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18 septembre 2018

Faby Perier : interview pour la sortie de La renverse

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(photo Izabela Sawicka)

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorJe l’ai déjà raconté dans ma première mandorisation de Faby Perier en 2013, elle et moi, c’est une longue histoire… de rendez-vous manqués. Depuis 2008, elle m’envoyait régulièrement des messages pour que nous nous rencontrions et qu’elle m’explique son travail. J’avais compris qu’elle interprétait une chanson qui évoquait son cancer. Je n’avais pas creusé et je dois dire que j’étais peu enthousiaste à l’idée de l’interviewer. La maladie, inconsciemment, me rebutait. Je ne me le suis pas avoué ainsi, mais au fond, mon refus venait de là. Et puis, un jour, le cancer a emporté ma sœur. Le cancer, je l’ai regardé en face en le traitant de connard. Ma mère, ma sœur… ça suffit comme ça !

L’homme est un sale égoïste, il s’intéresse à des trucs uniquement quand il est concerné.

Et Faby m’a recontacté une énième fois. J’ai approfondi mes recherches sur elle et j’ai compris qu’elle faisait beaucoup pour la lutte contre le cancer (du sein notamment). Et j’ai compris qu’il était temps de se croiser.

Depuis, nous ne nous voyons pas souvent, mais nous nous apprécions mutuellement. Après une rechute de la maladie en 2014 elle a écrit le texte d’"Octobre Rose" qui a été chanté/clippé par un collectif d’artistes, dont Slimane, toujours afin de sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein.

J’y ai participé aussi.

Vous pouvez voir le clip chez Mandor, ici.

Faby sort un EP, La renverse réalisé par l’excellent Vincent-Marie Bouvot accompagné du non moins talentueux Thomas Cogny.

Teaser de l'EP "La renverse".

« J’ai vécu l’enregistrement de cet EP comme un testament. Je voulais laisser quelque chose de beau, de ciselé pour ce que j’appelais « le dernier ». Graver de la plus belle des manières mes mots pour l’après » explique-t-elle.

Les prises de voix se sont faites au rythme des traitements. Et ils y sont arrivés.

« Depuis qu’il est fait, tout a changé. Je ne l’appelle plus « le dernier ». J’ai envie de continuer, de monter sur scène, de faire découvrir mon univers, d’écrire de nouvelles chansons, de rencontrer les gens, de vivre même si c’est vivre avec. »

Le 6 septembre dernier, je suis allé chez elle pour un nouvel entretien… qui ne sera pas non plus le dernier.

Argumentaire officiel par Faby Perier :faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandor

La Renverse, c’est le début d’une histoire. Celle qui commence aujourd’hui, mon vivre avec.

Avec le cancer. La vie, l’espoir, la liberté, l’amour, le bonheur sont les combats que je mène tous les jours. Pour moi. Pour elles. Pour eux. Pour vous, peut-être.

Ma vie est jalonnée de ce que la plupart des gens appelle des « malheurs ». J’ai appris dès mon plus jeune âge à renverser ces situations compliquées, parfois dures, souvent douloureuses pour trouver l’envie de continuer et la force d’avancer. Je me suis nourrie de mots pour apprendre à aimer la vie et comprendre son sens. Je les utilise aujourd’hui pour témoigner de mes combats face aux épreuves physiques, morales et sociétales que j’ai traversées.

Je sais désormais que je suis une femme forte, ouverte au monde, à l’indestructible espoir. Tout peut arriver, on peut toujours se reconstruire. C’est cela la Renverse

faby perier,la renverse,vincent-marie bouvot,thomas cogny,interview mandorInterview :

C’est ton cinquième disque et pour la première fois, c’est un EP

Pour moi, ce disque est un peu le premier… comme si je reprenais tout à zéro. Les arrangements des autres albums ne me conviennent plus. Ils faisaient très années 80, très variété et j’avais envie d’un autre son. Plus moderne et plus proche de ce que j’écoute moi-même. Quand on enregistrait les albums précédents, j’entendais bien qu’il y avait quelque chose qui n’était pas en adéquation avec ce que je souhaitais. En live, je n’avais d’ailleurs pas du tout le même son que sur mes disques. C’était plus pop, plus electro, plus rock.

Bravo,  parce que tu as là un son très moderne !

Un disque réussi, c’est une alchimie. Quand j’ai rencontré Vincent-Marie Bouvot, ça a tilté tout de suite. On s’est compris immédiatement. Il m’a juste demandé quel était mon univers  musical, quel artiste et quel son j’aimais et ce vers quoi je voulais aller. J’ai proposé des choses et avec Thomas Cogny, ils ont fait le tri et arrangé tout ça. Je suis très fière du résultat. Grace à eux, j’ai l’impression d’avoir enfin une légitimité dans ce métier.

