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04 janvier 2018

Thomas Caruso : première interview avant la sortie de son premier album

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(Photo : Piergab Pichon)

Thomas Caruso est auteur compositeur interprète de grand talent. Nous commençons à être nombreux à le savoir. Cela fait longtemps qu’il chante, mais c’est seulement en 2016 qu’il se fait repérer. D’abord dans La Nouvelle Star, où sa version du tube de Booba, ”Scarface”, impressionne JoeyStarr, les autres membres du jury et le public.

Quelques mois après, il devient Pic d’argent au Pic d’Or 2016 (cliquez sur la photo à droite). Des thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorlabels commencent à l’approcher, à lui faire de l’oeil, à lui proposer des projets qui ne lui  correspondent pas... pour au final, lui faire des propositions concrètes. Merci Barclay!

L’homme est un faiseur de tubes, le dernier en date étant le single de Louane, ”On était beau”, mais pléthore d’autres chansons pour d’autres artistes ne vont pas tarder à sortir. Mais quand je dis que c’est un faiseur de tubes, je parle aussi pour lui. Il y a quelques mois, Thomas Caruso est venu à l’agence me faire écouter 5 titres qui figureront sur son premier album à venir. 5 chansons, 5 tubes en puissance. Impressionnant. Ce n’était pas les versions finales (en plus). Voix singulière, sens de la mélodie et des arrangements musicaux époustouflants, cet artiste a une forte chance de casser la baraque dans le monde de la ”belle” variété française. Il va falloir compter sur lui, j’en suis sûr. Le jour de sa visite (à la fin de l’été dernier), j’en ai profité pour lui poser quelques questions. Seules les deux dernières questions ont été ajoutées hier.

En attendant de découvrir ses nouvelles chansons, cette mandorisation sera embellie de quelques reprises de morceaux de rap qu’il publie régulièrement sur sa chaîne YouTube. Il adore ça.

Notez que toutes les photos professionnelles sont signées par l'excellent Piergab Pichon

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(Photo : Piergab Pichon)

thomas caruso, la nouvelle star, pic d'or, interview, mandorInterview:

Etre signé chez Barclay, c’est un rêve ?

C’est complètement fou. Moi, déjà, jadore Barclay. C’était le label de Jacques Brel, Noir Désir, Léo Ferré, Alain Bashung, et maintenant celui de Gaëtan Roussel, Benjamin Biolay… toutes mes idoles. Il y a quelques années, je suis allé chez Universal amener ma demo de l’époque. A l’accueil, on avait refusé de la prendre. Et je me souviens que je m’acharnais sur la nana de l’accueil en lui disant « mais alors comment je peux faire pour que des gens de chez Barclay écoutent ma musique ? ». La personne m’avait expliqué qu’il fallait que j’envoie mon cd par la poste, mais qu’il y avait très peu de chance qu’il soit écouté car ils en recevaient des caisses entières tous les jours. Je me suis retrouvé dehors, tout seul sur le trottoir et désespéré de ne pas pouvoir accéder aux directeurs artistiques du label. Et puis environ dix minutes après, je vois des gens sortir pour fumer leur clop. La clef était là. Pour trouver des passeurs à ma démo, il fallait attendre la pause clop ! Jai parlé à trois femmes qui étaient là et elles ont fini par me proposer de déposer ma maquette chez Barclay. Bon, ça n’a rien donné à ce moment-là, mais quelque part c’était le début de l’histoire.

Le nom Barclay et l’histoire qu’il y a autour de ce label, ça fait flipper ?

Un peu, c’est vrai. Mais il ne faut pas trop penser au passé ou au palmarès, moi, j’essaie de rester concentré sur ma musique et sur rien d’autre.

Tu as écrit et co-composé le premier single du deuxième album de Louane, « On était beau ». Le texte n’est pas aussi léger qu’il n’y parait.

Il y a un propos et une vraie profondeur, mine de rien. Parler d’amour permet de mettre en évidence plein d’aspects de la personnalité. Au départ, je l’avais pensée assez crue cette chanson, avec une urgence évidente, un côté écorché. Je la voyais bien revenir avec un titre fort, très direct. Du coup, ça a donné l’angle de la chanson.

