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24 mars 2016

Mallock : interview pour Le principe de parcimonie

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mallock,le principe de parcimonie,interview,mandor« Pardon, mais pourquoi Mallock, ce pur génie de la littérature noire, n'a pas le succès foudroyant qu'il mériterait d'avoir. Pourquoi la France ne le célèbre pas (l'Italie le vénère). Il est réellement (et largement) au-dessus de tous, tant dans l'écriture, les intrigues, la philosophie et la personnalité de ses personnages que dans le suspense. C'est violent (mais comme la société est violente), réaliste, malin, d'une intelligence rare, extrêmement bien documenté, sans concession... et souvent prophétique. Un jour, on reconnaîtra son talent à sa juste mesure. Tous ses livres sont des bijoux absolus. Le dernier, "Le principe de parcimonie", est un pur chef d'œuvre! Jamais rien lu d'aussi intense. J'ai voulu parler de lui aujourd'hui (comme une sorte de pulsion) parce que je trouve injuste que cet auteur ne soit pas porté aux nues. Je trouve injuste que les médias culturels le laissent de côtés. On ne laisse pas un auteur pareil dans la solitude du doute. Moi, je lui réitère une énième fois mon admiration sans borne. » J’ai écrit ça, il y a quelques jours, sur Facebook.

Pour tout dire, j’en ai marre de prêcher dans le désert depuis 6 ans. J’ai reçu ici Mallock, à chacun de ses nouveaux livres. Je l’ai découvert avec Le massacre des Innocents, un putain de bon thriller qui m’a époustouflé dès les premières pages et que je n’ai pu lâcher. J’ai récidivé à la sortie de Les Visages de Dieu et l’enthousiasme ne m’a pas quitté. Je lui ai ouvert cet espace pour la troisième fois pour Le cimetière des hirondelles, autre chef d’œuvre du monsieur. La quatrième fois, c’était pour Les larmes de Pancrace.

Ses livres ont toujours trois niveaux : Un niveau mythologique, un niveau narratif, un niveau purement littéraire. Aujourd’hui, je vous propose ma 5e mandorisation de Mallock. Je l’ai accueilli le 2 mars dernier, pour son nouveau chef d’œuvre, Le Principe de parcimonie. Sur fonds de crue, de boue et de sang, le voilà aux prises avec une enquête qui ne manque pas de créativité. Ce thriller baroque en immersion totale dans le monde de l’art contemporain, constitue la chronique la plus esthétiquement cruelle du commissaire. Son chef-d’œuvre, si l’on peut dire.

4e de couverture :mallock,le principe de parcimonie,interview,mandor

Dans le bocal de verre, à la place des cornichons, des doigts humains. Et sur l’étiquette cette mention : « Pervers au vinaigre. Tu ne toucheras pas aux enfants avec des pensées sales. »

En ce mois d’octobre finissant, les semaines se suivent et ne se ressemblent pas sous le ciel de la capitale. L’artiste contemporain Ivo est soufflé par une explosion en pleine performance. Quant à l’objet de son étude, La Joconde, elle s’est purement et simplement
volatilisée.

Tout porte à croire que ces méfaits sont signés Ockham, personnage dérangeant qui se met en scène dans des vidéos délirantes, entièrement habillé de latex rouge. Mais que recherche-t-il au juste ? L’argent ? Le geste politique ? Flatter son ego surdimensionné ?

Une nouvelle occasion pour Mallock de se ronger les méninges, avec cet acharnement qui fait de lui plus qu’un commissaire : un véritable extralucide auquel aucun tordu ne résiste…

Lecture de la Quatrième de couverture. Sur FinalCut ProX… © Mallock. Pour l'essentiel : prises de vues personnelles (faites au iPhone + quelques iStock et musique de Alan Singley)

mallock,le principe de parcimonie,interview,mandorL’auteur :

Sous le pseudonyme de Mallock se cache J.D. Bruet-Ferreol, peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et bien entendu… écrivain. Depuis 2000, ce génial touche-à-tout ne se consacre plus qu’à sa carrière de peintre numérique au travers d’expos et d’édition de livres d’art, et à celle d’auteur, notamment de romans policiers. Pour cette année 2016, Fleuve Éditions met son œuvre à l’honneur, avec la publication du Principe de parcimonie, mais aussi les rééditions du Cimetière des hirondelles et des Larmes de Pancrace, en versions revues et embellies, avec des couvertures entièrement designées par Mallock. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir cet auteur au charme singulier, en train de bâtir sa propre légende.

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Interview :

Bon, on en est au même point que d’habitude. Tu n’es toujours pas un écrivain « populaire », ce que je ne trouve toujours pas compréhensible.

Il n’y a que les blogs qui me suivent. Tu es le premier à avoir parlé de moi et beaucoup d’autres t’ont suivi. Je les remercie tous et du fond du cœur. Mais, il est certain que je déplore ne pas avoir de papier dans la presse, ni être invité nulle part pour parler de mes livres.

Pour moi, je le dis tout net, tu es le meilleur.

