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17 avril 2019

Les Louanges : interview pour La nuit est une panthère

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(Photo : Jean-François Sauvé)

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreLes Louanges est le buzz musical québécois de l’année (avec Hubert Lenoir). Seulement quelques mois après sa sortie, son premier album La nuit est une panthère s’est taillé une place sur plusieurs palmarès/prix importants dans son pays. Il est clair qu'aucun artiste n’avait produit ce genre de musique avec autant de finesse et de singularité au Québec.

"La nuit est une panthère est l’album que Les Louanges voulait faire depuis longtemps. Tantôt terre-à-terre, tantôt surréalistes et poétiques, les 14 morceaux témoignent de l’étendue de son talent. Il chante en français et fait partie de la nouvelle génération d’artistes du Québec qui n’hésite pas à déconstruire les genres. Il fait voyager le public à travers ses sonorités éclectiques, tout en gardant des références bien locales à travers ses paroles."

Récemment, il s’est envolé pour la France, pour une série de six spectacles, dont une participation aux INOUïS du Printemps de Bourges demain. Il sera de retour au Québec en mai pour poursuivre la tournée et mettre la touche finale sur son plus gros spectacle en carrière : un concert en tête d’affiche au Club Soda le 18 juin, dans le cadre des Francos de Montréal.

J’ai rencontré Les Louanges hier (le 16 avril 2019) dans un hôtel de la capitale juste avant qu’il ne parte à Bourges.

Son disque est à découvrir ici.

Biographie officielle (Photo de droite : Jean-François Sauvé):les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Les Louanges, c’est Vincent Roberge pis c’est tout. Multi instrumentiste qui joue un peu de tout en studio et qui s’entoure d’autres musiciens sur scène, Les Louanges a balancé un premier EP, Le Mercure, sur son Bandcamp en 2016 avant de le sortir de façon plus officielle l’année d’après avec une cinquième chanson, « Encéphaline ». Il a d’ailleurs été récompensé du Prix de la chanson SOCAN pour celle-ci.

Finaliste aux Francouvertes (2017) et au Festival International de la Chanson de Granby (2015), l’artiste originaire de Lévis, maintenant établi à Montréal, entame un virage vers des sonorités s’apparentant davantage à un chillwave teinté de R&B et de hip-hop sur son premier album La nuit est une panthère sorti en septembre 2018.

Présentées à cinq reprises aux Transmusicales de Rennes en 2018, les pièces de l’album oscillent entre pop et jazz (la pièce « Jupiter »), avec un penchant assumé pour le R&B (« Westcott »), le hip-hop (« Tercel ») et le chillwave. Inspiré par les grands de la musique contemporaine tout comme la nouvelle génération d’artistes aux idées avant-gardistes, le jeune auteur-producteur cite Frank Ocean, Hiatus Kaiyote, BadBadNotGood et Robert Glasper dans ses influences principales.

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les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreInterview :

Tu as 23 ans. Quand as-tu commencé la musique ?

Dès l’âge de 9 ans, j’ai pris des cours de différents instruments. En secondaire, j’ai fait partie de quelques groupes. J’ai aussi beaucoup joué dans la rue. Ce qui sûr, c’est que j’ai toujours su que j’allais gagner ma vie en faisant ce métier.

Tu as fait des études de jazz, je crois.

Oui, quand j’étais entre le lycée et la Fac.

Tes parents t’ont encouragé ?

Ils ont été très cools avec moi. Mes parents sont graphistes avec une vraie fibre artistique. Ils ont leur propre entreprise et aiment faire leur travail en toute indépendance. Ils me laissent donc faire ce que je veux. J’avais la bonne famille pour pouvoir foncer en toute confiance.

Ta sœur aussi fait de la musique.

Oui, c’est surprenant que les deux enfants fassent de la musique, car mes parents ne sont pas du tout musiciens.

Clip de "Pitou".

J’ai écouté et lu les paroles de tes chansons. Il y a un mélange de français, d’expressions québécoises les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreet un peu d’anglais, du coup, ça donne un style littéraire unique.

Notre façon de nous exprimer peut faire peur, mais ça reste essentiellement la même langue, on a juste enlevé quelques lettres et on utilise les mots anglais dans une espèce de syntaxe francophone. On ne capte pas toujours tout bien, mais après plusieurs écoutes, je t’assure qu’on finit par tout saisir (rires). J’ai une amie qui étudie la littérature à la Sorbonne et on a beaucoup de discussion sur ce que la langue québécoise pourrait apporter à la langue française. Nous, quelque part, on écrit et on parle du français américain. Ça fonctionne super bien avec la musique que je fais en tout cas. Il y a beaucoup de contractions, ça rebondit bien, ça se place bien, ça va droit au but dans une chanson.

