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03 mai 2015

Grégoire Delacourt fait La Poz' à Ozoir-la-Ferrière

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierGrégoire Delacourt est un écrivain/homme que j’apprécie beaucoup. Il me semble que l’on s’en aperçoit dans les deux mandorisations qui lui sont consacrés. Ici en 2014 pour On ne voyait que le bonheur et là en 2013 pour La première chose qu’on regarde. Deux grandes interviews dans lesquelles l’auteur se confie comme jamais. Il y a une espèce de confiance mutuelle entre l’auteur et le journaliste, je crois. J’étais donc ravi de lui proposer un débat en public, autre exercice dans "l’art" de l’interview, dans le cadre des cafés littéraires proposés par Luc-Michel Fouassier, adjoint à la mairie d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l’événementiel littéraire (et aussi auteur maintes fois mandorisés).

Petit rappel : Le premier café littéraire d’Ozoir-la-Ferrière, c’était avec François Bégaudeau, le second avec Mercedes Deambrosis.

Bref, Grégoire Delacourt a accepté ce rendez-vous en sachant qu’il allait être entre des mains et des personnes plutôt bienveillantes. Cette « Poz’ » s’est tenue le 27 mars dernier. L’homme a conquis l’assistance, car il sait y faire. Il est, ce qu’on appelle plus communément, un « bon client »… moi, je vais jusqu’à dire, un "client idéal ».

Je regrette toujours de ne pas penser à enregistrer ces entretiens, mais, globalement, si vous lisez les deux mandorisations sus-citées, on se rapproche de ce qui a été dit.

Voici donc quelques photos de cette soirée.

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(Photo : Lionel Brard)

Qu'il est agréable d'animer un débat dans une salle bien remplie, quand on sait Ô combien il est difficile de faire bouger les gens pour assister à une rencontre culturelle. Je ne compte plus les débats avec des écrivains que j'ai animé devant un public très restreint... Il est triste de constater que seuls les noms connus permettent d'attirer le chaland.

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Animer un débat avec Grégoire Delacourt, ce sont des moments qui n'engendrent pas la mélancolie...

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(Photo : Lionel Brard)

Quoique... parfois si. L'écrivain sait captiver son public en lui faisait traverser toutes sortes d'émotions. Il émeut son auditoire, comme il est capable de le faire rire aux éclats. C'est tout Grégoire Delacourt.

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(Photo : Lionel Brard)

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Après le show Delacourt, évidemment, petite séance de signatures...

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Ici l'auteur avec l'organisateur de cet évènement, Luc-Michel Fouassier (qui me fait confiance depuis 2009 pour animer les salons du livre et les cafés littéraires dont il a la charge. Encore une fois, merci à lui!)

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Après La Poz', c'est la pause et la pose avec Grégoire Delacourt.

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grégoire delacourt,la poz,ozoir-la-ferrière,interview,mandor,luc-michel fouassierA noter que, depuis cette rencontre, son nouveau livre est sorti (c’était la semaine dernière, pour être précis), Les quatre saisons de l'été. Il fera l’objet d’une quatrième mandorisation (j’espère). En attendant, voici ce qu’en dit l’éditeur :

Été 99, dont certains prétendent qu’il est le dernier avant la fin du monde.
Sur les longues plages du Touquet, les enfants crient parce que la mer est froide, les mères somnolent au soleil. Et partout, dans les dunes, les bars, les digues, des histoires d’amour qui éclosent. Enivrent. Et griffent. Quatre couples, à l’âge des quatre saisons d’une vie, se rencontrent, se croisent et s’influencent sans le savoir.
Ils ont 15, 35, 55 et 75 ans. Ils sont toutes nos histoires d’amour.

Après le succès mondial de La Liste de mes envies (plus d’un million d’exemplaires vendus), de La première chose qu’on regarde et à la rentrée littéraire 2014 d’On ne voyait que le bonheur (130 000 exemplaires vendus), Grégoire Delacourt ausculte avec brio et délicatesse le sentiment amoureux.

15 mars 2015

Luc-Michel Fouassier : interview pour Le zilien

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Luc-Michel Fouassier est un auteur qui n’a pas encore le succès qu’il mérite. Je m’évertue donc à le mandoriser à chaque fois qu’il sort un livre (voir là). Je n’aime pas le talent méconnu.

Son nouveau livre Le zilien m’a fait sourire souvent et même rire parfois (sur le dos du système de l’éducation nationale, certes, mais c’était assez jouissif, je dois dire). Il y a quelque chose de Pennac et de Toussaint dans cet auteur-là. J’espère vous donner envie de le lire, vous ne devriez pas être déçu.

Le 28 janvier 2015, Luc-Michel Fouassier est venu une nouvelle fois à l’agence pour évoquer ce61w1++QB62L.jpg roman très inspiré (par sa propre expérience… ou pas).

4e de couverture :

Survie et triomphe d’un enseignant dilettante.
Présentation de Jean-Philippe Toussaint
Dans ce roman résolument impertinent, qui nous décline l’année scolaire d’un enseignant remplaçant, l’humour – comme instrument de résistance aux casse-pieds en tout genre – joue pleinement sa partition.

L’auteur :

Luc-Michel Fouassier est maire-adjoint d’Ozoir-la-Ferrière, délégué à l'événementiel littéraire. Il organise dans cette ville les actions culturelles autour du livre. D'autre part, il a créé, en 2008, avec l'aide de Régine Deforges, le prix Ozoir'elles.
Il a collaboré à la revue littéraire Rue Saint Ambroise durant plusieurs années. A ce jour, il a publié deux recueils de nouvelles aux éditions Quadrature et trois romans aux éditions Luce Wilquin.

DSC0991nn4.JPGInterview :

Le zilien est ton cinquième livre. Dis donc, cela commence à constituer une œuvre. Et chaque livre est différent, dans le thème et dans la forme.