Tu me l’as toujours dit et ça me touche beaucoup. Je suis très laborieux, j’ai attendu très tard pour sortir tous ces livres, je bosse énormément dessus, je leur fait profiter de mon expérience de vie, de lectures, de créations dans tous les domaines. Ça donne à chaque fois, ce que j’espère être des sommes.

Tu sors trois livres d’un coup chez Fleuve Noir. Deux précédents et le nouveau, Le principe de parcimonie.

C’est une idée de mon éditrice parce qu’elle a estimé que mes deux précédents, Le cimetière des hirondelles et Les larmes de Pancrace n’avaient pas eu la carrière qu’ils méritaient. J’ai trouvé ça très sympathique de sa part. On s’est mis d’accord sur un format plus petit afin que l’accès financier, pour les gens, soit plus abordable.

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A Livre Paris 2016.

Tu es aussi graphiste et c’est toi qui as fait les couvertures de ces ouvrages.

J’ai fait les couvertures et j’ai « designé » le principe des typos et les illustrations. Je voulais que l’ensemble soit pertinent.

Il parait que tu vas aller jusqu’à neuf livres.

Après Mallock va disparaître et c’est le commissaire Amédée Mallock lui-même qui va raconter les histoires. Elles seront écrites à la première personne et les romans seront plus courts. Il racontera ce qui lui ait vraiment arrivé pendant son enfance, avec ses parents… Jusqu’à aujourd’hui, je l’ai toujours suggéré, mais ne l’ai jamais raconté pas.

Toi, tu ne t’appelles pas Mallock, mais tu écris sous ce nom. Les prochains seront écrits par Amédée Mallock et non plus par Mallock tout court qui n’est pas le commissaire, mais l’auteur… tu ne crois pas que c’est un peu compliqué tout ça ?

Il y a une mise en abyme. Cela permet de prendre du recul par rapport à ce que l’on fait. M’appeler Mallock pour écrire les aventures d’Amédée Mallock était presque de l’ordre du gag et cela m’amusait beaucoup. Mes éditeurs, eux, ne voulaient pas que je signe Mallock, parce que cela ne se faisait pas. Le simple fait que l’on me dise que cela ne se faisait pas m’a incité à le faire. Deuxième raison, le nom est court et cela permettait de ne pas ajouter de signes sur la couverture. Le personnage s’appelle Amédée Mallock, il est écrit par qui ? Pas pour mon véritable non, Jean Denis Bruet-Ferreol. Il est trop long. Je fais quoi ? Je vais chercher un troisième nom ? Principe de parcimonie, je prends le signifiant qui existe, le plus petit, c’est Mallock. Je décide de signer Mallock, deux simples syllabes.

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A Livre Paris 2016.

Dans les salons littéraires, tes lecteurs t’appellent Mallock, Amédée ou Jean-Denis ?

On m’appelle par ces trois noms.

Alors que l’on se connait bien, je continue à t’appeler Mallock. Tu es indissociable de ton héros.

Je ne dis plus rien à personne, parce que je comprends les confusions et il y a la même gentillesse derrière.

Quand je lis les histoires d’Amédée Mallock, je te vois toi dans le rôle du commissaire.

Ceux qui me connaissent ou ceux qui m’ont vu en dédicaces me font tous la réflexion.

Il faut dire que physiquement, tu corresponds bien.

Comme je rêvais d’être plus grand, je me suis rajouté quinze centimètres. Il y a vingt ans, tout à fait au départ de l’aventure Mallock, je voulais que le rôle soit tenu par Depardieu ou Nick Nolte,  alors je lui ai mis des cheveux blonds. Sinon, le reste, cela peut être moi en effet. Ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la vérité du personnage. J’ai contrôlé tous les personnages que j’ai créé, mais le seul que j’avais du mal à contrôler, c’était Mallock. J’ai préféré le laisser vivre sa vie et vivre la mienne en fin de compte. Je ne savais pas comment il allait être reçu.

Comment décris-tu Amédée Mallock ?

C’est un personnage d’une sensibilité exacerbée, qui souffre du monde dans lequel il vit. C’est un personnage de vérité. Nous vivons dans un monde de mensonge, de parfaite médiocrité, de non courage. Toutes les valeurs qui lui sont chers, la droiture, le courage, la sincérité, n’ont plus lieu d’être dans cette société.

Dis donc, Ockham, il pense exactement comme toi… ou comme Mallock.

Je me demande si Mallock l’écrivain n’est pas plus proche d’Ockham qu’il n’est du commissaire Amédée Mallock. J’ai un profond désespoir de voir le monde devenir ce qu’il est. Ce que l’on voit à la télévision est immonde de médiocrité, de mensonge et d’hypocrisie. Aujourd’hui, dans ce monde médiatique, nous sommes avides de tout, sauf de vérité. Moi qui suis avide de vérité, je me sens très mal.

Tu te sens un peu seul ?

Oui, je me sens seul dans ma colère, dans ma rage. Cela me tue et me déprime complètement. Heureusement que je prends des médicaments depuis des années et que je suis sous substances. Je ne vois pas comment on peut tenir dans cette société sans avoir de médications appropriées. Quelqu’un qui vit sans antidépresseur, c’est un grand malade. Si tu es lucide, tu prends des cachets ou tu t’en vas d’ici et tu n’allumes plus jamais ta radio et ta télé.

