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04 février 2019

Laurent Montagne pour l'album Souviens-moi

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(Photo : Julie Rodriguez)

Ex-chanteur des Acrobates, Laurent Montagne est ensuite repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies. Depuis il sillonne les routes. Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival... Coup de cœur de l’Académie Charles Cros, Il a notamment fait les 1ères parties de Gaëtan Roussel, Emily Loizeau, Jean Louis Murat, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen et bien d’autres encore...

Je l’avais déjà mandorisé en 2013 pour son album A quoi jouons-nous ? et nous avions évoqué son début de parcours. Cette fois-ci, j’ai voulu savoir où il en était. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il continue à être un chanteur en état de marche. Il vient de sortir coup sur coup, un disque « jeune public », La rue Chocolat et un disque de superbes chansons dans lesquelles, la pop et le rock trouvent une belle place, Souviens-moi.

Pour écouter l'album jeune public La rue chocolat, c'est ici.

Pour écouter l'album de chansons Souviens-moi, c'est là.

Le 24 janvier dernier, nous avons conversé autour d’un bon chocolat chaud en terrasse d’un bar parisien.

16864852_10155026805968838_1935717488274116723_n (2).jpgBiographie officielle (photo : Julie Rodriguez):

Toujours en dehors des sentiers battus, Laurent Montagne n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il se pose là où on ne l’attend pas. Il y a d’abord cette poésie, tantôt revendicative, tantôt contemplative où l’âme se raconte à fleur de peau et les sentiments se déclinent en mode espoir.

A la poésie s’ajoute, aujourd’hui, l’énergie et l’élégance d’envolées post rock, de mélodies entêtantes et hypnotiques, portées par un trio de musiciens issus de formations emblématiques de la scène montpelliéraine et valentinoise : Laurent Guillot, Cyril Douay, son ancien acolyte des Acrobates, membres de Poussin, The Chase…, Pierre-Yves Serre, fondateur de Horla, Mes Anjes Noires.

Par-delà la formidable intensité musicale apportée par ces derniers, il y a surtout ce plaisir à être ensemble sur scène. Une complicité irrésistible et addictive partagée en toute simplicité avec le public.

Du sens et du son, voilà le leitmotiv incessant qui baigne les chansons de Laurent Montagne. Des textes où chaque paysage devient un moment de la vie des hommes avec à l’horizon cet espoir, inamovible, qui continue de briller au fil des chansons.

Argumentaire officiel du disque :LaurentMontagne-CoverRVB.jpg

Dans son nouvel album Souviens-moi, Laurent Montagne nous ramène vers ses sujets de prédilection, d’abord la contemplation. Celle des paysages majestueux de la cathédrale de « Maguelone », vaisseau immobile lové sur une langue de terre entre les étangs et la mer, où derrière l’ode poétique, apparaissent les premières vagues d’un puissant crescendo musical. On continue avec la solitude mystique d’ « Un lieu » qui côtoie l’effervescence folle de « Ma Ville », et sa cohorte de promoteurs d’artifices. Puis vient la contemplation des Hommes, celle des ouvriers de sa terre natale dans « La Vallée du Rhône » où les notes égrenées d’une guitare, cèdent d’un seul coup la place à une rafale Post/Rock soulignant la force du vent qui souffle sa colère jusque devant les portes closes des usines désaffectées. Il reste, enfin, la contemplation des artistes qu’illustre la très poétique « Peau d’âme », portée par la belle sobriété d’un duo basse – voix.

Puis viennent les textes plus acérés sur les désillusions de notre monde, les jeux de pouvoir avec toujours en fond cet espoir inamovible qui continue de briller au fil des chansons. Sonne alors l’heure du bal des vampires avec le « Système » un duo à l’accent Orwelien où résonne l’écho des cris de Patrick Mc Goohan, célèbre n°6 de la série le Prisonnier. Ou encore le cinglant « Il pleut » fustigeant la novlangue politique d’un « toi tu dis qu’il pleut et tu nous pisses dessus ».

