y a eu le fils, le père, je suis devenu le saint esprit (rires). J’étais le lien parce que mon petit n’a pas connu son grand-père. Un jour, j’enregistrais en studio en sa présence et il y a eu une sorte de connexion. Je l’ai enregistré, comme un effet miroir. Moi, au même âge que lui, j’ai participé à l’enregistrement de Bébé funk. C’est moi, la voix de bébé qui fait « boom tschak » dans le générique de La Grande Famille sur Canal Plus qu’avait composé mon père. Ça a fait un effet spiral. On a cassé la faille spatio-temporelle (rires).

Tu parles de la chanson « Je crie ». Cette chanson m‘a bouleversé. Ton fils parle de ton père qui tombe. Ca va loin.

Rien n’était prévu. Mon fils a improvisé ça. J’avais du boulot, je l’ai mis sur un synthé avec un casque pour qu’il s’occupe. Il a commencé à parler comme jamais il ne m’a parlé. J’ai donc appuyé sur REC en le laissant parler tout seul. Il y a eu un truc bizarre qui s’est passé. Un lien. Ce disque a pris du temps, mais c’est un lien avec moi en tant que fils et en tant que père. Une transmission involontaire mais réelle.

féloche,chimie vivante,interview,mandorTon disque parle de l’enfance, la mémoire, la passion de vivre…

De la vie, l’amour et la mandoline aussi.

Raconte-moi l’histoire de ta copine Capucine qui a donné la chanson Tara Tari. Une jeune femme qui a une maladie des articulations et qui a traversé l’océan avec un petit bateau. C’est un truc de dingue.

Je l’ai entendu un jour à la radio, je l’ai contacté et elle m’a répondu qu’elle écoutait beaucoup Silo aux Canaries. C’est fou. Quand elle est rentrée à Paris, elle m’a raconté son histoire. C’est après coup que j’ai écrit la chanson.

Clip de "Tara Tari".

Quel est le rôle d’un artiste pour toi ?

Je ne sais pas. Quand on monte sur scène, l’énergie qu’on a en soi est décuplée grâce à la pression et l’adrénaline. Dans mes concerts, j’essaie de mettre les gens dans un état joyeux, même si je chante parfois des choses profondes. Il faut trouver le juste milieu.

Ton nouvel album est textuellement plus dur que les autres, es-tu d’accord ?

Je n’avais pas décidé d’enregistrer un disque comme ça. Je me suis rendu compte au fur et à mesure de l’enregistrement qu’il devenait ainsi. A mon avis, un disque, c’est une série d’accidents heureux.

Tu jettes beaucoup quand tu écris ou compose ?

J’ai entendu dans une des très rares interviews de Gérard Manset : « je joue très bien de la corbeille ». Il jette. Je suis un peu comme lui, je fais beaucoup de trie dans la surabondance de sons que je produis.

En 1986, j’avais interviewé William Sheller. Il m’avait dit :  « la musique, c’est l’art de décorer le silence ».

C’est Satie. Lui, il remplissait l’espace comme du papier peint.

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Pendant l'interview...

Et pour toi, c’est quoi la musique ?

Je vais te répondre en revenant au début de ce que l’on s’est dit. La musique, c’est l’émotion que j’ai eu quand je l’ai découverte. Aujourd’hui, j’essaie de la garder ou de la retrouver en continuant à jouer. Tu construis des sons et des émotions, c’est ça ce métier.

La part de l’ego, elle est où ?

Lego ou l’ego ? Non, parce que c’est pareil. Tu joues pour le jeu et pour toi en essayant de te construire, te déconstruire, te surprendre, avoir des émotions.

Un artiste ne fuit-il pas la réalité de la vie ?

Le plus dur, c’est que quand tu es en tournée, tu deviens un peu débile. On te balade partout et tu ne fais plus aucune preuve d’initiative. Tu deviens irresponsable. Quand tu rentres chez toi, soudain, il faut tout gérer alors que pendant des mois, tu as été couvé. Il faut redevenir responsable et ce n’est pas évident. Une tournée, c’est une soupape de malade. Tu redeviens un gamin. Les deux vies me vont, mais c’est la transition qui est violente.

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Après l'interview, le 29 juillet 2018.

07 septembre 2018

Goël : interview pour Le bruit dehors

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(graphisme: moitessier.fr, photos d'avant interview: Sasha Kuttlein)

goël,le bruit dehors,interview,mandor« Des êtres humains face à un groupe, des êtres humains face à la nature, des êtres humains qui se débattent entre leurs cultures, leurs corps et leurs édifices. Des êtres humains qui aspirent à la solitude ou la redoutent. Voilà ce qui coule de la plume de Goël et sa galerie de personnages, de matières, danimaux Voilà ce qui peuple ses huis-clos aux décors parfois absurdes. » C’est par ces mots que l’on nous présente officiellement Goël. Et c’est tout à fait ça.

Ecouter cet album, c’est faire un pas vers l’étrange, vers l’étranger aussi, c’est sortir des sentiers battus et découvrir des paysages musicaux non explorés, c’est écouter une fois, puis plusieurs parce qu’on remarque d’écoute en écoute, çà et là, des subtilités non perçues les fois précédentes. Je ne sais pas comment qualifier cet album. On a beau partir dans tous les sens, virevolter sans rien maitriser, il y a tout de même une unité. Tout se tient. C’est miraculeux. Le bruit dehors est une expérience musicale inédite. Soyez curieux, partez à la recherche d’une cohérence musicale improbable mais vraie. Le jour où vous la trouverez, vous n’aurez certainement plus envie de quitter ce coin de paradis.

Bref, j’ai aimé.

Alors, j’ai rencontré Goël le 30 juillet dernier dans une brasserie parisienne.

Et c’était bien.

Biographie officielle :goël,le bruit dehors,interview,mandor

Goël est l’aboutissement d’un parcours étrange et sinueux. Du dessin à la musique, du métal à la chanson française, des études d’arts et de philosophie au ciselage d’arrangements acoustiques, de la campagne bretonne à Paris et sa banlieue, Gilles Grohan a fait évoluer ses modes d’expressions comme ses terrains d’apprentissage. Parallèlement à son cheminement artistique il a travaillé dans des usines, des entrepôts, des magasins de disque, des salles de spectacle, des bureaux en tous genres. Il a pu observer et pratiquer quelques villes. 

Parmi ses collaborations musicales on peut retenir, de 2000 à 2009, ses années comme chanteur du groupe de rock-métal nantais Zo, avec lequel il travaillera à plusieurs disques et donnera une grosse centaine de concerts partout en France. Il entame ensuite une période de maturation et d’écriture autour d’un projet acoustique qui puisse synthétiser toutes ses aspirations artistiques : Goël. Certains s’étonnent qu’on puisse passer aussi naturellement d’un déluge de décibels à la dentelle de bluettes pop-folk orchestrées. C’est oublier que, d’où il vient, le goël est un « glouton » et que cet appétit démesuré de musiques et de littératures ne supporte aucun régime exclusif. L’énergie brute qui l’anime se ressent d’ailleurs encore au détour de certaines chansons.

Les maquettes fondatrices sont enregistrées en 2012, les concerts en solo puis en trio commencent l’année suivante. Un EP éponyme sort à la fin de l’année 2015, dévoilant cinq titres acoustiques aux arrangements précis et fouillés, dans un esprit de chanson française baignée de folk et d’étrangetés harmoniques. Passages radio, multiplication des concerts et des rencontres agrémentent un parcours qui, naturellement, se devait daboutir à un véritable album, plus ambitieux.

goël,le bruit dehors,interview,mandorLe disque :

Dès l’automne 2016 il commence à travailler sur Le Bruit dehors, sélectionne des titres, reprend ou peaufine certains arrangements, écrit de nouveaux morceaux. L’équipe qui s’est étoffée autour de lui entre en studio fin 2017. Réalisé en étroite collaboration avec Léonard Mule au studio du Poisson Barbu, ce disque installe l’univers de Goël dans un écrin plus épuré et résolument pop. Les douze titres de l’album explorent les possibilités d’un instrumentarium original – vibraphone, contrebasse, trio à cordes et batterie – dans des moments tour à tour lumineux, frondeurs, étranges, parfois même dansants. En filigrane résonnent néanmoins des arpèges de guitare cristallins et intimistes, qui offrent souvent leur première chambre d’échos à la voix et aux textes de Goël.

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goël,le bruit dehors,interview,mandorInterview :

Si on doit résumer, tu viens quand même du metal.

J’ai fait un peu de flute à bec quand j’étais gamin, mais  j’ai commencé la musique un peu sérieusement à l’âge de 16 ans. Avec ma guitare,  j’ai été influencé au début par les Beatles et ça a très vite basculé vers Led Zep. Je suis arrivé au metal, mais j’apprenais aussi le jazz. Je me situais un peu entre les deux. J’étais entre John Coltrane et Sepultura.

Qu’aimais-tu dans le metal ?

L’énergie, le son un peu lourd et gras, le coté plombé. J’aimais les groupes originaux qui cherchaient les dissonances et qui cherchaient à faire avancer la musique à leur façon. Par contre l’imagerie qu’il y avait autour, ça ne m’a jamais beaucoup branché.

Dans Zo, tu te comportais comme un hard rockeur ?

C’est quand même un groupe assez tonique, je pouvais donc en rajouter un peu sur scène. Mais c’était assez mélodique. Il y avait de supers musiciens et comme moi, ils s’adonnaient à la recherche musicale. Comme j’étais le chanteur et l’auteur des chansons et des mélodies, j’avais tendance à « popiser » cette matière un peu lourde et puissante.

Session acoustique de "Le bruit dehors".

Dans ce disque, Le bruit dehors, ton attitude reste la même parce que c’est la chanson folk acoustique que tu as « popisé ».

Ca a l’air d’être le grand écart, mais de mon point de vue, ça ne l’est pas. Juste, je ne peux pas laisser tranquille un genre musical, il faut que j’y ajoute ma sauce. Pour ce projet, il était clair qu’il devait être acoustique. J'aime la musique classique contemporaine et j’ai considéré qu’on n’exploitait pas assez le potentiel rythmique des cordes. J’étais sûr que l’on pouvait faire des choses intéressantes avec ça. S’il m’est arrivé de partir dans tous les sens, il y avait tout de même un fil conducteur sonore avec l’instrumentarium choisi qui me permettait de rester cohérent.

Tu te sens un explorateur dans le monde de la musique ?

Je passe beaucoup de temps à écrire des chansons et à les faire mûrir. Si au bout de 3 ou 6 mois, l’idée musicale me plait toujours, je la valide parce que je me dis que cela pourrait plaire aussi aux autres. J’explore beaucoup les possibilités de certains instruments. Par exemple, j’écris des parties pour vibraphone et pour cordes, alors que c’est difficile de les faire travailler ensemble parce qu’en terme instrumental, c’est carrément l’opposé.

Le clip de "Ma lyre".

« Ma lyre » est le premier single de ton disque. C’est peut-être le titre le plus pop.

