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07 février 2018

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : interview pour l'album Nous

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Grégoire Gensse, jeune homme d’à peine 30 ans est mort l’année dernière. Il était le compositeur du Cirque Plume. Il était aussi à la tête du Very Big Experimental Toubifri Orchestra, fanfare iconoclaste de dix-huit musiciens. Un jour Gensse a rencontré Loïc Lantoine… et l’osmose fut parfaite. En 2015, un spectacle autour de l’univers de ce dernier, mêlant d’anciennes et nouvelles chansons, tout en y ajoutant quelques morceaux inédits créés pour l’occasion, est né. Cette collaboration existe aussi désormais sur disque… et ça déménage !de leur rencontre. Le fruit de leu

Le 10 janvier dernier, j’ai rencontré Loic Lantoine pour la seconde fois (lire sa première mandorisation) dans un café de la capitale. Il était accompagné de la clarinettiste du Very Big Experimental Toubifri, Elodie Pasquier. Une conversation à trois des plus passionnantes.

22519593_10155190516028163_5366930480007915775_n.jpgArgumentaire du disque :

Il y a des rencontres comme ça, instantanées, évidentes, foudroyantes. Celle entre Loïc Lantoine et le Very Big Expérimental Toubifri Orchestra pète ici tous les plafonds qu'elle méritait bien une double offrande : un live pour réinventer le passé et un album original pour redéfinir le présent. Quand dix-huit musiciens, libres, aventureux et ouverts à tous les vents, font briller un auteur d'âme, l'idylle ne peut que jouer les prolongations.

Présentation des forces en présence :

Loic Lantoine : Déjà plus de 10 ans qu’il fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice François Pierron, le chantre de la « chanson pas chantée » a baroudé de bars en gites, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et 3 albums sous les aisselles : Badaboum, 1er essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme 2 ans après et du live À l’attaque, en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d’un Bukowski ch’timi ou d’un Tom Waits nordiste.  Bête de scène. Malgré lui, affirme-t-il : s’il s’est un jour lancé sur les planches, c’est parce qu’il préférait dire ses textes plutôt que de les faire lire.

Very Big Experimental Toubifri Orchestra :

Créé en 2006, le Very Big (ou le Toubifri !) est un gros orchestre de 18 musiciens, membre de la Fédération des Grands Ensembles de Jazz et musiques improvisées. Avec comme règle absolue de porter la musique à ses extrêmes limites. Fondé sur un jazz puissant et savamment maîtrisé, le Very Big est une fantasque fusion des genres, un maelström indéfinissable inspiré des mandalas cycliques du gamelan balinais et profondément marqué par la musique pop. Les modes de jeu multiples explorent la richesse des timbres, la spatialisation du son et l’énergie des instruments. Une véritable fusion des genres pour un style tout bonnement inclassable !

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23621668_1355367987908792_1585996448025325776_n.jpgInterview :

Loïc, qu’as-tu pensé de Grégoire Gensse quand tu l’as vu la première fois ?

Loïc Lantoine : Je me souviens avoir vu un hurluberlu sautillant qui m’a demandé si on pouvait faire un truc ensemble. Je l’ai trouvé très insistant, mais charmant. Il m’a envoyé le disque des Toubifri, Waiting in the Toaster, et quand je l’ai écouté, j’ai pris une bonne baffe dans la gueule. Du coup, je l’ai vouvoyé. Je l’ai appelé et je lui ai dit : « monsieur le petit lutin sauteur, finalement, j’aime beaucoup ce que vous faites ! »

Tu ne t’es pas demandé ce que tu allais faire au milieu de 18 musiciens ?

Loïc Lantoine : Il ne faut surtout pas réfléchir, sinon, tu ne fais rien. A la base, cela devait être une collaboration momentanée et courte, mais de fil en aiguille, on a décidé de laisser une trace avec des spectacles et un CD live. Au début, on ne devait faire que des reprises de mon répertoire, mais au final, on a fait aussi un album complet de nouvelles chansons.

Et en plein milieu de l’élaboration de tout ça, Grégoire Gensse est mort.

