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06 décembre 2018

La Pietà : interview pour l'EP Chapitre 5 & 6

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la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry« Depuis un an La Pietà débarque dans la sphère musicale, à coup de mystères, masques, concerts bruyants, textes énervés, attitude punk, et clips désabusés. La Pietà, c’est décalé, provoc, pluridisciplinaire, actuel… Et en français. Une espèce de Virginie Despentes qui aurait pris un micro, beats electro, guitares noises, punk rap sarcastique et énervant. » C’est ce qu’indique le site de Dessous de Scène (qui fait le booking de l’artiste) et on ne peut mieux dire. La Pietà sort un 3e EP, Chapitre 5 et 6 avant la sortie d’un premier album en octobre 2019. Le projet La Pietà est pluridisciplinaire. Il est lié à la musique, au roman, à l'écriture, à   l'image… Autant vous dire que la rencontrer était pour moi impératif (ce n’était pourtant pas la première fois que j’interviewais celle qui endosse ce personnage, mais elle ne souhaite plus évoquer son autre passé de chanteuse musicienne.)

Elle m’a donné rendez-vous dans les locaux du site participatif Ulule la veille de son concert privé, le 28 novembre dernier, donc.

Présentation de l’artiste (par elle-même) :la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

La Pietà, c'est la mère douloureuse. La femme, la fille, la sœur, la mère, la trainée, la sainte, la folle, la forte, la fragile, la fière, la coup-rageuse, la brisée, la réparée, la cure, la toxique, la douloureuse. Electro-nique, éclectique, électrique, tantôt slameuse, tantôt mélodique, souvent entrainane entraineuse entremetteuse, toujours directe, comme un poing dans la gueule, comme les points sur les i, comme les pointillés qui deviennent horizon. La Pietà n'est pas là pour plaire, mais toujours pour déranger.

" Je ne suis pas devenue une icône, droguée et anorexique, non je ne suis même pas de cette trempe-là. Je suis devenue grosse. C'est moins glamour… je ne suis pas morte, mais pas vraiment en vie. Je la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourrytiens. Pour rien. Je suis de ces fantômes. Je suis la classe moyenne. Le beauf moyen. Le pas très intelligent, mais pas complètement demeuré. Juste assez pour savoir que je ne sais rien. Juste assez pour comprendre que je ne comprends rien. Juste assez pour voir que je ne suis pas comme eux. Juste assez pour voir que le monde fout la gerbe, pas assez pour vomir. Je suis pas vraiment blanche, pas vraiment noire. Je suis pas riche, pas si pauvre. je ne suis ni religieuse, ni athée. Je suis de la pire race, de la pire génération, de ceux qui ne croient en rien, qui ne viennent de nulle part, et qui ne vont nulle part. Je ne suis la fille de personne, mais je ne suis pas abandonnée. Je suis juste moyenne. Je suis la moyenne. A peine." La Moyenne, La pietà.

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(Photo : Brice Bourgeois)

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryInterview :

Je t’ai connu dans un autre projet, mais il est vrai que je trouve que La Pietà te va à ravir.

Mes précédentes expériences musicales n’ont pas été réjouissantes, du coup, il y a 4 ans, j’ai voulu arrêter la musique. J’ai claqué la porte à toute ma vie professionnelle et je suis partie dans le sud. Je pensais ne plus vouloir vivre de ma musique, alors je me suis occupée d’autres artistes en montant mon propre label. Je me suis retrouvée de l’autre côté de la barrière.

En parallèle, tu as commencé à écrire un début de roman, c’est ça ?

Oui et progressivement, je me suis rendu compte que j’avais envie de mettre en musique des extraits de ce roman. A la base, je n’avais pas du tout l’intention de faire écouter le résultat, ce qui m’a permis d’être plus libre artistiquement.

Du coup, tu as abandonné la perspective d’écrire un roman.

Je ne sais pas si c’est un roman. Je ne sais pas comment appeler ça. Ce n’est pas une autobiographie parce que je romance les choses. Même si c’est ma  vision du monde, ce que j’écris est à la fois personnel et à la fois extrapolé.

Pourquoi as-tu décidé de faire écouter tes textes finalement ?