Si c’est pour écrire le même bouquin, ça ne m’intéresse pas. Il y a un point commun à chacun de mes livres, c’est que je suis attaché aux lieux. Un lieu m’inspire pour écrire plus qu’une histoire ou un personnage.

Dans Le zilien, le lieu se trouve être une école. Lieu que tu connais donc bien, parce que tu y exerces ta profession : professeur des écoles pour les CM1, CM2.

Oui, j’avais beaucoup de choses à dire sur ce qu’il se passe dans ce lieu.

Peux-tu expliquer ce qu’est un zilien ?

C’est un titulaire remplaçant qui vient remplacer les enseignants absents dans les écoles. C’est un poste qui peut être attribué à titre définitif. On peut rester zilien vingt ans ou même toute sa vie. Au début de ma carrière, j’ai été zilien durant trois ans dans le Val-de-Marne.

Le zilien de ton livre est dilettante, il n’a pas envie d’en foutre une… Ils sont tous comme ça ?

Non, je ne vais pas me fâcher avec cette catégorie professionnelle de l’éducation nationale. J’égratigne un peu ce métier, mais je pense que j’aurais pu écrire le même genre de livre si j’avais travaillé dans la banque ou dans n’importe quelle administration. J’ai écrit un livre sur l’attitude vis-à-vis du travail. Tout le monde prétend qu’il faut s’investir dans son boulot. Moi, je clame haut et fort le droit de ne pas s’investir dans son boulot. Il y a autre chose dans la vie. Moi, je préfère rester allonger dans mon lit à glandouiller et rêvasser, à lire. Je préfère ça que de me démener comme un dingue pour mon boulot. J’ai toujours eu beaucoup de méfiance/défiance vis-à-vis des gens qui se défoncent pour leur travail. Je fais une exception pour ceux qui sont passionnés, comme toi, par ce qui les fait vivre. Tu fais un boulot extraordinaire, donc je comprends, mais explique-moi comment on peut s’investir à fond dans la banque, dans le transport routier, dans l’éducation nationale ? On sacrifie forcément la lecture, les balades, la rêverie…

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Luc-Michel Fouassier, comme le zilien, dilettante?

Tu te sens proche du personnage principal de ton livre, le fameux zilien?

Oui, d’autant plus qu’il ne serait pas inefficace s’il avait une classe à lui à l’année. Quand il exerce lors de ses remplacements, il assure bien. Il est juste un pourfendeur du système de l’éducation nationale… et parfois un profiteur de ce même système.

Le directeur de l’école est tolérant et sympathique. Il laisse le zilien s’installer dans une partie de la bibliothèque pour y dormir le soir…

Il y a des personnes sympathiques dans ce milieu. J’ai voulu donner une palette de tout ce que l’on peut rencontrer dans l’éducation nationale. Il y a beaucoup de visions sur elle qui sont des images d’Épinal. En fait, ce milieu est un peu mou et pas toujours enthousiaste. Mais, encore une fois, il y a plein de gens différents.

Il y a un peu de folie dans ton personnage.

Moi, à un moment, j’ai essayé de faire des choses originales avec mes élèves, comme faire calculer la masse de matière fécale qu’un adulte pouvait laisser par an dans ses toilettes (on en était au mesure de masses !) ou faire tirer des pénaltys dans ma classe sur le tableau en guise de but (on était en pleine coupe du monde !), mais j’ai arrêté parce qu’on m’a emmerdé. Les gens n’aiment pas que tu sortes du cadre. On se prend trop au sérieux dans l’éducation nationale.

Revenons sur son aspect dilettante… pourquoi est-il ainsi ?

Etre dilettante est parfois une question de pudeur. Ça évite de complètement se dévoiler. C’est une protection, c’est de la survie. Quelqu’un de dilettante est parfois quelqu’un de plus profond, plus touché que les autres. Les dilettantes ont des sentiments très forts et exacerbés, parfois, alors qu’ils peuvent paraître surfer sur les choses. Je suis un peu comme mon personnage, mais j’essaie de ne pas le montrer.

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Tu n’as pas peur d’heurter ta hiérarchie avec ce livre ?

J’aimerais bien que des gens haut placé dans l’éducation nationale lisent ce livre et qu’il défraie la chronique. Je dis des vérités. Quand je parle des inspections, ça me rend fou. 99% des professeurs inspectés font leur petit numéro de pédagogie dès que l’inspecteur arrive. Je ne supporte plus cette comédie. Pourquoi tant d’esbroufe? Globalement, ce que font les professeurs tient la route, alors pourquoi tout ce cinéma ?

Mais, je reviens sur ma question. Tu n’as pas peur de perdre ton travail si l’éducation nationale prend mal ce livre ?

Je ne vais pas perdre mon boulot à cause de quelques égratignures. Si je me faisais taper sur les doigts, je prendrais cela comme mon prix littéraire. Ce serait mon Goncourt à moi.

Parlons de Jean-Philippe Toussaint. Il a préfacé ton livre. J’imagine ta fierté.

Je suis fou de cet auteur. J’adore sa décontraction littéraire ainsi que son exigence. Ça peut paraître paradoxal, mais son écriture est un mélange des deux. Quand j’ai écrit ce livre, j’ai vraiment pensé à lui. Quand je lui envoyé mon texte, j’ai même eu peur qu’il considère que je l’ai plagié stylistiquement. Il a vu les clins d’œil, mais il m’a dit qu’il a eu beaucoup de plaisir à lire mon roman. Il m’en a fait une critique minutieuse, presque ligne par ligne. Il m’a dit qu’il l’avait lu comme il relit ses propres romans. Il l’a lu au point de me suggérer d’enlever des virgules…

A ce point-là ?

Oui. Mon livre a été entièrement corrigé par Jean-Philippe Toussaint. Et il m’a écrit une présentation en guise de préface. Que cette interview soit encore l’occasion de le remercier !

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Avec Jean-Philippe Toussaint et Luc-Michel Fouassier, au Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière, le 26 octobre 2013.

Est-ce que le dernier livre est toujours le plus important pour toi ?