Place à « Un Homme est mort » chanson rock hypnotique qui explose sa rage face à la lâcheté des hommes. Une chanson qui est un rappel au fait divers relaté dans le film 38 témoin de Lucas Belvaux, et, qui tire son nom d’une BD de Kris et Etienne Davodeau sur les grèves à Brest dans les années 50 filmées par le cinéaste René Vautier. Puis, dans un registre plus en douceur, porté par un texte de toute beauté où les mots s’entrechoquent, arrive « La Rumeur », sublimée par les cordes du Trio Zephyr.  Reste pour définir cet album l’amour, dans sa version espoir, avec la pop très entraînante de « Ça ne te dirait pas ».

« C’est le Laurent nouveau qu’on découvre, et le moins qu’on puisse dire, c’est  qu’il décoiffe et sort des sentiers battus de la chanson formatée prête à consommer. Le temps lui appartient, et l’espace devant lui, avec des formules qui sont de purs diamants. »

Alain Fantapié Président de l’Académie CHARLES CROS 

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IMG_8642 (2).jpgInterview :

Tu commences à avoir une belle discographie.

Oui, et je n’oublie pas mes trois albums avec Les Acrobates. J’ai arrêté ce duo quand ça a commencé à bien marcher. Quand je fais de la musique, il faut que je sois en accord 100% avec moi-même, sinon, je fais autre chose.

Tu ne fais aucune concession ?

Je ne peux pas dire ça non plus, je suis quelqu’un d’assez ouvert quand même. J’ai une ligne blanche, de temps en temps je la dépasse. Je joue avec. Avec Les Acrobates, nous étions deux, nous nous sommes éclatés pendant 7 ans, mais à un moment, c’est devenu difficile de partager. Cyril Douay, mon acolyte des Acrobates, voulait jouer dans des stades, faire de la pop anglaise, moi j’avais envie d’aller chez les gens avec ma guitare chanter de la chanson française… Mais, tu vois, Cyril rejoue avec moi dans ce nouveau disque.

Tu as enregistré Souviens-moi avec tes musiciens de scène.

Oui, je joue avec eux depuis trois ans. Dans l’album pour lequel tu m’avais reçu la première fois, A quoi jouons-nous ?,  les musiciens, à une exception près (Pierre-Yves Serre, son guitariste), je les avais rencontrés le jour du studio. Pour Souviens-moi, basse, batterie et guitare électrique ont été enregistrées dans les conditions du live,  parce que l’on se connait par cœur et que l’on avait bossé les morceaux. J’ai juste rechanté par-dessus, en gardant parfois les voix témoins.

Teaser de l'album.

Tous tes musiciens ont laissé la place aux textes.

Parce qu’ils savent que, pour moi, c’est important. Pour un musicien, laisser la place aux textes, ce n’est pas évident… surtout qu’ils viennent de la pop en langue anglaise. Il y a des musiciens avec lesquels je joue depuis 20 ans, alors on peut mettre nos egos de côté. Il y a vraiment entre nous une écoute mutuelle. Ils savent à quel moment, ils vont pouvoir partir dans le post rock et envoyer le bois.

FrancoFans dit que tu fais des chansons à message et que tu as besoin de s’insurger. Es-tu d’accord sur ces deux points ?

Je suis d’accord, mais je mets d’abord la poésie avant tout. Je ne suis pas un représentant de la CGT quand j’écris mes textes (rires). Par contre, il est vrai que j’ai un intense besoin de sens. Quand j’écoute un chanteur, j’aime bien savoir d’où il vient, où il a grandi. Comme nous sommes forgés par les paysages dans lesquels on vit ou dans lesquels on a grandi, j’ai écrit des textes contemplatifs sur les paysages. Personnellement,  j’ai grandi dans la Vallée du Rhône, j’en ai fait une chanson dans cet album.

Sur "Maguelone" aussi.

Oui, car aujourd’hui, je vis à Montpellier. Mais FrancoFans a raison, il y a des chansons plus engagées parce que le pouvoir aussi nous façonne… de manière moins belle que les paysages. Il y a quelque chose qui m’obsède dans le rapport des êtres humains au pouvoir, donc je l’écris en chanson.

Clip de "Le système".

Ta chanson « Le système » est vraiment d’actualité.