Vincent-Marie Bouvot, quand même, c’est la classe.

Je ne te le fais pas dire. Au début, il ne devait « que » réaliser, mais il m’a composé aussi une chanson. Quand il travaille, il porte toujours une blouse blanche, on a l’impression que c’est un chimiste. Non, d’ailleurs, c’est un chimiste. Un magicien même.

Un alchimiste ?

Oui, en tout cas, un sacré perfectionniste. Il passe beaucoup de temps à trouver le bon son. Il tripatouille ses machines jusqu’à ce qu’il le trouve.  Et il le trouve.

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Faby Perier avec Thomas Cogny et Vincent-Marie Bouvot.

J’aimerais que tu m’en dises plus sur la chanson « Mademoiselle », au son très gainsbourien. Je crois savoir que tu évoques ta grand-mère.

Ce son est assumé. On est entrés dans le studio avec cette envie-là. Quand Vincent m’a fait écouter son synthé au son incroyable, j’en ai eu des frissons. C’était exactement ce que je voulais. Quant au texte, on peut ne pas comprendre de quoi ça parle à  la première écoute. Il faut un peu décortiquer.

Raconte, alors.

J’ai été adopté. Ma mère aussi. Elle a été recueillie par une femme qui était directrice de pouponnière. Pendant la deuxième guerre mondiale, elle y a caché des enfants juifs. Cette femme s’appelait mademoiselle Blin. Je me souviens que j’allais la voir le mercredi et que je la trouvais incroyable. C’était une femme qui travaillait, à cette époque, ça,  déjà, c’était rare. Elle était un mélange d’élégance et de poigne… et aussi de courage. Je tenais vraiment à lui rendre hommage. Aujourd’hui, elle à la fois un exemple et  mon ange gardien.

Clip de "Mademoiselle".

Dans tes chansons, tu laisses toujours planer une part de mystère.

J’aime bien ça parce que cela permet à ceux qui écoutent de se les approprier. Ne pas dévoiler tout permet aussi de chercher, de se renseigner, de lire… On a tous une histoire différente, mais on peut se retrouver dans des mots et des actes si on laisse un peu d’espace à l’imagination. 

Es-tu maitre de ce que tu écris ?

Pas du tout. Je pars d’une idée et souvent, je me retrouve ailleurs. Je trouve cela magique.

Dans « L’européen »,  tu évoques un homme qui rêve de quitter son pays pour rejoindre un pays européen.

C’est une manière de dire qu’il n’y a pas de frontières. Je viens de la DDASS et j’ai toujours eu peur de me retrouver à la rue.  Dans « L’européen », j’avais donc envie de rappeler qu’on est tous parfois au bord du gouffre et que si on ouvre les frontières ou qu’on ouvre une porte pour parler au voisin, il y a peut-être une possibilité d’entrevoir un peu d’espoir… ou d’en donner.

Il parait qu’une ville t’a demandé de ne pas chanter cette chanson, car elle trouvait qu’elle faisait trop référence aux immigrants.

Politiquement, ça ne les convenait pas. J’ai trouvé cela démentiel. Je t’avoue que je l’ai chanté quand même et elle est finalement bien passée. Ce  n’est pas une chanson politique.

« Les mots qui frappent » parlent de la violence conjugale.

C’est une histoire vécue par moi. On croit que la violence conjugale n’existe que dans les couples hétéros. Il existe aussi dans les couples homos puisque j’en ai été victime. La violence existe au féminin, je voulais donc lever le tabou sur ça.

Dans  « Est-ce que tout est écrit ? », on ne sait pas à qui tu parles.

C’est une chanson sur la magie de la rencontre sur internet. Est-ce une rencontre amoureuse ou artistique, je laisse planer le doute.

Et « Chien perdu sans collier », c’est aussi une histoire de rencontre.

J’ai récupéré le chien d’une amie qui était en fin de vie. C’est un chien qui a été martyrisé, qui a souffert et je me suis demandé comment un animal se reconstruisait. J’ai voulu faire un parallèle avec un marginal que la difficulté de la vie a amené dans la rue. Est-ce qu’il ne suffit pas de croiser la bonne personne qui va te tendre la main pour avoir de nouveau envie de vivre et de se battre… et qu’un destin puisse resurgir. Et Chien perdu sans collier fait aussi référence au livre de Gilbert Cesbron, Chiens perdus sans collier que j’ai lu étant jeune et que j’ai beaucoup  aimé.

Nouvelle version de "Ce matin-là" (audio).

« Ce matin-là » est ton plus grand succès. Pourquoi l’as-tu ressorti dans une nouvelle version ?

J’ai juste fait sauter un couplet. Cette chanson est le fil conducteur de ma carrière.

