Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11 mai 2019

Louis Arlette : interview pour Des ruines et des poèmes

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo : Frank Loriou et mandorisé là)

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo à gauche : Frank Loriou)

Après son premier disque Sourire carnivore, Louis Arlette, auteur-compositeur-interprète et ingénieur du son, remarqué par le duo Air, a sorti le 15 mars 2019 Des ruines et des Poèmes, un album pop-rock aux influences de musique industrielle mêlée de chansons à dimension littéraire, le tout, très accessible. J’apprécie beaucoup cet artiste et je le suis à chaque fois qu’il sort un disque, c’est-à-dire depuis 2016.

(Première mandorisation ici et la seconde ).

Le 31 mai, il sera à 18 heures, en showcase chez Gibert Saint-Michel (Paris) et le 26 juin, au Café de la Danse (Paris). Mais aujourd’hui, il est chez Mandor pour évoquer ce nouvel album (que vous pouvez découvrir ici)

Le 22 mars dernier, il m’a donné rendez-vous à la Halle Saint-Pierre, un musée consacré à l'art brut, singulier (ça lui correspondait bien), au pied de la butte Montmartre.

Biographie officielle signée Thomas Burgel (un peu écourtée) :louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo à droite : Frank Loriou)

Début 2018, Louis Arlette publiait son premier album Sourire Carnivore et, déjà, tout y était. Un premier coup de tonnerre, douze chansons comme les 12 Travaux d’Héraclès pour piocher, comme lui, dans cette mythologie et littérature grecques qu’il dévore et affectionne. Une électricité libératrice et de l’électronique tapageuse, des chansons sensibles et grandioses, de régulières visites aux plus hautes lumières ou des chutes vertigineuses dans les abîmes, des mélodies aux marques indélébiles, des arrangements opulents et dédaléens, des textes ciselés, une voix se posant en maîtresse absolue de cet impressionnant édifice. Sourire Carnivore était le résultat d’une collision parfaite entre toutes les influences qui depuis l’adolescence, après des années passées penché sur le violon dont il a studieusement appris les miracles et dont il a fait son premier métier, se sont croisées dans son large spectre d’écoute ; les grands Brel ou Ferré, Depeche Mode, Radiohead, Daniel Darc, The Cure, Étienne Daho, les tricolores et les anglo-saxons, la chanson et le rock, la pop éclatante des Beatles et l’expérimentation sonique de Nine Inch Nails.

Archéologue de l’intime et géologue des humeurs de l’époque, Louis a dû, au passage, laisser quelques peaux pour réussir son impressionnante mue. "Il ne restera de mon règne, rien que des Ruines et des Poèmes", chante-t-il sur la profonde et bouleversante chanson du même titre. Pour entamer la suite de son périple, le Parisien a ainsi d’abord dû laisser une partie de lui-même, pour le pire comme pour le meilleur : la déflagration personnelle qu’a constituée son premier album a entraîné cet addictif naturel vers quelques précipices moraux et intimes dont il n’a pas été facile de s’extraire. Pour s'arracher de l’ornière et repartir en conquête, Louis a également dû se débarrasser de ses trop bonnes habitudes, de son bagage technique - celui que des années de pratique professionnelle et obsessionnelle du studio, notamment aux côté de Air dans leur mythique Studio de la rue de l’Atlas, ont posé sur ses épaules et imprimé dans ses synapses de laborantin sonique.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandorLe disque par Thomas Burgel :

(Photo de la pochette : Frank Loriou)