Amédée Mallock, à un moment, se demande s’il n’aime pas Ockham.

Ockham est un rédempteur fou. Quelque part, c’est un justicier. Moi, Mallock l’écrivain, si la loi n’existait pas, je me demande si je ne serais pas comme lui. Je me demande si je ne mettrais pas des bombes dans certains lieux, si je ne me baladerais pas avec des rasoirs pour couper quelques têtes.

Tu tuerais des innocents ?

Qui est innocent, à partir du moment où tu es complice et que tu profites du système à ce point-là ?

Tu dis ça parce que le système médiatique te boude ?

Non, je t’assure. Même si j’arrive à cette chose incroyable : écrire depuis 20 ans et n’avoir jamais eu un seul article dans un journal, une seule interview télé ou radio.

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Mallock et Franck Thilliez, deux maîtres du thriller français à Livre Paris 2016. 

Ça me révolte aussi, je te l’avoue.

Ça me rend fou. J’investis beaucoup de temps, d’énergie, d’amour. Je donne tout dans chacun des bouquins. Je ne m’économise pas. Si tu me voyais en train d’écrire…

Combien de temps mets-tu pour écrire un roman ?

Au minimum, trois ans. Et je ne fais que ça. On ne fait pas le genre de livre que j’écris en six mois. Il faut habiter les personnages, avant, pendant, après. Les mettre en cave. Je pose, j’attends trois mois et je relis.

Je crois savoir que tu travailles en permanence sur trois livres.

J’en finalise un, j’en écris un autre et je conçois la structure et le plan d’un troisième.

Quand tu écris, tu ne t’épargnes pas et tu ne nous épargnes pas.

J’ai envie d’aller au bout de tout. Dans mes livres, ce qui est poétique, triste, nostalgique est extrêmement poétique, triste et nostalgique. Ce qui est sanglant est donc extrêmement sanglant. Je pense que dans la réalité, nous sommes en deçà. Il m’est arrivé de rencontrer des morts dans la vie. C’est terrible et terrifiant. Dans un livre, il faut exagérer le trait si on veut que les gens aient un vrai malaise.

(A voir absolument pour comprendre qui est cet auteur!) Pour la librairie Mollat, Mallock vous présente son ouvrage "Le principe de parcimonie" aux éditions Fleuve Noir.

Tu fais comme dans la série Game of Thrones. Tu tues sans vergogne les héros récurrents auxquels nous nous sommes attachés.

Il y a une raison un peu stratégique, je dois le reconnaître. Quand tu écris un one shot, tu ne sais pas ce qu’il va se passer avec le héros, c’est ce qui crée la tension d’un véritable thriller. Comment mener un thriller avec un personnage récurrent ? Comment créer la tension ? La solution est simple : avoir une équipe autour de Mallock, composé de personnages héroïques et attachants, en sachant que n’importe lequel d’entre eux peut mourir.

On annonce une éventuelle crue du siècle de la Seine pour prochainement… et c’est ce qui arrive aussi dans ton livre.

Cette crue me permet de refaire une description de Paris que je hais et que je « aime » d’une autre façon. Je l’avais déjà décrit dans Le visage de Dieu et dans Le massacre des innocents et je ne voulais pas me répéter. J’ai toujours la peur d’avoir des livres qui se ressemblent. Je veux que l’originalité soit constante. Métaphoriquement, c’était aussi intéressant d’avoir cette eau qui vient nettoyer les rues de la capitale, comme Ockham vient nettoyer cette espèce de Sodome et Gomorrhe de la médiocrité qu’est devenue notre société.

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Après l'interview, le 2 mars 2016, à l'agence.

11 janvier 2014

Spécial Les aventures du concierge masqué, l'exquise nouvelle saison 3

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Vingt nouvelles, soixante-et-un auteurs (dont je fais partie), un mystérieux concierge masqué et une bonne action. Tel est le programme des Aventures du concierge masqué, la troisième saison de l’Exquise Nouvelle (au profit de l’ A.P.C.H, Association des Pancréatites Chroniques Héréditaires).

Je m’étais déjà intéressé à la première saison et à la deuxième (là, particulièrement, parce qu’une partie des fonds est revenue à l’association que je soutiens, Les P’tits Courageux.)

J’ai réuni dans un café parisien cinq auteurs (je ne me compte pas) ayant participé à cet ouvrage collectif et le vrai concierge (pas masqué) qui a inspiré ces aventures… Merci à eux d’avoir joué le jeu (dans un joyeux bordel quand même !)

les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyNote des eXquisMen (concepteurs des trois ouvrages):

Pour finir la trilogie de l’Exquise Nouvelle, il nous fallait boucler une boucle entamée il y a deux ans. Mais attention, pas du bouclage à la sauvette ! Pas une saison 3 mesquine du bout du clavier. Non, du feu d’artifice, de l’apothéose carminaburanesque à la Robert Hossein !