Cela faisait quelques mois qu’un ami m‘obligeait à lui faire écouter. Il a trouvé ça super et m’a proposé de mettre mon travail au propre dans son studio. Ainsi est sorti le titre « La moyenne », dont j’ai réalisé le clip, seule chez moi. Après, il s’est passé beaucoup de choses pour La Pietà, donc je n’ai plus eu de temps du tout pour finir le livre. 

Clip de "Maintenant ou jamais" extrait de l'EP Chapitre 5 & 6.

Le projet La Pietà a vite trouvé la reconnaissance. la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

A la différence de mes précédents projets, j’ai complètement lâché prise. J’ai été plus libre artistiquement, car je n’ai pas cherché à plaire, ni aux gens du métier, ni à personne d’ailleurs. J’ai dit ce que j’avais envie de dire, sans frein. Je pense que les gens ont été intéressés par ma démarche sincère et droite. De plus l’écriture est ce qu’il y a de plus important dans tout mon travail, beaucoup m’ont prouvé une reconnaissance à ce niveau-là, rien ne me fais plus plaisir.

La Pietà est sacrément provocatrice. 

J’avais la hargne par rapport à ce que j’avais vécu avant dans le métier. Le fait de mettre un masque, c’était aussi une manière de faire un pied de nez aux gens du métier. Je ne voulais pas qu’ils aient un préjugé sur ce que je faisais. Le fait qu’on ne sache pas qui j’étais a permis à des gens qui détestaient ce que je faisais de trouver ce projet génial.

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(Photo : Romain Collet)

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryTu es d’accord qu’il peut y avoir un projet qui plaise moins qu’un autre.

Tout à fait. Mais tu sais, ce qui me dérange c’est le fait qu’il y a tellement d’artistes à écouter que les gens du métier ont tendance à se dire : « Cette artiste-là, je sais déjà ce qu’elle a fait avant… » même si on leur dit que c’est un nouveau projet. J’avais envie d’avoir le droit à une page blanche et à aucun préjugé.

En cassant les codes de la chanson, tu mets un bon coup de pied dans la fourmilière.

Je me suis sentie super libre de ne plus m’imposer de devoir vivre de ma musique. Quand on fait ce que l’on veut et que l’on ne dépend pas d’un projet pour vivre, on peut tout faire sans aucune concession. Vous aimez tant mieux, vous n’aimez pas, tant pis.

La Pietà est peut-être ton projet le plus personnel, mais il est déjà en train d’évoluer.

C’est parce que je me suis rendu compte que je m’auto-piégeais. Comme je voulais fuir des cadres que l’on m’imposait dans les maisons de disques, fuir le fait que l’on voulait lisser mon projet, fuir le fait que l’on me colle une étiquette, du coup, j’ai créé mon projet, très sombre, très différent, très énigmatique. Au fur et à mesure que j’avais de plus en plus d’accompagnements, de subventions, de gens autour de moi qui gravitaient, j’étais aussi coincée dans le personnage de La Pietà. Je commençais à entendre des gens me dire que je ne  pouvais pas écrire tel texte car il n’était pas assez sombre, que je ne pouvais pas montrer mon visage parce que La Pietà devait rester énigmatique avec son masque, que je ne pouvais pas ajouter de la couleur… Au printemps dernier, j’ai compris que je m’étais créé moi-même ma propre case. Comme la liberté est justement de ne pas s’enfermer dans un rôle, j’ai fini par casser mes propres codes.

Clip de "La salle d'attente", extrait de l'EP, Chapitre 5 & 6.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryC’est pour ça que dans ton nouveau clip, La salle d’attente, tu as retiré ton masque ?

Tout à fait. On me voit avec des écritures sur le visage, ça me permet d’enlever le masque progressivement. Des écritures, j’en faisais déjà depuis un moment, notamment sur les bras. J’ai toujours aimé écrire, j’ai toujours aimé les mots. La première fois que je me suis présentée ainsi, c’était au Printemps de Bourges, dans une salle pleine de professionnels qui m’attendaient au tournant.

C’est un soir où ça a cartonné pour toi.