À l’image de la reprise extraordinaire, atomique et exaltante de « Je suis un soir d’été » de Brel, Des Ruines et des Poèmes ne manque jamais de force. Bien au contraire : enregistré au Studio Ferber avec l’aide et l’oreille bienveillante de Philippe Paradis (Christophe, Thiéfaine, Zazie…), ce deuxième album en forme de seconde naissance irradie de puissance et de rage, déborde de beautés héroïques, de morsures magnifiques, de tumultueuses amertumes. Sa ligne plus claire, le dénuement relatif de ses arrangements, les angles plus aigus de son électricité à la colère rentrée, ses beats mécaniques, ses sonorités comme taillées à la serpe, ses synthés tranchants comme des silex ou son électricité pointilliste laissent ses chansons inspirer et expirer leurs airs, bons et mauvais, beaucoup plus librement et beaucoup plus intimement. Du noir, beaucoup, de la lumière, beaucoup aussi, l’un magnifiant l’autre comme un yin et un yang indispensables à la vie, à la mort, à la splendeur de toute chose : pas étonnant que l’un des artistes favoris de Louis Arlette soit le Caravage. Et dans ses clairs éblouissants et ces obscurs dévorants, les textes du Français, d’une vérité et d’une sincérité confondantes, trouvent une profonde résonance. Plongée acide dans les luttes intimes comme les chaos collectifs, dans les affres des corps comme dans ceux des émotions, dans les relations toxiques ou les envies maladives, les fluides infestés et les orages mentaux, ils documentent l’époque et ses troubles d’une manière sidérante.

Des ruines, mais des poèmes : Louis Arlette a peut-être avec son deuxième album, entre les beautés venimeuses de ses textes et la force herculéenne de ses morceaux, écrit la bande-son idéale, et finalement très jouissive, de ces fracas chaotiques.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo : Frank Loriou)

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandorInterview :

Tu enchaines deux albums en moins d’un an. Pourquoi ?

Entre le moment où j’ai terminé Sourire carnivore et le moment où il est sorti, il s’est écoulé un an, pour diverses raisons, notamment d’organisation et de stratégie. C’était mon premier disque et j’ai découvert tout ce qu’il ne fallait pas faire quand on sort un premier album.

Après Sourire carnivore, tu as fait beaucoup de scènes. Est-ce que tous ces concerts très énergiques ont changé ta façon d’envisager la musique pour ce nouveau disque, Des ruines et des poèmes ?

La scène, c’est cette explosion de toute la tension qu’on a accumulé. Il y a un côté très sexuel. Artistiquement parlant, une fois qu’on a obtenu ce que l’on veut, c’est vrai qu’on a envie de voir ailleurs. Je ne voulais absolument pas faire un Sourire carnivore 2. J’ai voulu aller plus loin.

Je trouve que tu chantes mieux et plus. Je me trompe ?

La voix, c’est ma discipline. C’est vraiment ce que je travaille quotidiennement. C’est important pour moi parce que je sais que c’est grâce à la voix que je vais pouvoir faire passer ce que je veux faire passer. La voix, c’est ce qui va permettre d’exprimer les textes et les textes, c’est la base. Même si je suis passionné par le son, je considère que ce n’est qu’un accompagnement.

Clip de "Je suis un soir d'été" (de Jacques Brel), tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Tu m’as dit que ce que tu veux transmettre, c’est avant tout pour toi.

En effet, c’est pour un ressenti physique. Je ne veux pas me priver du plaisir de cette sensation. Je voudrais aller au bout des sensations qui sont possibles. C’est un travail qui est sans fin et c’est ce qui est passionnant dans l’art en général. J’aime la discipline qu’il faut avoir pour s’améliorer et progresser.

As-tu travaillé le son de manière aussi rigoureuse que pour ton album précédent ?

Sur Sourire carnivore, j’étais vraiment tout seul pour tout faire. C’était un travail de titan et quand je suis ressorti de là, j’étais vidé, complètement épuisé. Je suis même tombé malade pour tout te dire. Sur celui-là, je me suis autorisé le fait d’avoir une équipe. Je voulais changer ma façon de faire pour voir ce que ça pouvait donner. Ça m’a permis de prendre plus de distance. L’équipe qui a travaillé avec moi a été très courageuse, car j’ai été obsessionnel jusqu’au bout. Je visais la perfection, même si je savais que nous n’allions pas l’atteindre.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo : Frank Loriou)

Tu as travaillé avec le réalisateur Philippe Paradis qui a officié comme réalisateur pour des sommités de la chanson française comme Zazie, Christophe, Daran ou Thiéfaine.