Clip de Louane, "On était beau".

Ecrire pour Louane, c’est gratifiant ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

A fond. Elle est au sommet en ce moment, c’est une vraie star et elle va le rester ad vitam aeternam. Et puis c’est vraiment une chouette nana, il y a quelque chose qui me touche chez elle. Pour moi, c’est la nouvelle Vanessa  Paradis. C’est une très grosse référence. J’étais content d’être dans le dernier carré pour lui écrire des chansons. C’était quand même impressionnant, en face de moi, je n’avais quasiment que des gens connus.

Tu as eu des contacts avec Capitol et Warner avant de signer chez Barclay.

J’ai eu plusieurs rendez-vous chez eux oui. A l’époque, il n’y avait que Capitol qui se positionnait, alors on avait échangé avec un DA (directeur artistique) mais le projet que l’on me proposait ne me correspondait pas tellement. Ensuite, j’ai beaucoup échangé avec Warner. Il y avait un DA que je connaissais depuis plusieurs années et que j’appréciais beaucoup alors j’ai vraiment failli partir avec eux. Mais au fond,  je continuais à fantasmer sur Barclay. Et puis il y a eu une concordance hallucinante entre le moment où on a pris contact avec Barclay et l’avancement des négociations avec Warner.

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Après la signature, avec toute l'équipe du label Barclay.

thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandorLe destin a bien fait les choses.

Exactement. Je te passe les détails, mais un jour mon co-éditeur va voir Barclay et fait écouter quelques morceaux. Je ne pouvais pas être présent au rendez-vous car je jouais au théâtre à Toulouse ce soir-là. Et le lendemain, je rencontrais un directeur artistique directement à Toulouse, Antonin Roméas. Dès que je l’ai vu et écouté, j’ai senti une concordance évidente. Il y a eu une harmonie immédiate entre nous. On avait une énergie commune, une envie de bouffer la vie. Et puis aucun de nous deux ne pensait détenir la vérité, du coup on a immédiatement eu un rapport extrêmement fluide. J’ai vu chez lui la même fougue et la même détermination que je peux ressentir en moi. On est tous les deux jeunes, on commence en bas de l’échelle, sans prétention et avec une furieuse envie d’expérimenter et d’apprendre… et on sait que l’on a tout à faire. C’est comme ça que ce DA est devenu le mien aujourd’hui.

Il y a un côté mainstream dans ta musique, on ne peut pas le nier.

Il n’est d’ailleurs pas question de le nier ! Parce que j’aime ça. Je ne fais pas de la musique juste pour moi, dans mon coin. Le côté « grand public », je l’assume pleinement. C’est précisément ce que j’aime dans les chansons, leur côté fédérateur et rassembleur. Si demain, je peux être à la fois un artiste populaire et qualitatif, alors j’aurai rempli ma mission. Je travaille dur pour prendre cette place-là, pour faire une musique soignée dans la composition et dans l’écriture et en même temps accessible et fédératrice. Moi, j’aimerais réhabituer les gens à écouter les textes. Il y a tellement de flux à la radio qu’on oublie progressivement d’accorder de l’importance à ce que l’artiste veut nous dire.

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(3 photos lors de l'écoute privée de 5 chansons à l'agence Mixicom, fin de l'été 2017).

Aujourd’hui, tu es donc un homme heureux?

Tu sais, ça fait 15 ans que je fais de la musique et j’ai vécu beaucoup d’échecs. On peut même dire que j’ai survécu à beaucoup d’échecs ! Ces échecs, j’ai essayé de ne les prendre que comme des expériences constructives et jamais comme quelque chose de freinant… alors aujourd’hui, je ne peux qu’être heureux. Heureux de pouvoir vraiment commencer à travailler parce qu’à partir de maintenant, il y a tout à faire.

La raprise de Caruso : "Dommage" de Bigflo et Oli.