Il y a des chansons « poétiques » et des chansons plus « premiers degrés ».

Il y a 50% de chaque. J’aime bien partir dans des textes qui n’ont pas nécessairement de sens, parce qu’ils n’en ont pas besoin, mais j’aime aussi raconter ma vie plus concrètement.

Clip de "Tercel".

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu écris facilement ?

Non. J’ai un procédé affreusement lent. C’est stressant pour mes deadlines. Je me considère plus comme un musicien que comme un auteur. J’ai amorcé quelques études en littérature, mais j’ai surtout passé ma vie à jouer de la musique. Ecrire sur une musique, je vois ça comme un long puzzle qui prend forme tranquillement dans ma tête. A un moment donné, la chanson apparait. Mais parfois, il faut que je sois patient.

Tu es aussi exigeant avec toi-même musicalement que textuellement ?

Oui, c’est ça. La musique me vient facilement, mais les textes non. Comme je fais de la musique comme je ne l’entends pas ailleurs en ce moment, j’essaie de trouver le moyen de tordre la langue sans trop la tordre, la rendre actuelle dans le style de musique que j’aime et que je joue.

Clip de "DMs".

Parfois, tu ne te dis pas que tu vas trop loin dans l’originalité ? les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Non, je me trouve encore trop facile. Je veux aller beaucoup plus loin. J’ai envie d’oser de plus en plus. Mon but est que ma musique soit accessible d’écoute, mais qu’elle soit très riche… que l’on puisse la décortiquer et que l’on trouve 1000 choses à l’intérieur.

Comment définis-tu ta musique ?

J’estime avoir fait un album à mi-chemin entre une musique alternative et du hip hop. Je voulais plaire à ceux qui aimaient la musique de l’artiste québécois Philippe Brach et ceux qui aimaient Alaclaire Ensemble. Le premier album que j’ai acheté dans ma vie, c’est Demon Days de Gorillaz. Damon Albarn a toujours invité des musiciens de styles différents, ce qui a produit des albums difficile à catégoriser… « Plastic beach », tiré de l’album du même nom, ça commence avec un orchestre indien puis Snoop Dogg rappe dessus. Dans la francophonie, on n’ose pas faire des trucs délirants comme ça, moi, je tente.

Clip de "La nuit est une panthère"

les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthèreTu ne fais aucune concession musicale histoire d’avoir un public très large. C’est rare.

Je n’ai jamais fait de choix artistique par rapport à ce que pourraient penser les gens qui m’écoutent. Je ne veux pas faire de la musique pour être populaire, j’ai toujours fait de la musique que je voulais entendre. Au Québec, il me semble que nous avons moins le poids de la tradition. Notre histoire est assez récente alors, on peut se permettre de tout inventer.

Au Québec, tu fais la collection des prix musicaux. C’est quasiment du jamais vu !

Oui, ça va bien, merci (rires). Cette dernière année, j’avoue, j’ai été gâté. Il y a quelques jours, j’ai reçu le prix Rapsat-Lelièvre (un prix attribué pour souligner l’excellence d’un album de chansons. Il est remis chaque année, en alternance, à un artiste québécois à l’occasion des Francofolies de Spa, et à un artiste de Wallonie-Bruxelles, au Coup de cœur francophone de Montréal.)

Clip de "Westcott".

Est-ce que tous ces prix te permettent de te considérer comme légitime de faire ce métier ?les louanges,vincent roberge,interview,mandor,la nuit est une panthère

Ça fait du bien d’avoir ce genre d’approbation. Les prix qui m’ont le plus touché, ce sont ceux qui m’ont été donnés par mes pairs. Quand des artistes que j’aime beaucoup me témoignent leur vif intérêt pour mon travail, ça me fait très plaisir.

Tu te sens proche de qui chez les artistes québécois ?

Il y a une cuvée d’artistes née en 1993, 1994, 1995, dont la musique fonctionne bien en ce moment. Je suis très pote avec Hubert Lenoir, par exemple. Il était là comme spectateur hier à mon show à la Boule Noire. Je suis content de faire partie de cette vague-là. Il me semble être dans le bon créneau, à la bonne vitesse.

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Après l'interview, le 16 avril 2019.

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