Oui, mais je n’utilise aucun mot lié à l’actualité. Il y a ni « Macron », ni « Gilets jaunes » dans ce titre… Malheureusement, ce qu’il se passe aujourd’hui est assez intemporel. Dans quelques années ce seront d’autres personnes et d’autres mouvements…

« Le système » est finalement ta chanson la plus antisystème.

(Rires) On ne me l’avait jamais faite celle-là, mais c’est bien vu. Je ne sais pas si c’est la plus antisystème, parce que j’ai une autre chanson dans ce disque, « Il pleut » qui est sur un sujet similaire. Je parle de ces gens qui vivent dans une tour d’ivoire et qui sont censés nous représenter. Ces hommes ont un savoir, mais ils ne savent pas sentir le peuple, ils ne peuvent donc pas les représenter. Il y a une impasse totale. Avec Les Acrobates, il y a longtemps, nous avions une chanson qui s’appelait « Le journaliste » qui parlait de course à l’information et des personnes qui donnaient l’information sans l’avoir vécu.

Et, avec l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux, ça n’est évidemment plus d’actualité.

Evidemment… ne parlons même pas des chaînes d’infos en continue. Mais déjà à l’époque de la chanson des Acrobates, je me levais et j’écoutais la matinale de France Inter. A la fin, j’étais hyper énervé parce que je réagissais à tout ce qu’ils disaient. Je vivais à un rythme d’un journal par heure. Quand j’ai arrêté d’écouter, j’ai trouvé que le monde allait mieux.

Les Acrobates : clip en animation de "Le journaliste", réalisé par Vincent Farges en 2003.

Et aujourd’hui ?

Je n’écoute plus que des radios musicales, soit des petites radios associatives, soit FIP. C’est très éclectique. Sinon, j’écoute des conférences. J’essaie de ne pas écouter des gens qui pensent comme moi, pour m’ouvrir un peu. Il y a des gens qui me rendent beaucoup plus intelligent que quand j’écoutais la matinale.

Une chanson doit élever ceux qui l’écoutent ?

Je ne suis pas non plus dans la chanson « utile », comme celle d’Etienne Roda Gil pour Julien Clerc, « Utile ». Il chantait : « À quoi sert une chanson si elle est désarmée? Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés… » Pour moi une chanson peut avoir des airs de futilité, mais a des moments, peut aussi toucher à l’essentiel.

Comment apprend-on à écrire avec de la poésie et du sens ?

En écrivant, en lisant beaucoup et aussi en écoutant les autres.

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47032331_10156868600438838_2321929482803347456_n.jpgTu fais de la chanson pour enfant, avec des enfants… et ça donne Rue Chocolat.

Ça a commencé avec le Chantier des Francofolies en 2007. Ils m’ont incité à proposer mes chansons au jeune public. Je venais d’être papa, donc je pense qu’il y avait une part d’enfance qui ressortait en moi. Dans une ville, je suis tombé sur un conseiller pédagogique en musique qui a constaté l’interaction qu’il y avait avec les enfants qui venaient me voir en concert. Il m’a presque imposé de faire de la pédagogie dans les écoles. J’ai donc décidé de tenter de faire écrire des chansons aux enfants. On est parti là-dessus et ça a cartonné.

Comment ça se passe concrètement ?

Je vais plusieurs mois dans une école. Je fais écrire des chansons aux enfants, ensuite on enregistre un disque avec eux. Après cela, accompagnés par mes musiciens, ils viennent faire ma première partie de concerts de chansons rock. Ça fait 7 ans que je fais ça, je dois avoir une cinquantaine de chansons. Parmi elles, il y a des merveilles, je trouve.

Rue Chocolat sur France 3 Languedoc-Roussillon.

Sur le disque, il y a 13 chansons. 42337895_10156711472213838_2273435011359178752_n.jpg

J’ai invité une grande partie de la scène montpelliéraine de chansons et de musiques du monde. Il y a Iaross, Imbert Imbert, DimonéScotch & Sofa, Didier Super, Trio Zephyr, Zob et plein d’autres… J’ai fait ce projet de manière artisanale. On a tout bricolé chez moi et ça a été des rencontres géniales.