Je trouvais son son assez fascinant et rare. A la fois anglo-saxon et particulier.

Vous êtes deux artistes exigeants. Tu as travaillé facilement avec lui.

Au début, je ne savais pas exactement ce que je voulais, et donc, logiquement, lui non plus. On a confronté deux visions, deux directions et au final, Philippe Paradis a été très à l’écoute, très patient et très compréhensif. Il a vraiment fait un travail formidable.

Paradis est aussi un guitariste hors pair, il n’a fait aucune guitare sur ton disque ?

Dans cet album, le travail de la guitare est devenu très accessoire, nous nous sommes plus penchés sur des choses que j’avais l’habitude de travailler seul comme des rythmiques et des synthétiseurs. Il a pas mal épuré mon travail.

"La discorde" audio, tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

C’est un disque percutant et incisif.

Oui, tu as raison, mais il est plus minimaliste que Sourire carnivore. Des ruines et des poèmes est beaucoup moins dense. Pour moi, entre ce disque et le précédent, c’est le jour et la nuit, je l’ai bien ressenti au mixage. Toutes les choses que j’avais apprises en studio avec Air, j’avais besoin de les lâcher. Les batteries, les violons, les guitares, des couches et des couches de ceci ou de cela, ça finissait par m’étouffer.

Sur « Semence », effectivement, il n’y a qu’une boite à rythmes, une basse et parfois une guitare.

Le reste ce n’est que de la voix. Non, vraiment, nous sommes allés à l’essentiel.

Tu évoques la fin de la civilisation. Ce n’est pas un disque très optimiste sur le devenir de l’être humain.

Ce n’est pas moi qui le dis. Les climatologues sont tous d’accord là-dessus. On va droit dans le mur, mais on ne sait pas à quelle vitesse. On sait que si on ne change pas notre façon de faire, on va assister à de gros évènements graves qui nous concernent tous et qui concernent la planète dans les 30 ans à venir. Je crois aux prises d’initiatives individuelles et aux changements de comportement individuels. Avec ce disque, je n’ai l’intention de moraliser personne, ni de prêcher. Mon but est de filtrer cette atmosphère que je trouve très anxiogène et délétère. Je n’ai pas voulu faire un disque documentaire sur la situation actuelle, j’ai juste voulu transmettre mon ressenti, mais imbibé par ce côté babylonien du monde. Tu dis que ce n’est pas optimiste, mais ce n’est pas pessimiste non plus. J’aime citer Fernando Pessoa. Il disait qu’il n’était pas pessimiste, mais triste.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo : Frank Loriou)

Je te rassure, même s’il y a des tourments, de l’anxiété et de la colère, je n’ai pas trouvé ton disque déprimant.

La pop music n’est pas faite pour déprimer. Le but de l’art est de réussir à trouver de la beauté partout et de la lumière au milieu de toute cette ombre. C’est ce qui pourrait définir ce que je recherche le plus, ce contraste entre l’ombre et la lumière.

J’ai l’impression que ce disque est plus direct. Il peut plus toucher le public parce que plus pop.

Je pense que ça vient de l’épure musicale et parce que je suis allé plus au fond des choses au niveau des textes. C’est plus premier degré.

Tu es quelqu’un de tourmenté ?

Tourmenté et à la fois apaisé. C’est comme si à l’intérieur de moi, il y avait un océan qui bouillonnait. Le tout est de savoir contenir ses tempêtes intérieures dans une cuvette… une cuvette qui serait l’art et la discipline. C’est un bon résumé de la condition humaine. On en est tous là.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

(Photo : Fred Petit)

Tu n’as pas un rejet de ce qu’est le monde ?

Non, c’est une acceptation, une résignation.

C’est l’art qui te sauve ?

C’est l’art qui nous sauve tous. C’est l’art qui permet la transmission, qui permet aux êtres humains de communiquer entre eux de la façon la plus pure et la plus vraie possible.