Quelle plus belle symbolique, dès lors, que de concevoir une ultime saison reprenant ce qui avait fait le succès des deux premières ? Petit retour en arrière : été 2011, la toute première Exquise Nouvelle réactualisait le principe du cadavre exquis à la sauce Facebook. Bilan : une nouvelle complètement déjantée écrite à quatre-vingts mains et une gigantesque poilade. Un an plus tard, saison 2, à la mode oulipienne cette fois-ci, façon Exercices de style du père Queneau : une même scène de départ imposée à tous les auteurs, et vogue la galère, chacun y va de son interprétation et de son univers. Pour la saison 3, c’est encore une autre histoire…

Le concept :

Un thème imposé aux soixante-et-un participants, en trois mots : Le Concierge Masqué ! Rien de plus. Ensuite, les participants se retrouvent répartis en seize trinômes, chaque membre écrivant successivement la tête, le corps et les pieds de la nouvelle. Un peu le principe des "Mix and Match", vous voyez ? Ces livres aux parties interchangeables.

Petit détail amusant : aucun auteur ne sait avec qui il a travaillé, ni ce qu’il est advenu de sa contribution. Silence radio complet des organisateurs. Comme depuis le début de l’exquise aventure, la philosophie ayant toujours été de mêler plumes confirmées avec duvets débutants, certains risquent de syncoper en découvrant de quel collègue ils ont pris la suite. Ou vice-versa.

La liste de tous les auteurs ayant participé à ce recueil.

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Les forces en présence pour cette mandorisation exceptionnelle:

les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyOdile Bouhier :Formée à La Fémis-Ensmis (École nationale Supérieure des métiers de l’image et du son), Odile Bouhier est scénariste et romancière. Elle travaille pour le cinéma, qui fait notamment appel à ses expertises de scenarii. Ses trois romans, publiés aux Éditions Presses de la Cité, revisitent et modernisent le polar historique, ce qui lui a valu une entrée remarquée dans le monde de la littérature noire : pour son trentième anniversaire, la célèbre collection « Grands Détectives » des éditions 10-18 a choisi de mettre en lumière l’univers de cette auteure prometteuse et, surtout, de ses personnages (le commissaire Victor Kolvair et le professeur Hugo Salacan, premiers experts initiateurs de la police scientifique à Lyon en 1920). Gérard Collard a attribué à sa trilogie le « Prix Griffe Noire meilleure série historique 2013 ». Elle écrit actuellement la quatrième enquête de ses héros et un long-métrage.les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapilly

Sigolène Vinson : Avocate pendant sept ans au barreau de Paris, Sigolène Vinson décide de démissionner pour se consacrer à l’écriture. Elle a publié un premier roman chez Plon, J’ai déserté le pays de l’enfance. Elle est également co-auteur avec Philippe Kleinmann de deux romans policiers au Masque : Double Hélice et Bistouri Blues. Elle est aujourd’hui chroniqueuse à Charlie Hebdo. (Mandorisée là).

les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyRichard Contin : Concierge de son état et grand passionné de romans noirs, polars et autres thrillers. Il tient le blog Le concierge masqué (avec la participation des eXquisMen), dans lequel il interviewe des auteurs de polars et de thrillers. Il est le créateur du prix littéraire, Les Balais d’Or.

Mallock : Depuis toujours, Mallock écrit, peint, compose etles aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapilly photographie… Il fait partie des premiers photographes exposés au Grand Palais. C’est le point de départ d’une fructueuse carrière d’artiste freelance, DA et designer, rédacteur-concepteur et créateur de multiples textes et visuels contemporains, tant dans le domaine de la publicité que dans celui de l’art. En 2000, il expose à nouveau au Grand Palais dans le cadre du Salon de la figuration critique. Il reçoit le Prix stratégie du design, édite un CD et sort Les Visages de Dieu aux éditions du Seuil. Depuis, Mallock expose régulièrement son travail de peintre et de photographe. De 2009 à 2011, sortent deux thrillers et deux grands livres d’art : Moon, 200 derrières féminin (Éditions Blanche) puis Boob. En 2012, Mallock passe sous contrat avec Fleuve Noir et Pocket pour la sortie du Cimetière des Hirondelles et la réédition de ses thrillers dans des versions « Director’s cut ». En 2013, son personnage « le commissaire Amédée Mallock » devient international : Italie, UK, USA…

(Mandorisé là).

les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyFrédéric Rapilly : Breton vivant à Paris. Né en 1968. A écrit deux thrillers, Le Chant des Âmes et Le Chant du Diable, de préférence la nuit, au bout du monde, tout en fumant un cigare ou un cigarillo et en écoutant de l’électro ou de la pop. En prépare un troisième baptisé Dragon Noir dont il ne connaît pas encore l’histoire (mais c’est mieux pour le lecteur), et cogite sur un quatrième qui se passerait sur l’Ile de Pâques. Pratique le surf avec assiduité sinon avec talent. Ancien grand reporter, ancien DJ (a participé activement aux premières rave-parties), et même ancien juriste (spécialiste de Droit Communautaire). Actuellement rédacteur en chef adjoint d’un grand hebdomadaire télé avec un 7 dans son titre. Parle très mal le chinois, réapprend chaque année l’indonésien, et le thaïlandais avec la même méthode Assimil, et se fait régulièrement taper dessus en pratiquant un art martial baptisé le wing chun. A très bien connu Bono de U2 et les 2Be3.les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapilly

Frédéric Mars : À 40 ans et plusieurs poussières, Frédéric Mars a déjà publié plus d’une quarantaine de livres dans divers genres, dont six romans. Le dernier en date, Non Stop, est un thriller composé à la manière de la série 24 heures chrono. Certains ont été traduits dans plusieurs langues, notamment Le Livre du mal (Le Sang du Christ), un thriller historique dans la veine du Da Vinci Code. La plupart de ses ouvrages ont été repris au format poche aux éditions J’ai lu.

(Mandorisé là).

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les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyInterview :

Selon vous, dans cet exercice de style, qu’est ce qui est le plus difficile. De commencer, d’être au milieu ou de terminer l’histoire ?

Sigolène Vinson : Je trouve qu’être à la fin, c’est compliqué. Il ne faut trahir ni le style, ni l’idée de la personne qui a commencé.

Frédéric Mars : Moi, je pense exactement le contraire. J’étais à la fin aussi et ce qui m’a amusé, c’était de trahir, de prendre le contre-pied en tout cas. Tu as le choix d’être raccord ou de ne pas l’être.

Sigolène Vinson : J’ai tenté d’être raccord et j’ai eu peur de décevoir. Le texte est parti gore, j’ai continué très « sale ».

Frédéric Rapilly : Je n’avais jamais écrit de nouvelle, donc c’était nouveau pour moi. Au départ, j’ai voulu respecter, mais j’ai fini par tourner en rond pas mal de temps et à la fin, je me suis dit : « mais je l’emmerde, le premier qui a commencé ! ». Le deuxième pareil… et je me suis même dit que j’allais les baiser à la fin.

Frédéric Mars : Je suis d’accord. Il y a un peu une rébellion parce que tu sens que les précédents t’ont piégé le truc à mort. L’exercice est de savoir se dépatouiller avec le bordel des autres.

Frédéric Rapilly : Il y a aussi les histoires d’univers. Comme tout le monde, je ne savais pas qui avait écrit le début, mais je percevais bien quelqu’un qui connaissait bien le monde du polar. Moi, je ne suis pas dans le polar, mais plutôt dans le thriller. Il y avait un vocabulaire un peu Lino Ventura, Les tontons flingueurs et ce n’était pas du tout mon truc. Je me suis dit que j’allais flinguer tout ça.

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On essaie de s’adapter à l’histoire, mais est-ce qu’il faut s’adapter au style des précédents pour une meilleure cohérence ?

Odile Bouhier : Le style des deux d’avant m’a nourri. (Note de Mandor : j’étais le milieu et Odile à terminé la nouvelle). Il faut que cela soit un peu uniforme quand même.

Frédéric Rapilly : J’avais plus l’idée d’un problème de maths. Le nombre de cadavres à compter, comment trouver la solution, tout ça… J’avais l’impression d’être en Terminale et de faire un devoir. En fait, j’avais senti la jubilation du premier et sa jouissance d’avoir installé un univers.

Sigolène Vinson : Oui, voilà ! La jouissance des premiers à foutre dans la merde les suivants.

Mallock : (Ironique) Le but c’est d’emmerder les précédents. Pour être honnête, quand David Boidin m’a demandé de participer au projet, j’ai refusé plusieurs fois en invoquant un manque de temps. J’étais en train de terminer deux livres. Comme il a beaucoup insisté et que je l’aime bien, j’ai fini par accepter, mais je lui ai demandé de me mettre en premier, afin que je n’ai pas trop à réfléchir sur comment j’allais m’en sortir... j’ai préféré être celui qui emmerde les autres. J’ai conçu une histoire impossible à résoudre et carrément minée. Si j’avais été le deuxième ou le troisième, j’aurais eu l’intention de bien suivre le fil de l’histoire, sans trahir, moi monsieur Mars (rires).

Frédéric Mars : Espèce de tyran !

Odile Bouhier : Oui, le mot est lâché.

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Moi, j’étais au milieu. Je ne me demandais bien ce que la troisième personne allait inventer parce que même moi, je ne savais pas du tout comment l’histoire allait pouvoir se terminer…

Frédéric Rapilly : J’en ai parlé autour de moi et à mes proches. Je leur ai montré ce qu’à écrit le « salaud » avant moi et raconté ce qui devrait se passer dans la logique. Mais c’est chiant d’être logique. Pendant un mois, je n’arrivais pas à écrire. Lors d’un week-end chez mes beaux parents, je me suis enfermé et j’ai décidé d’intégrer mon univers à moi. J’ai balancé des escort boys, la Thaïlande… ça n’a rien à voir, mais du coup, je me suis senti plus à l’aise et c’est devenu rigolo.

les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyVous tous, vous avez écrit des romans. Avez-vous eu une crainte de ne pas être à la hauteur ?

