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03 mars 2017

Magyd Cherfi : interview pour l'album Catégorie Reine

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Pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de mars 2017), j’ai interviewé Magyd Cherfi. Ce n’était pas la première fois (voir là en 2007, ici en 2012 et encore là récemment en 2015 et pas tout seul).

Le 6 février dernier, je suis allé à sa rencontre dans une péniche restaurant, La Nouvelle Seine, qui fait aussi office de salle de spectacle. Voici la substantifique moelle de notre interview…

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Le premier clip tiré de l'album Catégorie Reine, "Ayo".

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Après l'interview, le 6 février 2017, sur la péniche La Nouvelle Seine.

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20 février 2015

Art Mengo, Magyd Cherfi, Yvan Cujious: interview pour le Toulouse Con Tour

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toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorHier soir, je suis allé au Café de la Danse pour assister au Toulouse Con Tour. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris autant de plaisir lors d’un concert.

Jubilatoire !

Le 28 janvier dernier, Art Mengo (mandorisé là), Magyd Cherfi (mandorisé ici) et Yvan Cujious, les trois protagonistes toulousains de ce projet vraiment enthousiasmant, de passage à Paris, m’ont accordé une heure de leur temps… et nous ne nous sommes pas ennuyés.

Argumentaire officiel :toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan Cujious, chanteur, pianiste, trompettiste, joueur de mots à l'humour décalé, aime sa ville, Toulouse, son rouge et noir et ses artistes du cru qui font vibrer ses scènes. Il a eu l'idée de proposer le projet « Toulouse Con Tour » à deux de ses copains : Magyd Cherfi, chanteur et poète militant auteur emblématique du célèbre groupe Zebda, et Michel Armengot, connu sous le nom d’Art Mengo, chanteur, guitariste, pianiste et compositeur pour les plus grands, de Gréco à Hallyday en passant par Jane Birkin ou Henri Salvador.

De Claude Nougaro à Juliette, de Carlos Gardel à Pierre Perret ou Nino Ferrer, en passant par Francis Cabrel ou les Fabulous Trobadors, les trois complices et l'accordéoniste Lionel Suarez s'amusent à la chanson toulousaine par leurs reprises novatrices, parfois pudiques, parfois exubérantes.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorInterview :

Cette réunion de trois artistes toulousains d’horizons différents est une sacrée expérience !

Yvan Cujious : Pour moi, c’est vraiment inédit. Je n’ai jamais partagé la scène avec d’autres chanteurs. Cette aventure est une manière d’aborder différemment la scène et de partager un jeu collectif. Je n’ai pas l’habitude, mais ça se passe super bien entre nous.

Magyd, vous avez été le premier à être contacté par Yvan pour participer à ce projet. Vous en avez pensé quoi ?

Magyd Cherfi : Je n’ai pas beaucoup réfléchi parce que Yvan, quand on se croisait, me disait : « J’aime ce que TU fais. » Il parlait toujours de mon travail personnel en termes qui me faisaient plaisir. Ça touche.

Il fallait que vous vous sentiez aimé ?

Magyd : Moi, oui. Je suis un peu son idole, en toute humilité, je ne pouvais pas refuser (rires). Non, sérieusement, j’ai dit oui en pensant que ça ne pouvait être que bon.

Et vous Art Mengo ?

Art Mengo : Je crois que c’est ce qui m’a fait peur qui m’a attiré. Le fait que l’on vienne tous les trois de milieux très différents, que l’on défende des univers très particuliers. Je me suis dit qu’il y avait certainement quelque chose à faire d’intéressant dans ce projet.

Une fois que chacun a dit oui, il a fallu concrétiser…toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Art : Bizarrement, c’est une mécanique qui s’est mise en place assez vite. Il a fallu penser au répertoire. On a choisi des chansons et les façons de les interpréter assez rapidement. Tout est allé vite et naturellement.