Tu n’as pas de manager ?thomas caruso,la nouvelle star,pic d'or,interview,mandor

Non, je me gère tout seul. J’aime bien avoir un rapport direct avec mes collaborateurs, sans intermédiaire. Et puis ça fait partie de moi, je suis quelqu’un de très frontal. Du coup, il y a une fluidité incroyable avec tous les gens avec qui je bosse et ça me va très bien.

En studio, tu es comment ?

Je dois reconnaitre que je suis quelqu’un d’un peu chiant, d’assez dur… Même de très dur en fait, je suis très directif. Enfin, je ne suis pas dur avec les gens qui me sont lointains. Mais je suis plus exigeant avec les très proches. Jai un côté psychorigide. J’ai besoin de tout quadriller, de comprendre comment tout marche pour faire le meilleur choix stratégique tout en gardant une part énorme de liberté. En fait, c’est toujours pour avoir beaucoup de liberté dans ce que je fais que je cadre beaucoup les choses, assez paradoxalement d’ailleurs.

Tu as un studio à disposition ?

Oui. Dans mon contrat d’édition, j’ai la chance d’avoir droit à un studio H 24, 7 jours sur 7. Comme j’écris beaucoup pour les autres, ça me permet de travailler dans de bonnes conditions. J’essaie de travailler au maximum avec mon équipe, celle que j’avais choisie avant de signer et que j’ai gardée précieusement : mon guitariste et mon réalisateur, que j’adore. On est souvent tous les trois en studio même si plus j’avance plus l’équipe s’agrandit avec toujours cette même unité entre nous.

La raprise de Caruso : "Macarena" de Damso.

Les gens de chez Barclay assistent aux séances d’enregistrement ?

Oui, souvent. Il y a plus qu’un dialogue entre nous, il y a un vrai soutien. C’est la première fois que je vois des gens qui travaillent dans la musique qui parlent vraiment de musique et pas uniquement de stratégie, de marketing ou d’image. Vraiment, je suis reconnaissant envers les gens qui travaillent avec moi. Sur tous les secteurs, le label, l’édition, aussi bien l’équipe encadrante, technique et tous les musiciens desquels je m’entoure en songwriting et sur mon album. On a un équilibre que j’adore. Le rapport est incroyable, je ne savais même pas que cela existait. Maintenant, il faut qu’on veille à préserver tout ça, pour que cet équilibre perdure et qu’on continue à bien travailler. C’est comme en amour, il ne faut jamais considérer que c’est acquis.

Quand pourra-t-on découvrir le premier single, voire le clip ?

Le premier single sortira en février, avec un clip au même moment. Je ne peux pas encore trop en parler mais j’en dirai plus très bientôt.

Et l’album, une date est choisie ?

Pas encore. Chaque chose en son temps. Je prends les étapes les unes après les autres, avec précaution. Là, je termine l’album, sereinement, sans projection. Immédiatement après, on va travailler sur le clip et essayer de faire un joli truc. Ensuite je défendrai le single, et je reprendrai la scène progressivement, j’ai vraiment hâte de reprendre les concerts, tu n’as pas idée ! Et ensuite on verra arriver l’album tranquillement. Après toutes ces années à travailler dans l’ombre, sans vraiment pouvoir m’exprimer, je ne suis plus pressé. Ou plutôt si, j’ai toujours cette même urgence en moi mais j’ai appris à la gérer pour savourer chaque instant. Ça doit ressembler à ça, « l’expérience ».

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Avec Thomas Caruso, début juillet 2017, au Festival Pause Guitare à Albi.

22 janvier 2013

Olivier Bas : interview pour La Nouvelle Star

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Certains trouveront que c’est un peu fort le café d’interviewer quelqu’un que l’on connait bien. Avec lequel on travaille. Olivier Bas et le directeur artistique de l’émission de France 2 pour laquelle je collabore régulièrement, CD’Aujourd’hui. Alors, bon, l’inviter à me parler de son actualité, est-ce bien raisonnable ? Je n’en sais rien et, au fond, je m’en fous. La Nouvelle Star cartonne (la semaine dernière, l’émission a attiré plus de téléspectateurs que celle de Stéphane Bern sur France 2) et j’ai toujours regardé cette émission. Quelqu’un que je connais y participe de l’intérieur et y tient un rôle majeur, j’ai eu du mal à résister… Aussi, Olivier est venu me voir à l’agence, au lendemain du premier prime en direct. C’était mercredi dernier (le 16 janvier).