Loïc Lantoine : Ça a été la catastrophe. L’horreur absolue. On ne savait pas quoi faire. Est-ce qu’on allait repartir chacun de notre côté avec nos petits souvenirs sous le bras ou, pour ne pas devenir fou, allait on finir le disque ? On a choisi de continuer. Dans cette histoire horrible, c'est ma fierté absolue.

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Grégoire Gensse.

Elodie, toi tu es dans le Very Big Experimental Toubifri Orchestra depuis sa création. Tu avais même orTie.jpgun duo avec Grégoire Gensse qui s’appelait OrTie (photo à droite). Comment Grégoire vous a proposé de travailler avec Loïc ?

Elodie Pasquier : Grégoire a toujours été convaincant. Quand il aimait quelqu’un ou quelque chose, on ne pouvait qu’aimer aussi. On était donc obligé d’aimer Loïc Lantoine avant d’avoir écouté ce qu’il faisait (rires). Comme moi, je suis un peu contradictoire, j’ai préféré ne pas aimer tout de suite… et puis après j’ai adoré.

Loïc Lantoine : De plus, tu n’es pas branchée chanson à la base.

Elodie Pasquier : C’est vrai. C’est grâce à Grégoire que j’ai découvert cet univers. Grégoire est tombé sous le charme de Loïc, il a donc traîné les copains à un concert. Tout le monde est revenu enthousiaste. J’ai mis un peu de temps à adhérer, mais vraiment, aujourd’hui, je le trouve formidable.

Loïc, toi, tu as rejoint le groupe sans crainte ?

Loïc Lantoine : Ce n’est pas la première fois que je collabore à des projets fous. Et puis, on ne prenait pas de risques, si ça ne marchait pas, ce n’était pas grave. Il se trouve que les gens de cet orchestre sont d’une bienveillance extraordinaire, alors, tout s’est bien passé.

Elodie Pasquier : La rencontre s’est faite en douceur. Au début, on a juste réarrangés quelques chansons déjà existantes de Loïc, ce n’était pas compliqué.

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri: "Le cheveu blanc"

Toutes les nouvelles chansons devaient être composées par Grégoire. Comme il est parti,  d’autres membres du groupe ont pris le relais.

Elodie Pasquier : Dans cet orchestre, il y a des musiciens qui viennent d’univers très différents, chacun a donc une idée de l’écriture et des arrangements, du coup, on a une couleur différente à chaque titre.

Loïc Lantoine : Je suis passé de main en main. On aurait dit une tournante dans une cave. Je me suis fait souiller de musique (rires). Elodie, la sœur d’âme de Grégoire, a composé une chanson. C’est celle qui parle de lui, « Poison d’avril ». Il y avait entre Elodie et Grégoire un rapport fraternel intense.

Elodie Pasquier : Il faut dire que l’on partageait la scène dans plein de contextes autres que le Toubifri.

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : "Tu me vieux", filmé à la scène national d'Angoulême le 05 Octobre 2017 par Bob et Yak0 © COUAC PRODUCTIONS

Loïc, as-tu été surpris des propositions de l’orchestre ?

Loïc Lantoine : Bien sûr. C’est ça le but du jeu. J’ai toujours veillé depuis que je fais le boulot, à être étonné. Je suis nul en musique, je suis donc vite saisi.

Elodie Pasquier : Non, tu n’es pas nul. Arrête avec ça. Tu as un vrai sens musical. Tu dis toujours tu n’y connais rien, c’est faux. Tu ressens les structures, tu ressens les élans. Tu comprends immédiatement si c’est bien écrit, si ça marche. Ce qu’on fait n’est pas évident et est parfois compliqué. Toi, tu saisis tout. Tu  as une oreille et une sensibilité étonnante.

Loïc Antoine : La musique reste magique pour moi. J’ai besoin de me faire maltraiter. Si c’est pour que ce soit évident, ça n’a aucun intérêt. Il faut être une bête folle qu’on n’arrive pas à maitriser, c’est là où ça a du sens. C’est du rodéo cette histoire-là !

Loïc Lantoine et le Very Big Experimental Toubifri : "La nouvelle".

Travailles-tu toujours dans la douleur quand tu fais un album ?

Loïc Lantoine : Pas dans la douleur, mais pas dans la facilité non plus. La création, j’aime bien, mais je préfère la scène, je préfère jouer, je préfère quand il y a des gens. J’aime bien voir mes disques physiquement, ça prouve que j’ai fait quelque chose  dans ma vie, mais je n’aime pas les écouter. Je n’aime pas ma voix en particulier. 