"Hécatombe" audio, tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Je sais que tu es un grand lecteur de classique.

Parfois aussi de contemporains, mais j’ai des classiques qui ne me quittent jamais.

Ça se sent dans ton écriture… comme si tu rendais hommage à tes ainés. Dans la chanson « Des ruines et des poèmes », on est carrément dans l’Iliade d’Homère.

C’est un livre que j’ai lu et relu l’année dernière et qui m’a vraiment bouleversé. Je trouvais formidable que plus de 2500 ans après, cette œuvre continue à influencer des artistes d’aujourd’hui.

Dont toi.

Dont moi. « Des ruines et des poèmes » est parti du personnage d’Hector qui se fait tuer pendant la guerre de Troie par Achille. Je trouve qu’Hector est un personnage très touchant parce qu’il est un peu un héros de l’ombre. C’est un homme qui est protégé par les dieux, mais ce n’est qu’un homme, un bon père destiné à être également un bon roi. Il est l’exact contraire d’Achille. Lui ne doit son salut qu’aux dieux. Il humilie Hector en le trainant derrière son char dans la ville de Troie. Au moment où Hector se fait tuer, il est indiqué dans l’Iliade qu’il se fait trancher la gorge, mais qu’il a le temps de dire quelques mots. Dans ma chanson, j’ai voulu développer ses mots. Evidemment, je m’identifie à ce personnage.

"Des ruines et des poèmes", tiré de l'album Des ruines et des poèmes.

Je parle rarement des pochettes. Mais là, je vois Louis Arlette qui sourit. C’est extrêmement rare, non ?

C’est un sourire à la Joconde. C’est une photo qui m’a tout de suite sauté aux yeux quand j’ai reçu le résultat de cette séance qu’on a faite avec le photographe Frank Loriou. Ce qui me plait dans cette photo, c’est la côté Caravage, ombre et lumière, le clair-obscur.

Je te le dis à chaque fois que l’on se voit, mais je trouve que tu es à part dans ce milieu.

Est-ce qu’être à part ne définirait pas l’artiste ? Est-ce que toutes les œuvres qui valent quelque chose ne seraient pas un peu à part ?

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

Pendant l'interview, le 22 mars 2019, à la Halle Saint-Pierre.

louis arlette,des ruines et des poèmes,interview,mandor

26 septembre 2017

Louis Arlette : mini biographie à l'occasion de la sortie de son EP A notre gloire

18835631_1563465830352974_3503610304136390101_n.jpg

On m'a demandé d'écrire une mini bio pour un artiste que j'aime beaucoup, Louis Arlette (mandorisé là). J'ai accepté uniquement parce qu'il est rare, précieux et fort talentueux. D'autres suivront (pour les mêmes raisons). Pour écrire sur quelqu'un il faut que je l'apprécie professionnellement et humainement. J'aime bien l'exercice de raconter une vie musicale sur deux pages. Voilà ce que cela donne, dans le cas de Louis Arlette qui sort le 13 octobre prochain  un premier EP, À Notre Gloire, extrait de l’album Sourire carnivore (sortie le 19 janvier 2018).

jj.jpg

JJJ.jpg

JJJJ.jpg

jjjjj.jpg

Louis Arlette / Nouvel Ep / A notre gloire. Enregistré en live au Studio Kremlin. Réalisé par Julien Reymond

Chant : Louis Arlette. Guitare : Isïa Marie. Claviers : Pierre-Emmanuel Chassain. Batterie : Julien Boyé.

a.jpg

 

aa.jpg

aaa.jpg

louis arlette,à notre gloire,sourire carnivore,biographie,mandor,françois alquier

Avec Louis Arlette, le 14 juin 2017 (après l'interview pour élaborer cette mini bio.)