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorBiographie (tirée du site officiel de La Nouvelle Star) :

Originaire de Tours, Olivier Bas débute à la libération des ondes en 1981. En avril 1984, il intègre la jeune maison de disques Virgin et accompagne les premiers pas des Innocents, Liane Foly, Rita Mitsouko, Étienne Daho, ainsi que le catalogue international.

Au début des années 2000, il quitte définitivement les maisons de disque et il dirige la collection «Indétendances» initiée par la FNAC qui cherche à mettre en avant les labels Indépendants.

Olivier Bas évolue dans la musique depuis plus de 30 ans. A la fois homme de communication, journaliste et découvreur de talents, il est le candidat idéal pour devenir membre du jury de La Nouvelle Star. Comme Maurane, il intègre cette année l'émission.

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olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorInterview :

Avant tout, je suis obligé de te demander comment tu es arrivé dans cette aventure. Parce que, tous ceux qui te connaissent et qui bossent avec toi l’ont appris du jour au lendemain, en même temps que tout le monde.

Ce n’était pas par volonté de cacher le truc. C’est allé très vite. Les gens de la production de l’émission m’ont appelé le mardi, on s’est vu le jeudi et la conférence de presse de rentrée de D8 était le jeudi suivant. Le mercredi matin d’avant la conférence, je n’avais toujours pas la réponse. Ils m’ont appelé à 20h45 pour me dire qu’ils m’envoyaient le contrat…

Dans la charte de l’émission dans tous les pays du monde, il y a dans le jury, 3 artistes musiciens chanteurs et un professionnel de la profession. Toi, tu es le professionnel de la profession.

Je sais qu’ils ont vu beaucoup de managers, beaucoup de personnes de maison de disques, je ne sais pas qui exactement, ils étaient très nombreux à avoir été castés. Pour être franc, je sais que Bertrand Burgalat a décliné à la dernière minute. Me concernant, j’y croyais moyennement, car je savais que j’avais un vrai déficit de notoriété. Dans la profession, peut-être que  les gens me connaissent, mais le grand public ne me connait pas du tout. La production et la chaîne émettaient des doutes à mon sujet à cause de cela.

Bon, au final, c’est toi qui as été choisi. C’est un truc de ouf pour toi Olivier ! Même si avec le festival dont tu t’occupais, Fnac Indétendances, tu présentais les artistes sur scène, tu es quand même réputé pour être un homme de l’ombre. Jury de la Nouvelle Star, c’est un truc qui te surexpose du jour au lendemain.

Je vais te dire, les vrais décisionnaires dans cette histoire-là ont été mes enfants. Ils ont 16 et 13 ans. Quand il y a des décisions à prendre, on fait des réunions ensemble. On se met par terre et on discute… Je leur ai demandé ce qu’ils en pensaient. Mine de rien, il y a des répercussions aussi pour eux. Ils m’ont tout de suite dit de foncer. Tu sais d’où je viens, ma famille, c’est plutôt France Inter, Libé, Les Inrocks, Télérama, et bien il n’y a personne qui m’a dit de ne pas y aller. Il y a dans mon entourage juste une personne qui a émis un doute, mais c’est tout.

Il faut être un peu inconscient pour se lancer dans cette aventure, non ?

C’est certain. Mais, il faut être honnête, c’est flatteur d’être choisi dans un programme comme ça. Ce que j’ai voulu apporter, c’est ce que je porte depuis très longtemps. À Marseille, il y a une candidate qui a chanté le merveilleux « Pisser debout » de Giedré. La production a pris ça comme un gag, moi comme quelque chose de sérieux. Résultat, ça a fait changer la vision de cette chanson, qui effectivement, hors contexte, est très particulière. Tout à coup, la production a vu qu’il y avait ce créneau-là. C’est comme quand Florian reprend Babx, je peux placer un mot sur Babx parce que c’est mon univers.