Magyd : Chacun voulait que les deux autres se fassent plaisir, donc nous n’avons pas débattu un siècle pour savoir qui allait chanter quoi.

Magyd, vous êtes le seul des trois qui a l’habitude d’être accompagné. Ce ne doit pas être la même ambiance avec Yvan et Art qu’avec Zebda…

Magyd : Ça change, bien sûr, parce que nous sommes trois, mais en entités autonomes. Art et Yvan  restent ce qu’ils sont, alors que dans Zebda, il y a le postulat d’obéir à une cause et une philosophie commune. Avec Zebda, il faut parler d’une seule voix, mais à plusieurs. Dans le projet « Toulouse Con Tour », ce sont trois voix différentes.


"Les murs de poussière" de Francis Cabrel au Grand Studio d'RTL.

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorLes noms des artistes  de Toulouse et de sa région que vous alliez reprendre étaient une évidence ?

Yvan : Nougaro, Nino Ferrer, Pierre Perret… on était tous d’accord. Oui, encore une fois, le choix s’est fait rapidement. On a sélectionné aussi des artistes que le grand public connaît un peu moins, mais que nous apprécions beaucoup comme Juliette et les Fabulous Trobadors… Nous avons cela en commun tous les trois, nous abordons la chanson avec l’envie d’un récit, d’une chanson avec de la teneur.

Il y a un côté ludique dans ce projet.

Art : Je crois même que c’est la priorité. On peut faire des jolies choses uniquement si nous sommes dans la joie, l’amusement et la bonne humeur. Personnellement, je ne peux pas fonctionner dans la lutte et le conflit. Je travaille avec des gens qui ont envie de rire, de blaguer, de faire de la musique positivement et de s’éclater sur scène.

Il paraît que sur scène, justement, vous vous chambrez pas mal.

Magyd : La cerise sur le gâteau, c’est qu’il y a entre nous un second degré permanent. On ne se prend pas pour autre chose que ce que nous sommes. On s’attaque parfois à des monuments, alors il faut trouver une liaison entre chaque chanson. On essaie de trouver une sincérité dans leur approche tout en gardant une distance. Cette distance, on la comble avec de l’humour. Ça redonne une dimension humaine au projet.

Yvan : Artistiquement, nous ne sommes pas dans l’imposture, ni dans le choix de la création d’un personnage. Nos trois personnalités sont complémentaires et nous nous sommes vite trouvés et entendus.

Y a-t-il des gens que vous reprenez qui vous ont vu sur scène ?toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandor

Yvan : Oui, Jean-Pierre Mader. Et d’ailleurs, il ne nous parle plus depuis (rires).

Magyd : C’est délicat parce que nous avons un passage où nous reprenons les gros tubes des années 80 de la chanson toulousaine. On se moque un peu de toutes ces chansons et nous les caricaturons légèrement.

Yvan : Pour en revenir à Mader, c’est quelqu’un qui assume ce qu’il fait et je ne pense pas qu’il soit vexé.

Magyd : Sans rire, moi j’adore « Macumba ». Mais je ne vais pas faire le faux cul, on ne peut pas s’empêcher de lancer une pointe d’ironie sur ce genre de tubes. Tu sais, moi j’ai bien fait « Tomber la chemise » et elle m’a bien collé à la peau.

Vous ne la chantez pas dans votre « Toulouse Con Tour » ?

Magyd : Non, mais pourquoi pas ? Je la verrais bien chanter par Art.

Art : Moi non plus, je ne vais pas me moquer des années 80. J’ai aussi un tube à cette époque-là, « Les parfums de sa vie ».

Magyd : Mais Art, « Les parfums de sa vie », c’était une chanson sensible et formidable. Tu ne peux pas la classer dans cette même catégorie.

Art : Elle est quand même très connotée années 80, dans les synthés et la réalisation…

Vous interprétez les chansons des autres dans des versions proches des originales ?

Yvan : On ne s’en éloigne pas tellement, sauf qu’on est sur le parti pris d’une musique acoustique.