Le 30 septembre 2017,  j'ai passé un long moment avec Louis Arlette (qui était en première partie de Soan au Trabendo) et sa team. 

louis arlette,à notre gloire,sourire carnivore,biographie,mandor,françois alquier

Gaël Chosson ( batteur de [no one is innocent]), Louis Arlette et Isïa Marie.

louis arlette,à notre gloire,sourire carnivore,biographie,mandor,françois alquier

Gaël Chosson ( batteur de [no one is innocent]), Louis Arlette et Isïa Marie.

louis arlette,à notre gloire,sourire carnivore,biographie,mandor,françois alquier

La team au complet.

louis arlette,à notre gloire,sourire carnivore,biographie,mandor,françois alquier

La team au complet (bis).

 

22 octobre 2016

Louis Arlette : interview pour la sortie de son premier EP eponyme

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorLouis Arlette vient de sortir un premier EP, sorte de « chanson française électro à tendance industrielle ». Le disque propose cinq titres aux textes soignés, évoluant au sein d’une instrumentation vintage, mais résolument moderne On navigue entre pop, indus et quelque chose de slave qui remonte aux origines de l’artiste. Son monde est assez dark mais fascinant. Ce nouveau prodige (qui est loin d’être un débutant) a tout d’un grand.

Le 27 septembre dernier, Louis Arlette est venu à l’agence pour sa première mandorisation… d’un assez haut niveau.

Biographie officielle (signé Christian Eudeline), mais largement écourtée (par moi) :

30 ans à peine, mais déjà une bonne dizaine d’années au service de la musique. Voire plus, car Louis est d’abord un musicien. Après des années passées au Conservatoire, section violon et piano, à 17 ans, il intègre un orchestre qui désire constituer un répertoire allant des grands compositeurs classiques à la musique issue des folklores du Caucase. Etudiant à la faculté de Paris 8 en musicologie, la découverte de la création électro-acoustique sera révélatrice, Louis commence à se monter son propre studio d’enregistrement. Il a 18 ans. Puis il s’inscrit dans une école d’ingénieur du son, la SAE. Au bout de six mois, le Directeur contacté par l’agent du groupe Air à la recherche du meilleur élève de sa promotion lui propose un stage. Au début il était l’assistant, sur les sessions de Love 2 tout d’abord, puis il a mixé le suivant Le Voyage Dans La Lune. Dix ans plus tard, Louis accompagne toujours Nicolas Godin et a mixé récemment son disque solo Contrepoint sorti l’année dernière.

Entre temps, il a aussi travaillé sur de nombreuses publicités avec Jean-Paul Goude, pour Chanel, Kenzo,louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor H&M, plusieurs défilés de mode…

En parallèle de ce travail que l’on imagine extrêmement prenant avec Air, d’homme assez talentueux pour tout faire, Louis Arlette commence à composer pour lui. En fait il l’a toujours fait, mais hésite encore sur la forme. Au début, il a commencé en anglais avec un groupe, mais ce n’était pas son truc. C’était une souffrance de chanter en anglais, ce n’est pas sa langue natale…Rien à voir avec cette musique qu’il nous livre désormais. Une musique picturale, déclinée en français.

La pop de Louis est un mélange de deux mondes, celui d’un savoir-faire vintage, il s’accompagne d’un matériel d’époque, un authentique Rhodes de 1979, mais définitivement ancré dans son époque par ces habillages électroniques qu’il envoie entre deux phrases. Des bidouillages qui éclairent ces chansons d’une lueur sombre mais profondément éblouissante.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorInterview :

As-tu été élevé dans un environnement où la musique a été importante ?

Mes parents ne sont pas musiciens, mais j’ai des souvenirs liés à la musique quand j’étais très jeune. Ma mère avait une collection assez restreinte de vinyle. J’ai appris bien plus tard que c’était des mecs qui lui offraient pour la draguer. Elle était étudiante, agrégée de Lettres. Bref, dans ces vinyles-là, il y avait Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et Wish You Were Here des Pink Floyd. Je me souviens très clairement de la sensation que j’ai ressentie quand j’ai écouté ces espèces de chocs musicaux. Il s’est passé quelque chose en moi que je n’arrive pas à expliquer. J’ai été happé sans pouvoir lutter. J’avais la tête qui arrivait à la hauteur de la platine, mais j’avais déjà compris l’importance qu’allait prendre la musique dans ma vie.