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Quand tu rentres dans cette aventure, tu te trouves à côté de « monstres » médiatiques comme Sinclair et André Manoukian qui connaissent la machine et ses codes. Comment trouve-t-on sa place ?

Le premier jour, je te confirme que j’ai été très mauvais, parce que je n’étais pas très à l’aise, je ne connaissais pas la mécanique, ce qu’on pouvait dire, ne pas dire…

Et Maurane ?

Elle est hors compétition parce qu’elle est incontestable dans le paysage musical francophone. Elle est très dans la technique et ce que les gens découvrent d’elle, c’est qu’elle est très drôle. Il ne faut jamais oublier que Maurane est belge et j’aime cet humour un peu absurde à la Poelvoorde, Damiens ou Devos qu’elle peut avoir parfois. Elle n’a peur de rien, elle est cash et il n’y a aucun calcul avec elle. Avec Maurane il y a eu une forte complicité dès le départ parce qu’on était les deux nouveaux. André Manoukian, lui, c’est la statue du commandeur. On se connait depuis 25 ans, c’était bizarre de se retrouver dans ce contexte là. Enfin avec Sinclair, on ne se connaissait pas du tout. Il a une qualité que moi je n’ai pas et, évidemment, mis en parallèle, ça fait un peu un contraste, il est très précis dans ses propos. Mais lui, mine de rien, c’est sa troisième année.

olivier bas,interview,la nouvelle star,mandorJustement, dis-moi franchement. Quelles sont tes relations avec Sinclair. On a l’impression qu’il te cherche un peu.

J’aimerais bien que l’on soit tous les deux pour répondre à cette question. Moi, je n’ai aucun malaise par rapport à lui, après, j’espère que lui n’en a pas non plus. C’est un jeu, tu sais. Il y a deux émissions, et moi ça m’a fait rire, Sinclair dit en parlant de moi: « Mais on ne peut pas le changer celui-là ! ». Je sais que c’était de l’humour, mais il s’est pris des tombereaux d’insultes et moi des marques de nombreuses marques de sympathie. On va se calmer ! Je pense qu’humainement on a énormément de points communs, mais nous n’avons pas du tout la même culture musicale.

Est-ce que la prod vous demande de mettre de l’ambiance entre vous, de vous engueuler, de surenchérir un peu pour le bien du spectacle ?

Ils n’ont pas besoin de le demander. On le sait. Nous sommes les seuls permanents à l’écran donc on doit avoir la responsabilité d’intéresser les téléspectateurs, c’est un minimum. La question qu’on me pose souvent c’est : « est-ce qu’ils t’ont demandé d’avoir un rôle ? » En aucun cas. Ils m’ont juste dit : « sois celui que tu es ».

Hier, sur le prime, je t’ai senti à l’aise, plus encore que pendant les sélections en province, alors que c’était du direct.

Oui, j’étais encore un peu inconscient. Maintenant, on commence un peu à connaître les candidats. On a plus peur de rater quelqu’un de bien. Moi, j’ai toujours eu cette angoisse-là, et je crois que les autres membres du jury aussi. Les candidats seraient des auteurs-compositeurs-interprètes, je serais beaucoup plus sur  mon terrain. Là, il faut que je juge uniquement sur la notion d’interprétation. Pour moi, c’est un vrai exercice. Ce qui est très intéressant, intellectuellement, à titre personnel aussi.

Évidemment, tu vas me dire ici qui est ton candidat préféré…

Évidemment que non. Je peux avoir des affinités, je peux avoir des envies, mais je ne peux pas présumer de ce que les candidats vont nous faire. Tu vois, hier Charlotte a été éliminée, alors que c’était clairement quelqu’un qu’on mettait en haut du panier.

Tu es crevé à la fin d’une émission ?olivier bas,interview,la nouvelle star,mandor

Non. Il y a de l’adrénaline. A  tel point, que je suis resté jusqu’à la fin. Je n’avais pas envie de partir.

Tu es allé voir les artistes après ?

C’est marrant que tu dises « artistes » et pas « candidats ». C’est bon signe. J’ai surtout beaucoup parlé avec les trois qui ont été éliminés parce que ce sont eux qui ont besoin de nous. Les autres, l’aventure continue, on évite de trop être avec eux.