C’est un  morceau dont j’ai le titre et l’esprit général des paroles depuis plus de 8 ans. Mais j’ai changé plusieurs fois la mélodie, l’harmonie et les arrangements. Il ne reste plus rien des premiers jets. Cette chanson est la tête de proue de certains éléments que j’avais envie d’intégrer dans l’album.

Tu n’as pas fait de concessions, ni dans l’écriture, ni dans la composition.

Je suis parti du principe qu’il fallait que ce soit des chansons un peu pop avec couplets, refrains qui durent 4 minutes chacune. Je n’ai pas fait de morceau de 20 minutes avec de la musique expérimentale, alors que j’adore ça. Je sais être raisonnable (rires).

Session acoustique de "De son arbre".

Ce que je trouve très fort, c’est que ce que tu joues est exigeant, mais à la portée de tous.

C’est ce que j’essaie de faire. Reste à savoir comment les gens recevront ça. Je n’ai jamais eu pour vocation de faire de la musique pour une personne sur un million.

Textuellement, tu emploies des mots que l’on n’utilise habituellement pas dans les chansons. « Postillonner » par exemple. Dans la chanson « Les algues », il y au début le mot « orteil ».

C’est du langage courant, il n’y a pas de mots compliqués dans ce disque, mais je trouvais intéressant de faire passer par ma bouche, ma voix et mes textes tout un vocabulaire peu usité dans la chanson.

J’aime beaucoup ta voix.

Tu aimes ma façon de chanter, ma façon de prononcer, parce qu’en fait, une voix, ce n’est pas grand-chose.

Session acoustique de "Les algues".

goël,le bruit dehors,interview,mandor(Photo de gauche : Julien Mignot). Il y a des tessitures qui plaisent ou pas. La tienne me plait.

Moi, je ne suis pas fan de mes potentialités vocales. Je subis ma voix, comme je subis mon corps. Quand on n’a pas choisi quelque chose, il faut faire avec. J’aime bien la sobriété, alors je ne pourrai pas en faire des caisses pour présenter une palette d’émotion. Je suis assez pudique de nature. Le fait que j’ai été dans le milieu du rock et du metal me permet par contre d’aller chercher de l’énergie assez facilement. Le grand travail de Léonard Mule qui a réalisé l’album avec moi, c’était d’aller chercher la personne qui était derrière la voix. J’aurais tendance à cacher ma voix derrière plein d’arrangements et un paravent de musique.

Les chanteurs sont souvent des gens pudiques. Il y en a qui se « déshabillent » complètement dans leurs textes et d’autres qui se cachent.

Moi, je pense que ça ne suffit pas de raconter sa vie. Ça ne me satisfait pas en tant qu’auditeur parce qu’on a tous des vies plus ou moins similaires dans nos sociétés et je n’ai pas envie d’entendre ce que je sais déjà. Sur nos joies et sur nos peines, nous disons tous un peu la même chose. Moi, je prends des détours. Par exemple, le verbe « aimer », tu ne le trouveras pas dans ce disque. Je ne parle que de matières, d’actes, de situations particulières et par ce truchement-là, j’espère que l’on va se rendre compte qu’il y a une humanité et une existence derrière. Il faut une transposition et cette transposition doit passer par quelque chose d’assez concret et peu courant.

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Pendant l'interview...

Tu as écouté un peu de chanson française ? (Photo de droite : Julien Mignot)goël,le bruit dehors,interview,mandor

Par la force des choses. Dans mon enfance, mes parents écoutaient RTL, alors, j’ai écouté de la variété.

Chez les « classiques », tu apprécies qui ?

Il y a deux artistes que je n’ai jamais cessé d’écouter, ce sont Brel et Brassens.

Et chez les vivants d’aujourd’hui ?

J’aime bien certaines choses de Dominique A. Dans son album La musique, il y avait 3-4 chansons qui étaient vraiment bonnes. J’aime aussi beaucoup Batlik. J’ai écouté son dernier album XI  lieux. C’est vraiment un artiste que je respecte beaucoup.

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A la fin de l'interview, le 30 juillet 2018.

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03 septembre 2018

Daniel Pennac : interview pour Mon frère et le Salon Fnac Livres

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daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandorLa troisième édition du Salon Fnac Livres se déroulera du 14 au 16 septembre 2018, à la Halle des Blancs Manteaux, à Paris. L’invité d’honneur de cette année est Daniel Pennac. Il remettra le 17ème Prix du Roman Fnac lors de la cérémonie d’ouverture, vendredi 14 septembre à 17h00. L’occasion de l’interviewer le 12 juillet dernier pour le journal des abonnés de la FNAC, Contact (tirage: 1 million 500 000 exemplaires), pour qu’il nous parle notamment de son nouveau roman, Mon frère et du Salon Fnac Livres 2018. Dans ce récit tendre, drôle et parfois cinglant, il dresse le portrait de son grand frère, Bernard, disparu il y a une dizaine d’années, entrecoupé d’extraits de la pièce Bartleby, le scribe, d’après une nouvelle d’Herman Melville.

(Rappel : En 2009, à Paris, Daniel Pennac donnait une série de lectures-spectacles de la nouvelle de Melville, Le Scribe, où il interprétait le rôle du scribe, Bartleby, cet employé aux écritures qui se dérobe aux consignes, aux invites et sommations de son employeur par une formule polie et désolée, toujours la même : «I would prefer not to», une esquive intraduisible dans les idiomes besogneux. Quelque chose comme : «Je préférerais ne pas», «Je ne préférerais pas», ou «J'aimerais autant pas».)

Voici ce qui est paru dans le journal Contact :

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Vous voyez, c'est assez court, alors je vous propose ici la version longue de l’interview (parce qu’avec Mandor, rien ne se perd).

Idaniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandornterview: 

Il a fallu 10 ans après la mort de votre frère pour que vous écriviez ce livre sur lui.

C’était le 12 juillet 2017, à 5 heures et demi… (Daniel Pennac s’interrompt) Tiens ! Ca fait juste un an aujourd’hui, c’est amusant cette coïncidence… Bref, je me suis réveillé avec ce fort désir d’écrire sur Bernard et, en tête, la structure du livre telle que vous l’avez lu. J’avais essayé plusieurs fois sans y parvenir, parce que l’émotion était trop grande et les sensations de tristesse et de mélancolie empêchaient le souvenir. Mais ce matin-là, cela m’a paru comme une évidence narrative absolue de mettre en rapport Bernard et mon envie de monter au théâtre Bartleby de Melville. Vraiment, j’insiste, il y avait organiquement un rapport consubstantiel, un rapport de vitalité pure, entre le fait d’avoir monté Bartleby et le fait d’avoir écrit ce livre. C’est la même chose.

Votre adaptation de Bartleby et vos souvenirs de Bernard se sont entremêlés selon un rythme qui s’est imposé de lui-même?

Tout cela est tissé, absolument indémêlable, aussi mécaniquement enchaîné que le « marabout-bout de ficelle ». Et pourtant, après l’avoir réécrit et relu cinquante fois, je ne m’attends jamais au chapitre qui va suivre.

Il y avait du Bartleby chez votre frère ?

Mon frère avait en tout cas une forte résistance au monde consumériste et à toutes les idioties qui vont avec, c’est-à-dire le désir de carrière, les mondanités, la consommation… Les gros consommateurs, les grands carriéristes, les mondains frénétiques considèreraient cela comme du Bartlebyste chez Bernard, moi, je considère ça comme une grande sagesse. S’il était un personnage littéraire, il serait à classer du côté des non-désirants.

Qu’aimez-vous chez Bartleby ?daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandor

Par le biais de Melville, Bartleby a profondément interrogé le 20e siècle à partir des années 50. Dans notre société de satiété, d’explications permanentes, ce refus absolu de jouer le jeu et de donner la moindre explication à ses décisions et au refus lui-même m’impressionne.

Vous écrivez dans votre livre « Melville, c’est de la pâte à pain, c’est épais sans être lourd, c’est gorgé de sens et de silence ». L’écriture de Pennac, c’est la même chose ?

Pas vraiment. L’écriture de Melville est une écriture spécifique, extrêmement travaillée, comme la pâte à pain est travaillée. Ce qu’il raconte est une analyse sociétale, de milieu, d’éducation. C’est ça qui est extraordinaire chez Melville… et ce n’est pas du tout mon écriture à moi.

Votre livre donne envie de relire Bartleby.

Tant mieux, parce que j’espérais bien qu’après lecture de mon livre, ça donne envie au plus grand nombre possible de lire ou relire cette nouvelle essentielle.

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Daniel Pennac, 3 ans, et son frère Bernard, 8 ans.

(Photo : Gallimard)

daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandorVous dites que vous avez aimé votre frère comme personne d’autre, mais qu’au fond, vous ne savez pas qui vous avez perdu. Est-ce que vous le connaissez mieux après l’écriture de ce livre ?

Ca a ressuscité une connivence. En matière de connaissance humaine, avec lui, la connivence me suffit. J’ai retrouvé notre fraternité.

Vous vous aimiez, mais vous ne communiquiez pas beaucoup. D’ailleurs, vous expliquez dans le livre que vous étiez « les derniers représentants du monde du silence ». Le monde du silence, ça ne vous concerne plus. Vous communiquez beaucoup depuis quelques années.

J’ai d’abord été professeur de littérature. J’ai toujours refusé de faire de la psychologie avec mes élèves parce que je ne pense pas que ce soit le bon moyen de  pédagogie, mais effectivement, un professeur est dans la communication permanente avec l’élève. Il transmet un type de savoir, la littérature, qui est lui-même la trace du désir permanent de communiquer de l’humanité. De ce point de vue, je suis communiquant, même si je déteste ce mot. J’ai donc des rapports avec les gens, mais au plan strictement privé, je suis très réservé. Vous entendrez assez peu de chose sur mon intimité. L’intimité est une valeur.

Vous expliquez qu’à la mort de votre frère, vous n’avez plus eu peur de votre propre mort.

Après sa mort, j’ai eu plein d’accidents. Pendant 6 mois, je n’ai pas été suicidaire, mais j’étais déconnecté du danger. Je ne faisais attention à rien en matière de précaution. Je n’avais conscience de rien, je prenais donc des risques non calculés. Je traversais la route sans regarder par exemple, je suis tombé d'une falaise, des choses comme ça. Ma tête, mon esprit et mon corps n’étaient plus reliés… Ça a été un des effets du deuil sur moi daniel pennac,salon fnac livres,mon frère,interview,mandor

Est-ce que ça vous a fait du bien d’écrire ce livre ?

En ce qui me concerne, ça me fait toujours du bien d’écrire. Comme je vous le disais tout à l’heure, ce livre-là en particulier m’a juste installé dans une connivence retrouvée avec mon frère et ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai ressenti de la douceur et de la tranquillité.

Aimeriez-vous refaire ce spectacle-lecture sur Bartleby ?

Ce qui m’empêche de refaire ce spectacle c’est le désir de faire des choses nouvelles. Là, par exemple, je suis en train d’adapter à la scène la bande dessinée que j’ai faite avec Florence Cestac, Un amour exemplaire. Nous le jouerons cet automne au Théâtre du Rond Point avec des comédiens.

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Vous êtes l’invité d’honneur du Salon Fnac Livres. C’est un honneur ?