Frédéric Mars : Quand on termine, la sensation est là qu’on ne maîtrise rien.  D’où l’envie de reprendre un peu le pouvoir sur les parties des deux autres. Cela provoque des ruptures stylistiques dans le texte, mais c’est aussi cela qui est drôle.

Frédéric Rapilly : Sur le site, j’avais déjà lu quelques nouvelles sans savoir que j’allais faire partie du recueil. Je les lisais par petits bouts, parfois je ne comprenais rien, mais ça me faisait marrer.

Odile Bouhier : J’ai accepté de participer à ce projet avec l’envie de m’amuser et j’ai trouvé l’exercice intéressant.

Mallock : Dès que l’on m’a répondu que j’étais en premier, le lendemain matin, j’ai commencé à écrire, à midi, j’ai envoyé le résultat. Vraiment, ça m’a beaucoup amusé de savoir que d’autres allaient devoir se débrouiller avec mes délires.

Frédéric Mars : C’est marrant ce que tu dis, parce que je pense qu’on a tous écrit dans l’urgence. Je ne pense pas  qu’un de nous ici présents a écrit sa partie pendant des jours et des jours. Du coup, ça donne beaucoup d’énergie aux textes, je trouve. Il y a un côté super spontané qui donne beaucoup de fraîcheur à ce projet littéraire.

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Est-ce qu’il y a un aspect compétitif quand on participe à ce genre de projet littéraire. Veut-on être meilleur que les autres ?

Frédéric Mars : Non. Il y a un côté « cour de récré ». On se dit qu’on va se lâcher et on écrit un peu comme ça vient. C’est agréable.

Odile Bouhier : C’est agréable, mais moi, j’ai quand même eu peur de flinguer les textes des deux précédents.

les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapillyFrédéric Rapilly : J’étais content de tenter l’expérience. Et puis surtout, il y a avait quelque chose de symbolique. Je me suis dit que j’étais accepté dans la famille du polar. 

Odile Bouhier : Moi aussi, ça m'a honorée. Mais vraiment.

Sigolène Vinson : Moi, pareil, je n’ai jamais écrit de polar seule, mais à deux mains…

Frédéric Rapilly : Ce qu’il y a de marrant, c’est de voir qu’il y avait des auteurs de polars, des auteurs pas spécialisés dans ce genre, des non-auteurs.

Frédéric Mars : Du coup, c’est bien parce qu’il n’y a pas le côté clan. C’est un livre qui s’ouvre à la diversité.

Frédéric Rapilly : Ça ne fait pas longtemps que j’écris, mais du coup, j’ai l’impression que le milieu du polar et du thriller est assez accueillant.

Frédéric Mars : Euh… les vieilles familles de polar ne sont pas si accueillantes que cela.

Saviez-vous, tous autour de cette table, que le concierge masqué est inspiré d’un vrai concierge ? Richard Courtin est avec nous. les aventures du concierge masqué,richard contin,sigolène vinson,odile bouhier,mallock,frédéric rapilly

Richard Courtin : Je suis gardien d’immeuble, pas loin d’ici et je tiens le blog Le concierge masqué. David Boidin, des eXquisMen m’a demandé si je connaissais une association à qui pourrait revenir les droits du livre. Je lui ai dit l’APCH (l’association des Pancréatites Chroniques Héréditaires). Cette maladie, que j’ai, concerne le pancréas. C’est un gène qui est déficient et qui touche les enfants principalement. Nous ne devons qu’être deux trois adultes à l’avoir, dont mon père et moi. Pas de chance !

Frédéric Mars : Ça se résorbe ?

Richard Courtin : Non, le pancréas fatigue et à 18 ans, les gens touchés deviennent diabétiques parce que le pancréas ne fonctionne plus. Mais entre temps, tu fais des crises de pancréatite à répétition. Pour l’instant, il y a aucun remède. Il n’y a que la morphine pour atténuer la souffrance.

Frédéric Mars : Si je comprends bien, vous n’êtes pas assez nombreux pour intéresser la recherche.

Richard Courtin : c’est tout à fait ça. En ce moment, il y a un grand professeur, le professeur Lévy, qui fait des recherches sur des vitamines. On a découvert que certaines vitamines pouvaient empêcher certaines crises. On garde l’espoir…

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Merci à Armelle Malavallon-Carlier qui a su bien motiver ses troupes. Nous les auteurs. En ce qui me concerne, on ne peut pas dire que je me sois distingué par ma rapidité pour rendre ma copie… j’ai été impressionné par son calme olympien. Merci aux trois autres eXquisMen, Maxime Gillio, David Boidin et Benjamin Berdeaux (voir photo ci-dessous, au salon du livre de Paris en mars 2012). Ils réalisent un travail qui force le respect.