A l’âge de 11 ans, ta maman t’a ramené une machine très curieuse avec plein de boutons…

C’était une machine qui permettait de faire des sons. Quand je me suis aperçu de tous ceux que l’on pouvait faire avec, violons, orgues, boite à rythme, je me suis mis à tourner sur moi-même dans ma chambre. De bonheur. A ce moment-là, j’ai été heureux comme jamais. Aujourd’hui, j’essaie toujours de me rapprocher le plus possible de cette sensation-là.

Cela t’a donné des perspectives d’avenir ?

Inconsciemment. C’est la première fois de ma vie que j’ai été confronté à la notion de bonheur. Je me suis rendu compte que j’avais besoin de machines autour de moi. Aujourd’hui, je ne peux pas passer trop de temps en dehors d’un studio.

Ce sont tes parents qui t’ont encouragé à te mettre à la musique, à l’éveil musical. louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Ils m’ont aussi encouragé à rentrer au Conservatoire. J’y ai étudié le piano, le violon et le chant. Après, j’ai eu la chance de rencontrer un prof de violon qui était arménien. Il m’a beaucoup appris sur la discipline et la rigueur. C’était quelqu’un de très exigeant.

Le Conservatoire, tu as aimé ?

Il peut être non seulement conventionnel et parfois même assez médiocre. L’enseignement de la musique au Conservatoire n’est pas très exigeant. Le petit Conservatoire de commune avec le petit professeur qui est rigide dans sa façon de faire, qui n’a pas d’ambition, qui n’a pas d’oreilles musicales et qui s’emmerde avec ses élèves, on en croise assez souvent.  Le professeur arménien dont je te parle était presque une exception.

Tu as vite souhaité sortir des chemins bien balisés de la musique…

J’ai fait un peu de jazz à 16 ans et un jour, j’ai vu Didier Lockwood. Ses prestations m’ont fasciné. Je suis donc passé au violon électrique. J’ai découvert les effets et la réverbération. J’ai trouvé ça génial et j’ai compris que ça m’ouvrait le champ du possible musicalement.

Tu as fait des études de musicologie à Paris VIII.

Un super souvenir.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Si je comprends ton parcours, tu as souhaité tout maitriser de la musique pour, ensuite, en faire ce que tu voulais ?

Je suis très touché par cette remarque parce que c’est exactement ça. Je ne prétends pas avoir la connaissance globale de la musique, mais mon souhait est de comprendre cet art le mieux possible. L’enregistrement, la sensation, l’émotion, tout me fascine dans la musique. J’ai besoin de tout pouvoir saisir et maitriser… Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé 10 ans avec d’autres artistes en studio avant de me sentir prêt à aborder mon projet solo.

Tu t’es fait remarquer alors que tu faisais des études dans une école d’ingénieur du son, dans laquelle tu étais le meilleur de ta promo.

C’est la première fois de ma vie que j’étais fasciné par les études. J’ai toujours été studieux, mais jamais passionné. Là, j’aimais aller en cours. Il y a des compositeurs qui venaient, qui nous faisaient écouter leurs œuvres et après, nous commentions. C’était génial.

Mais toi, ton truc, c’était les synthétiseurs.

 Oui. Et j’étais authentiquement fasciné par l’univers des studios, les professeurs s’en sont vite rendu compte. Quand Air a contacté l’école pour chercher un nouvel assistant, ils m’ont proposé. C’est aussi simple que cela.

Tu aimais bien Air ?

Très honnêtement, je ne connaissais pas à fond. J’avais beaucoup aimé la BO de The Virgin Suicides. Ce disque m’avait interrogé. Je le trouvais étrange. Quand j’ai écouté l’album Moon Safari, là, j’ai été pris par la magie. Quand j’ai rencontré Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel pour la première fois, j’étais très anxieux. Je savais que c’était important. Très vite, je suis devenu leur ingénieur du son.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorTu es devenu l’assistant sur l’album Love 2. Cela consistait en quoi ?

