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29 juillet 2016

Maissiat : interview pour Grand Amour

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(Photo : Frank Loriou)

Avec ce deuxième album Maissiat devient une artiste incontournable de la grande et belle chanson française. En signant Grand Amour, elle nous propose une pop intelligente et soignée. Maissiat, au remarquable sens de la mélodie, souhaite « parvenir à allier un certain respect du patrimoine de la grande chanson française mais y faire intégrer par petites touches subtiles de vrais traits d'innovation ». Elle y réussit parfaitement.

Le 30 juin dernier, je suis allé la retrouver dans un salon de son label pour une deuxième mandorisation (la première est là).

Biographie officielle (mais très écourtée) :
Il y a trois ans apparaissait sur le devant de la scène la silhouette longiligne d’une jeune femme portant un chapeau, dont la présence magnétique, on l’avait aussitôt compris, allait nous accompagner pour longtemps. Maissiat qui évoquait dès son premier essai les artistes majeurs d’hier était accueillie à bras ouverts par ceux d’aujourd’hui : une véritable révélation.
Depuis elle a ouvert son horizon en grand pour livrer un nouveau disque éblouissant, qui la rend désormais incomparable.

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorGrand Amour est une déclaration poignante livrée du plus profond d’elle-même, un splendide hommage qui l’impose comme une artiste essentielle, chef de file d’une nouvelle pop française. Livré en dix chapitres d'une histoire bouleversante, tous ceux qui connaissent l’amour pourront s'y reconnaître, tous ceux qui ne le connaissent pas encore en guetteront les signes.

Et la musique des origines revient : celle de la grande pop française ambitieuse, de Daho, Sheller, Sanson, celle des Auteurs-Compositeurs-Interprètes, qui font de leurs chansons le journal de bord de leur vie. 

Ces dix portraits de l’amour, ces dix études intimes nées sur le grand piano blanc sont devenues un disque de la main même de Maissiat qui en signe la presque totalité des arrangements et de la production.
Après ce long travail en solitaire, elle s’entoure de compagnons précieux. Au générique : Jean-Louis Piérot, architecte de la Pop française auprès des maîtres Daho ou Bashung pour des sessions instrumentales, Katel (mandorisée récemment là) partenaire inséparable et guide vocal idéal pour donner tout le temps à l’essentiel, le chant, encore une fois sublime, Yann Arnaud, pour sa science du mixage.

Et nos oreilles sont ravies de redevenir, à l’écoute de ces dix nouvelles pépites, le plus sûr chemin vers notre cœur amoureux.

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(Photo : Frank Loriou)

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorInterview :

Il est de notoriété publique que le deuxième album est le plus attendu/difficile d’une carrière naissante. Je trouve que vous avez pris un virage, mais en douceur.

Hier soir, je suis allée chez une fleuriste pour offrir une plante à quelqu’un. Je lui dis : « j’aurais dû prendre un cache pot ». La fleuriste me répond  que,  par contre, elle n’a pas la taille qui correspond à la plante que j’ai choisie. Elle me dit : « Sachez juste que lorsque vous rempotez une plante, il ne faut pas la mettre dans une surface trop grande d’un coup, elle risque d’être déstabilisée. Il faut y aller doucement, étape par étape. » Je la regarde et lui réponds : « comme dans la vie ! »

Je comprends l’image.

Oui, j’ai pris un virage en douceur, parce que j’en étais capable à ce moment-là. J’avais envie de ça. Quand je compose et que j’écris, tout me vient naturellement. Bien sûr, je retravaille les chansons, mais leur arrivée est spontanée. Je touche du bois parce que j’aimerais que cela continue à se passer ainsi.

Vous êtes en train de me dire qu’il n’y a pas de calcul.

Exactement, mes chansons sortent comme ça. Quand j’ai commencé à en maquetter quatre ou cinq, j’ai réécouté et je me suis dit que j’avais presque la moitié de mon disque et que ça parlait beaucoup d’amour. J’ai continué sur cette voie.