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28 mars 2013

Mallock : interview pour Le cimetière des hirondelles

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Jean-Denis Bruet-Ferreol, dit Mallock, a sorti il y a quelques semaines (le 10 janvier dernier) un thriller proprement hallucinant, Le cimetière des hirondelles (Fleuve Noir) Pour la troisième fois, Mallock, que je considère comme l’un des meilleurs auteurs français de thriller, est mandorisé (la première ici, pour Le Massacre des innocents et la deuxième , pour Les visages de Dieu). Encore une fois, je ne comprends pas le silence qu’il y a autour de lui, mais bon. Disons, qu’on ne peut pas dire qu’en France, on passe notre temps à chercher les nouveaux talents. Bref, je me comprends.

9782265097469.JPG4e de couverture :

Je l'ai tué parce qu'il m'avait tué... C'est l'unique réponse qu'obtient le commissaire Mallock lorsqu'il interroge Manuel Gemoni, homme honnête et sans histoire, parti un matin à l'autre bout du monde pour assassiner un vieillard qu'il ne connaissait même pas.

Que s'est-il passé dans la tête ou dans la vie de ce jeune papa, professeur d'université, étranger à toute forme de violence ? À quoi bon, pour Amédée Mallock, persister à mener cette enquête alors même que l'on sait avec certitude que Manuel est coupable ? Et comment parvenir à l'impossible : l'innocenter ?

Aux confins du possible, entre l'humidité hostile d'une jungle tropicale et un Paris englouti sous la neige, on retrouve dans Le Cimetière des hirondelles579049_513396472039470_116507667_n.jpg Amédée Mallock, commissaire visionnaire qui, bien que misanthrope, n'a jamais cessé de lutter contre l'iniquité foudroyante du monde...

L’auteur :

Jean-Denis Bruet-Ferreol, qui se cache sous le pseudonyme de MALLOCK (nom de famille du commissaire de sa série de thrillers littéraires) a passé 20 ans dans le milieu de la publicité. Il est peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et, bien entendu et avant tout, écrivain. Depuis 2000, il ne se consacre plus qu'à sa carrière de peintre numérique au travers d'expos et d'édition de livres d'art, et à celle d'écrivain, notamment de romans policiers.

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Interview :

Tes romans vont être traduits dans de nombreux pays… et en France toujours pas de notoriété conséquente. Je t’ai toujours dit qu’elle viendra par les autres pays. La France suivra après.

En ce moment, il y a plein de gens qui pourraient jouer les découvreurs. Des gens qui ont de l’influence, mais non, ils parlent toujours des mêmes. Ce n’est pas de l’aigreur d’en avoir marre de lire ou de voir chaque année les mêmes auteurs, les 10 premiers, Nothomb et compagnie. Les journalistes font des articles sur les meilleures ventes actuelles. Ont-ils besoin que l’on parle d’eux ? Pour un journaliste littéraire, c’est absurde comme métier s’ils ne cherchent pas à découvrir les nouveaux talents.

Tes précédents ressortent chez Fleuve Noir.

Mon but, c’est de ressortir Le massacre des Innocents en grand format, dans une version que j’ai retravaillée cet été. Tous ceux qui l’ont lu dans sa première version m’en parlent encore. Il s’est vendu à un peu plus de 1000 exemplaires, c’est un peu comme s’il n’était pas sorti. Dans le même temps, Les visages de dieu ressortirait en Pocket. J’attends leur accord là-dessus, mais cela me semble très logique. Si ce n’est pas fait dans ce sens-là, ce sera le bordel.

DSC07267.JPGTu écris sous le nom de ton personnage, Mallock.

Ça amuse les gens. Mais ce n’est pas la première fois. San Antonio,  par exemple, est le cas le plus connu. Je m’appelle Mallock et mon héros s’appelle le commissaire Amédée Mallock. Quelque part, j’essaie de faire une distanciation, mais ça ne marche pas, les gens m’appellent Amédée. Ça donne un rapport affectueux avec les gens que je rencontre, je trouve.

Même moi, je t’appelle ainsi alors qu’on se connait dans la vie. Je ne t’appelle jamais Jean-Denis.

Ah bon ? Je n’ai pas fait attention. Plus ça va, moins je mets de distance réelle entre les qualités et les défauts de mon personnage et moi-même. Il réagit comme moi, si ce n’est que je lui donne des compétences de policiers que je suis loin d’avoir.

Tu bois moins d’alcool et tu fumes moins que lui ?

Oui. Maintenant. Avant, j’étais pire que lui. Aujourd’hui, il m’a rattrapé.

Tu prenais des trucs bizarres, qui rendent heureux, si tu vois ce que je veux dire ?

Non, je n’en ai jamais pris.

Amédée Mallock, c’est ce qui lui permet d’avoir des visions.45808_501837599862024_1608850208_n.jpg

Moi, je n’ai jamais eu besoin de ça. J’ai l’impression d’être tombé dans l’opium quand j’étais petit. Mon imagination est débordante et elle part dans tous les sens. Je n’ai pas besoin de substance pour être complètement chtarbé. L,

Mais, tu as des visions aussi ?

Ce ne sont pas vraiment des visions. C’est une forme de raisonnement qui te permet d’arriver à un résultat qui peut paraître magique aux autres. Mais, c’est juste l’habitude que tu as eue de réfléchir, de synthétiser d’une certaine façon. Et il est certain aussi que quand tu es bloqué, un peu d’alcool te débloque. C’est évident pour l’écriture.