"Le sud" de Nino Ferrer au Grand Studio d'RTL

toulouse con tour,art mengo,magyd cherfi,yvan cujious,interview,mandorComment réagit le public ?

Magyd : Il y a quelque chose d’affectif entre lui et nous. Il y a un a priori positif sur Toulouse. Je me suis rendu compte qu’il y a un élan sur cette ville.

La rencontre la plus surprenante, c’est celle de Magyd et d’Art, non ?

Yvan : Je savais que Magyd et Art ne se connaissaient pas, à part de nom et par la réputation, du coup, cela m’intéressait de les faire se rencontrer. Je savais que ça allait fonctionner.

Art : Je confirme. Il y a eu un intérêt immédiat l’un pour l’autre.

Magyd : C’est une pure jouissance, parce que justement, il y a un tel écart entre son œuvre et la nôtre (Zebda) que c’est jouissif. J’en ai eu marre de passer ma vie avec des gens qui partageaient tout avec moi, la philosophie, la cause, l’idéal… Depuis l’âge de six ans, j’ai fait des clubs de foot, des colonies de vacances, des bandes, des partis politiques, des groupuscules… Je n’ai vécu que dans des groupes. J’ai besoin d’oxygénation et de vivre des choses avec des gens qui ne sont pas comme moi.

Et vous Art ?

Art : Moi, c’est exactement l’inverse de Magyd. A l’époque des « Parfums de sa vie », j’aurais adoré appartenir à un groupe. Faire la promo avec mes potes musiciens et au lieu de ça, je me retrouvais seul. C’était chiant et triste. La musique, je l’associe à quelque chose de gai, alors le projet dans lequel je me retrouve avec Yvan et Magyd me convient totalement. J’adore ça en fait. Je me sens bien. Ça me plaît beaucoup de ne pas être devant et de ne pas être la vedette. J’aime bien aussi l’idée de recevoir des remarques de la part des autres. L’échange est là, constamment.

Yvan : Il me semble que ça fait beaucoup avancer dans son aventure personnelle. Depuis que je tourne avec eux, je considère la scène différemment.

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Pendant l'interview (1).

Vous apprenez les uns des autres ?

Yvan : Quand je regarde Magyd, je suis impressionné. C’est un artiste qui travaille beaucoup et qui a une manière à lui d’aborder la scène et le répertoire. Ça me renvoie à des choses que je ne fais pas et que je pourrais améliorer. Moi, je prends les choses comme ça vient. Art aussi, je crois. Nous ne cadrons pas les choses formellement.

Art : Je ne sais pas. Je n’ai pas trop analysé, donc je dois être un peu comme tu le dis.

Magyd : C’est vrai que nous nous interpellons sur le travail passé ou à venir de chacun. Yvan me conseille par exemple d’épurer mes chansons. Mes textes sont noyés dans des rythmiques et c’est parfois dommage. Ça empêche d’être attentif au sens des propos. Art, moi, je lui conseille de travailler dans des textes plus caillouteux. Je lui dis de laisser tomber le « love », d’envoyer du gros mot et de la lutte des classes. Lui me dit d’ouvrir mon cœur. Il m’a fait remarquer que sur 10 albums et trente ans de carrière, je n’ai jamais dit  « je t’aime » dans une chanson. Voilà, on discute comme ça entre nous, ça ne veut pas dire que l’on va appliquer les conseils.

Personne ne se vexe ?

Magyd : Ce que j’aime chez Art et Yvan, c’est qu’ils ont de la distance par rapport à leur métier. Si un artiste n’a pas de distance avec son œuvre, il souffre. Tu sais, tous les trois, nous sommes dans la quête d’une expérience nouvelle à vivre. La distance permet que la discussion soit possible.

"La chanson con" de Juliette.

Vous semblez vous régaler sur scène. Il faut se régaler soi-même pour régaler les autres ?