Non. Je reste attaché à tous mes livres. Les auteurs ont souvent tendance à comparer leurs livres à leurs enfants. Je n’échappe pas à la règle. J’ai écrit cinq bouquins, je n’en préfère aucun.

Tu as écrit deux recueils de nouvelles et trois romans. Tu attaques quoi après Le zilien ?

Le prochain est déjà prêt. Un recueil de nouvelles. Mais j’écris actuellement un roman qui traitera en partie de l’adolescence et particulièrement le rapport, père/fils.

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Pour terminer, parle-nous de la version musicale de ton premier recueil de nouvelles, Histoires Jivaro.

Je lis mes nouvelles accompagnées de deux musiciens, Jean Cailliez et Sébastien Logereau, deux clarinettistes confirmés. Un jour, j’ai fait une dédicace dans la librairie Le Pavé dans la Mare à Elancourt. Ces deux musiciens étaient là pour mettre en musique ma séance de signature. Ils m’ont dit qu’ils adoraient mes nouvelles et qu’ils aimeraient bien faire un spectacle autour. Ils ont écrit des micros morceaux qui sont inspirés de mes histoires. Ces morceaux sont joués avant, après ou pendant la lecture. Ce spectacle peut aller de 20 minutes à une heure trente.

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Après l'interview, le 28 janvier 2015.

23 décembre 2011

Luc-Michel Fouassier: interview pour Un si proche éloignement

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Luc-Michel Fouassier vient de sortir son tout premier roman Un si proche éloignement… après avoir sorti deux recueils de nouvelles. (Mandorisé ici pour le premier et pour le second). J’aime sa plume et j’aime l’homme. Nous avons notamment des goûts communs pour la chanson française de qualité (ici, notre après-midi avec Yves Simon). J’ai décidé de le mettre de nouveau en avant sur mon blog, car son livre m’a touché. Beaucoup. Voici ma chronique du livre publiée dans le Addiction, le mag daté du mois de décembre/janvier 2012.

 

luc-michel fouassier,un si proche éloignement,interview

Luc-Michel Fouassier est venu à mon agence, le 7 décembre dernier… avec une bouteille d’Ouzo, « pour se mettre dans l’ambiance ! ». (Aurais-je une réputation?)

un si.jpg4e de couverture :

Un homme part pour l’île grecque de Naxos avec, dans son sac, un carnet noir et La lettre au Gréco de Nikos Kazantzaki. Cœur des Cyclades, lieu mythique où Thésée abandonna Ariane, que va-t-il chercher là-bas ? Pourquoi la nécessité impérieuse d’un tel éloignement ? Quelle est cette douleur latente qui le meurtrit ? De rencontres en illusions, de rêves en réminiscences, on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple voyage d’agrément et que quelque chose de bien plus fort va se jouer sur l’île. Parti chercher la femme qui l’a quitté, peut-être le narrateur finira-t-il par se retrouver lui-même…
Ce roman, véritable hymne à la vie, nous entraîne dans une Grèce simple et vraie, loin des clichés touristiques.
Un premier roman au style limpide et sans maniérisme qui nous insuffle un peu de l’âme grecque.

lu.jpgL’auteur:

Après des études scientifiques, quatre années à l'université de pharmacie Paris XI, Luc-Michel Fouassier s’est tourné vers l'enseignement.
En tant que délégué à la gestion de l'événementiel littéraire, il organise le Salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. D'autre part, il a créé le prix Ozoir'elles (parrainé par Régine Deforges) dont je jury de personnalités présidé par Simonetta Greggio récompense un recueil de nouvelles déjà publié.
Il est par ailleurs membre du comité de lecture de la revue littéraire Rue Saint Ambroise.

Deux recueils de nouvelles publiés à ce jour, aux éditions Quadrature et un roman, Un si proche éloignement, sortit pour la rentrée littéraire 2011 aux éditions Luce Wilquin...

Interview :

Toi qui es un défenseur acharné des nouvelles, te voilà devenu romancier. Pourquoi t’es-tu lancé dans le grand bain ?

D’abord, sache que le roman est construit avec des petits chapitres, de ce fait, certains pourraient être assimilés à des nouvelles. Ma façon de terminer le livre est aussi ressemblante à la nouvelle. Et puis, il y a un moment donné où tu as envie d’avoir un autre rythme d’écriture. Les nouvelles, c’est très intense, mais sur un temps court… quand tu as ton texte, tu ne peux pas le lâcher. Le roman, tu dois le mener jusqu’au bout. Tant que tu n’as pas écrit la dernière phrase, le dernier point, ton roman, ce n’est rien. C’est usant nerveusement.

L’habitude d’écrire des nouvelles a-t-elle pour conséquence de rendre plus difficile l’écriture d’un texte plus long ?

Pour moi, très franchement, c’est difficile de faire long. En règle générale, si je peux dire quelque chose en trois lignes, je choisis de l’écrire en 3 lignes et non en 15. Donc, avec cette conception de l’écriture, ça rend effectivement difficile l’écriture d’un roman. Cela dit, j’avais quelque chose à faire passer qui ne pouvait pas se dire en quelques lignes. Il y a une progression dans le personnage qui demande à ce que j’instaure un climat. C’est un homme qui va avoir sa vie changée, le processus de ce changement était long à décrire.

Justement, qu’est-ce que tu voulais faire passer à travers ce roman ?

Je crois qu’il n’y a pas un homme sur cette Terre qui ne soit pas dit : « je balance tout ! J’en ai marre de tout ça ! ». Un peu comme un ordinateur dont on nettoierait le disque dur, un homme a besoin de partir pour se nettoyer l’esprit et repartir sur de meilleures bases. Je raconte l’histoire d’un homme qui va tenter d’enlever de sa besace, toutes les choses inutiles, les petites mesquineries de la vie et essayer de se rattacher à des choses qui sont beaucoup plus importantes et qui sont les vrais enjeux de la vie.

