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07 septembre 2018

Goël : interview pour Le bruit dehors

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(graphisme: moitessier.fr, photos d'avant interview: Sasha Kuttlein)

goël,le bruit dehors,interview,mandor« Des êtres humains face à un groupe, des êtres humains face à la nature, des êtres humains qui se débattent entre leurs cultures, leurs corps et leurs édifices. Des êtres humains qui aspirent à la solitude ou la redoutent. Voilà ce qui coule de la plume de Goël et sa galerie de personnages, de matières, danimaux Voilà ce qui peuple ses huis-clos aux décors parfois absurdes. » C’est par ces mots que l’on nous présente officiellement Goël. Et c’est tout à fait ça.

Ecouter cet album, c’est faire un pas vers l’étrange, vers l’étranger aussi, c’est sortir des sentiers battus et découvrir des paysages musicaux non explorés, c’est écouter une fois, puis plusieurs parce qu’on remarque d’écoute en écoute, çà et là, des subtilités non perçues les fois précédentes. Je ne sais pas comment qualifier cet album. On a beau partir dans tous les sens, virevolter sans rien maitriser, il y a tout de même une unité. Tout se tient. C’est miraculeux. Le bruit dehors est une expérience musicale inédite. Soyez curieux, partez à la recherche d’une cohérence musicale improbable mais vraie. Le jour où vous la trouverez, vous n’aurez certainement plus envie de quitter ce coin de paradis.

Bref, j’ai aimé.

Alors, j’ai rencontré Goël le 30 juillet dernier dans une brasserie parisienne.

Et c’était bien.

Biographie officielle :goël,le bruit dehors,interview,mandor

Goël est l’aboutissement d’un parcours étrange et sinueux. Du dessin à la musique, du métal à la chanson française, des études d’arts et de philosophie au ciselage d’arrangements acoustiques, de la campagne bretonne à Paris et sa banlieue, Gilles Grohan a fait évoluer ses modes d’expressions comme ses terrains d’apprentissage. Parallèlement à son cheminement artistique il a travaillé dans des usines, des entrepôts, des magasins de disque, des salles de spectacle, des bureaux en tous genres. Il a pu observer et pratiquer quelques villes. 

Parmi ses collaborations musicales on peut retenir, de 2000 à 2009, ses années comme chanteur du groupe de rock-métal nantais Zo, avec lequel il travaillera à plusieurs disques et donnera une grosse centaine de concerts partout en France. Il entame ensuite une période de maturation et d’écriture autour d’un projet acoustique qui puisse synthétiser toutes ses aspirations artistiques : Goël. Certains s’étonnent qu’on puisse passer aussi naturellement d’un déluge de décibels à la dentelle de bluettes pop-folk orchestrées. C’est oublier que, d’où il vient, le goël est un « glouton » et que cet appétit démesuré de musiques et de littératures ne supporte aucun régime exclusif. L’énergie brute qui l’anime se ressent d’ailleurs encore au détour de certaines chansons.

Les maquettes fondatrices sont enregistrées en 2012, les concerts en solo puis en trio commencent l’année suivante. Un EP éponyme sort à la fin de l’année 2015, dévoilant cinq titres acoustiques aux arrangements précis et fouillés, dans un esprit de chanson française baignée de folk et d’étrangetés harmoniques. Passages radio, multiplication des concerts et des rencontres agrémentent un parcours qui, naturellement, se devait daboutir à un véritable album, plus ambitieux.

goël,le bruit dehors,interview,mandorLe disque :

Dès l’automne 2016 il commence à travailler sur Le Bruit dehors, sélectionne des titres, reprend ou peaufine certains arrangements, écrit de nouveaux morceaux. L’équipe qui s’est étoffée autour de lui entre en studio fin 2017. Réalisé en étroite collaboration avec Léonard Mule au studio du Poisson Barbu, ce disque installe l’univers de Goël dans un écrin plus épuré et résolument pop. Les douze titres de l’album explorent les possibilités d’un instrumentarium original – vibraphone, contrebasse, trio à cordes et batterie – dans des moments tour à tour lumineux, frondeurs, étranges, parfois même dansants. En filigrane résonnent néanmoins des arpèges de guitare cristallins et intimistes, qui offrent souvent leur première chambre d’échos à la voix et aux textes de Goël.

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goël,le bruit dehors,interview,mandorInterview :

Si on doit résumer, tu viens quand même du metal.

J’ai fait un peu de flute à bec quand j’étais gamin, mais  j’ai commencé la musique un peu sérieusement à l’âge de 16 ans. Avec ma guitare,  j’ai été influencé au début par les Beatles et ça a très vite basculé vers Led Zep. Je suis arrivé au metal, mais j’apprenais aussi le jazz. Je me situais un peu entre les deux. J’étais entre John Coltrane et Sepultura.

Qu’aimais-tu dans le metal ?

L’énergie, le son un peu lourd et gras, le coté plombé. J’aimais les groupes originaux qui cherchaient les dissonances et qui cherchaient à faire avancer la musique à leur façon. Par contre l’imagerie qu’il y avait autour, ça ne m’a jamais beaucoup branché.

Dans Zo, tu te comportais comme un hard rockeur ?

C’est quand même un groupe assez tonique, je pouvais donc en rajouter un peu sur scène. Mais c’était assez mélodique. Il y avait de supers musiciens et comme moi, ils s’adonnaient à la recherche musicale. Comme j’étais le chanteur et l’auteur des chansons et des mélodies, j’avais tendance à « popiser » cette matière un peu lourde et puissante.