Le jeune public est-il le plus exigeant ? Je sais qu’il est incapable de faire semblant d’aimer.

Je n’ai pas ce souci là avec ce public. Ce qui est le plus difficile, c’est qu’il n’a pas toujours les codes. Comme dans mes spectacles il y a un côté ludique et un côté très poétique, c’est un jeu d’équilibre. Il faut être très direct avec les mômes.

Il y a un peu plus de 20 ans que tu es sur scène. Est-ce qu’en 2019, tu es content de ton sort professionnel ?

Je suis content de l’évolution de mon écriture et de celle de ma musique au fil des années. Ce qui est difficile pour moi aujourd’hui, c’est d’accéder aux médias et de faire beaucoup de concerts. J’ai l’impression que c’est plus dur qu’il y a 20 ans. Je trace ma route quand même parce que je pense que c’est là que je suis le plus utile à la société. Je ne sais pas si je le suis, mais c’est la place où je me sens le mieux en tout cas.

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Le 24 janvier 2019, après l'interview.

14 juillet 2013

Laurent Montagne : interview pour A quoi jouons-nous?

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(Photo : Tanguy Soulairol)

L’ancien chanteur du groupe Les Acrobates poursuit sa route avec un troisième album solo, A quoi jouons-nous?.Des textes intenses, d’une émotion rare, réchauffés par des envolées pop et assurément rock. Ça frissonne, ça bouillonne, ça détonne ! Son album m’ayant beaucoup plu, le très sympathique et réservé Laurent Montagne est venu me rendre visite à l’agence le 10 juin dernier… et il s’est confié comme rarement.

Biographie officielle (mais retouchée et raccourcie, comme d’habitude. Je ne respecte jamais rien. Honte à moi.) :

Une énergie flamboyante, des textes ciselés comme de purs diamants, une voie aérienne se promenant d’octave en octave, revoilà l’ancien chanteur des Acrobates. Un panache scénique détonnant, accompagné par un trio plein de spontanéité et résolument rock.

Du son et du sens, des mélodies hypnotiques pour des chansons bouillonnantes et débordantes de poésie.

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013Épaulé notamment par Pierre-Yves Serre (Mes Anjes Noires). Laurent Montagne poursuit sa route en format A4 avec un nouvel album « A quoi jouons-nous ? », mixé au studio Recall (Noir Désir : Des Visages Des Figures). Diatribes rock, envolées pop alternent avec des morceaux intimes et autres moments vécus épousés par la fragilité de la voix de Laurent.

Repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies, Laurent sillonne depuis les routes, Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival, Café de la Danse... Il a fait notamment les 1ères parties de Gaetan Roussel, Emily Loizeau, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen... Il a également participé aux « Chroniques lycéennes » de l’Académie Charles Cros en 2009 et reçu le coup de cœur de cette même Académie avec le groupe Les Acrobates pour leur dernier album La Belle Histoire.

En parallèle et avec la même équipe, Il a également créé à partir de ses chansons un spectacle solo jeune public produit par Les Jeunesses Musicales de France et Les Francofolies.

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Interview :

Être chanteur en langue française n’implique pas nécessairement qu’on aime la chanson française. Toi tu apprécies ?

Je suis venu à la musique par le rock et la pop. J’écoutais les Smith, les Pixies… des groupes comme ça. Je faisais mes études sur Lyon et à cette époque, il y avait beaucoup de musique punk, mais surtout de musique Indus. C’était un peu sauvage ce que j’écoutais (rires). Mon intérêt pour la chanson française est venu un peu plus tard.

Tu as commencé très tard la musique.

Je suis allé en fac faire des maths et au bout de deux ans de fac, j’ai rencontré des gens qui faisaient de la musique. Je me suis mis à chanter dans les soirées étudiantes et j’ai compris à ce moment-là qu’il y avait un truc. Les gens étaient intéressés par ce que je jouais et je me sentais hyper à l’aise. Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de réservé. J’aime bien la solitude. Et là, en chantant, j’ai trouvé mon truc. Il y a eu un deuxième temps où est venue l’écriture et ensuite le temps de la lecture, puis le temps de l’écoute de la chanson française… j’ai tout fait progressivement, mais intensément.