Clip de "Avril". Réalisation : wxy (Yann Orhan/ Jérôme Witz). Production : Slo Slo.

Le premier album parlait beaucoup d’amour également.

Oui, on aurait déjà pu l’appeler Grand Amour. Dans ce deuxième album, je suis allée un peu plus loin. Je me suis amusée à aller au bout du geste. J’ai pris un microscope et j’en ai fait un sujet d’étude.

L’amour sous toutes ses formes, mais en changeant d’angle à chaque chanson.

Oui, et des états d’amours différents. Je crois pouvoir dire que chacun peut se reconnaître dans au moins une petite facette de chaque prisme.

Vous n’avez pas travaillé de la même façon pour Grand Amour et Tropiques ?

Pour ce deuxième disque, je suis allée plus loin dans les maquettes. Pour Tropiques, quand j’ai fait écouter les titres à Katel, il y avait eu une étape réelle d’épure des arrangements, de travail sur la voix. Quand nous écoutions des maquettes, nous écoutions des maquettes. Là, quand j’ai fini les 14 chansons et que j’ai fait écouter ça à mon équipe, on entendait un disque presque terminé. Je le répète, cette fois-ci, mes chansons sont venues naturellement et en douceur.

maissiat,grand amour,interview,katel,mandorSur le premier album, c’est Katel qui vous a fait travailler l’épure. Même si vous n’avez pas travaillé de la même façon sur le deuxième, vous êtes-vous servie de ce qu’elle vous avait appris ?

Oui, bien sûr. Ça s’appelle l’échange avec quelqu’un, l’apprentissage et l’expérience. Je peux avoir les mêmes difficultés pendant des années, par contre, une fois que je pointe l’endroit et que l’on m’apprend comment faire, j’apprends très vite. J’essaie toujours d’évoluer, de passer des étapes, alors je fais très attention à ce que l’on m’inculque. Pour revenir à Katel, c’est quelqu’un avec qui j’échange en permanence. Pour ce deuxième disque, elle a enregistré les voix, beaucoup de chœurs, mais elle a été là tout le temps. Même quand j’étais avec Jean-Louis Piérot, Yann Arnaud et mon éditeur au mix, elle était là.

Chacun donne son avis ?

Pas tout le monde. Pas trop de monde. Mais j’aime bien que l’on me dise ce qui ne va pas. Je choisi les gens avec qui je travaille. Ce sont des gens qui vont pouvoir me faire violence à tel ou tel endroit.

Clip de "La traque". Réalisation : Robi.

Vous avez l’envie d’avoir un peu plus la main mise sur tout ?

Ce n’est pas une envie, je l’ai fait. C’est spontané.  Que les choses se fassent naturellement laissent beaucoup de place à ce qui est important, c’est-à-dire à la musique, aux textes, aux mélodies et aux arrangements.

En le préparant, vous saviez que cet album était très attendu ?

Un peu, parce qu’on n’est pas aveugle. Je travaille avec une équipe, je suis dans une maison de disque. J’ai une manageuse, un tourneur, un éditeur, je sais pourquoi j’ai autant de gens autour de moi et je sais qu’on est tous là à travailler à la construction d’un projet. Mais moi aussi je l’ai attendu ce disque. J’avais même un gros appétit de ce disque. L’appétit est une notion que j’aime à développer en parlant de musique. Ce n’est pas l’urgence d’écrire, même s’il y en a beaucoup (et surtout dans ce disque), mais c’est appétissant. Quand on dit qu’on attend quelqu’un, on a faim, on est en désir de ça.

Vous « pensez » beaucoup un disque avant de le commencer ?

Oui,  mais quand je dis, je le pense, ça ne veut pas dire « je pense à moi en train de faire un disque ».

Il y a une grande nuance.