Et Cyril Hanouna ?  Il te titille pas mal… surtout pour la coupe de cheveux…

J’avais travaillé il y a 4 ans avec lui sur une spéciale de CD’Aujourd’hui. Je pense qu’en 4 ans, il a bossé comme un malade et qu’il a compris que ça ne pouvait pas marcher autrement. C’est un bosseur hallucinant. En tout cas, dans l’émission, je le trouve très tendre avec les candidats. C’est son rôle, mais avec le personnage grandiloquent qu’il montre dans ses émissions personnelles, je ne m’attendais pas à le voir sur ce terrain-là. Il est aussi taquin, mais toujours à bon escient.

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Quelle différence fais-tu entre La Nouvelle Star et les autres émissions de ce type ?

Ce qui me plait énormément dans La Nouvelle Star, c’est que c’est absolument une émission démocratique. La seule restriction, c’est d’avoir entre 16 et 34 ans, mais autrement, tu peux venir. Les autres émissions, tu es appelé. Nous, on ne sait pas qui on aura.

À la base, tu es un découvreur de talent, donc tu es habitué à juger, à sélectionner, à prendre des décisions, ne serait-ce que pour CD’Aujourd’hui, mais tu fais ça dans ton bureau, sous l’œil de quiconque. Dans La Nouvelle Star, il faut dire les choses en face de l’intéressé, frontalement.

Dans mon travail habituel, les disques arrivés à moi sont des disques signés, dont les artistes sont encadrés, mais s’ils ne sont pas choisis pour CD’Aujourd’hui, le monde ne s’écroule pas. Pour La Nouvelle Star, il y a des gens très jeunes, entre 16 et 25 ans. Ils sont d’ailleurs assez costauds et pas du tout naïfs contrairement à ce que l’on pourrait penser. Ils savent très bien que pour eux, ça peut être un énorme accélérateur. Il y a eu des pleurs, évidemment, mais ce sont plus des pleurs de fatigue que de désespoir.

Mais, ça te fait quelque chose de les voir craquer.

Oui, mais si je commence à rentrer là-dedans, je suis mort. Je me dis juste que ce n’est pas ma faute s’ils sont venus nous voir.

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Quand je regarde ce genre d’émission, je trouve toujours ridicule qu’un membre du jury pleure d’émotion… je me dis toujours que c’est du chiqué. Or, la semaine dernière, je t’ai vu verser ta larme pour le départ de Charles-Henri. Je me suis dit : « non, même Olivier ! »

Salaud ! Non, mais ce n’est pas tout à fait ça. Ce n’est pas l’élimination de Charles-Henri qui m’a ému, c’est la solidarité entre les 16 candidats qui étaient là, tous sur le même bateau. Remettons les choses dans leur contexte. Il était 23h, on venait de passer trois jours presque non-stop et on savait que ça allait se terminer là, donc j’ai eu un espèce de relâchement. Quand Julie gagne, elle pense presque plus à celui qui est éliminé. J’ai trouvé ça très beau et très émouvant. On dit tellement qu’on vit dans un monde individualiste, dans un monde de compétition, et dieu sait si cette émission est une compétition… voir un groupe de jeunes qui ne se connaissaient pas il y deux mois avoir une entité comme ça, moi, ça m’a scotché.

As-tu peur, personnellement, de te faire casser par les gens, le public, les internautes ? D’être finalement mal vu ?

Je le vis en ce moment. Hier, j’ai dit à une fille qui a été éliminée, un truc que je n’aurais peut-être pas dû dire : « je crois que vous allez vous souvenir très longtemps du 15 janvier 2013 ». Tout le monde m’a dit que je n’avais pas le droit d’être aussi méchant. Mais, après l’émission, je suis allé voir la fille en question et elle m’a dit qu’il n’y avait aucun problème. J’ai un nom de famille qui facilite les jeux de mots faciles, donc certains internautes s’en sont donnés à cœur joie. Je ne m’attendais pas à ça, c’est très violent. Je n’y avais pas pensé avant, mais c’est quand même pas mal douloureux. En fait, cette expérience m’apprend beaucoup de choses.