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Interview à l'Ouzo... (c'est la première fois qu'un auteur fait tout pour me mettre dans l'ambiance de son livre lors d'un entretien. Je suis poli, j'ai bu. Hips!)

Quand on lit ton livre, on ressent une espèce d’apaisement.

Ceux qui ont lu ce livre, et principalement mes proches, sont ressortis du livre avec une forme de bien-être. C’est un livre qui apporte un secret de la vie qui vaut le coup d’être connu…  mais ne dit rien sur ton blog,  parce que c’est l’un des intérêts de ce roman.

C’est en Grèce que tu as eu l’idée d’écrire ce livre ?

En exergue du livre, il y a une phrase de Sophocle : Ce sont là choses qui n’ont pas l’honneur d’être mises en histoire, et qu’on apprend plutôt en fréquentant les lieux. Chaque fois que j’écris un livre, les lieux ont beaucoup d’importance. Si je n’ai pas le lieu, je ne peux pas penser à l’histoire. Tous les lieux que j’évoque dans le livre sont des lieux où mes pas m’ont entraîné. Par contre, les personnages sont inventés à partir de gens que j’ai croisés, sans les connaître ni leur avoir parlé. C’est juste ce qu’ils m’inspiraient.

Je sais que, parce que tu n’écrivais que des recueils de nouvelles, tu ne parvenais pas, jusqu’à présent, à te considérer comme un vrai auteur. Est-ce qu’avec ce premier roman, tu y es parvenu ?

Oui, tu sais, je vis pour l’écriture. L’organisation du salon du livre d’Ozoir, du concours de nouvelles « Ozoir’Elles », mes livres de nouvelles… aujourd’hui, je crois que je commence à assumer cette passion absolue.

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C'est beau un écrivain qui signe son livre...

La construction des deux dernières pages est éblouissante.

Merci de me dire cela… ce sont les deux pages dont je suis le plus fier dans tout ce que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui.

Dans ton livre, il n’y a pas beaucoup d’action, mais il se dit beaucoup… de manière sous-jacente…

Le lecteur doit juste se laisser porter. Je n’aime pas les livres avec trop de rebondissements. Je n’aime pas être trop guidé, tenu au collier. J’aime bien pouvoir m’évader comme je le souhaite. J’écris des livres contemplatifs. Dans mon prochain roman, il y aura un côté Modianesque, une histoire plus construite et des attentes plus fortes, mais on reconnaîtra ma musique personnelle…

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04 janvier 2011

Mes livres de l'hiver 2011 (1) : Eric Fouassier pour "Le traducteur" et Luc-Michel Fouassier pour "Les hommes à lunettes n'aiment pas se battre"

Après Mes livres de l’été 2010, Mes livres de l’automne 2010, voici Mes livres de l’hiver 2010/2011. (Le grand fou que je suis est capable de continuer le principe des années et des années, faites gaffe !)

Bref, j’entame donc la une nouvelle série. Et là, je fais d’une pierre deux coups. Après avoir interviewé les frères Fouassier, chacun leur tour, à 77FM (Eric et Luc-Michel ici), j’ai pris l’initiative de les réunir ensemble (pour la première fois mondiale dans le monde de la littérature française. J’aime être novateur). Chacun ayant un nouveau livre, je trouvais l’idée très originale (et surtout conceptuelle comme jamais !).

166192_1616212159467_1061225683_31469222_7295330_n.jpgLuc-Michel Fouassier sort Les hommes à lunettes n’aiment pas se battre (Quadrature):

4e de couverture :

Pourquoi se battre? Surtout lorsqu’on porte des lunettes. C’est, à coup sûr, dépenser beaucoup d'énergie, se rendre ridicule et surtout prendre le risque de casser ses verres. Alors, à quoi bon?
Voilà qui vous modifie un caractère. Les personnages des seize nouvelles qui composent ce recueil ont décidé́ d'éviter les joutes frontales. Pourtant, ils n’en demeurent pas moins résolus à se faire entendre...


L'auteur : Grand amateur de textes courts, organisateur du salon du livre et de la nouvelle d’Ozoir-la-Ferrière, Luc-Michel Fouassier signe son deuxième recueil aux éditions Quadrature. Par ailleurs, il collabore à la revue Rue Saint Ambroise.
Il est myope et légèrement astigmate.

9782355930911.jpgÉric Fouassier sort Le traducteur (Pascal Galodé éditeurs).

4e de couverture :

Un ouvrage mythique, le Livre de Pao, qui serait un chapitre oublié de la Bible… 

Un peuple mystérieux parlant une langue menacée d’extinction…

Le brouillon d’un poème d’Arthur Rimbaud qui recèlerait un secret demeuré inviolé…

Une étonnante mystification aux dimensions planétaires…

Tels sont les principaux ingrédients de ce beau roman qui commence comme un récit d’aventures pour s’achever en une fable douce amère sur le mensonge, la mémoire et les mirages de la postérité.

Mais Le Traducteur, c’est aussi et surtout, sous le soleil implacable d’Éthiopie ou dans le Paris des années folles, l’histoire d’une étrange fascination entre deux hommes que tout semble pourtant opposer : le narrateur, un jeune rentier naïf, et son mentor, un ancien médecin au passé trouble.

« L’histoire de Gabriel Prometh, je suis le seul à pouvoir la raconter. Car pendant un an, j’ai servi cet homme. J’en fus tour à tour le secrétaire, le valet de chambre, le garde du corps et même le confident. Pourtant, malgré le recul du temps, il m’est impossible de dire si j’ai davantage admiré cet homme qu’il ne m’a inspiré de dégoût. Une seule chose est certaine : jamais, au cours de ma longue existence, je n’ai retrouvé l’exaltation qui fut la mienne durant ces mois que je passai auprès de Gabriel Prometh… toute ma vie fut dans cette unique année. »

L'auteur : Éric Fouassier est né en 1963 en région parisienne. Romancier et nouvelliste, il nous livre avec Le Traducteur une œuvre profonde et singulière, aux multiples résonances.