Il y a quand même un chanteur que tu suivais depuis longtemps, c’est Jacques Brel.

Oui, je l’écoute depuis que je suis enfant. Après, je me suis mis à écouter Ferré, Barbara… et d’autres qui savaient interpréter et écrire.

Ta passion à toi, c’est le chant.

Oui, c’est vraiment quelque chose que j’ai toujours aimé et que j’aime toujours. Ensuite, c’est l’écriture. C’est marrant parce que c’est deux temps très différents dans la chanson. Le temps de l’écriture, c’est le temps de la solitude. J’aime bien parce que je peux prendre mon temps. Je réécris énormément. Et il y a le temps de l’immédiateté qui est le temps où tu chantes devant les gens. Le rapport direct aux gens me fascine et m’intéresse… j’ai senti que pour moi, ce moyen-là était le meilleur pour que je puisse m’exprimer.

Les Acrobates. Clip de "Schizophrène" (2007)

Il y a eu un moment dans ta carrière musicale assez important, c’était ton aventure avec Les Acrobates. Un duo de chansons « AcoustiDynamicoRock » créé en 1998.

On finissait nos études avec Cyril Douay. On se demandait ce qu’on allait faire à présent. On ne vivait presque de rien, on a décidé de faire de la musique ensemble et d’enregistrer un disque. Cyril était plus dans la musique et les arrangements. C’est quelqu’un qui bidouillait énormément. Aujourd’hui, il a un projet qui s’appelle The Chase et qui tourne pas mal. On a quand même fait 3 albums ensemble. À l’époque c’était assez facile. On enregistrait et mixait un disque en un jour, ce qui peut paraître aujourd’hui incroyable. On a été pris par Pias pour la distribution, ensuite, en licence. On a mis le pied dans l’étrier et puis c’était parti… on a fait plein de concerts, on a été repéré par les Francofolies… et puis moi, au bout de 7 ans, j’ai ressenti le besoin de vivre ma passion de m’exprimer dans les chansons à 100%. J’ai eu besoin d’être tout seul face à mon texte. Je suis reparti en solo.

Pendant 6 ans, tu es parti sur les routes, seul avec ta guitare…

Oui. J’ai commencé par faire « le chantier des Francofolies » et en même temps, je venais d’être papa. Mon univers était donc teinté d’enfance, même si ce n’était pas des chansons destinées aux enfants. Mais les Francos m’ont proposé de faire, à partir de mes chansons, un spectacle pour jeune public qui a été repris par les Jeunesses musicales de France. J’ai énormément tourné avec ce spectacle.

À la fin, tu n’en pouvais plus d’être seul…

J’ai fait un dernier spectacle où il n’y avait que des Laurent Montaigne sur scène. En vidéo, je chantais avec moi-même. Là, j’avais fait le tour de ma mégalomanie, c’était bon… 

Tu as eu envie de continuer, mais de nouveau avec des musiciens.

Il s’avérait que mon cousin Pierre-Yves Serre ressortait d’un projet avec un groupe qui s’appelait Mes Anjes Noires, qui a d’ailleurs beaucoup tourné. Il a eu envie d’arrêter avec ce groupe. C’est quelqu’un qui fait de la musique depuis l’âge de 5 ans, qui a fait le conservatoire… on a donc travaillé ensemble. Il m’a apporté ses arrangements et quelques compositions. Il m’a dit que faire du rock avec une guitare sèche était assez limité.  C’est lui qui m’a incité à tenter l’aventure avec un batteur et un bassiste.

Le clip de "Coloscopie d'un président" (2013)

« Coloscopie d’un président » est dans la mouvance de ce que faisait Noir Désir !

Noir Désir reste dans mes influences. Ils sont les premiers a avoir chanté des paroles intelligentes sur de la musique rock en France. J’ai aussi beaucoup de respect pour Dominique A (mandorisés ici). Lui, plus sur la musique pop. On ne peut pas chanter en Français en ayant les mêmes airs de chant qu’en Anglais. Dominique A, lui, y parvient. Sur mon nouvel album, je me suis forcé à faire des morceaux qui sont plus des ballades et qui tentent de réussir ce que réussit Dominique A.