Pour échanger beaucoup avec des personnes qui font le même métier que moi, ou des dérivés de ce métier, je peux vous dire qu’il y a une grande nuance. Parfois, sur scène on voit des artistes se regarder chanter ou qui chante tout court. Je trouve que le détachement de soi ou se remettre à la bonne place est primordial. Quand on parle de se recentrer, ça ne veut pas dire se regarder le nombril. C’est retrouver un axe, une colonne qui permet que ça circule, que ce soit fluide, qui permet des variations, des mouvements, mais pas de sursoi.

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Maissiat, invité dans une émission de radio par Françoise Hardy, à qui elle est souvent comparée.

Je suis sûr que ce disque deviendra un classique de la chanson française et qu’un jour, on dira La Maissiat comme on disait La Barbara.

C’est gentil. Si je pouvais, j’aimerais faire ce métier toute ma vie. J’aimerais être toujours aussi bien entourée et pouvoir en vivre le plus longtemps possible.

Et devenir une référence ? Non, parce qu’on parle toujours de Brel, Brassens, Ferré, Barbara…

J’ai un immense respect pour tous ces gens, mais il est temps qu’on renouvelle le cheptel (rires). J’ai eu une conversation récente sur ce sujet avec les chanteuses, Robi, Céline Ollivier et Emilie Marsh. C’était une fin de soirée et nous nous demandions pourquoi, en 2016, on ne passe pas à autre chose, pourquoi il n’y a pas de nouveaux référents.

Il y en a chez les hommes par exemple. De jeunes artistes me citent souvent Dominique A comme référence, par exemple.

Toutes les trois, nous nous disions que dès qu’on est en opposition, en position de pouvoir ou de domination, on est dans une virilité. Il n’y a pas d’autre mot pour le dire. Et la virilité nous fait penser au masculin.

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Pendant l'interview...

Dans Grand Amour, il y a des chansons que l’on peut prendre de différentes manières. « Hypnos » maissiat,grand amour,interview,katel,mandorparle de votre grand-mère qui a eu la maladie d’Alzheimer pendant dix ans, alors que je n’avais pas du tout compris cela.

Je suis surpris par les sens que peuvent prendre une expression. On projette sa propre projection dans les mots et dans la personne qui l’interprète. Concernant cette chanson, plusieurs personnes m’ont parlé du mariage pour tous à cause de la phrase « je rêve d’une femme dont je porte le nom ». Cette phrase est liée au fait que je porte le nom de ma grand-mère… mais j’ai bien aimé qu’il y ait cet autre sens-là.

Les artistes sont des machines à rêver. Etes-vous d’accord ?

Je passe beaucoup de mon temps à observer, à être dans un métier de spectatrice. J’observe les gens seuls ou en groupe, les situations. Je note ce que je vois et j’emmagasine tout un tas de scènes. Un des rôles des artistes c’est d’avoir un temps imparti pour cela et de s’en servir de la meilleure façon possible. Je considère qu’une bonne partie de mon temps doit être consacré à cette observation et que ce n’est pas donné à tout le monde. J’essaie d’arriver à dire en musique et en mots, de manière concise, des émotions, souvent fortes, des états d’âmes, des constats. J’essaie de trouver le chemin le plus juste pour viser au plus juste.

Qu’est-ce qui vous touche dans le fait d’être une artiste ?

Au-delà de faire du bien et de procurer des sensations quand les gens viennent me voir sur scène ou quand ils écoutent mes disques, c’est de sentir qu’à un moment, j’ai accompli un geste ou un acte qui m’est propre et d’être au service, d’être dans le don et enfin… d’être d’utilité public.

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A la l'issue de l'interview, le 30 juin 2016.

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04 avril 2013

Maissiat : interview pour son album Tropiques

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Récemment, lors de la finale du Prix Georges Moustaki 2013. Discussion entre deux membres du jury avant délibération. Dans ce contexte, évidemment, on parle « chanson française ».

Lui :

-Sinon, que penses-tu de Maissiat ?

Moi :

-Encore elle ? Écoute, je ne comprends pas le raffut que l’on fait autour d’elle. Non, vraiment, je ne vois pas ce qu’on lui trouve d’exceptionnel. C’est sympa, mais sans plus.