J’ai donné rendez-vous aux frères Fouassier le 21 décembre dernier à 13h devant le Grand Rex. À 13h05, Luc-Michel m’appelle et me dit gêné : « Ça va François ? Écoute, là, je suis encore dans ma voiture, je suis coincé dans un embouteillage de folie, j’arrive dans pas longtemps ». « Mais tu es où là exactement ? Je te rappelle que je n’ai qu’une heure… ». « Oh, pas loin, je pense arriver dans une demi-heure. »

À sa décharge, c’était peu après les fameuses intempéries et il y avait encore un sacré bordel dans la circulation parisienne. Mais bon…

« Et Éric, il arrive ? ». « Oui, il m’a dit qu’il arrivait dans 5 minutes ».

25 minutes plus tard, Éric Fouassier arrive. Il me trouve raide comme un piquet devant notre lieu de rendez-vous. Son premier travail consiste à me décongeler. Il doit taper avec un marteau la glace qui m’entoure et me statufie. Une fois la bouche libérée, je parviens à lui dire : « A 50 ans, si on n’a pas de montre, on n’a pas réussi sa vie… et on continue à arriver en retard ! ».

Éric ne semble pas comprendre le message. « Mais, je n’ai pas 50 ans !».

L’homme est si sympathique que je laisse tomber les commentaires sur les vertus des horaires respectés.

D’autant qu’il y avait aussi un sacré bordel dans les métros.

(Laissez-moi être de mauvaise foi, merci !)

Nous nous installons à une table de ce qui est désormais ma cantine. Une brasserie chère, mais dont la salade niçoise est honorable. Après avoir commandé deux bières, je lui propose de commencer l’interview sans son frère.

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Mandor : Comment passe-t-on d’un polar à un roman quasi initiatique ?

Éric Fouassier : Tu veux la vérité ? Ce roman a été écrit bien avant Morts thématiques. La première version de ce roman date de 1990, je faisais mon service militaire. Je l’ai retravaillé un nombre incalculable de fois. J’ai rééquilibré les 3 parties. Le lecteur peut s’imaginer au début que c’est un roman d’aventures pur, il comprendra vite que c’est un roman sur la mystification par l’écrit. Je trouvais intéressant de mystifier le lecteur, moi aussi. Le narrateur, Sébastien Violette, au départ est un jeune de 20 ans un peu oisif et sans ambitions pour sa vie future… ce qu’il va vivre avec Gabriel Prometh, va devenir initiatique.

Et l’éditeur, Pascal Galodé, il ne s’est pas interrogé sur le bien fondé d’éditer un tel roman après le polar précédent, qui n’a vraiment rien à voir (hormis un suspense intense) ?

Éric : Si, et c’est pour cela que je lui en suis reconnaissant. Parce qu’il a aimé Le traducteur, il a pris le risque de le sortir quand même. Il est vrai que Morts thématiques a trouvé ses lecteurs et qu’il a été nominé pour quelques prix littéraires… un autre roman de genre, ne fidélise pas forcément…

Tu évoques un livre mythique : le livre de Pao, peut-être un chapitre oublié de la bible. J’ai cherché dans Google. Point de livre de Pao. Tu confirmes décidément que tout écrivain est mystificateur. Tu illustres par le roman ce que tu racontes…

Éric : J’y crois profondément. Un écrivain transfigure la réalité, il se l’approprie, la transforme, la malaxe… tout écrit est quelque part mensonger. Dans mon livre, je me suis amusé à mêler du vrai et du faux. Tout ce que j’écris sur Rimbaud est vrai par exemple. Tout ce que je dis sur les peuples d’Éthiopie sur les mouvements de civilisation est vrai… sauf que le peuple Amodéen n’existe pas. Il faut qu’un écrivain capte le lecteur, une fois qu’il est bien capté, c’est assez jouissif de l’emmener autre part…

Je n’ai pas réussi à comprendre qui est Gabriel Prometh. Un moralisateur sûr de lui capable de sortir des phrases définitives ou un sage ?

Éric : On oscille en permanence entre les deux. Je voulais laisser le soin au lecteur de se faire sa propre opinion… mais surtout, je ne voulais pas qu’il soit manichéen. Il a des côtés vraiment détestables, très cyniques, très acerbes, très irritants, mais d’un autre côté, il poursuit, lui aussi, un idéal, une quête. C’est respectable de partir pour l’absolu.

Fouassier's brothers 21.12.10 2ff.jpgJ’ai senti une fascination sur la période de l’entre-deux-guerres ?

Les années 20, c’était les années folles parce qu’il y avait un besoin de se lâcher après le carnage qu’a été la Première Guerre Mondiale et paradoxalement, ce sont pendant ces années qu’émergent tous les fascistes. Hitler, Mussolini, tous ces gens-là vont monter pendant cette période. Pour ça, je trouve cette période assez fascinante, en effet. En même temps, d’un point de vue artistique, c’est une période qui était très riche.

Dans Le traducteur, Gabriel Prometh a écrit le chef-d'œuvre de la littérature mondiale. Il a désiré les honneurs, puis quand il les a eus, il les a fuis… Toi, tu aimerais les honneurs littéraires ?

Plus que les honneurs, ce sont les lecteurs qui vont avec que j’aimerais. Si j’avais les honneurs sans les lecteurs, ça ne m’intéresserait pas. Par exemple, j’aime beaucoup les salons parce que je trouve cela très agréable de rencontrer les lecteurs. C’est même un des aspects les plus intéressants de l’après écriture d’un livre.

Luc-Michel Fouassier, arrive enfin… 13h40. Il recommence à prétexter le fait de venir de Seine-et-Marne et que la neige, le gel, les bouchons, tout ça, tout ça... Magnanime, je lui permets de s’assoir à notre table (parce que, surtout, j’aimerais bien qu’il me prenne comme animateur pour la troisième fois pour son salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière dont il est le directeur).

(Voir et ici... les bilans des salons Ozoiriens).

