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05 novembre 2018

Liz Van Deuq : Vanités

(c) Stéphane Merveille.jpg

(Photo : Stéphane Merveille)

lizvandeuq-merveille7.jpgL’espiègle Liz Van Deuq n’y va pas toujours de main morte. Écriture subtile, sensible, elle dit beaucoup de choses « mine de rien ». Elle envoie sous son air enjôleur quelques scuds bien sentis sur la vie, sur la sienne et notre jolie société irréprochable (ironie). Sous des airs de pianiste/chanteuse de formation classique, elle se dévoile rapidement en concert comme un personnage à double facette, la diva punk expulsant en une seconde la trop sage diplômée du conservatoire.

Après un premier album très remarqué et une tournée de deux ans, Liz Van Deuq  revient avec un nouvel album, Vanités. La sortie de ce disque est associée à une tournée 2018-2019. Pour ce nouveau projet, elle s'accompagne du label Neômme (Amélie-les-crayons), du distributeur L'Autre Distribution, de la salle Les Bains Douches (Lignières 18) et d'une solide réputation scénique.

(Pour en savoir plus sur cet album, l'excellente critique du siteNos Enchanteurs signé Michel Kemper).

(Toutes les photos professionnelles en studio sont signées Stéphane Merveille.)

J’ai donné rendez-vous à la chanteuse dans un café de Pigalle, le 18 octobre dernier, la veille de la sortie du disque. Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’elle n’a pas la langue dans sa poche… et c’est tant mieux.

Biographie officielle :

Pianiste au touché rugissant, Liz Van Deuq est au cœur d’un piano-solo qu’elle mène au doigt et à l’œil. De son tempérament vigoureux et ultra-sensible, l’artiste fait exploser les barrières de la chanson en nous promenant, entre poésie éclairée et humour acidulé. Un spectacle qui manie la dextérité ; autant dans l’écriture des textes que dans son jeu de piano bien personnel.

Anna-Liz est son premier album. Il reçoit en 2015 le Prix Georges Moustaki, le prix de l‘ UNAC-SACEM (Union Nationale des Auteurs Compositeurs) ainsi que le Prix de la Ville du Mans. En 2015, la ville de Nevers attribue aussi à Liz Van Deuq une médaille d‘honneur pour la chanson Nevers with an «S». Un EP - 6 titres piano-voix est sorti en 2016, Musique de chambre. Son deuxième album Vanités est sorti le 19 octobre LizVanDeuq_Vanites_Cover_Square_rvb.jpg2018 chez Neômme / L'Autre Distribution.

Le disque (argumentaire officiel):

Vanités sort avec une couleur musicale plus « British », moderne et pop. C'est le duo de réalisateurs lyonnais JMZ/Sarro qui s'est attelé avec Liz à fabriquer ces textures et ambiances aériennes ou robotiques à coups d'expérimentations, pianos traités, bandes passées à l'envers, et autres alchimies musicales. En ressort un album enveloppant, où les mélodies superbes de la chanteuse sont sublimées par un habillage automne-hiver extrêmement séduisant.

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(Photo : Stéphane Merveille)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorInterview :

Tu as commencé le piano à l’âge de 7 ans. C’est tôt.

Oui, mais je ne fais pas partie des prodiges non plus. Je ne suis pas une grande technicienne de l’instrument.

Tu as pourtant cette réputation-là dans le métier.

Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être que c’est parce que le piano est mon accompagnateur constant. Il y a sans doute une attente du public pour qu’il y ait quelqu’un de virtuose… mais ce n’est pas moi (rires). En chanson, la place à la virtuosité musicale est moindre. On n’est pas là pour ça, je crois.

L’envie de faire de la chanson est très vite arrivée ?

Disons que j’ai commencé à 24 ans, ce n’est pas si tôt que cela. Avant, j’étais claviériste pour des groupes. Accompagnatrice est d’ailleurs une place que j’aurais envie de reprendre, même aujourd’hui.

Comment as-tu découvert la chanson française ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

J’étais journaliste dans une radio associative. Mais j’étais aussi programmatrice et je passais beaucoup de temps à écouter les disques que nous recevions. J’ai eu de la curiosité plus profondément pour les textes un peu plus tard, mais je me suis quand même rendu compte qu’il y avait une certaine pauvreté dans les paroles des chansons, même si la musique était bonne. Je me suis dit que mes chansons avaient peut-être une place dans ce milieu…

Dans ce que tu recevais à la radio, il n’y avait vraiment pas d’artistes intéressants textuellement ?