Tu lui rends hommage d’ailleurs, en interprétant un de ses titres, « Le courage des oiseaux » dans ton nouvel album.

Il m’a ouvert une voie dans l’écriture en langue française. Par rapport à lui, je pense que j’ai un côté plus populaire, plus accessible. Lui, il poursuit sa route, parfois de manière expérimentale. Il est impressionnant.

Reprise Live du "Courage des Oiseaux" de Dominique A enregistrée à La Presqu'île à Annonay (2013).

Que penses-tu de la variété française ?

Ce que je n’aime pas dans la variété, c’est le fait d’aller dans la facilité pour vouloir trop plaire aux gens. Par contre, le côté chanson populaire, je viens de ce milieu-là. Mes chansons, pour la plupart, peuvent être écoutées par tout le monde. Mes chansons, c’est moi.

Ton album n’est pas un album de variété, mais il est très varié. Même ta façon de chanter n’est pas la même d’une chanson à l’autre.

En France, on aime bien reconnaître tout de suite la fin d’un chanteur. Moi, j’ai une tessiture très large. Quand je chante, j’ai une voix de haute-contre et une voix un peu grave quand je parle. J’en joue pas mal.

À chaque chanson, te demandes-tu avec quelle voix tu vas l’interpréter ?

Non, ça vient tout seul. Comme je suis autodidacte, parfois, quand je crée une chanson, je peux avoir un petit mimétisme par rapport à des gens que j’ai pu écouter. Que ce soit Noir Désir ou Dominique A. Donc, je fais extrêmement gaffe. J’arrête tout de suite si je décèle une similitude vocale.

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(Photo : Raphael Métral)

Ça fait 15 ans que tu chantes. Trouves-tu que le succès tarde un peu à venir ?

Non, je prends mon temps et ça me convient bien.  Je suis un solitaire, je pourrais vivre dans une grotte, je n’ai pas de réseau… ça n’aide pas à avancer rapidement dans le chemin de la notoriété. Ce n’est pas dans ma manière d’être,  je n’ai pas envie de me forcer là-dessus. Par contre, je suis un solitaire qui aime bien les rencontres. Quand je fais un concert, après ma prestation, je vais voir les gens qui étaient dans la salle et je parle avec eux longtemps. J’adore ça. Juste, j’aime bien dissocier les deux. Pour répondre plus précisément à ta question, j’aimerai passer un échelon supplémentaire dans l’échelle du succès, mais uniquement pour pouvoir jouer plus souvent. J’ai fait 3 albums solos, 3 albums avec Les Acrobates, j’ai toujours la petite lueur d’espoir, mais en même temps, je relativise beaucoup.

Quand tu montes sur scène, tu te transfigures ou tu restes le même ?

Un peu les deux. C’est une petite partie de moi que je ressors au maximum. Aux « Chantiers des Francos », j’avais fait de belles rencontres avec Philippe Albaret et Benjamin Georjon qui me faisaient travailler la scène. Ils m’avaient dit que le but sur scène n’était pas forcément d’être naturel, mais de paraître naturel. Il faut qu’une partie naturelle de moi s’exprime vraiment… J’ai en moi un côté exubérant que je montre plus quand je suis sur scène, mais toujours avec de la fragilité et de la sincérité. Je suis un chanteur, je ne me cache pas derrière un micro.

Finalement, tu exprimes plus tes idées et ton ressenti sur scène que dans la vie ?

Tu as raison. C’est plus facile pour moi en ayant une lumière en pleine poire, devant des gens, avec un micro. Peut-être que dans la vie, il faudrait que je me balade avec une petite estrade. C’est plus facile pour moi parce que je vais travailler le texte avant. Je sais ce que je vais dire, je ne pars pas dans l’inconnu. Le texte va être écrit, réécrit, je vais avoir peser le pour et le contre.

Depuis peu, tu es « Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros 2013 ». C’est encourageant de recevoir ce genre de prix ?

Ça permet de se faire un peu remarquer et ça fait plaisir que son travail soit reconnu. Quand toi tu es quelqu’un qui est plus dans l’indépendance et qui vit un peu sur les chemins de traverse, oui, c’est utile.

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