J’en suis très heureux, bien sûr. C’est une des modalités de la vie littéraire d’aujourd’hui. Les lecteurs se rassemblent, se rencontrent et rencontrent des auteurs, c’est une forme de vie formidable.

Ce statut d’écrivain populaire, vous le vivez comment ?

Je ne sais pas quoi vous dire là-dessus. Ma vie s’est faite ainsi. C’est comme ça. C’est bien. Le rapport à la littérature est un rapport avec la littérature. Qu’on soit lu ou pas lu, dès lors qu’on a affaire avec la langue, on a un rapport à la littérature. Qu’ensuite ce rapport fasse que vous ayez ou non du succès, cela est dû à des paramètres qui nous échappent. Moi, le succès, ça me simplifie juste la vie matériellement… c’est assez trivial comme réponse, j’en ai conscience.

Pouvez-vous nous donner deux coups de cœur littéraires impératifs?

Philippe Videlier avec Dernières nouvelles des bolcheviks. Ce sont 14 nouvelles émouvantes, tragiques ou drôles, qui racontent la Russie de l’époque soviétique et les événements ou les acteurs majeurs de la révolution. Il y a aussi Antonio Moresco  avec La petite lumière. Un livre destiné aux lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l’existence.

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27 août 2018

Matthias Jambon-Puillet : interview pour son premier roman Objet trouvé

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(Photo : Pauline Darley)

31924563_10155522259542944_3166127591417446400_n.jpgUn des romans chocs de cette rentrée est celui de Matthias Jambon-Puillet, Objet trouvé. Il pose de nombreuses questions sur le désir, sur l’amour à travers le prisme de la soumission. Quand j’ai dit cela, je n’ai rien dit. C’est un livre qui interroge aussi sur la sexualité, sur les émotions qu’elle engendre. Et l’on comprend que rien n’est simple, qu’il est difficile d’aimer et que parfois, pour y parvenir, l’être humain peut envisager des solutions qui peuvent paraître radicales aux yeux de certains et finalement normales pour d’autres. On ressort de la lecture de ce premier roman un peu bouleversé et moins sûr de nos certitudes sur les choses de l’amour.

Le 11 août dernier, intrigué par la lecture de ce livre très bien écrit, je l’ai mandorisé sur la terrasse d’un café parisien.

Argumentaire de l’éditeur : Objet-trouve.jpg

« Disparaître n'est jamais le plus compliqué. On peut s'effacer comme on appuie sur un interrupteur. Il suffit de ne plus sortir, de ne plus parler, de ne plus penser. Un coup tu me vois, un coup tu me vois plus. Non, la véritable épreuve, c'est de refaire surface, de naître une seconde fois, prendre de nouveau sa première inspiration. »

Le soir de son enterrement de vie de garçon, Marc disparait, laissant seule sa fiancée, Nadège, enceinte de leur premier enfant. Trois ans plus tard, alors que Nadège a refait sa vie, on retrouve Marc : nu, dans une salle de bain, bras menottés dans le dos. Dans la pièce voisine, quelqu’un est mort – une femme gainée de cuir. Qui était-elle ? Que s’est-il passé durant ces années ? Et, surtout, quel futur pour Marc et Nadège ?

Derrière l’énigme apparente se cache une histoire simple qu’il faut reconstituer, celle de trois personnes qui se cherchent, se frôlent, et doivent choisir comment mener leur vie.

Dans ce roman, Matthias Jambon-Puillet donne à voir un triangle amoureux atypique, qui trouve sa réalisation dans l’exploration des sexualités alternatives. C’est aussi, en filigrane, une réflexion sur la masculinité, l’engagement et la quête de la jouissance.

L’auteur :

Matthias Jambon-Puillet est titulaire d'un Master 2, Communication Stratégique et Marketing de l'École des hautes études en sciences de l'information et de la communication - Celsa (2008-2011).

Il travaille dans le milieu du divertissement et des nouvelles technologies.

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(Photo : Pauline Darley)

matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandorInterview :

Je lis ton blog The best place depuis qu’il existe et j’ai toujours aimé ta plume. L’écriture a toujours fait partie de ta vie ?

J’écris depuis l’âge de 6 ans. En colonie de vacances, l’été, les moniteurs nous faisaient écrire des nouvelles pour nous occuper. J’écrivais des histoires qui faisaient peur avec des loups-garous, du sang… c’était un peu dark pour un gamin.

Comment expliques-tu cela ?

J’ai grandi sans télé jusqu’à 13 ans et je n’avais pas non plus Internet. J’avais juste le droit d’accéder à la bibliothèque et de choisir les livres que je souhaitais. J’ai lu jusqu’à satiété. En  primaire et au collège, je lisais de la littérature générale parce que j’avais épuisé la littérature ado. Par survie, pour lutter contre l’ennui, je lisais donc tout.

Il y a des gens qui aiment lire et qui n’écrivent pas pour autant.

Moi, j’aime raconter les histoires. Faire des récits, inventer des intrigues, mettre des éléments narratifs en place, ça m’a toujours passionné. L’imaginaire était tout pour moi. J’étais très porté sur l’heroic fantasy, la science-fiction, parce que c’était des dimensions supplémentaires.

Tu montrais tes textes ?

Oui, et c’était même primordial. Je pouvais créer en sortant des choses de moi et le montrer à quelqu’un. C'était ma famille, mes amis, mes profs. Ainsi, je pouvais avoir un retour sur mon travail. Il y a avait une espèce de cercle vertueux, presque social.

Il y a des gens qui n’écrivent que pour eux. matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandor

Cela m’est étranger. Personnellement, je n’ai jamais rien écrit sans avoir eu pour objectif de le montrer à un moment.

Y a-t-il une part de calcul dans tes écrits ?

A partir du moment où tu sais que tu n’écris pas uniquement pour toi, mais pour être lu par d’autres, tu réfléchis dès l’inception du projet à comment il va être reçu. Mine de rien, tu as quelques contraintes qui viennent se greffer par rapport à quelqu’un qui écrit juste pour écrire.

Jeune, tu écrivais déjà des romans.

Non. J’ai commençé par écrire des nouvelles jusqu’à mes 15 ans. Ensuite, jusqu’à 20 ans, je me suis lancé dans les scénarios de bande dessinée, je dessinais aussi des petits strips. C’est à partir de 20 ans, que j’ai commencé à faire de la prose en m’intéressant à des sujets plus proches de la littérature générale. Mon premier vrai manuscrit de roman, je crois qu’il date d’il y a dix ans.

Là, tu as franchi une nouvelle étape.

Il y avait un peu de ça, en effet. Le medium influe sur le type d’intrigue et l’univers que je dépeins. Quand je faisais de la BD, j’avais des histoires très visuelles qui me venaient avec des bagarres, des vaisseaux, des choses souvent très spectaculaires. En faisant de la prose et du texte, j’allais plus vers l’intimiste. A 20 ans, j’avais des préoccupations autres que le divertissement pur. J’ai commencé à avoir des questionnements sur ma propre vie, mes relations, mon rapport aux autres. C’est par évolution naturelle que j’ai écrit de la littérature générale.

A quel moment tu te dis : « Tiens ! Si j’étais publié ! » ?

Mon premier manuscrit, je l’ai soumis à la publication. Tous les textes que j’ai écrits dans ma vie, je les trouvais supérieurs aux précédents, donc j’ai continué à les soumettre aux maisons d’édition. C’est rétrospectivement que tu comprends que tu n’étais pas encore au point pour telle ou telle raison.

matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandorTu as mis 10 ans avant d’être publié pour la première fois.

Oui. Objet trouvé est le 4e que j’ai soumis à tout  le monde dans l’espoir d’être publié.

Quel est le sujet de ton livre ?

Il parle de la masculinité contemporaine. On est actuellement sur une charnière entre les modèles traditionnels de masculinité et la possibilité de faire autre chose. Depuis quelques années, on peut inventer d’autres masculinités hétérosexuelles sans que cela pose de problème, tout en étant encore dans un milieu ou, pour des gens, ça en pose. C’est aussi un livre qui parle de fuite, de la fatigue d’être soi, de l’envie de se reposer.

Ton héros, Marc, se laisse dominer complètement par une femme, mais vraiment de manière extrême.

Il se repose de sa propre identité. Il s’est dit : « Voilà qui je suis. Voilà le rôle que la société me donne et que j’accepte. » Il y a des moments, ce rôle est épuisant. Dans le livre, il y a trois histoires avec trois personnages différents, et les trois se demandent quelle modalité de couple ils sont prêt à explorer, à accepter, pour être heureux. Ces trois personnages cherchent un équilibre qu’ils ne trouvent pas là où ils auraient pensé le trouver.

C’est un roman qui tombe à pic, je trouve, socialement parlant. C’est le moment de parler de ces choses-là.

Dans les milieux militants du genre, des rapports hommes-femmes ou globalement des avancées sur la société, on parle beaucoup de la notion de « déconstruction ».

C’est quoi cette notion ?

C’est oublier ce que l’on nous a appris pour pouvoir construire sur de nouvelles bases. Pourquoi le rose est pour les filles et le bleu pour les garçons ? C’est une construction sociale, il faut donc déconstruire cela pour pouvoir avancer. Dans Objet trouvé, Marc se déconstruit mentalement, mais aussi physiquement, en renonçant à toutes prises de décisions. Il revient à un état, pas amorphe, mais assez neutre à tous les niveaux.

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Après l'interview.

Dans la troisième partie du livre, on assiste au détricotage de Marc.

Il se rend compte qu’on ne peut pas ne rien être. Il faut reconstruire. Ce personnage va essayer de se reconstruire en faisant la paix entre ce qu’il pensait qu’il était et ce qu’il peut être. Pour moi, ça sert à ça la déconstruction : il faut voir ce que l’on garde, ce que l’on jette et ce que l’on remplace.

Ce roman interroge, mais il ne donne pas de réponse.

Ce n’est pas un manuel. Ce qu’il se passe ne s’applique qu’aux personnages de mon roman. Je propose une façon, parmi d’autres, de s’en sortir, de trouver un équilibre. Comme cette façon va à l’encontre de ce que l’on nous apprend, elle devient une réflexion. J’aimerais que le lecteur prenne du recul et comprenne qu’il y a aussi cela qui existe.

A un moment, tu parles de la masculinité toxique. C’est quoi ?

Ce sont tous les aspects de la masculinité telle que communément définie qui sont destructeurs ou blessants. C’est, entre autres et par exemple, tout ce qui est injonctions négatives et rappels à l’ordre, liés à la masculinité que tu renvoies.

matthias jambon-puillet,objet trouvé,interview,anne carrière,mandorPourquoi avoir abordé tous ces sujets dans un roman ?

Jeune, je n’ai pas subit des choses ou vexations terribles, mais j’ai toujours été très conscient des rappels à l’ordre sur la masculinité. Je ne suis pas grand, je n’étais pas très sportif,  j’ai mis 25 ans à avoir des muscles, j’ai toujours un peu flirté avec la marge. J’ai toujours trouvé absurde que l’on puisse commenter ou juger ma masculinité et avec le temps, j’ai découvert des outils pour qualifier cette absurdité. Je trouve que nous sommes dans une période de remise en question des frontières de la masculinité. C’est un vrai sujet.