Session acoustique de "Le bruit dehors".

Dans ce disque, Le bruit dehors, ton attitude reste la même parce que c’est la chanson folk acoustique que tu as « popisé ».

Ca a l’air d’être le grand écart, mais de mon point de vue, ça ne l’est pas. Juste, je ne peux pas laisser tranquille un genre musical, il faut que j’y ajoute ma sauce. Pour ce projet, il était clair qu’il devait être acoustique. J'aime la musique classique contemporaine et j’ai considéré qu’on n’exploitait pas assez le potentiel rythmique des cordes. J’étais sûr que l’on pouvait faire des choses intéressantes avec ça. S’il m’est arrivé de partir dans tous les sens, il y avait tout de même un fil conducteur sonore avec l’instrumentarium choisi qui me permettait de rester cohérent.

Tu te sens un explorateur dans le monde de la musique ?

Je passe beaucoup de temps à écrire des chansons et à les faire mûrir. Si au bout de 3 ou 6 mois, l’idée musicale me plait toujours, je la valide parce que je me dis que cela pourrait plaire aussi aux autres. J’explore beaucoup les possibilités de certains instruments. Par exemple, j’écris des parties pour vibraphone et pour cordes, alors que c’est difficile de les faire travailler ensemble parce qu’en terme instrumental, c’est carrément l’opposé.

Le clip de "Ma lyre".

« Ma lyre » est le premier single de ton disque. C’est peut-être le titre le plus pop.

C’est un  morceau dont j’ai le titre et l’esprit général des paroles depuis plus de 8 ans. Mais j’ai changé plusieurs fois la mélodie, l’harmonie et les arrangements. Il ne reste plus rien des premiers jets. Cette chanson est la tête de proue de certains éléments que j’avais envie d’intégrer dans l’album.

Tu n’as pas fait de concessions, ni dans l’écriture, ni dans la composition.

Je suis parti du principe qu’il fallait que ce soit des chansons un peu pop avec couplets, refrains qui durent 4 minutes chacune. Je n’ai pas fait de morceau de 20 minutes avec de la musique expérimentale, alors que j’adore ça. Je sais être raisonnable (rires).

Session acoustique de "De son arbre".

Ce que je trouve très fort, c’est que ce que tu joues est exigeant, mais à la portée de tous.

C’est ce que j’essaie de faire. Reste à savoir comment les gens recevront ça. Je n’ai jamais eu pour vocation de faire de la musique pour une personne sur un million.

Textuellement, tu emploies des mots que l’on n’utilise habituellement pas dans les chansons. « Postillonner » par exemple. Dans la chanson « Les algues », il y au début le mot « orteil ».

C’est du langage courant, il n’y a pas de mots compliqués dans ce disque, mais je trouvais intéressant de faire passer par ma bouche, ma voix et mes textes tout un vocabulaire peu usité dans la chanson.

J’aime beaucoup ta voix.

Tu aimes ma façon de chanter, ma façon de prononcer, parce qu’en fait, une voix, ce n’est pas grand-chose.

Session acoustique de "Les algues".

goël,le bruit dehors,interview,mandor(Photo de gauche : Julien Mignot). Il y a des tessitures qui plaisent ou pas. La tienne me plait.

Moi, je ne suis pas fan de mes potentialités vocales. Je subis ma voix, comme je subis mon corps. Quand on n’a pas choisi quelque chose, il faut faire avec. J’aime bien la sobriété, alors je ne pourrai pas en faire des caisses pour présenter une palette d’émotion. Je suis assez pudique de nature. Le fait que j’ai été dans le milieu du rock et du metal me permet par contre d’aller chercher de l’énergie assez facilement. Le grand travail de Léonard Mule qui a réalisé l’album avec moi, c’était d’aller chercher la personne qui était derrière la voix. J’aurais tendance à cacher ma voix derrière plein d’arrangements et un paravent de musique.

Les chanteurs sont souvent des gens pudiques. Il y en a qui se « déshabillent » complètement dans leurs textes et d’autres qui se cachent.

Moi, je pense que ça ne suffit pas de raconter sa vie. Ça ne me satisfait pas en tant qu’auditeur parce qu’on a tous des vies plus ou moins similaires dans nos sociétés et je n’ai pas envie d’entendre ce que je sais déjà. Sur nos joies et sur nos peines, nous disons tous un peu la même chose. Moi, je prends des détours. Par exemple, le verbe « aimer », tu ne le trouveras pas dans ce disque. Je ne parle que de matières, d’actes, de situations particulières et par ce truchement-là, j’espère que l’on va se rendre compte qu’il y a une humanité et une existence derrière. Il faut une transposition et cette transposition doit passer par quelque chose d’assez concret et peu courant.

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Pendant l'interview...

Tu as écouté un peu de chanson française ? (Photo de droite : Julien Mignot)goël,le bruit dehors,interview,mandor

Par la force des choses. Dans mon enfance, mes parents écoutaient RTL, alors, j’ai écouté de la variété.

Chez les « classiques », tu apprécies qui ?

Il y a deux artistes que je n’ai jamais cessé d’écouter, ce sont Brel et Brassens.

Et chez les vivants d’aujourd’hui ?

J’aime bien certaines choses de Dominique A. Dans son album La musique, il y avait 3-4 chansons qui étaient vraiment bonnes. J’aime aussi beaucoup Batlik. J’ai écouté son dernier album XI  lieux. C’est vraiment un artiste que je respecte beaucoup.

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A la fin de l'interview, le 30 juillet 2018.

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