Avant la Pietà, j’avais l’impression d’avoir été jeté de ce métier. On employait des mots très durs envers moi. On me disait qu’on ne comprenait pas que je continue, que je n’avais aucun talent, que j’étais incapable… on avait mis mon estime de moi sous terre. Se relever de tout ça, faire ce projet et que les professionnels et le public y adhèrent assez naturellement, ça a été une bouffée d’air frais. A Bourges, j’ai senti qu’il s’était passé quelque chose. Je suis sortie de scène et j’ai dit à mes musiciens que j’étais satisfaite d’avoir fait ce que je voulais faire. Ca m’a fait me sentir invincible. Je me foutais presque que ça ne plaise pas aux autres, j’étais contente de ce que j’avais donné.

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(Photo : Flora Riffet aux iNOUïS du Printemps de Bourges)

Depuis que tu es devenue La Pietà, es-tu plus heureuse dans ce métier ? la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourry

J’ai fait la paix avec ce métier. Quand je me suis occupée d’autres artistes, je me suis rendu compte qu’il y avait aussi des gens très bien dans ce métier, des gens passionnés et honnêtes. J’ai compris que j’étais juste tombée sur quelques connards, parce qu’il y en a comme dans tous les métiers. J’ai arrêté de vampiriser les choses.

J’adore ta chanson, « La fille la moins féministe de la Terre ». Tu penses tout ce que tu dis ?

Dans cette chanson, je dis tout et son contraire. Je commence à affirmer quelque chose et je dis l’opposé à la fin. Je m’en amuse, mais en règle générale, dans mes chansons, effectivement,  je pense tout ce que je dis. Par contre, je ne vis pas tout ce que je dis. Beaucoup de gens ont du mal à faire le distinguo entre l’auteure et la narratrice. Cela dit, je le comprends parce que je mets beaucoup de mes émotions dans mon interprétation. L’émotion est vraie, mais les histoires que je raconte, je les multiplie, je les romance, je les mélange avec d’autres histoires que vivent des gens autour de moi. 

Clip de "Je suis la fille la moins féministe de la Terre", extrait de l'EP Chapitre 5 & 6.

la pietà,chapitre 5 & 6,interview,virginie nourryDans  « Défoncer le cœur », tu emploies des mots très crus et ça passe super bien. Tu es la seule à pouvoir faire ça.

Les gamins adorent cette chanson. Elle parle beaucoup de cul, mais surtout d’amour. C’est juste une histoire d’amour désabusée. Le côté provoc’ de cette chanson, c’était dans un sens humoristique, très second degré. Beaucoup de femmes me remercient d’employer ces mots-là pour une histoire que beaucoup d’entre elles ont vécue.

Es-tu féministe ?

Je préfère me voir comme humaniste que féministe. Le mot « féministe » est devenu un gros mot alors qu’il ne devrait pas l’être. En tout cas, je n’ai pas l’impression d’être une fervente défenseuse des droits des femmes. Je suis juste défenseuse des droits des êtres humains.

Clip de "Manger ta douleur", extrait de l'EP, Chapitre 5 & 6. (Chanson dédiée à son papa, Dominique Gabriel Nourry.)

On dit que ton travail se rapproche de celui de Valérie Despentes. Cela t’agace ou tu prends ?

C’est le côté « femme qui ose utiliser des mots crus ». J’aime beaucoup Virginie Despentes et j’ai lu pas mal de ses livres. Je me considère beaucoup moins trash qu’elle dans ma vision de la vie et dans ma vie à moi. J’ai joué avec elle aux « Femmes s’en mêlent » en mars dernier.

Avant de monter sur scène, tu es comment ?

Je suis une grande stressée, une grande anxieuse.

Tu attends quoi de ce métier ?

Déjà, le terme métier, c’était important pour moi de m’en détacher, même si aujourd’hui, je vis intégralement de La Pietà, je n’ai pas envie de dépendre d'elle. Je n’ai pas envie de devoir m’enfermer dans quelque rôle que ce soit. Depuis cette année, je mène beaucoup d’actions culturelles, des ateliers d’écriture dans un EHPAD, dans un collège… ça me plait parce que c’est un autre rapport à la musique et à l’écriture. Bientôt on va jouer dans une prison. Je préfère le partage et le côté humain que la mise en avant de l’ego… où on se perd facilement.

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Avec La Pietà, lors de l'interview, le 28 novembre 2018 dans les locaux d'ULULE.