Si tu n’apprécies pas spécialement ce que tu fais, tu comprends que les gens aiment par contre ?

Loïc Lantoine : Oui car je fais tout pour. Je suis consciencieux et je travaille avec amour depuis bientôt 20 ans avec un minimum de savoir-faire. Je n’ai pas à rougir de ce que je fais. Cela dit, je t'assure que j’ai plus de respect pour ce métier en général que pour mon œuvre. Ce boulot, je le trouve noble et utile.

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Pendant l'interview. (Photo: Sissi Kessaï)

Tu as conscience que pour les amateurs de chansons françaises à texte, tu es une référence ?

Loïc Lantoine : J’en ai rien à foutre et heureusement. A chaque fois que les flics m’arrêtent, je leur dis que je suis chanteur, ils sont très sceptiques (rires). Ça remet les pendules à l’heure. Tu sais, je ne suis pas trop sensible aux compliments, ni à la critique d'ailleurs. En tout cas, les superlatifs me concernant, c’est super sympa, mais c’est exagéré.

Ce n’est pas important de se sentir rassuré, de comprendre que son travail est très respecté ?

Loïc Lantoine : Si, bien sûr. Ça, tu le vois en concert. Ce sont les bravos, c’est le public attentif et réceptif..

Elodie, que penses-tu de Loïc humainement ?

Elodie Pasquier : Je suis très marquée par le premier échange que j’ai eu avec lui lors du premier jour de répet’. Grégoire avait arrangé « Pierrot ». Il y avait un solo à la clarinette que je devais interpréter. Je l’ai fait. Tout le monde semblait content. Mais à la pause, Loïc vient vers moi pour me demander si j’ai 5 minutes pour boire un coup au bistrot. Je me suis dit qu’il allait m’engueuler. En fait, il m’a parlé de ce fameux Pierrot. A chaque fois que je raconte cette anecdote, ça me fout les poils et les larmes aux yeux. J’ai appris énormément à ce moment-là. J’ai un humain en face de moi qui me parle d’un truc super important, alors que moi, je m’étais juste dit : « c’est un solo de clarinette avec telle tonalité et un mec qui chante devant ». Ce n’est pas ça. Mais alors pas du tout. Je me suis sentie une responsabilité. Depuis, ce jour, ça m’a donné une putain d’opinion sur Loïc et je n’ai jamais été déçu.

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Pendant l'interview... (Photo : Sissi Kessaï)

Qu’as-tu appris avec ce groupe Loïc ?

Loïc Lantoine : Plein de choses. C’est extrêmement difficile de naviguer en groupe, mais à 18, je ne t’en parle même pas. Il y a une super belle organisation, beaucoup de bienveillance. Tous les membres donnent tout. Ils sont tous très différents, mais c’est une bande indestructible. Je carbure à l’humain, alors putain, ça m’a plu d’être avec eux et de les voir ensemble. A la mort de Grégoire, je les ai vu réagir, pas tous de la même façon, mais j’ai été très impressionné. J’ai envie de faire partie de leur famille.

Elodie, vous vous êtes posé la question de savoir si le groupe allait perdurer ?

Elodie Pasquier : Evidemment. C’était l’orchestre de Grégoire. Il écrivait toutes les chansons, il trouvait les dates,  il régissait et portait tout. Nous on venait jouer. Point. La question n’est pas si on est capable de continuer sans lui, mais plutôt, est-ce qu’on en a envie ? Avec cet album, Nous, Loïc nous a porté. Il nous a incités à ne pas se lâcher. Au début, il  n’était qu’invité, mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout ce qu’il se passe. Ce que nous faisons ensemble forme un vrai groupe. On pourrait presque virer le nom de Loïc Lantoine tant il fait partie intégrante du Very Big Experimental Toubifri Orchestra. Ce n’est plus le chanteur vedette qui est avec un groupe, c’est devenu une entité. C’est monstrueux comme ça nous a fait changer de jouer avec lui. Ça nous a beaucoup ouvert. Ce n’est plus le même orchestre.