C’est un livre qui sera clivant.

Oui, je le sais. Il y a déjà des gens qui ne comprennent pas du tout ma démarche et mes propos. Il y a eu aussi des retours de gens très enthousiastes. Je pense que c’est lié au vécu des personnes. On m’a laissé entendre que certains avaient détesté car ils ont trouvé ce livre amoral, choquant et malvenu. Les voix discordantes ne me dérangent pas.

C’est bien d’être clivant, non ?

Ça m’inquiète un peu parce que je préfèrerais que les gens aiment mon livre et le comprennent. Il n’est pas du tout trash, il est même bienveillant. J’ai beaucoup de tendresse pour tous les personnages parce qu’ils font tous de leur mieux.

Il y a des scènes dures quand même.

Oui, mais elles sont toutes réalisées dans le consentement mutuel de tout le monde. Le livre met en scène des rapports et des actes qui sont peu communs et qui vont chatouiller certaines perceptions ou logiques du couple traditionnel, mais aussi la masculinité et la féminité traditionnelles.

Sur le BDSM (Bondage, Discipline, Sado-Masochisme) dont il est question dans le roman, tu t’es renseigné auprès de gens très compétents ?

Le SM n’est pas le thème du livre, mais le révélateur du thème. Ce sont des pratiques suffisamment fortes pour faire ressortir le sel de tous les personnages et c’est cela qui m’intéressait. Je n’avais pas l’expérience nécessaire pour écrire ces choses-là, du coup, je me suis inscris sur des forums. J’ai lu des articles, des journaux intimes en ligne sur leurs expériences dans ce domaine, j’ai interviewé plusieurs personnes, dont une dominatrice qui est remerciée à la fin du livre. Je voulais que ce que je raconte sur le sujet soit juste et respectueux.

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Après l'interview, le 11 août 2018.

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23 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Didier Varrod

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(Photo : France Inter)

didier varrod, foule sentimentale, france inter, interview, francofolies de la rochelle, mandorIl n’existe (quasiment) plus d’émissions consacrées à la chanson française sur les ondes radiophoniques et je trouve cela déplorable. Un des derniers des mohicans défendant la chanson d’aujourd’hui, classique et moderne est Didier Varrod (mais citons aussi notamment Yvan Cujious avec son Loft Music sur Sud Radio et Olivier Bas avec Ricochets sur Radio Néo...).

« Didier Varrod a fait toute sa carrière à France Inter. Directeur de la musique de la chaine de service public de 2012 à 2016, il s’est illustré par le lancement à la radio d’une nouvelle génération d’artistes. Il est aujourd’hui producteur de l’émission Foule sentimentale consacrée à la scène musicale française, où se croisent anciennes et jeunes pousses de la chanson, de la pop, du rock, du hip hop et des musiques électroniques.

Dans cette émission, il a mis en place des résidences de jeunes artistes qui pendant quatre semaines se font connaitre au grand public. On y a ainsi découvert les premiers pas radiophoniques de Juliette Armanet, Tim Dup, Eddy de Pretto, Fishbach, Lomepal, Aloise Sauvage, Nusky, Clara Luciani etc… Il est également l’auteur de documentaires événements sur la chanson pour la télévision de service public. France Gall, Renaud, Julien Clerc, Véronique Sanson, Daniel Balavoine, Serge Gainsbourg, Coluche, Jean Jacques Goldman, tous couronnés par de gros succès critiques et d’audience. Il a également signé une douzaine d’ouvrages sur la chanson. Didier Varrod a été également programmateur. Francofolies de la Rochelle, Nuit des électrons libres au Futuroscope de Poitiers, le festival FNAC Live… Il a été fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en janvier 2011. » (Source : site de l’Académie Charles Cros)

Le 15 juillet dernier (quelques heures avant la finale de la Coupe du Monde), nous nous sommes donnés rendez-vous dans un hôtel Rochelais. Présent sur place du premier au dernier jour, Didier Varrod a animé bon nombre d’émissions en direct des Francofolies. L’occasion de lui poser notamment des questions sur ses relations (parfois houleuses) avec ce festival, sur son émission, l’état de la chanson française aujourd’hui, son rapport avec les artistes et sur des affaires plus personnelles… C’est passionnant et sans langue de bois.

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(Photo : Renaud Monfourny)

didier varrod,foule sentimentale,france inter,interview,francofolies de la rochelle,mandorInterview :

Ça te fait quoi de revenir aux Francofolies chaque année ?

Les Francofolies de La Rochelle et moi, c’est une histoire d’amour qui, comme beaucoup d’histoires d’amour, a été contrarié. C’est une histoire très particulière, à la fois très forte, constitutive de ce que je suis, où il y a toujours quelques traces de petites douleurs qui ne parviennent pas à s’effacer et qui parcourent mon esprit quand j’arrive ici.

Tu as appris beaucoup aux Francos, je crois.

J’ai commencé dans ce métier de journaliste musical en 1983 et deux ans plus tard, j’arrivais ici avec Jean-Louis Foulquier. Les Francos sont liés à l’émergence, à la naissance de mon métier. J’ai appris à être journaliste intrinsèquement. Il faut rappeler que ce type de festival n’existait pas, même si, aujourd’hui, il s’est démultiplié sur tout le territoire. Il y avait donc tout à faire, à inventer, à imaginer. Jean-Louis l’a souvent expliqué, il a exporté le modèle de nos amis québécois. Quand il est allé au Québec la première fois, il a vu que ce peuple francophone était capable de se regrouper, de vivre ensemble et d’inventer sur cinq jours un territoire utopique ou toutes les musiques, toutes les générations, tous les modes de vie pouvaient se rencontrer. C’est ce qu’il a fait ici avec, au début, beaucoup d’oppositions locales. Je me souviens que les premières années des commerçants mécontents affrontaient Foulquier parce qu’ils assimilaient le public des Francos à une horde de punks à chiens. Il a fallu aussi convaincre les artistes que ce moment-là était un passage obligé. J’ai vécu la construction, l’édification, le développement, les crises de croissance, le désamour et le retour en grâce.

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Après la victoire des bleus, lors de la dernière émission en direct du Café Pollen, aux Francofolies de La Rochelle le 15 juillet 2018 (photo : Mandor).

En ce jour de finale de la Coupe du Monde, que ressens-tu ?

Je suis très ému, parce qu’une finale de coupe du monde c’est un grand moment de vivre ensemble pour le pays et la nation, mais aussi parce que lors de la finale de 1998, je n’étais pas là. J’ai quasiment fait toutes les éditions, mais j’ai commencé à prendre le large avec les Francofolies en 1997 et 1998. Pendant ces années-là, je travaillais en maison de disques. C’était compliqué d’être à la fois programmateur avec Foulquier et être, en même temps, directeur artistique d’une maison de disques.

Le début des années 2000 est un tournant pour Jean-Louis Foulquier.

Oui, c’est le moment ou le bateau s’est remis dans le bons sens après des années plus difficiles. En 98, les Francos ont programmé à la fois Sardou et organisé une rave. Les festivaliers ont perdu leurs repères. Les Francos avec les années 2000 sont retournés vers leurs fondamentaux. Les artistes de scène de la chanson plutôt d’auteur et le hip hop mieux intégrés… A partir de 2001/2002 les Francos ont trouvé enfin leur deuxième souffle. La musique bougeait déjà. Il y avait de la techno, du hip-hop, plein d’autres musiques, mais Jean-Louis a estimé qu’il fallait que ce festival reste fidèle à ce qu’il avait toujours été. Ça a correspondu à l’émergence de la nouvelle scène française : Cali, Sanseverino, Benabar, La Grande Sophie, Camille… ils ont émergé de la scène sans passer par le filtre réducteur des médias. Moi j’adorais la techno et les musiques électroniques et cette nouvelle génération dite nouvelle scène française était celle avec laquelle je tissais des liens. Ambre, la fille de Jean-Louis, a ouvert le festival au hip hop. C’est donc à ce moment que j’ai rejoint Foulquier à nouveau avec cette promesse faite en 2004 qu’il quitterait le navire pour me passer la succession. C’était une décision qu’il a même annoncé à la presse et au métier pour pouvoir préparer la transition.

Promesse non tenue. Tu n’étais pas Rochelais, c’était un problème ?

Oui, c’était pour certains un énorme problème. Beaucoup plus que reprendre un festival, parce que j’avais déjà un peu de bouteille. Je connaissais tous les rouages de ce festival, j’avais des idées très précises de la manière dont je pouvais le faire évoluer. Même si je n’avais jamais voulu en faire un métier. Je ne me suis jamais dit « quand je serai grand je serai directeur de festival ». Je crois que ce que j’ai payé par-dessus tout, c’est de ne pas être équipé financièrement. Je n’avais pas de société, pas de bizness, j’étais juste moi. Le montage économique était plus compliqué à imaginer. Face à des gens qui arrivaient avec de l’argent, je n’ai pas fait le poids.

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Jean-Louis Foulquier et Didier Varrod en 1989.

Tu t’es occupé des Francofolies de La Rochelle avec Jean-Louis Foulquier de 1985 à 2004 avec une pause entre 1997 et 1999. Tu es revenu plus tard pour faire des émissions ici pour France Inter.

J’ai mis du temps à revenir. C’est le patron des Francos, Gérard Pont, qui m’a invité. Il a été vraiment déterminant et a eu les bons arguments pour me convaincre. J’ai refusé pendant un petit moment. J’ai fini par accepter de revenir en juillet 2008. Il m’a reçu comme un prince et ça m’a touché évidemment.

Pourquoi ?

La blessure était un peu refermée, j’avais fait une psychothérapie. J’ai compris qu’à un moment donné, il fallait savoir affronter ses blessures, affronter ses propres failles et surtout accepter à ciel ouvert ce que l’on est. J’ai aussi compris que cette aventure n’était peut-être pas faite pour moi. Que ma place était ailleurs. Je ne suis pas parfait, mais je suis un homme qui accepte de souffrir et qui accepte enfin de se montrer tel qu’il est. Ça a été un parcours un peu long et difficile, mais essentiel pour la suite.

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Didier Varrod interviewe Gérard Pont, le directeur des Francofolies de La Rochelle.

Tu te sens l’enfant de Foulquier ou tu es aujourd’hui vraiment détaché de ce mentor ? 

C’est une très bonne question parce que, finalement, elle est pleine de sens et elle raconte ce qu’est la vie. Comme tout le monde le sait, j’ai eu une relation très forte avec Foulquier jusqu’en 2004. Il a été une sorte de tuteur professionnel. Mais j’en ai eu d’autres comme Christian Page, décédé aujourd’hui qui m’a fait entrer dans le métier. Par moments, on a des tentations de se désaxer ou d’être un peu moins digne ou de répondre à des sirènes qui ne sont pas forcément celles qui vous conviennent, donc Foulquier m’a toujours permis de savoir où étaient mes racines et de me tenir droit. C’est pour moi essentiel dans la vie. L’intégrité est la vertu cardinale de ce métier. En cela je lui dois sûrement ce que je suis et les choix professionnels que j’opère.