On plaisante un peu (je ne suis pas rancunier) et je commence mes questions collégiales. Ce n’est pas tous les jours que je rencontre deux frères qui s’adonnent à la littérature. De mémoire, je n’ai retenu que les frères Bogdanov, Poivre d’Arvor et Goncourt… aujourd’hui, donc les frères Fouassier.

Avant de commencer, Luc-Michel, sort son livre et nous lit sérieusement une de ses nouvelles tirées de son premier recueil, Histoires Jivaro. « Le soir, une fois couché dans mon lit… etc. » Une nouvelle qui raconte l’histoire d’un type désœuvré parce qu’il a changé ses montures de lunettes et qu’aucune des personnes rencontrées dans la journée ne l’a remarqué.

« J’ai changé de lunettes les mecs !», crie-t-il. Ce type est fou, c’est pour ça que je l’aime. Je lui fais remarquer au passage que, lorsque ma propre femme change de coiffure, je le remarque à peine… alors, ce ne sont pas ses changements de montures qui vont me sauter aux yeux.

Bref, je leur pose mes premières questions communes. Ils y répondent joyeusement en se chamaillant sans arrêt.

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Qui a commencé à écrire entre vous deux ?

Éric : C’est moi, parce que, de toute façon, Luc-Michel copie tout sur moi.

Luc-Michel : Mais celui qui a commencé à écrire avec talent, c’est moi.

Éric (qui se marre): J’ai commencé à écrire à l’âge de 15 ans.

Luc-Michel : oui, mais il a 5 ans de plus que moi…

Éric : Nos parents étaient de grands lecteurs. Notre père connaissait beaucoup de choses, mais avec une grande humilité, il n’étalait pas sa science.

Est-ce qu’il n’y a pas un côté chez vous « j’écris des livres pour impressionner papa » ?

Éric : Je pense que quelque part, ça joue, parce qu’effectivement, lui aussi à écrit et peut-être aurait-il voulu être écrivain si on lui en avait donné les moyens à l’époque. Mais, je pense que Luc-Michel et moi, profondément, on a envie d’écrire.

Luc-Michel : Je pense que c’est plus vrai pour moi. Moi, j’ai une écriture qui est beaucoup plus une écriture du ressenti, de choses que je perçois et que je veux transmettre. Éric, il crée des histoires, ce qui ne l’empêche pas de faire passer des choses dedans. Je sais que quand mes parents ne seront plus là, quand j’aurai fini un texte, il y aura un vide, un manque immense. J’aurai moins de joie, il y aura quelque chose qui ne sera pas fini parce que mes parents n’auront pas lu. Mes parents sont mes premiers lecteurs.

Éric : Pas moi. De mon côté, c’est mon épouse. On fait lire à ses proches, au début, pour voir si les textes que l’ont écrit sont bons. Au bout d’un moment, on finit par savoir si ce que l’on a écrit va ou pas.

Et l’avis de l’un sur les écrits de l’autre, c’est important ?

Luc-Michel : Moi oui, au début. Clairement aujourd’hui, je me suis affranchi d’Éric. Nous avons deux écritures tellement différentes que je me suis dégagé de son influence. On n’a pas les mêmes centres d’intérêt, les mêmes démarches dans l’écriture. Finalement, aujourd’hui, son avis, je m’en fous.

(Il rit).

Éric : Quand je lui dis que c’est bien, c’est que c’est très bien. Quand je ne lui pas grand-chose, c’est que c’est peut-être bien, mais il peut mieux faire.

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Y a-t-il de la compétition littéraire entre vous deux ?

Luc-Michel : Moi, pas du tout. Je me réjouis de ce qui peut lui arriver de bon et beau à travers la littérature et l’écriture.

Éric : Ça pourrait, mais il y en a aucune ! Il pourrait y avoir éventuellement de la  jalousie si on écrivait typiquement la même chose, si on était sur le même créneau, s’il se mettait à faire du polar. Luc-Michel est un orfèvre, qui va ciseler sa phrase. Parfois, il me fait rigoler quand il me dit qu’il a bossé pendant trois heures pour faire une demi-page. Moi, si en 3 heures, je ne fais qu’une demi-page, je me flingue.

Écrire des nouvelles ou un roman, ce n’est pas le même travail…

Luc-Michel : Mais, tu sais, je viens de finir un roman. Je suis aussi très lent dans cet exercice. Sur un roman de 140 pages, j’ai mis un an et demi.

Éric : On n’a pas la moindre rivalité, au contraire. On se dit même que tout ça va se potentialiser.

Luc-Michel : Et puis, tous les deux, on gagne notre vie autrement. Ça nous permet d’être plus relax par rapport au succès éventuel.

Fouassier's brothers 21.12.10 2ggg.jpgVous avez commencé tous les deux à publier des nouvelles. C’est plus facile ?

Éric : C’est plus facile parce qu’il y a de nombreuses petites revues, des recueils collectifs. Ton texte, il existe un petit peu. Il n’a pas une grande audience, mais il existe. Par contre, publier des nouvelles en livre, je t’assure que c’est duraille.

Éric, que penses-tu de l’œuvre de Luc-Michel ?

Éric : Ce qu’écrit mon frère est souvent super bien vu et c’est très bien écrit. Juste, aujourd’hui, il mériterait d’être connu comme romancier. Moi, j’ai publié deux recueils de nouvelles avant mon premier roman, donc, je ne doute pas qu’il fasse la même chose. À travers ce qui l’écrit, il peut toucher un lectorat nettement plus important.

Et toi Luc-Michel, que penses-tu de l’œuvre d’Éric ?

Luc-Michel : Je n’ai pas lu, ça ne m’intéresse pas. (Rires) En vrai, je trouve qu’Éric est extrêmement doué. Je ne suis pas épaté parce que lorsque nous étions enfants, nous jouions ensemble, aux petits soldats par exemple, et à chaque fois, il faisait les scénarii. Il construisait déjà beaucoup les histoires. Le traducteur, chez un grand éditeur, c’était un prix littéraire cette année, c’est clair. C’est un grand bouquin, parce qu’il est foisonnant. Éric mérite vraiment d’être présent dans la scène littéraire française. Il n’hésite pas à se lancer dans des choses dans lesquelles les auteurs d’aujourd’hui n’osent plus se lancer. Il a une certaine forme de classicisme dans son style. Mais pas du classicisme chiant.