-Tu as écouté ?

-Oui. Une fois, rapidement. Mais, tu sais, je suis un peu allergique aux gens dont tout le monde parle comme de la perle du moment…

-Ah bon ! Je te comprends, mais tu devrais un peu insister, sans a priori…

-Toi, visiblement, tu aimes beaucoup.

-Oui, je suis son chef de projet.

Voilà. J’ai fait comme si je n’étais pas gêné. Comme si j’assumais mes propos.

Alors que non. Pas un instant. Je lutte depuis des années contre les a priori. Parfois, je tombe dedans. Et j'ai honte.

maissiat,tropiques,interview,mandorJe suis rentré chez moi. J’ai réécouté Tropiques et j’en compris l’enthousiasme général. Ce disque est beau. Tout simplement. Et je l’ai réécouté. Et j’ai trouvé qu’il était même hypnotisant. Aujourd’hui, avec l’album d’Arman Méliès, c’est le disque français que j’écoute le plus.

Il n’y a que les imbéciles…

Le 27 mars dernier, quelques jours avant son Café de la Danse (ce soir, le 4 avril), j’ai poussé le vice jusqu’à lui demander de venir à l’agence. Pour lui avouer tout ça et puis surtout pour la connaître mieux. (Un grand merci à Patricia Teglia pour ce rendez-vous calé du jour au lendemain).

Extraits de sa biographie officielle :maissiat,tropiques,interview,mandor

La musique de Maissiat prend racine dans une pop raffinée qui donne à la noirceur les atours de la sensualité. On y plonge, ravis du sortilège, sûrs d'en revenir pour mieux y retourner.

Une musique généreuse dans ses appels comme dans la liberté qu'elle offre à qui veut se laisser prendre : ici la voix ondule, se fait plusieurs, parle grave ou s'envole très haut ; ici le texte s'éclate en possibles, se resserre crûment, se floute à nouveau.

L'écrin est fait de pianos qui s'enlacent et se parlent, de rythmiques profondes et alanguies qui s'excitent et deviennent épileptiques, de claviers qui soufflent le froid et le chaud.

" C'est beau ! " Comme ce qui nous semble intime et lointain, comme ce qui vient résonner au fond de nous avec la force de l'insaisissable.

maissiat,tropiques,interview,mandorInterview:

Vous n’avez pas spécialement vécu dans un milieu musical.

Je n’ai pas eu d’éducation musicale en fait. Artistiquement, c’était le grand vide de ce côté-là à la maison. En cherchant un peu, j’ai bien eu un grand-père paternel friand de poésies, mais c’est le seul dans la famille qui avait un atome crochu avec un art. Par contre, depuis l’âge de 6 ans, j’ai toujours voulu faire ce métier. Peut-être qu’inconsciemment, j’ai pallié à un manque, à un vide.

Mais votre mère avait une guitare.

Elle a toujours été là et je ne l’ai jamais vu s’en servir. Mais, c’est grâce à elle que le piano est arrivé à la maison. Petit à petit, je me suis mise à l’apprentissage de cet instrument.

Quand à 6 ans, on décide que la musique va devenir sa vie, on fait quoi ?

J’ai suivi des cours de piano à l’âge de 11 ans, pendant 3 ans. Ce n’était pas le conservatoire, je pratiquais plus comme du loisir. Je chantonnais, j’avais des chansonnettes dans la tête. Je suis fille unique et lorsque nous partions en vacances avec mes parents, je me rappelle avoir eu des moments de solitude, m’être baladée sur les rochers, faire ma vie dans ma tête… j’avais déjà un fort imaginaire.

"Le départ"

Vous avez fait des études autres que musicales.