Et puis, il y a eu une séparation douloureuse entre vous (lire cet article de Libération datant de 2005)

Oui effectivement. Et qui s’est malheureusement terminé aux prud’hommes… Je le répète aujourd’hui, d’avoir fait un procès aux Prud’hommes à Foulquier en 2005, ça m’a paradoxalement libéré. En plus c’était à la fois un procès à Foulquier, mais aussi à la société des Francofolies. C’était à la fois la même chose et différent. Le fait de passer devant la justice désamorce toutes les problématiques psychanalytiques. Ça c’était vis-à-vis de lui. Je n’avais nullement envie de « tuer le père » grâce à la justice. Et finalement j’ai perdu, mais lui n’a pas gagné non plus. Moi, j’estime avoir vraiment perdu au regard du travail fourni. Vis-à-vis de la législation du travail. J’ai travaillé 20 ans dans un festival avec des CDD successifs qui n’ont pas été requalifiés en CDI. Et le fait d’être viré comme ça, c’était implicitement une non reconnaissance de mon investissement, de mon travail dans cette aventure pour laquelle Jean Louis m’avait fait confiance jusque-là. Et ce qui était le plus blessant c’était d’observer la lâcheté de certains, de tous ceux qui avaient été témoins de ce passage de témoin et qui n’étaient plus là. Beaucoup étaient aussi gênés, consternés ou attristés d’observer une telle rupture. Parce qu’ils nous aimaient ensemble autant que séparément…

Qu’est devenue ensuite ta relation avec Jean-Louis Foulquier ?

Il a été sidéré, ce qui est normal, que je puisse « l’emmener » aux Prud’hommes. (Un moment de silence) L’histoire est un peu dure, je vais garder mes lunettes noires. Je suis revenu à La Rochelle l’année où lui s’est fait virer de France Inter. Il était également en CDD, car tous les producteurs de Radio France sont en CDD. Je passais dans la rue où se trouve l’hôtel où nous sommes en ce moment et franchement, je craignais de le croiser. Ce qui devait arriver est arrivé. J’ai entendu crier très fort « Didier ! »  Là, c’était une scène de théâtre. Toute la rue nous regardait et, je te jure, il y a eu un silence aux tables des restaurants. Les gens se disaient « putain qu’est-ce qu’ils vont faire ? » Je suis arrivé devant lui, je lui ai fait la bise et il m’a dit : « Tu as vu ce qu’ils m’ont fait ». J’ai répondu sans acrimonie, le sourire en coin : « Je crois que tu vis ce que j’ai déjà vécu…»  Il s’est marré comme toujours. C’est le juste retour des choses, c’est la vie. Je l’ai quand même pris dans les bras. Il était au bord des larmes et je lui ai dit qu’il fallait s’en foutre et que nous étions plus forts que ça. C’était l’acte sacré de réconciliation… nous avions vécu la même chose.

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Aux Francofolies de La Rochelle, chaque année, deux portraits rendent hommage à Jean-Louis Foulquier, dont celui-ci (photo : Mandor).

Vous vous êtes revus après ?

Non. Il ne m’a pas rappelé pendant des mois alors que je pensais qu’il le ferait. On a fini par se recroiser parfois et à chaque fois c’était sympa, mais assez rapide. Il m’a parlé de son expérience au théâtre. Il était heureux comme un gamin de cette expérience où il avait adapté le best-seller de Philippe Delerm, La première gorgée de bière. C’était un de ses rêves, comme de faire le chanteur.

Un jour, il tombe malade.

Avant cela, Pauline Chauvet, qui était son assistante, m’a demandé de l’appeler parce qu’il le souhaitait. Ce que j’ai fait, mais il était déjà assez fatigué. Je me souviens d’une très longue conversation alors que j’étais à Venise. Il était heureux pour moi de me savoir amoureux et pacsé. On a parlé très longuement. Il rêvait en fait de me voir responsable de la programmation musicale d’Inter. Il était réconcilié de savoir Philippe Val aux commandes de la radio. Il l’aimait beaucoup. Puis il est tombé malade, je suis devenu directeur de la musique à Inter et je lui ai promis de passer le voir pour que l’on se retrouve enfin. Je voulais lui apporter mon livre sur Trenet, lui montrer comment je travaillais à la direction de la musique. Il m’a fait comprendre que ce n’était pas la peine que je vienne. Et il m’a dit très étrangement « je t’aime », ce qui n’était ni dans ses habitudes, ni dans son vocabulaire. Quelques semaines plus tard, Pauline m’a fait comprendre que c’était la fin. J’ai appris que juste avant de partir, il lui a dit : « Dis à Didier que je l’aime… dis le surtout à lui ». Ensuite il a fallu faire cette émission le soir de sa mort en direct avec tous ses amis artistes qui ont témoigné. C’était un exercice difficile, utile pour moi, mais surtout nécessaire pour que France Inter lui rende un peu ce soir-là ce qu’il avait donné à cette radio. Depuis qu’il est parti, tout mon parcours s’inscrit consciemment ou parfois inconsciemment dans cette continuité de l’œuvre de Jean-Louis Foulquier, différemment bien sûr, avec ma sensibilité, mes gouts... mais il n’y a pas une semaine où je ne parle pas de lui, où je n’évoque pas son travail. C’est ma manière, dans la durée, de démontrer que professionnellement on ne vient jamais de nulle part.

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Emission en direct du Café Pollen, le 15 juillet 2018 (photo : Mandor).

Dans ta façon d’interviewer les artistes, il y a du Foulquier en toi ?

Oui, un peu mais pas complètement. Nous avons en commun la bienveillance. Après, nous sommes totalement différents. Lui, dans la musique, ce qui l’intéressait c’était la fraternité, le côté « les copains d’abord ». Pour moi, cette notion aussi est importante, mais j’aime bien pénétrer dans la matrice de création. J’aime bien savoir le pourquoi du comment. Foulquier, c’était la force de la chanson comme lien de fraternité, moi c’est la force de la chanson comme lien politique et sociale dans la société.

Si tu n’as plus de responsabilités aux Francofolies, je vois bien qu’il y a comme « une cour » autour de toi. Je mets des guillemets à cour. Mais tu vois bien que tu es courtisé, non?

Un peu, mais quiconque a une possibilité de faire avancer, mettre en lumière un artiste est courtisé. Au fond, je sais que tout ça est tellement « fake ». J’ai vécu des années très difficiles, donc je peux te dire que malade, sans travail, dépressif, personne ne vient te voir. Ça a duré un petit moment, j’ai eu le temps de réfléchir à tout ça. Par contre, sans fausse humilité, je sais l’importance que j’ai aujourd’hui dans (long silence) l’économie de résistance de la chanson française. Même si je ne suis pas seul heureusement. Je suis très inquiet pour cette chanson qui est notre fleuron, qui est essentielle pour la culture de ce pays et qui est complètement méprisée. Comme un art marchand qui n’aurait pas besoin de cadre, de soutien, et d’une vraie politique… Et c’est vrai qu’on n’est de moins en moins nombreux à occuper des places stratégiques dans les grands médias.

C’est lourd à porter ça ?

Oui, particulièrement lorsque j’étais directeur de la musique à France Inter. C’est pour ça entre-autre que j’ai arrêté ce poste que j’ai tenu de 2012 à 2016. Ce n’est pas la seule raison évidemment. Il faut savoir laisser sa place, comprendre que l’essentiel a été fait, Mais c’est vrai que chaque fois que quelqu’un rentrait dans mon bureau et que je lui disais non pour la play list, j’avais l’impression que le monde s’écroulait. J’ai compris que je n’étais pas là pour détruire la vie des gens. Les artistes font des albums, ils y mettent toutes leurs vies, et ce n’est pas parce que France Inter va dire non que leur vie doit s’arrêter. J’avais de plus en plus l’impression que c’était ça.

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Didier Varrod, le 12 juillet 2018 avec Gael Faure, lors de la traversée du chenal de La  Rochelle (photo: Vincent Riviere).

Etre chef, tu as aimé ce rôle?

C’est génial, mais dans une durée courte. J'ai surtout aimé être le chef d’une mission de service publique. Cela a une autre dimension. 

Pendant cette période où tu étais directeur artistique et de la musique de France Inter, tu as intégré dans la programmation Woodkid, Christine & the Queens, Benjamin Clementine, Fauve, la Femme, Feu chatterton ! Jeanne Added, Radio Elvis, Jain… Le terme « défricheur de talents » te convient-il ?

J’adore l’idée de prendre des risques pour affirmer que tel ou telle artiste va cartonner. J’y crois à chaque fois et évidemment on se trompe aussi. Je dis toujours que je m’estime plus comme un passeur. Il y a toujours quelqu’un avant vous qui découvre un artiste. Que ce soit un journaliste, un manager ou je ne sais qui.

didier varrod,foule sentimentale,france inter,interview,francofolies de la rochelle,mandorChristine and the Queens, tu étais le tout premier à la passer à la radio.

C’est vrai. A 7h23, alors qu’elle n’était pas encore signée. Puis dans la Play-List d’inter, les émissions… Mais, encore une fois, il y a bien quelqu’un avant moi qui a dit : « Cette nana, elle est mortelle ! On va mettre un peu de sous pour l’aider à éditer son projet. » Et peut-être qu’avant l’éditrice, une petite salle avait décidée de la programmer parce qu’elle lui trouvait du talent… Voilà, ce n’est pas de la fausse modestie, mais je suis juste un passeur. Par contre, je pense que je peux être décisif dans le développement d’une carrière. C’est la plus belle des responsabilités.

Quand tu vois Christine and the Queens en couverture du Time, tu penses quoi ?

Je me dis que j’ai bien fait mon travail et je suis fier de l’avoir fait. Je me dis surtout que cette artiste peut nous rendre fier de faire bouger les lignes dans ce pays. Je pense qu’elle est aussi importante que les artistes de pop internationales comme Madonna ou Beyonce. C’est une femme qui dans son travail et sa musique redéfinit les questions d’identité et de son. Entertaineuse et politique à la fois, le rêve…

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Didier Varrod, chaque soir, en direct du café Belair à Radio France pour son émission "Foule sentimentale".

Les artistes te remercient-ils une fois le succès arrivé.

Il y en a bien sûr. Mais l’ingratitude existe aussi. Mais surtout, on ne fait pas ce travail pour être reconnu, même si c’est important pour sa propre confiance en soi, plus que pour son ego. Et pourtant parfois l’ego souffre. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. J’ai eu parfois cette prétention d’avoir l’exclusivité de leur oreille ou de leurs confidences, mais j’ai fini par comprendre que tout cela est assez illusoire. Ce n’est pas plus mal parce que l’ego ça te décentre. Et tu perds l’essentiel de ta mission. Au fond, ça me permet de me centrer sur les gens de ma vie personnelle. Toute ta vie, il faut se remettre en question, refaire le match, comme dirait l’autre, prendre des risques avec des gens neufs… et parfois, ces risques, il faut les prendre en sachant quitter des gens avec qui tu as fait un bout de chemin. Je comprends ça.