Si, bien sûr. Je faisais là une généralité. Il y a 10 ans, j’ai reçu le disque de Claire Diterzi, Tableau de chasse. C’est en tout point une merveille. Cette chanteuse instrumentiste est libre, ses paroles sont originales et elle a une façon de chanter unique. Il y a aussi des artistes comme Agnès Bihl que je trouve formidable. Elle propose de la bonne chanson engagée comme on n’en fait pas si souvent. J’aime aussi beaucoup Jeanne Cherhal. Je me sens proche de son travail.

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En  2015, Liz Van Deuq, la gagnante du Prix Georges Moustaki de cette année-là interviewée par Thierry Cadet et moi-même. (Photo : Marylène Eytier-Aubondeclic.com)

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorJe trouve que tu as un style tout à fait personnel. C’est difficile de s’extraire des influences des artistes que l’on admire ?

Ça se passe un peu malgré nous. Par inconscience, par impression, par mémoire tout simplement. La mémoire inconsciente mémorise beaucoup de choses, il faut donc essayer de ne pas être dans la répétition et le mimétisme. Personnellement, je n’invente rien non plus. Mes harmonies sont assez simples.

Quelles sont les différences entre ton premier album, Anna-Liz, et celui-ci ?

Elles sont plus dans la réalisation, dans la manière d’enregistrer les instruments et la manière d’y aller directement dans les synthés et les boites à rythmes. Harmoniquement, je suis restée sur du conventionnel.

Dans le titre « Le wifi ou dieu », on est carrément sur du slam, là !

Dans cette chanson, ce qui est marrant, c’est qu’on ne sait pas vraiment où on va… On est dans un état émotionnel.

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Liz Van Deuq au Pic d'Or 2016 (photo : Cédrick Nöt).

Que s’est-il passé dans ta tête pour faire une corrélation entre dieu et le wifi ? liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor

C’est débile (rires). J’étais dans un bus, fatiguée, je ne sais pas pourquoi, je me suis dit qu’il y avait plein de points communs entre le wifi et dieu. C’est un peu la même chose, sauf que le wifi, c’est pour les jeunes et dieu, pour les vieux. Chacun son placebo. Il y a une sorte de rite entre les jeunes qui sont derrière leurs écrans et la génération de mes grands-parents qui sont dans le rite d’aller à la messe et de retrouver régulièrement, eux aussi, une communauté. C’est marrant, j’en parlais à quelqu’un qui m’a indiqué qu’il existait une expression : « Google God ». Google est dieu car il sait tout. C’est ça : la connaissance aspirée par le web ou la connaissance par dieu… c’est une théorie qui fonctionne.

(Aparté mandorien : ce matin j’ai appris dans un quotidien qu’un nouveau jeu arrivait sur les écrans. Après Pokémon Go, voici Follow Jesus Christ Go. L’Eglise catholique s’inspire du jeu qui permet de chasser des créatures Pokémon en réalité augmentée, avec cette appli en mode « biblique », où l’on capture dans les rues Jésus, Moïse ou Saint Thomas…)

Il y a des chansons où tu t’amuses vraiment avec les mots. C’est le cas de « Le béguin » par exemple.

Celle-là, j’ai mis deux ans à l’écrire. Je pensais la faire en duo avec un copain, mais en fait, elle marche toute seule. Je ne regrette pas d’y avoir passé autant de temps parce qu’aujourd’hui j’en suis satisfaite.

Clip de "Supporter".

Dans « Supporter », tu te moques de la « beauferie » de certains.

Je comprends cet engouement pour le foot, mais je trouve que c’est une attitude moutonnière un peu vide de sens.

« Disque dort », c’est une pointe d’ironie sur l’industrie du disque ?

Les plateformes d’écoute de disques en streaming et certains réseaux sociaux gagnent beaucoup d’argent sur le dos des auteurs et des compositeurs. A la SACEM, ils disent qu’il y a au moins 15% de ce qui circule sur Internet qui est de la culture. Le titre est payé 0,07 centimes. Pour m’acheter une baguette, il me faut au moins 1000 écoutes. Ça ne nous rapporte rien et ça tue la profession. Ça tue aussi l’entente qu’il y avait entre l’artiste, les producteurs de disques, les managers... beaucoup n’ont plus de boulot à cause de ça. On s’est fait avoir, alors que je suis certaine que les gros groupes savaient ce qui allait nous tomber dessus.

Parfois, tu n’as pas envie de baisser les bras ?

Si. Tous les jours. Je n’ai aucune certitude, je reste lucide, alors je profite de chaque instant que m’apporte ce métier.

Ecrire une chanson, c’est facile pour toi ?