J’ai fait une école d’attachée de presse, l’EFAP, et j’ai eu mon diplôme. À 21 ans, j’ai travaillé à Lyon dans une boite de prod télé et ciné régionale. J’étais en stage et je m’entendais très bien avec le patron de cette boite, La compagnie Lyonnaise de Cinéma. Il m’a proposé au bout d’un an d’être en CDI et de devenir  assistante de direction en plus d’être chargée de com. Quand il m’a proposé tout ça, j’ai eu un déclic. Je me suis dit « non » parce que si j’acceptais ça, je me projetais dans 10 ans et j’allais y être encore. Ce n’était pas la vie dont je rêvais. Je l’ai remercié de sa confiance et j’ai démissionné.

Ensuite, vous avez cherché des musiciens.

J’ai joué avec d’autres musiciens à St Étienne. En 2005, je connaissais la musique du groupe Subway. J’aimais beaucoup à l’époque et j’apprends que leur chanteuse s’en va. Samantha Julien, la batteuse me contacte pour que je fasse des essais pour remplacer Séverine. Et j’ai intégré le groupe. J’y suis restée 4 ans.

C’était un groupe beaucoup plus rock que ce que vous faites en solo dans ce premier album.

Oui, mais c’est ce que j’aimais quand j’avais 23 ans. J’étais pleine d’envie en arrivant dans ce groupe et la forme rock me permettait d’expulser, de sortir de moi-même, de me déchainer…

Pourquoi avez-vous quitté le groupe ?

C’est le besoin d’évoluer musicalement, d’être curieuse d’autres sons. Je n’avais plus la même émulation, alors que j’en ai besoin en permanence pour travailler et bien faire les choses. Donc, je suis partie.

"Trésor"

On sent dans ce premier album, Tropiques, que vous avez des goûts musicaux variés.

Oui, j’ai une face plus obscure et une face plus claire et tout ça fait l’identité musicale d’une personne. Je suis revenue au piano pour cet album et rien ne dit que je ne repasserai pas à la guitare sur le prochain.

Chaque année, il y a toujours un ou deux albums français dont tout le monde parle en des termes dithyrambiques. C’est le cas de Tropiques.

Ce disque, ce n’est pas que j’en suis fier, mais je me sens bien avec lui. Je me sens à l’aise d’en parler, de le défendre devant la presse ou devant un public. 

Il a été fait avec la collaboration de Katel.

Entre nous, il y a eu une grande confiance mutuelle dès le départ. On a vraiment choisi de travailler ensemble. Je l’avais vu en interview à la sortie de son album Décorum en 2010. J’avais rarement entendu quelqu’un parler de musique de manière aussi brillante. Je ne la connaissais pas du tout à l’époque. Je trouvais que son esprit était fin. Son discours était clairvoyant et lumineux. Je suis allée écouter sa musique, puis je suis allée la voir en concert. À cette époque, j’avais déjà des brouillons, des maquettes… et voilà. Elle a fait un travail considérable sur le disque. Je suis arrivée avec la matière, avec tous les titres et plus qu’il y en a dans l’album…

"Les fins de nuit" (Showcase privé de Maissiat à IVRY le 21 février 2013)

Oui, là, c’est le best of finalement.

Voilà (rires). Mes arrangements étaient trop « arrangés » justement et elle est allée dans l’épure de tout ça. Elle à l’art d’aller à l’essentiel. Katel a été force de proposition sur ce disque et je pense que c’est ce qui lui donne sa patte et son caractère. J’avais besoin de quelqu’un qui me fasse accoucher de quelque chose que je sais déjà, mais que je ne sais pas encore… c’est pour ça que je parle de finalité. Entre le chemin A où je commence à faire mes brouillons et Z, où on est en sortie d’album. À mi-chemin jusqu’au point final, on est en plein dedans : faire sortir les choses de soi. Il y a des arrangements en moins, la voix n’est pas la même et du coup, on ne l’écoute pas de la même manière… c’est ça et bien plus que j’ai trouvé en travaillant avec Katel.

Je sais que vous n’aimez pas trop travailler seule.