Tu te sens bien dans notre corporation ?

Je suis journaliste depuis 1985 et j’ai toujours considéré que j’étais un corps étranger de cette corporation. Je n’ai jamais fait partie d’une bande. Je lis les Inrocks depuis le début et n’ai été « reconnu » par eux que récemment. Idem, avec Rock & Folk et Best dans les grandes années… J’aurais adoré travailler pour Télérama, ou Le Monde, ou Libé… Ma culture musicale s’est formée avec eux. A un moment, quand je cherchais du travail, j’ai envoyé des CV partout et je n’ai jamais reçu de réponses alors que j’avais déjà fait mes preuves chez Foulquier à Inter. Après il y a des journalistes que j’admire, comme Valérie Lehoux, qui est d’ailleurs une amie. J’adore toujours lire mes collègues : les papiers de Stéphane Davet, Christophe Conte, Gilles Medioni, Olivier Nuc etc… Et puis j’ai aujourd’hui une famille de cœur et esthétique avec l’immense Patrice Bardot que je considère comme un frère de plume, avec qui j’ai fait le magazine Serge, mon plus beau souvenir professionnel. Alexis Bernier qui en était le chef de meute et dont la plume sur l’électro a tant compté pour moi. Mais pour revenir à ta question,  je crois que faire des livres sur Eddy Mitchell, ou Daniel Balavoine, (ou pire) Sheila, ne m’a pas aidé à être compris par tous ses journaux. Pour eux, il y avait un truc fake chez moi. Comment pouvais-je être un apôtre des raves, de Manu le malin, de Chloé, de jouer des trucs indie en chanson et de parler sans honte de mon admiration pour Goldman ou Balavoine. Je n’ai jamais compris ça. Je peux te dire que j’ai beaucoup souffert d’être suspecté d’avoir des gouts de chiottes et des goûts un peu pointus dans le même temps, comme si je n’avais pas de colonne vertébrale musicale.

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Didier Varrod, chaque soir, en direct du café Belair à Radio France pour son émission "Foule sentimentale".

C’est fou parce que ce n’est pas du tout la perception que j’ai sur ce que les gens pensent de toi.

Parce que le monde musical a changé aussi. En fait, ce que je viens de te raconter, c’était plutôt une réalité du début des années 1980 jusqu’à, en gros, l’année 2012. Quand est arrivée la génération Christine and the Queens, Woodkid et aujourd’hui Fishbach, Juliette Armanet,Tim Dup ou Jain, on s’est sentis sur la même longueur d’onde. Christine and the Queens m’a dit « j’adore Balavoine », Fishbach m’a avoué aimer Jean-Jacques Goldman… le groupe L’impératrice a rendu hommage à Michel berger dans Foule sentimentale. Eddy de Pretto reprend Jul. Les chansons honteuses existent moins aujourd’hui. Et puis il y a les rappeurs qui font beaucoup pour faire tomber toutes les barrières. Orelsan, Lomepal, Myth Syzer, Lonepsi, lord Esperanza etc… cette nouvelle génération a adoubé les artistes honnis historiquement par les Inrocks, Libé et Rock & Folk pendant des années. Aujourd’hui, dans le métier, je suis un réfugié avec une carte de séjour (rires). Là, c’est ma meilleure époque professionnelle. Je n’ai jamais été autant excité par les artistes qui arrivent. C’est comme si c’était mon moment. Je suis en phase avec les gens qui émergent, quand on se parle j’ai l’impression de me reconnaitre.

Vas-tu écrire un nouveau livre ?

Oui, mais si j’arrive à l’écrire, ce sera un livre qui sera particulier. Ce sera un récit un peu autobiographique, mais surtout ce sera une fiction dans lequel Johnny sera très présent. Je ne t’en dirai pas plus.

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Pendant l'interview...

Comment expliques-tu qu’il n’y ait quasiment plus d’émission sur la chanson française aujourd’hui.

Je ne sais pas. Je ne comprends pas parce que c’est le mode d’expression le plus populaire aujourd’hui. Peut-être que c’est parce que la chanson doit désormais passer par d’autres vecteurs ou canaux de diffusion que sont les plateformes musicales par exemple, sans prescription ou avec une prescription numérique constituée d’algorithmes ? Du coup, là, je suis d’un ancien monde. Mais attention l’ancien monde redevient toujours le nouveau monde un jour ou l’autre. Et puis c’est un truc qui historiquement appartient à la chanson. C’est un art populaire qui a toujours été un peu mésestimé. Contrairement au rock, à la pop ou au hip hop.

Tu es chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Tu l’as pris comme une reconnaissance de ton travail accompli ?

Non. Je l’ai pris pour mes parents. J’ai accepté pour que mes parents soient fiers de moi. Lors de la cérémonie, eux et mes frères étaient là. Je trouvais que c’était formidable qu’ils puissent assister à cela. Les honneurs, je préfère les recevoir du vivant de mes parents. C’est une façon de les remercier. C’est une histoire politique. Si tu as des parents qui sont attachés à l’éducation jusqu’à pouvoir te donner les moyens de faire ce que tu as envie alors que ce n’était pas leur projet premier, ils risquent de réussir les individus qu’ils ont enfanté. C’est la clé. 

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Après l'interview, le 15 juillet 2018.

16 juillet 2018

Francofolies de la Rochelle : Bilan.

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Voici le bilan des Francofolies de la Rochelle très largement inspiré du communiqué de presse officiel, parce que moi, les bilans avec les chiffres, les trucs et les machins, ce n'est pas mon fort. De plus, j'ai un chouia transformé et raccourci car c’est l’aspect artistique du festival que j’ai mis en avant). Les phrases en italiques sont des réflexions personnelles et ne font pas partie de ce communiqué. Que les choses soient claires, je ne veux pas d’ennuis avec la police.

Du 11 au 15 juillet, 150 000 festivaliers (87 312 entrées payantes) ont pu apprécier plus de 140 heures de concerts. 14 lieux dans la Rochelle ont accueillis concerts, rencontres, expositions, ateliers et conférences réunissant tous les publics autour de la chanson et des musiques actuelles.

Le festival a mêlé des artistes incontournables et des jeunes talents pour plus de la moitié de la programmation. Et j’avoue que c'est une partie d'entre eux que j’ai voulu vous présenter puisque c’est l’ADN de Mandor. Ainsi, j’ai interviewé et mis en ligne immédiatement de nombreux artistes en développement comme Voyou, Suzane, Chaton, Chevalrex ou encore Foé. J’ai aussi mis en avant des artistes ayant plus de visibilité et d’expériences parce que je les apprécie beaucoup tels que Gaël Faure, Bastien Lallemant (pour ses fameuses siestes acoustiques), Dimoné, Clara Luciani (pour moi La vraie révélation de ce festival et de la chanson actuelle en général) et le québécois Pierre Lapointe.

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Véronique Sanson avec Alain Souchon (photo Loll Willems)

Bien sûr, les Francofolies de La Rochelle ont aussi accueilli quelques vraies valeurs de la chanson française telle que Véronique Sanson. Elle a ouvert le bal lors d’un concert unique rassemblant sur scène Chris et Stephen Stills, Alain Souchon, Vianney, Tryo, Jeanne Cherhal et Patrick Bruel.

Les concerts de NTM, Orelsan (absolument gigantesque), BigFlo & Oli, Calogero, Shaka Ponk, Jeanne Added et Jain ont emporté le public dans une énergie fédératrice. Eddy de Pretto, Loïc Nottet, Roméo Elvis ou Therapie Taxi, quant à eux, ont fait leurs premiers pas sur la scène Jean-Louis Foulquier avec succès.

Sur la même scène, Jane Birkin, Juliette Armanet, Brigitte ainsi que MC Solaar ont clôt le festival.

Charlotte Gainsbourg (très electro boum boum mais magnifique lumières), Pierre Lapointe (un génie, si si, mais qui devrait nous offrir aussi quelques chansons plus gaies et rythmées. Ce choix/parti pris, c’est son droit, mais parfois l’ennui m’a gagné. Mais bon sang, que je l’aime quand même !) et Clara Luciani (La star de demain et ma chouchoute), Julien Clerc et Nolwenn Leroy (ohwo !) ont proposé des concerts au Grand Théâtre de la Coursive, des instants pleins de sensibilité.

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Le Chantier des Francos a fêté ses 20 ans, du coup 20 artistes accompagnés par le dispositif ont été programmés sur la grande scène Jean-Louis Foulquier, comme par exemple BigFlo & Oli, Therapie Taxi (on en parle de leur texte ?) et Juliette Armanet (majestueuse… mais j’ai hâte qu’elle dépose ses habits de Sanson pour endosser ceux de Juliette Armanet. C’est pour bientôt, j’en suis sûr), à la Coursive avec Gaël Faure (le grand mystère du monde musical français. Pourquoi cet artiste brillant, charismatique et d’un talent fou n’est toujours pas en haut de l’affiche ?), Ben Mazué, Pomme, ainsi que toute la sélection 2018 avec entre autres Aloïse Sauvage, Voyou (je vais le surveiller de très près. Je sens un truc énorme chez lui), Malik Djoudi, Shelmi et Hyacinthe ou encore Emily Loizeau, Mariscal, François Atlas & Bostgehio à la Chapelle de l’Hôpital Saint-Louis pour des concerts qui ont rencontré un franc succès.

Par ailleurs, le meilleur de la scène hip hop francophone a été réuni, le temps d’une des Nuits Collectives à la Sirène, qui a donné lieu à une soirée pleine de découvertes avec Joey le Soldat, Loud, Sopico, Roméo Elvis (un poil agressif et hautain sur scène) et Bagarre, jusque tard dans la nuit.

Cette année, ce sont plus de 2 400 enfants et parents qui ont pu se retrouver grâce aux Francos Juniors, autour d’un véritable parcours entièrement dédié au jeune public. Quatre spectacles leur étaient dédiés dont celui d’Albebert, qui sera pour la saison 2018-2019, l’artiste associé aux Enfants de la Zique, ressource numérique d’éducation artistique et culturelle développée par le réseau Canopée et Francos Educ.

Le Village éphémère des Francos a accueilli sur la Scène du Port une quinzaine d’artistes comme Biffty & DJ Weedim, Hollydays, Chaton, Suzane, ainsi que les réunionnais Tiloun et les calédoniens de Jason Mist.

Notons également deux expositions : la première, née de la collaboration avec le Centre Intermondes et le Poemart a donné lieu à l’issue d’une résidence de création de 2 mois, à une performance-exposition détonante avec deux artistes de Nouvelle-Calédonie : le poète Paul Wamo et le plasticien, vidéaste Nicolas Molé. La seconde, accueillie à La Coursive a été celle des dessins d’Albin de la Simone, tout en simplicité et en humour.

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(Photo : Loll Willems)

La Maison des Francofolies a offert de très belles rencontres et échanges autour de la question de la scène française, orchestrés en complicité avec Éric Fottorino dans le cadre du partenariat des Francofolies de la Rochelle avec l’hebdomadaire Le 1.

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Eric Fottorino interviewant Aldebert (photo : Aurèle Bossan).