Magyd : Moi j’ai un certain âge, un certain parcours. J’ai besoin que ce soit un pur kif. Longtemps, j’ai fait ce métier pour becqueter, puis pour élever un peu le niveau et là, maintenant, il y a l’obligation que ce soit du pur plaisir.

Art : Tu parles d’âge et tu as raison. A un moment donné, on a vraiment envie de profiter du présent positivement.

Yvan : Ce projet arrive à un moment de nos vies qui est le bon. Nous n’avons aucune frustration, ni aigreur. Heureusement, sinon, nous n’aurions pas le même état d’esprit pour le véhiculer.

Magyd : Du fait de cette expérience, je dirais que c’est le temps qui nous a débarrassés des oripeaux d’orgueil, d’ego, de vouloir exister à tout prix. Ce qui est extrêmement agréable aujourd’hui, c’est que tous les trois, nous abordons cela avec beaucoup de douceur. Ce n’est pas du luxe.

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Pendant l'interview (2).

Pensez-vous que cette expérience va modifier votre façon d’envisager vos carrières personnelles ?

Art : Je l’espère sincèrement, mais c’est insidieux. On ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. Peut-être que ça va me permettre d’aborder des sujets autrement. Je ne conçois pas que l’on ne retire rien de ce projet.

Magyd : Moi, cette expérience va modifier beaucoup de choses. Ça va dans le sens que je veux prendre désormais dans mes projets en solo. Beaucoup d’épure et une voix complètement assumée. L’air de rien, j’ai toujours été protégé par plein de voix et plein de sons, je me suis un peu planqué derrière les décibels. Je suis à la recherche de la plénitude.

Yvan : Je suis sûr à 100 %  que j’évolue de jour en jour à leur contact. J’ai l’impression d’apprendre tous les jours en regardant Art et Magyd. Ils ont une telle carrière tous les deux…

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Après l'interview, le 28 janvier 2015. De gauche à droite, Magyd Cherfi, bibi, Art Mengo et Yvan Cujious.

09 février 2012

Zebda: interview pour la sortie de l'album Second Tour

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Le 20 janvier dernier, dans un bureau de chez Universal,  j’ai interviewé Magyd Cherfi pour la sortie du nouveau Zebda, Second Tour. (Je l’avais déjà mandorisé en mars 2007 pour la sortie du deuxième album de sa courte carrière solo…).

Voilà le fruit de notre conversation pour Le magazine des espaces culturels Leclerc, daté du mois de février 2012, suivi d'une partie un peu plus personnelle concernant Magyd Cherfi, non publiée. 

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La même interview recyclée pour MusiqueMag... (synergie d'entreprise, quand je te tiens!)

 

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Voici à présent le bonus des chroniques de Mandor. En exclu, Magyd Cherfi revient avec sincérité sur la séparation de Zebda…  j’ai axé la conversation dans ce sens.

Pendant ces 8 ans d’absence avec Zebda, tout le monde était quand même bien occupé. Mouss et Akim ont sorti deux albums, vous aussi !

Mais ce n’était pas une vraie séparation. Je sais que les gens ont pensé que nous nous étions fâchés. C’est juste moi qui avais pété les plombs. L’usure de milliers de concerts, l’usure du collectif.

C’est vous qui étiez à l’origine de l’arrêt ?

Je voulais écrire des pièces de théâtre, des bouquins, je voulais écrire pour d’autres. Puisque toute ma vie n’avait été que du collectif, sportif, associatif, politique, j’ai ressenti le besoin irrépressible de créer seul. Ca a été dur parce que les autres membres du groupe n’avaient pas particulièrement d’aspirations individuelles.

Vous avez eu peur de leur annoncer votre décrochage d’avec Zebda ?

Oui. J’ai eu l’impression de les trahir. On est une famille, on a une histoire à porter. Tu ne peux pas,  pour des délires individuels, dire que tu veux faire un break. C’est ce que j’ai fait. Ca a impliqué tout le monde… je m’en veux encore aujourd’hui.