Si ton cancer n’avait pas fait une rechute l’année dernière, l’aurais-tu rechanté ?

Ce n’est pas lié. Pour moi, cette chanson est un hymne à la vie pleine d’espoir. Je pense que beaucoup de gens se retrouvent dans cette chanson qui raconte le jour où on apprend qu’on a un cancer. Ce n’est pas un sujet tabou. J’ai un cancer chronique. Toute ma vie, je vais me battre contre lui, c’est comme ça. Je ne veux pas faire de mon cancer mon étendard, mais je veux l’assumer. Il n’y a pas de honte.

Ça fait 10 ans que tu en parles et que tu le chantes.

C’est parce que c’est aussi un booster. Il y a dix ans, j’étais chanteuse dans les pianos-bars. C’est bien le cancer qui fait que je suis sorti du tiroir. J’ai profité de mon malheur pour vivre et profiter un peu. C’est paradoxal, je sais bien.

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Faby Perier et Thomas Cogny.

Il y a un duo avec Thomas Cogny, « Les sans voix ».

C’était rigolo parce que Thomas n’est pas du tout chanteur. Il a fallu que je le motive un peu pour qu’il accepte parce qu’au départ,  il ne l’était pas du tout. Au final, je trouve que ça le fait bien. Cette  chanson a été écrite au moment des histoires de François Fillon. On sentait qu’on se foutait de la gueule du peuple. Je ne parle même pas des « sans dent » de François Hollande. J’ai donc choisi de parler des sans-voix. On vote, mais on ne sait pas vraiment pour qui. Aujourd’hui, on vote contre plus que pour. Je dis dans cette chanson que, nous, les sans-voix, mine de rien, on fait beaucoup de choses dans la vie.

J’évite toujours de demander le pourquoi du comment du titre d’un album. Mais toi, étant donné ton histoire, je suis sûr qu’il y a une sacrée raison.

La renverse, c’est ce moment de latence entre les deux marées, la haute et la basse. C’est un moment d’accalmie. Un moment où l’on se pose et on l’on se dit que tout est encore possible. La renverse a un double sens qui ne t’aura pas échappé. C’est un bouleversement à chaque fois de se battre contre la maladie, mais on peut renverser la situation. Enfin, de manière plus anecdotique,  Vincent-Marie Bouvot  est un navigateur. On a beaucoup parlé navigation, de voile etc… J’ai donc aussi fait référence à ça.

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(photo Izabela Sawicka)

La photo de ton disque est superbe, mais bien choc.

Il y a 4 ans lors de ma deuxième rechute, cette photo a été faite pour une association, SKIN,  qui a choisi d’accompagner les gens malades par le biais d’une œuvre artistique. Je trouvais que c’était important de faire quelque chose pour que le regard sur les femmes malades change. Honnêtement, j’ai beaucoup hésité à mettre cette photo parce qu’on me reproche souvent d’utiliser mon cancer et c’est Vincent qui m’a dit qu’elle était sublime et qu’il fallait y aller à fond puisque je suis dedans. La  mer et  le ciel sont violents sur cette photo,  mais je trouve qu’elle est aussi pleine d’espoir.

Je crois savoir que cette photo est dans le cabinet du professeur qui te suit à l’hôpital franco-britannique.

Ce grand professeur m’expliquait que lors de l’annonce d’un cancer à un patient, il détourne les yeux de cette photo. Lorsqu’ils ont commencé les traitements, ils la regardent de nouveau. Ils sentent qu’il y a de l’espoir. C’est important qu’une image puisse aider et délier la parole.

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Pendant l'interview...

As-tu des concerts prévus ?

Je vais faire la première partie de Liane Foly le 9 novembre à Dreux et tout  l’été 2019, il y a plusieurs premières parties d’elle qui sont prévus. Je maintiens le cap sur ces dates. J’espère être en forme à ce moment-là.

Ça te fait du bien au moral ce disque ?

Ce qui me fait du bien au moral, ce sont les réactions des gens qui l’ont écouté. J’ai déjà eu des articles et des retours très positifs.

Michel Kemper  de « Nos enchanteurs » a dit de ce disque : « Certes, vous pouvez acheter ce disque par compassion, certes. Reste que c’est par adhésion artistique que vous le repasserez souvent sur votre platine, play et replay. Parce que c’est un beau disque, au son impeccable (enregistré au Studio Unreal World de Deuil-la-Barre, réalisé par Vincent-Marie Bouvot, mixé par David Cook) : sept titres seulement mais qui vont à l’essentiel dans un art abouti, un vrai plaisir d’écoute. » Mazette.

Tu ne peux pas t’imaginer combien cela m’a touché.

On peut trouver ton disque où ?

Sur mon site internet et toutes les plateformes de téléchargement.

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A la fin de l'interview, le 6 septembre 2018.