Les festivaliers ont également pu se retrouver autour de cinq ateliers de pratique artistique de chorale, d’écriture et de beatbox.

Les Francos Stories (Cinéma CGR Le Dragon) ont mis à l’honneur 5 artistes emblématiques de la scène francophone et ont connu un joli succès pour cette nouvelle édition, en partenariat avec la Sacem.

Trois prix ont été remis récompensant la jeune scène de la chanson :

Le prix Félix Leclerc : Foé,

Le prix Andrée Chedid : Joséphine Chloé.

Le coup de cœur du club partenaires : Catastrophe.

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Le groupe Catastrophe recevant le Coup de cœur du club partenaire (Photo : Aurèle Bossan)

Mon bilan à moi est plus simple : 11 interviews, 5 heures par jour dans la salle de presse, beaucoup de discussions avec des amis artistes et professionnels au Café Pollen, quelques verres bus, quelques restaurants fréquentés, une finale de coupe du monde appréciée et, évidemment, quelques concert vus avec intérêt (ou pas).

Je tiens à remercier les trois attachés de presse qui ont été d’une efficacité comme j’ai rarement vu : Brigitte Batcave, Jérémy Richet et François Troller. Garder son calme en toutes circonstances dans ce maelstrom de demandes en tout genre, c’est impressionnant. Il en faut des qualités humaines.

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De gauche à droite, Jérémy Richet, François Troller et Brigitte Batcave.

Voilà, la 35ème édition se tiendra du 10 au 14 juillet 2019.

J'espère y revenir et battre mon record d'interviews… 

14 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Pierre Lapointe

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Les Francofolies de La Rochelle ont accueilli hier Pierre Lapointe (déjà mandorisé là) au Grand Théâtre de la Coursive hier soir pour son spectacle Les sciences du cœur. Il y parle d’amour, de désamour de beauté et de tristesse. Des textes qui vont droit au cœur et à l’âme, qui nous entraînent dans son univers, sans artifice, sensible et sans pudeur. Une prestation imprégnée d’humanité, de tendresse, de sourires et de rires. Une musique qui nous prend à bras le corps en symbiose avec les mots et les images ; une performance à cœur ouvert, à hauteur d’homme, bien et beau dans sa peau. Une soirée pleine d’émotion (même si je n’aurais pas été contre le fait d'écouter aussi quelques chansons moins tristes).

Ce matin, il m’a livré notamment son sentiment sur ce concert.

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(Photo : Antoine Monegier du Sorbier)

francofolies de la rochelle,pierre lapointe,interview,mandorInterview :

Ton concert d’hier soir au Grand Théâtre - La Coursive était complet. Tout le monde a apprécié.

C’est parce que c’est un spectacle vivant (rires). Je préconise une espèce de sincérité. Même si elle est un peu fausse, parce que sur scène, c’est toujours faux dans le sens où c’est un espace qui est contrôlé et pas naturel. La scène, ce n’est pas la vraie vie pour moi. Dans ce contexte-là, c’est important de réussir à créer des moments vrais. Ça passe par l’acceptation de la spontanéité des éléments. Parfois, je perds ma concentration, mais je joue avec ça. Je me dis que les gens savent que le spectacle est construit. Je suis pro, mais je ne suis pas un robot, alors j’aime bien être naturel dans un spectacle très construit au millimètre près, mais malléable et vivant.

Tu parles entre les chansons et c’est souvent hilarant. Mais j’ai remarqué que tu le fais de moins en moins.

J’ai décidé de parler un peu moins sur ce spectacle-là, mais de parler à des moments très précis. Je me suis moins étalé que d’habitude.

Clip de "La science du cœur".

Je trouve gonflé qu’il n’y ait que des chansons tristes.

L’humour que je fais dans mes interventions parlées est là pour rééquilibrer, me redonner de l’énergie et pour faire respirer les gens. Sur ce disque-là, j’avais décidé de faire un clin d’œil à la grande tradition de la chanson française et francophone. Cette chanson-là, elle est souvent triste et mélancolique. Je n’ai aucun problème avec ça, je trouve ça beau et je l’assume depuis longtemps.

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(Photo : Antoine Monegier du Sorbier)

On a l’impression que tu peux tout te permettre, tout expérimenter.

Quand on est artiste, il faut se donner le droit d’être libre. Je me le suis donné. J’ai toujours ouvert un peu plus les valves en m’arrangeant pour que le public comprenne de projet en projet jusqu’où je suis prêt à aller. Il n’y a pas tant de métiers dans le monde où on peut être aussi libre. Ce que je déplore un peu chez la plupart des artistes en ce moment, c’est qu’ils n’ont pas le souhait de briser les frontières, qu’elles soient visuelles ou sonores. Camille le fait, mais elle est presque une exception.

Clip de "Sais-tu vraiment qui tu es".

En France, tu as du mal à obtenir le même succès qu’au Québec.

J’arrive en France avec des projets qui ne sont pas forcément tous faciles à vendre. J’estime que je suis en train de monter un répertoire et une œuvre et que l’on pourra les juger quand je ne serai plus de ce monde. Au Québec, j’ai une certaine notoriété qui s’est installée. D’ailleurs, je pense que c’est un accident que je sois une star comme ça. Avec mon disque La science du cœur, je fais partie des 5 artistes canadiens qui ont été numéro un au Billboard canadien. Je suis le seul canadien francophone depuis Céline Dion, les autres sont Shania Twain, The Weeknd, Arcade Fire et Drake. Moi, je fais l’éloge de la grande tradition de la chanson française avec des sonorités empruntées à la musique contemporaine. Je suis hyper content, mais je le répète, c’est pour moi un accident.

Que représentent les Francos pour toi ?

J’ai eu la chance de vivre de beaux moments ici. A chaque fois, je reçois un accueil généreux de la part du public et des organisateurs. Ce sont aussi des surprises constantes. Je tombe sur des amis à chaque fois que je reviens et ça me fait un bien fou.

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Après l'interview ce matin en salle de presse.

Francofolies de La Rochelle : interview de Dimoné

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(Photo : Marc Ginot)

Un univers élégant, poétique et rageur, voilà ce que le jeune groupe rock Kursed apporte aux chansons subtiles de Dimoné (mandorisés là en 2015 et là en 2017), ce dandy du sud (un de mes artistes français préférés) que les Francofolies de La Rochelle accueillent. Un voyage introspectif qu’il ne s’agirait pas de manquer.

Tout à l’heure, Dimoné et le gang Kursed se produiront au Chapitô des Francos et demain sur la scène du port. Deux voyages introspectifs électriques à pas de manquer. Interview entre deux répétions.

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorDimoné & Kursed par Dimoné :

Le voilà mon gang, Kursed, un groupe, rock, quatre garçons, d’une maturité rare qui jurerait presque du haut de leurs vingt ans. Electrique, toiles noires et cuirs patinés, des adorateurs de mythes sans compte à rendre à Œdipe. Et puis me voilà, moi, rendu pile au milieu, passager en mes chansons pudiquement pas sages. Elles, tendues sur cet isthme de l’existence après 5 disques à les jouer sur scène en duo avec Jean-Christophe Sirven que je vous invite à suivre sur L'Affaire Sirven. Elles, que j’ai déshabillé jusqu’à l’os, amené parfois jusqu’à la limite, et même relooké pour une Carte Noire. Il est venu le temps de me calciner à cette prédiction, à cet inéluctable appel de la tribu, avec mon pédigrée de chanteur nourri d’intranquillité. Ce sera avec Kursed et leur son donnera la couleur à mes nouvelles chansons, sur scène et sur un prochain album à paraître en 2018. 

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(Photo : Christine Cousin)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorInterview :

Pourquoi t’es-tu associé au groupe Kursed ?

Avec Jean-Christophe Sirven, on avait pas mal tourné. Nous nous étions enfermés dans une précarité devenue confortable. Notre musique était devenue une recette. Je voulais changer ma façon d’envisager et de jouer la musique. Ce satané confort est pernicieux…

Qui sont les Kursed ?

Ce sont des musiciens de chez moi, de Montpellier, qui sont dans la lignée des White Stripes, Queens of the Stone Age, The Blanck Angels... C’est un groupe déjà constitué et je les ai vus plusieurs fois en concert. A un moment, j’ai compris que je voulais ce groupe de luxe derrière moi. Ils ont une acuité que je n’ai pas et ils m’ont donné envie de faire un assaut électrique avec tout ce que je revendique et qui me fonde dans la culture rock et punk. J’avais aussi de revisiter mes 50 ans, peut-être revisiter un fantasme de jeunesse. Faire de la chanson électrifiée à 3 guitares.

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(Photo : Christine Cousin)

J’ai eu la chance d’entendre trois chansons de ce nouveau projet.

Les textes que tu as entendus sont composés de beaucoup d’ellipses dans le sens, dans les mots qui ne sont pas dits. Musicalement, avec les Kursed, il y a beaucoup de liberté. Jean-Christophe me suivait plus, eux me réapprennent à compter, alors qu’ils sont plus jeunes que moi, les cons.

Tu avais besoin de ça ?

Je pense. J’avais envie de me réveiller de nouveau, de changer de rituel, de ne plus penser à ce qui m’attendais. Avec eux, justement, je ne sais pas ce qui m’attend. J’avais besoin de me repositionner pour reprendre du plaisir à refaire le circuit de la scène, des interviews, du  monde musical de la francophonie. J’ai aussi le désir de surprendre tout le monde.

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(Photo : Dany Lapointe)

Tu t’es lassé de ce que tu faisais ?

J’ai envie d’être le premier sur la brèche. Je me dis que j’ai des carences, donc je travaille. Physiquement, il faut que je m’implique.

Pourquoi les Kursed ont accepté ce projet avec toi ?

Il faudrait que tu leur poses la question, mais, à mon avis, pour le challenge. Et peut-être pour les mêmes raisons que les miennes. Ils ont du talent. Ils ont le sens du son et savent jouer de la musique. Ils sont aussi beaucoup dans la référence, peut-être avaient-ils envie de mettre des mots français dans leur musique et que quelqu’un comme moi les convenaient ? J’espère que notre jolie drague va rendre leur public et le mien curieux.

Tu as l’impression de repartir à zéro ?

J’ai quelques années de métier derrière moi, le fameux zéro n’existe plus. Tu continues ta route, c’est tout. Mes 50 ans ont remué beaucoup de choses en  moi, même dans ma vie personnelle. Tout ce qu’il se passe dans mon existence du moment à du sens. 

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(Photo : Mandor)

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(Photo : Marylène Eytier/Au bon déclic)

francofolies de la rochelle,dimoné,dimoné & les kursed,interview,mandorAux Francos, tu as passé deux jours avec une chorale adulte. Qu’as-tu fait avec elle ?

Emilie Yakich, des Chantiers des Francos, m’a fait cette proposition d’animer une chorale adulte. On a pioché dans la programmation des artistes de la nouvelle scène, on a rendu un hommage à Higelin et on a puisé dans notre répertoire à nous. On se produit ce soir au Chapitô des Francos à 20h30 et demain à 14h50 sur la scène du port.