Dès le premier jour, j’ai placé les micros, j’ai enregistré et j’ai eu carte blanche. Cela m’avait étonné. J’étais un stagiaire, disons efficace.

Tu es resté pour le suivant.

On s’était bien entendu à plein de niveaux. Quand on passe autant de temps en studio avec les mêmes personnes, il y a forcément des accointances. Mais j’ai aussi assisté à des tensions et des frictions. Ce n’est pas un scoop, sur Le voyage dans la lune, le duo a eu de sérieuses engueulades, au point que Jean-Benoît nous a laissé terminer le disque avec Nicolas. On a mixé cet album tous les deux.

Tu débutes avec un duo de légende, tu t’en rends compte à ce moment-là?louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Oui, bien sûr. Je l’ai toujours pris comme un cadeau de la vie. Je me suis tellement senti à ma place le premier jour où je suis arrivé au studio que je ne me suis posé aucune question. Je savais l’importance de ce duo.  Je voyais les journalistes défiler, la maison de disque aussi,  avec le champagne, mais je m’en moquais. Pour le coup, moi, je ne me sentais pas très à l’aise dans cet élément-là plus lié à l’industrie musicale qu’à la musique elle-même.  

Tu participais à des concerts ?

On préparait les concerts en studio, mais je n’ai jamais fait de tournée avec eux. Par contre aujourd’hui, j’accompagne Nicolas sur scène. Je m’occupe de tous les sons synthétiques. J’ai beaucoup travaillé avec lui sur son album solo Contrepoint. J’ai « assisté » Air pendant huit louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorans, je commence à bien le connaître. J’ai pris des habitudes et on savait de quoi on parlait.

Que représentent pour toi les machines ?

Elles me permettent de résumer ma démarche musicale, un mélange de musique électronique et de musique acoustique. Les machines sont une extension de mon corps. Nous, êtres humains, on a des mains, des pieds, mais on peut les étendre.

On va revenir à tes débuts à toi en solo. Tu as commencé avec un projet en langue anglaise. Je ne te félicite pas.

(Rires) C’était une torture absolue à tous les niveaux. J’ai commencé à chanter en anglais dans un groupe, je ne sais même pas pourquoi… un réflexe masochiste. Je ne m’exprimais pas personnellement, je passais des messages qui n’étaient pas les miens, que je ne ressentais pas. Je ne retrouvais aucune sincérité dans ce que je faisais, alors que c’est primordial quand on fait de la musique.

Pour toi, tout part du texte.

Oui, j’ai un message à faire passer. C’est pour cela que je me revendique de la chanson française. Je place le son en fonction du texte. Si je veux parler de la rivière, de l’or et de la mort, le texte autour de moi doit m’entourer, me submerger, faire des vagues autour de moi…

Clip officiel de "Jeux d'or".

Cet amour que tu as des beaux textes ne viendrait-il pas de ta maman, professeur de Lettres louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandorAnciennes ? Et je vais plus loin… As-tu quelque chose à prouver à tes parents en voulant toujours toucher l’excellence musicalement et textuellement ?

On a toujours quelque chose à prouver à ses parents. Je ne vais pas approfondir la question. J’ai aussi à me prouver à moi-même, mais c’est les parents qui transmettent cette envie de se prouver les choses. Jeune, ma mère m’a fait découvrir beaucoup d’auteurs classiques et cela m’est resté. J’ai toujours eu une fascination pour les auteurs classiques.

Qui ?

Proust est un auteur qui m’écrase de son génie. Je ne trouverais pas ça scandaleux de ne lire que son œuvre  jusqu’à la fin de ma vie.

A chaque lecture de Proust, tu trouves quelque chose de non explorée dans la lecture précédente ?