Tu feras gaffe la prochaine fois ?

Non, parce que je suis comme ça. Moi, je n’ai pas eu le sentiment d’être méchant. Si j’avais eu ce sentiment, j’aurais été très mal à l’aise et je serais encore en train de m’excuser publiquement. Là, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir dépassé les bornes.

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Je t’ai vu la semaine dernière invité au Grand Journal. Mazette!

Tu soulignais tout à l’heure qu'avec le Festival Fnac Indétendances, quand je l’organisais, je montais sur scène pour présenter les artistes. Il faut que je l’avoue, j’ai un côté un peu cabot. Ça me fait super plaisir de me montrer. Quand j’ai annoncé à ma fille que je faisais cette émission, la discussion a duré très peu de temps parce qu’elle m’a dit qu’elle allait appeler ses copines. Ce qui est amusant, c’est qu’il y a 5 ans, j’ai passé un casting pour cette émission afin d’être leur monsieur musique. Non, franchement, ça me fait marrer de faire ce genre d’émission. J’aime bien même.

Espères-tu que cette émission te « popularise » et te permette de faire de la télé autrement.

Revenons un peu aux fondamentaux. La raison pour laquelle j’ai voulu être dans La Nouvelle Star, c’est aussi pour représenter des choses et soyons clair, si grâce à ça, demain, je peux avoir une vraie belle émission de télévision ou de radio qui parle de ce que je défends, je prends. Ca fait des années qu’ont me dit que mes projets sont intéressants, mais que je ne suis pas assez connu pour les concrétiser à l’antenne. Là, au moins, ils pourront juste me dire « on s’en fout, tu nous emmerdes ! » Il n’y aura plus cette étape-là d’anonymat.

En parlant de ça, on commence à te reconnaitre dans la rue ?

C’est curieux, je vois le regard des gens qui se demandent si c’est bien moi. Dans le métro ou quand je voyage en seconde classe pour rentrer chez moi à Bordeaux, les gens se disent que ça ne peut pas être le juré de La Nouvelle Star. Un mec de La Nouvelle Star, c’est forcément un parisien. Bon, tu veux que je te dise, dans la rue, quand on m’arrête, ce ne sont que des garçons, pas des filles. Je suis extrêmement déçu.

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Tu abordes un sujet intéressant. Comment ça se passe en province. Les jeunes chanteuses tentent-elles des rapports de séduction avec les membres du jury ?

Non, pas du tout. Ou alors, elles le font devant la caméra, et principalement pour charmer André Manoukian. Si tu attends que je te révèle des trucs croustillants, je vais te décevoir. Les choses sont assez claires.

Est-ce que ton image a changé depuis que tu fais cette émission ?

C’est peu de le dire. Il y a des gens de la profession qui ont changé d’opinion sur moi depuis que je fais ça. Ce n’est pas aussi vulgaire que ça, mais quand même. Je m’y attendais un peu. Tu sais, si un jour CD’Aujourd’hui s’arrête ou si moi j’arrête, il y a des gens qui changeront de nouveau d’attitude envers moi. C’est comme ça, c’est le genre humain. J’en ai déjà fait l’observation maintes fois au cours de ma carrière. Quand j’ai arrêté les maisons de disque et avant d’avoir CD’Aujourd’hui, beaucoup m’avaient rayé de leur carnet d’adresses.  Quand CD’Aujourd’hui est arrivé, ils sont tous venus me dire que j’étais un homme magnifique et essentiel pour la bonne marche de la musique. Ça fait mal sur le coup, mais j’ai compris que les choses se déroulent ainsi systématiquement à chaque changement de situation.

On ne s’y habitue pas ?

Ça fait mal tout le temps. Là, aujourd’hui, ça va, c’est dans le bon sens, mais je sais que si ça tourne mal, ça va recommencer. Je suis très lucide. Moi, Dieu sait si je suis chiant dans le boulot, mais je ne suis pas comme ça. Je n’ai pas cette mentalité-là.

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