Je travaille seule jusqu’à un certain point. Après, j’estime que pour aller au bout de quelque chose, j’ai besoin des autres. Oui, l’idée de travailler seule complètement n’est pas envisageable pour moi. Je fais ce que j’estime savoir faire et quand j’arrive au bout de ça, je sens qu’il faut que des personnes viennent apporter un savoir que je n’ai pas.

Quand j’ai écouté votre album la première fois, je ne suis pas rentré directement dans le disque.  Je ne comprenais d’ailleurs pas ce que mes collègues lui trouvaient de si intéressant. Ensuite, j’ai réécouté et j’ai compris. Plus on l’écoute, plus on l’aime.

Je vous comprends, moi quand j’entends trop parler d’un film, bizarrement, je finis par ne pas aller le voir. Sinon, que mon disque ne soit pas simple d’accès ou « évident » à la première écoute, tant mieux ! J’aime bien les personnalités, musicales ou non, vers lesquelles je vais pouvoir aller creuser, où tout n’est pas dit dès la première rencontre. J’aime bien découvrir les couches, les sous-couches, toutes les strates de quelqu’un. C’est pareil pour les chansons.

"Jaguar" (par Le Cargo)

La comparaison avec Françoise Hardy pour la voix et Alain Bashung pour les textes, vous le prenez comment.

Françoise Hardy, je peux le comprendre, parce que la ressemblance est là. Il y a quelque chose de commun entre nos deux voix, je ne peux pas le nier. J’aime beaucoup les albums de Françoise Hardy, plus anciens. J’ai écouté l’album Gin Tonic quand j’ai composé Tropiques. Quant à Bashung, je lui voue un respect et une admiration musicale totale, donc, que l’on me compare à lui, c’est presque gênant. Je n’ai pas la prétention d’être à son niveau. En écoutant mon disque, que l’on puisse penser à ça, alors tant mieux. Je ne peux que le prendre bien puisque je suis sensible à ce qu’il a fait. Il y a un titre, « Jaguar » qui pourrait éventuellement, dans l’ambiance et par les arrangements, faire penser à des chansons de Bashung.

On ne dit que du bien du disque… vous êtes étonnée, touchée ?

Je ne suis pas du genre à m’emballer. Je suis consciente de ce que je fais, de ce qu’il se passe, de ce qu’il se dit autour de l’album, mais il faut raison garder. J’arrive enfin, avec les années, à être contente, heureuse, de ce qu’il se passe. J’essaie d’être bien et centrée au maximum pour faire ce que j’ai envie de faire.

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maissiat,tropiques,interview,mandorVotre album est mélancolique, mais pas triste.

Je suis fière et contente de cette idée-là.  On parlait de Katel tout à l’heure, je pense qu’elle y est pour beaucoup. C’est vite fait de tomber dans le pathos. Suivant les arrangements qu’on place dans un titre, suivant les mots qu’on emploie et la manière dont on chante, je peux vous garantir qu’un des ingrédients peut changer beaucoup de choses. Il suffit de peu pour que cela devienne trop. Je m’en fous d’être triste, ce n’est pas le problème, mais je ne le suis pas tout le temps et c’est album ne l’est pas.

Quand on écrit une chanson, elle est perçue différemment par les gens qui l’écoutent.

Ce qui est fascinant, c’est de voir la vie d’une chanson. D’où ça vient et jusqu’où ça va. Je me rends compte que je parle parfois des chansons comme je parle de personnes. Ça prend vie, ça prend forme, ça devient mature, c’est sur un disque, ça devient plus formel.

Vous avez un sentiment de dépossession quand les chansons sont sur un disque.

Non, j’ai l’impression qu’elles prennent leur envol. C’est comme un adolescent qui partirait de chez ses parents pour faire sa vie. Mais, comme vous dites, je trouve ça fascinant la perception et l’accueil qu’une chanson peut avoir.

Un artiste déclenche des émotions. C’est une grande responsabilité.

C’est ça notre métier, tout à fait. Déclencher des émotions. C’est mon rôle d’être spectatrice, d’observer et d’en tirer quelque chose qui déclenche quelque chose chez les gens qui m’écoutent.

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