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A la fin de l'interview le 10 janvier 2018 avec Elodie Pasquier et Loïc Lantoine. (Photo : Sissi Kessaï)

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08 juin 2013

Loïc Lantoine : interview pour la sortie de J'ai changé

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Loïc Lantoine est un ovni dans le paysage de la chanson française. Cela fait longtemps que je voulais le rencontrer. Ses textes faits de sombres pensées et de tendre humanité me touchent au plus haut point. Je ne suis pas le seul, je sais. Ses mots traînent beaucoup d'entre nous jusque dans les tréfonds de nos conneries et de notre folie. Poète de notre temps, conteur d'un autre temps, l’homme n’est pas fan des interviews. Mais son attachée de  presse, la très efficace Sissi Kessaï, fait en sorte de lui faire faire de la (bonne) promo à l’occasion de la sortie de son nouvel album J’ai changé. Une rencontre mandorienne était donc une évidence (surtout pour moi). Le 24 avril dernier, nous nous sommes retrouvés dans un café (mais devant une bière. Non, deux ou trois, je ne sais plus bien).

71tSgtUbQ9L._SL1083_.jpgBiographie par Philippe Barbot (pardon à lui, mais nettement raccourcie) :

Déjà presque dix ans que le loustic Lantoine fait tanguer la langue, chavirer la rime et culbuter les strophes. Avec son complice et alter-égal François Pierron, le chantre de la chanson pas chantée a baroudé de bars en gîtes, de clubs en bouges avec une inaltérable constance et trois albums sous les aisselles : Badaboum , premier essai tapageur en 2004, suivi de Tout est calme deux ans après et du live À l'attaque , en 2008, ont forgé sa réputation de poète routard déglinguant les conventions littéraires et musicales avec un bagout et une pépie dignes d'un Bukowski ch'timi ou d'un Tom Waits nordiste. Loïc Lantoine est revenu. Il a changé, mais pas trop. Juste ce qu'il faut. En mieux. Il a changé. C'est du moins ce qu'il prétend dans le titre de ce nouvel album, aux chansons rodées comme d'habitude sur scène, pendant deux années de tournée. C'est vrai, y'a du nouveau dans cet album. Si l'on y retrouve la familière diction rocailleuse et les singuliers sonnets en vers et contre tous, on ne peut pas ne pas remarquer que le champion de la chanson chahutée s'est mis à... chanter. Loïc Lantoine le duo est devenu Loïc Lantoine le gang. Pour souder cet éclectique club des cinq, il fallait un lien, un regard extérieur, un arrangeur ni trop arrangeant ni trop dérangé : Daniel Yvinec, musicien maestro et directeur de l'Orchestre National de Jazz, a signé une réalisation à la fois dense et précise.

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loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorInterview :

Tes nouvelles chansons bénéficient de nouveaux musiciens. Elles sont donc plus musclées que d’habitude.

Ça s’est fait naturellement. Avec François Pierron, à la sortie du deuxième album, on tournait avec deux personnes supplémentaires, mais qui changeaient souvent. Parmi ces gens-là, il y avait Éric Philippon et Joseph Doherty. On a eu l’envie de figer les choses, alors on leur a demandé s’ils voulaient créer des nouvelles chansons à quatre. Ils ont dit oui. On était content. Thomas Fiancette est arrivé en renfort à la batterie un peu après. Nous voilà cinq maintenant. Mais rien n’était prémédité.

Du coup, vous avez créé pas mal de chansons, tous ensemble, en résidence.

Il y avait quelques textes qui préexistaient, mais je prends de plus en plus de plaisir à écrire en compagnie des musiciens. Ils sont en train de répéter, il m’arrive de les arrêter sur quelque chose qui me touche, ils restent un peu dessus. Une fois que j’ai accroché quelques vers, que je vois où je pourrais aller, je vais m’isoler, je termine la chanson et je leur fait écouter. On essaie de trucs. Parfois même la musique change complètement parce qu’ils ont trouvé autre chose… Ce n’est pas très réfléchi tout ça. Les trois quarts de ces chansons ont été écrits en leur compagnie.

Tu n’es donc pas un solitaire dans la création.

J’ai commencé comme ça, vraiment tout seul, et maintenant, beaucoup moins. Mes musiciens trainent d’autres émotions, d’autres sensibilités et ça m’ouvre l’esprit. J’ai tendance à penser que les chansons ne m’appartiennent pas, donc je trouve ça bien d’être influencé par d’autres. Ça donne des chansons plus riches.