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Revenons à ton deuxième recueil de nouvelles, Luc-Michel… qu’elle est la plus grande difficulté pour écrire une nouvelle ?

Luc-Michel : J’ai énormément changé ma vision dans la lecture et dans l’écriture de nouvelles. Pour moi, l’archétype de la très bonne nouvelle c’est une nouvelle sans chute appuyée. Jusqu’à présent j’écrivais une chute qui faisait prendre sens à la nouvelle. Maintenant, je pense que ce n’est pas utile. Il faut qu’elle tienne seule sans une fin explicative. Il faut qu’à travers le texte, quelque chose soit dit. La bonne nouvelle, c’est la nouvelle que tu retiens.

Dans ton recueil, il y a beaucoup de nostalgie, voire de mélancolie.

Luc-Michel : Parce que je suis profondément nostalgique, j’ai sans arrêt le blues dans la vie. On se fait une fête des choses et les choses passent tellement vite… l’écriture, c’est peut-être de garder au maximum des choses qui passent trop vite. J’ai 42 ans et j’ai l’impression d’avoir basculé de l’autre côté. Je commence à regarder un maximum derrière moi. Ça se ressent dans mon écriture, en tout cas, dans ce recueil là.

Tu as l’image d’un type gentil, avenant, sensible, poli, alors qu’il y a dans ton recueil des nouvelles très cruelles. Tu montres dans l’écriture ce que tu caches en toi ?

Luc-Michel : C’est une soupape, c’est vrai. Il y a des nouvelles dans lesquelles je me suis lâché. C’est le monde qui veut ça, on enfonce des portes ouvertes en permanence. Aujourd’hui, nous sommes tellement dans le policé, que j’ai ressenti le besoin d’exorciser ce que j’avais en moi.

Éric, arrives-tu à lire les nouvelles de ton frère en toute objectivité.

Éric : Non, quand ce sont des histoires trop proches ? « Royan, marée montante », par exemple, j’étais incapable de dire si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Ça parle de notre grand-père… c’est vraiment trop proche.

Votre père doit être heureux de vous voir écrire des livres ?

Éric : Il m’a fait un beau compliment en me disant qu’en lisant Morts thématiques, il a fallu qu’il réalise que c’était son fils qui avait écrit le roman. Il s’est laissé complètement embarquer par l’histoire.

Luc-Michel : il m’a fait la même remarque…

Et votre mère ?

Éric : Elle montre plus qu’elle est fière. Mon père aussi est fier, mais il a plus de pudeur. En même temps, il a toujours eu peur que les choses s’arrêtent ou que l’on s’emballe trop. Il n’a jamais voulu que l’on se fasse d’illusion. Il a peur que l’on s’enthousiasme trop. Il est plus pudique que maman.

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Merci à Eric et Luc-Michel Fouassier pour leur talent, leur humour et leur sympathie permanente. Belle carrière littéraire à vous deux !

Dernière minute : Le roman d'Eric Fouassier Le Traducteur vient de se voir décerner le premier prix littéraire de l'année (Prix littéraire www.salondulivre.net), dont le vainqueur est proclamé sur Internet le 1er janvier, à la première seconde.

23 février 2009

Ce samedi à la Fnac Val d'Europe...

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(Photo: Nathalie Desnoix)
... j'animais pour 77FM, une rencontre avec l'auteur de "Un secret", Philippe Grimbert. À ses côtés, il a tenu à la présence de Luc-Michel Fouassier (déjà le héros de ma précédente note) qui a publié son premier livre "Histoires Jivaro", 100 nouvelles de 100 mots.
FNAC LIVE était là pour filmer.
Voici le résultat... 45 minutes réduites à 2x5 minutes.

 Première partie: 5:35

2eme partie: 4:50

Retrouvez plus d'actualité littéraire sur fnaclive: http://www.fnaclive.com

28 janvier 2009

Régine Deforges et Luc-Michel Fouassier!

 

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L’idée de base était simple.

Réunir un auteur confirmé et un auteur « débutant » autour d’une même table et discuter de l’actualité de l’un et de l’autre.

Tous les mois deux nouveaux invités.

Un peu casse-gueule le concept.

Surtout dans le centre commercial le plus grand d’Europe. A priori (j’en ai des tonnes, des aprioris ), les gens viennent plus pour baguenauder ou pour faire des emplettes que pour s’installer une trentaine de minutes à écouter 3 personnes deviser sur la littérature et son petit monde germanopratin de la fin des années 60 à nos jours.

C’est pourtant bien ce qu’il s’est passé samedi dernier au Forum des rencontres de la FNAC Val d’Europe.

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Pour cette première, Régine Deforges a « adoubé » Luc-Michel Fouassier.

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La première est venue présenter son dernier ouvrage A Paris au printemps, ça sent la merde et le lilas (éditions Fayard).

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Dans ce livre, elle promène sur l’année 1968 un regard amusé, certes ironique, mais honnête toujours. C’est à cette époque que Régine Deforges est devenue « la scandaleuse », « la polissonne », « la papesse de l’érotisme ». Il faut dire qu’elle a été la première femme éditrice en France… et que son premier livre publié était Le con d’Irène de Louis Aragon. Elle ne compte plus les fois où elle a été condamnée pour, notamment, « outrage aux bonnes mœurs par la voie du livre »… Bref, on peut dire ce qu’on veut d’elle, mais, personnellement, j’ai toujours trouvé que cette femme-là avait des couilles !

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Au côté de Régine Deforges, un nouvel auteur, Luc-Michel Fouassier, né précisément en ce fameux mois de mai 68. Il publie son premier ouvrage, Histoires Jivaro, 100 nouvelles de 100 mots (éditions Quadrature).