Tu as une relation particulière avec les  Francos ?

J’ai fait beaucoup de choses avec eux et je viens souvent. Je ne fais pas que la vedette ici. Je laisse des traces de sel sur mes T-shirts. J’anime des chorales, des ateliers d’écriture et j’interviens dans différents Chantiers. Pour moi, c’est primordial d’avoir des instants latéraux.

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Après l'interview, le 14 juillet 2017.

13 juillet 2018

Francofolies de La Rochelle : interview de Clara Luciani

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 (@ Manuel Obadia-Wills RVB)

Clara Luciani, avec sa plume délicate et sa voix grave, en a déjà séduit plus d’un. Ancienne membre du groupe La Femme, elle a été entendue en featuring sur Cyborg, le dernier album de Nekfeu, et aperçue en première partie de Benjamin Biolay et des Insus. La scène, tout comme le studio, n’a donc pas de secret pour elle. Ce soir, dans le cadre des Francofolies de La Rochelle, elle se produit au Grand Théâtre de la coursive. Rencontre quelques heures avant sa prestation.

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorArgumentaire officiel de l’album Sainte-Victoire :

Jeune. Brune. Voix grave et assurée. Auteure compositrice d'un premier album dont les dix chansons perforent le cœur comme autant de flèches embrasées. Elle a pleuré mais la vie continue. Désormais c'est elle qui mènera l'offensive et dansera jusqu'au bout de la nuit. Son premier EP Monstre d’Amour auréolé de tant de louanges était un indice. Ce premier album en est la preuve. Clara Luciani a un don pour l'écriture, celui de transposer le récit personnel en une valeur universelle. Une écriture qui possède la patine des chanteuses passionnelles avec lesquelles elle a grandi, de Françoise Hardy à Lana Del Rey en passant par Barbara, Blondie ou Nico. Si elle se défend d'être une femme de son époque, elle est pourtant une femme d'aujourd'hui. Après s'être, un temps, glissée dans les pas de ses ainés, Clara Luciani est désormais en marche pour marquer de son empreinte la nouvelle pop française. Une Sainte-Victoire.

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 (@ Manuel Obadia-Wills RVB)

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorInterview :

C’est ta première fois aux Francos ?

Non, j’ai fait mes premières Francos à l’âge de 19 ans avec La Femme. Je chantais au sein du groupe. L’année dernière, j’ai joué sur une petite scène qui s’appelle La Guinguette. C’est donc  ma troisième fois.

Cette année a été celle de la consécration pour toi. Tu as pris le temps d’apprécier ?

Ça fait 6 ans que je suis à Paris et que j’essaie de faire ma place dans la musique. J’ai participé à plein de projets, j’ai fait plein de petits boulots en espérant ce que je vis aujourd’hui. J’apprécie au compte-goutte  tout ce qu’il m’arrive.

Soudain, les choses se sont emballées.

C’est vrai, mais j’attendais tellement ça que j’ai su recevoir ces cadeaux-là. Je ne suis pas du tout blasée.

Clip de "La grenade".

Ton premier EP  était un peu larmoyant, sombre et mélancolique. Ton album, Sainte-Victoire, lui, estfrancofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandor plus ouvert.

Oui, en effet. Il est plus solaire, plus optimiste. J’ai quand même l’impression que les deux disques sont complémentaires. Les deux ont un point commun, ils sont autobiographiques.

Tu as un Olympia en tant que « vedette » le 12 avril 2019. C’est une forme de consécration ?

C’est hyper excitant pour moi. J’ai fait 7 ou 8 premières parties à l’Olympia, ça fait beaucoup. J’ai en fait trois de Bernard Lavilliers, une de Juliette Armanet l’année dernière, une d’HollySiz… J’espérais tellement que les lettres rouges soient à mon nom sur la devanture. Me dire que cette chose-là va se réaliser m’émeut. J’ai appris avec le temps que monter sur scène c’est jouer de la musique, du verbe jouer. Ce doit être quelque chose de léger. Avant j’appréhendais la musique avec beaucoup de gravité, aujourd’hui, j’ai compris que sur scène, on avait le droit aussi de s’amuser.

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(Photo : Antoine Monegier)

Ça te laisse le temps d’écrire de nouvelles chansons.

Exactement. Là, je suis en plein travail. Je fais le tri dans les textes que j’ai déjà sur mon téléphone en démo. Ça va être un vrai challenge, mais j’ai hâte.

Clip de "La baie".

francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandorHollySiz et Juliette Armanet, ce sont des amies ?

Oui, nous nous côtoyons. Ce sont des femmes que j’admire et que j’aime beaucoup. Elles ont eu la délicatesse de m’inviter à leur Olympia pour me soutenir et m’encourager, j’ai trouvé ça hyper chic. C’est formidable qu’il y ait des chanteuses, des femmes, solidaires entre elles. C’est important.

Ce que tu fais aujourd’hui est clair-obscur.

Il y a deux forces qui se bataillent en moi. Je suis toujours entre le rire ou les larmes, entre le chaud et le froid, entre le clair et l’obscur, entre le léger et le grave. Cette complexité, cette dualité, je crois qu’elle est propre à la nature humaine.

On sent beaucoup de sincérité dans ton album.

J’espère parce que je suis incapable de faire autre chose que ça. Je n’ai pas souhaité prendre un pseudo parce que les chansons étaient trop moi.

"Les fleurs" en live. 

"Eddy" en live.

Tu as hâte de créer de nouvelles chansons ?francofolies de la rochelle,interview,clara luciani,sainte-victoire,mandor

Si j’ai hâte de chanter de nouvelles chansons, je suis loin d’être lassée de celles-ci. Les chansons « Les fleurs », « La dernière fois », « Drôle d’époque », je les ai écrites trois mois avant de sortir l’album, donc elles sont neuves dans mon esprit.

Françoise Hardy est pour toi la grande figure féminine de la chanson française. Pourquoi ?

Je l’aime beaucoup et j’ai eu la joie de la rencontrer dernièrement. Elle est incroyable. Ce qui m’a le plus touché quand je l’ai découverte, c’est sa façon de chanter très droite, très pure, sans chichis. Sa voix est comme une flèche qui traverse très bien le temps. Elle n’a jamais essayé de chanter selon les modes. C’est une ligne directrice que je tente de suivre.

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La Rochelle, cet après-midi.

Francofolies de La Rochelle : interview de Suzane

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(Photo : Pierre & Florent)

@jupercute.jpgSon nom d'artiste, Suzane, elle l’a emprunté à sa grand-mère maternelle, mais lui a retiré un "n", pour l'esthétique (et sans doute pour qu’on la retrouve plus vite sur Internet). Elle ne compte à son actif que deux titres : « L'Insatisfait » et « La Flemme ». Mais, ces deux titres lui ont permis de vite se faire remarquer par les professionnels. Cette année, elle a déjà joué à l'Olympia et sera sur la grande scène des Francos ce soir. Lors du changement de plateau entre les rappeurs Bigflo & Oli et Lorenzo, Suzane montrera l'étendue de son talent aussi bien musical que chorégraphique.

Rencontre matinale pour parler des Francos et de ses chansons.

Biographie officielle :

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(Photo : Loll Willems)

IMG_4704.JPGInterview :

Tu t’es produite sur la petite scène du port hier. Ça s’est bien passé ?

Oui, les gens étaient très réceptifs, curieux et accueillants. Je ne pensais pas être si vite programmé dans ce festival. Je me voyais là, éventuellement, mais dans quelques années. Je trouve ça impressionnant d’être ici.

Tu mélanges de la musique electro avec de la chanson.

C’est dur de définir des mots sur sa musique. J’aime bien dire que je fais de la chanson à texte sur fond d’electro. C’est le texte qui doit sortir en premier, ensuite la musique trouve sa place. J’ai essayé de trouver un mélange subtil entre les deux.

Clip de "Insatisfait".

Ta bio indique que tu as écrit tes textes lorsque tu étais serveuse dans un restaurant. C’est vrai ?

L’envie d’écrire est arrivée à ce moment-là, donc j’écoutais beaucoup les conversations des gens qui étaient dans le restaurant. Je me suis nourrie de toutes leurs histoires. C’est un lieu  où on voit l’être humain tel qu’il est. Dans sa façon de se comporter, de se tenir, de s’exprimer. Ces gens ne voient pas la serveuse…mais la serveuse, elle, entend tout. Elle devient même une espèce d’éponge. Ma première chanson « L’insatisfait », c’est parce que j’en ai vu beaucoup et que, moi-même, je peux être insatisfaite. Dans cette chanson, j’ai mélangé mes insatisfactions à moi et celles des proches ou celles d’inconnues.

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(Photo : Antoine Monegier du Sorbier)

On ne s’improvise pas chanteuse et musicienne. Tu as pris des cours ?

J’ai découvert la musique d’abord par le corps. J’ai fait de la danse de 5 à 18 ans. Entre temps, j’ai pris des cours de chant, mais juste pour m’amuser. Quant à la musique, j’ai aussi pris quelques cours, mais pas  beaucoup. Je suis un peu naïve dans ma façon de faire, parce que je ne suis pas une grande musicienne. Je fais de la musique simple que j’ai envie d’entendre.

Clip de "La flemme". 

Il y a eu des artistes qui t’on inspiré ?

J’ai écouté tellement de choses que je ne sais même plus par qui je suis influencée. Je peux quand même dire que des artistes comme Brel, Piaf, Barbara, Renaud ont beaucoup compté pour moi. Je les ai écoutés toute ma vie. C’est sur le tard que j’ai écouté de l’electro comme Daft Punk ou Justice. Actuellement, j’écoute beaucoup Orelsan. J’aime sa façon de manier les mots. Il m’inspire beaucoup dans sa façon de raconter les choses de façon très réaliste.

Et Piaf ?

J’aime aussi beaucoup sa façon de chanter. J’ai beaucoup chanté sa chanson « L’accordéoniste » dans la rue.

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(Photo : Loll Willems)

En regardant tes clips et en écoutant ta musique, j’ai pensé aussi à Stromae.

Il a influencé toute une jeune génération. C’est un immense artiste que j’ai aussi beaucoup écouté. Il est possible qu’inconsciemment, il m’ait influencé. Si on pouvait comparer ma musique à la sienne, j’en serais très flattée.

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Droit dans les yeux. 

De quoi parleras-tu dans ton album à venir ?

Des moments de vie, d’histoires de vie, du quotidien… Je n’écris jamais sur des personnages qui ne sont pas liés à moi. J’ai un troisième titre qui arrive à la rentrée et qui s’appelle « Suzane » où je raconte mon histoire. Chaque personnage est lié aux émotions que je peux ressentir.

Es-tu confiante pour l’avenir ?

C’est dur d’être confiante. J’ai même peur. Mais plus on a peur, plus on a envie.

Tu te produis ce soir sur la grande scène Jean-Louis Foulquier pour deux chansons. Tu as le trac ?

Ça va être un grand moment, mais j’ai ultra peur. J’ai peur surtout de m’évanouir au dernier moment. Chanter devant 14 000 personnes, ce n’est pas tous les jours !

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Après l'interview, ce matin.