De plus, ce qui est bien, c’est que tes musiciens ont vraiment des influences musicales différentes les unes des autres.

Joseph, c’est un irlandais qui jouait dans Son of the Desert. Il vient du rock pur et dur. Éric, dit « Fil », c’était le guitariste de la Tordue. Quant à Thomas, autant il va s’éclater à jouer de la batterie sur de la valse musette que sur du rock qui tache. Et François, c’est mon compagnon et contrebassiste de toujours… Ils auraient pu jouer n’importe quoi, je les ai choisis aussi pour leur côté humain. L’important, ce sont les bonshommes avant tout.

Clip de "Je ferme". Réalisation : Laurent Benhamou.

J’ai souvent lu que par rapport à ta musique et à ta voix, tu n’étais pas sûr de toi.

Je ne suis pas sûr de moi en général. Pour ma coupe de cheveux, comme pour mon pull ou pour mon chant. J’ai du mal à me revendiquer comme chanteur. Ca me fait toujours marrer parce que j’ai l’impression que c’est un malentendu gigantesque.

Tu as un public nombreux depuis des années.

Il n’est pas si nombreux que tu le dis, mais il est fidèle et varié et ça, ça nous fait plaisir. Il y a des gens qui nous ont découverts par le biais de la chanson traditionnelle et, avec le temps, des gens sont arrivés par d’autres entrées. Parce qu’on joue aussi du rock, monsieur !

Après les concerts, tu aimes bien parler avec ton public.

De moins en moins. Je suis un peu gêné parfois. C’est compliqué, j’ai autant de mal à recevoir les compliments que les insultes. Quand on me dit des choses très gentilles, je ne sais jamais quoi répondre et j’ai les mains qui deviennent moites. Je n’aime pas avoir les mains moites.

C’est une forme de timidité.

Oui. D’ailleurs, c’est marrant dans ce boulot le nombre de gens timides. J’ai un peu réfléchi là-dessus, ce n’est pas une histoire de thérapie. La timidité doit être une qualité parce qu’elle permet d’avoir de la pudeur. Les gens qui sont un peu plus tête brulée sont sans doute plus « évident ». C’est pour ça que ça marche un peu mieux pour les gens un peu torturés.

Pourtant, chanteur, c’est quand même un métier sacrément impudique. loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandor

C’est justement quand on est dans le paradoxe qu’une certaine richesse arrive. C’est un métier qui est complètement aberrant, il ne faut pas faire ça. Quand tu es timide, dire à des gens « taisez-vous, c’est moi qui parle », c’est absolument n’importe quoi.

Y a-t-il deux Loïc Lantoine. Celui qui est sur scène et celui qui est dans la vie ?

Disons que celui qui est sur scène est une caricature de celui qui traine ses guêtres dans la vie. Je ne pense pas que l’on puisse réellement me connaître à travers ce que l’on voit de moi sur scène. Tous les traits sont là, mais j’exagère tout. Je suis bien plus quelconque que ce que je peux donner à voir. Je ne me réveille pas tous les matins en faisant une déclaration d’amour infernale à ma femme, par exemple (rires).

Tu as testé tes nouvelles chansons sur scène avant de les enregistrer. Pourquoi ?

C’est un rapport qui s’est inversé. La logique voudrait qu’on enregistre des chansons et après qu’on les tourne. C’est bien beau d’imaginer comment on va assumer une chanson devant les gens, mais tant qu’on ne l’a pas fait, on ne sait pas ce que ça va donner. Ce qu’on a « boxé » en studio, sur scène, on s’aperçoit que ça passe mieux en douceur. Parfois l’inverse, on a envie de muscler une chanson qu’on a enregistrée trop cul-cul. On ne sait jamais comment on investit une chanson, alors je trouve que roder une chanson avant de la graver est un bon procédé.

Ce n’est donc pas pour voir la réaction du public ?

Non, c’est juste pour voir comment on assume les chansons. Il faut être un peu schizo dans ce métier. Quand j’écris, j’essaie de me plaire en tant que public potentiel. Si je dois commencer à prendre la température des goûts des gens, je suis mort. Je fais des chansons pour le Modem après.