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J’ai déjà mandorisé cet auteur, car j’ai eu un véritable coup de cœur pour cet opuscule. Il est aussi le directeur du Salon du Livre d’Ozoir-la-Ferrière. Luc-Michel Fouassier essuie les plâtres de ces rencontres littéraires originales, car il n’est pas loin d’être celui qui nous en a donné l’idée.

(Et comment j’ai jubilé à l’idée d’être celui qui allait animer « la chose »…)

(Et comment, je compose moi-même les plateaux, en suggérant habilement le nom de certains auteurs qui me tiennent à cœur…)

(J’ai les noms des deux prochains auteurs confirmés, mais je ne dis rien pour le moment.)

(Hors de question que je vous livre ne serait-ce qu’une once d’indice… mais, quand même lui et elle évoquent dans leurs livres respectifs des pages de l’histoire qui me passionnent.)

EDIT LE 1er février 2009:

Voici en ligne l’intégralité audio de l’interview.

A écouter parce que La Deforges, elle ne mâche pas ses mots !

Boudiou!

27 novembre 2008

Luc-Michel Fouassier... bonnes nouvelles!

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Ca fait déjà 3 ans que j’observe une maison d’édition qui publie uniquement 3 recueils de nouvelles par an. Les éditions Quadrature est une maison (belge) exigeante et sans concession. Ma nouvelle amie à moi que j’ai Emmanuelle Urien y a d'ailleurs publié un ouvrage
J’ai demandé à un des auteurs dont j’ai particulièrement apprécié la prose de venir à 77FM (à Crégy-les-Meaux) m’en parler.

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Luc-Michel Fouassier est instituteur, organisateur du salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière et écrivain, nouvelliste, auteur de Histoires Jivaro, 100 nouvelles de 100 mots (paru le 31 octobre).

Mandor : Vous êtes très malin. Dans vos courtes nouvelles, on s’attend rarement à la chute. C’est le principe de votre livre ? Surprendre à la dernière phrase…

Luc-Michel Fouassier : Il y a deux types de nouvelles. Celles qui veut installer un climat et celle où la chute est prépondérante. Je me disais que sur des textes aussi courts la facilité aurait été d’aller vers des textes d’ambiance ou d’humeur. Moi, j’ai préféré dérouler des histoires avec une réelle chute. Et sur cent mots, c’était une difficulté qui m’intéressait.

M : Vous avez raconté des pans de votre vie où vous vous êtes inspiré de la vie des autres ?

L-M F : Euh… je me suis inspiré de ma vie, certes, mais je tiens à préciser que LUXURE et MATURE sont des nouvelles totalement inventées. Mais la plupart des autres sont tirés de mon vécu personnel, effectivement. Dans les relations familiales ou de couples, il y a une petite part de vérité. L’important pour moi est que toutes mes nouvelles parlent aux gens. Mon premier objectif étaient que chacun se retrouve dans chaque texte.

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M : Hemingway disait : « la quintessence d’une nouvelle c’est ce qui tient sur le dos d’une boite d’allumette ». Vous êtes d’accord avec lui, je présume…

L-M F : Bien sûr. On s’aperçoit, en lisant beaucoup de romans, qu’il y a souvent du ventre mou. Il m’arrive de me dire que tel ou tel livre aurait fait une bonne nouvelle. Puisque les gens veulent rallonger une nouvelle pour en faire un roman, par réaction, j’ai décidé de faire l’opposé. Je les raccourci à l’extrême pour donner leur importance à chaque mot. Bon, je dois dire que j’écris aussi des romans, ce n’est pas non plus chez moi, une obsession de faire court.

M : C’est quoi la difficulté de faire court ?

L-M F : Moi, je trouve qu’au contraire, la facilité est là. On va à l’essentiel, on est sur des rails et on sait où on va.

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M : Vous écrivez depuis 20 ans et c’est votre premier livre… que dois-je en conclure ?

L-M F : Que j’ai pris mon temps pour envoyer ma prose à des éditeurs… je pensais qu’il fallait que j’envoie quelques choses de très original pour pouvoir convaincre un éditeur quand on est inconnu.

macao.jpgM : Vous vivez pour les mots… je sens en vous en esprit bouillonnant et un assoiffé de textes.

L-M F : J’ai vécu pour les livres, je vis pour ça et je vivrai toujours pour la littérature. Ca m’a sauvé! Un jour, dans ma prime jeunesse, je m’ennuyais profondément, je suis tombé sur un livre et la vie s’est ouverte.

M : Quel était ce livre salvateur ?

L-M F : Bob Morane, « L’empereur de Macao ». Ca m’a marqué… L’empereur de Macao, je l’ai cherché partout, même chez d’autres auteurs. Il a été dans Voyage au bout de la nuit, dans L’étranger de Camus, il a été partout…  Merci à Henri Vernes !

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M : Un prochain livre en perspective ?

L-M Fouassier : Oui… j’ai fini un roman et c’est une bombe. Ca se passe dans le milieu de l’éducation nationale. Ce n’est pas autobiographique, mais je lance un pavé dans la mare.

M : Pfff… encore un livre sur l’éducation nationale ! ! !

L-M F : Non, c’est autre chose. Il y a moins de sérieux et plus de fantaisies. Ceci étant, il faudra une certaine forme de courage à un éditeur pour le publier. Ca s’appelle Le Hussard dilettante.

Je précise que ses nouvelles se picorent avec avidité, qu’il est difficile de ne pas le lire en intégralité séance tenante, qu’il y en a pour tous les (bons) goûts et que Luc-Michel Fouassier parvient à étonner, émouvoir, choquer, sourire (presque) à chaque nouvelle…

Le voici en pleine séance de dédicaces...

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Il m’a offert un texte inédit sur le même principe. 100 mots. J’ai préféré ne pas le publier. Trop peur que vous jugiez sur un texte non représentatif du reste…
Il se savoure dans son ensemble.
A lire, donc.