Cette technique d’analyse que tu as, cet esprit de synthèse ne te viendraient-ils pas de la pub, univers dans lequel tu as traîné tes guêtres pendant plus de 20 ans ?

Si, c’est une évidence. Je voulais être indépendant, je me suis donc mis freelance et par la même occasion en danger. Pour réussir, il fallait que je sois meilleur que les équipes internes, du coup, on m’appelait en renfort et on me demandait de trouver un truc que les gens n’avaient pas trouvé. Au début, j’avais des techniques… tableaux sémantiques, des machins, des bidules et après, petit à petit, c’est devenu naturel. Quand on me demandait un logo ou un slogan, le temps qu’on me les demande, je les avais déjà en tête. C’est une mécanique.

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Le cimetière des hirondelles est certainement ton roman le plus surnaturel.

Manuel Gemoni traverse le monde parce qu’il a aperçu à la télévision un visage. Cette personne-là, il a l’envie irrépressible de la massacrer. Il ne sait pas pourquoi. Il essaie de penser à autre chose, mais il ne peut pas. Il va tout faire pour identifier sur une vidéo le lieu où ça se passe. Dès qu’il le sait, il quitte femme et enfant, va à Saint-Domingue et n’aura de cesse de vouloir l’assassiner. Aux policiers qui viennent l’arrêter, il va leur dire : « je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ». Le roman va consister à prouver la parfaite véracité de cette phrase énigmatique.

Ce Manuel Gemoni est le frère de Julie, une des principales collaboratrices du commissaire Mallock.

C’est ce qui justifie que Mallock daigne sortir de chez lui. C’est un gros ours qui, habituellement, n’aime pas du tout voyager, qui aime bien son confort, qui aime bien sa caverne et tous les joujoux qu’il a dedans qui lui permet de ne pas trop angoisser. Le fait de partir, ça lui fait toujours très peur.

64363_515771195135331_1453257420_n.jpgPourquoi aimes-tu ajouter du surnaturel ?

Quand j’étais jeune, vers 18 ans, j’allais dans une librairie et j’achetais tous les livres de la collection Présence du Futur. Il y avait Asimov, Bradbury, Lovecraft et K. Dick. Ce n’était pas seulement de la science-fiction, il y a avait de la poésie et de la fantasy. J’ai l’impression que dans le label « thriller », on trouve aujourd’hui cette même largeur d’esprit. Dans ce que j’écris, le thriller me permet de toucher le fantastique. Le fantastique étant l’hésitation entre l’étrange et le merveilleux. A la fin de mes romans, tu le sais, il y a toujours le rationnel qui arrive.

Tu adores balader le lecteur là où il ne s’y attend pas.

C’est même une forme de sadisme. J’y pense parfois en écrivant. J’aime bien faire quelques entourloupes aux lecteurs.

Ce livre est dédié à ton oncle, Jean-François Lafitte.

Oui, il est mort à la guerre à l’âge de 24 ans en 1940. Je me suis inspiré de lui pour le personnage essentiel de ce roman, mais dont je ne peux pas parler là. Mon oncle n’a pas voulu se rendre. Il était blessé à la jambe. Il a dit : « un officier français ne se rend pas ». Il n’a pas eu le temps de finir sa phrase qu’il a reçu une balle dans la tête. Cet homme était un écrivain, un pianiste, un type super joyeux qui faisait rire tout le monde.

Tu as retrouvé des manuscrits de lui ?

Oui, c’est horrible. J’ai retrouvé des lettres et des cartes. Quand on ne sait pas que c’est lui, on reconnait mon écriture et ma façon de parler. Mon fils est tombé dessus un jour, il m’a demandé si c’était moi qui avais écrit.

Tu es peut-être sa réincarnation.

En tout cas, je suis la réincarnation sentimentale de Jean-François. Quand je voyais des gens qui l’avaient connu, ma mère, ma tante, des amis, ils me regardaient et une fois sur 10, ils se mettaient à pleurer.

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Pour finir, c’est quoi pour toi la noblesse de l’écriture ?

Faire voyager, raconter une histoire et passionner son lecteur. Ne pas se contenter d’un scénario déjà écrit, mais de lui faire cadeau d’un conte, un conte merveilleux, un conte que personne n’a encore jamais raconté. Il faut raconter son histoire dans une forme littéraire respectueuse de la langue. C’est très difficile d’équilibrer la forme et le fond. Moi, j’ai un orgueil d’écrivain, je le reconnais volontiers.

Dans ton prochain roman, tu nous fais voyager dans le temps.

Il se déroule sur 6 siècles. Je vais jusqu’au 14esiècle. Il devrait s’appeler Cœur corneille. C’est sur un tueur en série qui coupe et découpe tout ce qui dépasse et ce qui n’est pas important. Mais j’en ai un autre qui s’appellerait Lunatic Tango qui sortirait avant. Pour l’instant, je ne peux rien dire de plus…

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Pour en savoir plus... une interview filmée.