Tout à fait. Ça parle de tout. C’est à la fois une réflexion sur une société, sur l’art, sur l’amour, sur ce que l’on a au plus profond de soi. Il est capable d’étendre dans le temps une sensation qu’il a eu et de l’approfondir jusqu’à l’essence même que l’on retrouve nulle part ailleurs.

Proust n’arrivait pas à s’exprimer à la première personne. Tu aimais bien son narrateur ?

Mais, je m’identifie tellement, et humblement, à ce narrateur. Il se voudrait artiste, mais il sent qu’il n’est pas prêt. Il se sent écrasé par les artistes géniaux qu’il apprécie. Il réussit à la fin à comprendre qu’il a le droit d’exprimer sa personnalité à partir du moment où il le fait sincèrement. Chacun a le droit de s’exprimer et l’art est le seul moyen d’expression qui permet de le faire. Il ne faut surtout pas s’en priver.

"L'avalanche", version live en avril 2016.

Les auteurs de chansons te fascinent moins que les auteurs de romans ?

La new wave de The Cure et Depeche Mode m’a beaucoup influencé. La pop des Beatles et de Radiohead aussi. Je suis un fan de la musique industrielle. Des groupes les plus connus à ceux nettement plus confidentiels.

(Là, j’avoue, Louis Arlette m’a donné des noms, tous à consonances germaniques assez compliquées et à rallonge. J’ai renoncé à faire des recherches sur le net pour les orthographier correctement. Pardon.)

Et dans la pop francophone ?

J’adore Indochine, les Rita Mitsouko, Taxi Girl, Etienne Daho.

Et dans les classiques ?

Brel, Brassens, Gainsbourg, Vian. Et puis, j’ai une tendresse pour Henri Salvador et Yves Duteil. Ma maman me faisait écouter leurs chansons le soir, avant de m’endormir.

Quand j’entends ta musique, j’entends aussi un peu le Christophe d’aujourd’hui.

Nous avons effectivement la même démarche. C’est drôle parce que, récemment, je lisais une interview de lui dans laquelle il disait que son souhait serait de collaborer avec Trent Reznor, le chanteur de Nine Inch Nails. Donc, il est proche de la mouvance  musique industrielle. Là où on diffère, c’est qu’il a aussi dit qu’il considérait sa voix comme du son. Il chante comme s’il jouait d’un synthétiseur. Personnellement, je me considère comme chanteur. Lui, il se considère comme un instrument, une expérimentation.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Pendant l'interview...

Comment as-tu sélectionné les 4 titres de ton EP ?

C’était les morceaux tout à fait prêts, présentables, digérés. C’est un point de départ qui  formait un ensemble, une belle cohérence. Il y a suffisamment de matière dans ces 4 titres pour résumer l’essentiel de la démarche de mon projet

Que pensent tes parents de ces chansons ? (Je l’agace).

(Rire gêné). Je ne sais pas ce qu’ils pensent exactement. Je ne suis pas dans leur tête. Rilke disait qu’il fallait se situer de façon assez distante par rapport à ses parents et ne pas trop leur demander de soutien. J’essaie de vivre ma vie en coupant le cordon. J’ai envie de croire qu’ils sont fiers, d’une certaine façon.

Et Nicolas Godin ?

Nicolas a 20 ans derrière lui, il a des millions d’albums vendus, je ne veux pas tout mélanger pour ne pas tomber dans un schéma un peu compliqué. En tant qu’artiste en développement, je ne voulais pas avoir l’air de quémander quoi que ce soit. Je me suis contenté de me nourrir de ce que l’on pouvait vivre ensemble professionnellement. Il a écouté le disque à sa sortie. Il a été très encourageant et très bienveillant. Il m’a encouragé à continuer en me disant notamment que cela ne faisait aucun doute qu’il fallait que cela sorte. J’ai beaucoup apprécié, parce que c’est quelqu’un qui n’a pas de mal à dire « arrête ». Comme toi, il a salué l’identité et la personnalité artistique et ça, ça me touche beaucoup.

louis arlette,interview,air,nicolas godin,jean-benoît dunckel,mandor

Après l'interview, le 27 septembre 2016.