Je suis hyper précautionneuse et laborieuse vis-à-vis des chansons que j’essaie de bâtir. Je peux mettre des années à être convaincue d’une chanson. La plupart de celles qui sont dans ce deuxième album ont eu deux-trois années de taillage, de polissage. Je considère une chanson comme mon bébé, alors je dis à mon équipe d’en faire très attention (rires).

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(Photo : Marisa Winter)

C’est sérieux de faire une chanson ?

Oui, c’est sérieux. Je veux que mes chansons me plaisent et qu’elles aient de l’originalité, que ce soit au niveau de la musique, des textes et de la facture.

Il faut que les chansons soient aussi faites pour la scène.

Le disque est une chose. La scène, c’est comment on assume la fluctuation d’énergie, en fonction des tempos, en fonction de l’enchainement.

Tu as étudié la théorie musicale dans différentes universités.  Ça t’a beaucoup servi pour écrire.

Oui, pour la question du vocabulaire, du côté précieux et sérieux de la chose. La théorie musicale, c’est bien pour pouvoir définir les choses. Moi, je me raconte mes histoires et ma manière de faire des chansons avec cette théorie-là, ce qui ne m’empêche pas de ne pas être très académique.

liz van deuq,vanités,neômme,interview,mandorQuand on apprend des théories officielles, a-t-on justement envie d’en sortir ?

On est là pour ça. Aujourd’hui, le gars qui fait des chansons comme Georges Brassens et qui pense que c’est ça la modernité, je pense qu’il se plante. Je ne comprends pas le succès de la plupart des chansons que j’écoute dans les médias. C’est trop glucose pour moi. J’ai l’impression que c’est écrit en français pour les quotas. Dans la catégorie dans laquelle je suis, nous sommes nombreux à faire attention, mais on ne nous entend pas trop en radio.

Il y a des sujets que tu n’aborderas jamais ?

Oui. La politique. Je ne me sens pas prête non plus pour la chanson engagée. L’engagement fort, militant, s’il n’est pas étayé sur le sujet, ça n’a aucun intérêt. C’est comme si on faisait un communiqué de presse pour dire qu’il faut arrêter la pollution, sinon, on est tous morts dans quelques années. S’il n’y a pas des gens qui disent qu’il faut réduire nos déchets et qu’il faut arrêter de rouler comme des cons dans des bagnoles, ça ne sert à rien.

Tu fais beaucoup de concerts, j’ai remarqué.

Oui. Des petites et des moyennes jauges. J’ai la chance de pouvoir vivre de mes spectacles. La sortie de l’album va relancer l’intérêt que l’on peut déjà me porter.

Avec cet album plus pop, plus moderne que le précédent, est-ce que tu vas changer la configuration de tes concerts ?

Je continue à me présenter sur scène souvent seule au piano, mais j’ai une petite machine en plus avec moi…  petite,  mais elle fait pas mal de trucs. Je reste un personnage derrière son piano, absolument pas planqué derrière des synthétiseurs à lancer des trucs qui le dépassent. Cela reste des concerts intimistes.

J’ai lu quelqu’un dire de toi que tu es « moqueuse, tendre, pince-sans-rire et très légèrement dérangée ».

Je suis un peu critique, mais je dis les choses en douceur. Quant à « pince-sans-rire », je l’entends beaucoup parce que c’est vrai. Par contre  « très légèrement dérangée », uniquement sur scène, pas dans la vie. C’est l’effervescence de me présenter devant des gens qui me fait accentuer mon comportement, je pense.

Je t’ai croisé deux fois. La première au Prix Moustaki 2015, que tu as d’ailleurs remporté et laliz van deuq,vanités,neômme,interview,mandor seconde au Pic d’Or en 2016. J’avais l’image de toi, un peu timide.

Peut-être que c’est parce que je suis quelqu’un qui ne prend pas sa place tout de suite. Moi, je n’aime pas les gens qui parlent fort et très longtemps. Ca me dérange. Je ne m’impose jamais en société.

Ton vrai prénom est Vanessa. Doit-on considérer que Liz est un personnage ?

Oui. C’est un personnage, un habit, une manière d’être. Je ne veux pas que les gens s’ennuient et Vanessa est un peu ennuyeuse, alors je me transforme en Liz. Il y a tellement de constructions et de recherches dans mes chansons et mes spectacles que je ne peux pas y aller en moi simplement. Je veux être libre de dire ce que je pense et que cela rejoigne des gens.

Tu es contente de ce disque ?

Oui. Je suis aussi contente de ne pas l’avoir fait toute seule. J’ai fait les arrangements et il y a eu quatre regards dessus. Les deux arrangeurs, JMZ et Sarro, Bruno Cariou, de mon nouveau label Neômme, et le mien. 

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Le 18 octobre 2018, après l'interview.

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