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(photo: Bernard BENAND)

Quand vous avez sorti vos albums solos, ils ont réagi comment ?

Je les ai cachés au maximum et je ne voulais pas leur avis. Je suis parti du groupe mécontent et j’ai vécu une espèce de plongée dans les abymes. J’avais l’impression que mes disques passaient dans le vide, qu’ils passaient inaperçus, je jouais dans des salles vides. Le premier album n’a rien construit, le deuxième non plus. J’avais la sensation d’un truc étrange ressemblant à une chute infinie. Magyd Cherfi n’a pas attiré grand monde, ma destinée est donc dans Zebda. C’est peut-être mieux ainsi d’ailleurs.

C’est frustrant de n’être considéré que dans le collectif ?

Oui. Franchement, l’ego en prend un coup. Seules, mes chansons sont moins pétillantes.

Politiquement, vous vous situez à gauche, mais pas tous au même niveau.

Certains naviguent ou ont navigué avec l’extrême gauche, certains, comme moi, avec le PS. Il y a dans le groupe les radicaux et les modérés. Akim et Mouss  sont plus radicaux que moi.  Leurs parents étaient communistes, les miens absolument pas politisés. J’ai un peu honte de l’avouer, mais j’ai une mécanique sociale démocrate.

Le titre de l’album, Second Tour,  est sacrément lié à l’actualité !

On est ravi que cet album sorte dans un moment de forte actualité. C’est l’occasion pour nous de dire notre parole. Mais en même temps, on ne peut pas dire que nous ayons organisé la sortie du disque précisément pour 2012. Ca fait 4 ans que l’on a décidé de partir sur cet album. Ce sont 40 textes, 50 musiques, donc nous n’avions aucune idée de quand on allait se dépatouiller de tout ça. Disons que ça s’est bien goupillé.

zebda,second tour,magyd cherfi,interview,leclerc,musiquemagPar rapport à il y a 8 ans, la situation de la France a évolué…

Il y a une amertume qui va prendre de plus en plus de place dans ce que nous racontons. Une désillusion, parce qu’il y a une trentaine d’années, on a pensé que le parti socialiste était la voix/voie divine pour un certain nombre de choses auxquelles nous croyions. Aujourd’hui, on entend parler du droit de vote des immigrés, et puis plus du tout parce que les élections présidentielles arrivent. Arrêtez de vous foutre de notre gueule ! Je me demande jusqu’à quel point il faut divorcer avec la gauche, alors que nous sommes porteurs des valeurs de gauche. On se retrouve philosophiquement dans un no man’s land  avec des idées théoriques et des applications nauséabondes. Avec l’émergence de Motivés, on avait proposé une espèce de troisième voie improbable. Elle était peut-être un peu trop porteuse d’utopie. On ne fait pas les choses qu’avec de l’utopie. Il faut du fric, de l’organisation, des élus volontaires et une dynamique de démocratie. Nous, on promettait la mixité sociale. Evidemment, on a explosé en vol ! Nous, on est allé au bout de la démarche, mais on a fini par s’écraser contre le mur.

Tout ceci a donc été inutile ?

Nous, Zebda, à l’intérieur de Motivés, on est peut-être allé trop loin dans l’élaboration du programme. Le mec qui écoute un disque, pendant 3 minutes, il est dans un idéal imaginaire, un champ de possible infini et sans danger parce que c’est juste une chanson. Dans la politique, si tu t’amuses à ouvrir des champs infinis, tu te fais fracasser.

Pour terminer… c’est quoi Zebda exactement ?

Zebda, c’est une musique populaire, accessible et immédiate à l’oreille avec des textes plus profonds qu’il n’y paraît. Il y a des aigreurs, des colères qui sont cachés quand on gratte un peu les textes. Le tout sur des rythmes qui permettent la digestion de tout ça.