Tiède. Milieu quoi !

Voilà.

Tu ne te censures jamais ?

Je ne m’interdis rien dans la chanson. Mais il y a une petite alarme intérieure qui clignote parfois. Surtout sur les intertextes, parce qu’il m’arrive de sortir de grosses conneries sur scène. Je suis là pour faire passer un bon moment aux gens, alors souvent, je vais à fond. Parfois trop, mais les gens aiment quand même bien déconner. Moi aussi.

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Chanter des nouvelles chansons à un public, ça doit faire un peu peur.

On a créé ce nouveau spectacle à Évreux. Il y avait 17 nouvelles chansons et on les a toutes jouées. Je n’étais vraiment pas à l’aise. J’étais en panique même. Quand on a joué une chanson 30 fois, on est quand même plus à l’aise dedans. Tout est une question de rodage.

loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorPour les amateurs de chansons françaises dites traditionnelles, tu es une très grosse référence. Un peu à l’instar d’un Allain Leprest (mon hommage mandorien ici).

Leprest, c’est mon papa de métier, c’est lui qui m’a mis un peu le pied à l’étrier. Mon entrée dans le boulot c’était de coécrire avec Allain des chansons pour le chanteur Jehan. C’était pour moi hallucinant parce qu’ils étaient mes deux artistes français préférés, chacun dans leur domaine. Avec Allain, on s’est côtoyé jusqu’à sa mort.

Tu n’aimes pas du tout les comparaisons avec d’autres artistes.

Je ne comprends pas pourquoi on me compare à Allain Leprest. Léo Ferré aussi revient loïc lantoine,j'ai changé,interview,mandorbeaucoup. Peut-être parce que je fais des phrases trop longue. Arno, à la limite, là je comprends parce que j’ai une voix de fumeur, mais c’est tout. Je suis beaucoup moins connu que ces artistes-là en tout cas. C’est pour ça que je continue ce qu’on fait là.

La promo ?

Oui. Ce n’est pas un truc qui m’est très agréable. Je n’aime pas parler de moi. Mais l’idée de donner la possibilité au plus grand nombre de gens de me connaître m’intéresse. Après, ils feront le choix de m’écouter ou pas. Je joue le jeu des interviews, mais, encore une fois, ce n’est pas très agréable. (Il me regarde, se demande si je suis vexé, puis ajoute). Non, mais avec toi, ce n’est pas pareil…

Je sais très bien qu’il y a des artistes que je vais emmerder. Je sais très bien que tu n’es pas hyper fan des interviews, mais je m’en fous, je viens quand même parce que j’ai envie de te connaître. C’est égoïste de ma part,  je le sais bien.

Non, mais j’ai besoin de communiquer sur mon travail, mais je préférerais boire un coup avec toi, sans micro. Tu vois ce que je veux dire.

Dans chaque album, ce sont souvent les mêmes thèmes. L’amitié, l’amour, un bar qui se ferme… L’œuvre de Loïc Lantoine, c’est toujours pareil sauf que c’est jamais pareil.

Tu as raison. Je ne sais pas de quoi parler si ce n’est de ces choses-là. J’ai de l’admiration pour les gens qui sont capables de raconter des petites histoires surréalistes. Je trouve quelques chansons de Thomas Fersen très réussies et complètement dingues. Il invente des mondes, moi j’en suis bien incapable. Quand il raconte l’histoire d’une bille qui tombe des escaliers, je le trouve très très fort. Avec moi, la bille, elle rencontre un copain dans l’escalier. Ils vont au bar d’à côté boire un coup, mais le bar il est fermé (rires).

Ce qui compte plus que tout pour toi, c’est l’émotion qui se dégage d’une chanson.

Oui. Les émotions fortes. De mes chansons, il faut que se dégage de la colère, de la tendresse, de la nostalgie, de la fraternité, l’amour fou, une musique, un instant, une idée qui va me mettre en branle. Je veux faire naitre des émotions variées chez les gens. On est fabriqué pour vibrer. Une chanson n’est jamais belle. Si la personne qui l’écoute ressent de belles choses, c’est cette personne qui est belle. La chanson, on s’en fout.

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Après l'interview, le 24 avril 2013, dans un café parisien.